- Pauline
Bonjour et bienvenue dans le podcast Les mots dans la lune, dans lequel j'explore en compagnie d'illustres invités les pouvoirs magiques et évocateurs des mots, dans notre rapport à nous-mêmes et à nos émotions, mais aussi dans notre lien au monde et aux autres. Dans cet épisode, je reçois Éric Repérant, formateur et fondateur du cabinet Urbanicus, qui accompagne les entreprises, notamment sur des problématiques de management et de communication interpersonnelle en entreprise. On va parler entre autres d'écoute active, de la nécessité de choisir les bons mots lorsqu'on s'adresse à ses collaborateurs, des jugements automatiques que nous propose notre cerveau, de la nécessité d'expliciter l'implicite, des différentes fonctions du silence et de nains de jardin.___ ____En fait, l'idée, est partie de quand tu nous avais fait la formation management. Il y a eu une slide en particulier qui ça faisait énormément écho à ce que j'étais en train de regarder et de lire comme articles par ailleurs. Déjà, il y a les mots qu'on prononce. Il y a ce référentiel en face, être sûr qu'on parle bien de la même chose, ce qui n'est pas forcément évident. Et être sûr qu'on s'est bien fait comprendre pour avoir cette base-là avant d'enchaîner sur autre chose.
- Eric
Et on parlait d'écoute active à ce moment-là.
- Pauline
Exactement, c'était ça. Et dans l'écoute active, il y avait répéter, paraphraser et refléter.
- Eric
Oui, qui consiste à reformuler avec ses propres mots tout en montrant à l'autre qu'on a parfaitement compris l'idée.
- Pauline
Je veux bien que tu reviennes sur le processus des trois étapes. L'étape refléter : répéter le message en utilisant exactement les mêmes mots.
- Eric
La première étape, et c'est déjà une façon de montrer à l'autre qu'on est en train de l'écouter, alors qu'on a parfois l'impression de n'apporter aucune valeur, c'est juste de répéter exactement ce qu'il vient de dire, comme il vient de le dire. Première marque d'intérêt, celle qui permet le plus de connexion. C'est le moment où je suis en train de te dire, non seulement j'ai compris ce que tu viens de me dire parce que je suis capable de le redire, mais je l'ai compris et j'ai compris exactement comme tu me l'as dit. L'étape suivante, ce sera de paraphraser. Paraphraser, ça veut dire que je réutilise les mêmes mots, mais que je peux réagencer un peu différemment. Je ne redis pas exactement la même chose. Là, je montre que non seulement j'ai écouté, j'ai entendu, j'ai retenu, mais aussi j'ai compris au point où je peux redire d'autres mots.
- Pauline
Je peux les faire miens.
- Eric
Et en redisant d'autres mots, je m'approprie ce que tu viens de dire. Mais encore mieux, c'est lorsque je vais un cran plus loin, où je vais reformuler. Et reformuler, c'est j'utilise mes mots, en cherchant à exprimer exactement l'idée que tu as exprimée, éventuellement avec des mots légèrement différents. Et dans ces cas-là, j'offre à autrui l'image de ce que j'ai compris dans ce qu'il m'a dit, et en utilisant mes propres mots. On va revenir justement à la notion de mots par rapport à ça, et à la passerelle entre les pensées que représentent les mots, en utilisant un autre mot, je lui montre que j'ai tellement compris que j'ai pu me faire bien, interpréter et donner une image qui soit juste.
- Pauline
Et c'est vrai que souvent, c'est une étape qu'on va sauter parce qu'on se dit, ça, c'est acquis. Et pour aller plus vite, bon, on ne va pas revenir là-dessus puisqu'on est d'accord là-dessus. Et c'est souvent là qu'il va y avoir quelque chose qui est quand même fondamental où l'autre va avoir l'impression qu'on ne l'écoute pas parce qu'on n'a pas pris ce temps.
- Eric
En fait, c'est bien au-delà de ça. C'est que la plupart du temps, on a l'habitude de ne pas écouter l'autre. Donc, j'entends ces mots, mais en fait, je ne suis pas en train réellement de comprendre . Je suis en train d'entendre ce qu'il dit pour apporter une réponse ou en tout cas pour y mettre la projection que moi j'en ai. Et c'est la base du mot d'ailleurs. Le mot c'est une convention.
- Pauline
Oui.
- Eric
Si je dis mon pantalon est rouge, je ne sais pas s'il est rouge d'ailleurs pour toi.
- Pauline
Pour moi il est bien bien rouge.
- Eric
Selon la convention qui est la mienne.
- Pauline
Sur les rouges il y a moins de débat mais sur les bleus verts effectivement il y a plus de débat.
- Eric
Rien ne dit même que la couleur que nous voyons derrière le mot rouge soit bien la même couleur dans notre esprit.
- Pauline
C'est dans ce dont on parlait avec Carole sur le triangle du signe, effectivement. Qu'est-ce qu'on appelle bleu, qu'est-ce qui est effectivement du bleu, qu'est-ce qui est le mot bleu et qu'est-ce qui fait écho à quelqu'un dans un objectif de communication.
- Eric
Exactement. Je reviens au mot. Et revenons au mot justement dans le contexte du groupe social que constitue l'équipe de l'entreprise. C'est là où le mot devient intéressant à réfléchir. Parce que lorsque j'arrive dans l'entreprise, mon bagage, c'est mon bagage éducatif. Il y a des chances qu'il puisse être relativement partagé. Mais c'est aussi mon bagage personnel, familial ou de culturel. Et par nature, quand j'arrive dans l'entreprise, On ne maîtrise pas toujours le même vocabulaire, on ne met pas toujours le même sens sur les mêmes mots. Alors, sur des mots techniques qu'on a appris dans un système éducatif, c'est ce à quoi ça sert entre autres. D'apprendre à nommer les choses et quand on apprend à les nommer, on apprend à les gérer, on apprend à les comprendre, on apprend à les développer. Pourquoi est-ce que des entreprises se créent leur propre vocabulaire ? Justement pour avoir un élément, une passerelle commune. Lorsqu'on décide qu'on a le compte rendu d'activité, le compte rendu d'activité, le C.R.A. et que ça devient un CRA tu fais ton cra voire tu fais ton cra-cra aujourd'hui, c'est une façon de créer une culture commune entre les membres de l'organisation et cette culture... parce que les mots génèrent un peu ça, les mots sont parfois un peu tribaux - quand je dis tribal, l'être humain aime vivre en tribu et à titre professionnel d'ailleurs comme à titre personnel on vit souvent en tribu
- Pauline
donc un truc qui inclut et exclut en même temps.
