- Speaker #0
En France, près de 400 000 enfants sont concernés par la protection de l'enfance. Derrière ce chiffre, il y a des histoires, des trajectoires, des fragilités, mais aussi des forces incroyables et des femmes, des hommes engagés au quotidien. Pour la première fois, la France s'est dotée d'un haut commissariat à l'enfance et à sa tête, une jeune femme brillante, engagée de longue date, Madame Sarah El Haïry. Son parcours est singulier, elle est engagée très tôt en politique, Ancienne députée, secrétaire d'État à la jeunesse et à l'engagement, elle a eu la responsabilité de dossiers majeurs liés à la jeunesse, à l'engagement citoyen et à la participation démocratique. Avec un fil rouge constant, l'attention portée aux plus vulnérables. Chez elle, l'engagement n'est pas un slogan, c'est un moteur, presque une seconde nature. Alors aujourd'hui, elle met cette énergie au service d'une mission immense, remettre de la cohérence là où le système est fragmenté.
- Speaker #1
Les talents de la Terre.
- Speaker #0
Le podcast qui révèle les personnalités singulières pour lesquelles le mot engagement n'est pas un mot à la mode. Quel est leur parcours, leurs réussites, leurs échecs, leur acte de résilience pour faire tout ça à la fois, être au service des autres, pour rendre heureux. On pourrait dire d'elle qu'elle est l'une des figures les plus résilientes de la politique française actuelle. Elle a eu en charge des dossiers structurants liés à la jeunesse, à l'engagement citoyen et à la biodiversité. Et aujourd'hui elle se bat pour... pour l'enfance en France. Pour elle, le talent est avant tout une capacité de résilience. C'est une faculté à transformer un parcours cabossé en un véritable chemin de vie. Cette vision, c'est exactement la philosophie de notre podcast Les Talens de la Terre. Alors je suis très heureuse aujourd'hui de recevoir, d'accueillir la haute commissaire à l'enfance, Madame Sarah. Bonjour Madame la haute commissaire. Bonjour. Je suis sincèrement ravie de vous avoir aujourd'hui. Merci d'être venue jusqu'à nous sur ce plateau.
- Speaker #1
C'est un vrai plaisir.
- Speaker #0
Alors tout d'abord, dans ce podcast, on aime comprendre ce qui anime profondément les personnes que l'on reçoit, ce qui les met en mouvement, ce qui les motive profondément et ce qui les relie aux autres. Alors si vous me permettez. Avant de parler fonction, avant de parler titre, avant de parler de programmes politiques liés à l'enfance, j'aimerais commencer par le chemin intérieur, le vôtre, et à ce qui vous anime profondément. Alors si on revient au tout début, lorsque Sarah est peut-être une petite fille ou une jeune femme, très très jeune femme, qu'est-ce qu'il y a eu comme élément déclencheur, ce mouvement intérieur qui vous a fait vous mettre en marche ?
- Speaker #1
Moi j'ai vu... J'ai vu mes parents s'engager de manière très différente, sans porter de jugement sur l'un ou sur l'autre. J'ai un papa qui est médecin et qui nous embarquait très régulièrement dans des caravanes médicales, où finalement on était avec des personnes qui n'avaient pas accès à des médecins. C'est une bande de potes qui, pendant leurs vacances, faisaient ça. Et puis une maman qui était dans un autre type d'engagement, qui organisait des galas, des levées de fonds. au sein du Lyon's Club, donc une organisation plus internationale, et qui avait ce goût, finalement, de prendre soin de l'éducation des enfants, pour le coup, de territoires plus en difficulté, plus ruraux, plus isolés. Et je voyais, et à chaque fois, alors qu'on était tout petits, peut-être 8, 9, 10 ans, à quel point la capacité qu'on a chacun à mettre, finalement, un effort, une part de soi dans un projet, évidemment, transformait un bout, un peu. la vie de ceux avec qui on rentrait finalement en communion ou en tout cas en contact. Mais surtout, ça nous transformait, nous. Et ce goût-là est resté, avec des moments plus ou moins difficiles, des moments où tu es bousculé, au moment où tu prends conscience qu'on n'est pas tous nés avec les mêmes chances, mais que ce qu'il y a de plus riche, c'est peut-être sa famille. ses amis, cette vision peut-être partagée d'une société ou en tout cas un idéal. Et cet idéal, cet engagement, il peut prendre toutes les formes. Et j'ai grandi avec ça, à l'école, à la maison, dans une asso, dans son quartier, pour sa voisine. En réalité, il n'y a pas de hiérarchie, mais le fait d'être engagé, le fait de sentir qu'il y a quelqu'un pour qui vous comptez, pour qui vous pouvez être utile, c'est une sorte d'énergie qui vous anime, qui vous questionne, mais surtout, en tout cas, qui m'a fait grandir.
- Speaker #0
Très bien. Donc, ce mouvement intérieur que vous racontez, effectivement, né de votre éducation, c'est le sentiment d'altérité, tout simplement, qui a été une évidence pour vous et qui a été mis en avant par vos parents. Maintenant, ce mouvement intérieur, il a rencontré la chose publique, la chose politique. À quel moment vous vous êtes dit, OK, ce que je viens de ressentir, ce que je comprends, ce que je perçois, n'est plus qu'une action individuelle, mais doit devenir une responsabilité collective ?
- Speaker #1
En réalité, assez vite, parce qu'en 2007, c'est une campagne présidentielle dans notre pays, elle est structurante, deux projets se confrontent, et à ce moment-là, j'ai à peine ma majorité, donc en fait je suis en âge de m'engager, et je m'engage dans une première campagne présidentielle. À l'époque, je m'engage pour Nicolas Sarkozy, dans cette dynamique de méritocratie, de la place du travail. Le fait qu'une société juge finalement et accompagne l'effort de chacun, l'effort individuel et du coup la responsabilité, tout à fait, la persévérance. Et du coup la responsabilité collective de finalement bâtir des fondations. La fondation c'est quoi ? C'est l'école, c'est le travail, c'est le regard posé sur ses parcours. Et donc finalement tu es libéré d'une certaine manière de toute la charge qu'on peut te mettre dessus et tu deviens par ton parcours finalement pleinement acteur, pleinement citoyen. Parce qu'on a garanti ses fondamentaux. Mais le chemin est le sien. Et donc, on parlait beaucoup d'ascenseur social. Moi, j'aime bien l'idée de l'escalier social. C'est que ce n'est pas automatique. Un ascenseur, tu montes, tu appuies sur un bouton, ça monte. Ce n'est pas vrai. L'escalier, c'est la responsabilité d'un collectif, d'un pays, d'une nation, d'une société, de bâtir déjà des marches, de bâtir une rampe. Enfin, il faut le monter, l'escalier. C'est-à-dire que c'est un effort individuel. Mais on peut... compter sur la rampe si on doit s'arrêter. On a le droit peut-être de s'arrêter, de redescendre, de réessayer, mais il n'y a rien d'automatique. Et donc j'aimais cette alliance de l'engagement individuel, la responsabilité qu'on a individuellement de faire cette marche, en tout cas cette capacité à douter et à faire de l'effort, à être persévérant, et en même temps la responsabilité qu'on a de bâtir des structures. Et du coup finalement des fondations. Et donc chacun est dans son rôle. Et c'est comme ça que l'engagement, pour moi, il a été politique, il a été syndical. Je me suis engagée au sein de la CFTC. Je me suis engagée dans mon université, dans un engagement, pour le coup, associatif dans la démocratie universitaire. Et jamais en me disant, il y a un engagement plus important, plus noble. Non, en fait, quel que soit l'endroit où tu es, tu peux en fait prendre part. Prendre part, toi au mouvement, mais aussi pour toi. parce que ce qu'on dit... pas suffisamment, c'est la capacité que l'engagement a, la capacité qu'il a de nous transformer nous-mêmes. Et je crois de nous rendre meilleurs, en tout cas de nous rendre profondément vivants.
- Speaker #0
En tout cas, vous, vous avez ce sentiment et ce besoin de mettre en mouvement votre engagement et en même temps d'aller convaincre les autres de se mobiliser également. Vous êtes consciente que tout le monde n'a pas forcément envie de se mobiliser.
- Speaker #1
Je l'entends. Je l'entends et en même temps, on est dans l'époque où Le mal le plus vicieux, le plus insidieux, c'est la solitude. Finalement, cette impression d'être très connecté, parce qu'on est connecté au réseau, parce qu'on travaille, on voit des gens, on les croise.
- Speaker #0
Les instamis.
- Speaker #1
Mais dans le fond, quelle est la relation la plus réelle ? En quoi on est utile ? Comment on est confronté à la capacité de changer sa vie et la vie ? de ceux qui nous entourent, elle est très faible. Donc pour lutter contre cet isolement, cette solitude, mais presque, j'ai envie de dire, presque personnel, l'engagement est, en tout cas, à mes yeux, une des conditions pour être pleinement rayonnant, pleinement dans sa vie, de savoir qu'on peut aussi compter sur les autres, pour soi, comme les autres peuvent compter sur nous. Et ça a été ce chemin, en tout cas, qui a été le mien.
- Speaker #0
Alors je vais revenir sur un moment de votre parcours qui sans doute a été important, mais comme tous les moments, comme vous êtes en train de les évoquer, vous avez été secrétaire d'État chargé de la jeunesse et du service national universel, le fameux service national universel. Est-ce que vous croyez profondément au parcours d'engagement citoyen ? Je suppose que oui. Mais pas seulement pour la société, mais également pour les jeunes eux-mêmes.
- Speaker #1
Mais bien sûr.
- Speaker #0
On est déjà de répondre en partie à cette question. Mais je pense que le service national universel, c'est quand même un système qui permet clairement de positionner des jeunes et l'engagement. Surtout qu'on sent bien qu'il y a une demande d'engagement pour certains. Tout le monde ne veut pas se mobiliser, mais beaucoup recherchent du sens. Et je crois que...
