- Speaker #0
Avez-vous déjà imaginé l'effervescence qui règne derrière la beauté des plus beaux jardins de France ? Les aventures au temps long ? Les défis hors normes pour créer ce paysage poétique ? Bienvenue dans le monde des gens du jardin. Je suis Sophie de Rochmorel et je vais à la rencontre de ceux qui consacrent leur vie à l'art des jardins. Créateur ou gardien d'un patrimoine exceptionnel, laissez-les vous emporter dans ses œuvres, grandeur nature. Aujourd'hui, je rencontre Gérard Jean, talentueux jardinier, propriétaire du jardin du Pélinec, dans les Côtes d'Armor. Pour celui qui le arpente, le Pélinec est à chaque fois une émotion renouvelée. C'est un jardin du voyage et de l'évasion. évocateur des terres australes, de la Patagonie, avec la mer à l'horizon. Illustrateur puis directeur artistique de profession, évidemment grand amoureux de la nature, Gérard Jean porte sur son jardin un regard d'artiste. Sa palette est botanique et il compose son jardin comme une toile. Chaque plante y est une touche de couleur, une texture. Chaque ligne du paysage y raconte une intention. Bonjour cher Gérard Jean et merci de me recevoir ici, au jardin du Pélinec, dans l'Anse de Penvenant. C'est vrai, le Pélinec impressionne autant qu'elle invite au voyage. Alors avant d'entrer dans le vif du sujet et de comprendre comment est née cette véritable œuvre végétale, j'aimerais simplement vous poser cette première question. Pouvez-vous vous présenter ?
- Speaker #1
Je m'appelle Gérard Jean, mon gros défaut c'est la passion, donc je suis très passionné, je suis toujours prêt à tout quand j'ai une passion. J'ai eu plusieurs passions dans ma vie, notamment la publicité, pareil, ça m'a beaucoup passionné de trouver des belles idées, le moins polluantes possible. Et mon jardin c'est un peu pareil maintenant, je suis ultra investi dans mon jardin pour faire des assemblages de très belles plantes. qu'on ne connaît pas forcément, créer des surprises, de la beauté, pour créer de l'émotion.
- Speaker #0
Comment a commencé votre amour pour les jardins ?
- Speaker #1
Ça a commencé à l'âge de 5 ans. Tout de suite, les haricots dans le coton. Ça, c'était vraiment une révélation pour moi. Une graine inerte, on met dans du coton. Une semaine après, il y a un truc vert qui sort, qui est d'une beauté inouïe, incroyable. Donc ça, ça m'avait tout de suite beaucoup marqué. Mon papa aussi avait un petit jardin de 300 mètres carrés en région parisienne, au bord de la Seine, à Bécond-les-Brouillères. Et lui, il plantait des bégonias, des sauges, tout un tas de plantes de l'époque qu'on plantait, des géraniums, etc., qu'on plante moins maintenant. Et moi, je le regardais jardiner, j'aimais beaucoup, mon plus grand plaisir à l'époque. Donc à ce moment-là, j'avais 6, 7 ans, je ne sais plus combien. Une fois par an, il allait au marché aux fleurs, dans l'île de la cité, pour acheter les plantes annuelles pour le jardin. Et tout le temps, je lui demandais, quand est-ce qu'on y va ? Quand est-ce qu'on y va ? Allez, demain, on y va. Donc ça, c'était mon grand bonheur. Je voyais toutes ces fleurs partout, partout, dans les grandes serres et tout. J'étais complètement émerveillé, j'adorais ça. Et voilà, ça a commencé comme ça, mon immense amour pour les fleurs,
- Speaker #0
les plantes et les oiseaux. J'avais une fêlure oiseau assez grave aussi. Toujours, je dessinais très très bien parce que j'adorais ça. Je dessinais beaucoup beaucoup d'oiseaux à l'époque. Ça a toujours été ma passion.
- Speaker #1
Toute ma vie, ça a été simple. J'ai eu que deux passions, pas trois. La nature, le dessin. Toute ma vie, ça a été ça. Y compris quand j'étais dans la publicité. Toutes mes publicités, c'était toujours comme ça. Avec la nature, avec des fleurs, avec des feuilles, avec des arbres. Toujours avec la nature. Mais par contre, ce qui était formidable, c'est que l'été, mes parents n'avaient pas le temps de s'occuper de moi. Ils me mettaient pendant deux mois. chez une dame dans Lyon, à côté de Joigny. Et cette dame-là était alsacienne, et elle adorait la nature, et elle me faisait tout découvrir de la nature. Dès l'âge de 5 ans, j'ai été chez elle. Et là, comment ça s'appelle, comment ça s'appelle, comment ça s'appelle, comment ça s'appelle ? J'avais mon potager, je plantais tout. Oh là là,
- Speaker #0
les radis ! C'est quoi les petites soies en cœur qui poussent ? C'est des radis, c'est génial ! Dans 15 jours, on les mange. Donc j'ai toujours été extrêmement émerveillé par la nature. Je suis toujours autant, d'ailleurs.
- Speaker #1
Ça n'a pas changé.
- Speaker #0
Tout m'énerveille encore. En plein hiver,
- Speaker #1
on a des fleurs comme ça. Cette plante-là, elle est particulièrement belle, vous allez voir pourquoi. C'est un camélia. Déjà, il est parfumé. Et vous voyez, regardez le génie de la nature, une pétale blanche, une pétale rose, une pétale blanche, une pétale rose, c'est incroyable. On a l'impression que c'est un peintre ou un dessinateur qui l'a fait.
- Speaker #0
Elles sont merveilleuses.
- Speaker #1
Moi je suis dessinateur, j'ai fait quatre années d'études de dessin. J'ai d'abord été illustrateur pour les journaux nationaux français comme Elle, Marie-Claire et compagnie. Et ensuite, voyant que le dessin déclinait, que j'avais des enfants à nourrir, je me suis orienté vers un métier que je savais que je saurais faire.
- Speaker #0
La direction artistique en publicité. Donc je suis rentré dans une bonne agence, j'étais l'assistant au départ d'un très bon directeur artistique, et au bout de deux ans, j'ai été directeur artistique. Là j'ai fait une longue carrière, donc je suis resté une quarantaine d'années quand même dans la publicité.
