- Speaker #0
Bonjour, bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui épisode un peu particulier, un peu plus long du coup, puisque j'échange avec une personne avec qui j'ai vraiment accroché, Endaï. On s'est rencontré sur TikTok, j'ai trouvé que son histoire était incroyable, j'ai trouvé qu'elle était si résiliente et qu'elle avait gardé tout cet amour en elle, malgré ce qu'elle avait vécu. Et je trouve que c'est une très belle leçon de vie, de dire qu'on peut s'en prendre plein la gueule. avoir vécu des choses difficiles, on peut quand même rester animé de cet amour et garder la foi en quelque sorte. Endia est quelqu'un qui a la foi et je pense qu'elle a beaucoup de choses à nous apporter. Bonne écoute, ciao !
- Speaker #1
Donc c'est la toute première fois que je reçois une chère invitée sur mon podcast Endai.
- Speaker #0
Et donc Endai, on s'est connus sur TikTok et j'ai eu le plaisir de faire ta connaissance. Et je voulais, voilà si tu veux bien... que tu nous partages un peu ton parcours aujourd'hui et peut-être si on peut transmettre ensemble un message aux gens qui boivent encore et qui ne voient pas cet espoir, cette lumière au bout du tunnel, qu'on puisse ensemble leur apporter un petit peu de chaleur.
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Bonjour, je m'appelle Endaï, j'ai 56 ans, maman de 7 merveilleux enfants, grand-mère de 5 merveilleux petits-enfants. J'ai connu l'alcool très tôt dans ma vie, quand j'étais très très jeune, puisque de parents qui l'étaient. Donc j'ai baigné là-dedans et puis j'en ai consommé très jeune. Et malheureusement ça m'a poursuivi une très très bonne partie de ma vie. Par contre j'ai toujours essayé de me battre parce que je ne voulais pas être ni comme ma mère ou... que ça prenne le dessus, ça n'a pas toujours été facile. J'ai été beaucoup soutenue par mes enfants et par le monde médical aussi, parce que j'ai toujours demandé de l'aide, j'ai toujours cherché à m'en sortir en fait. Parce qu'à côté de ça, j'étais maman, il fallait que je travaille, il fallait que j'assume ma vie d'adulte, ma vie de tous les jours, ce qui n'était pas facile, puisque quand même cette consommation d'alcool récurrente est beaucoup liée Merci. au traumatisme vécu pendant mon enfance, la séparation avec ma maman, les VUL qu'un enfant ne doit pas subir, d'être battue, enfin voilà, vraiment la lourdeur d'une enfance qui n'est pas permise, ce n'est pas une excuse, mais quand même parce que dans ma vie d'adulte, après en fait, je pense que ça faisait quand même partie de l'élément déclencheur Merci. parti mais au fond, au fond, au fond du gouffre où quand je me levais parfois le matin que j'ai posé mes enfants à l'école ou que c'était le week-end, j'essayais toujours de trouver ce prétexte pour me soulager de cette perturbation que je ressentais en moi, ce truc, cette injustice, ce qui n'allait pas en fait. Et il y a des jours où je me levais, je savais qu'aujourd'hui, ça n'allait pas le faire. Et alors là, c'est fini, je vais au magasin et puis je vais me prendre ce qu'il faut. Mon Dieu, c'est l'horreur, enfin, c'est les prises, les pompiers, l'hôpital. Et d'ailleurs, hier, je me suis souvenue, c'est pas drôle, mais c'est très drôle parce que ça fait longtemps que ça s'est passé. J'avais une amie qui s'appelait Nicole avec qui on avait ce mal-être et on contribuait beaucoup pour consommer. Un jour, les pompiers m'ont ramenée à l'hôpital. C'était en 91 ans. Et comme ils m'ont ramenée à l'hôpital sans les chaussures, en fait, ils te mettent les chaussons bleues là. Quand j'ai repris mes esprits, je me suis débranchée, perte, machin, et on a pris le bus et le métro pour entrer à la maison avec mes chaussons bleues. Et on en arrive pendant très longtemps. Mais voilà, c'est des choses qu'on va faire. Si j'étais normale, je n'allais pas le faire.