- Speaker #1
En fait, on a une lecture encore trop statique. C'est-à-dire qu'on pense que l'engagement, traditionnel ou classique, c'est de s'engager dans une asso et finalement d'être bénévole et d'accepter d'aller au bureau, puis au conseil d'administration et tout ça. Et on voyait bien que la moyenne d'âge de cette forme d'engagement dans la pérennité, elle était en train de vieillir, de ne pas se renouveler. Et donc, je voyais bien qu'il y avait une sorte de rencontre à créer, Puisque le pire, c'est que... Tu restes enfermé dans l'engagement dont tu as hérité. Tu viens d'une famille, par exemple, je ne sais pas, de militaire ou d'élus locaux ou d'engagement associatif. Et finalement, tu es un peu privé de l'opportunité, de la richesse des formes d'engagement. Le service national universel, c'était le projet initial de dire, nous appartenons à un grand pays, à une grande nation. Donc, il faut déjà se rencontrer, sortir peut-être de ces zones de confort culturelles, associatives, sportives, ce qu'on aime.
- Speaker #0
De ses préjugés.
- Speaker #1
De ses préjugés, de son... territoire, voire de son environnement scolaire. Et pour une fois, il n'y a pas de première ou de deuxième classe. On porte tous le même uniforme, on mange tous la même chose. À un instant, un instant extrêmement structurant, c'est ce moment de l'adolescence. De célébrer une marseillaise, de célébrer aussi simplement le temps de partager des repas et de sortir de son confort personnel pour se confronter aux autres jeunes de son propre âge. Mais surtout, de découvrir plusieurs formes d'engagement. Et donc, de découvrir... l'engagement citoyen, l'engagement associatif, pour certains, l'engagement sous l'uniforme, que ce soit des pompiers, les cadets de la gendarmerie, et de se dire, cette opportunité, cette société, c'est la somme de tout ça. Donc déjà, arrêter avec la hiérarchie des sujets. Dire, mais non, moi, ce qui m'anime, c'est peut-être le social. Ce qui m'anime, c'est peut-être l'environnement. Ce qui m'anime, c'est peut-être le patriotisme. Ce qui m'anime, c'est peut-être lutter contre la précarité. Mais dans le fond... le plus important c'est quoi ? C'est de trouver ce qui t'anime. Et du coup, d'avoir conscience que si chacun a cette petite capacité de goûter à ça, ça devient addictif. Parce que on se connecte, on brise cette bulle, mine de rien, qui isole du numérique aussi, pour une génération qui a besoin de ça. Et c'est le projet du Service National Universel.
- Speaker #0
Moi je suis ravie d'entendre ce que vous êtes en train de dire, parce que c'est une courbe incue. Mais j'espère que vous allez... convaincre également tous les auditeurs de ce podcast. J'en suis convaincue. Aujourd'hui, effectivement, beaucoup de jeunes ressentent l'envie de s'engager ou en tout cas ne prennent pas forcément conscience aussi de ce que ça veut dire un engagement. Un engagement, ce n'est pas une promesse éphémère. Un engagement, c'est la somme d'un certain nombre de paramètres dont le courage dont on a parlé tout à l'heure, l'envie de se mobiliser, une certaine énergie et la durabilité. Pour ma part, c'est comme ça que je le définirais. Aujourd'hui, certains ont en tout cas l'élan et le souhait de le faire. Si vous aviez un jeune de 16-17 ans en face de vous, vous lui diriez quoi tout simplement s'il souhaite s'engager, se mobiliser, comme vous dites ?
- Speaker #1
D'essayer. D'essayer de trouver des questions. Typiquement, une chose qu'on a créée exprès parce qu'on avait cette question qui remontait, c'était un site qui s'appelle unjeuneune solution, où je veux m'engager. Jeveuxaider.gouv.fr. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il y a une somme de sujets, une somme d'opportunités, des engagements plus ponctuels. Parce que mine de rien, tu fais une journée clean up, déjà, c'est une action. Et petit à petit, on voit si l'action a la vocation à être pérenne, récurrente, ou elle va prendre plein de formes différentes. Quand on est à l'aise sur les réseaux, on peut apporter ce qu'on est, en fait. Ce qu'on est pour une cause qui nous intéresse. Et ne pas ringardiser parfois cette aide ou cet engagement très local, très de proximité. Et l'idée de jeveuxaider.gouv.fr, c'est de dire qu'en fait, on a un million de besoins, un million d'opportunités d'engagement et de rencontre.
- Speaker #0
Ça marche encore très bien.
- Speaker #1
Ça marche, oui, ça marche bien parce qu'on n'a pas tous la même capacité de donner. De donner du temps, de donner de l'argent, de donner de l'expertise. Et finalement, il faut juste inviter les jeunes à découvrir ces engagements. Et on a une génération extrêmement engagée. En réalité, on est dans un des pays où... On a le plus grand nombre de bénévoles. Par exemple, dans ma région, dans l'Ouest, on est la région qui donne le plus de sang. C'est tout simple. C'est peut-être une illustration assez basique. Mais le fait de se dire, comment je participe au commun ? Comment, finalement, je me dépasse ? Et il y a un million de manières. Un million de manières. Le mentorat, le tutorat, l'accompagnement scolaire, simplement briser la solitude des personnes âgées. avec des associations où tu joues. Et en fait, tu as un temps de passion pour toi. Et simplement, tu passes partager du temps avec une personne qui a l'âge de tes grands-parents, voire de tes arrière-grands-parents. Et donc, se dire, mais quel est le bon engagement pour moi ? En fait, il faut les tester, il faut les essayer. Et donc, il faut être bienveillant vis-à-vis des jeunes qui poussent la porte. Et ne pas mettre trop de charges, trop d'attentes, trop de cadres. Parce que le cadre, il va se bâtir. Et donc, de la promesse de la rencontre. à la fidélisation finalement de l'engagement, mais il y a un parcours. Et puis il y a des moments de vie, quand on fait ses études, quand on est au lycée, quand on devient jeune parent, et bien on n'a pas les mêmes possibilités. On a moins de temps, parfois on a moins d'argent, parfois on a des expertises ou des facilités qu'on peut apporter, en tout cas au collectif. Et donc il faut être dans ce moment très respectueux, très bienveillant, même vis-à-vis de ce qu'il donne. Et ça, pour le coup, jeveuxaider.gouv.fr, c'est une sorte de point d'entrée. C'est une porte,
- Speaker #0
c'est le point d'entrée. On peut même encore aller un peu plus loin sur ce que vous êtes en train de dire, mais vous l'avez dit précédemment, le fait de donner nous permet de recevoir quelque chose que l'on n'aurait jamais,
- Speaker #1
jamais,
- Speaker #0
jamais imaginé. Je repense à une personne qui, il n'y a pas très longtemps, a décidé de donner du temps, pas forcément de la rejoindre, mais du temps, en prenant au téléphone régulièrement une personne âgée pour discuter avec elle. Et finalement, elle s'était dit, j'ai envie de faire ça parce que ça me touche personnellement. et elle a reçu mes... ce qu'elle n'aurait jamais cru. Pour elle, elle donnait du temps. Elle était contente quelque part de le faire. Mais ce qu'elle a reçu en cadeau,
- Speaker #1
c'est énorme.
- Speaker #0
L'histoire de ces personnes lui a donné l'idée d'écrire un livre. Et donc, c'est un système nourrissant, un système nourricier qui est vraiment à mettre en avant. On donne, mais on reçoit beaucoup.
- Speaker #1
Énormément, même bien plus que ce qu'on donne. Et c'est là où il n'y a pas de barrière. Il ne faut pas s'imposer des modèles peut-être très rigides. Il y a plein de manières. Il y a plein de manières. Il faut se laisser embarquer dans l'aventure. Et pour ça, il faut qu'on puisse offrir ces opportunités-là. Et c'est pour ça qu'il y a aussi des projets, des possibilités. Je pense bien sûr aux mécénats de compétences quand on est salarié, aux congés d'engagement qu'on peut avoir dans le dialogue social, en tout cas au sein de l'entreprise. Il y a simplement l'engagement aussi simple que ça. Il y a l'engagement municipal dans sa petite mairie ou dans sa commune. Enfin, en fait, il y a plein de formes. Mais il faut autoriser les gens à les découvrir. Et pour ça, il faut que dès le plus jeune âge, ils puissent avoir accès.
- Speaker #0
Si je peux me permettre, on passe de l'engagement, j'allais dire, de la mobilisation personnelle intérieure qui nous sensibilise d'un sujet social, environnemental qui nous fait mal, à l'engagement politique. Là-dessus, si je peux me permettre, je crois que la jeunesse est un peu scindée en deux, scindée en plus, est fragmentée en tout cas. La question politique interroge beaucoup la jeunesse, elle y croit. moins elle se positionne, moins elle pense qu'elle a un regard, en tout cas, j'allais dire critique, un peu acerbe vis-à-vis de l'engagement politique. Moi, j'ai une nuance. Oui,
- Speaker #1
j'ai une nuance. Je vais juste peut-être préciser. L'engagement politique, c'est l'engagement pour la vie de la société, pour moi, mes yeux, en tout cas. Et l'engagement partisan, c'est la vie d'un parti politique. Et je suis d'accord sur l'idée que... Les partis aujourd'hui, la proposition, les propositions qu'ils font sont challengées par les jeunes. Et c'est vrai, on le voit, c'est pas anodin. Mais l'engagement par exemple municipal, il est moins partisan que politique. La politique c'est quelque chose de beau. Aujourd'hui on charge le mot politique de partisanerie. Mais en fait c'est pas obligatoirement, c'est pas systématiquement un combat violent, brutal. Ça le devient malheureusement dans un certain nombre... de se faire, pour le coup, médiatique, locale, et c'est triste. Mais l'engagement politique, c'est l'engagement pour une cause. C'est ça, le grand P de la politique, ou de la politique publique même.
- Speaker #0
Et localement, c'est possible.
- Speaker #1
Est-ce qu'il est partisan ou pas ? Et finalement, il y a des causes qui ne le sont pas, qui sont beaucoup plus larges que ça. Et c'est pour ça que quand des jeunes marchent pour le climat, quand des jeunes font le choix de donner du temps au cadet... pour le coup de la gendarmerie, ou même aux pompiers, ou qui vont faire un service civique, même à l'étranger ou un volontariat international, c'est un engagement politique. au sens le plus noble et le plus grand du terme. Ce n'est pas un engagement partisan, c'est vrai.