- Speaker #1
Si vous regardez sur votre portable, mon film est dedans. Alors ça, ça fait quand même plaisir. Film Kelton. J'ai été au client, j'ai dit voilà, c'est Jean-Jacques Hannault qui va réaliser le film. Bien sûr c'est quand même pas gratuit, mais c'est quand même incroyablement pas cher. On a trouvé partout des solutions pour que ça soit le plus économique possible. Le client a été d'accord. C'était une somme, ça correspondait quand même à 25% du budget, alors qu'en moyenne, c'est 10% maximum les frais de production. Mais enfin, le client a été d'accord tellement qu'il aimait l'idée. Donc, on est parti avec Jean-Jacques Hano, en Mauritanie, en avion. Jean-Jacques voulait travailler au téléobjectif pour avoir les choses de vapeur, comme ça, qui montaient devant le train, qui sont très beaux. Et il fallait prendre un très grand téléobjectif. qui ressemblait à un bazooka. Mais on était en guerre du polisario. Et donc le chef-op a dit, moi je ne fais pas le plan, je ne vais pas me faire tuer pour la pub, parce qu'avec ça devant, les mecs vont croire qu'on est du polisario, qu'on veut attaquer le train, ils vont nous tirer dessus. Jean-Jacques Hano a dit, moi je fais le plan, pas de problème. C'est Jean-Jacques qui a fait le plan, qui n'a pas eu de problème du tout, qui n'a pas été du tout pilonné heureusement. Effectivement, il est là le film, vous allez voir en vrai, vous allez voir la beauté de ce film, fait en pleine guerre du polisario, avec le train le plus long du monde, qui écrase une monte avec un texte refait par Jean-Jacques et un très joli texte tout le long du film. L'autre campagne que j'ai faite qui a beaucoup marqué ma carrière publicitaire, c'est une campagne, elle, qui a duré pendant 20 ans, mais qui n'existe plus du tout, plus du tout, plus du tout maintenant. Mais quand même, 20 ans, c'est pas mal. Alors là, celle-là, beaucoup plus dans mon écriture, on va dire, classique, la nature, pour une marque industrielle, pas facile, Erta, Erta. Donc voilà, c'est des gens qui vendent quand même du jambon sous vide en plastique. Donc moi, tout mon travail, ça a été de faire oublier le plastique. Je leur disais tout le temps, il faut faire oublier le plastique aux gens, c'est pas le tout. Et donc j'ai fait des films, on va dire très humains, très simples. On se rappelle beaucoup la musique. Voilà. Il y a eu près d'un feu, un grand-père. qui apprenait avec une loupe à son petit garçon. Alors le premier film qui a fait le plus gros succès, c'était un peu le même principe, c'était un enfant tout seul dans la nature qui construisait un moulin à eau dans un ruisseau.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, ça a marqué toute une génération,
- Speaker #1
bien sûr. Vous avez plusieurs, la preuve, pour vous qui êtes jeunes. Et donc voilà, ce film a fait un succès énorme sur la marque et tout ça.
- Speaker #0
Et tous les enfants ont essayé de faire des moulins à eau ?
- Speaker #1
À eau, après, voilà. Moi, j'avais fait ça enfant, donc je savais qu'on faisait comme ça. Donc j'ai appris comment il faut le faire et tout ça. Et pendant ce temps-là, la maman coupait des lamelles de jambon avec amour pour son petit garçon, comme les mêmes lamelles que le petit garçon découpait pour faire son moulin à eau. Voilà les deux publicités qui ont le plus marqué ma vie professionnelle. Cette campagne-là, elle a duré 20 ans. J'ai encore eu une dernière émotion positive. J'étais largement à la retraite, largement ici dans mon jardin. Et le nouveau directeur général d'ERTA, qui n'a plus rien à voir avec celui qui nous avait virés, m'a appelé pour me dire « J'ai vu tous les films que vous avez faits pour ERTA et je tenais à vous féliciter, à vous remercier pour ce que vous avez apporté à cette marque. » Ça, j'ai été quand même bluffé parce que ça n'arrive jamais ça, normalement. Jamais. Vraiment, j'ai trouvé ça très humain et très gentil de sa part de m'offrir cette... Voilà cette récompense en quelque sorte.
- Speaker #0
Comment êtes-vous arrivé au Pélinec ?
- Speaker #1
Mes enfants ont participé quand même à ça. On avait une petite maison modeste dans le Maine-et-Loire, à côté d'Angers, à la campagne. Il s'est trouvé que beaucoup de clients ont aimé mon travail dans la publicité et en échange m'ont payé. Parce que mon travail leur plaisait, donc voilà, j'ai gagné de l'argent à faire ça. Et mes enfants me disaient, mais qu'est-ce qu'on fait là, papa ? Alors que si on était au bord de la mer, on pourrait faire de la planche à voile, on pourrait nager, et que là, on s'emmerde tous les étés à mourir de chaud dans ton jardin. Bon, ben, vous n'avez peut-être pas tort. Alors j'ai commencé à regarder les choses qui étaient à vendre en Bretagne. Et je me suis dit, qu'est-ce que je voudrais finalement ? Je voudrais un grand jardin, un très grand jardin. Parce que j'aime tellement ça, il me faut un grand gâteau pour arriver à nourrir mon appétit. Et puis il me faut quelque chose de vierge. J'aime beaucoup les feuilles blanches pour dessiner. Pour les jardins, c'est pareil, j'aime bien les feuilles blanches où tout est possible. Et le plus près de la mer possible, parce que la mer, c'est vrai que c'est du sel, mais en même temps, ça évite les fortes gelées l'hiver. Donc ça, c'est très positif pour moi. Donc j'ai commencé à regarder vaguement les choses. Et puis un jour, en allant au kiosque à journaux, j'ai acheté un magazine qui montrait toutes les maisons à vendre en France. Et là, j'ai vu quelque chose qui était pas mal. Un manoir en mauvais état s'était mis dans l'annonce à restaurer. En bordure de mer, dans un prix très