- Speaker #0
Les vocaux du cinéma.
- Speaker #1
Les vocaux du cinéma.
- Speaker #0
Les vocaux du cinéma.
- Speaker #1
Et bonjour Mr. C, comment ça va ? Je suis allé voir La Grazia de notre ami Paolo Sorrentino.
- Speaker #0
C'est un grand film, vraiment beau, magnifique. Et je voudrais savoir ce que tu en penses.
- Speaker #1
Comme tu le sais, nous avons écouté... Ah, c'est un nom difficile à dire en italien. Ascoltatori italiani. Donc je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de faire un épisode 100% en italien.
- Speaker #2
C'est quoi ce délire ?
- Speaker #1
Comment tu veux que je réponde en italien ?
- Speaker #0
Ciao Aurélien, sono Matilde.
- Speaker #1
Voilà, c'est ma copine qui a appris trois mots.
- Speaker #0
Piacere conoscerti.
- Speaker #1
Mais tu le connais déjà. Pourquoi tu dis que t'as un plaisir ?
- Speaker #0
Je sais dire.
- Speaker #2
Mais tu parlais italien ou est-ce que tu traduis chaque vocal avant et tu lis ce que tu as traduit ?
- Speaker #1
Alors je préfère garder le mystère. Je vais laisser les auditeuristes juger de mon niveau de fraude. Bon, du coup, c'est à moi de me taper le premier pitch de 2026, si je comprends bien. Alors, La Grazia de Paolo Sorrentino raconte l'histoire de Mariano De Santis, un président de la République italienne qui arrive à la fin de son mandat et qui va être confronté à un choix cornélien. D'un côté, faire passer une noix sur l'euthanasie, lui qui est plutôt conservateur, et de l'autre, deux propositions de grâce présidentielle. Il faut savoir aussi que c'est un personnage qui est marqué par la mort de sa femme. Donc c'est en fait un personnage qui, tout au long du film, va être dans une espèce de déambulation un peu mélancolique. Et il faut préciser également que c'est un personnage totalement fictif. Ce n'est pas du tout un film qui s'intéresserait à la vie d'un président qui a existé, comme il avait pu le faire déjà dans Il Divo. Là, c'est vraiment un personnage fictif. on nous présente d'ailleurs au début du film une Italie qui va plutôt bien dans la société, tout va bien, il n'y a rien à signaler, on est dans une forme d'immobilisme un peu rassurant. Et puis il faut aussi préciser que le rôle du président de la République en Italie, ce n'est pas du tout le même qu'en France, où chez nous il va concentrer tous les pouvoirs. Là en Italie, ce n'est pas du tout le cas, la fonction présidentielle est davantage symbolique et c'est le garant des institutions, le rôle équivalent de notre... Notre président, ça serait plutôt le président du conseil, qui là en l'occurrence est une présidente du conseil, puisque c'est Giorgia Meloni qui est la chef du gouvernement. Donc le président de la République italienne va avoir un rôle beaucoup plus limité, une fonction représentative, et surtout il va se placer au-dessus des partis politiques, au-dessus du clivage politique, pour représenter comme ça une forme de stabilité.
- Speaker #2
Tu as tout à fait raison, c'est une Italie fictive, c'est même une sorte un peu du crony, en mode « et si l'Italie avait évité de voter Mélanie ? » En gros, ça fait plusieurs fois référence dans le film, « ah ben ce président nous a évité l'autre fou, furieux, comme s'il y avait un parti fasciste qui menaçait de passer au pouvoir en Italie. » Mais c'est un peu la trame de fond, même ce que tu as raconté, parce que finalement ce que vit le personnage, De manière intime, c'est qu'il n'arrive pas à faire le deuil de sa femme décédée il y a plusieurs années de ça. Et que cette loi sur l'euthanasie, que ces demandes en grâce, ça vient un peu réactiver son spleen, sa mélancolie. Et moi j'ai trouvé que c'était un beau portrait de cette émotion-là, au-delà de « est-ce qu'il va réussir à trancher ce dilemme ou pas ? » J'espère que c'était un beau portrait d'un personnage. un peu aussi en prenant en pied de nez le pouvoir et les appareils du pouvoir. Donc j'ai trouvé qu'on pouvait peut-être pas forcément s'étendre sur la politique italienne, mais peut-être plus rentrer dans le cœur du sujet. Il faut dire aussi que le réalisateur renoue avec son acteur fétiche, qui était absent de son précédent film, et que les gens connaissent sûrement par son rôle dans la Grande Bellezza, qui était... Un film déjà un petit peu sur la question de la nostalgie, sur la question de l'obsession pour la beauté, comme une sorte d'idée un peu abstraite qui hante le personnage principal. Donc je ne sais pas, est-ce que toi tu as beaucoup... Pensez à La Grande Bellezza ou est-ce que tu es rentré dans ce film un peu vierge de l'aura de ce film qui avait fait beaucoup parler de lui à l'époque ?
