Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler d'anxiété ou d'angoisse. Je ne sais pas trop, ce sont souvent des cousins, des meilleurs amis. Je ne vais pas trop chipoter sur angoisse ou anxiété, parce que ça va donc souvent ensemble. On peut dire que l'anxiété c'est quelque chose qui est dirigé vers quelque chose de concret, de précis. J'ai peur des araignées par exemple. Au mois de septembre j'ai peur de croiser une araignée. Mais l'angoisse qui se trouve derrière, ma peur des araignées, ça c'est tout un truc. Et le propre de l'angoisse, c'est qu'on ne sait pas exactement ce que c'est. C'est quelque chose qui vient un petit peu tapisser le fond. Et voilà. Et je ne sais toujours pas aujourd'hui pourquoi j'ai peur des araignées. C'est comme ça. Mais bon, je les trouve très vilaines, c'est tout. J'ai envie de parler de troubles anxieux parce que c'est vrai qu'on parle beaucoup de la dépression. Mais le trouble anxieux, ça va souvent avec la dépression aussi. C'est horrible. C'est tout aussi paralysant. Parce que ça t'empêche de vivre. Et là, les stigmatisations sont nombreuses. C'est-à-dire que, je parlais l'autre fois du lâcher-prise, c'est ce que l'entourage va toujours te dire, mais détends-toi, mais qu'est-ce qu'il y a ? Lâche-prise, fais-toi aider, par-ci, par-ça. Alors oui, merci, je me fais déjà aider. Enfin, je ne parle pas que de moi, même si je parle de moi aussi. On met déjà tellement de choses en place, mais on ne sait pas pourquoi. On se sent si mal, on ne sait pas pourquoi. On a le sol qui tremble sous nos pieds. ce sont nos fondations qui risquent de tomber les gens, l'entourage vont te dire mais t'inquiète pas, tu vas pas t'écrouler y'a pas mort d'homme sauf que peut-être que par le passé on s'est déjà écroulé peut-être que par le passé on a vécu des choses très très difficiles donc on peut pas dire que ça s'est jamais produit seulement c'est vrai que c'est pas parce que ça s'est produit une fois c'est pas parce qu'on s'est écroulé une fois qu'on va s'écrouler à nouveau et ça c'est vrai aussi Merci. Mais les troubles anxieux, l'angoisse, tout ça, ça part de choses qui sont tellement irrationnelles que ce n'est pas quelque chose qui s'arrête sur commande. Et l'entourage, aussi bienveillant soit-il, peut vraiment nous culpabiliser vis-à-vis de ça. C'est-à-dire qu'on va sans cesse nous confronter à des choses rationnelles, se dire « mais hé ho, il y a des gens qui t'aiment, t'es pas à la rue, t'es pas ci, t'es pas ça, et toi t'es là, mais ouais, je sais, je ne suis pas con » . C'est-à-dire qu'on a beau savoir effectivement qu'on n'est pas à la rue, que tout va bien, le propre de l'angoisse c'est qu'on ne sait pas pourquoi on est comme ça. C'est quelque chose qui peut s'identifier peut-être avec le temps, avec beaucoup de délicatesse, mais pas forcément dans la souffrance. Je ne pense pas que ce soit dans la souffrance qu'on fait le meilleur travail pour pouvoir comprendre un petit peu tout ça. Encore faut-il avoir des endroits où se déposer un petit peu pour pouvoir souffler. Parce que quand on est dans cet état de peur... On est en hyper-vigilance, on est dans un état de fuite ou de combat. Donc forcément, ce n'est pas dans ces moments-là qu'on va être les mieux placés pour partir dans des réflexions existentielles, de tirer des conclusions constructives, etc. Et moi-même, j'ai beaucoup d'angoisse. D'une façon générale, je suis quelqu'un de très angoissé, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. Et j'ai du mal parfois à mettre des sensations. mettre des mots dessus. Mais vous vous rappelez ces contes qu'on nous lisait quand on était petits ? Les trois petits cochons, par exemple, c'est atroce. C'est exactement cette sensation. T'as le loup qui se pointe, t'es dans ta maison, t'es pas en sécurité dans ta maison. Non seulement t'es pas en sécurité dans ta maison, qui est censée être quand même ton cocon protecteur, tu sais que d'une seconde à l'autre, cette maison va s'écrouler. Parce que t'as le loup dehors qui te prévient, qui va te dire, je sais pas comment c'est en français, mais je me souviens... Moi, en me lisant en anglais ce truc-là. Et donc, le loup souffle. Et là, je ne sais plus