- Eric
Mais qui rassure, le côté tribu, il est plutôt rassurant parce qu'on aime être ensemble. Le fait d'être ensemble, c'est quelque chose qui est intrinsèque à l'être humain. Le fait d'être ensemble, ça nous protège. La tribu aime être à se créer des codes et des rites et des éléments spécifiques parce que si on les maîtrise, on en fait partie. Et ce qui fait qu'on le voit très clairement dans des entreprises, des entreprises qui ont des cultures très fortes, anciennes, ancrées, parfois très structurées. Je vais prendre un exemple et ce que je vais dire est plutôt positif parce que c'est une très belle culture. C'est le groupe Bosch, le groupe allemand. C'est un groupe qui existe depuis maintenant plus de 100 ans, qui est un groupe industriel, qui est un groupe de 480 000 personnes dans le monde, qui est une entreprise qui est fondée sur l'innovation, dont le fondateur a fait hériter l'entreprise à une fondation parce qu'il trouvait que ses héritiers ne la feraient pas fructifier comme ils le voulaient. Résultat des courses, ce n'est pas une entreprise cotée en bourse. Et résultat des courses, c'est une entreprise qui, certes est une entreprise qui comme toutes les autres, recherche du profit, du long terme, et encore plus dans un domaine industriel comme le leur, mais avec le fait d'assumer, d'avoir parfois des visions plus long terme, et le fait d'assumer, d'avoir une relation aux collaborateurs différente. Entre eux, ils s'appellent des Boschlers. Mais entre Boschlers, ils se parlent par sigles.
- Pauline
Il y à ce côté où quand on arrive dans une entreprise qui a une très forte identité comme ça, il faut à la fois adopter les codes et en même temps garder sa personnalité.
- Eric
Il faut adopter les codes et surtout comprendre le langage. Et le langage, il est parfois complexe. Parce que le même mot, parfois, ne signifie pas la même chose ou la même abréviation. Par exemple, chez un de mes clients, le RS, ça peut être le responsable de secteur ou le responsable de site.
- Pauline
D'accord. Chez nous, c'est les réseaux sociaux, les RS :)
- Eric
C'est deux niveaux différents. Mais pourtant, dans cette entreprise-là, lorsque je dis le R.S. par rapport à quelque chose, la plupart du temps, les gens comprennent parce qu'il y a le contexte autour. Et le fait de maîtriser cette gymnastique-là du langage, qui est toute la gymnastique d'un langage qu'on maîtrise dans la maîtrise de la langue. Parce que qu'est-ce qui fait que le verre est un verre dans lequel je bois, ou un ver, ou une couleur, quand je prononce simplement le mot verre, tu n'en sais rien. C'est le contexte de tout ce que je pourrais dire autour qui va le donner.
- Pauline
Ça, apparemment, enfin, ce que disait Carole, c'est que c'est très, très lié au français et qu'en anglais, c'est beaucoup moins le cas, qu'il y a beaucoup plus souvent un mot pour chaque chose.
- Eric
C'est vrai. C'est vrai. Mais c'est justement là où je voulais en venir, c'est que la plupart du temps, dans les entreprises, on se crée son propre vocabulaire. Et le propre vocabulaire, il faut arriver à le comprendre. Alors, sans même arriver aux synonymes exacts qui existent quelques fois, c'est assez rare, c'est la seule fois, je crois, que je l'ai vu. Mais tu as régulièrement un langage spécifique.
- Pauline
Oui, et puis même entre services, nous, c'est vrai. Dans notre service, on va dire les CE, c'est les chargés d'études, il va y avoir les responsables qualité, il va y avoir des sigles qui vont, je pense, si on va au troisième étage parler à un autre service, ils ne nous comprennent pas forcément, et vice versa.
- Eric
Et parfois même sur un métier. J'ai vécu une anecdote très amusante. Il y a pas mal de temps de ça, j'étais publicitaire, et sur une grosse campagne de publicité, l'équipe avec laquelle je travaille propose une campagne de publicité à un prospect, C'est vraiment un gros dossier pour nous, et ça peut être des montants significatifs. On est en finale, on attend tous, et puis un jour je reçois un coup de fil de la directrice de la communication, qui me dit, c'est vous qui avez gagné, mais on va changer le concept. Je raccroche.
- Pauline
Pourquoi on a gagné alors ?
- Eric
J'ai du mal à comprendre ce qu'elle va me dire, j'ai dit à l'équipe, le premier rendez-vous, on y va, on écoute. Parce qu'il arrive parfois qu'un client dise, c'est pas le travail que vous avez fait, mais on a adoré votre équipe.
- Pauline
D'accord.
- Eric
Donc on fera autre chose.
- Pauline
On veut travailler avec vous, mais avec le concept de l'autre.
- Eric
Parfois, il faut autre chose. Don faites-nous autre chose. Et donc, on creuse. Et en fait, et c'est quelque chose qui est tout à fait normé pour un publicitaire sur du print, par exemple. Il y a une accroche. Il y a un titre. Il y a un slogan, il y a une baseline. C'était la baseline qu'il fallait qu'on change.
- Pauline
D'accord.
- Eric
Que le créatif avait mise là. On l'avait laissée, mais on n'y avait même pas réfléchi. Par contre, il y avait un vrai concept sur la campagne qui était ce qu'elle voulait acheter. Mais c'est une entreprise dans laquelle les gens évoluent beaucoup en interne et passent d'un métier à l'autre et apprennent un métier en interne sur le tas. Eh bien, cette femme, elle avait évolué depuis peu de temps et probablement autour personne ne lui avait jamais fait la traduction du vocabulaire. Et donc, la dircom de l'entreprise n'utilisait pas le terme, pourtant technique, pour tout publicitaire, le terme technique, le concept, on sait ce que c'est par rapport à une baseline . Mais elle était persuadée de ce qu'elle disait et probablement personne autour d'elle n'osait la reprendre.
- Pauline
N'osait le dire.
- Eric
Juste pour dire, l'anecdote m'a toujours amusé.
- Pauline
C'est difficile de dire qu'en plus on n'a pas compris.
- Eric
Mais voilà, c'est la difficulté de ce jargon. Alors, ce jargon professionnel, comme le jargon d'entreprise.
- Pauline
Oui, parce que ça remet en cause sa compétence si on n'a pas compris à un moment donné quelque chose qui est censé être su par tout le monde.
- Eric
Et souvent quand on est confronté à un contexte dans lequel on ne comprend pas tout, on commence par hocher de la tête pour faire comme si on avait compris
- Pauline
En se disant avec le contexte je vais peut-être par la suite raccrocher les wagons.
- Eric
Dans un contexte privé c'est pas grave, dans un contexte professionnel c'est plus critique. Et c'est d'ailleurs l'un des points que je conseille régulièrement pour des gens qui arrivent dans une organisation, les premiers mois de l'organisation, j'ai le droit de poser n'importe quelle question stupide sur des choses, mais qu'est-ce que c'est le RAA ? Ah, tu ne sais pas ce que c'est le RAA ? Je vais t'expliquer. Et puis voilà, c'est tout simple. Oui,
- Pauline
parce que sinon, ça veut dire qu'on perpétue des incompréhensions sans jamais à un moment donné se dire j'ai pas compris, et donc on reste avec ça.
- Eric
Bien sûr, mais même, dans le contexte professionnel, ça existe même sur l'anglais. Quand on parle anglais, dans un contexte international entre non-anglophones, majoritairement entre non anglophones, en fait on parle pas anglais.
- Pauline
J'avais lu une étude comme ça qui disait que quand on est dans une réunion avec des anglophones, comme les non anglophones utilisent une partie de leur cerveau pour faire la traduction, et bien en fait on est bêtes par rapport à des anglophones parce qu'on a une partie de notre cerveau qui est mobilisée même en étant à l'aise.
- Eric
A moins d'être bilingue
- Pauline
Et puis on est toujours pas exactement précis, à chaque fois ça me fait ça, je me dis mais si c'était en français j'aurais des nuances, et on ne dit pas exactement ce qu'on voudrait dire et donc on s'auto-frustre parce qu'on sait déjà que ce qu'on est en train de transmettre, ce n'est pas exactement ce qu'on voudrait dire.
