- Martin Treboux
Bonjour et bienvenue chez Les Fabricants. Ici, on donne la parole aux dirigeants de PME et ETI qui font vraiment tourner la France. Loin des projecteurs, ils relèvent un défi majeur, celui de produire, innover, transmettre au cœur des territoires pour faire renaître l'industrie et donner envie aux jeunes de s'y engager. Je suis Martin Treboux et je vous emmène aujourd'hui à leur rencontre. Bonjour à tous et merci de nous écouter. Aujourd'hui, nous partons à la rencontre d'Arnovis. Arnaud est le PDG de Coulidoor, entreprise qui a été créée en 1987. Elle est basée à Vernon en Normandie et est spécialisée dans la fabrication de placards, dressings et verrières. Arnaud s'engage aussi dans sa filière puisqu'il est également aujourd'hui le président de l'ameublement français. Après des études de commerce et un premier job en tant que commercial, Arnaud a rejoint l'entreprise fondée par son père. Il y avait environ cinq employés à l'époque. Arnaud a contribué à développer fortement l'entreprise et en faire la référence qu'elle est devenue aujourd'hui sur son secteur. En 2009, il en devient PDG et en 2023, il reprend l'entreprise et en devient l'actionnaire majoritaire, voire unique. Il nous en dira plus tout à l'heure. Merci Arnaud de nous recevoir dans les locaux de l'ameublement français. Est-ce que la petite présentation que je viens de dresser de toi te convient ?
- Arnaud Visse
Bonjour Martin, merci beaucoup de m'inviter à ton émission. Quelques précisions, c'est pas Vernon, c'est Versant. Vernon, effectivement, est bien en Normandie, mais dans l'Eure, et Verson est tout près de Caen. Pour le reste, c'est conforme. La reprise, effectivement, des parts de l'actionnaire majoritaire qui nous avait rejoint en 2006, s'est faite en 2022. Alors, 31 mai 2022, presque trois ans.
- Martin Treboux
Merci Arnaud. Aujourd'hui, on a beaucoup de thématiques à aborder. J'aimerais qu'on parle de ce que c'est que de diriger une PME. ou une ETI industrielle. J'aimerais qu'on parle de transmission, peut-être d'innovation, de RSE. Je sais que vous mettez en place des choses avec Coulidoor. Aussi de management collaboratif. Ça fait une dizaine d'années que vous avez mis en place de nouvelles pratiques. Peut-être qu'on pourra aborder ces sujets-là. Mais j'aimerais commencer par une question un peu plus perso au départ. J'ai entendu dire que tu étais passionné de rugby. Est-ce que tu peux me dire quelle place ce sport prend dans ta vie, autant perso mais aussi professionnelle ?
- Arnaud Visse
Oui, je suis vraiment passionné. J'ai joué 17 ans. Je pense que j'étais meilleur en troisième mi-temps que dans les deux premières. Mais en tout cas, j'ai beaucoup apprécié, on dit, l'école de rugby, l'école de la vie. Alors, ça vaut forcément pour beaucoup d'autres sports. Mais c'est vrai que dans le rugby, on a cette force de la solidarité, cette force d'avoir envie de jouer ensemble, de participer, dans le respect de l'adversaire. C'est chaud sur le terrain, on ne va pas se cacher. Ça tape fort. Mais pour autant, à la fin du match, j'ai du respect. Bravo les gars, vous avez gagné, etc. Je ne dis pas que c'est unique, mais en tout cas, c'est vraiment quelque chose qui me dit à cœur dans le rugby. C'est passionnant.
- Martin Treboux
Et je pense que ça doit certainement influer sur, peut-être, ta façon de diriger l'entreprise et tes pratiques de management.
- Arnaud Visse
Oui, inévitablement. C'est l'envie de se donner tous ensemble. Il y a une notion de challenge, il y a une notion de... Mais le sport en général, le rugby, de toute évidence. C'est vraiment l'envie, avec les équipes, de surpasser, de relever les défis. Il y a cette notion de challenge qui est très importante.
- Martin Treboux
On a parlé un peu de sport, on va rentrer dans le vif du sujet. Est-ce que tu peux nous expliquer, Arnaud, comment tu es rentré dans le monde de la fabrication ?
- Arnaud Visse
Alors, à l'origine, Coulidoor, qui ne s'appelait pas Coulidoor, un mauvais franglais, "couli", coulissant et "door", la porte, la porte coulissante, puisque ça a été notre premier métier, avant que nous nous intéressions à ce qu'il y avait derrière la porte, en quelque sorte. Donc le rangement, le dressing, l'aménagement, l'agencement, peu importe. Puis ensuite, tu l'as dit rapidement dans ta présentation, les portes de séparation de pièces, les verrières qui ont effectivement élargi notre offre. Mais en fait, cette société a été créée par mon père, qui était VRP Multicart, qui vendait les produits du bâtiment, la colle du carnage, pour être plus précis, et qui a eu l'opportunité, alors qu'on n'en était qu'au balbutiement du placard coulissant, je dirais à l'époque que c'était le pliant que l'on voyait partout, standard par définition. Et donc, à cette époque, mon père, d'un poste d'agent commercial, son commettant a décidé de créer des petits ateliers de fabrication un peu partout en France. C'est comme ça que d'un poste de commercial, mon père a complété avec un petit atelier de fabrication qui faisait 180 mètres carrés. Et donc, cette expérience avec ce commettant a duré 4-5 ans jusqu'à ce qu'il rencontre des difficultés. Et c'est là qu'on est devenu indépendant. On est devenu indépendant et que... Mon père m'a dit est-ce que tu veux venir travailler ? Donc voilà comment moi d'une formation commerciale, tu l'as dit. plutôt tenté par l'international. Je suis revenu, enfin, j'étais pas parti bien loin. Je me faisais une première expérience avant, évidemment, du télécopieur. C'était encore la fin de la belle époque du télécopieur. Aujourd'hui, pour les jeunes qui nous écoutent, le télécopieur, c'était avant le mail. Mais après, le Télex. Et après, les pigeons-riageurs aussi. Donc, mon père m'a sollicité, ce que je voulais le rejoindre, pour reconstruire. On se retrouvait sans fournisseur. On avait un fournisseur unique qui était notre comettant... Et donc, j'étais à la recherche de fournisseurs, puis je commençais à créer quelque chose. Et il y avait quelque chose qui était vachement intéressant, c'est que, en tant que franchisé, en quelque sorte, nous étions circonscrits aux cinq départements en normand. Et là, ça nous a permis de nous ouvrir sur les secteurs d'abord les mitraves, la Bretagne, les Pays-Loire, l'Île-de-France, etc., le centre. Et voilà comment on a commencé à étoffer.
- Martin Treboux
C'est intéressant parce que vous êtes parti du commerce pour aller à la fabrication.
- Arnaud Visse
Exactement. Alors, soyons clairs, je n'ai pas de formation ingénieur. J'ai des racines paysannes, donc un peu de BSP, comme on dit de bon sens paysan. Ça ne fait pas de mal. Ça ne fait pas de mal, surtout qu'on ne fabrique pas des centrales nucléaires ni des rafales. Donc, sur un produit comme le meuble, on en était au bal du ciment, du rangement sur mesure. À l'époque, quand on parlait de rangement, de dressing, c'était des crémaillères avec des consoles et des étagères posées dessus. Donc, on a fait progresser un petit peu tout, nous ou les autres. Et donc, voilà comment on est passé effectivement du commerce au technique.
- Martin Treboux
Et comment à l'époque, toi, tu te dis, OK, j'y vais. Qu'est-ce qui t'a motivé à te lancer dans cette aventure ?
- Arnaud Visse
L'idée de construire quelque chose avec mon père d'abord. Et mes frères m'ont rejoint après. Donc ça, c'était un petit peu une aventure familiale. L'idée d'avoir tout à construire. Oui. Ça, c'était un beau challenge entrepreneur. Un beau challenge. Et puis de faire quelque chose pour lequel je n'avais pas forcément été formé. Puisque, encore une fois, mon père étant un VRP multicarte, donc il a conservé le commerce pendant des années. Et ce qui fait que je me suis occupé de... Je ne parlerai pas de... la partie industrielle, puisque ce n'était pas ça, très artisanal. Mais je me suis occupé de ça, de développer des familles de produits. Et puis quand on passe de la prod, on passe aux produits. Et puis effectivement, un retour ensuite à quelque chose de plus stratégique.