- Speaker #0
Mais bon, voilà. Comme on dit, dans ces moments-là, l'humour, finalement, c'est un peu le dernier rempart, quoi. Pour voir un petit peu de lumière. Et donc, j'entends effectivement que tu reviens du fond, que tu reviens de très, très loin. Alors, je sais que tu as un petit peu raconté, tu as baigné dedans, si je comprends bien. Comment est-ce que la culture de l'alcool était ancrée chez toi ?
- Speaker #1
En fait, les parents... Le papa a donné un peu jeune, 11 ans, 12 ans. Et comme déjà la base familiale était déjà douloureuse, en fait je pense qu'après je m'en suis servie d'échappatoire.
- Speaker #0
Et donc l'alcool c'est quelque chose qui était ancré dans les habitudes familiales, dans les coutumes, etc.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Dans les habitudes. Parce que bon, je suis quand même d'origine sénégalaise et tout, et c'est assez rare. Enfin c'est en même temps rare parce qu'on ne sait pas ce que les gens y vivent. Je parle en ce qui me concerne. Donc voilà, c'est là que, dans le milieu familial déjà, que très jeune, j'ai connu cette addiction. Ça a pris de l'ampleur avec l'âge, avec tous les troubles qu'il y a eu. Je m'en suis servi beaucoup d'échappatoire ou de soulagement, enfin j'en sais rien. Ça pouvait être des fois un médicament et parfois ça pouvait être une arme aussi contre moi-même pour me détruire. Parce que parfois, j'associe ça à d'autres choses pour en finir. Parce que je ne suis pas le coup sur un long terme.
- Speaker #0
Oui, et ce qui est terrible avec l'alcool, c'est que c'est le propre même de notre addiction. C'est qu'on sait pertinemment qu'on se détruit et pourtant on continue.
- Speaker #1
Avec bien l'intention d'en finir, pour ne pas aller dans les mots. Mais des fois, c'était le but. Parce qu'il y en avait marre, en fait, de se... de retourner dedans. Surtout quand on n'a pas été bien, après on se jure que c'est fini. Et puis qu'on recommence. Après on se dit, mais qu'une seulement. Et puis on voit qu'en fait, on en prend plus qu'il en faudrait. Le lendemain, on se réveille. Mon Dieu, c'est terrible. Je ne sais pas comment expliquer ce sentiment de honte.
- Speaker #0
Oui, et la honte, justement, c'est vrai que c'est... On est hanté par ce sentiment de honte, surtout le matin au réveil. Et ce truc, on sait, on se jure de ne pas recommencer, et pourtant on recommence, et un peu malgré nous. Et tu parlais des traumas aussi tout à l'heure. On est très nombreux à avoir bu pour se soigner aussi comme on pouvait, parce qu'on est nombreux à être cabossés par ce qu'on a vécu. Et on veut en finir et on est notre pire bourreau. J'emploie souvent ce terme, mais je trouve qu'il est assez ajusté. Par rapport à l'alcool, on sait qu'on se détruit, on sait qu'on est les seuls à se mettre de l'alcool dans la bouche, que c'est nous qui le faisons, mais on ne peut s'en empêcher. On se bat contre soi-même.
- Speaker #1
Et à cacher les bouteilles.
- Speaker #0
Oui, ah oui. Oui, qui finissent par être trouvées. Et du coup, quel a été ton déclic, si on peut appeler ça comme ça, si on reprend le terme du déclic ? Comment ça s'est passé pour toi ?
- Speaker #1
Pour arrêter ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Le diabète.
- Speaker #0
D'accord, donc un problème de santé qui a été amené par l'alcoolisme. Là, tu t'es dit, ok, stop, c'est bon ?