- Speaker #1
Je pense que c'est par ça que j'avais envie de commencer aussi. C'est le fait de retrouver Tony Servillo, son acteur fétiche, avec qui il a fait La Grande Bellezza. pas uniquement. Moi, j'ai beaucoup pensé à Il Divo, notamment parce que c'était déjà un portrait de président de la République italienne, en l'occurrence Andreotti, mais pour le coup, un personnage existant. Et donc, il y a des parallèles qui sont évidents entre les deux films, mais pas que. Moi, j'ai aussi beaucoup pensé à sa série sur Berlusconi. Donc voilà, il y a cette même mécanique. d'immersion dans les arcanes du pouvoir qu'on va aller décortiquer comme ça. Donc au-delà de retrouvailles entre Tony Servillo et Paolo Sorrentino, j'ai aussi l'impression que c'est Paolo Sorrentino qui renoue vraiment avec ses thématiques et ses obsessions de prédilection. On est vraiment au cœur de ce qui fait son cinéma. Et j'ai envie de dire que la gratia, c'est un petit peu un Paolo Sorrentino très balisé, mais dans le bon sens du terme, parce qu'on sait un petit peu vers quoi on va quand on va voir le film, mais pour notre plus grand des plaisirs, parce que je trouve que c'est extrêmement bien maîtrisé, et c'est notamment dû à cette association des deux, parce que c'est un duo qui fonctionne hyper bien, l'alliance parfaite entre les mouvements de caméra de Paolo Sorrentino et les micro-expressions du visage de Tony Servilo, c'est de la dentelle. Et oui, pour les thématiques, on est exactement sur ce que tu as énuméré. Il y a la vieillesse et surtout la mélancolie qui va avec. On a un personnage qui se retourne sur sa vie et qui est complètement obsédé par ses traumas et qui n'arrive pas à avancer. Moi, j'ai aussi beaucoup pensé à This Must Be The Place. Je t'en avais parlé dans l'épisode... spéciale qu'on a fait. J'ai vu un petit peu une version alternative avec la gratia, mais que je préfère. C'est peut-être lié aussi à Tony Servilo, l'interprète qui vient en fait qui est l'acteur de la grotte. parfait pour incarner cette mélancolie où c'est un personnage un petit peu apathique qui subit sa fonction enfin qui incarne sa fonction mais finalement qui n'en tire presque plus aucune émotion il est vraiment fort pour exprimer cette idée là Et puis oui, il y a la fascination pour le pouvoir, mais plutôt que la fascination pour le pouvoir, moi j'ai envie de dire que c'est la fascination pour des personnages qui exercent le pouvoir. Parce que c'était déjà le cas dans Il Divo, c'était le cas dans sa série sur Berlusconi, c'était aussi le cas dans la série qu'il a créée, c'était The Young Pop je crois. On était vraiment là-dedans. On a une fascination pour des personnages qui incarnent le pouvoir, qui l'exercent. Et tout le décorum qui va avec. Il y a quelque chose de très baroque dans la mise en scène de Paolo Sorrentino avec ses grands mouvements de caméra. C'est une mise en scène qui est très installée, qui prend le temps. Il adore mettre ses personnages dans des grands décors assez fastueux. on retrouve vraiment tout ça dans la... la grazia.