- Martin Treboux
C'est ça, j'ai vu que tu avais fait pas mal de postes dans l'entreprise. Peut-être que tu les as même prêchés tous faits. Est-ce que tu peux nous réexpliquer un peu ton parcours, ton cheminement au sein de l'entreprise avant d'en devenir le PDG ?
- Arnaud Visse
Évidemment, je suis rentré dans l'entreprise deux ans après sa création. On dit cinq salariés. Donc nécessairement, quand on développe une entreprise, aujourd'hui on a un peu plus de 300 personnes, vous construisez les étapes et c'est vous qui bien souvent faites le palier avant d'avoir recruté, que ce soit un DAF, que ce soit un DRH, que ce soit un directeur industriel, que ce soit des responsables de production, bref, un DSI, bref, tout ce qui concourt à structurer et à faire fonctionner une entreprise.
- Martin Treboux
C'est ça. Et aujourd'hui, tu es encore impliqué personnellement dans le recrutement à l'OEDO ?
- Arnaud Visse
Alors, pas à tous les niveaux, mais j'aime ça. Et c'est vrai que j'ai un côté un peu couteau suisse. Je suis un expert de rien du tout chez Coulidoor. Et puis, c'est vrai que dans les profils de dirigeants, il y a des dirigeants qui sont ingénieurs, donc qui sont très techniques, très axés sur l'optimisation industrielle, les process, etc. Et d'autres qui ont un profil plus financier. Ouais. Et donc avec... façon de structurer l'entreprise qui est conduite par justement des objectifs de performance financière de l'entreprise. Et puis les profils un peu plus commerciaux, un peu plus passe-partout, un peu plus probablement un peu moins rigoureux sur tout un tas de choses.
- Martin Treboux
On espère qu'il n'y a pas trop de commerciaux qui nous écoutent.
- Arnaud Visse
C'est totalement assumé, je suis un pur commercial. Donc en tout cas avec une vision... Qui est mieux à toucher à tout. Donc ouais, je suis un touche-à-tout, mais maintenant, on a des équipes, on a des directeurs d'usine, et puis il faut déléguer, et puis on en parlera peut-être après, il faut se préparer à transmettre, donc il faut faire en sorte que chacun soit autonome dans ses responsabilités.
- Martin Treboux
On va y venir. Est-ce que tu peux nous expliquer, si l'on en vient à l'entreprise, à Coulidoor, qu'est-ce que vous fabriquez concrètement aujourd'hui ?
- Arnaud Visse
Alors, Coulidoor, comme son nom se l'a dit qu'au départ, c'était un fabricant de portes de placards coulissantes. Au départ, du sur-mesure. comme d'autres confrères. Et aujourd'hui, nos métiers, c'est vraiment l'aménagement des espaces de vie, donc plutôt à destination du particulier, même s'il nous arrive de répondre sur des cabinets d'avocats, des cabinets d'expertise comptable. Bref, notre métier, c'est comme principalement le particulier. Et donc, on est fabricant de portes de placard, on est fabricant de ce qu'il y a derrière les portes de placard, où parfois il n'y a pas de portes de placard d'ailleurs, de dressing, d'aménagement sur mesure. sous toutes leurs formes, et puis qu'on avait étendu aux portes de séparation de pièces polissantes pour séparer des espaces, ensuite les verrières qui segmentaient également les espaces. Donc voilà, ça ce sont nos métiers. Et puis un partenariat avec un fabricant de porte intérieure, d'accord, qui complète, donc italien, qui complète notre offre. Pour le reste, tout est fabriqué en France sur deux ou trois usines, puisqu'on a trois usines en France. Une usine en Normandie et puis deux usines en région Rhône-Alpes.
- Martin Treboux
D'accord. Et les différentes usines fabriquent les mêmes choses ou sont spécialisées par type de produit ?
- Arnaud Visse
Alors l'usine de Caen fait les trois familles de produits, encore une fois façade, rangement et puis séparation pièce / verrière. L'usine de Saint-Romain-d'Albon, on est au nord de la Drôme, dans le 26, entre Valence et Vienne. Cette usine est plutôt spécialisée sur les façades de placards, avec une ligne toute automatisée, non pas pour faire du standard, mais pour faire des marchés plutôt de promotion immobilière, de bailleurs sociaux, donc du volume, toujours en sur-mesure, puisque ça c'est notre ADN. Et puis l'usine de la Verpillière, qui est la plus récente, puisque ça fera 10 ans qu'on a repris, qu'on a fait cette opération de croissance externe. Enfin, 10 ans en septembre, mais cette usine est spécialisée sur les rangements. D'accord. Pour faire simple, si on tire une ligne entre Belfort et La Rochelle, au nord, les trois familles sont faites par l'usine de Caen. Au sud, c'est l'agrégation de l'usine de La Verpillière et l'usine de Sarremberg, qui couvrent pratiquement le même spectre. Et enfin, on a un petit établissement logistique sur Bordeaux, puisqu'on a la particularité d'être intégré en transport. On a quand même une trentaine de camions, on assure nos livraisons.
- Martin Treboux
Vous avez votre propre logistique avec vos propres camions. Ça, ça doit être un défi à gérer.
- Arnaud Visse
Pour les plus vieux, je raconte souvent l'anecdote, c'est que quand on a démarré notre première année d'exercice, donc 87, à l'époque, toutes les enseignes que vous connaissez aujourd'hui n'existaient pas. Donc, Point P, ça n'existait pas,. Et à l'époque, on travaillait pour Pinault avant qu'il ne se lance dans la mode, dans le luxe, de tout ce qu'on sait aujourd'hui autour de Kéring. Oui, bien sûr. Donc, c'était Pinault Bois et Matériaux, donc c'était notre principal client. Et à l'époque, on sous-traitait le transport. Ok. Et notre transporteur, c'était la Cernam, qui était... qui était le 14 Express ou le France Express d'aujourd'hui, qui était une filiale, c'est le début de la privatisation, un peu la SNCF. C'était le transporteur, on va dire le messager de la SNCF. Et à l'époque, on a des produits qui sont fragiles, du miroir et qui ne sont pas tout à fait compatibles pour des camions de messagerie. Et à la fin de l'année, on avait fait plus de chiffre d'affaires avec la Cernam qu'on en avait fait avec Pinault, parce que les livrets cassés, on refacturait. D'accord. Donc, ce qui fait qu'assez rapidement, on a jugé utile de pouvoir... acheter un petit camion et d'organiser nos premières tournées, nos deuxièmes, nos troisième. Et puis on en a fait un peu un marqueur également, puisque nos conducteurs, nos chauffeurs sont un peu nos ambassadeurs. On a indiqué nos commerciaux, ils voient nos clients, créent une relation avec les magasinés. On a une vraie maîtrise de nos flux donc ça c'est appréciable.
- Martin Treboux
Aujourd'hui le service, la satisfaction client c'est vraiment un enjeu stratégique et effectivement le fait de maîtriser cette partie là, c'est une vraie garantie pour le client.
- Arnaud Visse
C'est effectivement... un élément sur lequel on s'appuie. Je mets juste un bémol, c'est que le sentiment qu'on est aujourd'hui au milieu du guet, c'est-à-dire qu'on transporte nos propres marchandises, mais quand mon camion est parti de Caen et qu'il est arrivé à Strasbourg, il n'y a rien vide. Alors, on commence, on commence, on n'a pas commencé hier, mais on essaie de plus en plus de faire du transport sur achat, puisqu'on a le droit de transporter les produits de nos fournisseurs, mais on a un vrai questionnement qui est celui est-ce qu'on va plus loin, à savoir Merci. Passer une capacité de transport de façon à pouvoir faire du retour de marchandises, puisqu'on est à un vrai sujet de décarbonation. D'avoir des camions qui roulent à vide en termes d'impact CO2.
- Martin Treboux
J'allais le dire,
- Arnaud Visse
oui, effectivement. Donc sur notre scope 2, ce n'est pas génial. Donc on se pose cette question, en gros, est-ce qu'on externalise ? Oui. Mais comme tu le disais tout à l'heure, oui, on considère que c'est une arme, on considère que c'est une vraie force d'avoir un transport intégré, même si on ne doute pas qu'il y a des transporteurs qui sont capables d'avoir des prestations de qualité. Mais on se pose vraiment cette question-là. Voilà mon ordre là-dessus.