- Eric
Et on finit par avoir un échange sur une sorte de novlangue qui ressemble à de l'anglais mais qui n'est pas toujours vraiment de l'anglais. On arrive à peu près à se dire ce qu'on veut se dire, on est rarement très précis et on ne s'est pas complètement compris, mais on pense qu'on a communiqué.
- Pauline
Oui, et le résultat au final, on est sur un espèce d'entre-deux ou sur de l'action derrière, qu'est-ce qu'on en fait ? qu'est-ce qui s'est dit ? et où après on se concerte en disant "toi tu as compris ça, moi je n'ai pas ompris la même chose"
- Eric
Par rapport à ça c'était une Dircom monde d'une branche d'Alstom, française pas totalement bilingue et qui est une amie personnelle avec qui je dîne qui me dit : alors ce poste il y a un truc qui est frustrant c'est que je progresse pas en anglais / tu bosses tout le temps en anglais / mais comme je suis la dire comme personne n'ose me reprendre je reste dans des trucs je sais que c'est mal dit mais je n'arrive pas à progresser. Et quand je leur dis, ils me disent, non, non, il n'y a rien à dire. Et pourtant, ce n'est pas quelqu'un de dirigiste, mais parce que c'est une culture très industrielle, dans laquelle, très hiérarchique.
- Pauline
Il y a un exemple là, quand tu as donné la formation sur l'interculturalité, Théo me disait que quand on disait intéressant en français, c'est que potentiellement on trouvait ça intéressant, alors que quand on le disait en anglais, interesting
- Eric
C'est exactement l'inverse.
- Pauline
Vraiment, tu peux le laisser dans le tiroir ce projet.
- Eric
Bien sûr. Alors, l'interculturel n'est pas mon expertise. Mais effectivement, sur l'interculturel, c'est très amusant de voir comme une expression directement traduite, dite au même moment par rapport à la même chose, peut ne pas du tout avoir le même sens. Et pourtant, tous les Britanniques comprendront bien que interesting Bon, écoute, on va refaire ta copie. Alors que le français, intéressant.
- Pauline
Si on ne t'as pas dit "amazing" c'est que ça ne vaut pas le coup ;)
- Eric
Voilà. Je voudrais revenir sur la relation interpersonnelle en entreprise. Parce que c'est un point sur lequel le mot, en fait, il est extrêmement important. Parce que le mot, il permet d'une personne à une autre d'exprimer ou bien... Une instruction, ou bien un feedback, ou bien une information, ou bien quelque chose. Et que ce mot, il est toujours extrêmement important. Sauf que, en entreprise, on n'est pas des linguistes.
- Pauline
Oui, donc il y a le mot et l'intention derrière.
- Eric
Absolument, absolument. Et justement, l'un des éléments qui importent par rapport au mot, c'est pas tant de s'attacher au mot en tant que tel, qu'au fait que le véhicule que je vais utiliser n'est peut-être pas le meilleur véhicule, mais est-ce qu'il atteint son but ? Il me semble qu'en entreprise, c'est cette précision-là qu'il faut avoir. Alors, le plus précis possible. Plus on peut être clair sur on utilise bien le même mot pour parler de la même chose mieux c'est. Et ça en particulier, sur les termes techniques, c'est évident. Sur les termes de culture interne, d'outils, de mode de fonctionnement, c'est nécessaire. Là où ça devient plus intéressant, c'est sur les interactions courantes. Sur les interactions courantes, chacun a son propre bagage. Et chacun a son propre bagage qui sera plus ou moins détaillé dans la maîtrise du vocabulaire, dans la maîtrise de la langue, dans la façon d'exprimer ses ressentis ou ses besoins. Et c'est là où je pense que le travail dans l'interaction importante, c'est quand même de bien choisir ses mots. Parce que le mot, ça peut être une arme qui peut blesser brutalement, ou ça peut être une caresse.
- Pauline
Ça me fait penser, effectivement, il y a eu une session que tu nous avais donnée où je venais de lire le livre de Marshall Rosenberg et où j'avais retrouvé la même trame, effectivement, sur la communication non-violente.
- Eric
Et consistant justement, plutôt qu'aller à la granularité du mot, parce que demander, si on se met en situation tertiaire, à deux personnes en entreprise, comme dans des bureaux ici, de réfléchir exactement au bon mot qu'il va utiliser pour dire quelque chose sur toutes les interactions.
- Pauline
pour que ça reste un peu spontané, que ça ne soit pas trop figé.
- Eric
Ça veut dire qu'on aurait un temps de travail considérable, chose qu'on faisait peut-être autrefois qu'on n'a plus le temps de faire aujourd'hui. En revanche, prêter un peu attention à utiliser le bon mot et en tous as à s'assurer que le mot que j'ai utilisé ait été compris dans le sens que je voulais
- Pauline
Et d'ailleurs on voit souvent des mails qui sont hyper mal perçus alors que c'est pas forcément ce qu'on a voulu dire parce qu'il n'y a pas eu l'intonation, la voix, le regard, et qu'il ne reste que le mot
- Eric
Il ne reste que le mot tout à fait et justement c'est bien tout tout la différence de l'interaction professionnelle Quand elle est à l'oral, on n'a jamais la précision absolue de l'oral, au même titre que l'écrit, puisque l'écrit, on le lit, on le relit, on y réfléchit. Le mail un peu engageant - quand je dis un peu engageant, c'est avec un petit peu d'enjeu. Ou bien je râle auprès de quelqu'un, ou bien je demande quelque chose, ou sur quelqu'un avec qui on était en interaction, avec un peu de tension. Ce mail-là, moi, je ne l'écris jamais de suite. Jamais,
- Pauline
Ou alors il ne faut pas l'envoyer
- Eric
Voilà. Je l'écris. Je le mets de côté.
- Pauline
Et après, on l'adoucit.
- Eric
Et puis après, je l'adoucis parce que les premiers mots qui viennent sont entre autres des mots qui vont exprimer parfois de l'émotion dont je n'ai pas besoin par rapport à l'idée que je veux faire passer, mais qui est ma propre émotion. Ou spontanément, je suis amené à faire porter à l'autre le poids de mes émotions. C'est de ta faute si je suis énervé parce que je dois travailler tard. Non. Ce qui m'énerve, c'est de devoir rester tard pour travailler. Et puis, peut-être que si on est en retard pour travailler, c'est peut-être de ton fait. Mais si je suis énervé, c'est que c'est moi qui ai décidé de m'énerver. Mais souvent, dans l'expression de l'émotion, on a tendance à la faire porter à l'autre. Et là, ce sont des mots. Des mots parce qu'en plus, on ne le pense pas. Je sais que ce n'est pas de ta faute, je sais que c'est moi qui m'énerve. Mais c'est un élément dont tu es responsable, qui m'a énervé. J'ai par contre décidé de m'énerver. J'aurais pu décider de me calmer, de me poser, et puis ne même pas te le formuler. Sur l'écrit. C'est extrêmement important de prêter attention à ce que ce ne soit pas l'émotion qui ait fait choisir les mots, mais plutôt la raison.
- Pauline
Mais l'objectif.
