- Speaker #0
Bienvenue ! Vous écoutez les inédites ! Chaque année en France, plus de 50 000 manuscrits sont envoyés en maison d'édition. 98% sont refusés. Les inédites transforment ces silences en voix. On m'a souvent dit que certaines portes n'étaient pas faites pour moi, alors j'ai appris à les ouvrir quand même. À travers ces textes, nous pourrons réfléchir ensemble, interroger nos réalités et nos héritages. Je suis Maud, et vous écoutez le podcast qui fait sauter les verrous de l'édition traditionnelle.
- Speaker #1
Deux pommes d'amour chocolatées. Vous posez vos mains au lit, plipulpeux aux somptueux tracés. Coussin de cuir brun. enveloppés par le divin antiludier. Deux pommes d'amour chocolatées sur lesquelles on pose donc Dieu baisé. Vous les agitez et les regardez onduler en vaguelettes de chocolatées. Chaque ondulation envoie un message que le décret divin vous commande d'ignorer. Il émette pourtant en votre corps un écho paradisiaque en votre corps entier. Vous voudriez croquer le fruit défendu, mais vous vous retenez. Vous n'aimeriez pas abîmer cette œuvre d'art ? De côté, vous voyez deux demi-lunes lustrées, ciselées dans un chocolat breut. Que cela ne tienne, que ce plaisir soit votre chute. Vous n'en avez cure d'être maudit, une pointe goûtée serait la vraie malédiction. Et puis goûter n'est pas manger. Vous vous décidez à tâter le fruit défendu, vous l'explorez des mains, le malaxer, l'éprouver. Vous lèverez chou sur une vaguelette. L'idole se met à gémir. Ça y est, vous êtes excité, vous tenez le barreau, vous êtes éveillé, vous êtes sur le lit du haut, dans votre cellule. Il fallait penser à s'évader.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Qu'est-ce que le fruit défendu ?
- Speaker #1
En fait, c'est une peinture. C'est censé être un homme qui profite de la présence des fesses d'une femme sur un lit. Et qui joue avec, comme un enfant jouerait avec un ballon, ou jouerait avec quelque chose, en gros. C'est un rêve qu'il fait, et il s'éveille, c'est pour ça qu'à la fin il s'éveille, et il est dans sa cellule, en fait, en gros.
- Speaker #0
Retour à la réalité. Et qu'est-ce qui t'a donné envie d'écrire ce texte ?
- Speaker #1
Donc, en gros, moi j'étais, tu vois, j'ai fait de la prison pour une raison particulière, pour des engagements. Et j'ai... t'es auxiliaire. Auxiliaire, c'est quoi ? C'est que tu fais de la distribution de repas, en fait. Tu travailles dans la prison. Et moi, je distribue le repas, tu sais, le repas du déjeuner. Et il y a un mec, il avait une photo d'Aya Nakamura sur sa porte. Et donc, du coup, le soir, je vais, je rentre de ma cellule et je vais pour servir le dîner. Je dis au mec, j'ai pris trois cigarettes entre-temps et je lui dis au mec, bon, je te donne les trois cigarettes, donne-moi la photo d'Aya Nakamura. Le mec, il me dit oui, donc il me donne la photo. Et quand je rentre dans ma cellule, j'écris des poèmes en regardant la photo d'Aïana Cameroy et tout, j'écris des poèmes. Et je suis en scolarité en même temps. Et en scolarité, je suis dans un cours de poésie et d'art plastique. Et quand je suis dans le cours de poésie et d'art plastique, la dame, je lui lis les petits poèmes que j'ai commencé à écrire et tout. Parce que mon but, en fait, c'était de... Tu sais, quand t'es en prison, des fois, t'as rien à faire pendant des heures et des heures. Tu voulais t'élever un petit peu. Ouais, penser à autre chose. T'es vadé ? Sublime, un peu, mais penser... Ouais, mais vadé, exactement. Et donc, du coup, je fais ça. Et je vois qu'elle me dit, oui, c'est bien et tout, mais ça peut être mieux et tout. Et après, au final, elle imprime des poèmes pour moi, des poèmes de Baudelaire, etc. Et je mette des poèmes pour améliorer les miens. C'est-à-dire, j'écris mes poèmes et tout. Et au final, on me dit, c'est très bien. Elle me dit, ouais, c'est super et tout. Ils sont tous enthousiastes. Il y a 4-5 gars, ils me disent, ouais, franchement, le poème, il est beau. Parce que je voulais vraiment célébrer la femme noire aussi. Mais mon but, c'était vraiment ça. C'était de célébrer dans un milieu carcéral. où les mecs sont un peu intéressés par un seul type de fille bien précise. Je me suis dit, je vais mettre en avant d'autres femmes, histoire qu'ils comprennent qu'il y a de la beauté partout. Donc c'est important pour moi.