- Martin Treboux
Effectivement, c'est le job du dirigeant que de prendre des décisions. Et aujourd'hui, dans le périmètre des facteurs à prendre en compte, il y a l'environnement. Et je sais que vous, c'est quelque chose qui vous tient à cœur. Vous avez été un des précurseurs sur le marché du meuble à vraiment lancer une démarche approfondie là-dessus. Et aujourd'hui, pour ce genre de décision, ça rentre vraiment en compte pour vous.
- Arnaud Visse
Ah oui, monsieur, on adresse, oui, oui, on a, j'allais dire, de l'ARSE. Je dirais, on en faisait que monsieur Jourdain faisait de la pro sans le savoir. Mais à un moment, on a commencé à structurer, qu'il s'agisse dans nos modes de management, mais également avoir notre propre rapport RSE, avoir d'autres feuilles de route. Et donc, on a créé un poste qui est directeur de la performance durable, parce qu'on ne veut surtout pas opposer performance et durabilité. C'est effectivement faire de la performance, mais dans le respect de l'environnement. Donc, on a ce poste qui tourne autour de l'éco-conception, qui tourne autour de réflexion en tout cas sur de nouveaux modèles économiques, donc le réemploi, la réparation, l'économie de la fonctionnalité, plutôt la détention, enfin bon bref, on essaie d'adresser, de se poser toutes ces questions-là.
- Martin Treboux
On reviendra un peu plus dans les détails sur ce sujet-là tout à l'heure. Mais avant de passer à la suite, j'aimerais qu'on revienne sur l'organisation industrielle avec ces fameux trois sites. Quelle est la logique derrière ces trois sites ? Est-ce que c'était purement de l'opportunisme par croissance externe ? Ou est-ce qu'il y a une logique derrière de spécialisation de site pour une certaine typologie de client ? Comment ça se passe ?
- Arnaud Visse
Alors, je l'ai dit tout à l'heure, le marché du placard coulissant, si je reste vraiment focus sur le placard coulissant, il est venu à la suite du placard pliant. D'accord, le placard pliant, on avait... 5 hauteurs, 1m20, 1m80, 2m05, 2m27, 2m42, tout est largeur, c'était stocké, etc. Oui. Et c'était standard. Et donc l'architecte, il avait pour habitude, c'est-à-dire que le plaquiste, généralement, on posait les bâtis, les juiceries, et quand on était quelque part sur ce qu'on appelle aujourd'hui, en tout cas pour les portes intérieures, sur le mode fin de chantier, puisque le bâti était posé en même temps que les blocs portes, les peintures étaient faites, et c'était vraiment au dernier moment que... l'artisan passait le matin chez le grossiste, prendre sa porte pliante, ou ses deux ou trois portes pliantes, les simples et doubles, et venir les accrocher. Ils étaient terminés et on rendait les clés au futur propriétaire, au futur locataire. L'ultime étape. Et ce qui fait que les architectes étaient totalement habitués à ce que le sujet de la porte de placard ne nécessite pas de s'y prendre si moins l'avance dans la prise de cote, etc. Ça fonctionnait comme ça. Et donc, quand on est arrivé avec le placard connuissant, nous et quelques autres de mes gros frères, dont certains sont encore sur la place, eh bien, on avait cette exigence en face de nous, de l'architecte. Et moi, j'ai souvenir d'expéditions un peu commando, d'aller prendre des codes sur un chantier, je dirais, très rapidement, de revenir à l'atelier, de fabriquer la porte, de les mettre sur le toit de la voiture, sur la galerie, et d'aller poser les portes de placard de façon à démontrer à l'architecte, oui, en 24 heures, on vous a fabriqué votre porte. Et donc, ce n'est pas un frein. Ce qui veut dire qu'on a toujours été habitué dans nos métiers, pourtant de sur-mesure, il faut pas dire la façade de placard, et je dis bien du sur-mesure, à être sur des délais qui étaient de moins de 8 jours. Et si on a des délais de moins de 8 jours, alors pourquoi avoir multiplié des sites ? C'est une façon à tenir aussi ces délais. Se réacheter à la clientèle. Se rapprocher de la clientèle. À une époque, on a eu 4 centres de fabrication. On avait Metz, Caen, Lyon, Bordeaux.
- Martin Treboux
D'accord.
- Arnaud Visse
D'accord. Caudrier, Nord-Est, Grand-Ouest. Sud-Est, Sud-Ouest. Et toujours dans cette optique, sachant qu'on l'a dit tout à l'heure, deuxième retour, référence à ce qu'on s'est dit tout à l'heure, on était sur un produit où les volumes n'étaient pas encore là. Oui, c'était malbutiant. Et on était sur un produit qui voyageait mal, donc qui n'était pas tellement fait pour les ruptures de charges. De la plateforme où ça partait de Caen, ça serait arrêté à Paris. Et Paris, une rupture qui allait, je ne sais pas, à Orléans. Orléans, ça allait à Lyon, etc. soit en termes de délai, soit en termes de qualité de service, de rendu et de risque de casse, etc. Donc tous ces sujets-là ont fait qu'on a décidé d'être au plus près de nos clients.
- Martin Treboux
C'est vrai que dans l'industrie, on pense fabrication, mais la logistique fait partie intégrante de l'offre. Et finalement, pour satisfaire le client, il y a des enjeux très forts. On peut fabriquer un super produit, mais derrière, si ça arrive en retard, cassé, personne n'est content. Donc c'est des enjeux très importants.
- Arnaud Visse
Oui, j'ai dit tout à l'heure, on n'est pas sur un produit. On ne fabrique pas de haute technologie. On a des belles machines, on a des outils, on a automatisé, on a beaucoup travaillé en termes d'avisissement, les uns les autres, comme les cuisinistes par exemple. Mais pour autant, oui, le sujet logistique, il est essentiel. Mais qu'il s'agisse de la logistique amont, et la logistique aval, c'est-à-dire la logistique amont, quand vous avez 30, 40 coloris de panneaux, que vous avez des délais qui sont relativement comprimés, et que vous n'avez pas de... On ne vous fait pas de plan en plan en plan d'achat. On ne vous dit pas ce qu'on va vous vendre cette année. Donc, vous devez avoir des stocks, vous devez être très très très souple. Quand vous commandez du miroir sur mesure, il faut l'avoir sur 24 - 48 heures. Vous vous appuyez sur des sous-traitants qui sont très efficaces ou vous le coupez vous-même. C'est tous ces jeux-là qui nous ont habitués de tout temps à beaucoup d'égidité. Oui,
- Martin Treboux
d'accord.
- Arnaud Visse
Aujourd'hui,
- Martin Treboux
si tu devais donner tes savoir-faire clés qui font que vous vous développez, vous faites la différence sur votre marché, quels seraient-ils ?
- Arnaud Visse
Nos savoirs clés, une vraie écoute de nos clients, l'envie de les faire progresser, de les rendre autonomes et puis de répondre à leurs sollicitations à une forme d'audace puisque le sur-mesure, il n'y a pas de limite. Je dis toujours, mes gros frères cuisinistes n'aiment pas beaucoup ça, dans la cuisine, ce qui est sur-mesure, c'est le fileur dans l'angle. Donc nous, c'est du petit bout de bois. Notre métier, ce n'est pas des caissons montés, notre métier, c'est un gros puzzle et donc il laisse beaucoup de liberté, je dirais, à nos clients. Et donc, oui, c'est de répondre à leur audace, avec cet ADN, cette culture qui est celle du surdouzeur.
- Martin Treboux
Je travaille dans le monde de la fabrication de cuisine, donc je ne vais pas répondre à la pique. Je ne vais pas rentrer dans ce débat aujourd'hui. On est là pour parler d'Arnaud et de son entreprise. Ton marché, comment il évolue et quelles clés de succès tu identifierais sur ce marché ?
- Arnaud Visse
Il y a quatre gros réseaux de distribution. Il y a un canal de distribution qui est celui de la distribution professionnelle, le négoce matériau. Je parlais de Point P tout à l'heure, mais d'autres, chaussons, big mat, Gedimat, on ne va pas oublier personne. Il y en a beaucoup, il y a beaucoup d'enseignes. Et en fait, si on part du consommateur, de l'utilisateur, Il y a un particulier qui a un besoin d'aménagement à son domicile et qui va s'adresser à son artisan menuisier. D'accord ? Celui qui lui a fait sa porte d'entrée, ses volets roulants, sa barrière, son escalier, sa cuisine également, et qui ensuite va dessiner, va faire un projet. Et ce projet sera éventuellement... Le particulier peut venir chez nos distributeurs, où là on va avoir une exposition qui présente notre savoir-faire. Alors effectivement, on n'a pas toutes les gammes. Les gammes sont tellement élargies aujourd'hui, mais ça va nous permettre d'être assuré par le produit, d'avoir les choix de décors, etc. Donc ça, c'est vraiment la distribution professionnelle, un particulier, un artisan installateur et un distributeur. Et nous, on fabrique.