- Eric
Quand je dis la raison, c'est que, ensuite, que le mot soit parfait ou pas, s'il n'a pas la précision que je voulais, mais qu'il n'est pas compris à contresens, comme on peut en courir le risque, dans ces cas-là, ce n'est pas grave. Parce qu'on a la rétroaction qui fera qu'on arrivera à se comprendre. Tu n'as pas compris ce que je voulais dire, je vais t'expliquer. En revanche... Si je suis dans une formulation trop agressive, tu risques de te refermer, de te défendre et de ne plus t'ouvrir. Or au final, l'interaction en entreprise, ce qu'on va rechercher, c'est que si je te dis quelque chose, c'est pour que tu l'entendes et que tu en fasses quelque chose. Ou alors c'est pas la peine que je te le dise. En tout cas, par rapport à l'objectif professionnel. Et c'est souvent des éléments qu'un manager doit apprendre à un jeune collaborateur, parfois pas seulement les jeunes, mais c'est à ne pas exprimer ses jugements de valeur ou ses opinions sur quelque chose.
- Pauline
Il y avait un exercice que tu nous avais fait faire comme ça, sur est-ce que ça c'est du jugement, est-ce que c'est... Et parfois c'est très clair et parfois ça ne l'est pas.
- Eric
Ce n'est pas si simple que ça. Et parfois d'ailleurs, il suffit d'un mot pour changer tout le sens.
- Pauline
Oui, la phrase était nickel et puis on rajoute un petit truc qui fait basculer dans le jugement.
- Eric
Un exemple sur lequel je fais souvent travailler, c'est "je ne me sens pas à ma place dans cette situation" Qu'est-ce que c'est ? C'est un fait. Je ne me sens pas à ma place. Il y a du ressenti, je ne me sens pas à ma place. Pourquoi ? "Je ne me sens pas à ma place dans cette situation pourrie". Je ne suis pas en train de dire du tout la même chose.Il y a un mot de différence. Alors il n'est pas neutre, ce mot-là. Mais il y a un mot d'écart entre les deux et qui prend le pas sur tout le reste. C'est que ce mot-là, il génère une prise de position dans le jugement de valeur. Alors, la situation est pourrie.
- Pauline
C'est vrai qu'à l'entendre, "je ne me sens pas à ma place dans cette situation" On a instinctivement de l'empathie et on a envie d'aider, alors que dans cette situation pourrie, on se dit...
- Eric
Elle est pourrie pour toi, elle n'est pas pourrie pour moi, ou c'est comme ça, on doit la vivre. Le mot auquel il faut prêter attention, c'est justement ce mot qui rajoute la dimension de ressenti, souvent de ressenti négatif. Et donc, plutôt d'apprendre, plutôt à un collaborateur qui débute dans la vie professionnelle, parce qu'après, on y est confronté tout au tard, alors... Et si on continue dans la vie professionnelle et qu'on progresse, on l'apprend par soi-même, on le ressent. Mais c'est le rôle d'un manager important d'apprendre à choisir les bons mots pour ne pas exprimer ce que tu ressens au fond de toi-même parce que tu es énervé, parce que tu es ci, parce que tu es ça, mais pour formuler quel est le problème que tu veux résoudre à la personne qui va le résoudre. On sait d'ailleurs parfois dans l'entreprise qu'il y a des mots qui ont des sens plus forts que d'autres. Il y a des mots qui sont extrêmement structurés.
- Pauline
Des mots déclencheurs ou des mots alertes.
- Eric
Bien sûr. Tu prononces un mot, par exemple, un reporting.
- Pauline
Oui. Oui, ça a une connotation de flicage. Oui.
- Eric
C'est un mot à charge négative. Quand bien même tout le monde pratique du reporting sur plein de choses en permanence.
- Pauline
Alors qu'effectivement, point ou réunion ou compte rendu... Voilà.
- Eric
Ou bilan d'activité. C'est une façon de le formuler de façon... Je crois que je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me dise Oh super, la semaine prochaine, j'ai tous mes reportings de l'année à faire. C'est toujours un pensum. Donc, mot à charge négative.
- Pauline
Comme Process.
- Eric
Exactement, process. Applicatif. Un nouvel applicatif. Quelle horreur. Il y a plein de choses comme ça sur lesquelles... et où on finit d'ailleurs par fuir ces mots-là. Au-delà du mot, en fait, c'est le concept. Parce que mon propos est surtout de dire, il faut nettoyer la charge négative de certains mots quand on s'exprime, pour pouvoir avoir un terrain d'échange qui soit le plus neutre possible et le plus factuel et objectif possible. Et ça, c'est la ligne de conduite en entreprise où j'ai le droit de formuler ce que moi je ressens, on me demande rarement de formuler mon avis. On peut me demander quelle analyse je fais d'une situation. En fait, c'est une question. qu'on ne pose pratiquement jamais. Ou plutôt, quand on dit qu'est-ce que tu en penses, c'est est-ce que tu es d'accord avec la proposition que je te fais là ? C'est ça ce qu'on est en train de dire.
- Pauline
C'est vrai.
- Eric
Et d'ailleurs, "qu'est-ce que tu en penses", quand un manager va dire ça, en général, il n'attend pas réellement que la personne dise ce qu'elle en pense vraiment. Il attend que la personne dise que c'est une très bonne idée.
- Pauline
Ou alors, quelles sont les objections pour que je puisse les lever ?
- Eric
Ou quelles sont les objections pour que je puisse les lever. Ce qui serait différent sur, as-tu d'autres points de vue que celui-ci ? J'ouvre la porte. Et qu'est-ce que tu en penses ? Je suis en train de te cibler sur "Tu vas avoir un avis positif ou négatif parce que ta pensée sera rapidement de porter un jugement positif ou négatif sur ce que je te présente."
- Pauline
Après ça dépend si on est vraiment dans quelque chose qui est un début et où il y a des opportunités de modifier ou alors si la décision est déjà prise.
- Eric
C'est là où je reviens à ce que je disais, pour moi dans le monde professionnel c'est pas tant le mot que le concept qu'on va mettre derrière, en tout cas l'idée qu'on va mettre derrière et l'intention, mais qu'il va falloir clarifier. Parce que je peux être le manager qui soit réellement ouvert à des avis complètement divergents, t'expliquer une situation et te demander quel est ton avis par rapport à la situation, si tu adhères au point de vue que je viens de te présenter ou si tu penses que le point de vue que je viens de te présenter doit être revu.