- Speaker #1
J'avais plus le choix, en fait. Et du coup, j'ai été très choquée. Mais qu'est-ce que c'est un mal pour un bien ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que quand j'ai quelque chose, je m'y intéresse à fond. Et du coup, je fais beaucoup de recherches et tout ça et tout. Et le fait aussi que je vois que je perds du poids, le fait que je ne consomme plus tout cet alcool et tout, ça m'a permis de reprendre confiance en moi. Mais par contre, la vigilance, elle est là. Parce qu'une chose, oui, vendredi, on avait une réunion générale et tout ça et tout. Et j'en ai parlé en plus sur le TikTok, que quand on se retrouve avec les autres, eh bien là, je me suis permise, mais depuis, je ne suis pas bien. Mais c'était trois verres de rosé, mais c'est trois petits verres de rosé. Mais pour moi, c'était comme si j'étais en rechute, alors que non, j'étais normale. Ce que j'ai conduit pour rentrer chez moi, il n'y avait rien d'extraordinaire. Mais c'est juste que d'avoir eu le goût du produit dans ma bouche, mais beaucoup... m'a traumatisée même.
- Speaker #0
Oui, ça a relancé, ça a ouvert un circuit, quelque chose.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Un inconfort psychologique et moral, non, dans moi, alors que c'est rien du tout. Je veux dire, pour quelqu'un de normal, c'est rien. Mais pour moi ou pour nous, c'est beaucoup. Il ne faut pas minimiser rien, en fait, il ne faut pas.
- Speaker #0
Oui, et puis d'ailleurs, je sais que l'odeur, ne serait-ce que de sentir l'odeur de l'alcool, moi, les odeurs, c'est très puissant. Ça peut vraiment nous projeter dans des souvenirs, des histoires, des situations. Ça me refous dans de vieilles histoires. Quand ça a pris comme ça une telle partie de notre vie, on ne peut pas faire sauter quand même toutes ces années de sa vie. Et donc ça m'amène aussi à la question du sens. Aujourd'hui, le sens qu'on peut donner aussi à toutes ces années de consommation. Et donc j'entends que toi tu as arrêté parce que tu n'avais pas le choix. Le diabète t'a confronté en fait à cette évidence qu'il fallait que tu arrêtes, sinon c'est la fin. Et il y a cette notion de combat. Et tu dis aussi que c'est un mal pour un bien. Donc au final, ce bien pour toi, en quoi il se... Alors on sait tous qu'arrêter de boire, c'est bien. Mais concrètement, de façon plus intime, qu'est-ce qui se passe pour toi du coup, avec cette abstinence, avec cette sobriété ?
- Speaker #1
Ça me permet de moi-même, toute seule, parce que quand on boit, on est seule quand même. On est seule. Parce qu'on peut ne pas être bien aujourd'hui, puis demain, une personne lambda n'est pas censée savoir, on est après... mais nous on sait ce qu'on vit à l'intérieur mais là de s'auto d'avoir cette satisfaction de ne pas le faire mais c'est de l'or en fait ça n'a pas de prix c'est merveilleux c'est se permettre de se lever très tôt le matin d'être comme une fleur d'avoir de la porte d'avoir envie de faire propre sa maison d'avoir envie de se faire propre d'avoir envie de se poser pour regarder un film, de se permettre une vie. C'est un mal pour un bien. C'est vrai que le diabète, c'est une maladie complexe, mais pour moi, c'est rien à côté de l'alcool.
- Speaker #0
J'entends ce que tu dis sur cette merveille de se lever frais le matin et qu'il y a un peu tout un champ des possibles qui s'ouvre quand on s'arrête. Et je te rejoins là-dessus. C'est une bénédiction et ça n'a pas de prix. Et chaque réveil au frais, au chaud, dans son lit, moi c'est ça qui à chaque fois m'émerveille encore aujourd'hui. Quand je me réveille avec l'odeur du café qui coule, c'est un peu mon rituel. Et à chaque fois, je me dis, je suis dans mon lit et je sais ce que j'ai fait hier soir.