- Martin Treboux
Et là, en tant que fabricant pour ce segment de marché là, qu'est-ce qu'il faut ? La réactivité ? Il faut... La stabilité, il faut...
- Arnaud Visse
La stabilité, oui, oui, les prix, il est peut-être moins sensible que dans la grande distribution, ou en tout cas sur les premiers prix, comme on dit. Là, on est plutôt sur, effectivement, de la qualité, qualité professionnelle, du délai, le respect des délais, le respect des engagements, de l'accompagnement, parce qu'il faut se mettre à la place des vendeurs qui peuvent y avoir dans un négoce généraliste et qui va passer de la plaque de plâtre à la laine de verre. à la menuiserie, au carrelage, au parquet, bref, etc. Donc on est là aussi en appui technique pour les aider dans leurs études, pour essayer de restituer du mieux possible ce que l'artisan menuisier qui fera l'installation a projeté et imaginé. Ça, c'est ce premier marché. Et un deuxième marché, qui est celui de la grande surface de bricolage, qui est un marché que nous, nous n'adressons pas. Je ne fais aucune marque. Qui est un marché de volume. Et là, j'imagine, il faut être en prise directe avec le consommateur. Et puis ensuite, le marché du retail, je dirais qu'on appelle les spécialistes en oléargon, où là, on est sur des réseaux soit de spécialistes rangements, il en existe incertainement, où là, on est sur des experts, des gens qui sont en maîtrise totale, qui assurent de la conception du projet, on est sur des dimensions certainement beaucoup plus de conception architecturale, de la conception du projet d'études 3D avec des réflexions d'implantation, d'optimisation d'espace, des choses escalieres, des choses plutôt... un peu pointus, qui sont, en tout cas, qui maîtrisent également jusqu'à la mise en œuvre, la pose, etc., soit avec des poseurs intégrés, soit avec des sous-traitants très habituels. D'accord ? Et donc, la relation, elle est beaucoup plus courte. Ou alors, dans ces spécialistes, on a un certain nombre de cuisinistes qui s'ouvrent au-delà de la cuisine et bien souvent du bain. Ils s'ouvrent à cette famille du rangement sur mesure. Et donc, c'est une partie de qui rentre également. Et puis, le dernier marché, c'est le marché plutôt, on en a parlé très rapidement tout à l'heure, C'est le marché du volume, de la construction, pour faire des immeubles, les bailleurs sociaux, les gros bachons de la construction, les gros promoteurs immobiliers, voire maisons de retraite, ce genre de choses où on va être sur du volume avec des produits relativement fiables, mais où on n'ouvre pas le choix de 80 coloris et c'est du blanc, ou un peu de blanc, ou souvent du blanc. Hum,
- Martin Treboux
aujourd'hui sur ce marché, quelles sont les grosses tendances ? Est-ce qu'il y a justement un pan du marché qui... accélère plus fort que les autres, certains qui au contraire régressent. Comment ça évolue ?
- Arnaud Visse
J'allais dire, le marché de manière générale, il est très compliqué en ce moment. Il est compliqué, pourquoi ? Parce qu'on a trois drivers dans notre business. On a un premier driver qui est celui de la construction. On est arrivé à un point qui correspond à 1952, donc avec 26 millions à l'époque d'habiteurs en moins, donc on est comme descendu de bien bas. Donc ça, c'est un premier driver. Un deuxième driver, ce sont les transactions immobilières. Et elle aussi, il y a une vraie frénésie, une vraie renvolée post-Covid. Elles ont descendu, chuté de 35%. Et on dit que sur des familles sur mesure à projet, comme la cuisine, le bain ou le dressing, grosso modo, 45% des ventes sont liées justement à un déménagement, un rachat d'une maison ou un appartement. Donc avec ces indicateurs-là...
- Martin Treboux
Les fondamentaux du marché ne sont pas au beau fixe en ce moment.
- Arnaud Visse
Exactement, et le troisième driver, c'est la consommation d'une manière générale. Et je crois qu'il ne faut pas sous-estimer les changements de comportement du consommateur. Donc, pour une partie, de l'épargne de précaution par inquiétude. Du contexte politique, géopolitique. Et puis pour d'autres, peut-être moins gênés par des sujets de pouvoir d'achat, l'envie de se faire plaisir tout de suite, l'envie de voyager, l'envie de se faire un très bon resto, l'envie de faire un séjour de vacances, etc. Et probablement d'autres orientations, au détriment, je vais dire, du meuble.
- Martin Treboux
On a vu pendant la période post-Covid, cette envie de réinvestir dans sa maison et donc un investissement... massif des Français là-dedans, une croissance des marchés. Aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est un rattrapage. En fait, on revient au niveau d'avant.
- Arnaud Visse
C'est plus bas qu'un rattrapage parce que peut-être qu'en chiffre d'affaires, ça revient au niveau d'avant, mais en volume, compte tenu des inflations qu'on a rencontrées sur toutes les matières premières, et qui restent à plateau très élevé, si on retraite ça en volume, on est descendu quand même beaucoup plus bas qu'en T-Covid.
- Martin Treboux
Bien sûr. Ça va me faire un bon parallèle avec la question qui viendra après sur les défis de l'entreprise, mais... Mais avant de passer là-dessus, je pense que ça peut intéresser nos auditeurs. J'aimerais revenir sur l'usine, la fabrication. Est-ce que tu peux nous expliquer à quoi ça ressemble, une chaîne de production d'une usine qui fabrique des placards et des trattiniers ?
- Arnaud Visse
Sur la partie façade de placard, c'est relativement simple. C'est très accessible. Ensuite, il y a différentes façons de l'automatiser. Mais on fait du mouton à cinq pattes, voire plus. Il est très difficile d'avoir... un outil quand on a des portes avec des traverses, avec des coloris différents, avec des effets un peu style mondrian, etc. L'automatiser, je ne suis pas sûr qu'on ait un retour sur l'investissement, qu'il soit à la hauteur des attentes. Sur la partie rangement, nous, on a deux usines qui fabriquent du rangement. L'usine de Caen, on est resté sur quelque chose qui reste tout est relatif entre la artisanale avec des grossies qui sont alimentées directement par des stockeurs, avec que... des systèmes avant-tous qui viennent alimenter les scies. Donc on va avoir un stop, on va avoir des stocks de pièces qui ont le choix, mais de façon très hétérogène, puisque un rangement, ça peut être 50 pièces différentes. On peut avoir quelques étagères qui sont identiques, mais on va avoir des pièces totalement différentes. À la différence du meuble, entre guillemets, standard, de l'armoire, ce genre de produit, ou du bureau standard, où vous allez faire d'abord des campagnes de joue-bourge, des campagnes de jeu-droit, des campagnes de plateau, l'outil industriel est différent. Et puis ensuite, on va passer dans la paqueuse de champs, ce qui consiste à aborder les panneaux. Et puis ensuite, on aura un stop, on aura un stop de pièces semi-finies. Et ensuite, on ira sur les postes d'usinage. D'accord. Les petits trous, les gros trous, la tête de Mickey pour mettre des charnières, les taquets pour les étagères, etc.
- Martin Treboux
Et ça, l'usinage, à quel point c'est automatisé ?
- Arnaud Visse
J'ai automatisé code barre, très principal code barre, sauf sur les commandes hyper spécifiques qui passent par un pôle agencement qui est vraiment... On a même de l'électroportatif de façon à finir à la main, puisque programmer un centre d'usinage parfois sur une pièce unique avec un champ contour, etc., ça n'a pas d'intérêt. Donc on a aussi des vrais menuisiers et des agenceurs qui sont capables de travailler à la main.