- Speaker #0
C'est vrai. Merci beaucoup. Alors, ça me permet de faire une transition très facile avec le sujet qui vous anime aujourd'hui, en tout cas que vous incarnez. Parce que quand on vous écoupe, on comprend bien que l'engagement, c'est une transformation intérieure qui se dirige après vers une responsabilité dite collective. Et donc, après la jeunesse, après l'engagement citoyen, vous avez aujourd'hui choisi de vous concentrer sur l'enfance. Et sur ce sujet qui devient un sujet transversal, qui évite en étant pris en charge par un haut commissariat dont vous avez la charge depuis un an. Ce poste n'existait pas auparavant. C'est une mission transversale qui permet effectivement à ce sujet de ne pas être balotté par une instabilité politique quelle qu'elle soit. On comprend l'importance de ce sujet, un peu comme la sécurité ou l'environnement pourrait l'être. À quel moment l'enfance, pour vous, est-elle devenue un sujet, un combat central ?
- Speaker #1
Vous savez, que ce soit dans mon engagement associatif que j'ai eu, ou même syndical, j'ai appris des choses, j'ai appris la place du dialogue social, j'ai découvert la capacité de faire des coalitions. J'ai vu les inégalités à l'université. Moi, j'ai fait une prépa. J'ai vu les différences entre la prépa et l'université. Et puis, dans mes responsabilités, même ministérielles, j'ai été à l'éducation nationale, j'ai été à l'environnement, j'ai été à la jeunesse, j'ai été à Brienne, j'ai été au ministère des Armées avec Sébastien Lecornu. Et j'ai vu à quel point, quand même, ça commençait très tôt. En fait, la pierre angulaire, là où on pouvait faire finalement... en très bon français, être en capacité de transformer de manière plus profonde les besoins, en fait, ça commence très tôt. Et on le voit dans les études scientifiques, on le voit sur le développement du cerveau, sur le développement cognitif, sur les pédagogies possibles. Et donc, je me suis dit, mais si on allait finalement, au lieu de corriger, de réparer, si finalement on allait plus vite, plus vite, plus tôt. Et là, la question de l'enfance est ressortie. est ressorti parce qu'on sait que... Ces inégalités auxquelles on peut être confronté, elles laissent des cicatrices, elles laissent des traces. Alors on apprend à se reconstruire, on apprend à vivre avec, on apprend à les dépasser. Mais s'il y avait moins d'enfants qui étaient confrontés à des violences, s'il y avait moins d'enfants qui ont été victimes, il y aurait certainement moins peut-être de difficultés pour eux pour se construire, pour aussi ne pas vivre avec ces démons qui vont les torturer. pendant parfois des années. Alors bien sûr qu'on peut les dépasser, évidemment. Mais finalement, ce grand mot qu'on dit, alors là, on appelle la prévention. C'est un grand mot, c'est un beau mot. Mais enfin, concrètement, ça veut dire quoi ? Concrètement, ça veut dire que tu es là au moment où les fondations sont bâties. Et les fondations, c'est chez les tout-petits. Par l'alimentation.
- Speaker #0
C'est avant 6 ans.
- Speaker #1
Oui, c'est les tout-petits. Les tout-petits, c'est déjà quand tu es nourrisson. Ne pas exposer un enfant à un écran quand il est tout-petit, c'est vraiment le protéger. Ce n'est pas pour embêter les parents. C'est parce que ça a des conséquences sur lui, sur son apprentissage, sur la manière dont il va interagir. Tout petit, c'est finalement cette capacité à lui donner les clés à l'école maternelle et à l'école primaire. Parce que c'est comme ça qu'il va grandir, avec quelle confiance en lui il va grandir. Et donc, comment il va être armé dans un monde qui bouge. Et donc, qui appelle à un pays qui soit fort, fort, solide. Et nos enfants vont vivre dans ce monde-là. Donc, comment on les... Comment on les outille, comment on les arme ? Je sais, le mot est fort, mais... Là, vous savez que vous êtes en train de toucher,
- Speaker #0
j'allais dire, à la peur viscérale de la plupart des parents aujourd'hui qui se disent, moi, j'ai grandi sans les écrans, j'ai grandi sans toutes ces menaces dont on nous parle aujourd'hui, les deepfakes, les... Et mes enfants vont vivre avec ça, et comment vont-ils grandir ? On nous dit qu'on est 8 milliards, qu'on est beaucoup trop. On nous dit que, voilà, on fait de plus en plus peur, mais on fait peur aux générations futures. Et donc là, on est sur une transmission de la peur plus que de l'amour.
- Speaker #1
Ce n'est pas parce que le monde bouge qu'il n'y a pas d'opportunité. En fait, dans chaque grand mouvement, dans chaque grande époque, face à cette situation géopolitique, face à cette responsabilité environnementale, climatique et de biodiversité, face à la révolution numérique que nous vivons, en fait, on peut en faire le meilleur. On peut profondément en faire le meilleur. Tout ça est très neutre, en fait. Très neutre, ça veut dire quoi ? Le numérique, aujourd'hui, ce n'est qu'un outil. Il peut effectivement, les usages de l'intelligence artificielle transforment nos métiers, nos manières d'apprendre, transforment aussi l'accès à la culture.
- Speaker #0
Donc là, vous êtes en train de dire qu'en fait, la peur qui anime la plupart des gens autour de nous, c'est une projection, c'est surtout une projection.
- Speaker #1
Elle n'est pas inégitime si on est outillé.
- Speaker #0
En soi, si on remet les choses à leur place, pour l'IA, c'est un outil. Après, on l'utilise de manière plus ou moins bien. Et que tout ça... va prendre du temps, mais va être légiféré, va être encadré.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a, pour le coup, c'est tellement une transition massive qu'il faut deux jambes. Il faut outiller individuellement chaque citoyen, parce qu'en fait, il va subir si on ne le voit pas. Ah oui, il subit. Et là, pour le coup, c'est défavorable. C'est-à-dire que quand tu ne seras plus en capacité d'avoir ton libre arbitre dans tes achats, dans ton esprit critique, dans ta lecture, quand ton meilleur ami, comme on le vit aujourd'hui... et une intelligence artificielle qui n'existe pas et qui, demain, aura une influence sur ton émotion, sur ton intime le plus fort, ça devient dangereux. Et donc, à quel âge on expose nos enfants ? Comment les outils ? Parce qu'ils vont vivre avec. Il ne faut pas imaginer qu'en fermant la porte, ça restera dehors. Donc, comment on les outille ? Mais comment on les accompagne ? Bien sûr, on les éduque. Comment on les éduque ?
- Speaker #0
Je vais revenir deux petites secondes parce que là, c'est vrai qu'on rentre dans le débat de fond sur la problématique de l'enfance. J'aimerais resituer quand même le Haut commissariat à l'enfance, qui est une structure qui a été créée très récemment. Votre pouvoir, il est où exactement ?
- Speaker #1
Le cœur du Haut commissariat à l'enfance, c'est la capacité de dire, on a trois actions principales. Prévenir, protéger et accompagner. Mais surtout de dire qu'un enfant... il faut le prendre dans sa globalité. Pour une fois, on va sortir de notre organisation administrative classique, traditionnelle. Et donc on va être à 360 autour de lui. Un enfant, quand on est au ministère de l'éducation sociale, et ça a été mon cas, est considéré comme un élève. Quand on est au ministère de la santé, ça a aussi été mon cas, on le considère comme un patient. Quand on est dans jeunesse et vie associative, c'est un adhérent, un bénéficiaire, un usager, finalement, ou un engagé du projet associatif auquel il participe. dont il bénéficie. Mais à aucun moment on se dit, mais en fait, un enfant, c'est tout ça à la fois. Et donc si, pour une fois, on le mettait au cœur, et que nous, on tournait autour de lui pour bâtir une politique publique qui s'appuie sur chacun de ses piliers, et de chacun, finalement, de ses moments de vie, et ne pas prendre sa journée en la saucissonnant, parce que c'est vraiment ça, on prend la journée, on saucissonne. Alors le matin, c'est le péri-scolaire, alors en fait, c'est le bloc communal, c'est la mairie, puis c'est l'école, donc c'est l'éducation nationale, et puis après, c'est à nouveau la mairie pour le déjeuner, et puis après, c'est... le cours de musique ou l'école de musique, et donc c'est le monde associatif, puis rentrer à la maison, ça devient à nouveau la famille, parce qu'on est sur un temps d'éducation. Ben non, en fait, c'est tout ça à la fois. Et comment finalement tu construis de la cohérence ? Parce que quand il y a des injonctions contradictoires, même la partie éducative, il y a des injonctions contradictoires. Ce qu'on te dit à la maison ne correspond pas à ce que tu vis à l'extérieur. Ce qu'on te dit à l'extérieur, à l'école, ne correspond pas à ce que tu vois dans la rue, ou le comportement des adultes auxquels tu es confronté, et qui font autorité. Alors tu ne peux pas te bâtir. je veux dire avec facilement et de manière harmonieuse donc tu es d'une certaine manière un peu un peu écartelé et l'idée de dire, et bien en fait c'est à nous de construire cette cohérence pour faire que nos enfants qui sont d'une certaine manière des belles plantes ils ont besoin d'un tuteur pour grandir et bien grandir, donc il faut un cadre et ce cadre, mais c'est à nous de le poser c'est à nous de sortir parfois d'une dichotomie de la vision et donc de ne pas les mettre dans des injonctions contradictoires C'est valable pour le numérique, c'est valable dans la relation entre les gens, c'est valable sur la question de l'éducation, du respect, de l'effort. Mais il faut qu'il y ait une cohérence. Parce que sinon, tu ne grandis pas droit. Tu ne grandis pas en ayant les clés pour comprendre le monde et ce qu'on attend de toi. Et donc, si tu ne comprends pas ce qu'on attend de toi, c'est quand même extrêmement difficile et extrêmement énergivore intérieurement.
- Speaker #0
Non, mais c'est surtout qu'on voit, si je peux me permettre, des parents qui s'opposent également. à ce que l'ensemble des acteurs proposent. Donc, ce n'est pas que l'enfant qui est en rébellion, mais le parent accompagne cette rébellion en disant « Même moi, je ne comprends pas, je ne comprends pas. On te demande ça le matin, le soir. » Mais oui ! Ça est incohérent.
- Speaker #1
Et c'est la cohérence dont il faut sortir. Et donc, donner les clés à nos enfants d'une société plus harmonieuse, c'est leur dire, en fait, typiquement, quand on parle des écrans, en fait, les règles à la maison, elles sont partagées à l'école. Mais en même temps, en tant qu'adulte, ça nous oblige beaucoup parce qu'en fait, on a une société effet miroir. C'est-à-dire que quand je te demande de ne pas avoir ton téléphone à table, moi, parent, je ne l'ai pas aussi à table quand je mange avec toi. Et donc, le repas qui est sacralisé est un temps d'échange. Alors, au-delà des études qui montrent que la sociabilisation, l'apprentissage des mots, tout ça, c'est absolument essentiel dans l'interaction. En fait, ça m'oblige, moi. Et c'est ça le plus dur. C'est de se regarder et parfois de regarder le comportement des adultes eux-mêmes.