ce qui se passe. La maison, elle s'envole, je crois. Je ne sais plus ce qui se passe. Mais c'est horrible. Donc, en plus de ça, dans l'anticipation, l'angoisse, ce truc où tu es persuadé, tes tripes sont persuadées que quelque chose de terrible va se passer. Ta tête, elle est là, elle est au chaud. Mais ton corps, lui, a cette sensation. Donc, allez raisonner quelqu'un. qui a cette impression imminente qu'il va claquer. Et souvent, c'est vrai qu'on nous dit, et à juste titre d'ailleurs, qu'il faut lâcher ce qu'on ne peut pas contrôler. C'est vrai, mais il y a des choses, on sait qu'on ne peut pas les contrôler. On ne contrôle pas la météo, ça on le sait. Mais l'issue d'un entretien d'embauche, par exemple, va séparer la partie que tu contrôles de ce que tu ne contrôles pas. Des fois, la frontière est floue. peut-être que si j'avais eu plus d'assurance l'issue de cet entretien aurait été positive ou peut-être que non donc on ne sait pas, alors quand on est quelqu'un avec ce naturel anxieux on va avoir tendance à ruminer parce que c'est difficile de faire la part des choses dans des situations comme celle-ci mais bon c'est vrai que la météo on ne contrôle pas ce que c'est, on est si nombreux parmi les âmes torturées angoissées que nous sommes à kiffer les films d'apocalypse Merci. où le monde autour de nous s'écroule. Donc la météo, il y est pour beaucoup en général dans ces trucs-là. Et donc c'est la fin du monde, dans quelque sorte. Là, pour le coup, ce n'est vraiment pas de notre ressort. Donc, nous n'avons pas d'autre choix que de nous laisser bercer par le flux des choses. Et donc, ce genre de film fait relativiser beaucoup d'entre nous. Enfin, de pouvoir lâcher sur ce qu'on ne contrôle pas, la météo. Et donc, cela m'amène finalement à ce qu'on pourrait faire pour se soulager un peu, quand on est quelqu'un de très angoissé. Je parlais de météo et d'apocalypse. Au final, ça nous amène au fait de se déposer sur ce qui est plus grand que nous. Moi, c'est la seule façon que je trouve pour me soulager un petit peu. C'est point d'ancrage aussi. Je travaillais ça en thérapie aussi avec quelqu'un récemment. Tu sens dans tes tripes que ça ne va pas aller, que quelque chose de terrible va se produire de façon imminente. Se raccrocher à des choses plus grandes que nous. Moi, j'adore lire des choses, regarder des choses sur l'univers, sur les trous noirs notamment. Ça angoisse beaucoup de gens et moi, ça me rassure. parce que je trouve ça fascinant et parce que ça me remet vraiment dans ma condition de personne impuissante. Et donc je suis vraiment confrontée à ma propre impuissance, ce qui pourrait être angoissant, mais paradoxalement, d'avoir affaire à plus grand que nous peut vraiment remettre les choses à leur juste place. Et donc quand on a tendance à voir les choses de façon disproportionnée, c'est vrai qu'on semble si petit à côté de la vasteté, de la vacuité. des trous noirs de l'univers. C'est vraiment absolument incroyable. Et moi, ça me fait beaucoup relativiser, de penser à plus grand que moi. Et on peut trouver ça aussi à travers la création, l'art, ça nous fait vivre des choses un peu malgré nous. On ne sait pas pourquoi quelque chose nous touche. Ça peut être quelque chose de spirituel aussi, la foi, croire en Dieu, croire en quelque chose, qu'importe ce que c'est pour vous, que ce soit la Reine des Neiges ou que ce soit Dieu, qu'importe, croire en quelque chose qui est plus grand que nous, de pouvoir s'appuyer sur le cœur. sur quelque chose, se déposer sur quelque chose. Et là, c'est à nous de savoir sur quoi on peut se déposer, ou plutôt c'est à nous de goûter, d'apprendre et de cheminer, parce que c'est quelque chose de si intime. Ce n'est pas quelque chose qui se change avec la raison. Ce n'est pas quelque chose qui se décide sur commande, mais c'est quelque chose qui peut s'explorer. Sur quoi peut-on se reposer pour se lâcher un peu la pression ? pour se détendre un petit peu. Enfin, surtout dans ce contexte actuel, où on est livré à nous-mêmes, puisque jamais on a tous besoin de ces petits lieux où se déposer, pour enfin lâcher ce qu'on ne maîtrise pas, à savoir une bonne partie des choses. A bientôt, ciao !