- Martin Treboux
Code barre pour nos auditeurs qui pourraient ne pas venir du milieu de l'industrie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que chaque pièce est identifiée avec un code unique. En fait,
- Arnaud Visse
ça reprend un programme quand on vient scanner cette pièce. Eh bien, code barre, c'est ce qu'on a tous à la caisse du supermarché, il y a de pas mal de choses. Sauf que ce code barre reprend un programme et lorsque l'on vient doucher la pièce, on vient lire ce code barre, la machine sait où elle doit faire les trous, etc. Tout ce qui a été programmé au niveau du bureau d'études.
- Martin Treboux
Ok. Et donc, il y a des opérations qui sont faites par les machines et après, pour certains meubles spécifiques, vous avez des équipes qui se font les opérations à la main. Exactement. Et encore un savoir-faire à la main. Oui, bien sûr, dans les ateliers. Bien sûr,
- Arnaud Visse
bien sûr. Alors, c'est une petite partie, mais c'est celle qui est importante, qui est complémentaire, c'est celle qui fait la différence. Par contre, sur l'usine de la Verpillière, dans le 38, Norisère, sur cette usine de reprise en 2015, eh bien là, par contre, on a une ligne toute intégrée. C'est-à-dire que vous n'avez quasiment pas d'opérateurs, hormis ceux qui viennent alimenter les panneaux, des conducteurs de ligne, dont le job est très important. Donc on va remettre des champs, on va remettre de la colle, on va superviser, on a des panneaux de contrôle un peu partout et ça va aller jusqu'au perçage, enfin plaquage de champs, usinage, etc. Et restera ensuite l'emballage, puisqu'on ne monte pas nos meubles, ils sont livrés à plat. Et là,
- Martin Treboux
l'idée avec cette usine-là, si j'ai bien compris, c'était de faire une gamme plus simple, plus resserrée pour faire plus de volume, peut-être un meilleur tarif et adresser le marché de la promotion, c'est ça ?
- Arnaud Visse
Alors, il y a deux raisons et c'est une question qu'on abordera tout à l'heure. Alors, il y a un premier sujet, c'est d'aller chercher de l'outil de pointe. Oui. D'accord. Et une deuxième raison, c'est que puisqu'on peut y faire également des produits relativement complexes, autant que ceux de camp, hors pot de l'avance pour moi. Oui.
- Martin Treboux
Mais il est aussi une réponse, une ligne toute automatisée. C'est aussi une réponse aux difficultés par cas de recrutement.
- Arnaud Visse
On va y venir justement. Ça me fait une bonne transition. Si tu devais donner les grands défis du moment pour l'entreprise, quels seraient-ils ? Et est-ce que ce recrutement-là en fait partie ?
- Martin Treboux
On en a parlé tout à l'heure. Les grands défis, c'est après deux années un peu prolifiques, j'irais en sortie de confinement. Là, on redescend sur Terre et l'atterrissage est un peu brutal, on l'a dit. Donc, c'est de se repositionner, etc. C'est d'adapter la voilure, c'est d'assurer la pérennité de l'entreprise, assurément. Et puis, c'est de tenir compte également du changement de consommation, des modes de consommation, la seconde main, un sujet qu'on ne peut pas balayer du revers de la main. D'un côté, on a des gens qui vont réemployer, réparer, du moment de plaisir à recouper, à refaire, etc. D'un autre côté, on a des gens qui sont dans la phase déco, qui consomment pour consommer, pour changer, etc. Et puis, on a des gens qui ont besoin de médias, de plaisir, etc. C'est des grands défis, c'est cela.
- Arnaud Visse
Et là-dessus, sur ces nouvelles façons de consommer, comment vous faites pour vous tenir au courant, vous informer, détecter des signaux et prendre des décisions ? Parce que j'imagine que face à ces nouvelles façons de consommer, il y a beaucoup de stratégies possibles. Comment vous faites pour analyser ? comprendre et puis décider d'une voie pour le futur ?
- Martin Treboux
Alors d'abord, comment on fait ? L'amendeur français est là pour ça aussi. Éclairer un petit peu la route. Donc d'être très en amont sur des études prospectives qui sont financées par le Codifab, qui nous permettent d'avoir une vue. Il y a un certain nombre d'organismes dont c'est le métier, qui vont nous aider à analyser. Il y a l'IPEA qui lui aussi mène ses propres études très spécifiques à l'ameublement. Donc ce qui est intéressant c'est également de se comparer à d'autres métiers, à la mode, à l'automobile.
- Arnaud Visse
Si je peux témoigner avec mon expérience personnelle, nous on fait partie de l'ameublement français. J'ai participé à un de ces exercices-là, le lab de l'ameublement, où on avait travaillé avec des designers pour imaginer le futur du marché de la cuisine. La cuisine en 2050, c'était très très intéressant, on a appris énormément de choses et ça nourrit. Donc c'est vrai que c'est un syndicat professionnel qui fait bien son job et qui aide les acteurs à voir l'avenir venir.
- Martin Treboux
Oui, c'est la compagnie des entreprises, dans ses changements futurs, de leur donner les clés de compréhension, mais également des outils très pratico-pratiques. Quand on a parlé de RSE tout à l'heure, on a régulièrement ces visios RSE, ces rendez-vous RSE, c'est l'IA qui est en train de démarrer. Je voudrais que ça soit aussi un défi, comment intégrer l'IA dans nos process, tout en respectant nos collaborateurs, etc. que ça c'est des sujets... Il faut prendre avec beaucoup de précaution, il faut vraiment beaucoup de pédagogie, c'est cette campagne de pédagogie, d'expliquer le pourquoi, qu'est-ce qu'on va faire et pourquoi on va le faire. Pour certains, c'est un gros mot, donc il faut rassurer, il faut accompagner la conduite du changement, tout simplement, pour que l'amablement travaille là-dessus, tous les sujets réglementaires. Donc c'est tous ces sujets-là sur lesquels c'est le rôle de la fédération, de notre syndicat professionnel.
- Arnaud Visse
Et toi, en tant que président de l'amablement français, ça te permet d'avoir un œil sur tout ça et de te tenir informé ? C'est intéressant cet engagement que tu as pris à côté de ton métier de PDG de Cool Leader. Je crois qu'assez tôt, tu t'es engagé dans l'ameublement français. Tu as été pendant un moment trésorier. Qu'est-ce qui explique ça ? L'organisation est composée également de groupements professionnels avec différents métiers. La cuisine, la salle de bain, le placard dressing, la haute facture, la haute d'or, le meuble bleu blanc. Bref, on a le cercueil. C'est le mobilier de fin de vie. Donc, on a tous ces groupements. j'en ai peut-être oublié, les facteurs d'orgue. Et donc, moi, j'ai été président du groupement Placard depuis très longtemps. Alors d'abord, j'y suis arrivé comme adhérent avec... Qu'est-ce qui m'a motivé ? C'est de jouer collectif, quoi. C'est de comprendre, c'est de se connaître. Enfin, je pense que la solution de rester tout seul dans son coin... On parle souvent, d'ailleurs, de la solitude du dirigeant. C'est quand même un bon moyen de s'éveiller, de partager, dans la limite de ce qui est autorisé également. Les fédérations sont... soit un lieu où il peut y avoir des dérapages. Donc, je pense que c'est mieux connaître. Je ne sais plus quel grand stratège chinois de la guerre disait qu'il était important de bien se connaître et de connaître les autres pour prendre les bonnes décisions et mener les bonnes batailles. Certainement, c'est un relais dans l'art de la guerre. Pardon ? Soutenu. Voilà, dans l'art de la guerre. Merci. Donc, oui, oui, c'est ce sujet-là. Donc, ça a d'abord été ça, de partager. Et puis, et ensuite, effectivement, Philippe Moreau, qui a été mon prédécesseur, au mavis proposé de rejoindre l'équipe de direction et notamment des trésoriers et donc j'ai pris j'ai pris sa succession désormais il ya deux ans et c'est un champ tellement vaste l'ameublement parce que l'ameublement on est dans une grande famille qui est celle Du bois, de la forêt, de la forêt, du bois, donc l'aval, l'amont. Donc nous, on est plutôt dans la partie aval, mais avant, il y a des gens qui ont planté, il y a des gens qui ramassent les forêts. On a des gros enjeux également sur le bois et le dépérissement de la forêt. Donc on a des enjeux, des enjeux de recyclage. Vous savez qu'on a également la REP, la responsabilité d'énergie des producteurs, qui a été initiée il y a presque 12 ans, donc avec des résultats d'ailleurs qui sont remarquables, parce que Aujourd'hui, 96-97% des déchets et d'éléments d'amèlement sont valorisés, soit valorisés parce que, pour le cas d'une boucle vertueuse, ils sont réintégrés dans la fabrication de panneaux, d'accord ? Soit au titre de l'énergie, pour des énormes centrales biomasse qui vont chauffer, et plutôt que d'avoir des combustibles fossiles, on a ces gisements de bois, etc. Donc c'est tous ces enjeux-là qui viennent se mêler. On sait qu'on a une filière qui est plutôt déficitaire en termes d'international. Comment est-ce qu'on essaie de porter les couleurs de nos savoir-faire à l'international ? C'est tous ces sujets-là. Si on revient au défi de l'entreprise, tu as mentionné cette nécessité de s'adapter à l'évolution de la consommation et aussi de se préoccuper des changements environnementaux et de l'impact que l'entreprise peut avoir là-dessus. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce que vous avez mis en place chez Coolidore ? Tu nous as parlé tout à l'heure d'un poste qui a été créé. Comment tu décrirais votre démarche ? Et est-ce que tu peux nous parler d'actions concrètes que vous avez mises en place ?