- Speaker #0
qui demandent des choses opposées aux enfants. Non, on a un devoir d'exemplarité dans notre comportement d'autorité, mais aussi de parent. Et c'est là où il faut un peu de cohérence.
- Speaker #1
On va revenir sur ce sujet de la parentalité, parce que je pense qu'il est important à plus d'un titre. Mais avant d'aller plus loin, j'aurais aimé comprendre, quand vous parlez de coordination pour mettre de la cohérence, ça veut dire qu'il y a forcément une coordination interministérielle. Quels sont les... les ministères que vous mettez autour de la table, ils sont à quel rythme ?
- Speaker #0
De manière très factuelle. En fait, le rythme est très soutenu parce qu'on a plusieurs grands enjeux. Je vais donner un exemple très concret. Quand on parle de soutien à la parentalité, on va travailler avec la direction de la cohésion sociale pour une politique familiale qui est une politique universelle à mes yeux, mais aussi pour bâtir une politique sociale qui répond à des vulnérabilités, des besoins spécifiques. Et pour moi, la politique familiale et la politique sociale, elles sont complémentaires, mais ce n'est pas les mêmes. Un soutien à la parentalité, c'est donner les clés à tous les parents, quelle que soit leur situation sociale, leur milieu, leur territoire, d'avoir les outils, la compréhension et finalement les rênes des besoins de leurs enfants, à tout âge. La politique sociale va venir répondre à des parents qui sont confrontés à la précarité, à la monoparentalité pour certaines, à des difficultés, parce qu'ils sont aidants, parce que sur leur territoire c'est difficile, parce que c'est rural ou très isolé, ou parce que c'est dans des quartiers où le taux de pauvreté est élevé. Et donc finalement, de bien accompagner les deux. Donc je vais travailler avec la direction de la cohésion sociale, avec évidemment la santé, absolument essentielle et importante. On voit les conséquences. Aujourd'hui, le premier fléau pour nos enfants, c'est l'obésité. L'obésité parce qu'éducation à l'alimentation n'est pas suffisamment forte, parce qu'on cuisine moins bien. En tout cas, on mange plus de produits transformés. On est plus sédentaire, à cause aussi pour le coup des écrans et de nos usages numériques. Donc nos enfants sont moins en mouvement. Ils vont moins à l'école à pied ou en vélo ou seuls. de plus en plus tard, alors c'est dû aussi à la manière dont on a pensé nos villes, mais la conséquence de cette sédentarité, du manque de sport, d'une alimentation, d'une nutrition qui est déséquilibrée, ils sont aujourd'hui touchés par ce grand mal qu'est l'obésité. On va travailler avec l'éducation nationale, bien sûr, parce que c'est la pierre angulaire d'une société. C'est vraiment comment tu outilles, comment tu donnes les moyens de lutter contre des choses qu'on voit aujourd'hui, le harcèlement, le cyberharcèlement, finalement ces transitions qui sont qui viennent bousculer le temps scolaire et qui sortent du temps scolaire parce que ça ne s'arrête jamais, ça rentre dans ta vie. On va beaucoup travailler également avec la justice, quand on doit protéger des enfants. Que ce soit des enfants qui ont eu à connaître de la justice, je pense bien sûr à la PJJ, la protection judiciaire de la jeunesse, ou encore quand la justice est saisie pour protéger les enfants et donc de l'aide sociale à l'enfance. On va travailler avec les collectivités territoriales, les départements, parce que c'est eux qui ont cette compétence, cette responsabilité de protéger les enfants les plus vulnérables. Beaucoup aussi, et j'en suis très fière avec le monde de l'entreprise, parce que le soutien à la parentalité, il est à l'intérieur, au quotidien. C'est aussi aujourd'hui un champ entier dont commence à se saisir le monde de l'entreprise, le monde des directions de ressources humaines, mais aussi l'entreprise en tant qu'acteur de l'engagement, en tant qu'acteur de la transformation de notre société. Et c'est là où l'enfance, nous, on a créé une collection de guides qui s'appelle Les Clés. Pourquoi ? Parce que l'enfance, c'est une sorte de porte.
- Speaker #1
Quand vous dites nous, au commissariat à l'enfance.
- Speaker #0
Pourquoi ? Parce que l'enfance, c'est une sorte de porte qu'il faut ouvrir, qu'il faut déverrouiller. Et chacun a un bout de la clé. Personne n'a la clé complète. Par contre, il y a des crans. Et donc, si chacun fait son cran, alors ça recircule. Les réponses se transforment. La lutte contre les violences faites aux enfants, ça doit être un réflexe citoyen. Donc, je dois pouvoir appeler le 119. Que je sois le voisin, l'enseignant, que je sois le médecin ou encore l'éducateur sportif. Et ça, c'est aujourd'hui une transformation de notre société parce que tout le monde ne se considère pas légitime ou doute de sa place, de son pouvoir, de sa capacité à protéger.
- Speaker #1
À être acteur et à pouvoir alerter avec le 119 pour protéger un enfant dès qu'on le voit en situation de danger. Je vais continuer avant de rentrer dans ce sujet-là de manière encore un peu plus approfondie, mais vous le faites déjà immédiatement parce que vous êtes tellement convaincus. C'est difficile de vous couper la parole et j'en ai absolument pas l'envie. Malgré tout, je veux revenir quand même sur des points très précis. S'il y a des indicateurs qui sont pour vous, les indicateurs qui vous obsèdent, vous dites, cet indicateur-là, je dois le changer. S'il y en a trois, c'est lesquels ?
- Speaker #0
Le premier, c'est le nombre d'enfants qui sont victimes de violences sexuelles. C'est horrible. Plus de 160 000 par an. C'est-à-dire que dans chaque classe, si on rentre dans une classe de son enfant, on regarde la classe, on se dit qu'il y a entre 3 et 4 enfants dans la classe qui sont... au moment où on les regarde victimes de violences sexuelles. C'est...
- Speaker #1
Quand on parle de violences sexuelles, on commence de l'attouchement jusqu'au viol.
- Speaker #0
Les mots sont durs, mais c'est la réalité. On a la question, et un autre chiffre qui me bouscule parce qu'il touche l'intime, 70% des violences faites sur les enfants sont intrafamiliales. C'est à la maison, c'est quand la porte est fermée. Alors parfois, c'est malheureusement les parents. Parfois, c'est dans la fratrie. Parfois, c'est un ami. Donc c'est quelqu'un en qui on a confiance et qui vient rompre cette confiance. Et pourquoi je dis que c'est dur ? C'est parce qu'aujourd'hui, des femmes, des hommes parlent. On sait à quel point le poids sur les épaules des enfants sont extrêmement lourds. Parce qu'on a peur de briser sa famille. On a peur de ce que ça va signifier. On a peur de ne pas être cru. Si on dit... Et peut-être un autre chiffre. Moi qui me fais... Oh j'en ai deux. Il y en a un qui me fait mal et un qui me met en scolaire. Il y en a un qui me fait peur et un qui me fait mal. L'année dernière, on a connu... plus de 600 cas de violences sexuelles faites sur des nourrissons. Moins de deux ans. Des enfants qui ne parlent pas des bébés. On est en train dans l'actualité. On risque de tomber hier. Et voilà, c'est exact. Pas un nourrisson, mais quand même. Mais c'est un peu... Quand ? À Lille ? Oui, oui. On est de là. À Oudon, en Loire-Atlantique, une personne qui est assistante familiale, c'est-à-dire qui doit accueillir les enfants et qui abuse sexuellement de nourrissons qui sont en plus malades, enfin, qui ont un handicap. me Mais elle est où cette abomination ? Et là, pour le coup, il faut rompre. Il faut rompre les tabous, il faut rompre les silences. Parfois, c'est des gens qui, oui, sont dans un entourage et qui sont tout propres. Et tout ça, c'est accéléré, dû à quoi ? C'est dû, je crois, pas exclusivement à ça, à une libération de la parole, oui, mais aussi à l'explosion de la pédocriminalité. Et donc, une exposition aux images pédocriminales. Plus de 6 000 contenus. 6 000 contenus qui... arrose les réseaux.
- Speaker #1
6000 contenus, c'est quoi ?
- Speaker #0
C'est 10% de contenus sur les réseaux sociaux. Des sites qui diffusent des images d'enfants, l'IA qui transforme des images en enfants détenus, des grocs, c'était ça. Non. Et donc c'est là où une technologie qui n'est pas capable de protéger la dignité des enfants, et du coup vient alimenter. Parce que l'histoire des poupées pédocriminelles... qu'on a arrêté dans les markets, pour ne pas dire... Elles ont toutes été confrontées, alors pour le coup, c'est assez global. Typiquement, ça dit quoi ? Pourquoi je suis montée très fort sur le sujet ? Parce que ça alimentait le fait qu'un pédocriminel le recevait, il testait sur des poupées, et après il se lassait, et il passait sur des enfants. Et donc ce n'est pas des objets anodins. Ce n'est pas, j'ai trop entendu... Oui, mais c'est des poupées. Exactement ça évitera Mais pas du tout en fait ça alimente L'affaire de Square Neck on a eu la réalité Il avait ces poupées là Et donc ce plastique finit par plus satisfaire Et donc protéger nos enfants Mais c'est horrible Protéger nos enfants c'est arrêter ces horreurs C'est ne pas autoriser que ces horreurs soient vendues C'est illégal alors il faut être extrêmement ferme pour la condamnation Et c'est pour ça que pour la première fois Et c'est l'opportunité et la force du Haut Commissariat Evidemment on a embarqué et on a engagé des procédures Contre les plateformes d'accord Mais contre les producteurs ceux qui ont fabriqué ces horreurs Et ceux qui les ont achetés. Pourquoi ? Parce qu'en achetant ça, on a pu contrôler l'entourage. Et on a trouvé des gens de tous les âges, de tous les métiers, de toutes les classes sociales. Tout propres. Des gens qu'on n'imaginerait pas parce que ça peut être ses voisins. Ça peut être son voisin. Et tu te dis, wow. Et ses conséquences, c'est que, et peut-être le dernier chiffre, c'est celui-là, c'est plus de 76% d'augmentation de violences sexuelles de mineurs.
