- Speaker #0
C'est une très belle journée de début de printemps. Nous sommes dans le parc du château royal de Laken et nous nous trouvons en compagnie de Jean-Yves André, régisseur du domaine qui est également ingénieur agronome. Comme chaque printemps, les serres s'ouvrent au public pendant quelques semaines, mais M. André... D'où proviennent les collections qui sont visibles dans ces serres ?
- Speaker #1
Alors elles viennent d'un peu partout dans le monde. Léopold II, avant d'être roi, a beaucoup voyagé. Il est allé en Chine, il est allé du côté des Amériques, etc. Mais même pendant qu'il était roi, il a également beaucoup voyagé. Et donc de ses voyages, il a ramené beaucoup de plantes parce qu'il était passionné de botanique et d'horticulture.
- Speaker #0
Parmi les multiples variétés de plantes, il y en a certaines qui n'ont pas été ramenées par Léopold II. et je pense particulièrement à une collection d'orangers, des orangers qui sont même beaucoup plus anciens que la Belgique. 1830, on connaît l'histoire du pays. Mais quelle est l'histoire précisément de ces orangers ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est une très belle histoire. Les orangers, comme on le dit chez nous, ont 250 ans depuis 30 ans. Je m'explique. Notre chef des serres, Johan Lauer, est arrivé ici pour commencer son travail comme tout jeune jardinier, il y a 30 ans. Et dans les livres, il était marqué que les Orangers avaient 250 ans. Mais depuis, Johan a plus de 30 ans d'expérience, et les livres marquent toujours 250 ans d'âge pour les orangers. Donc, selon lui les orangers ont toujours 250 ans... depuis 30 ans. Donc ça nous fait au moins 280 ans. Et 280 ans , ça fait bien plus que la Belgique, en effet. Le domaine a été créé par les archiducs Albert et Marie-Christine von Sachsen-Thyssen, les Autrichiens, qui à cette époque-là régissaient la Belgique. Et en 1782, au départ, leur château en Belgique n'était qu'une résidence secondaire pour eux. Il s'agit juste de la partie centrale du château. Comme ils voulaient y disposer d'une orangerie, ils ont ramené à Laeken les orangers qu'ils avaient déjà en pot, dans leur château de Tervuren.
- Speaker #0
Et l'origine de ces orangers, on la situe où ? Ils ne poussent pas naturellement à Tervuren ?
- Speaker #1
Non, donc ils devaient venir à l'époque du sud de l'Europe, vraisemblablement du côté de l'Italie. On sait que des orangers ont été amenés à Tervuren vers les années 1670, 1670. Est-ce que ce sont ceux-là ou est-ce que ce sont des autres ? On ne sait pas. Mais bon, si on calcule qu'ils ont 280 ans (à partir des années 2020), on est aux alentours de 1740 si je ne m'abuse. Donc voilà, ça colle avec l'histoire des Orangers.
- Speaker #0
Jean-Yves André caché entre deux serres, on découvre également deux arbres qui ont traversé les millénaires et qu'on pensait même disparus. Mais depuis 2006, ils sont aussi présents à Laeken. Alors d'où proviennent ces Wolemia nobilis ?
- Speaker #1
Le Wolemia nobilis, c'est une histoire magnifique, qui va bien nous prouver que nous, humains, nous ne sommes vraiment de passage sur la Terre, alors que les arbres et les plantes vont nous survivre. Bien plus qu'on ne pense. Les Wollemia nobilis, en fait, ont été retrouvés en 1996 dans une vallée perdue du parc de la Wollemia, en Australie, par M. Nobel, d'où le nom Wollemia nobilis. Il prend des spécimens, il les fait analyser, et on constate, avec stupeur, qu'il s'agit de plantes qu'on a déjà connues, mais qu'on a retrouvées uniquement que que sous des traces fossiles, donc uniquement des formes pétrifiées de ces mêmes plantes. Est-ce possible ? En fait, oui. Ces plantes étaient assez communes à l'époque des dinosaures. On les retrouvait, entre autres, en Australie, mais c'est la famille des Araucaria, dont les petits cousins se retrouvent encore maintenant au Chili, et uniquement dans cette zone-là d'Amérique du Sud. C'est une zone géographique très restreinte où on retrouve cette famille-là. Et les Wollemia, une fois identifiées comme étant bien ceux qui existaient à l'époque des dinosaures, et qui n'existaient que dans une seule petite vallée perdue d'Australie. Afin de les protéger d'un quelconque désastre, feu de brousse, inondations, flash-floods... il a été décidé de les disperser aux quatre coins des jardins botaniques et arboretums du monde. En 2006, Laeken a eu la chance d'en obtenir un individu et l'Arboretum Géographique de Tervueren, qui appartient aussi à la Donation Royale, en a reçu un autre. Et cette année (2026), on les a remis ensemble. De 2006 à 2026, ils ont vécu en serres. Enfin un d'entre eux a vécu en serre, où il a reçu tous les soins utiles. Il est devenu d'ailleurs un bel arbre, qui fait maintenant presque 8 mètres de haut. Mais il devenait un peu trop grand pour les serres. Il commençait à pousser le plafond. Donc il a été décida de le déplanter, de le sortir de son pot et de le mettre en pleine terre. Et là, il est bien mis. Il est également dans une zone protégée des vents dominants et des grands coups de froid, même si c'est une plante qui est dite résister jusqu'à moins 12°C. Toutfois, en hiver, on va le protéger des grands froids.
