- Speaker #0
Bonjour !
- Speaker #1
Bienvenue dans cette série spéciale des mots dans la lune en partenariat avec le festival Sén'Express. Chaque jour, en attendant le festival qui aura lieu les 11 et 12 octobre prochains à la Camélienne, nous partons à la... à la rencontre des auteurs, autrices, metteurs et metteuses en scène qui donneront vie à ces chroniques sportives pour découvrir leur rapport aux mots et au sport. Les règles sont toujours les mêmes, des réponses en une trentaine de secondes, sans prononcer les fameux mots interdits. Aujourd'hui, Adrien André nous parle de son texte « Une drague sportive » .
- Speaker #2
On va jouer à ni oui, ni non, ni… Ni drague, c'est compliqué quand même. Est-ce que je pourrais trouver ? Si j'ai pas mieux, ça sera Ni drague. D'accord. Bon allez, on essaie. Est-ce que t'es prêt ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
C'est ton dernier oui, parce qu'après tu n'as plus le droit de dire oui, non.
- Speaker #3
Ça va être compliqué, ça va être très compliqué.
- Speaker #2
Ça commence bien. Est-ce que tu peux commencer par te présenter en une trentaine de secondes ?
- Speaker #3
Alors je m'appelle Adrian, j'ai fait les Beaux-Arts, donc je suis passé par une prépa à Toulouse, par les Beaux-Arts de Lyon, de Biarritz et de Monaco pour finir. Je me suis beaucoup servi des Beaux-Arts pour expérimenter, alors c'est pas un cursus très classique, conventionnel, quand on écrit, on fait du théâtre. Mais moi j'en ai profité pour me créer justement un univers assez singulier, pour être toujours dans la création, pour ensuite me diriger vers quelque chose qui me plaisait réellement. Et je suis monté sur Bruxelles, il y a... Deux, trois ans maintenant je pense, pour monter une compagnie et créer mon premier spectacle. Et là je repars depuis peu sur une nouvelle création.
- Speaker #2
D'accord, ça s'appelle comment ?
- Speaker #3
C'est La Poire de Newgram.
- Speaker #2
La Poire de Newgram ?
- Speaker #3
Oui. Ah oui, ça l'appelait aussi, ça l'appelait !
- Speaker #2
C'est pour être sûre d'avoir bien entendu ! Alors, est-ce que tu peux nous présenter ton texte en une trentaine de secondes, qui s'appelle Une drague sportive, je le dis parce que tu n'as pas le droit de dire drague.
- Speaker #3
Ça fait un petit moment que j'avais cette idée en réserve, cette analogie entre une situation de séduction et une situation de match ou de chronique sportive. Et quand j'ai vu l'appel, je me suis dit que c'était le bon moment pour dérouler l'idée et voir ce que ça pouvait donner. C'était l'idée de faire écrire quelque chose d'assez synthétique, d'assez vif. Et ça, c'est une chose qui me plaît bien, même pour des pièces un peu plus longues que j'écris.
- Speaker #2
Super ! Est-ce que quand tu as écrit, il y a un premier mot qui t'est venu à l'esprit, qui a un petit peu orienté ta réflexion ?
- Speaker #3
L'analogie déjà, je pense que l'analogie a beaucoup catalysé mon écriture et à partir de cette analogie, effectivement, j'ai déployé ou ouvert différentes fenêtres mais c'est plus le mécanisme qui a lancé l'écriture, plus qu'un mot.
- Speaker #2
Attention, question piège, est-tu sportif ?
- Speaker #3
Je ne sais pas si je peux dire que je suis sportif. J'ai pu l'être à des moments. J'ai testé beaucoup de sport et j'y reviens. Depuis peu, j'y reviens. Je me suis remis au sport et je me rends compte que c'est quand même important, ça fait quand même du bien. Mais depuis peu, oui, je m'y suis remis. Je l'avais évité pourtant.
- Speaker #2
Je l'avais évité. Et du coup, s'il y a un sport que tu devais retenir, est-ce qu'il y en a un que tu préfères ?
- Speaker #3
En tout cas, de ce que j'ai fait, j'affectionne beaucoup le basket. Toujours, même si je le pratique très peu depuis quelques années. C'est un sport que j'affectionne énormément, qui est aussi très complet. Et actuellement, ce que j'affectionne, c'est la boxe aussi, mais pour le bien-être, le cardio, la dépense aussi énergétique, dont je crois que j'ai besoin. Mais voilà, sinon à l'avenir peut-être que des sports à voile, nautiques, m'intéresseraient beaucoup.
- Speaker #2
Est-ce que pour toi, écrire c'est du sport ?
- Speaker #3
On peut considérer que c'est du sport si on parle de plasticité cérébrale. Si on le considère comme un exercice cérébral, il faut savoir triturer son cerveau, il faut savoir jongler, jouer avec. Mais en tout cas, je n'aime pas le voir comme un travail. C'est vrai que c'est un exercice, mais c'est un exercice qui est toujours plaisant, comme le sport, duquel on va retirer toujours beaucoup de satisfaction et de plaisir. Mais je n'ai jamais réussi à me forcer à écrire.
- Speaker #2
Est-ce que tu aurais un souvenir d'enfance lié au sport et un autre souvenir d'enfance lié à l'écriture ?