- Speaker #1
Parce que ces enfants proviennent de mineurs.
- Speaker #0
Et donc, on parle de la violence chez les enfants et pourquoi ils sont plus violents. Vous avez vu dans quel monde ? Quand on dit mineur,
- Speaker #1
on dit qu'il y a un âge qui est sorti, c'est entre 12 et 14 ans.
- Speaker #0
On dit au moment de la pleine puberté. Le discernement, il est à 13 ans. La justice, elle va commencer à avoir des procédures autour de 13 ans. Et donc, on va être entre 13 et 17. Quand je dis 76% d'augmentation, c'est énorme de violences sexuelles. Les violences sexuelles, ça peut être dans toutes les familles, quel que soit ton travail, quel que soit ta vie. Parce que ça peut être demain ton fils. Et donc, comment on éduque nos enfants pour qu'ils ne soient pas en situation d'être confrontés à ça ? 98% c'est des jeunes garçons. Ces jeunes garçons, 76% d'entre eux ont été victimes de violences. Et donc, ils ont reproduit. Soit ce qu'ils ont vu, parce qu'ils ont eu des violences intrafamiliales. Et donc, leur maman, leur sœur, ils ont vu des choses et ils ont reproduit ce qu'ils ont vu. Ils ont été confrontés à la pornographie. On est en train de compter. On est en train de voir à quel point... Ces horreurs ont des conséquences sur nos enfants. Ils ont été confrontés à la pornographie et ils ont reproduit. Et pour d'autres, malheureusement, ont été victimes dans leur chair. Eh bien si on veut briser ce cercle vicieux de la violence, alors il faut commencer très tôt. Et il faut être d'une fermeté absolue sur les violences faites sur les enfants. Et c'est là où je...
- Speaker #1
Quand vous parlez de fermeté absolue, on parle de quoi ? De répression ? De fermeté pénale ?
- Speaker #0
Bien sûr. Alors d'abord, la capacité à mieux condamner. Parce qu'aujourd'hui, très peu de procédures vont jusqu'à la condamnation par parfois manque de... On dit de matérialité de preuve. La preuve matérielle, elle est dure. Moi, je développe un réseau qui s'appelle les UAPED, c'est les unités d'accueil d'enfants en danger, dans les services de pédiatrie. C'est à l'hôpital.
- Speaker #1
Je vais revenir deux petites secondes, pour vous dire le mot.
- Speaker #0
UAPED, c'est des unités d'accueil d'enfants en danger. C'est quoi concrètement ? C'est dans la convention de l'ANZAROT, qui est une convention de lutte contre les violences sexuelles faites sur les enfants, qui permet que quand tu as un enfant dont tu penses qu'il a été victime, on ne va pas lui faire vivre dix fois le traumatisme. Donc, quand il va venir à l'hôpital, on va l'ausculter. Il va y avoir des policiers ou des gendarmes. On va l'entendre une seule fois. On ne va pas le faire vivre. On ne va pas le faire répéter dix fois. Ça ne sert à rien. Il y a des caméras qui vont enregistrer ce qu'il va dire. Et surtout, les médecins qui sont là, il y a des psychologues et des médecins légistes, ils ont l'habitude d'écrire pour la justice. Et donc, ce qu'ils vont constater, c'est les mots qu'ils vont utiliser, la capacité dont ils vont qualifier ce qu'ils vont voir, va nous permettre de plus condamner. Parce qu'ils ont l'habitude de la situation d'accueillir des enfants qui ont été victimes de violences.
- Speaker #1
Donc, c'est plus condamné, un accès plus rapide peut-être à une protection pour l'enfant. Éviter effectivement de répéter qui, en fait, remet la situation de traumatisme en ébullition. Et donc, c'est effectivement quelque chose de terrible pour la personne qui a subi ce traumatisme. Et on ne va pas au colusaria. Mais tu appêtes. Oui, j'appête. Il est UAPED, exactement. Il est présent où ? C'est dans les régions ? C'est comment vous avez... Aujourd'hui,
- Speaker #0
l'objectif, c'est 150 UAPED. On en est déjà à plus de 110. L'idée, c'est d'en avoir une dans chaque juridiction. Et ça marche très bien, c'est avec des associations comme la Voix de l'Enfant, qui parfois vont même avoir, par exemple, des chiens. Il y a des endroits où on peut vraiment accueillir, parce que les chiens d'assistance, en fait, permettent la libération de la parole. On va avoir des policiers, des gendarmes qui sont formés, même... à des tout petits petits. Il y a des codes qui sont utilisés dans ces espaces, au-delà de l'usage de la caméra pour ne pas faire répéter. Et on va utiliser ces images pour la justice. Par exemple, les tables, elles sont en verre, parce qu'on sait lire quand un enfant est stressé et il va se triturer ses mains, comme je suis en train de le faire. Et donc, on a tout pensé, former les professionnels pour accueillir la parole de tout petits enfants et de jeunes, parfois, de jeunes adolescents, et ne pas leur faire revivre ces traumatismes. Et donc, dire à ces prédateurs, quels qu'ils soient, on les traquera. Et ce n'est pas parce qu'aujourd'hui on n'arrive pas suffisamment à condamner qu'ils sont dans une situation de toute puissance, qu'on les traquera, qu'on est en train de renforcer notre traque numérique et dans la vie de tous les jours, qu'on leur bloquera l'accès aux enfants. Pédocriminels condamnés dans la petite enfance et dans la protection de l'enfance. Plus de 3000. Moi, j'ai rendu obligatoire le contrôle d'honorabilité. Un combat de plusieurs années.
- Speaker #1
C'est la question que j'allais vous poser. Comment est-ce qu'on fait pour... pour justement mobiliser les professions qui sont en lien direct avec l'enfance, pour que non seulement elles repèrent les violences, mais qu'elles soient aussi conscientes et qu'on puisse les repérer. Je vais être très honnête avec vous.
- Speaker #0
Là où il y a des enfants, il y a des prédateurs. Ils vont là où ils sont en fait. Ils vont là où ils sont sur le monde numérique, par exemple Roblox ou Minecraft, ces jeux qui sont plutôt pensés pour des enfants. Là,
- Speaker #1
ils sont cachés.
- Speaker #0
Ils sont cachés, mais ils vont leur faire du mal. Parce qu'en général, en fait, ce qui se passe, c'est que... Ils les embarquent, ils leur font après de la sextortion, du chantage. Ça, c'est dans le monde numérique et ça les tire. Dans le monde de tous les jours, dans le monde de la vie, il y a...
- Speaker #1
Les éducateurs, dans le monde de la protection de l'enfance,
- Speaker #0
eh bien, il y avait des trous dans la raquette. Et donc, des gens qui ont été condamnés étaient en charge d'enfants à protéger. C'est horrible. Et donc, on ne peut pas se permettre d'avoir des situations comme ça. Ce qu'on a fait, c'est que, eh bien, moi, j'ai changé la règle. Et avec la DGCS, donc les services du ministère, on a fait travailler pendant des années, parce qu'à la base, c'était partie des colonies de vacances, des mouvements scouts, c'est parti de là. Avec une autre administration, on a bâti, avec la justice, un nouvel outil qui s'appelle le certificat d'honorabilité que chaque professionnel doit donner à son employeur. Donc on a changé totalement la donne. Ce certificat, il se demande sur Internet, sur honorabilité.gouv.fr.
- Speaker #1
En lien avec le casier judiciaire ?
- Speaker #0
Totalement. Et il contrôle le B1, le B2, le B3 et surtout le FIJAIS, qui est le fichier des infractions et des agressions sexuelles.
- Speaker #1
B1, B2, B3, on peut revenir très rapidement dessus ? Oui,
- Speaker #0
c'est les différents niveaux de condamnation. Il se trouve que c'était difficile au quotidien de les contrôler parce que, par exemple, moi en tant que particulier ou en tant qu'employeur, je ne peux accéder qu'au B3. Mais il y a des choses qui sont très graves qui peuvent être inscrites au B1. Ou dans des fichiers, parce que parfois on t'inscrit comme agresseur sexuel, mais ce n'est pas sur ton B3, ce n'est pas sur ton bulletin. Donc en fait, tombé 3, il est vierge ! Mais bon, il y a eu des situations.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a dans le casier judiciaire plusieurs volets. Donc vous, vous demandez l'ensemble du casier judiciaire.
- Speaker #0
Et comme tout le monde, dans le droit de la protection des données, de la vie privée, tout le monde n'a pas le droit de voir tous ces fichiers, et bien cette fois-ci, c'est le numérique qui va contrôler. Et s'il voit qu'il y a quelque chose, il ne remet pas le certificat. Donc on protège les enfants. Et là, ce qu'on a fait, depuis octobre, on a contrôlé 650 000 collaborateurs et bénévoles.
- Speaker #1
650 000 !
- Speaker #0
dans tout le secteur de la petite enfance et tout le secteur de la protection de l'enfance. On a trouvé 3000 personnes.
- Speaker #1
On parle des professeurs, des instituteurs, on ne parle pas de l'éducation nationale. Non,
- Speaker #0
pas encore, mais ça va être élargi. Et ça a été aussi un de mes combats et je suis très heureux que ce sera élargi. 650 000, c'est juste dans le monde de la protection de l'enfance et de la petite enfance. Et on a trouvé, vous vous rendez compte, 3000 personnes qui n'avaient rien à faire là. Et qu'on a, du coup, évidemment éloigné parce qu'on a sécurisé l'employeur en lui disant, mais en fait, c'est simple, s'il n'est pas en capacité de donner son document, ou pire, S'il a été condamné et qu'il est venu, moi j'ai engagé à chaque fois, systématiquement, une saisine du procureur de la République. Parce que ceux-là, ils ont été condamnés, on leur a interdit et ils y sont retournés. Alors on alourdit les peines. L'idée c'est de dire, aucun prédateur sexuel. Et on va arrêter de jouer Ausha et à la souris. On va arrêter. Et donc, s'ils reviennent, s'ils ne respectent pas en plus ces condamnations qu'ils ont eues, et bien on va les alourdir. Et cette fois-ci, ça va être extrêmement ferme, extrêmement dur, plus dur que la condamnation initiale.
- Speaker #1
Donc là on part de la protection des enfants. Tout à fait. élargir cette action à l'ensemble du territoire sur les différents secteurs qui touchent à l'enchant.