- Martin Treboux
En fait, on a démarré à l'origine, on a le sentiment de buter, de ne plus progresser dans notre façon de faire progresser l'entreprise et avec un sujet d'embarquement de nos collaborateurs. Et donc, on avait mené une action il y a une dizaine d'années qui s'appelait Q3, qualité des produits, qualité des services et qualité de vie au travail, qui était un peu un ancêtre de QVT. On a regardé à un moment le sujet intéressant.
- Arnaud Visse
Q3, ça veut dire que ça, c'est une méthode que vous avez inventée ?
- Martin Treboux
Oui, oui, ça, c'était le nom de code. Ensuite, on s'est fait accompagner par la CARSAT, dont c'est une démission. On s'est fait également accompagner ensuite par une consultante qui nous a aidé à décrypter pas mal de choses, comment on devait faire évoluer nos comportements en termes de management. On a regardé à un moment l'entreprise libérée, façon East Side Gates, etc. On est revenu un petit peu à plusieurs raisons. Je pense que là aussi, ça s'accompagne. Il faudrait qu'on mette aussi les managers, bien sûr. Donc,
- Arnaud Visse
c'est intéressant de dire que l'origine, c'était il y a une dizaine, une quatrième année, une dizaine d'années. Donc, on était autour de 2015, 2014. Et ça part d'une volonté de donner un nouveau souffle aux équipes, d'embarquer les équipes dans un projet.
- Martin Treboux
Oui, c'était, comme je l'ai dit, le sentiment que nos messages ne passaient plus de la même façon. que les nouvelles générations, ce n'est pas ce qu'elles avaient envie d'entendre, donc il fallait adapter nos fonctionnements.
- Arnaud Visse
Oui, très bien.
- Martin Treboux
Et voilà comment c'est né. Ce n'était pas simplement QVT. L'histoire, ce n'était pas de mettre deux baby-foot. Donc, c'était comment on embarquait. Et d'ailleurs, quand on a fêté nos 30 ans, donc en 2016, je me suis à l'équipe qui organisait, dont on était peut-être 280 personnes, 250, 280. Donc, on avait fait une belle journée, une très belle journée, mais en faisant venir tout le monde de tout site. Et en fait... L'équipe qui était organisatrice, j'avais délégué totalement l'organisation de la journée. Et j'aurais dit, moi, il me faut nécessairement minimum deux heures avec des tables rondes pour lancer ce projet, etc. Et j'avais de la part des équipes, de l'équipe organisatrice, ben non, mais les gens sont venus là pour s'amuser, mais non, Arnaud, on ne peut pas faire ça comme ça. Les gens, ils sont venus là pour fêter. Et je lui ai dit, je n'en démordrai pas, c'est impératif. Et donc, on a fait des tables, je ne sais pas, des tables d'une douzaine de personnes. Il y a peut-être 20, 25 tables qui étaient là. avec des mélanges de si, de fonction, du commerce, de la prod, de RH, etc. Enfin, tout mélanger, etc. Mais ce dont je me suis aperçu, c'est que quand on donne la parole à nos collaborateurs, mais ils ont envie de dire plein de choses, ils ont plein de choses à nous apprendre, et il faut simplement prendre le temps de justement leur donner cette parole et les écouter. Mais je vous assurerai que si ça avait dû durer cinq heures, ça durait cinq heures, quoi.
- Arnaud Visse
Et c'était quoi les sujets sur lesquels ils étaient amenés à discuter ?
- Martin Treboux
justement... l'organisation, le fonctionnement, le management, comment plus s'engager, comment travailler sur des sujets de qualité, sur des sujets de service, leurs idées. On dit que les faisants sont les sachants.
- Arnaud Visse
C'est génial. Et donc, dès le départ, vous avez une démarche très collaborative. Est-ce que tu arriverais à te souvenir d'une action, d'une piste de réflexion qui avait été formulée par des salariés lors de cet atelier précis que vous avez mis en place depuis ?
- Martin Treboux
Il y a eu beaucoup de choses qui ont été dites, donc je n'ai pas à se souvenir d'une chose en particulier. les top 5, les top 15, ces moments où dès le matin on fait un point, voilà ce qui s'est passé, voilà les moments forts, etc. que pratiquent les japonais depuis très très très longtemps.
- Arnaud Visse
Top 5, top 15, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus pour ceux qui le connaissent très bien ?
- Martin Treboux
On a des indicateurs, là aussi, mettre en place des indicateurs, on va être jugé, on va être fliqué, etc. Donc il faut accompagner, il faut expliquer pourquoi on le fait, et comment on va se trouver des pistes d'amélioration, de progrès. Donc ça va être ça, ça va être sur de la non-qualité, sur des pièces qui ont été rebutées, sur des difficultés, sur un approvisionnement d'une matière. sur le choix d'un autre projet, sur une intervention machine à venir, donc sur la réorganisation des ateliers, sur la gestion de la polyvalence. C'est très, très, très, très concis. Et ensuite, il y a des réunions plus longues. Mais voilà, tout le monde a vos chapitres et on le fait sur différents services.
- Arnaud Visse
Mais c'est vrai que quand on parle de qualité de vie au travail, en fait, souvent, il y a le stéréotype du « on met un baby-foot, on fait des animations, etc. » mais en fait ça commence déjà par permettre aux collaborateurs de... de pouvoir faire leur travail sans accroc, et de s'améliorer, de s'épanouir dans leur travail.
- Martin Treboux
Les respecter, les considérer, les écouter,
- Arnaud Visse
c'est la base.
- Martin Treboux
Oui, c'est la base, bien sûr.
- Arnaud Visse
Et là-dedans, il y a un engagement qui naît sur le côté environnement. Comment ça se formule aujourd'hui ? Quelle est votre organisation là-dessus ? Tu parlais tout à l'heure d'un responsable de la performance durable.
- Martin Treboux
Oui, enfin, j'ai eu la chance de rencontrer Nicolas, qui est notre directeur de la performance durable, effectivement, qui est ingénieur de formation, qui a travaillé dans un grand groupe, notamment automobile. Oui. mais également au sein d'autres gros groupes sur des projets plus capsules. Et donc Nicolas en avait un petit peu assez. Ça a repenti en fait. Et il en avait un petit peu assez. Il était d'origine de Caen, le maire de France, l'envie de venir dans les territoires comme on dit. Et donc il a fait un IMBA avec une thématique et il m'a proposé de le faire chez nous. Et il a passé six mois chez nous. reprendre tous nos datas, on avait pas mal de choses à mettre en or, à mettre en forme, etc. Et il est arrivé qu'il y a un vrai projet en nous disant voilà ce que vous identifiez, voilà, voilà, voilà, voilà, voilà. Et il en a résulté, il en a résulté que bah oui, il faut qu'on crée le poste, c'est super important. Tout ce que tu es en train de nous dire, on ne savait pas comment l'animer, comment le mettre en place, et donc c'est sur tous ces sujets-là.
- Arnaud Visse
Et donc vous avez fait une création de poste, c'était quand même pas évident pour un dirigeant, et là on est il y a 5 ans, toi en tant que PDG, tu te dis, c'est important pour mon entreprise, pour la société, on investit là-dessus, on crée un poste. C'est quand même pas rien.