- Speaker #1
Les petites choses. que peut-être d'autres gens, mais ils ne savent pas que ces petites choses-là, c'est vraiment quelque chose de merveilleux. Parce que quand on part en cure, ou en... enfin moi je suis déjà partie, et bien en fait on essaie de nous rapprendre à réapprécier ces petites choses-là. à se lever de bonheur, à faire des activités, à participer à des ateliers pour nous relancer, pour maintenir la machine en route. Mais là, de le faire de chez soi, à l'heure qu'on veut et comme on veut.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, dans ce processus, le jour où tu as arrêté, est-ce que c'est quelque chose qui s'est installé avec l'OTAN ? C'est un réapprentissage aussi, la sobriété ? Réapprendre à vivre sobre, à faire connaissance aussi avec soi. Est-ce que c'est quelque chose qui a été compliqué pour toi, finalement, de découvrir la sobriété ? Ou est-ce que c'est quelque chose qui s'est... Ce bonheur, cet état de bonheur dont tu parles, il s'est installé avec le temps, progressivement ?
- Speaker #1
Progressivement, parce qu'avec ce produit, en fait, on pense que le bonheur passe par ça, ce qui est un leurre.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
le leur. Là, il faut s'éduquer, il faut apprendre à avoir du bonheur sans ça. Et là, c'est le vrai bonheur.
- Speaker #0
Oui, et ça me fait penser aussi à le bonheur et le plaisir, aussi ce plaisir artificiel et qui est brutal quand on consomme, quand on se drogue, etc. Où il y a le circuit de la récompense qui est activé. On a, ok, je mets de l'alcool dans ma bouche et l'alcool, il est quasi immédiat. Et moi, personnellement, ce que j'ai appris avec le temps, C'est à sentir des petits plaisirs, un cumul de plein de petits plaisirs et un truc qui se construit. Oui,
- Speaker #1
oui. Voilà, c'est ça encore. C'est bien dit le fait de se construire. Comme si on construit une maison, il y a tout ce qui se fait autour. Il faut voir quels matériaux qui vont durer dans le temps. Il faut étudier le sol, il faut commencer par la fondation. Mais là, c'est pareil. C'est pas comme ça. C'est impossible. C'est impossible parce qu'il y a trop d'années d'accumulation. Il faut évacuer déjà tout ça. Il faut l'évacuer déjà, il faut que le corps l'évacue par une nouvelle alimentation, beaucoup s'hydrater, beaucoup de thé, des choses comme ça, des solutions qui vont nous permettre de drainer déjà les toxines qui se sont installées pendant des années. Et l'air de rien, ça a un apport puisque ça prépare le terrain en fait. Quand les toxines sortent par les urines ou parce qu'on a beaucoup marché ou du sport, on transpire. Tout ça, ça permet d'éliminer les toxines. Le repos aussi va faire son travail. D'accord ? Et après, on va chercher soi-même ce dont on a besoin, ce qu'on n'avait jamais fait, ce qu'on n'osait pas faire. Des trucs comme ça, aller s'asseoir à une terrasse de café et boire un café, tout simplement, voir les gens passer, ça fait partie, mais vraiment des trucs complètement... Faire un gâteau, prendre son temps de faire un gâteau. Mais ce boulard m'a dit de mettre des trucs tellement qu'on ne parait pas.
- Speaker #0
J'aime beaucoup cette idée de fondation, d'aller construire petit à petit et d'avoir des bases solides pour pouvoir construire davantage. Et c'est vrai que tout ça, ce sont des petits moments de bonheur, des petits plaisirs qui paraissent petits en apparence, mais qui sont en fait énormes. Comme quoi, on n'est pas obligé de passer par des choses, on n'est pas obligé d'être grandiloquent. Le bonheur, ça passe par des choses qui sont comme ça, en fait. On n'a pas besoin de... Qui sont petits en apparence, mais qui sont en fait super grands.