- Pauline
Ça, c'est toujours compliqué parce qu'on a envie que nos équipes s'expriment et disent ce qu'elles pensent. Et en même temps, ça peut amener à un climat un peu délétère d'être toujours en train de dire "je ne suis pas d'accord avec la direction qui est prise". Alors que parfois, nous-mêmes, on n'est pas d'accord avec la direction qui est prise, mais on n'a pas trop le choix. Et donc, où on est un peu tiraillé entre le discours... qu'on doit porter et le discours qu'on veut porter, et où ça se ressent, et cette honnêteté derrière qu'on doit avoir, où on dit "bon, je ne suis pas d'accord, mais je me dois de vous dire ça, de vous faire faire passer tel message, et il n'y a pas le choix, après vous pouvez en penser ce que vous voulez, mais c'est quand même vers là qu'on va, donc essayons d'y aller avec l'état d'esprit le plus positif possible". Il y a tout ça derrière. Et dans nos équipes, quelle est la part d'expression qu'ils peuvent avoir, et quelle est la part de "bon, là, à un moment donné, il faut avancer"
- Eric
Elle est plutôt assez faible. et généralement on est plutôt "vous avez des questions pour que je puisse y répondre pour que vous puissiez faire ce que je viens de vous dire parce que j'ai envie que vous le fassiez" Parfois je vais être juste la courroie de transmission et c'est un rôle qu'on est amené à jouer dans toutes les organisations par moment c'est inhérent à toute organisation puisqu'on est sous contrainte - parce qu'on est quand même toujours sous contrainte et c'est à ne jamais oublier dans le monde du travail - on travaille sous contrainte ne serait-ce que la contrainte de gagner sa vie, même si on prend plaisir à faire ce qu'on fait. Et c'est structurant, parce qu'une entreprise n'est pas une association volontaire d'individus qui décident de travailler ensemble. C'est une organisation structurée dans un but donné. Alors pour revenir au mot, dans le contexte professionnel, là où le mot est le plus critique, c'est lorsqu'on va faire un retour ou un feedback sur les actions ou sur le comportement d'une personne. Parce qu'il y a tous ces cas dans lesquels on va parler d'un projet. Le projet, ce n'est pas mon projet. Parfois, des gens s'associent tellement à leur projet que si on leur fait un commentaire sur un projet, ils le prennent pour eux. Mais n'allons pas jusque-là. Quand on parle du projet, il y a une certaine distanciation. Là où le mot devient critique, c'est lorsque le mot est exprimé par rapport au comportement, au résultat ou à l'action d'une personne directement. Et souvent, ça c'est un de mes grands propos, le premier réflexe de l'être humain, parce que notre cerveau est conditionné comme ça, c'est de porter un jugement. Notre premier réflexe, c'est de me dire, tiens par exemple ici dans cette pièce, est-ce que je suis en situation de confort ? Est-ce que je dois enlever mon pull ou est-ce que je dois remettre une veste ? Je ne sais pas quelle est la température qu'il fait, mais je viens de juger la température. Et notre esprit s'est structuré pour avoir toute une sorte de réactions parfois extrêmement rapides.
- Pauline
Bien /pas bien.
- Eric
De bien, pas bien, pour générer notre action et pour nous dire dangereux, pas dangereux, c'est normal. Et on s'est tous un jour prémunis d'un danger. J'ai fait deux pas dans la rue et il y a une voiture qui arrivait. Je n'avais même pas vu la voiture arriver, mais j'ai fait les deux pas, la voiture est passée. Elle a failli me rouler dessus, mais je l'ai évitée. On a tous vécu ces moments-là un jour. C'est ce à quoi sert ce fonctionnement automatique de notre cerveau, qui est là pour juger en permanence de notre environnement.
- Pauline
C'est système 1, système 2 ?
- Eric
Tout à fait. Donc système 1, système 2, pour le clarifier. Système 1, c'est l'équivalent de ce qu'on appelle le cerveau reptilien. C'est la zone de l'intuition et du réflexe. C'est dans cette zone du cerveau où se constitue l'heuristique. C'est le fonctionnement automatique qu'on peut faire. Les meilleures heuristiques qu'on peut connaître, c'est d'apprendre à conduire une voiture. C'est d'une complexité extraordinaire, et on arrive, tout en étant concentré, à écouter un podcast pendant qu'on est en train de conduire, voire à discuter avec quelqu'un à côté, alors que la première fois où j'ai mis la main sur le volant, si quelqu'un parle, je lui dis, mais tais-toi, tu me déconcentres. On apprend ça et on l'apprend formidablement. Mais l'être humain, et tout ce que l'être humain est capable de faire en termes de performance, quand on s'entraîne, s'entraîne, s'entraîne, et apprendre des choses par automatisme, on apprend à réagir par automatisme très très rapidement, très très fort. C'est extraordinaire. Sauf que... Dans beaucoup de cas, et en particulier dans l'interaction humaine, on porte nos jugements trop rapidement. Parce que spontanément, on est amené à juger si la personne est bien ou pas bien, la personne est sympa ou pas sympa, elle a une bonne tête ou pas une bonne tête, elle est bien habillée ou pas, et on juge. Et même si on s'en défend, au fond de nous-mêmes, même ceux, je fais partie de ceux qui cherchent à me défendre de ces présupposés initiaux, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un jugement sur quelqu'un du fait de son allure quand je le rencontre une première fois. Même si je fais en sorte de ne pas m'accrocher à un jugement.
- Pauline
De ne pas s'y arrêter
- Eric
C'est souvent cette première couche qu'on formule, ce qui vient trop vite, et qui souvent est formulée sous forme de jugement, et qui souvent est blessant. Et là, dans ces cas-là, le mot est une arme. Et une arme au point où parfois, une phrase prononcée peut fâcher - Des collègues, pas des amis. L'ami, la phrase prononcée, mal prononcée, on se réexpliquera. Mais le collègue, on peut être en guerre, parce qu'il y a trois ans, dans telle réunion, t'as dit que mon dossier était nul.
- Pauline
On peut rester focalisé là-dessus.
- Eric
Bien sûr. "Et à ce moment-là, il y avait tout le monde dans la salle de réunion, tu m'as humilié". La personne ne s'est même pas rendue compte qu'elle avait formulé ça, et elle a glissé ensuite, elle est passée sur autre chose, et trois ans après, quelqu'un lui en veut encore. Ça laisse une trace ou une cicatrice. Donc là, il est extrêmement important de modérer dans l'interaction professionnelle la formulation de ce que je peux dire. Et là, ça vaut le coup de prendre le temps de réfléchir pour choisir le bon mot. Prenons un exemple. J'ai écouté un podcast sur le sujet hier et je l'ai trouvé rigolo. J'ai un collaborateur qui a une odeur corporelle désagréable. En tant que manager, il faut absolument traiter une situation comme celle-là, car elle ne s'améliorera pas spontanément. Si jamais ce n'est pas le manager qui la traite, c'est le corps social qui risque de la traiter, mais en tant que corps social avec brutalité. Et là, c'est un exemple dans lequel, par nature, le choix des mots sera déterminant. Alors là, moi, dans une situation comme celle-là, je suggère à quelqu'un de se dire comment je vais aborder le sujet et de préparer chacun des mots qu'il va utiliser. Alors pour être très concret, comment est-ce que je vais aborder le sujet ? Un, je ne vais rapporter qu'à moi-même. Moi, manager. Première chose, donc je choisis bien - mais là encore, c'est à la fois les mots, mais c'est plus le fond de ce que je vais utiliser en choisissant les mots. "J'ai Remarqué", alors je vais amoindrir les choses pour éviter d'être trop brutal, éventuellement, "j'ai remarqué quelques fois", ou alors je vais le préciser, "j'ai remarqué que le soir après 17h, j'ai constaté que quand même tu dégages une odeur corporelle assez significative en fin de journée après telle activité ou après telle chose, est-ce que tu t'en es rendu compte ?" Là, je vais chercher à utiliser des mots précis, mais les plus neutres possibles et sans jugement et en cherchant à être le plus précis possible, le plus factuel possible, quitte à circonscrire à un moment donné, je me raccroche à ce qui compte pour moi en tant que manager, c'est l'efficacité de l'équipe. Je te parle de quelque chose que moi j'ai constaté, donc si je l'ai constaté, il ne peut pas être remis en cause, je t'en parle parce que je ne voudrais pas que ça ait un impact sur tes interactions. La plupart du temps, quand quelqu'un en parle comme ça, c'est que l'impact sur l'interaction existe déjà. Souvent, sur des sujets comme ça un peu délicats, celui pour qui c'est le plus difficile, c'est pour celui qui l'émet, pas pour celui qui le reçoit. Parce que celui qui l'émet, il est dans la projection de "et si on me disait ça ?" C'est un sujet qu'on aborde régulièrement en termes de management de l'odeur corporelle, parce que c'est un des sujets les plus désagréables.