- Speaker #2
Tu parlais de la rencontre des expressions du comédien et des mouvements de caméra du réalisateur et c'est vrai que moi j'ai été particulièrement frappé de voir que la réalisation elle se mettait vraiment au diapason de presque le monologue intérieur du personnage avec des mouvements de caméra qui n'étaient pas forcément dictés par l'action en tant que telle mais plutôt par un changement, une attitude et j'ai un souvenir comme ça où À un moment donné, on a un cadre assez large et le personnage est en bas à gauche du cadre, donc vraiment pas dans une position naturelle pour une image de cinéma, un peu à Mister Robot pour ceux qui ont la référence. Et d'un coup, la caméra va se rapprocher et recadrer le personnage. Et du coup, j'ai eu vraiment l'impression que le personnage avait une idée ou qu'il... qu'il avait un changement d'avis sur la situation, qu'il était recentré. Et c'est assez fréquent dans le film et j'ai trouvé ça intéressant. En même temps, j'ai trouvé que la mise en scène était assez sobre, qu'on n'était pas du tout dans « je veux faire de la belle image à chaque instant » . Et j'ai même relevé une phrase où tu as le personnage principal... Ce président-là qui parle un peu d'un souvenir un peu idéalisé et il complète en disant « et la lumière n'était même pas si belle que ça » pour peut-être un peu commenter certaines critiques qui lui ont été faites, notamment sur son avant-dernier film, Partenope, où j'ai beaucoup entendu « bah oui, on dirait une esthétique de publicité, c'est un film de chef-op, c'est que des belles images mais c'est vide, etc. » Et je crois que ce film, c'était intéressant pour moi de le voir après Partenope, parce que je crois qu'il essaie de me montrer un peu une beauté douce amère. Il en parle à un moment donné en disant « La grâce, c'est la beauté dans le doute. » Et je trouve que ça se ressent aussi dans sa mise en scène, dans la photographie, dans ses choix un peu comme ça de forme, où c'est moins tape à l'œil peut-être que d'autres films qu'il a pu faire, notamment La grande des belles états. avec quand même des petits moments de... de gloire, on va dire ça. Dis-moi ce que tu en as pensé du coup de ce côté mise en scène. Est-ce que toi aussi, tu as trouvé que c'était un film plus modeste, peut-être ?
- Speaker #1
Oui, je suis d'accord sur ça. Mais parce que pour moi, la mise en scène de Sorrentino, elle est toujours alignée sur son sujet, en fait. On en avait parlé pour Parthénopé, mais c'était pareil pour La Grande Bélaide, ça. Là, tu l'as dit, on est sur des enjeux beaucoup plus intimes. Donc, il baisse un petit peu les potards. Mais bon, ça reste du Sorrentino. Donc, il y a toujours des gros travelling, du ralenti. Enfin, ça reste informaliste et ça reste un peu l'essence de sa mise en scène. Mais je vois ce que tu veux dire quand tu parles d'une photo qui serait un peu plus en retrait, un film un peu plus mineur. Oui, je suis d'accord là-dessus. mais surtout pour moi la mise en scène de Sorrentino, elle ressemble toujours à ses personnages. Et dans la Grazia, on a un personnage qui incarne la raideur de la justice, l'immobilisme et une certaine forme de conservatisme un petit peu rassurant. Et pour moi, la mise en scène, elle incarne également ces idées-là. Parce qu'on a un personnage qui est en permanence bloqué dans le cadre. Il est souvent immobile au centre du cadre ou au centre d'un travelling qui... qui convergent vers lui. Pour moi, cette mise en scène, elle illustre en permanence cette idée de l'immobilisme et d'un personnage qui serait bloqué sur ses traumas, bloqué sur son passé, et bloqué aussi sur une certaine forme d'intériorité. D'ailleurs, il le dit, il recherche lui en permanence la légèreté. La mise en scène nous rappelle en permanence que c'est un personnage qui est ancré. qui est bloqué dans son environnement, qui est bloqué dans son exercice du pouvoir. D'ailleurs, petite précision, il est tellement bloqué dans sa fonction que le pouvoir, il ne l'exerce pas vraiment. Il l'incarne, il le représente, mais finalement, il ne l'exerce pas, puisqu'en fait, il ne fait pas grand-chose. Je crois que cette question de l'incarnation du pouvoir, c'est