Speaker #0Le festin avant la tempête Ce matin, à l'école de l'Arche de Noé, il régnait une drôle d'excitation. Madame Mimu, la maîtresse kangourou, tapota dans ses mains pour attirer l'attention de ses élèves. « Aujourd'hui, c'est un jour spécial ! C'est l'anniversaire de Rosana ! » Rosana s'avança en souriant, un peu timide, mais très heureuse. Un peu plus tôt, la maman de Rosana... était passée à l'école. Elle avait laissé de jolis gâteaux au chocolat, soigneusement emballés dans des boîtes décorées, avec quelques sachets de bonbons pour les camarades de la petite licorne. Madame Mimu les installa sur la grande table du fond, une petite nappe posée dessous. « Voilà de quoi bien fêter l'après-midi ! » dit-elle avec tendresse. Les enfants avaient déjà les yeux brillants. Priscilla ! La petite chinchilla gourmande sentait son ventre gargouiller juste avec l'odeur. Elle adorait les gâteaux, surtout ceux préparés avec soin, comme à la cantine. Myriam l'hippopotame, la gentille cuisinière, faisait souvent de bons desserts, mais ceux d'aujourd'hui semblaient encore plus spéciaux. Priscilla se léchate discrètement les babines. Mais Priscilla... avait un petit souci que les autres n'avaient pas. Ses dents poussaient sans arrêt, comme chez tous les rongeurs. Et elle devait aller souvent chez le dentiste pour les faire couper. Le sucre abîmait ses dents encore plus vite. Sa maman lui répétait souvent. Un petit plaisir, oui, mais pas trop souvent. Quand arriva l'heure du goûter, Priscilla se précipita. Elle s'approcha de la table. puis prit une part de gâteau, puis une autre, un sachet de bonbons, puis un deuxième, puis un troisième glissait vite fait dans sa poche. Elle souriait de plaisir, sans penser à ce que son ventre pourrait en dire. Licorneau, son camarade toujours attentif, la regarda d'un air inquiet. « Tu sais Priscilla, trop de sucre d'un coup, ce n'est pas bon pour nous les enfants. » Mais elle haussa les épaules, un peu gênée. « C'est un jour de fête, ne t'inquiète pas, licornou ! » dit-elle en riant. Mais au fond, elle savait qu'elle dépassait un peu les limites. L'après-midi passa et Priscilla ne riait plus beaucoup. Elle s'allongea dans un coin de la classe, le ventre dur comme une pierre. Elle avait mal, elle avait chaud et surtout, elle avait peur. « Je crois que je vais être malade, » murmura-t-elle. Madame Mimu alla chercher Myriam la cuisinière. Myriam arriva en trottinant avec une bouillotte. « Allonge-toi doucement, ma petite, on va calmer tout ça. » L'icorneau s'approcha et lui prit la pâte. « Ne t'inquiète pas Priscilla, je reste avec toi, » lui dit-il doucement. « Je me suis fait peur toute seule, » dit Priscilla. Licornou Ausha la tête. « Parfois, on mange trop quand on ne va pas très bien. » « Tu veux dire que je me suis rassurée avec les gâteaux ? » « Peut-être, mais ce n'est pas le ventre qui a besoin d'être rassuré. » « C'est le cœur. » « Quand je suis stressée ou triste, je mange. » « Avoue, apprécie-la. » « C'est normal, dit Licornou. » « Mais il y a d'autres choses qui réconfortent aussi. » Parler, faire un dessin, marcher un peu dehors ou juste respirer lentement. Priscilla l'écoutait, un peu surprise mais soulagée. Le lendemain, Priscilla apporta un dessin pour Rosana. Un gâteau entouré de cœur et d'amis qui rient. À la cantine, elle prit une seule part de tarte aux pommes bien dorée. Elle la savoura doucement en souriant. « C'était bon, mais pas besoin de plus. » Madame Mimu lui fit un clin d'œil. L'icorneau lui tendit une fleur du jardin de l'école. Priscilla se sentit légère, pas dans son ventre, mais dans sa tête. Elle avait compris que la gourmandise, c'est parfois un trop-plein. Fin, morale de cette histoire. Quand on mange trop, ce n'est pas toujours parce qu'on a faim. Parfois, c'est parce qu'on a peur ou qu'on cherche du réconfort. Mais il y a d'autres façons de se sentir mieux et de trouver le bonheur.