- Speaker #0
Comment ça se passe d'ailleurs les clubs d'écriture en prison ?
- Speaker #1
Je peux te dire qu'il y a du talent en prison.
- Speaker #0
Parce qu'en vrai, ça doit être dur de trouver l'inspiration, il n'y a pas grand-chose. En fait, au contraire,
- Speaker #1
parce qu'il faut savoir qu'en prison, tu ne peux pas exprimer tes sentiments. La prison, c'est vraiment très dur. Très dur dans le sens où c'est très violent. C'est des gars, bien souvent, qui ont des difficultés à se retenir. À contrôler leurs émotions, à gérer leurs émotions. Donc ils pètent des câbles pour rien. Absolument rien. Et en plus, t'as des mecs qui ont des problèmes psychiatriques. Les gars dorment dans leur caca. T'as des mecs, des surveillants qui sont hyper violents. T'as tout ça, t'as de la violence en permanence. Mais toi, tu peux pas exprimer tes sentiments parce que sinon, ça va t'affaiblir. si tu fais preuve d'empathie, de compassion tu vas être affaibli, donc quand tu vas défendre en promenade, tu seras une cible en fait tu seras plus vulnérable les mecs c'est comme s'ils n'avaient pas de sentiments parce que là on était dans un cadre qui le permettait, on n'avait pas peur d'être vulnérable donc on pouvait exprimer ça donc c'était très intéressant et t'as des mecs qui écrivaient super bien franchement t'as des talents ce qui n'est pas incohérent puisque les mecs c'est souvent des gars qui ont eu des expériences extrêmes tu sais c'est des mecs qui Merci. C'est des mecs qui ont une vie où ils ont fait beaucoup de choses extrêmes, en général. Donc ça veut dire qu'ils ont acquis des savoirs de ça, des connaissances. Ils ont appris des choses grâce à leur style de vie, leur expérience. Donc ils utilisent ça et souvent, c'est vrai qu'ils écrivent des trucs qui sont pas mal quand même. Tu balances tout, comme ça quand tu remontes, tu sais que tu peux tout contrôler encore à nouveau. Tu comprends l'idée parce que t'as tout balancé. Tu déposes quoi. Ouais, tu déposes. Moi en tout cas, c'est comme ça que je l'utilisais en tout cas ce cours-là.
- Speaker #0
Tu m'as dit que tu étais mariée ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc du coup t'es arrivé quand même à voir la campagne ? Non ?
- Speaker #1
Depuis que je suis sorti je l'ai vu.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Maintenant pendant un IHU j'ai eu très peu de visites. Très très peu de visites. Ah d'accord. C'était très dur. Très très dur. Parce que quand t'as pas de visite t'es considéré comme quelqu'un qui a personne quoi. Et t'es plus vulnérable de fait. J'ai très peu de visites, mais j'ai eu ma mère. Ma mère qui est venue visiter. Et ma mère, ça a été dur pour elle. Parce que moi, j'étais tellement dans la louche contre tes sentiments que j'ai pu les contrôler face à elle aussi. Même si ça m'a fait beaucoup de peine.
- Speaker #0
En tout cas, c'était un plaisir que ta poésie vienne jusqu'à nous.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Vous écoutez les inédites.