notamment présent dans une scène à laquelle je pense. c'est quand il... quitte le pouvoir pour rejoindre son appartement. Il décide d'aller se balader un petit peu dans la rue puisqu'il n'a plus du tout l'occasion de le faire. Et là, on le voit entouré de ses gardes du corps et les habitants de Rome qui le croient se retrouvent complètement figés face à cette scène à laquelle ils sont en train d'assister, fascinés par cette vision de l'incarnation même du pouvoir qui se balade dans les rues comme ça. Et moi, cette scène, elle fait, je pense, directement référence à une scène qu'on avait déjà dans Il Divo. C'est pour ça que je t'ai dit que j'ai beaucoup pensé à Il Divo. Il y a une scène un petit peu analogue dans laquelle Andreotti se balade dans les rues de Rome le soir. Et je crois qu'il croise quelqu'un, une femme ou un couple, je ne sais plus. Pour moi, dans ces deux scènes que je mets en perspective, c'est comme si, à ce moment-là, les habitants assistaient à une apparition divine. Et là, ça rejoint un petit peu ce dont on avait parlé dans l'épisode spécial, à savoir que Sorrentino aime... composé des figures quasi mythologiques. Et là, pour moi, c'est clairement ça. Cette scène, elle vient illustrer l'isolement du pouvoir. Et De Santi, c'est clairement une allégorie du pouvoir. Et d'ailleurs, cette idée, elle est présente dans une autre séquence dans laquelle on voit De Santi qui se rend à la prison pour assister à une audience de la personne qui lui a fait sa demande de grâce. Et là, au lieu de... de passer devant toutes les personnes qui attendent leur tour. Le président de la République va décider d'attendre dans la salle d'attente parmi les personnes normales. À ce moment-là, on a presque cette sensation d'une divinité, d'un dieu qui vient s'asseoir parmi les mortels. Et ces séquences, elles ont une grande dimension comique, parce qu'elles révèlent l'absurdité liée au pouvoir, elles révèlent le ridicule. Et là encore, je vais faire référence à d'autres séquences dans le film. Je pense à un grand mouvement de caméra au ralenti où on voit une personne officielle, un ministre ou je ne sais pas trop quoi qui avance dans la... la cour du palais présidentiel sur un grand tapis rouge. On la voit avancer comme ça au ralenti. Et puis, en fait, elle va se prendre des pieds dans le tapis et chuter. Bon, ben voilà, là, c'est encore une fois, Sorrentino met en place tout un décorum, toute une mise en scène très iconisante pour... aller illustrer le ridicule pour désacraliser cette notion de pouvoir et surtout d'aller montrer l'humain derrière tout ça. En fait, en désacralisant ce pouvoir, il humanise les personnages. Ça rejoint ce que tu disais sur le côté intimiste. Finalement, ce n'est pas du tout tout l'aspect politique qu'il y a en fond qui l'intéresse, mais ça va être de se concentrer sur... l'intériorité du personnage. Désolé, je t'ai fait un petit tunnel, mais là, je vais essayer de conclure mon idée, puis après, je te laisse la parole. Pour moi, Sorrentino, il va utiliser les mêmes procédés de mise en scène dont on se sert d'habitude pour iconiser des personnages ou des moments, mais pour les désacraliser. Donc, en fait, il fait un petit peu le chemin inverse. C'est vraiment le réalisateur de la satire grandiose. Moi, pour moi, c'est vraiment ça qui caractérise Sorrentino. Après, je ne saurais pas dire si ce film est une satire, je ne crois pas. Là, c'est autre chose. J'ai l'impression quand même que sur ces derniers films, Sorrentino est quand même dans une démarche beaucoup plus intime, beaucoup plus personnelle. C'était le cas avec La main de Dieu, clairement, puisque c'était un film très autobiographique. dans ce qu'il va raconter. J'ai l'impression qu'en fait, la Glatia participe à un petit peu d'un même mouvement. Je ne saurais pas dire pour Parthé, parce que je ne l'ai pas vu, donc je le mets un petit peu à part. J'ai quand même la sensation qu'on est un petit peu dans cette partie de filmographie où un réalisateur va aller sur des thématiques et des films un peu plus mineurs. Donc ça me permet un petit peu de faire la boucle avec ce que tu disais à propos de la mise en scène. Oui, je suis d'accord avec ça.