- Pauline
C'est de se dire qu'on est la personne qui va potentiellement porter un coup.
- Eric
Mais c'est là où ce qui est intéressant, c'est que ce qui compte, ce sont les mots, et pas les actes. C'est pourquoi je reprenais cet exemple-là qui me semble intéressant par rapport au mot. Ce qui compte, c'est que je le dise à la personne. Et je disais, le mot, c'est une passerelle entre la pensée de l'un vers la pensée de l'autre.
- Pauline
C'est joli.
- Eric
Et à ce titre-là, c'est là où c'est un langage commun, où la passerelle, il faut qu'elle atterrisse. Parce que si la passerelle atterrit quelque part où il n'y a pas de point d'appui, elle va tomber. Ce qui compte, c'est que la personne comprenne ce que je vais lui dire, entende ce que je vais lui dire, ne le refuse pas. C'est encore des codes à maîtriser, comme le langage, et comme un rôle sur la compréhension des mots à maîtriser ensemble en équipe. Moi, je pense que, dans certains cas, ça vaut le coup d'avoir des mots repères dans une équipe auxquels on donne le même sens. Et, en quelque sorte, on est en train d'établir dans ces cas-là les fondamentaux de l'équipe. Souvent, c'est nos modes d'interaction auxquels on donne un nom, les documents qu'on produit, les activités qu'on peut avoir, Mais ça vaut le coup de passer un peu de temps à choisir le mot qu'on va lui donner, ou le nom qu'on va lui donner, ou la combinaison de mots, parce que quand on parle du mot, ça peut être une combinaison de mots. Je rebondis bien sur la pomme de terre.
- Pauline
L'unité lexicale !
- Eric
Voilà ! Donc c'est bien l'unité lexicale dont on va parler, non pas le mot en tant que tel, qui permet d'exprimer le concept.
- Pauline
Puis effectivement, il y a le fichier de suivi, ça va être le fichier de suivi, le nôtre et pas celui de l'équipe d'à côté qui a aussi son fichier de suivi bien sûr et de le clarifier,
- Eric
Voire même parfois moi j'ai vu des entreprises qui font des lexiques
- Pauline
La dernière fois, on a travaillé sur le questionnement. Et donc, il y a tout ce qui n'est pas dit. En fait, tout le rôle du silence et des mots non prononcés et de l'implicite. Souvent, quand on demande à quelqu'un est-ce que ça va ? par politesse, la personne en face me répond oui, ça va, avec plus ou moins d'enthousiasme. Et il va y avoir le ton, mais il va y avoir tous les silences, toute la question supplémentaire qu'on va aller poser pour creuser.
- Eric
Alors l'implicite, on va le voir de deux façons. L'implicite, le mot non prononcé mais que tout le monde comprend. D'abord... Je n'ai jamais la certitude que tout le monde le comprenne. À moins d'être sûr... que tout le monde partage la même culture. Parfois, dans un contexte de travail, on arrive à se comprendre par implicite. Parce que c'est évident. C'est implicite quand on croise quelqu'un dans les couloirs d'une organisation et qu'on a les yeux qui se croisent de dire bonjour. On ne me l'a jamais dit.
- Pauline
Ce n'est pas implicite pour tout le monde.
- Eric
Ça fait bien partie du rôle que peut avoir un manager que de rendre explicite ce qui est implicite. Moi, je pense que on a tous intérêt à expliciter notre pensée auprès d'autrui, que ce soit dans un contexte professionnel, paraprofessionnel ou amical, on pense en permanence que la coquille dans laquelle on réfléchit est la même dans la tête de tous. On pense toujours que ce qui est évident pour moi est évident pour l'autre. Comme c'est évident pour l'autre, je n'ai pas besoin de lui dire qu'il va le faire. Comme il va le faire, je n'ai même pas besoin de lui demander.
- Pauline
Mais par contre, je peux lui reprocher de ne pas l'avoir fait.
- Eric
Mais je vais lui reprocher de ne pas être arrivé au résultat. Mais tu ne me l'avais même pas demandé. Pourtant, c'était évident que tu devais le faire. Il y a plein de choses qui nous paraissent implicites et qui ne sont pas pour les autres. Il y a plein de choses qui, pour moi, sont évidentes pour moi, mais qui ne sont évidentes que pour moi. Donc, je ne crois pas que le silence soit un moment qui peut se comprendre spontanément. Le silence, moi, j'en parle. Et je le comprends comme un moment d'interaction.
- Pauline
Comme un appel à une question ou un échange supplémentaire ?
- Eric
Exactement. C'est ce que je viens de pratiquer à l'instant. Je me suis tu, tu as repris la parole. Au contraire, ce n'est pas de l'implicite. C'est que le silence, dans la relation interpersonnelle, on n'aime pas le silence. Parce que le silence, c'est plein de choses désagréables. Globalement, pour la plupart des êtres humains c'est le silence, c'est l'ennui c'est l'oubli, c'est la mort, c'est plein de choses désagréables. Il y a quelques personnes avec qui on peut communiquer en silence et on est quand même en communication. On va les mettre de côté, c'est pas ce dont on parle. Pour tous les autres, quand il y a silence, on n'est pas en train de communiquer. Alors, on n'est pas en train de communiquer, on n'est pas en train d'échanger de l'information. Le fait que je me taise par rapport à quelque chose est une façon de communiquer, de réagir. Mais je ne suis pas en train d'échanger de l'information.
- Pauline
On est en train de processer l'information qui nous a été communiquée ?
- Eric
Éventuellement. Alors, ça, c'est un des rôles importants du silence.
- Pauline
D'ailleurs, je crois qu'on avait fait une mise en situation avec toi en visio - à l'époque, c'était pendant le Covid - c'était un exercice de délégation, il me semble, et il fallait expliquer à notre collaborateur ce qu'on attendait de lui. Et quelque chose dont je ne m'étais pas rendue compte, c'est que j'ai tendance à parler assez vite et à enchaîner assez rapidement parce que c'est aussi la manière dont j'aime qu'on communique avec moi. Mais je n'avais pas conscience que, en fait, moi, quand j'arrive et que j'explique quelque chose, j'ai déjà la connaissance du sujet, donc je n'ai pas cet effort-là à faire, et que l'autre personne en face, comme elle ne l'a pas, il faut à la fois qu'elle réussisse à intégrer ce que je viens de lui dire et à se projeter, et donc d'avoir ce temps pour juste appréhender le sujet, que c'est quand même important.