modeste, reconverti aujourd'hui, je peux vous dire le prix, il n'y a pas de secret, 300 000 euros. Donc c'était plus que largement dans mes moyens. Je m'attendais quand même au pire. Je me suis dit qu'est-ce que je vais rencontrer ? Une autoroute juste à côté, une usine terrible. Enfin bon, c'est souvent comme ça quand c'est pas cher. Enfin donc, j'ai dit à ma femme, allez, le week-end prochain, on va voir ce que ça donne, on verra bien. Et donc, on est arrivé au Pélinec, avec l'agent immobilier, bien sûr. Bon, c'est vrai que c'était une grande poubelle à ciel ouvert. Il y avait des sacs en plastique partout. Il y avait des tas immondes partout. Il y avait des arbres tombés, des vieilles tempêtes qui n'avaient jamais été ramassées. La maison était insalubre, plus habitée depuis, je ne sais pas, 30, 40, 50 ans environ. On pouvait rentrer à l'intérieur, mais c'était tout noir. Il y avait des poutres qui étaient écroulées. Le jardin n'y allait pas du tout, bien sûr. C'était une friche utilisée. Le terrain était loué l'été pour une colonie de vacances. Donc, des châpes de béton pour installer des tentes et rien d'autre. Et donc, j'ai pris plein de photos. Je suis un peu photographe sur les bords, donc j'ai pris plein de photos. J'ai emmené tout ça avec moi. Le lundi, j'ai rappelé le marchand de biens. Je lui ai dit... C'est vendu, j'achète. Quoi ? C'est pas possible. Ça fait trois ans que c'est à vendre, les gens qui viennent en général, ils viennent visiter trois fois et au final ils me disent « Non, non, il y a trop de travaux, ça va pas du tout. Non, non, moi je veux une signature le plus tôt possible. Je suis pressé de commencer les travaux. Ah bon, alors très bien, on va faire ça le plus tôt possible. » Donc, on était en décembre, début mars, voilà, j'ai signé. Mais j'étais emballé parce que moi j'ai vu ici tout ce que je pouvais faire. J'ai vu que la maison pouvait devenir extraordinairement belle. J'ai vu qu'il y avait tout ce que j'aimais dans un jardin, des parties vraiment très drainantes, plein soleil, des parties très humides, du marécage. Il y avait tout, il y avait tout ce que j'avais envie. Donc j'ai dit ça y est, j'ai trouvé mon paradis. Maintenant il va falloir relever les manches parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup à faire.
- Speaker #0
Quelles ont été les étapes pour structurer votre jardin ?
- Speaker #1
Moi j'avais bien sûr le plan cadastral. D'ailleurs, la première chose que j'ai fait, qu'il faut toujours faire, j'ai été à la mairie chercher le plan Cassini. Le plan Cassini est intéressant, c'est la découpe des parcelles. Moi, j'avais bien sûr le plan Cadastral. D'ailleurs, la première chose que j'ai fait, qu'il faut toujours faire, j'ai été à la mairie chercher le plan Cassini. Le plan Cassini est intéressant, c'est la découpe des parcelles en 1800. Donc comme ça, on voit comment c'était géré en 1800. Et ça, je voulais le respecter à la lettre. C'est là que j'ai découvert qu'il y avait un étang, à ce moment-là. Il y avait un étang qui a continué à peu près jusqu'en 1900. Donc bien entendu, il fallait refaire l'étang où il était à l'origine. Parce qu'à l'époque, il n'y avait pas de tractopelle, donc forcément, c'était très naturel cet étang. Donc ça allait être simple à faire, ça a été le cas. On a creusé, ça s'est rempli d'eau, rien à faire, aucun travail. Et aussi, j'ai vu comment les agriculteurs de l'école, de l'époque, Dieu sait si je les aime et si je les respecte, ces gens-là, comment eux avaient organisé leur travail, comment eux avaient organisé les champs. Il y avait... Des endroits où on avait enlevé les talus, on avait agrandi les champs. Alors, pas bon. Moi, j'ai refait les talus comme ils étaient en 1800. J'ai d'abord refait tous les talus. Et j'ai dit maintenant, c'est à partir de ça que je vais faire mes jardins. Parce que si eux avaient fait des talus, c'était pas pour s'amuser, ils faisaient ça à la bouette, c'était très dur, c'était pour le vent, c'était pour la terre, c'était pour que ce soit fertile. Et bien, c'est exactement ce que je veux aussi, moi, c'est que ça soit fertile. L'apport des feuilles, etc. J'ai planté tous les talus. Assez rapidement, avec des espèces relativement locales, des ormes, des charmes, des houes, on va dire des plantes indigènes d'ici. Donc ça a été ça mon premier travail. Après, j'ai écouté et observé, essayé de comprendre. J'ai compris que le jardin du bas était entièrement entouré de murs et à l'abri des vents. Et en même temps, le mur du bout touche la mer. La mer tape dans le mur du bout, et juste à son pied, par un talus protégé bien sûr. Donc j'ai dit, ça sera forcément ça, et c'est vrai encore aujourd'hui, 30 ans plus tard, le jardin le plus chaud, il est plein sud et il touche la mer. Donc deux choses qui vont le réchauffer, le soleil et la mer l'hiver. Donc je vais pouvoir mettre des plantes exotiques, donc ça sera le jardin exotique. C'est le premier jardin que j'ai dessiné. Et là mon idée, le jardin était simple. Moi, je dis, ce qui est beau dans un jardin exotique, c'est la promenade. Donc, je vais faire une promenade confortable, un pavage, un beau pavage qui a l'allure la plus ancienne possible, la plus authentique possible, en granit, des grandes plaques de granit que je vais faire avec un joli dessin pour qu'on ait un parcours comme ça d'environ, que je ne vous dise pas de bêtises, de 100 mètres. Donc, ça fait un parcours à travers les plantes. Et puis, c'est très agréable quand on... On est passionné par les plantes, de faire comme ça, un chemin, à travers des plantes belles, rares, qui vont bien ensemble. Donc je me suis