- Speaker #2
Je pense que tu as un peu tout dit sur la question de la mise en scène et comment ça s'inscrit dans la filmographie du réalisateur. Et moi, ça me donne envie peut-être de parler justement un peu des autres personnages autour du président que j'ai trouvé peut-être, contrairement à La Grande Belleza ou même La Main de Dieu, plus peut-être travaillés ou en tout cas, la relation d'empathie était plus travaillée. J'avais l'impression que dans les films que j'avais vus de lui, il avait un personnage central qui était vraiment dans une forme d'ambiguïté. C'est le cas de La Grande Belleza et de Partenop. Et autour, il y avait une galerie de personnages un peu plus bouffons, qui étaient des figures, qui étaient prétextes à des scènes, et qui n'étaient pas forcément très travaillées en termes de psychologie et d'agentivité. Et là, j'ai l'impression que dans ce film, il le traite un peu plus, notamment avec sa fille, qui a une arche personnelle, qui a une progression en tant que personnage, et qui a même des scènes seules, sans lui forcément, sans son père, le président au milieu. Et voilà, j'ai trouvé ça plutôt agréable, ça a donné l'impression d'être moins, on va dire, auto-centré, parce que Sorrentino, c'est un vieux monsieur qui filme un vieux monsieur, avec le président, donc je vous dirais pas mal d'avoir des personnages secondaires qui existaient aussi assez fortes à côté.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant ce que tu développes sur ces personnages secondaires, et je te rejoins assez, surtout dans la finesse d'écriture, sans être de simples personnages fonction. C'est vrai que je pense quand même que De Santis reste le centre de gravité du film, autour duquel ces personnages vont s'activer, comme pour maintenir... une espèce de bulle de protection autour de lui. Dans les premiers temps du film, on les voit uniquement comme ça, comme des personnages fonction, parce que c'est comme ça que De Santis les voit. Et je pense notamment à Coco, donc son amie intime. Au début, c'est comme ça qu'il nous est présenté. C'est un petit peu un personnage bouffon, pour reprendre un petit peu ton expression, qui serait un personnage qui viendrait porter un contrepoint comique. Et je dirais que dans un premier temps, Ils remplissent tous un petit peu cette fonction-là. Moi, je pense aussi au personnage du garde du corps. Moi, cette relation, je l'ai trouvée assez... C'est assez marrant, c'est un peu un personnage de valet, à chaque fois que De Santis va claquer tes doigts, lui il lui offre une cigarette, ils sont souvent tous les deux, c'est un petit peu le confident. Et tout au long du film, il lui tourne le dos, il ne fait pas attention à lui, et ils ne sont jamais, ou en tout cas très rarement, face à face, et même dans une séquence... où De Santis va se livrer à lui sur un souvenir intime à propos de sa femme. À ce moment-là, le valet est toujours placé derrière De Santis. Il y a cette idée qu'en fait, le président ne les voit pas tels qu'ils sont vraiment pour lui dans sa vie. Et ça, ça se manifeste aussi avec sa fille. Comme tu l'as dit, je pense qu'on voit un aspect de son personnage au début du film et il va y avoir une séquence un petit peu... où elles se rebellent, une séquence un petit peu de confrontation entre les deux. Et là, d'un coup, je crois que j'ai le souvenir d'un plan large où les deux persos se font face. Et c'est comme si, d'un coup, il a regardé vraiment en face et il y a comme un changement de regard qui s'opère et qui laisse entrevoir davantage de complexité dans ces personnages-là. Pour moi, là encore, ça raconte quelque part l'isolement du pouvoir. Ce personnage de Santi est tellement isolé, Seulement, emprisonné dans ses traumas passés, qu'il n'a plus aucun lien, qu'il n'arrive plus à entretenir de lien avec les personnes qui sont le plus