- Speaker #1
Oui. Et le fait d'oser en parler fait partie, je ne dirais pas de la guérison parce qu'on n'en guérit jamais, mais fait partie du projet, en fait. Parce que ça enlève une partie de la culpabilité et une partie de la honte qu'on a de soi. Parce que le fait d'en parler, comme là on fait, on échange, on est des personnes avec des talents différents, mais malheureusement qu'on a ce parcours de vie.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que la honte, c'est le poison de l'alcool et c'est une des caractéristiques de l'alcoolisme aussi, c'est de se mûrer dans le... dans la honte d'essayer de le cacher. Et c'est vrai que d'en parler, on vient vraiment clouer le bec à cet aspect, nos pattes à bout, parce qu'on en parle toujours. Mais quand même, c'est vrai que de dire « Eh oh, oui, j'ai un problème avec l'alcool et c'est comme ça, voilà ce que je vis, voilà ce que j'ai traversé » , oser être vulnérable, c'est quelque chose de très important.
- Speaker #1
Oui. ça ressort notre côté humain. On est humain, on n'a pas besoin d'être super. Moi, j'adore enfin les histoires bibliques et tout ça. Pourtant, à mon âge, je viens d'apprendre qu'il y avait des gens de la Bible qui se sont cités dans la Bible et qui l'étaient. C'était un cadeau pour moi.
- Speaker #0
D'apprendre cela ?
- Speaker #1
Parce que c'est lié au spirituel. En fait, il faut qu'on soit clean et tout. Alors que d'après la Bible, c'est des gens que Dieu a aimés. Dieu a mis dans son livre. Alors qui suis-je, moi ?
- Speaker #0
C'est super beau. Oui, finalement, d'aller embrasser notre humanité. Et qu'on est aimable. On mérite l'amour. On est aimable. malgré, avec nos failles, avec nos fragilités, et notre passé, aussi nos traumas, et la façon dont on a fait pour essayer de s'en sortir, et le fait est, l'alcool, c'est une façon comme une autre, et au final, on fait comme on peut.
- Speaker #1
Oui. Et par rapport à la société, quand même, je trouve que... Je ne crois pas que c'est logique que... On met des choses en place, des médicaments, des spécialistes, des addictologues et tout ça. Alors qu'avec 4 euros, on peut se foutre en l'air. L'État va débourser, je ne sais pas plus, combien de milliers d'euros pour que j'arrête de consommer ces 4 euros ?
- Speaker #0
Oui, c'est le cynisme aussi de la société, des lobbies de buvez, mais pas trop, ou alors buvez beaucoup, mais pas trop quand même. C'est cette société quand même, c'est vrai qu'on pointe du doigt l'alcoolique. Et souvent, on voit aussi ce cliché de l'alcoolique avec quelqu'un qui dort dans le caniveau, qui est complètement ruiné. Alors que toutes les couches de la société sont concernées, ça ne se voit pas toujours sur nos têtes. Il y a tant de clichés aussi qui sont dessinés autour de l'alcoolisme et c'est si pratique, alors que finalement c'est un fléau qui touche tout le monde.
- Speaker #1
Ah oui, c'est toute une souche de la société, puisque les gens, bien, costumes, cravates, je ne sais pas quoi, c'est juste que je ne sais pas, peut-être qu'ils sont conçus d'une autre façon, qu'ils vont tenir. la quantité que moi ou toi ou quelqu'un d'autre ne tiendrait pas. Parce qu'on ne tient pas tous au niveau de la quantité.
- Speaker #0
Oui, après, il y a aussi le phénomène de tolérance. Je sais que moi, on m'appelait un peu le cow-boy. Et ça montre aussi le cliché autour de l'alcool, de la personne qui tient. Et moi, j'avais cette réputation de hyper bien tenir l'alcool. parce que j'avais tellement l'habitude de m'enivrer avec des quantités incroyables et c'est un peu vers la fin que j'ai commencé à tenir l'alcool de moins en moins bien à force de mon organisme et commencer à prendre un peu à fatiguer parce
- Speaker #1
que moi je sais que c'était des phases de pendant plusieurs jours, 3-4 jours je vais enchaîner et après je peux rester 3-5 jours, 6 jours je ne vais pas être touché parce que ça m'a trop fait mal de l'avoir fait. Et en fait, c'était que ça. C'est saccadé, en fait. C'est saccadé.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui est saccadé, pardon ?