- Martin Treboux
Assurément, c'est une prise de conscience. Une sensibilité, elle était là. De toute façon, si on n'est pas convaincu, il ne faut pas le faire. On n'est pas là pour faire de grinoir chimie, etc. Il y a d'abord un sujet de conviction. Mais ensuite, un sujet de comment on le fait, comment on l'anime, comment on le met en place, etc.
- Arnaud Visse
Et alors concrètement, qu'est-ce que ça a pu donner ? Nicolas a pris son poste. Est-ce que tu peux nous parler d'initiatives concrètes que vous avez mises en place à ce sujet ?
- Martin Treboux
On a déployé quasiment sur toutes les équipes la fresque du climat, pour créer aussi un déclic. Parce que nos collaborateurs, nos salariés, sont aussi des consommateurs. Rien que quand on veut qu'il y ait une prise de conscience générale, il n'y a pas de sujet moralisateur, etc. Mais ça me paraît important, c'est aussi notre rôle d'éclairer et d'alerter.
- Arnaud Visse
Et ça, comment ça a été pris par les salariés ? Parce que ça peut être un peu théorique. que certains pourraient se dire, « Ouais, mais... » On est au travail, pourquoi on parle de climat ? Ça, c'est mes convictions, etc. Moi, je trouve que c'est un exercice très intéressant, que tout le monde devrait faire, mais vous n'avez pas hésité à y aller, et quand vous l'avez fait, comment ça s'est passé ?
- Martin Treboux
On l'a fait d'abord sur des volontaires, et en fait, de la même façon que quand on donne la parole aux salariés, quand on leur permet de s'exprimer, quand on leur donne la possibilité de s'ouvrir sur des choses qu'ils connaissent un petit peu moins, on leur propose d'être informés, d'être sensibilisés, et ils sont partants. Alors chacun en fait ce qu'il veut ensuite. Mais non, non, j'ai trouvé des gens qui étaient très associés. Puis ensuite, sur quoi on a travaillé ? On a travaillé avec nos services achats sur les achats responsables. Nous, on avait déjà une grosse structure des achats plutôt français. Et Europe de l'Ouest, quand on ne trouve pas en France, parce qu'il n'y a quand même pas mal de produits qu'on ne trouve pas en France, si on parle de colis, de charnières, et qui sont très utilisés dans nos usines respectives, on n'a pas de fabricants français, hélas. Donc on achète beaucoup, beaucoup en France, etc. On fait beaucoup attention à notre scope 3. Et puis par principe, on a travaillé sur l'éco-conception.
- Arnaud Visse
Le scope 3, pour les gens qui nous écoutent et qui ne seraient pas familiers du bilan carbone, c'est quand on prend en compte les émissions de carbone des personnes qui utilisent nos produits. Quand on prend en compte l'usage et pas simplement la fabrication du produit en lui-même.
- Martin Treboux
Exactement, et puis les transports, la bonne transport sur achat. Donc on a travaillé beaucoup sur l'éco-conception, de façon à intégrer de plus en plus de matériaux issus du recyclage. Bien sûr, le panneau, il y a une progression de la part de tous les fabricants de panneaux, sur l'aluminium, avec des fournisseurs qui ont... une fonderie pour refondre l'aluminium, mais tout ça en essayant de conserver un vrai cahier des charges de qualité de produits finesseurs. Quand on parle d'éco-conception, c'est également la capacité à ce que nos produits soient démontables et sans polluants en termes de recyclage.
- Arnaud Visse
On pensait à la fin de vie du produit.
- Martin Treboux
La fin de vie du produit, c'est également penser à la fin de vie du produit. Et puis on a d'autres sujets sur la réparation, sur les réemplois, qui sont des pistes de réflexion. Et là-dessus, en tant que dirigeant, au-delà de l'impact sociétal et environnemental que ça peut générer, est-ce que toi, tu as vu des bénéfices concrets de cette démarche sur peut-être le business ou alors l'engagement des salariés ?
- Arnaud Visse
Sur le business, je dirais qu'il y a beaucoup d'hypocrisie. C'est sûr, ce sujet-là. On ne peut pas pratiquer la langue de bois. Effectivement, on nous demande beaucoup de certifications, on nous demande si on ne fait pas travailler des petits-enfants, on nous demande, etc. Mais quand même, en final, c'est bien sûr le prix qui compte, y compris chez le consommateur. Quand on a ce gros sujet actuellement des places de marché, principalement chinoises, qui nous inondent, gérées avec des sujets de dangerosité, des sujets de non-conformité, etc. L'attitude du consommateur, y compris dans les études de l'IPEA, les sujets environnementaux, ils passent vraiment après tout. Donc de ce point de vue-là, je ne suis pas convaincu. En tout cas, il faut le faire d'abord par conviction que par stratégie, ou alors stratégie de différenciation, ça peut être le cas. Mais ou alors sur des niches.
- Martin Treboux
C'est intéressant. En fait, d'abord, il faut y croire.
- Arnaud Visse
Bien sûr. Bien sûr, d'abord, il faut y croire. Non, ensuite, dans les équipes, vous savez, une entreprise, c'est un échantillon de la population. Donc, on a ceux pour qui ça n'a pas d'intérêt, c'est pas important. Et puis ceux qui sont beaucoup plus investis et engagés là-dessus. Bon, voilà. En tout cas, nous, on a notre conscience pour nous de faire avancer les choses.
- Martin Treboux
Oui, très bien. On a... parler des défis de l'entreprise, j'aimerais qu'on parle de tes défis à toi en tant que dirigeant. C'est quoi aujourd'hui ton plus gros défi en tant que dirigeant ?
- Arnaud Visse
Moi, le plus gros défi à venir, ce sera celui de transmettre. C'est d'abord celui de pérenniser, dans ce contexte qui tangue un peu, et puis ce sera celui de transmettre. Moi, j'ai 59 ans cette année, je ne me suis pas fixé d'horizon de départ, mais il me semble important de pouvoir projeter une transmission, ça ne se fait pas Merci. le vendredi soir pour le lundi. Bien sûr, et comment on réfléchit à ça ? Comment on fait pour avancer sur ce sujet-là, pour maturer sa réflexion et pour se dire « Ok, je veux transmettre, mais j'aimerais bien le faire de telle manière. »
Comment ça se prépare ? Comment ça se prépare ? Moi, j'ai un fils qui peut-être un jour nous rejoindra, qui aujourd'hui est dans le meuble, dans la distribution du meuble, donc il fait ses armes ailleurs.
- Martin Treboux
On ne sait pas s'il nous l'écoute, mais en tout cas, il y a une perche qui est tendue.
- Arnaud Visse
Moi, je suis au courant. Mais c'est dont je suis certain, C'est que j'ai mis en place une équipe de direction qui est relativement neuve sur ces 3-4 dernières années, que ce soit en marketing, experience client, que ce soit en système d'information, parce qu'on a des vrais enjeux, des sujets qui bougent très très vite, des sujets de continuité numérique, que ce soit en finance, etc. Donc on a une équipe qui se fait dire que c'est une équipe qui se structure, qui se lie, qui gagne en maturité, parce qu'elle est là depuis... De, on va dire, entre 2 et 5 ans, quelques-uns un petit peu plus anciens. Donc, il faut d'abord avoir une équipe qui sache s'émanciper de moi. Oui, mais il faut que j'accepte de déléguer.
- Martin Treboux
Parce que toi, tu as connu toutes ces étapes d'une entreprise qui passe de 5 à 300 personnes. Le rôle du dirigeant, il évolue beaucoup de fois à l'intérieur de cette période-là. Au départ, comme tu disais, tu es touche à tout, tu fais un peu de tout. À la fin, tu dois penser la gouvernance, la mise en place des équipes. Il faut accepter de déléguer. C'est dur. en tant que dirigeant de Véran ou non.
- Arnaud Visse
Non, je le fais en autonome, ce qui ne m'empêche peut-être pas de regarder ce qui se passe. Ce n'est même pas le sujet des dégâts ne disparaissent pas de contrôler. Je ne suis même pas dans le contrôle. C'est vraiment la curiosité. C'est la curiosité. C'est tout simplement comme ça. Mais l'idée, c'est vraiment de lâcher les équipes. Et puis c'est vrai que les responsabilités prises dans le cadre de l'amendement français amènent un petit peu à... Elle est un petit peu moins disponible et oblige à lâcher prise. Donc c'est plutôt bien.
- Martin Treboux
Un dirigeant, ça prend des décisions. C'est son métier. Si on prend un peu de recul, quelle serait selon toi la décision la plus audacieuse de ton parcours ?