proches pour lui. Et je pense qu'un des enjeux du film, ça va être de renouer quelque part un petit peu ces liens. Et d'ailleurs, je pense qu'une des dernières séquences du film où il est en visio avec sa fille et son fils, je spoil un petit peu, je pense que ça exprime... Aussi cette idée-là d'une incapacité à faire lien, à être connecté. Pareil pour le garde du corps. Je ne sais pas si tu te souviens, mais aussi le cadeau qu'il lui fait, il est à rebours finalement. Parce qu'il y a ce dernier face-à-face, il y a cette espèce d'au revoir qui reste très protocolaire, très froid. Et ensuite, le cadeau qu'il va lui faire le garde du corps, il l'ouvre plus tard. Donc sans lui, encore une fois, il y a cette idée de lien rompu ou en tout cas d'impossibilité vraiment à connecter. Mais moi, je te rejoins totalement sur la finesse d'écriture et la profondeur de ces personnages secondaires qui, a priori, paraissent univoques et qui en fait ne le sont pas du tout. Moi, je trouve que toutes ces relations développent quelque chose d'extrêmement émouvant. Et moi, c'est ce qui m'a aussi beaucoup frappé dans La Grazia. Je trouve que c'est un film qui est très souvent très émouvant. Globalement, j'ai la sensation que La Graziate est un petit peu moins emballé que Parthénopée. Est-ce que je me trompe ?
- Speaker #2
Ce n'est pas qu'il m'a moins plu que Parthénopée, mais c'est juste que je le trouve plus irréprochable, moins polémique ou plus simple aussi d'une certaine manière à recevoir. J'ai trouvé que c'était un film... La grazia qui était vraiment très plaisante à regarder, qui avait plein de choses intéressantes à aller chercher. Mais finalement, quand j'essaye d'y repenser quelques jours après la séance, il y a une émotion qui me reste, qui est celle d'un peu d'un spleen agréable. Mais pas beaucoup plus. J'ai un peu du mal à en parler pendant des heures comme d'autres films dans lesquels on a pu tomber. Je pense notamment à un podcast qui a duré près de deux heures et demie sur ce brutaliste. Et là, La Grazia, je trouve que c'est un film à voir et c'est un film à vraiment apprécier. Comme La Grande des Belles-Sas, comme Partenope. Mais pour ma part, je pense que j'ai un peu déjà tout dit. Alors peut-être à l'exception, maintenant que je dis que j'ai tout dit, finalement en y réfléchissant, il y a un truc qui me revient, qui est peut-être de parler du thème un peu en fond. On l'a dit, ce n'est pas le thème du film, mais c'est un peu le thème en fond, le contexte dans lequel se déroule l'histoire, qui est celle de la loi euthanasie en Italie, qui serait l'équivalent de la loi fin de vie en France. qui a fait plusieurs allers-retours entre l'Assemblée et le Sénat ici en France, qui est assez controversée, qui ici en France en tout cas dessine des lignes politiques un peu différentes de celles de d'habitude. En tout cas, il n'y a pas un partage Ausha clair. Parfois, ça va être le cas peut-être à l'Assemblée, mais par exemple dans le monde associatif ou dans la société civile, on va dire que ce n'est pas si simple. notamment, je le sais de première main, puisque ma compagne est dans une association pour les personnes handicapées. On considère que la loi telle qu'elle, elle va inciter un petit peu des gens à mourir faute de soins, et que c'est peut-être pas un débat vraiment mature s'il n'y a pas une association plus fine avec un accès aux soins, un accès tout simplement à tout un tas de droits. Et je trouve que dans le film, pour revenir à la gratia, et bien ce sujet, même s'il est en fond et qu'il n'est pas vraiment le... dilemme principal du personnage du président, il est quand même assez bien traité. On voit en fait les ambivalences que ça peut susciter, les débats un peu philosophiques dans lesquels ça peut se... enfin, dans lesquels ça peut nous plonger. Et au final, je trouve que la conclusion