- Speaker #0
Ça va être les IME qui accueillent des enfants, parce qu'on sait qu'il y a beaucoup de prédation dans l'organisation. Les IME, c'est les instituts médico-éducatifs, donc c'est les endroits qui vont accueillir des enfants qui sont en situation de handicap et de vulnérabilité. Et on sait que les enfants qui sont dans une plus grande vulnérabilité, en réalité, sont plus victimes encore de violences sexuelles.
- Speaker #1
Donc là, les IME, la prochaine fois, certainement l'éducation nationale. Oui,
- Speaker #0
les éducations sont en cours et en tout cas, on est très mobilisés pour. Moi, je souhaite qu'on puisse l'élargir aussi, en réalité, aux parents employeurs, parce qu'on fait rentrer chez nous, dans nos domiciles. Par exemple, quand vous prenez un cours particulier, vous avez un cours particulier de musique dans votre domicile, pour votre jeune adolescente de 14 ans. Oui,
- Speaker #1
c'est ça, d'accord.
- Speaker #0
Quand vous avez une nounou qui fait la sortie de la crèche. ou qui fait la garde du droit. Mais là,
- Speaker #1
il y a des organisations qui existent, des entreprises qui existent.
- Speaker #0
Mais on ne contrôle pas le figeïs ?
- Speaker #1
Non, on ne contrôle pas.
- Speaker #0
On contrôle parfois, et d'ailleurs c'est un réflexe qu'on peut demander, et j'invite toutes les personnes qui écoutent votre podcast à le faire, on a le droit de demander le bulletin, le 3, le casier judiciaire, à minima, de savoir si la personne qu'on embauche, elle a été condamnée ou pas, c'est un droit, on n'a pas le droit de le garder.
- Speaker #1
Que ce soit le professeur de piano, que ce soit le professeur de mathématiques.
- Speaker #0
Vous êtes employeur, vous avez le droit de demander. Et moi, j'aimerais que... Bien sûr, on leur laisse nos enfants. Et on a vu des cas, l'affaire de Tourcoing, où un nounou a été condamné et récidivé, Mais pourquoi ? Parce que je pense que demain, il faut interdire.
- Speaker #1
Alors, j'ai regardé récemment le chiffre. Il y a plus de 1,3 million d'associations qui œuvrent en faveur de l'enfance et de la jeunesse en France. Ce n'est pas anodin. Est-ce que ces associations, qui peuvent être aussi en contact direct avec... la petite enfance ou l'enfance, vous allez aussi l'élargir, cette action, à cette structure ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, on a rendu obligatoire pour certains secteurs. Petite enfance, protection de l'enfance, l'endroit où il y a des enfants en situation de handicap, demain les familles adoptantes, après demain, évidemment, moi j'espère, les parents employeurs et les actions nounous. Moi je crois que l'ensemble des adultes, qu'ils soient salariés ou bénévoles, au contact d'enfants. L'ensemble, je dis bien l'ensemble. doivent, à un moment ou à un autre, on doit pouvoir vérifier qu'ils n'ont pas de casier judiciaire et qu'ils n'ont pas été condamnés. Il faut être très clair, là où il y a des enfants, il y a des prédateurs. Je sais que la majorité des situations, malheureusement, et des drames se passent au domicile et dans la sphère intrafamiliale. Cependant, quand on met nos enfants entre les mains de personnes en qui on est censé avoir confiance, le périscolaire, la colo, le... Vous êtes bien ou quelque part ? Bien sûr, évidemment. Donc là, c'est pas entendable. C'est absolument pas entendable. Et puis, il faudra élargir petit à petit, moi, je crois, finalement, aussi au monde de la santé. Bien sûr, aujourd'hui, on a eu ce qu'on a appris de l'affaire Le Square Neck. L'horreur de cette affaire nous oblige à ne pas se dire qu'il y a...
- Speaker #1
On lève le loup à peu près tous les jours. Ce moment, c'est assez catastrophique. Alors, justement, je pense que ce sujet que vous défendez avec conviction et force, qui est la petite enfance, la protection de la petite enfance, va effectivement réveiller certaines... motivation ou en tout cas envie de se mobiliser pour ce sujet-là, si un jeune aujourd'hui disait, moi je veux travailler pour la petite enfance, sur la chaîne pénale, pour être vraiment efficient. Sur la chaîne pénale aujourd'hui, qu'est-ce qui manque le plus comme type de métier ? C'est quoi ? C'est des expertises psy, c'est des accompagnements de victimes, c'est des magistrats, on dénote entre 350 et 400 magistrats d'enfance, de juges des enfants, c'est peu, mais est-ce qu'il en faudrait plus ?
- Speaker #0
Moi, je crois qu'il y a une avancée majeure qui est en train d'arriver. Il y a une proposition qui a été votée d'abord à l'Assemblée et qui va arriver au Sénat dans les prochains mois, j'imagine, j'espère, qui va permettre à chaque enfant qui se retrouve devant la justice parce qu'il a été victime ou parce que finalement, on va peut-être ouvrir des procédures d'aide sociale à l'enfance, d'être accompagné d'un avocat. Et que finalement, il ait quelqu'un à ses côtés pour le protéger. Et parce que là, il pourra dire des choses qu'il ne dit pas par ailleurs. Parce qu'il y a quelqu'un qui est là pour lui. Aujourd'hui, il est accompagné d'un administrateur.
- Speaker #1
Qui va payer cet avocat ? Excusez-moi, je vais être très pragmique. Mais vous avez raison.
- Speaker #0
Moi, je pense, pour le coup, l'avocat, aujourd'hui, il va pouvoir relever, comme les personnes qui n'ont pas les moyens, pour le coup, de l'aide juridictionnelle, qu'il puisse être accompagné. Si un enfant n'a pas le droit... Vous imaginez un enfant devant un juge seul, ou avec un éducateur, alors que parfois, les parents qui sont mis en cause, ou les adultes qui sont mis en cause, eux, en avocat. Comment ça peut être déséquilibré ? Et si on veut que la parole de ces enfants compte plus, soient plus fortes, alors il leur faut aussi des professionnels à leur côté. Et je crois que c'est une vraie avancée. En tout cas, j'ai la conviction que ça va changer la relation et l'équilibre parfois qu'on peut avoir dans le parcours.
- Speaker #1
Disons que je me permets d'avoir un avis là-dessus. Les droits de l'enfant ont été mis en place, ont été créés il y a maintenant plusieurs dizaines d'années, je crois. Et effectivement, ne pas assortir cette déclaration des droits de l'enfant à la possibilité de les faire... De les faire... Représenter. Présenter, tout simplement. Ça paraît d'une incongruété, en tout cas. Aujourd'hui,
- Speaker #0
ce n'était pas des avocats. Alors, moi, j'adore les administrateurs. Il ne faut pas qu'ils le prennent pour eux. Mais ce n'est pas leur genre de métier. Ça réserve leur cœur d'action.
- Speaker #1
Voilà, les droits de l'enfant existent, mais ils ne sont pas défendus. Donc, en tout cas, pas de la manière... En tout cas,
- Speaker #0
ça a évolué. Et ce qui est certain, c'est que, pareil... Là où je vous dis que ça va dans le bon sens, c'est que malgré l'horreur de ce qu'on donne à voir, parce que la parole, je ne pense pas qu'elle se libère, mais on l'accueille plus. Je pense qu'on a toujours parlé, les enfants ont toujours parlé, on donnait des signaux, on ne les a pas toujours cru. Il y a eu une décision de justice sur les violences faites aux enfants, sur les violences éducatives. Il y a eu une loi qui est passée en disant attention, on n'éduque pas ces enfants en étant violents. Il y a eu une décision de la Cour d'appel de Metz qui a créé le trouble en disant peut-être qu'il y aurait... le droit finalement d'être violent parce que c'est éducatif. Alors que la loi a été très claire. La Cour de cassation a cassé cette décision de la Cour d'appel et a clarifié le sujet. Et ça montre bien que c'est évident de dire, non, on n'a pas à être violent avec un enfant. Enfin, aucun enfant n'a à vivre des violences. Mais même dans la chaîne judiciaire, à un moment, alors que la justice est indépendante, il y a des lectures qui sont quand même assez incongrues. Et donc, le fait de dire, BÊT ! Il faut encore et encore expliquer que oui, on doit pouvoir accompagner, éduquer un enfant sans jamais le frapper, sans jamais le violenter. Au-delà d'un droit, en fait, c'est juste bon sens. On n'a pas à être violent. L'éducation n'est pas synonyme de violence physique. C'est un cadre.
- Speaker #1
Je suis d'accord avec vous, mais c'est vrai que pour la plupart des parents... qui se retrouvent face à un moment, j'allais dire, d'une montée pulsionnelle de mettre fin à des cris, peut être tenté effectivement d'avoir recours à la violence. C'est le moment où on n'est plus capable de parler. Les mots ne sont plus suffisants et on est dépassé, effectivement.
- Speaker #0
Et c'est là où on a le droit, pour le coup vraiment, on a le droit de douter. Et aujourd'hui, ce qui manque, ça va être, vous savez... Je sais que soutien à la parentalité, on met beaucoup de choses derrière. Oui, c'est vers ça que je voudrais vous amener.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, être parent, ça s'apprend. C'est une vie, bien sûr. Et où ?
- Speaker #0
En réalité, un peu partout et nulle part à la fois. C'est simple, mais bien sûr que c'est dur.
- Speaker #1
Parce qu'on hérite de nos propres parents.
- Speaker #0
On hérite de notre éducation.
- Speaker #1
Parfois, que l'on ne veut pas reproduire.
- Speaker #0
Et on se bagarre contre.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
On se bagarre contre.
- Speaker #1
L'éducation nationale nous apprend un certain nombre de choses, mais on se positionne aussi. En pro ou en cons par rapport à ce qu'il nous définit, ce n'est pas l'éducation nationale qui va nous aider à être parents. Mais en tout cas, l'éducation nationale peut pointer des déficiences chez nous, en tant que parents. En tout cas,
- Speaker #0
on peut accompagner. Et c'est une évolution. Ah, c'est nouveau. Non, ce n'est pas le cas aujourd'hui. C'est nouveau. L'éducation nationale qui accompagnerait les parents. Moi, je pense.
- Speaker #1
À être parents.