régalé au niveau de mon crayon pour trouver des plantes qui allaient joncher tout le parcours dans le jardin. C'est comme ça que j'ai fait, jardin après jardin. Tant qu'un jardin n'était pas complètement résolu, je n'avais pas résolu le jardin d'après. Après j'ai fait deux jardins ensemble, une fois que j'ai fait. Le jardin exotique, pour résoudre le problème, c'est ce que je mets en général deux ans. Pour compter deux ans. Il y a des modifications, toujours, il y a des erreurs. L'être humain est comme ça, on fait toujours des erreurs, on corrige. Ce qui compte, c'est corriger quand on fait des erreurs. Donc là, il y avait un défi qui m'intéressait, le marécage. Souvent, quand il y a un marécage, les gens disent, c'est pas bon pour le jardin, on fait rien. Moi, j'ai réagi différemment. J'ai dit, si seulement les irises du Japon pouvaient pousser là. Alors là, ça serait fantastique. Donc j'ai planté des iris du Japon n'importe où comme ça, une trentaine, pour voir qu'est-ce que ça allait donner, pour ne pas faire d'erreur. Et en même temps, un gros travail, j'ai commencé à dessiner le jardin anglais. Pourquoi ? Parce que lui, le jardin anglais, un peu disposé comme la France par rapport à l'Europe, au centre et avec la vue sur la mer. Donc j'ai dit ça, ça sera forcément le centre, le jardin certainement le plus balnéaire, parce qu'on aura la rencontre des fleurs et de la mer, ce qui plaît à tout le monde. qui est enchanteur. Et donc, j'ai dessiné mon jardin, j'ai commencé à chercher les plantes, je l'ai préparé, la terre et tout ça, les gazons. Et puis, pendant ce temps-là, j'ai observé mes iris. Au bout de deux ans, les iris, c'était haut comme ça, magnifique. J'ai dit, c'est gagné, ça va marcher. Ils aiment le marécage. Alors que c'était marqué nulle part, je ne savais pas. Je savais que c'était des iris quand même qui aimaient l'eau, mais je ne savais pas comment ça allait fonctionner dans ce marécage-là, avec cette terre-là. Et là, c'était bon. Donc là, j'ai pris mon crayon, comme d'habitude, ce que j'adore faire. Et donc j'ai dessiné en fait un caille-bottie pour faire une mise en scène de mes iris. Parce que je me suis dit, marcher dans un marécage c'est impossible, ça met de la boue partout, c'est pas agréable. Donc au contraire, ce qu'on va faire, c'est on va faire un caille-bottie surélevé de 20 cm, comme les iris sont hauts, il n'y aura aucun problème, et ça nous permettra de passer à travers toutes ces fleurs iris qui normalement devraient devenir magnifiques. Donc j'ai fait le dessin, j'ai fait réaliser. Le caillebotis, j'ai fait quelque chose de très graphique. Neuf carrés impeccables, différents, et neuf variétés d'iris du Japon, différentes. Il n'y avait plus qu'à les planter. Ensuite, faire les crins. Les crins étaient importants. Les crins, je voulais des choses quand même assez belles, assez naturelles, pas trop de travail. Au début, j'étais quand même moyen sur ce sujet-là. Trop de travail quand même. Mais enfin, j'avais quand même des plantes robustes, ce qui allait mieux marcher dans mon marécage, curieusement. Les miscanthus, qui n'étaient pas considérés comme plantes de marécage à l'époque, mais j'ai pris le risque de le faire. Et ça a très très bien marché, même les espèces sophistiquées. Les arômes, qui adorent le marécage, ce sont vraiment des plantes de marécage. Plus classiques, les ossements de royale, qui sont vraiment des fougères de marécage et d'eau. D'autres sortes d'irises... de marécages, comme les acorus, les pseudo-acorus, qui sont des iris qui existent en jaune pâle et en jaune citron, et puis des guinéras. Les guinéras, ils aiment l'eau, donc le marécage, ça devrait leur aller. Et effectivement, ça leur a été très très très bien. Donc j'ai planté toutes ces plantes, les crins, etc. Quelques fougères arborescentes, sans y croire à l'époque, parce que je ne connaissais pas comme maintenant ces plantes. Je m'étais dit, il y a une chance sur dix que ça marche. J'avais quelques petits pieds, j'y en meurs bien, mais aujourd'hui, elles font 3 mètres de haut et 4 mètres de large. Donc elles ont adoré le marécage, c'est pas marqué partout. En général, on dit terre de brouillère, ben non. Mais les fougères arborescentes poussent aussi très bien dans le marécage. J'ai jamais vu crinule pas. Voilà, et puis finalement, au bout de 3 ans, j'ai eu ce parterre fleuri au 15 juin, qui m'a épaté moi-même le premier, je ne m'attendais quand même pas à un tel résultat. Et donc, 25 ans plus tard... C'est toujours beau, c'est toujours bien. Ça a très bien marché. Vous voyez comment je fais ? Après, j'ai été un peu gourmand. J'ai eu envie de faire... J'ai eu un ennui quand même, avec mon jardin exotique, pas un gros ennui, mais la tradition bretonne, c'est de rajouter du merle. Et le merle, c'est très calcaire, parce que c'est du coquillage et de l'algue. Et donc, comme c'est du calcaire, ça fait remonter le pH. D'une façon dangereuse pour certaines plantes, par exemple, les protéas, c'est impossible. Elles jaunissent tout de suite, plusieurs plantes ne fonctionnaient pas. Donc j'étais très frustré de ne pas pouvoir avoir ces plantes-là dans mon jardin. Et donc c'est comme ça que j'ai eu l'idée de faire mon jardin austral, que j'ai appelé, en mettant justement des protéas, puisque les protéas, elles sont d'Afrique du Sud, donc c'est austral, l'Afrique du Sud est considérée comme une terre australe, comme la Tasmanie, comme la Nouvelle-Zélande, comme l'Afrique du Sud, etc. Tout ça, c'est des plantes australes. Et donc j'ai fait ce nouveau jardin avec ce grand cercle et ce jubé silenzié au centre qui ne veut pas