- Speaker #1
De s'arrêter, de reprendre, de s'arrêter, de reprendre, de s'arrêter, de reprendre.
- Speaker #0
D'accord. Tu consommais comme ça ?
- Speaker #1
Oui, je consommais comme ça, oui.
- Speaker #0
Une succession d'arrêts et de reprises ? C'est vrai que ça me fait penser à ces milliards de tentatives qu'on peut faire quand on est alcoolique, d'arrêter son succès. Je compte plus le nombre de fois où j'avais essayé d'arrêter. Et donc à chaque fois, je disais « Ok, ce matin j'arrête et ce soir je reprends. » Mais parce que j'avais que ça, et c'est terrible. Et c'est vrai que la honte de trahir ses propres valeurs au final. Je trouve que c'est une des parties les plus terribles au sein de l'alcoolisme, c'est de se dire, merde, encore une fois, je me suis mentie, je n'ai pas honoré mes valeurs. Mais à chaque fois, j'adore retomber sur cette conclusion qu'on fait comme on peut et qu'on est des êtres méritants d'amour et que l'alcool, on se soigne certes pas de la bonne manière, mais qu'on boit aussi dans les périodes où on ne sait pas faire autrement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et il y a... Quand ça tombe vraiment dans les périodes où la dépression frappe à la pente, alors là, c'est terrible de la part.
- Speaker #0
Ça m'amène à cette question. Du coup, je rebondis sur ce que tu dis. Pour beaucoup d'entre nous, l'alcool vient camoufler une dépression sous-jacente. Est-ce que toi, la dépression a réémergé quand tu as arrêté l'alcool ? Ou au contraire, qu'est-ce qui s'est passé sur ce point ?
- Speaker #1
Sur ce point ? Ça fait quelques temps que je me fais soigner pour la dépression, c'est un peu dont je dépends à Chartres. Je vais à la psy une fois par mois et ils ont donné le traitement aux infirmières. Du coup, au début, depuis le mois de juillet, les infirmières passaient trois fois par jour. Et maintenant, elle passe que le matin pour me donner mon pululier. Et en fait, je garde ça parce que c'est un garde-fou pour moi. Pourquoi ? Parce qu'avant, quand j'avais... Tellement on m'a donné des traitements pour la dépression. Mais qu'est-ce que je faisais ? Je dépiautais les deux plaquettes et puis je les prenais. Je leur expliquais qu'il fallait que mon cerveau, il arrête un petit peu, je n'en peux plus. Je n'en peux plus de réfléchir, je n'en peux plus de me poser des questions, je n'en peux plus en fait. Et quand je prenais plus de l'alcool, bien sûr, et que je sentais que ça partait, mais en fait, c'était très dangereux. Alors là, maintenant... C'est écrit par les médecins, tout ça et tout. Du coup, je suis suivie comme ça. Et ça aussi, ça m'aide, parce que comme elles sont quand même spécialisées là-dedans, tous les jours, j'ai quelqu'un du corps médical avec qui échanger de mon état. Ça prend cinq minutes, mais quand même, c'est un bien pour moi. L'abstinence et la dépression, j'ai quand même... Un accoudoir, quoi, enfin, de quoi m'appuyer pour ne pas tomber dans la dépression profonde, comme je l'étais avant.