- Speaker #0
On va donner des clés, un peu, quand c'est nécessaire. Je vais vous donner un exemple très concret. Le grand débat en ce moment, c'est pas une obsession, mais sur la question du smartphone et des réseaux. On pose des règles, on dit c'est interdit au collège, c'est interdit au lycée. Les réseaux sociaux, on va créer une majorité numérique. Donc, en fait, il ne faut pas être dessus avant 15 ans. Ok, comment on fait quand notre emploi est déjà équipé ? Comment on fait quand j'ai une fratrie à la maison ? J'en ai un qui en a 10 et l'autre qui en a 15. Comment je fais ? Et finalement ?
- Speaker #1
Quand l'enfant s'en va pour aller chez le voisin pour regarder la tablette parce que le voisin, ses parents ne sont jamais là.
- Speaker #0
Moi, je crois qu'un des moments structurants aujourd'hui de ce carrefour d'évolution de la relation entre le parent et l'enseignant ou la Maison Éducation Nationale, c'est d'entrer un peu plus sur les sujets de soutien à la parenté quand on en a besoin. Encore une fois, ce n'est pas de l'intrusion. Il faut donner des clés si on a besoin de les demander. Et cet espace, c'est un espace qui permet de dire que le soutien à la parentalité, en tout cas les besoins auxquels on peut être confronté, ce n'est pas une histoire aujourd'hui, ce n'est pas une histoire de situation sociale. En fait, on peut tous être dépassés à un moment ou à un autre. Tout petit, adolescent, doute sur un sujet. Et donc, avec qui on parle ?
- Speaker #1
Mais on est tous dépassés. En tant que parent, je pense qu'effectivement, on était entouré, la famille représentée. quelque chose de beaucoup plus large. On pouvait vivre avec ses grands-parents quand on était petit. Donc, il y avait deux générations sous le même toit. Je parle de ça, effectivement, il y a pas mal de temps. Aujourd'hui, on efface soit des mamans ou des papas solos une semaine sur deux qui se débrouillent déjà comme ils peuvent pour pouvoir avancer dans leur garde et passer du temps de qualité, s'ils le peuvent, avec leur enfant. Et donc, tous ces sujets-là deviennent des sujets annexes et en même temps, c'est des sujets... Évidemment important.
- Speaker #0
Des sujets structurants. En réalité, la métropolisation des emplois.
- Speaker #1
Oui, mais pour le parent qui déjà se lève le matin, parce que vous avez parlé de l'enfant qui était au centre même de différentes politiques et qu'il était morcelé parce qu'il répondait à un certain nombre de référents tout au long de la journée. Le parent, c'est la même chose. C'est-à-dire, le parent se lève le matin, c'est un adulte, et puis il devient un employé ou un salarié. Puis il devient parent le soir, et puis il redevient un homme et une femme.
- Speaker #0
C'est exactement ce qu'il faut briser. Vous avez mis le doigt ? Le doigt ? sur le fait que pendant très longtemps, on a considéré que la parentalité était dans la sphère la plus intime et la plus personnelle, et donc très éloignée de tout le reste. En réalité, non. On a commencé à travailler au sein de l'entreprise de l'équilibre vie pro-vie perso. Mais en fait, non. Cet équilibre, c'est un triptyque. C'est l'équilibre vie pro-vie perso, vie parentale, vie familiale. Pourquoi je dis ça ? Parce que si on intègre ce sujet au sein de l'entreprise dans le dialogue social, on va intégrer des problématiques auquel la charge... qui pèse sur les poids des parents, est réel. Un parent anxieux parce que son adolescent ne va pas bien pour des raisons de santé mentale, parce qu'il ne va pas bien, parce qu'il n'arrive pas à communiquer, parce qu'il s'enferme dans sa chambre, il ne sera pas pleinement là dans sa tête, dans sa capacité de mobilisation et c'est légitime. Et donc, l'entreprise aujourd'hui est dans un moment où elle doit répondre à une question. Certains le font déjà. Et franchement, il y a des très belles pratiques en cours. Il y a des entreprises qui ont... Fais le choix de dire que la question de la parentalité, c'est un enjeu qu'on veut traiter. Soit parce qu'il y a un parcours, parce qu'il y a de la PMA, parce qu'il y a de l'infertilité, parce qu'il y a un parcours qui va nécessiter des rendez-vous médicaux. C'est le plus évident dans la relation RH. Pas le plus facile, mais en tout cas à traiter. Il y a la question de la petite enfance. Est-ce que je prends des berceaux ? Quel va être le congé parental que je vais accompagner ? Comment je réintègre après un congé maternité ? Et après s'ouvrent de nouvelles questions. Est-ce que je regarde les familles comme elles sont aujourd'hui ? Oui ou non ? Est-ce que je considère les familles, pour le coup, recomposées ? C'est une réalité aujourd'hui, c'est 20% des familles françaises. Est-ce que je traite la question... Monoparentale. Monoparentale, 25% des familles. Parce que la question de l'organisation du temps de travail en fonction de la présence ou pas des enfants n'est pas la même. Est-ce que j'accompagne les familles homoparentales ? Est-ce que j'accompagne les familles qui ont connu malheureusement le deuil ? Est-ce que j'accompagne les familles qui ont... ou qui sont aidants. Et donc, ils se retrouvent avec ces générations à la maison. C'est-à-dire qu'on est parents et aidants de ses propres parents. Et il faut répondre à une question de dire, est-ce que oui ou non, ça a des conséquences pour mon collaborateur ? Oui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui. Le temps où il faut garder ses talents, bien sûr que oui. Et c'est une question qui n'est pas simple. Parce que moi, je discute avec des DRH et des entreprises qui sont hyper engagées et qui disent oui. Alors, on est un peu mal à l'aise, on ne sait pas par quel bout le prendre. Est-ce qu'on ne rentre pas trop dans l'intimité de nos collaborateurs ? Et en fait, non. Aujourd'hui, on est en train, moi j'ai un certain nombre d'exemples, on travaille avec des entreprises, des associations, des solutions, des mutuelles, qui disent mais pas du tout, si on veut baisser la pression, si on veut baisser la charge mentale de nos collaborateurs et les aider dans la réalité de leur vie, parce que la solidarité familiale est plus dure, pour une raison toute simple, ils sont partis de l'endroit où il y a leurs parents, où leurs parents en fait sont plus éloignés, métropolisation des emplois, ils ont pour certains une composition familiale nouvelle, plurielle. famille recomposée, ton DRH ne sait pas que tu as des beaux enfants. Alors tu fais comment ? Le jour où c'est le sapin de Noël, ou la fête des enfants, en fait, tu dis quoi à tes beaux enfants ? J'ai le droit pour le mien, mais pas pour vous. Non, ça n'a aucun sens. Ou, à un autre moment, il y a une situation, un enfant malade. C'est votre bel enfant, l'enfant que vous aimez, que vous élevez. Une semaine sur deux parfois, c'est vrai, ou la moitié de la semaine. Il est invisible. Et ça, ça questionne même toute notre politique publique. De la donation. C'est ce que j'allais dire. Bien sûr, de l'héritage. Mais ça va plus loin. De la place et du statut du beau-parent. Si on veut protéger les enfants, il faut protéger les gens qui les accompagnent au quotidien. Donc il faut protéger leurs parents. Il faut aider leurs parents, leurs beaux-parents, leurs grands-parents. Et en fait, plus on solidifie, plus on donne les outils, les moyens de répondre à des moments durs.
- Speaker #1
C'est un sujet sur les grands-parents. C'est passionnant. On devient plus alerte en vieillissant. On devient beaucoup plus... et en même temps on voit bien qu'il y a une offre très large pour que les seniors puissent partir, faire leur retraite ailleurs et se désintéressent de la chose enfantine. Et c'est bien dommage parce que je pense qu'on a besoin de ça. Oui, dans ce cas-ci, on a besoin pour les enfants. Justement, la protection vient peut-être de là aussi.
- Speaker #0
Mais c'est très juste. Moi je crois profondément qu'on s'est renfermés sur notre famille nucléaire. En réalité, on a besoin de notre famille de cœur. Et parfois c'est un parent, parfois c'est une marraine, parfois c'est un grand-oncle.
- Speaker #1
Une famille élargie.
- Speaker #0
Une famille élargie.
- Speaker #1
On voit bien qu'on est beaucoup plus équilibré avec un ensemble de personnes différentes autour de nous.
- Speaker #0
Cette famille, on a vocation à lui, à l'accompagner. Et donc plus on accompagne cet espace, ces relations, ces liens, plus on les protège, plus on protège l'enfant. Parce que déjà, la charge ne pèse pas sur une seule personne, des épaules, qui malgré toute la bonne volonté, à un moment ça claque. Et c'est normal. Et c'est là où il faut être aux côtés, finalement. et des parents. et des familles dans leur réalité, dans leur pluralité.
- Speaker #1
Alors, Madame El Haïry, j'apprécie beaucoup cet entretien. Il est très touchant et j'adorerais pouvoir passer toute la journée avec vous. Mais malheureusement, je crois qu'on va devoir quand même arriver au terme de cet entretien. J'avais encore quelques questions à vous poser, dont bien sûr les difficultés. Je pense que c'est aussi un sujet majeur de la sortie de ces jeunes de l'ASE, c'est-à-dire du jour au lendemain, quand ils sont majeurs, ils basculent dans un nouveau monde. C'est vrai que c'est un sujet important, mais avant de parler de ce sujet-là, j'aimerais qu'on finisse quand même sur ce sujet des violences faites aux enfants. Il y a un sujet qu'on a abordé toutes les deux avant cet entretien, qui est le sujet d'un haut commissariat à l'enfance au niveau européen. Pourquoi ? Parce que la problématique du numérique, la problématique de l'IA, la problématique des deepfakes, la problématique de la circulation de toutes ces images qui sont des images cruelles. est en fait un phénomène transnational et qui mérite peut-être une prise en considération beaucoup plus large que simplement... franco-française ?