pousser mais qui enfin commence à pousser. Et donc avec plein de nouvelles plantes qui elles détestaient le calcaire et donc là étaient vraiment heureuses puisque l'homme n'était pas intervenu. C'était la terre d'origine qui était très acide avec un pH de 6,5 donc c'était parfait pour tous ces plantes là. Mais après mon amitié avec Raymond Graal qui a été certainement... le plus grand pépinériste de rhodo-indendron de toute l'histoire de la France, qui était un homme hors normes, d'esprit, d'humour, de gentillesse, de générosité. Il faisait des êtres comme ça, qui ont tout. Lui, il avait tout. Donc on s'est pris d'amitié tous les deux. Et j'étais fou de ces rhodos. Et j'ai dit, il faut que j'aie planté au Pelinec. Et donc, au-dessus, j'avais fait une forêt pour me protéger un peu de tout. Mais cette forêt était très grande. Et elle était très jeune encore à l'époque. Elle avait une dizaine d'années. Et c'était très facile pour moi de la faire disparaître et de faire à la place une plate-bande de 30 mètres de large sur 100 mètres de long. Quand on dit comme ça, on dit, mince, ça fait grand comme jardin. Une plate-bande de 100 mètres de long sur 30 mètres de large, c'est ce que j'ai fait pour pouvoir planter tous les plus beaux rhodos de Raymond Graal. Alors par contre, je m'étais donné un objectif, je me dis, attention mon gars, quand tes rôdeaux seront, commenceront à être beaux, tu auras 70 ans. Donc tu ne seras plus capable de désherber comme aujourd'hui. Il faut que tu trouves un système qui te donne très peu de travail et qui en même temps soit très beau. Donc j'ai mélangé des plantes avec les rhodos, mais toujours en pensant à des plantes où il n'y aurait aucun travail. C'est le cas aujourd'hui. Cette plate-bande qui fait 100 mètres de long et 30 mètres de large me demande seulement, on va dire, deux semaines de travail partout pour un résultat impeccable à l'œil avec... Donc on va dire zéro mauvaises herbes. Donc ça, ça a été très bon. Et puis j'ai eu la joie de profiter de ces rhodos extraordinaires. Il y a un rhodo qui est planté là, qui est beau, qui marche, qui a été planté il y a dix ans, qui s'appelle Medeni Nutelli. Ce rhodo est insensé. D'abord, rarissime, seulement quelques pieds en France. On va dire moins de cinq. Vous voyez comment c'est rare. Une fleur parfumée, blanc pur. immense qui fleurit au mois de juin-juillet, une feuille donc réticulée d'une beauté incroyable et qui a le privilège de beauté de sortir chocolat. Donc toutes les feuilles sortent chocolat. Et il a une forme incroyable. Le bois en plus, je le vois aujourd'hui, puisque les plantes ont presque 20 ans maintenant, desquame comme un acer. Et c'est homme, c'est la même beauté, sauf que là, c'est un rouleau. Donc on a les branches qui désquament, une beauté inouïe. En plus, ces grandes feuilles réticulées, un très joli vert, et ces fleurs incroyables qui sont vraiment l'admiration. Et 20 ans plus tard, j'ai deux pieds comme ça. Qu'est-ce que j'ai de la chance ? Là, je me dis ça parce que vraiment, c'est incroyable. Il y avait peut-être une chance sur 100 pour que ça arrive. Ça, mais c'est arrivé. Bien sûr à Raymond, mais aussi grâce à la terre. La terre est variable. Et là, il ne se sent plus. On ne pouvait pas le deviner, c'est des plantes très difficiles.
- Speaker #0
Votre regard s'est formé à l'image, à la composition, à la couleur ? Pourquoi cette sensibilité d'artiste guide-t-elle votre manière de penser et de composer le jardin ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est un défaut ou une qualité, mais j'écoute mon cœur. Je ne sais faire que ça. Tous les jours, c'est comme ça. Là, c'est moche, j'enlève. Là, c'est moche, j'enlève tout. Je casse tout, je débarrasse tout, c'est raté. Là, c'est bien, je laisse. Ah oui, ça, ce n'était pas prévu, mais c'est magnifique, je laisse. Je n'ai pas du tout... Au début, oui, quand j'étais très jeune, j'étais bien sûr inspiré... Enfin, admiratif, des jardins anglais, des jardins japonais, des jardins de tous les gens les plus forts au monde. J'ai toujours eu beaucoup de documentation pour apprendre, pour avoir de l'émotion, du plaisir aussi pour moi. Je suis toujours abonné à Gardenne Illustrated, que j'adore, qui est mon bonheur chaque mois qu'il arrive dans ma boîte aux lettres. Mais disons, ça ne va pas m'influencer sur mon jardin, non, très peu. 10% maximum. Ça sera toujours, je fais que si ça me plaît vraiment beaucoup. Il faut que ça me plaise beaucoup, c'est ça mon système. Mais je connais beaucoup, beaucoup de plantes. Comme je travaille, comme je jardine depuis 75 ans, ça fait quand même beaucoup, beaucoup d'expérience. Donc je sais que cette plante-là, elle n'est pas bonne, que ça ne la m'intéresse pas, que ça ne la va mal vieillir, que ça, au contraire, va se plaire énormément ici, etc. Et c'est ça qui va faire mon jardin. Je veux avant tout un jardin de plantes heureuses. Ça, c'est ma priorité absolue. Et quand on respecte les écosystèmes, c'est toujours réussi. Je vous rappelle ce que c'est que les écosystèmes. Les plantes de forêt vont toutes très bien ensemble. Les plantes de marécage vont toutes très bien ensemble. Les plantes de sécheresse, par exemple, les plantes de la Provence, le thym, le romarin, vont aller merveilleusement bien ensemble. Donc, il faut respecter les écosystèmes et ça nous donne de la beauté. Pas plus compliqué que ça.
- Speaker #0
Vous avez édité plusieurs livres au sujet du Pélinec, dont l'excellent « Livresse des couleurs » . qui a gagné le prix Redouté. Quel lien établissez-vous entre le jardin et l'image ? Et comment créez-vous ces ouvrages ?