du personnage, et donc du film sur le sujet, elle est pas mal parce que justement, on sent que c'est la conviction personnelle de cette personne Non. qui, justement, continue à douter, et qui, donc, du coup, n'a pas un avis comme ça définitif sur la question, et que c'est cet embout de valence-là qui le fait, finalement, partir dans une direction, aussi en assumant que, faute de pouvoir avoir un avis tranché, il s'en réfère à sa fille, qui, elle, est peut-être plus jeune, et donc peut-être à d'autres... avis sur l'existence et je trouvais que c'était une conclusion intéressante parce qu'elle laissait quand même l'interprétation ouverte pour le spectateur sur ce sujet là c'est pas voilà le réalisateur ne dit pas voilà ce qu'il faut penser sur la fin de vie c'est plutôt voilà ce que ce personnage comment il s'en est débrouillé qu'est ce que finalement il a réussi à bricoler de son côté sur ce sujet je te rejoins totalement là dessus et finalement moi ce qui me plaît c'est que
- Speaker #1
Paolo Sorrentino ne part pas pas dans des grandes joutes philosophiques. On ne va pas avoir des grandes scènes qui vont être des échanges éthiques à propos de cette loi. C'est vraiment en fond comme ça, tu l'as bien dit. Et le dilemme que pose Paolo Sorrentino, il est à un niveau moral. Donc, en fait, il se ressent à un niveau émotionnel. On comprend ce que ça vient animer de profond dans l'intériorité du personnage, mais jamais il ne l'explicite. véritablement, enfin si je pense qu'il y a une scène où il dit un petit peu quelle sensation ça lui fait mais globalement, tous ces questionnements-là se manifestent de manière beaucoup plus fine et on comprend que c'est son rapport quasi pathologique à la vérité puisque en définitive, c'est le récit d'un juge qui ne parvient pas à trancher et c'est ce rapport à la vérité qui l'a amené à ne plus parvenir à prendre de décisions le fond thématique du film s'articule très bien avec les angoisses personnelles, avec, comment dire, l'arche narrative du personnage. Alors, Mr. Sim, je pense que c'est le moment de conclure.
- Speaker #2
Oui, tu as arrivé à la conclusion. Oui, tu as fait la conclusion. J'ai essayé de le faire en italien, mais je pense que c'est très mauvais. De mon côté, je pense que j'ai déjà un peu conclu en disant que c'était un film que j'avais trouvé très sympathique. mais qui effectivement me laissait un peu moins de grains à moudre que le précédent Parthenopée. Donc j'invite les gens à le voir et je pense que c'est quand même un film qui est dans le haut du panier de ce mois de février. Donc ouais, il faut aller le voir et puis il faut surtout continuer à voir les films de Paolo Sorrentino.
- Speaker #1
Le fait que ces enjeux arrivent à être réglés à un niveau plus émotionnel qu'intellectuel, Je trouve que ça crée vraiment une... sensation de légèreté tout au long du film, cette même légèreté que De Santis recherche, Paolo Sorrentino arrive à la mettre dans l'ambiance de son film. Moi, c'est un film qui m'a beaucoup touché. Il y a vraiment des moments qui m'ont beaucoup touché. Et c'était déjà le cas dans La Main de Dieu. C'est pour ça que je trouve qu'il est un petit peu dans une même veine un peu plus personnelle, un peu plus intimiste. Tu as parlé de maîtrise. Effectivement, je trouve que c'est un Sorrentino assez balisé, mais on n'est pas dans sa période prime, tu vois, comme avec la Grande Bellezza, qui, pour le coup, il est pleinement dans l'exercice de son art. Et moi, cette phase plus personnelle, elle me plaît beaucoup, parce que j'ai l'impression qu'on est en prise directe avec des émotions très profondes, là où je pouvais avoir peut-être plus de froideur dans les... films qui l'ont fait connaître. Tout ça pour dire que la période post-prime, elle est peut-être très cool en vrai. Bon allez, je m'arrête là. Ciao Mr. C. Et bacia tutti.