- Speaker #0
Moi, je suis convaincue que oui. Je ne sais pas vous dire si c'est un haut commissariat, si c'est un commissaire européen. Mais ce qui est certain, c'est que les sujets auxquels je suis confrontée aujourd'hui, ils sont pour beaucoup européens. Au-delà du quotidien de la protection. Je vais vous donner des exemples très concrets. On a des situations, par exemple, de familles qui vont se retrouver confrontées aux transnationales. Des familles qui vont être binationales entre pays européens. Et finalement, la place de l'enfant. La question de la protection et de la lutte contre les prédateurs sexuels. Comment on a attrapé les prédateurs qui étaient à Oudon, qui a violé une petite fille de quelques mois ? C'est grâce à Europol. Donc à la sécurité pour le co-européen, à la coopération judiciaire et d'enquête européenne. Et le plus grand des défis qu'ils confrontent aujourd'hui, qu'ils bousculent nos enfants, ça va être la question du numérique, de l'IA, des GAFAM, des VLOPS, de finalement toutes ces grandes révolutions, parce que c'est une révolution qui va toucher leur santé. qui va toucher leur éducation, qui va toucher leur employabilité, qui va toucher en réalité leur santé mentale, et qui va toucher le plus précieux de ce qu'ils ont, c'est-à-dire leur libre arbitre. Et si on n'a pas... Aujourd'hui, il y a la question de la souveraineté, du développement du numérique, ok, mais en réalité, on a un bout, un pan entier qui est structurant, qui est comment faire que ceux qui n'ont pas droit au chapitre, ceux qui ne vont pas être autour de la table de ces négociations, ne vont pas se retrouver... au milieu de l'économie de l'attention que pose ce modèle. Moi, j'adore le numérique, je suis une geek finie. Mais attention, quand on parle des enfants, alors il faut défendre leurs intérêts spécifiques dans une révolution qui arrive si on ne veut pas demain avoir, finalement, à les soigner d'une technologie imparfaite qu'on a laissée aujourd'hui les contraindre.
- Speaker #1
Donc un haut commissariat européen serait tout à fait la bienvenue pour, en tout cas, permettre d'imposer la... Pour le coup, on parle d'imposition.
- Speaker #0
La question de régulation, la question de la défense des droits. Moi, je pense fondamentalement que c'est un des plus grands défis. Il y a aujourd'hui une secrétaire générale adjointe aux Nations Unies sur les violences faites aux enfants. Je vois à quel point son travail est précieux. Elle est très, très forte. Elle est très, très engagée. C'est le docteur Mjid Mahalla. C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime. Et je sais que nous, en tant que pays européen, Pour le coup, au moment où on vit une dénatalité, une chute démographique monstrueuse, on n'a pas le droit de laisser nos propres enfants se faire bousiller ou être mis en danger parce qu'il y a des prédateurs qui, de l'autre bout du monde, vont finalement les détenir à petit feu, bien sûr, ou accéder malheureusement à leur plus grande intimité et donc leur faire du mal. Et je crois qu'en grande nation, nous avons ce devoir-là parce que cette technologie, seule, on fait des digues, on fait des digues, B. Il faut le bouclier et le bouclier, oui, c'est en européen qu'on peut le faire.
- Speaker #1
Si vous aviez un parent juste en face de vous, là, vous lui diriez trois choses pour protéger son enfant, vous diriez quoi ?
- Speaker #0
L'espace numérique n'est pas un espace intime. Ne pas laisser l'enfant vivre seul. Parlez-en, essayez de comprendre, jouez avec lui sur ses jeux. Parce qu'aujourd'hui, c'est vrai qu'on a mis de la modération sur les réseaux sociaux, c'est vrai. Mais attention, les plus grands défis, les plus grandes horreurs que je vois... Elles sont sur les plateformes de jeux vidéo en ligne, en streaming. Ou achetez-le une console hors ligne. S'il a envie de jouer, il vaut mieux une bonne Wii, une Switch non connectée. En tout cas, en fonction de l'âge. Mais jouez avec lui, partagez ce monde numérique.
- Speaker #1
Soyez méfiant de vos amis.
- Speaker #0
En tout cas, ayez confiance en vos enfants. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire...
- Speaker #1
Interrogez-le.
- Speaker #0
Interrogez-les. Et croyez-les.
- Speaker #1
Regardez les dessins.
- Speaker #0
Regardez les dessins. Faites-les écrire. Faites-les écrire, faites-les parler. Demandez. Si on invite... pas à la parole. Parfois, c'est très bien quand on est enfant et qu'on a celui qui va le parler. Et parfois, quelqu'un qu'on aime. Et parfois, quelqu'un qu'on aime.
- Speaker #1
Si on voit un petit enfant un peu dépressif, c'est pas normal.
- Speaker #0
Il faut parler. Et il faut l'ouvrir. Et il ne faut plus demander parfois juste qu'est-ce que tu as mangé à l'école. Demandez comment ça s'est passé, s'il se sent bien. Si finalement, il y a quelque chose qui lui fait de la peine, quelque chose qui fait de la joie. Et moi, j'aime l'idée, dans chaque journée, peut-être essayer avec ses enfants de leur demander qu'est-ce qu'ils ont le plus aimé. dont ils sont le plus fiers, pour toujours finir sur une note positive de leur journée et grandir avec une confiance en soi, mais qui va leur permettre de grandir le monde.
- Speaker #1
De quoi es-tu le plus fier aujourd'hui ? Jolie phrase. Et effectivement, on peut voir, j'allais dire, son état de santé mentale à travers cette question. Pas unique, mais... Mais c'est une invitation à. C'est une invitation. Comme je disais, on arrive à la fin de cet entretien, mais avant de nous quitter, j'aurais souhaité quand même revenir sur... un sujet qui m'a beaucoup touchée quand j'ai préparé cet entretien. J'ai pu lire, effectivement, vous concernant, que dans une interview que vous avez accordée à Média économique et sociétal, vous avez parlé de votre parcours personnel, mais sans militantisme et sans silence non plus. Est-ce que c'était important pour vous de montrer qu'on peut être à la fois responsable politique et fidèle à sa vérité intime ?
- Speaker #0
Je crois que ça a été un long chemin, pour être honnête, puisque je n'avais jamais parlé de ma vie personnelle ni de ma vie intime. J'ai toujours considéré que mon engagement politique était finalement... Il était en bas. Il était là, il était extérieur, il était public. Mais enfin, ce que j'étais ou ce que... Ma vie personnelle, ne regardait personne. Jusqu'au moment où, finalement, je mettais moi-même au monde, finalement, une vie. Et que dire simplement que, en fait, les familles, elles sont plurielles... que ma famille aussi, et que oui, je vivais avec une femme, et que oui, on avait fait un parcours de PMA, et qu'on était comme des millions de parents, et très heureuses et très inquiètes de ce qu'elle est arrivée. Et que c'était ma manière à moi de faire que demain, quand ma fille, elle sera dans la cour d'école, qu'elle parlera de sa famille, et bien peut-être que les mentalités bougent. Il n'y a pas besoin d'être brutale, il n'y a pas besoin de... d'être dans la confrontation. Il y a simplement une invitation à regarder des familles comme elles sont et de dire « La mienne, elle est comme ça. » Et je sais que ça a été une grande discussion, mais que c'était nécessaire pour aussi montrer, assumer qu'on peut avoir le parcours que j'ai eu. J'ai grandi au Maroc, j'ai un cœur bleu, blanc, rouge, patriote. Je suis réserviste de la gendarmerie avant même d'avoir des engagements politiques. C'est une autre forme d'engagement. J'ai eu un engagement associatif. J'ai fait des études. Je viens de l'Ouest. Et pourtant, ma vie est faite d'un amour et d'un amour au féminin, aussi simplement que ça. Et que, en fait, si ça permet à quelques jeunes filles d'ouvrir cette discussion avec leurs parents ou avec leur famille ou de rassurer des parents sur peut-être le parcours de leurs enfants. ce sera utile. Moi, je sais que ma mère, quand on a eu cette discussion la première fois, la première chose qu'elle m'a dite, avec beaucoup d'amour, c'est qu'elle avait peur pour moi, parce que peut-être que la vie, elle serait un peu plus dure. Et j'aimerais bien, j'adorerais, dans les prochaines années, que finalement, ma fille trouve cet article assez has-been, parce que finalement, il n'y aurait plus besoin. Il n'y aurait plus besoin de le dire. Pourquoi ? Et ce serait déjà une belle victoire, et que peut-être ma mère n'aurait pas eu peur.
- Speaker #1
C'est très joli. On peut dire peu de choses derrière ça. J'ai quand même envie de vous poser une dernière question. Si la petite fille, Sarah El Haïry, était là en face de vous aujourd'hui, qu'est-ce que vous lui diriez ? Elle a six ans.
- Speaker #0
Tu as eu raison de croire en mamie. Parce que moi, j'ai une famille de... Malheureusement, elle nous a quittés. Comme beaucoup de familles, on a été confrontés au cancer et au cancer foudroyant. J'ai eu des femmes fortes dans ma famille. C'était ma mamie qui faisait tourner la maison, donc ma grand-mère. Ma mère est une femme très forte, une résilience qui impose le respect, qui est un de mes modèles fondamentaux. Ma grand-mère me disait toujours, tu feras bien ce que tu voudras, mais étudie, apprends, et je te vois dans une grande assemblée. Je trouvais ça un peu beau et en même temps très utopique à cet âge-là. En fait, elle a eu raison. Et j'aimerais bien... Que toutes les petites filles aujourd'hui puissent entendre le fait que non, elles peuvent bien faire ce qu'elles veulent, qu'elles n'importe quel métier, n'importe quelle ambition, et que ce n'est pas plus facile, ce n'est pas vrai, mais que c'est possible. Et que cette phrase, que j'ai entendue il y a plus de 30 ans maintenant, elle est concrète aujourd'hui, qu'elle me paraissait un peu folle à l'époque. Et que je passe tous les jours, en tout cas que je répète tous les jours à ma fille, je ne suis pas sûre qu'elle comprenne tout à fait ce que je lui dis aujourd'hui. Mais c'est pour ne jamais perdre, finalement, cette idée que oui, la vie lui appartient. Et que pour être heureux, il faut être soi.
- Speaker #1
Peu importe ce que les autres pensent et peu importe le jugement. Oui, je pense. Merci beaucoup, madame Elagri. Merci beaucoup, madame la haute commissaire, d'avoir pris ce temps de venir jusqu'à nous. Et merci pour la justesse et la sincérité de vos propos. Je suis vraiment très honorée de vous avoir. reçu aujourd'hui. Et j'espère sincèrement que votre combat va arriver au succès qui doit être le sien.
- Speaker #0
Pour nos enfants.
- Speaker #1
Pour nos enfants. Merci encore. C'est la fin de cet épisode des Talents de la Terre. Une production Arsène Bay-Bolloré. Retrouvez tous les épisodes sur Deezer, Spotify et Apple Podcast et sur l'ensemble des plateformes d'écoute.