- Speaker #1
D'abord, je trouve que vraiment, jardiner et peindre, c'est exactement la même chose. C'est toujours de la composition, du rythme, du contraste. On va retrouver ça dans la musique, on va le retrouver en peinture et en jardinage. Donc ça, pour moi, c'est très important. Il faut faire des mises en page. Moi, j'adorais faire des mises en page dans mon ancien métier. Et quand je fais un jardin, c'est une mise en page. C'est-à-dire des choses très fines et très hautes. Après, des choses très horizontales et rondes. Après, des choses un peu fouillies. Et puis après, des choses très... Des contrastes de talents de la nature différents. Ça, c'est très important. Après, la couleur, bien sûr, est absolument essentielle. J'avais 17-18 ans que j'ai été voir des directeurs artistiques que moi, je n'étais pas, dans les journaux. Tout de suite, sur mon dossier, ils me disaient ça. Oh là là Gérard, tes couleurs elles sont incroyables. Moi j'ai toujours été hyper sensible à la couleur, j'adore la couleur. Mais je suis très exigeant, je suis très exigeant. Dès que les couleurs ça va pas ensemble, c'est de la douleur pour moi, ça va pas du tout. J'ai besoin vraiment de la modestie pour les couleurs. Parce que souvent, les armes de couleurs, les purécies, c'est assez modeste. C'est pas les carlates, c'est pas plein de couleurs, non, c'est assez peu de couleurs en général. C'est souvent monocouleurs, dans les jardins, monocouleurs. Par exemple, le bleu marine. Et le jaune pâle, c'est très beau, pour moi. Mais d'autres personnes vont aimer le bleu vif et le jaune d'or. Mais moi, je n'ai pas aimé ça. Ah, c'est trop agressif, ça ne me convient pas. Chacun a son goût aussi, en couleur. Chacun a son goût en plante. Moi, j'aime mon goût. Je me sers des plantes exactement comme quand je fais mes toiles. Vous voyez, par exemple, là, c'est une toile que j'ai faite. Et je choisis les couleurs que je veux pour que ma toile, au final, soit harmonieuse. Je n'aurais pas mis là-dedans du jaune d'or, du rouge, je ne sais pas quoi. Il fallait qu'il y ait une harmonie de couleurs. Donc, quand je fais mon jardin, c'est exactement pareil. Je corrige des fois, des fois je dis c'est trop monotone, il faut un peu plus de blanc ou de jaune pâle ou de violet pour que ça devienne plus attractif. Mais je connais tellement bien les plantes par contre, j'ai tout de suite une réponse botanique. C'est-à-dire que si je veux du rose ou du jaune, je sais quelles plantes vont être belles avec les plantes qui sont déjà là, qui se plairont dans cette tare-là et qui auront la hauteur que je veux adulte. Ça c'est ma chance de connaître 5000 plantes par cœur. On livre le thème, c'était l'ivresse des couleurs. Si on plante sans réfléchir, on aura tendance à faire un jardin tout vert et qui du coup est triste un peu parce que monotone. Un jardin pour moi ça ne doit pas être monotone, ça doit être des surprises au contraire, des étonnements. Un des rôles pour moi du jardin fondamental, c'est faire aimer la nature aux autres, aux gens qui ne savent pas d'ajardiner, qui ne se rendent pas compte du génie. incroyable de la nature. De par ses écorces, ses bourgeons, ses fleurs, sa taille, le gigantisme. de tout ça. Donc c'est ça mon rôle, c'est de faire découvrir aussi aux autres, de partager ça avec les autres, l'immense beauté de la nature. Je vais vous dire comment je fais mes livres. D'abord, il faut savoir que moi j'ai été directeur artistique dans la publicité. J'étais habitué à présenter des maquettes très finalisées à mes clients pour qu'ils soient enthousiastes de mon projet et qu'ils travaillent avec nous. On a des gros budgets, on avait des gros budgets chez Champs-de-Montmarin. Et donc là, ce que je fais... Je ne savais pas comment ça allait se passer. Je ne savais pas si un jour un éditeur éditerait mes livres. Donc j'ai fait une maquette finalisée de finalisée, c'est-à-dire que le bouquin, il existait. J'avais fait toutes les photos, toute la mise en page, tout le texte, toute la typographie au dixième de millimètre près, et le livre était comme imprimé. J'ai amené ça à l'éditeur. Alors quelqu'un m'avait dit, « Oh, mais tu verras Gérard, tu ne pourras pas y arriver. » On a toujours des gens qui vous disent ça quand on fait des challenges. C'est charmant. Et il me disait, mais non, tu sais, il faudra que tu payes si tu veux un livre sur ton jardin. Il faudra que tu achètes 150 livres au départ. Tu auras cette somme-là à payer, tout ça. Et c'est passé. D'ailleurs, il y a une anecdote amusante. Donc, j'ai présenté ça à un président de l'Umer que j'aime beaucoup, Antoine Isambert. Donc, Antoine était emballé par mon projet et tout ça. Il m'a dit, bon, je vais te faire un contrat pour éditer ton livre et tout ça. Bon, je m'en fichais. Alors, je ne faisais pas ça pour gagner de l'argent. Je faisais ça pour montrer mon livre. Montrer mon jardin à travers mon livre, c'était ça mon idée, il n'y avait pas d'autre en arrière la tête. Et après je reçois tout un courrier et je vois qu'il y a une somme de 1500 euros qui était là. Et moi qu'est-ce que je fais ? C'est bien, j'ai que 1500 euros à payer pour l'édition de mon livre, c'est vachement pas cher, c'est vachement bien. Et je lui envoie un chèque de 1500 euros. Et là il me renvoie le chèque et il me dit mais non c'est le contraire, c'est moi qui vais t'envoyer 1500 euros. C'est une avance hauteur que je t'envoie. D'accord, ah bon, alors je ne revenais pas. Moi, je n'avais jamais fait le livre de ma vie, donc je ne savais pas du tout comment ça se passait. Mais après, je lui ai présenté trois autres projets. J'ai fait un premier livre, donc la diversité en beauté. Après, j'ai fait un livre sur les feuilles, qui a fait un trop grand malheur, puisqu'au bout d'un mois, il n'y avait plus aucun livre de vendu en France. Ils avaient tous été vendus. Et puis après, effectivement, j'ai fait le livre sur les fleurs, la beauté théâtrale. Et après, j'ai fait ce dernier livre. J'avais des inquiétudes de santé importantes. Je m'étais dit, si jamais je meurs... Il faut quand même qu'il reste une bonne trace de mon jardin, et c'est un peu là, dans ce sens-là, que j'ai fait ce livre-là, de bien tout expliquer, comment j'avais fait mon jardin, comment ça s'était passé, pour que, si des gens prenaient la suite de mon jardin, ce livre serait aussi une aide pour eux, pour le continuer, dans le même esprit que je l'avais créé.
- Speaker #0
Comment avez-vous décidé d'ouvrir votre jardin au public ?