- Eric
ça, c'est un de mes grands credos. Alors, à ce titre-là, le silence est un vrai moment de communication. L'absence de mots peut être un moment de communication, mais pas de communication où on échange. De communication où on vient d'échanger, et je te laisse digérer ce que je viens de dire pour pouvoir avancer. Si je prends la parole devant une équipe, je suis leur manager, j'interviens devant l'équipe pour leur dire un truc dont je veux leur parler. J'ai constaté qu'il y a quelque chose dont je veux parler. J'ai réfléchi au fait que "tiens, je vais leur en parler à ce moment-là". Même si je ne l'ai pas fait de façon structurée, j'ai un peu réfléchi à ce que j'allais leur dire. Donc j'ai une avance énorme. Le sujet, je le maîtrise par cœur. Et en face, ils le découvrent. Beaucoup de managers se trompent, ou beaucoup d'interlocuteurs en entreprise se trompent en disant Tiens, je vous dis ça, qu'est-ce que vous en pensez ? … Je n'ai pas eu le temps de réfléchir à ce que ça pouvait signifier. Laisse-moi un peu de temps pour réfléchir, pour me l'approprier. Une nouvelle difficile, la nouvelle difficile par exemple c'est, j'ai un collaborateur qui adore un projet. Et il se trouve qu'en termes de distribution de charge de travail, je vais lui enlever ce projet-là parce qu'il faut que je le mette sur un autre qui ne va pas lui plaire. Mais c'est son expertise. Pas confortable parce que je sais que ça ne va pas lui plaire. Il ne va pas le refuser, c'est son job. Mais ça ne va pas lui plaire. Lorsque j'ai une nouvelle difficile à annoncer à quelqu'un, ça vaut le coup de le faire en plusieurs fois. Alors, il ne faut pas que je commence à lui dire comment tu vas travailler le nouveau projet tout de suite. C'est un sujet positif, c'est un projet contre un autre. Demain, dès demain, on se revoit et on construit le projet, mais je le laisse digérer. Ça va provoquer le fait que la personne ait le temps d'écouter ce qui lui a été dit, d'enregistrer les mots, de prendre un peu de recul, de l'accepter et d'en parler posément. Je suis en train de mener une mission pour une entreprise en tant que consultant, un assez gros cabinet de conseil et d'audit, qui décide de devenir entreprise à mission alors que leur activité est de l'expertise et de l'audit. Mais leur raison d'être va être de dire, au-delà de la confiance dans l'économie, notre raison d'être c'est de placer l'humain au centre des préoccupations du monde des affaires. Ça c'est les deux dirigeants du cabinet qui ont cette vision-là. Et puis ils me consultent un jour en disant " on a réuni l'équipe. On leur a dit qu'on allait devenir entreprise à mission, il n'y avait aucune question. je pense qu'ils ne vont pas le faire. C'est un super projet quand même." Et on a défini un plan d'accompagnement de l'équipe en étapes. Un mode participatif dans lequel on les fait contribuer, on les fait travailler à l'atelier, etc. Et à la troisième réunion, les deux dirigeants m'ont dit Mais c'est incroyable, ils ont tous adhéré, comment est-ce qu'on a fait ? On leur a juste laissé du temps. Alors, laisser du temps ce n'est pas du silence, parce qu'on est en train de parler d'un projet qu'on déploie. Mais dans un échange interpersonnel, le silence, pour revenir purement au mot
- Pauline
C'est la pause en musique...
- Eric
C'est laisser l'opportunité au mot d'aller trouver sa place dans l'esprit d'autrui. Et en faisant ça, le mot que je viens de dire est rentré dans ton esprit.Si je te dis, le silence, c'est une façon de blablabla...., peut-être que tu vas la saisir. Peut-être pas.
- Pauline
Une question qui n'est pas directement liée au mot, mais je me souviens qu'on avait fait les profils MBTI. Et Ça m'avait pas mal intéressée, parce qu'au final, il y a cet aspect où on a juste une lettre, où derrière cette lettre, c'est un mot, et ça a toute une évocation et toute une catégorisation. C'est comme des cercles concentriques, mais derrière, au final, avec quatre lettres, on arrive à avoir des profils qui sont quand même assez fins.
- Eric
Ce serait un bon sujet pour raccrocher au mot, d'ailleurs, après. D'abord, pour répondre à ta question, ce ne sont pas juste quatre lettres, ce sont quatre dimensions sur lesquelles il y a deux polarités de préférence. Ça génère ces types de profils dans la population. Alors, le modèle, il est issu de la pensée de Jung sur les types psychologiques qu'il a décrits en 1921. Il a créé une typologie de la population dans laquelle tout le monde doit rentrer plus ou moins bien, globalement plutôt bien, et c'est un modèle extrêmement puissant. Parce qu'en fait, tu as des notions de préférence qui s'expriment par des mots, mais quand on fait la découverte, je dis toujours, attention, on va donner au sens du mot un sens plus riche que le sens commun. Et on est exactement sur la dimension intéressante du mot. Un mot sur lequel il faut qu'on ait un terrain commun pour définir ce qu'il signifie.
- Pauline
C'est notamment le cas sur l'introversion-extraversion, où on a eu plein de surprises.
- Eric
Spontanément, quand on dit introversion-extraversion, on a l'impression de dire quelqu'un qui est ouvert à l'extérieur ou quelqu'un qui est tout renfermé. Or, la dimension qu'on explore, elle est différente. Et ça mérite donc d'enrichir le mot. Il y a bien un peu cette dimension sociale, je suis plutôt ouvert aux autres, plutôt fermé aux autres, qui n'est pas complètement absente. Mais surtout, c'est une dimension de où est-ce que je me ressource ?
- Pauline
C'est ça. Avec des personnes qui sont très sociables, mais qui, au final, trouvent leur énergie en étant seules. Et au contraire, des personnes timides qui vont se révéler dans le rapport aux autres.
- Eric
Tout à fait. Donc déjà, les lettres, c'est pour simplifier.
- Pauline
Bien sûr.
- Eric
Mais c'est bien le concept qui est derrière, plus même d'ailleurs que le mot. Et justement, c'est la raison pour laquelle, quand on fait ce travail de découverte MBTI, on prononce le mot et surtout on dit attention, je dois vous l'expliquer pour que vous compreniez.
- Pauline
On passe trois minutes.
- Eric
Absolument. A comprendre le concept. Très bonne illustration du fait d'expliciter l'implicite. C'est implicite, introverti, extraverti, vous comprenez bien ce que je veux dire. Ben ouais, c'est évident. Ben non.
- Pauline
J'ai vu sur ton site - ton cabinet c'est Urbanicus, c'est ça - Qu'il y avait justement cette double définition de l'urbanité. Je trouvais ça intéressant parce que c'est vrai qu'en plus on ne l'emploie pas si souvent urbain dans ce cadre-là. Mais c'est quoi l'idée de ce...
- Eric
Alors, simplement quand on donne le nom à une entreprise, il faut lui donner un sens. Le nom est venu avant le sens.
- Pauline
D'accord.
- Eric
Donc j'ai dû lui chercher un sens. Et... Et à partir de là, se dire, puisque c'est une contraction, c'est un mot qui n'existe pas, il faut que je trouve quelque chose qui lui donne du sens. Et j'ai aimé cette combinaison de l'urbanisme vision long terme et de l'intelligence que donne la connaissance du monde, l'urbanité, qui est un mot qui n'est presque plus utilisé.
- Pauline
Comme adjectif
- Eric
Toi, tu es urbain. Oui. Mais en général, c'est plutôt une boutade. Parce que c'est quelque chose qui est un peu vieillot.