- Speaker #3
Alors, je créais beaucoup, j'imaginais beaucoup, mais je ne sais pas si j'écrivais beaucoup. Alors je pensais beaucoup, et moi déjà, penser est un acte d'écriture. C'est déjà...
- Speaker #2
C'est se raconter des histoires.
- Speaker #3
C'est déjà se raconter des histoires, c'est déjà écrire dans son cerveau. Donc pour moi, penser est un acte déjà d'écriture. Et ça, effectivement, c'est ce que j'ai fait toute ma vie. Mais véritablement, écrire, j'ai quand même un petit souvenir d'avoir, jeune, je pense, vers 6 ans, par là, essayé d'écrire une nouvelle. J'avais commencé à l'écrire, j'avais dessiné la couverture, j'avais commencé à relier je crois. Et je crois que j'en avais parlé à ma mère qui avait été très peu réceptive sur l'instant parce que sûrement occupée. Et je crois que ça m'avait juste coupé dans mon élan et j'avais arrêté d'écrire cette nouvelle. D'ailleurs c'était une sorte de course, ça rejoint le sport, une sorte de course où le gagnant gagne un saucisson géant. Et je ne sais pas pourquoi, un peu absurde comme idée, mais elle est liée au sport. Sport, non, parce que j'ai quand même commencé tard le sport, vers l'âge de 11-12 ans, il me semble. Et ça a été classique, foot, judo, donc un souvenir intéressant à rencontrer. Peut-être la première fois où on s'était mis en ligne au foot et où on a essayé de shooter, pour juste tirer dans les cages, le coach voulait voir nos tirs. Et donc j'avais voulu absolument suivre le conseil du coach qui disait qu'il fallait donner une frappe puissante avec le plat du pied, chose qu'on n'a pas l'habitude de faire, on tape souvent avec le côté du pied de manière assez instinctive. Et donc j'ai voulu m'appliquer à tirer comme il fallait tirer. Et en fait, ça a été impossible pour moi de mettre de la force, donc j'ai vu la balle juste rouler petit à petit comme ça et les rires. Et donc je me suis dit, ah merde, plus jamais j'écoute un coach de ma vie.
- Speaker #2
Du coup, Olivia va mettre en scène ton spectacle. Qu'est-ce que tu voudrais que le public ressente en sortant de ce spectacle ?
- Speaker #3
Je dirais déjà des rires, mais avec de l'intelligence. Je préfère provoquer ou dessiner sur le visage des spectateurs des rictus plutôt que des rires francs. Je préfère qu'on rit, mais aussi avec distance. Parce que le premier degré dans l'humour ne m'intéresse pas beaucoup. Si c'est pour rire d'une blague très franche où il n'y a rien à saisir de plus, que simplement le fait de rire de la personne ou de soi-même, je trouve que ça n'engendre pas grand-chose, alors que si ça crée un certain décalage, un certain mouvement chez la personne, de « je rigole, mais attend, je rigole de quoi ? » et que là, ça peut éventuellement faire germer une réflexion qu'on conserve par la suite, là, moi, je dis que j'ai accompli ma mission.
- Speaker #2
Est-ce que tu as connaissance d'un tic de langage,
- Speaker #1
à part le « oui »
- Speaker #2
évidemment, que tu aurais ?
- Speaker #3
Alors, je fonctionne énormément par période. Je vais avoir des périodes où je vais répéter de manière très obsessionnelle un mot, parce que ce mot va finalement venir alimenter toutes les réflexions que je me pose, toutes les réflexions qui me traversent pendant une période. Et donc je vais avoir des tics comme ça, véritablement, pendant un mois, un mot va revenir fréquemment dans mes phrases, dans mon langage. Je me souviens juste de petits... Je disais souvent car, car, car, tous mes phrases, je les argumentais. Et c'est mon père qui me l'avait fait remarquer.
- Speaker #2
Alors pour finir, deux questions. Le carton rouge et le carton vert, est-ce qu'il y a un mot que tu détestes ? Un mot banni de ton vocabulaire ou alors que tu n'aimes pas entendre ? Pour le sens ou pour la sonorité ?
- Speaker #3
Et non. On arrive à la fin, je suis fatigué de... Non c'est une excuse. Dès le début, j'étais mauvais. Je suis super. pas tellement arrêté, c'est à dire que je pense qu'il y a beaucoup de mots que je ne vais pas apprécier à entendre mais je vais pas m'arrêter dessus et ça va vraiment dépendre de qui le dit, de comment c'est dit, du contexte. Je m'arrête pas du tout, parce que des mots qui peuvent être pas forcément très harmonieux peuvent aussi dans un texte qu'on écrit se prêter très bien à une certaine situation. Je trouve qu'il vaut... embrasser le langage dans son entièreté, dans toutes les trouvailles, dans toutes les nouveautés. Donc je ne bannis rien en tout cas.
- Speaker #2
Ok et est-ce qu'au contraire il y en a qui te plaisent particulièrement ?
- Speaker #3
Par période je pense aussi. En ce moment j'en ai aucun qui me vient et je me dis ce mot il est beau mais par période je peux me dire ce mot il est très beau ou sa définition.