- Speaker #1
Ce n'était pas prévu au départ, voilà. C'était pas une grande surface pour faire un jardin ouvert public, c'était une grande surface pour me sentir chez moi. Et puis la passion étant tellement galopante chez moi, qu'à un moment donné le jardin, tout le monde m'en parlait un peu quand même, je sentais qu'il se passait quelque chose sur mon jardin. Et donc j'ai participé à un concours national de la Société Nationale d'Horticulture Française du plus beau jardin. J'ai gagné le grand prix et là-dessus... En échange de la grosse récompense qu'on m'a donnée, que je ne m'attendais pas du tout à avoir, ça a fait beaucoup d'émotions, j'en aurais chialé. Donc les gens de la Société Nationale de France ont eu le droit de venir voir le jardin, je crois pendant tout le mois de juillet. Donc j'ai reçu une centaine de personnes, et j'ai reçu des gens vraiment esquis, avec qui j'avais bonheur à parler avec eux, des passionnés de plantes, etc. Je me suis dit finalement, c'est pas mal de pouvoir échanger, on apprend aussi avec les autres, donc ça m'a plu et donc j'ai continué au début très modestement, je faisais des visites guidées le dimanche matin avec en moyenne une vingtaine de personnes chaque dimanche matin. On a commencé à démarrer.
- Speaker #0
Quand je visite un jardin, je m'interroge toujours. Quel est pour vous, créateur, le sens profond de ce jardin ? Et quelle est l'empreinte que vous souhaitez laisser dans l'esprit des visiteurs ?
- Speaker #1
Pendant le Covid, ça a été spectaculaire. Pendant le Covid, les gens étaient assez tristes. On avait tous traumatisé par cette saloperie de maladie, etc. Les gens, ils arrivaient vraiment avec de la tristesse dans leur visage. Et ils repartaient avec la banane. Alors ça, j'ai trouvé ça... Comment je les voyais heureux, comment ils repartaient de mon jardin. J'ai dit, ben voilà, là au moins... Je fonctionne finalement comme un chanteur. Je ne donne pas ma voix, je donne mes connaissances botaniques, mes connaissances artistiques, et les gens sont comme s'ils allaient à un concert, ils sont heureux. Je les remplis de joie, et ça c'est vraiment le mieux, c'est formidable d'en arriver là. Et après, je suis heureux quand mon public le voit, l'apprécie, parce que ça aussi, il faut du talent. Pour apprécier la peinture, il faut du talent pour apprécier la musique et il faut du talent pour apprécier les jardins. Ce n'est pas à la portée de tout le monde non plus, forcément. Il faut donner de soi pour apprécier la sensibilité qu'une personne a donnée, la percevoir. Quand les gens, d'ailleurs, bien sûr, les gens souvent me félicitent, je leur dis mais vous devez vous féliciter vous-même parce que vous, vous avez le talent de voir ce que je fais. Mais beaucoup de gens n'ont pas ce talent-là. Donc c'est aussi grâce à vous.
- Speaker #0
Quels sont les grands défis que rencontre le jardin aujourd'hui ? Et quels sont les prochains développements que vous prévoyez ?
- Speaker #1
D'abord, il y a quand même une chose qui est arrivée, qui est essentielle pour moi, c'est que mon jardin est monument historique depuis deux ans, qui a été défendu par plusieurs personnes au comité. Monument historique, ce n'est pas de la rigolade, c'est un comité où il y a 30 personnes, des architectes, des paysagistes, des hommes politiques, et donc 30 personnes, ce n'est pas du copinage. Donc ça, c'était quand même bien. Donc ça, c'était quand même, pour moi, la certitude que le jardin allait durer. Parce qu'aujourd'hui, moi, j'ai 80 ans. Donc forcément, mon souci, c'est la durée. Je sais bien que je ne vais pas vivre jusqu'à 120 ans. On meurt tous. Je sais que je vais mourir. Mais donc, j'aimerais quand même que ce lieu reste un lieu qui soit toujours préservé. Où il y ait des plantes comme ça, un peu inhabituelles, qui vont bien ensemble, qui sont belles, qui donnent. qui donnent de leur beauté à tout le monde, qui font comprendre l'extraordinaire génie de la nature. Moi, c'est ça, ma vocation, c'est ça. C'est d'abord, quand même, dans la création, je crois, il y a un mauvais mot qui va avec, l'égoïsme. Il y a une forme d'égoïsme quand on est créateur. Je pense que si on prend les grands peintres, si on prend les sculpteurs, si on prend les chanteurs, il y a toujours, on chante quand même, ou on écrit, ou on jardine. Pour soi, à un moment donné, pour se faire plaisir. Moi, je déteste tout faire dans la vie, ou presque, mais je fais quand même, sauf jardiner. Si demain matin, mon travail, c'est jardiner, alors déjà la veille, je suis heureux. Encore aujourd'hui. Je suis aussi heureux de ça. À 80 ans, je suis toujours autant passionné par mon jardin que quand j'avais 50 ans. Rien n'a changé, c'est toujours la même passion. Toujours le plaisir de créer de la beauté avec des plants. Là j'ai un triangle qui fait 3 mètres carrés, on a enlevé les plantes parce qu'elles étaient vieillissantes et plus intéressantes. J'ai 3 mètres carrés à dessiner, c'est génial pour moi, c'est un bonheur absolu. Comme je dis toujours, il faudrait qu'on vue jusqu'à 150 ans quand on est jardinier. Vous pourrez observer également, quand vous vous intéressez à tous les jardiniers qui ont marqué l'histoire des jardins sur les 50 dernières années, ils sont tous morts très vieux quand même. En général c'est 95 ans. L'espérance de vie moyenne d'un jardinier, homme ou femme d'ailleurs, c'est 95 ans. Ici, on a eu Jean Laborette, 95 ans. On a eu Peter Wolkowski, 95 ans. On a eu Greta Thursa, 95 ans. Enfin, c'est tout le temps 95 ans. Donc moi, je vais mourir à 95 ans, j'espère. Bien entendu, avec les années, on perd de la performance, on perd de la résistance, on perd des choses comme ça. Et là, par contre, c'est ma nature d'être comme ça. J'ai petit à petit... Organiser les choses pour que mon jardin ne décline pas d'un millimètre malgré que moi je déclina. Voilà, c'est ça que je fais. Et donc maintenant, Glenn, en plus ça fait 21 ans que je travaille avec lui, donc je lui transmis énormément, donc ça c'est formidable pour moi, on se comprend comme ça. Et aussi, maintenant, je voulais un jardinier qui m'aide. Pas bon, Moi je suis très exigeant. Je veux des gens intelligents. Je suis désolé, ça fait gagner du temps. Je veux des gens courageux. Désolé, ça fait gagner du temps. Et j'ai des gens qui ont du talent parce que c'est beaucoup plus agréable. Glenn a ça. Et maintenant, j'ai une nouvelle personne qui m'aide, qui m'aide deux jours par semaine et qui a tout ça et que j'aime. J'ai aussi besoin d'aimer mes jardiniers autant que mes plantes. Ça, c'est fondamental pour moi. Il faut que quand ils arrivent le matin, « Ah, salut Glenn ! » C'est du bonheur pour moi, tout de suite.