- Speaker #0
Comme quoi, ça montre à quel point on se soigne, quoi, on se soigne entre guillemets en buvant. Moi, je sais que pour ma part, la dépression, elle a toujours été là, elle était chronique. Mais à force de boire, je ne savais plus quel était le symptôme, la cause, etc. Mais c'est vrai que quand j'ai arrêté, là, j'ai vraiment vu que la dépression était vraiment à soigner en dessous. Et ce que tu dis me fait aussi penser à la solitude engendrée par notre consommation. Et le fait d'être suivi. Aussi l'importance du lien, l'importance de toujours prendre soin de soi. Sachant qu'on est passé par là. Et qu'on est un peu cabossé. On reste humain. Et qu'il y aura toujours ce truc où là, il faut prendre soin de toi. Moi j'ai ça aussi. toujours ce point de vigilance. Et en même temps, je trouve que ça fait de nous aussi, je trouve, sans vouloir me mettre de la pommade, mais je trouve qu'on peut en être fiers quand même de savoir où se trouvent aussi nos limites, de savoir à quel endroit on est vulnérable, de savoir que oui, on doit prendre soin de soi et que c'est OK. Et c'est OK de le dire haut et fort.
- Speaker #1
Et pour la dépression, aussi, Moi, personnellement, je me suis fait un périmètre de sécurité invisible parce que, en fait, comme je suis quelqu'un de très avenante, une personne assez généreuse, enfin, voilà, je suis quelqu'un de… Eh bien, j'ai commencé à enlever ça, quoi. C'est pour ça que l'autre jour, je te disais que j'ai arrêté de m'excuser, par exemple, mais ce n'est pas dans le sens de l'arrogance ou quoi que ce soit, mais tellement tendance… tout en l'autre et moi après. Alors là, je suis en train de travailler dessus. Je suis beaucoup dans le milieu social. Je suis en train de m'enlever dedans parce que j'ai besoin de moi, en fait. J'ai besoin de moi-même.
- Speaker #0
D'ailleurs, on doit clôturer malheureusement l'enregistrement dans quelques minutes. Ça va se terminer automatiquement. Mais je trouve que c'est une très belle manière de clôturer cet épisode. Stop, je ne m'excuse plus. C'est-à-dire que je me mets un peu en retrait, je suis derrière et non ?
- Speaker #1
Non, non, non.
- Speaker #0
Et donc du coup, c'est ça finalement aussi qu'on pourrait transmettre à nos chers auditeurs ?
- Speaker #1
De leur dire qu'on est des personnes merveilleuses et que si on en est arrivé à éprouver autant de souffrance pour tomber dans ce produit qui nous a bouffés. C'est parce que justement, on a des bases nobles. Et comme ce monde est un peu agressif, c'est juste qu'on n'a pas su se placer. Mais autrement, on peut être fiers de nous et continuer le combat.
- Speaker #0
Oui, c'est un combat qu'on peut gagner aussi. Certes, c'est difficile, mais on peut le gagner. La preuve ici, on revient de loin et on ne boit plus, on ne trouve plus de bénéfices à boire.
- Speaker #1
Aucun intérêt.
- Speaker #0
Aucun intérêt. Donc comme quoi ? On sait que l'alcool est un leurre, je reprends ton terme, Endaï, que l'alcool est un leurre et que chaque jour, on ouvre un peu plus les yeux dans ce parcours qui est la sobriété. Un jour à la fois, un pas à la fois.
- Speaker #1
Un jour à la fois. Et même, je dirais, une demi-journée, même si c'est bien. Tant pis si ça a eu le soir. C'est physiologique, c'est... Ça ne fait pas de nous des mauvaises personnes. On aura essayé, même si c'est 12 heures sur 24 heures.
- Speaker #0
Oui, et ça me fait penser aussi au processus, à respecter le processus. C'est OK, ça prend le temps que ça prend. Et je crois même que tu l'avais dit, on ne va pas annuler, effacer des années de consommation sans construire ces fondations. Donc, je suis très heureuse qu'on ait pu échanger, Enda, et j'espère qu'on aura d'autres occasions.
- Speaker #1
Olivier, moi aussi.
- Speaker #0
Donc, je te dis à très vite et à très vite pour de nouvelles aventures.
- Speaker #1
Merci beaucoup. À bientôt.