- Speaker #0
Donc ces deux arbres, ces deux spécimens sont visibles pendant l'ouverture des serres de cette année ?
- Speaker #1
Tout à fait, ils sont visibles. Ils sont à votre gauche, juste avant de traverser la première galerie. Ce sont les Wolemia nobilis.
- Speaker #0
Ils sont bien identifiés par un petit panneau. Dans le parc aussi, on aperçoit des arbres qui également ont une histoire assez exceptionnelle. Je veux parler des noisetiers de Byzance.
- Speaker #1
Alors, le noisetier de Byzance, c'est un petit peu l'arbre symbole de Laeken. Non pas parce qu'il a été introduit ici, mais c'est parce que c'est à Laeken qu'on retrouve les noisetiers de Byzance parmi les plus gros de Belgique. On a en effet le numéro 1, le numéro 3, le numéro 4. le 6, le 7, le 8... Je pense que sur les 10 plus gros noisettiers de Byzance en Belgique, on en a 6 ou 7 ici, au domaine. C'est un arbre qui a un fruit très sympathique. En fait, l'involucre, la membrane qui recouvre la noisette, fait plein de petites protubérences courbes toutes fines. La noisette est comestible mais il faut d'excellentes dents! Chez nous, ce sont des écureuils qui s'en chargent parce qu'honnêtement, la coque est très très dure, très épaisse. Mais les noisettes ressemblent à des noisettes comestibles, un peu plus petites. C'est un arbre qui grandit beaucoup, qui est beaucoup plus imposant que nos noisetiers, le corélus habituel qu'on retrouve dans les forêts, etc. C'est un arbre qui peut atteindre 20 à 30 mètres de haut, qui a un port pyramidal caractéristique, bien équilibrée sur tout son pourtour et qui en impose.
- Speaker #0
Bien équilibré, sauf pour une certaine branche qui se développe quand même de manière assez exceptionnelle sur le côté.
- Speaker #1
Voilà, donc on a des arbres qui ont génétiquement décidé de développer une branche basse latérale. Bon, nous n'avons pas vocation à faire de l'arboriculture . Por nous, ce sont des arbres de parc. Donc on peut se permettre de leur laisser cette branche latérale.
- Speaker #0
Jean-Yves André, les serres de Laeken sont avant tout des serres d'agrément. Jouent-elles quand même aussi un certain rôle en termes de conservation de certaines plantes ?
- Speaker #1
Oui, mais nous ne sommes pas un jardin botanique, nous ne sommes pas un arboretum. Je me permets d'insister là-dessus, c'est-à-dire que nous ne pouvons pas, nous ne le voulons pas non plus. Ce n'est pas notre souhait d'avoir une collection. Chez nous, l'idée c'est d'agencer des plantes pour créer une atmosphère, créer un cadre, créer un paysage, pour que les visiteurs ressentent quelque chose. Alors bien sûr, les chercheurs sont les bienvenus s'ils veulent identifier certaines choses particulières que nous aurions. Mais ce n'est pas le but premier. Le but premier est de vraiment créer un moment particulier pour chacun des visiteurs qui se présente.
- Speaker #0
Parmi les domaines gérés par la donation royale, il y a également l'arborétum de Tervueren, qui lui, contrairement au parc royal ici à Laeken, est ouvert chaque jour de l'année. Alors, est-ce que l'arborétum de Tervuren vous sert en quelque sorte de pépinière ? Quelle relation avez-vous entre les deux domaines ?
- Speaker #1
On échange, on échange beaucoup. Donc, eux ont des pépinières d'arbres de leurs collections géographiques. Et nous avons une pépinière dédiée. Donc imaginons qu'ils souhaiteraient propager certaines variétés par boutures ou graines. Il faut savoir qu'au domaine de Tervuren, ils sont cinq pour gérer l'ensemble du domaine, donc c'est quand même assez intense au niveau travail. Ils peuvent nous donner des graines, parce que moi j'ai deux personnes qui gèrent la pépinière pour l'ensemble du parc. Donc les échanges vont dans ce sens-là. On échange des plantes aussi. Ils trouvent des choses intéressantes. On échange des savoirs sur les boutures ou les greffes, les semis, les substrats, C'est aussi très intéressant de savoir ce qui n'a pas marché et de savoir pourquoi ça n'a pas marché. On est en réalité deux domaines très proches. On a des points communs et des différences. Eux ne doivent pas faire de tontes. Ils doivent faire de la fauche. Nous on a des zones où on fait également, pour la biodiversité, des fauches tardives. Donc on va se partager du matériel.
- Speaker #0
Merci beaucoup Jean-Yves André pour vos explications.
- Speaker #1
C'était un plaisir et j'espère vous voir tous dans le parc ou dans les serres.