- Speaker #0
Quel conseil donneriez-vous à ceux qui se lanceraient, comme vous, dans la création d'un jardin ?
- Speaker #1
Déjà je lui dirais, vas-y fonce, fais n'importe quoi, de toute façon ça sera bien. Je crois que l'erreur souvent des débutants, on va les lister, ils ne plantent pas assez, un grand nombre de plantes. Vous plantez, plantez. Ce qui coûte le moins cher dans un jardin, c'est les plantes. Le prix d'une plante c'est entre 2 euros et 15 euros aujourd'hui. C'est à la portée de tout le monde. C'est moins cher qu'un paquet de cigarettes. Tout le monde peut planter des plantes. Il faut en planter plein, Parce que vous allez avoir plein d'échecs. Mais alors, qu'est-ce que vous allez apprendre ? Vous allez voir que ça, ça ne marche pas. Ça, ça ne marche pas. Ah, ben ça, ça ne marche pas. Oh là là, celle-là, comme elle est belle ici. C'est formidable. La meilleure façon d'apprendre, c'est de planter à gogo. Il faut planter, Le deuxième conseil que je donnerais, d'une façon générale, dans nos climats à nous, il faut quand même beaucoup arroser au début. Après, ce n'est plus la peine. Mais les deux premières années, les plantes, pour arriver à réussir leur sevrage, il leur faut beaucoup d'eau. Beaucoup. Beaucoup d'eau, bien sûr, au moment de la plantation. Quand je vois des fois les gens arroser, c'est misérable. Non, vous plantez un arbuste, c'est un seau d'eau qu'il faut, c'est minimum un seau d'eau. Si vous en mettez deux verres d'eau, la plante, elle va mourir, tout simplement. Il faut beaucoup d'eau au départ. Souvent, les gens ont beaucoup d'échecs à cause de ça. Au bout d'un an, la plante est morte, ils ne comprennent pas pourquoi, parce qu'elle a manqué d'eau. D'ailleurs, on voit ça aussi dans les jardins publics, dans les rues, dans les communes. Ils plantent des arbres, ils les arrosent pas, ils ne comprennent pas pourquoi ils meurent, parce qu'ils n'ont pas été arrosés. Un arbre, pendant deux ans, il ne doit pas manquer une seule journée d'eau, sinon il meurt. Une seule journée, sans eau, il meurt. Les gens ne le savent pas, c'est simple pourtant.
- Speaker #0
Quel est votre plus beau souvenir de jardin ?
- Speaker #1
Kirschenbosch. Kirschenbosch. C'est un jardin qui est à la pointe de l'Afrique du Sud. C'est un jardin qui fait 50 hectares. C'est un jardin où il y a 40 jardiniers qui travaillent à plein temps. C'est un jardin où tout est œuvre d'art. Tout est là. C'est absolument phénoménal. Les plus belles plantes de la Terre sont réunies là. Tout. Les plus grands sikas qui puissent exister. Il y a un arbre qui s'appelle le canadron argentéum. C'est un arbre qui est complètement argenté. Et qui est naturel là-bas en plus de ça. Les feuilles sont en argent. Et il fait 7 ou 8 mètres de haut là-bas. C'est facile le nom. Le cadadron Argentéum. La beauté ! Alors tout le monde essaie de le planter ici, mais il résiste seulement à 1, 2... il finit toujours par mourir. Il est fragile. Mais alors, la beauté ! Quand vous avez vu seulement cette plante-là, vous êtes scotché. Dans ce jardin-là, de plus de 20 hectares, il y a toutes les plus belles plantes du monde qui sont à son tour. Et c'est fait toujours avec une beauté parfaite. C'est un jardin d'État. C'est un jardin qui est extraordinaire comme ambiance. C'est un jardin d'étudiants. Il y a des grandes surfaces de gazon où il y a les étudiants qui sont assis par terre avec des cahiers, des crayons, qui dessinent, qui notent, qui font des notes pour devenir peut-être paysagistes plus tard. C'est un jardin d'études. C'est un jardin où il y a une immense bibliothèque d'occasion où ils vendent des livres de jardin d'occasion, des livres extraordinaires. C'est un jardin où il y a aussi une bibliothèque où on vendait C'est un jardin où il y a une immense pépinière, où il y a toutes les plantes de là qui sont vendues. Et puis bon, c'est un jardin, il faut trois jours pour le visiter. Là-bas, c'est le plus grand jardin de protéas du monde. Là-bas, il y a un hectare de protéas. C'est absolument fantastique. Je vais vous regarder après sur Internet. Vous allez voir le jardin de Kirstenbosch. Ça commence par un K. Kirstenbosch. Comme en Bretagne, tous les mots commencent par un K.
- Speaker #0
Merci beaucoup, cher Argent, pour avoir partagé avec nous votre expérience. nous les secrets et les coulisses de votre jardin, le Pélinec. Et maintenant, je vous propose de prolonger cette conversation en partant à la découverte du jardin. Dans ce second épisode consacré au Pélinec, Gérard Jean nous emmène pour une passionnante promenade botanique. Chaussez vos bottes, on part en balade ! Je suis Sophie de Rockmorel et vous venez d'écouter Les gens du jardin, mis en musique et mixé par Karim Skakni. Si vous avez aimé cet épisode, je vous invite à le faire connaître à tous vos proches passionnés de jardin et en mettant 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Merci et à bientôt !