- Pauline
Légèrement, oui.
- Eric
Mais néanmoins, j'ai trouvé que ça donnait un bon sens aux activités que je peux donner. pour justifier pourquoi le nom qui était arrivé auparavant et qui me plaisait. C'est qu'il y a longtemps maintenant, j'ai sur une boutade avec un ami d'enfance qui a une entreprise qui commercialise du mobilier urbain. Il y a une vingtaine d'années, on dîne dans un restaurant qui est une sorte de squat dans le 20ème. Un peu improbable, un truc rigolo. Il y a une grande table, tout le monde dîne ensemble, une discussion commune. Et quelqu'un lui dit Tu fais quoi ? Je fais du mobilier urbain, tout le monde se fout de sa gueule. Oui, C'est ridicule, c'est des trucs de nains. Et tout d'un coup, la table délire en disant, ah bah oui, les nains urbains, qu'est-ce que sont les nains urbains ? Et ce soir-là, on a tous les deux dit aux gens, bah ok, on va lancer une exposition d'artistes sur l'interprétation de qu'est-ce que le nain urbain. Elle a eu lieu deux fois.
- Pauline
Ah, elle a eu lieu ?
- Eric
Oui, bien sûr, bien sûr. Le principe, le brief, c'était, à chaque fois, on avait douze artistes qui devaient réaliser une œuvre originale. Le prompt, on l'appellerait comme ça, c'était le nain a quitté le jardin.
- Pauline
Mais c'est un thème d'impro ça !
- Eric
Il est devenu un nain urbain. Qu'est-ce qu'un nain urbain ? Et on avait un petit comité de sélection des artistes pour que ce soit des trucs qui tiennent vraiment la route.
- Pauline
Comme les vaches qu'on voit parfois au milieu des villes ?
- Eric
Même type de concept. Et simplement, quand on a lancé ça, on le sait, on le fait, on le fait bien. On trouve une galerie rue des Minimes qui nous prête un espace par des amis communs. On organise l'exposition des nains urbains qu'on avait organisée le 19 décembre, jour de jour de la Saint-Urbain. On demande à une copine de nous faire des relations presse p our faire en sorte que le truc ait un peu de retour.L a galerie devait être grande comme l'espace qui est là avec les deux salles de réunion. C'est un tout petit espace.
- Pauline
En même temps c'était des nains, donc...
- Eric
La première année, on a eu 300 personnes qui sont venues au vernissage. C'était une expositiond'une journée.
- Pauline
Elle est forte l'attachée de presse !
- Eric
On a eu un relais de presse incroyable. La deuxième année, on a 450 personnes qui sont venues au vernissage. Ça nous dépassait. Donc on a arrêté en disant, ou bien on en fait un business, mais on ne gagnera rien. C'était pour s'amuser. C'était un peu de visibilité pour les artistes, qui ont un tout petit peu vendu, mais pas bien cher. Et un des artistes avait fait le nain campagnicus, le nain champagn... Je ne sais plus quoi. Et le nain urbanicus. Je lui ai demandé si je pouvais lui voler le nom. J'aime bien la consonance. Voilà la vraie histoire.
- Pauline
Mais sans avoir encore quoi en faire ?
- Eric
Sans savoir encore quoi en faire.
- Pauline
Et après on l'a ressorti de tiroir ? J'adore.
- Eric
J'ai toujours eu l'habitude de dire que le nom de l'entreprise n'a pas grande importance.
- Pauline
C'est le storytellig autour. Du coup, la traditionnelle question, c'est quoi ton rapport personnel aux mots dans ton enfance ? Comment t'en es venu à la publicité, par exemple, ou à travailler sur les mots ? Est-ce que c'est quelque chose qui était inné ou que t'as dû travailler dans un second temps ? Plutôt inné. Mon père était lecteur. J'ai d'ailleurs gardé la même habitude. J'ai presque tous les livres que j'ai lus avec moi.
- Eric
Donc j'ai toujours lu, j'ai toujours aimé lire. Et assez rapidement... Je me suis orienté plutôt dans des études plutôt littéraires. J'ai ensuite fait Sciences Po Paris.
- Pauline
Ça arrive même aux meilleurs.
- Eric
Ça arrive même aux meilleurs. Par nature, ce sont des études dans lesquelles on développe beaucoup l'expression et l'expression orale. Il y a même, il y avait, je ne sais pas si ça existe encore, une épreuve du diplôme de sortie qui était le grand oral où on tirait au sort une question qui pouvait être de toute nature, qui pouvait être aussi bien une question technique qu'une question qui paraissait aberrante et sur laquelle il fallait pouvoir disserter dix minutes de façon intelligente en ayant une heure de préparation. J'ai un ami qui avait eu comme sujet quel est le poids de la tour Eiffel. Il avait eu brillamment son diplôme. Il l'avait traité en parlant de la sidérurgie, du poids de l'acier sans le connaître de la tour Eiffel qui ne serait pas le même aujourd'hui, qui ne serait sans doute pas dans le même matériau. On était en pleine époque où le fer était la matière principale dans tout ce qui était industrie, là où on a changé sur des matériaux plus composites, en terminant sur la crise de la sidérurgie française. ça pouvait aller jusque là les épreuves. Moi j'avais eu, je ne sais plus quoi, sur les agences de pub, alors que je m'apprêtais à entrer dans le domaine de la pub. J'avais un sujet cadeau. Donc, je dirais, le fait d'aller me confronter aux mots dans une utilisation non littéraire a toujours été mon activité. Puisque j'ai ensuite été publicitaire, par nature, même si je n'étais pas créatif publicitaire, j'étais plutôt dans le domaine de la mise au point de stratégie publicitaire, mais ça se traduit par une histoire qu'on va concentrer. J'ai ensuite monté une entreprise qui faisait du e-learning. C'est une façon différente de formuler des choses pour qu'elles soient suffisamment simples pour que les gens les comprennent. Avant d'évoluer plutôt dans des activités de plus de conseils ou d'interventions comme je le fais aujourd'hui. Mais ça a toujours été autour de l'utilisation du mot et du mot précis et de l'importance du mot, mais dans un contexte non littéraire.
- Pauline
C'est quoi ton mot préféré ? Alors, mon mot préféré, c'est tolérance. Et pourquoi je pense à celui-ci ? Parce qu'il y a quelque temps, une de mes filles m'a fait le plus beau compliment, elle ne savait pas qu'elle me faisait un compliment en disant ça. Dans une discussion, elle m'a dit toi, tu es la personne la plus tolérante que je connaisse C'est en l'entendant que tu t'es rendu compte que ça avait une signification aussi importante ?
- Eric
Je le sais, je le sais par rapport à moi-même. J'ai aimé qu'elle me le formule et qu'elle me le formule comme quelque chose qui passait comme ça.
- Pauline
Normal.
- Eric
"C'est parce que toi tu es la personne la plus tolérante que je connaisse". C'est pour ça que je dis, tu ne te rends pas compte, mais c'est vraiment un super beau compliment que tu peux me faire.
- Pauline
De l'expliciter, justement.
- Eric
Absolument. Ensuite, j'aime sa sonorité qui à la fois monte et qui se termine en douceur.
- Pauline
C'est vrai que c'est joli.
- Eric
C'est parce qu'il faut en choisir un.
- Pauline
Top. Merci beaucoup.
- Eric
Je t'en prie.