- Arnaud Visse
Moi, je dirais d'abord qu'il n'est point une bonne décision. En fait, la bonne décision, c'est qu'après. C'est qu'après qu'on dit que c'est une bonne décision. Parce que quand on décide, on décide toujours dans l'incertitude. Oui. D'accord ? Donc bien sûr, on essaie de peser, de mesurer, d'évaluer du mieux possible le temps, la prise de décision. Mais si on attend l'alignement de toutes les planètes pour prendre la décision, il est possible que le train soit passé. Donc il faut un brin d'audace. Il faut aussi accepter de prendre le risque de s'être trompé. Bien sûr. Et c'est aussi écouter à la fois les très prudents et les audacieux. C'est pas décider seul. C'est de s'entourer de ceux qui ont des idées, etc. Donc voilà, pour moi, c'est ça. Le moment peut-être le plus marquant de mon parcours, ce qui me rend le plus fier, je ne sais pas, c'est d'avoir pu prendre la suite de mon père. Je ne me rasais pas tous les matins en me disant, un jour, je serai le président de Coulidoor, c'est pas ça, mais ça me paraissait être une suite logique de l'histoire qu'on avait construite avec lui et de mon frère qui a été avec moi pendant un certain temps.
- Martin Treboux
Pour cette reprise, t'as dû prendre une décision, c'est de t'engager financièrement pour reprendre la boîte, c'est ça ?
- Arnaud Visse
Alors, toujours, c'est-à-dire qu'en 2006, un premier LBO, en 2013, un deuxième LBO, et puis effectivement, en 2022, tu fais ce qu'on appelle du cash-out, c'est-à-dire que tu te réalises, entre guillemets, en sortant. une partie des dégâts faits, etc. Soit tu décides de te réinvestir, ce qui a été mon choix, effectivement, ce qui a été mon choix répété. Mais la plus grosse prise de risque, c'est celle de 2022, c'est le rachat des fonds, des parts d'un fonds qui est majoritaire, puisqu'il a 51% des parts, et un fonds avec lequel on a fait 2006 à 2022, donc une belle histoire. qui s'est écrite sur la durée, qui nous a vraiment accompagnés, qui est sorti de sa zone de confort quand on a repris une entreprise comme la Verpillière, qui était en difficulté, donc on a repris au tribunal de commerce, quand on a pris une start-up à un moment, etc. Donc ils ont vraiment joué le rôle.
- Martin Treboux
Un actionnaire qui a joué son rôle.
- Arnaud Visse
Ah ouais, totalement son rôle. Ouais, ouais, ouais. En plus, c'était surfeet. C'était refite. Et donc, il y a un moment, on arrive à la prise d'audition. Qu'est-ce qu'on fait ? On vend tout et on arrête ? Ou est-ce qu'on en vit, non pas par vanité ? Dans tous les dirigeants, il y a une part d'ego. On ne va pas se raconter d'histoire. Si on n'a pas un minimum, un petit peu d'ego. Mais pas par vanité. C'est le sens de l'histoire. Il faut aller jusqu'au bout de l'histoire. Et que l'entreprise revienne dans le giron familial. Bon, voilà, c'est ce qui s'est fait.
- Martin Treboux
Génial. On arrive vers la fin de l'épisode. On a abordé la thématique de la transmission de l'entreprise, mais... Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais transmettre à la nouvelle génération de dirigeants ?
- Arnaud Visse
Moi, je pense avoir une vision, avoir de l'audace, mais toujours dans le respect des parties prenantes, que ce soit nos collaborateurs, nos clients, nos collaborateurs, nos fournisseurs, nos concurrents. Donc, pour moi, ça, c'est primordial. Et puis, je pourrais citer le général Bourg qui disait « La stratégie est l'art de projeter la pensée et l'action dans le temps et l'espace » . Il a des 50 ans de sa mort. Donc voilà, c'est vraiment ça, se projeter. Et puis si ensuite, on va un petit peu plus loin, oui, c'est de l'audace. Il faut se jeter à l'eau, il faut y aller. Ouais, il faut y aller. Ouais, il faut y aller. J'ai une question en rituel. C'est le premier épisode, donc c'est toi qui va inaugurer ce rituel. Si tu devais citer un objet ou un outil qui raconte le mieux ton rapport à la fabrication, quel serait-il ?
- Martin Treboux
Moi, je vais dire... C'est plus à la conception qu'à la fabrication, on va dire ça comme ça. C'est le crayon et la règle. Je ne suis pas du tout un dessinateur. Bien souvent, je fais des petits croquis où je ne suis pas très bon d'ailleurs. Je ne suis pas très doué avec des outils de CAO, etc. Et d'ailleurs, chez Colida, les équipes, on a beaucoup de complicité. On m'appelle Arnaud et mon surnom, c'est un peu Nono. Et quand je leur amène un truc comme ça, ils disent, ça y est, il nous a fait du NonoCAD. D'accord. Donc voilà, c'est plutôt la règle et le crayon. Mais je ne suis pas perfectionniste. J'essaie de me faire comprendre.
- Arnaud Visse
La règle des crayons, avec des choses simples, on peut arriver à faire de grandes choses. Et puis aussi l'idée de mettre un premier trait sur une feuille blanche. C'est ça. C'est ça. C'est ça,
- Martin Treboux
si. OK.
- Arnaud Visse
Dernière question. Si tu avais un message à faire passer pour conclure notre échange, à qui est-ce que tu aimerais t'adresser et qu'est-ce que tu voudrais lui ou leur dire ?
- Martin Treboux
Je pourrais dire à mon fils, réfléchis bien. Non, non, non. Ça, c'est pour la boutade. et qu'ils prennent son temps déjà et c'est pas le sujet. Non, moi je voulais dire aux jeunes peut-être qui nous écoutent et qui ne savent pas ce que c'est que l'industrie, qui peut-être rebutent, enfin on n'est plus autant que germinal, gérer l'industrie c'est un monde fabuleux, qui est tellement transversal, on peut faire du marketing, on peut faire du RH, on peut faire de la technique, et on peut être un super ingénieur et devenir dirigeant d'entreprise, on peut être un financier et devenir dirigeant d'entreprise, on peut être un commercial et devenir dirigeant d'entreprise, enfin c'est vraiment... Un périmètre hyper large, qui est palpitant, qui est passionnant. Je veux dire, et ça rebouquera quasiment le début. Je dirais, voilà, tout le monde y a sa place, c'est comme une équipe de rugby. L'équipe de rugby, il y a les très grands, il y a ceux qui courent vite, il y a ceux qui trappent en touche, il y a ceux qui poussent. Tout le monde y a sa place. Dans l'industrie, c'est exactement pareil. Il y a de la place pour tous les profils et ce n'est pas le piton.
- Arnaud Visse
Génial. Merci Arnaud de t'avoir bouclé la boucle avec le rugby. Merci beaucoup pour ton temps. Merci d'avoir partagé sans filtre ta vision, ton expérience, tes anecdotes. Je suis heureux d'avoir tourné ce premier épisode avec toi. Et puis, si nos auditeurs veulent en savoir plus sur toi, ton entreprise et l'ameublement français, vous pouvez vous diriger sur... le site de Cool Leader. Oui, on peut vous suivre sur peut-être les réseaux, sur LinkedIn,
- Martin Treboux
sur LinkedIn, il m'arrive effectivement de faire quelques posts. Mais bien sûr, il me serait un plaisir d'échanger. Je suis très ouvert, j'aime bien partager.
- Arnaud Visse
Merci beaucoup Arnaud, et puis bonne journée à toi, à bientôt.
- Martin Treboux
Merci beaucoup Martin, et puis bonne chance pour la suite, pour tes prochaines prises de parole.
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté cet épisode des Fabricants. Si vous pensez vous aussi que l'on devrait parler davantage de celles et ceux qui font vivre avec brio le savoir-faire français au cœur des territoires, sachez que vous pouvez apporter votre pierre à l'édifice en vous abonnant au podcast, en lui donnant une note 5 étoiles sur les plateformes et tout simplement en en parlant autour de vous. Tout cela est précieux pour nous aider à accomplir notre mission, s'inspirer ensemble et susciter des vocations dans le monde de la fabrication. Je suis Martin Treboux et je vous dis à très vite pour rencontrer de nouveaux fabricants.
- Arnaud Visse
Merci.