Speaker #1Un jour, quelqu'un vous annonce le diagnostic. Vous avez la maladie de Parkinson. Et cette annonce est toujours un choc, au point que le terme « annonce » me semble bien insuffisant. Et n'en ayant pas trouvé d'autre, je vais l'appeler « annonciation » , empruntant à la religion catholique le nom sans en conserver le sens. Je vais donc vous parler de l'annonciation de la maladie de Parkinson. Durant les 60 premières années d'une vie, chacun a eu l'expérience de chocs émotionnels brutaux. Des chocs négatifs, comme la mort subite d'un proche, un accident, une rupture sentimentale. Des chocs positifs aussi, comme la naissance d'un enfant, un gain important au loto, une réussite à un concours, un coup de foudre. Pour ma part, j'avais eu ma dose de tous ces types de chocs. Suivant ce fameux jour, mon généraliste, au cours d'un rendez-vous de routine, me demanda « Ça fait longtemps que votre main tremble au repos. » Puis il continua après un test de la souplesse de mes articulations. « Je suspecte la maladie de Parkinson. » À un stade pas trop avancé, mais bien installé, il faut consulter un spécialiste neurologue de toute urgence. Enfin, l'urgence dépendra de sa disponibilité. La personne qui prononce le nom de Parkinson reste à jamais l'annonciateur de la mauvaise nouvelle, la source du choc violent que vous prenez en pleine figure. Depuis des mois, j'avais remarqué des changements dans mon quotidien, une écriture de plus en plus petite, minuscule, des tremblements incontrôlés, une diction hésitante et même une marche lente et courbée. Mais tout ce temps-là, je trouvais de bonnes raisons. Le vieillissement, le stress, la déprime, bref, tout sauf Parkinson. Et moi qui suis d'habitude très curieux au point de sauter sur Google pour des recherches de toutes sortes, j'avais sciemment omis de taper Parkinson. P-A-R-K-I-N-S-O-N. Le déni à ce point-là, c'est mortel. Enfin, ça pourrait être mortel en cas d'une maladie. Mortel. Mais justement, La maladie de Parkinson ne l'est pas, mortelle, du moins pas au sens propre. Enfin, tout ça, je l'ai appris plus tard, car depuis 4 ans, j'ai rattrapé mon retard au décollage, au point qu'aujourd'hui, je m'estime quasiment expert en maladie de Parkinson, comme de nombreux malades d'ailleurs. Parmi tous les témoignages que j'ai lus, écoutés ou visionnés, la plupart insistent sur ce choc que fut l'annonce du diagnostic de Parkinson. Et ils racontent la frénésie de recherche. d'information qui a suivi. Mais revenons plus précisément à ce moment de l'annonce. C'est un moment si fort que je l'ai appelé annonciation, au risque assumé de choquer les personnes religieuses. Il y a un avant et un après cette annonciation. Un avant fait de dénis, d'ignorance. Un après rempli de peur, d'interrogations, de doutes, de décisions courageuses aussi parfois. C'est peanuts, diront certains. C'est rien par rapport à l'annonce d'un cancer ou d'une autre maladie pouvant entraîner la mort dans d'affreuses souffrances. Votre Parkinson, c'est juste une tremblote. Il y a des médicaments pour ça. Loin de moi l'envie de faire un comparatif des maladies graves. Et ce choc de l'annonciation me semble être le premier élément du puzzle. J'ai vécu cette annonciation. plutôt calmement, sans émotions exagérées. Ce n'est que plus tard, progressivement, que les dégâts du choc sont apparus. Et c'est seulement maintenant, quatre ans après, que je mesure les effets que ce jour a posé. Et les recherches que j'ai effectuées pour lancer cette chaîne YouTube ont fini par me conforter dans cette opinion. Le choc de l'annonciation est un moment clé qui devrait être mieux géré, mieux encadré. Dans la prochaine vidéo, je parlerai de l'acceptation, le moment où on digère le choc de l'annonce, pourquoi c'est si difficile, comment y arriver et passer le cap. Mais toujours, l'annonciation reste pour les parkinsoniens gravée dans le corps et douloureuse à jamais.