- Speaker #0
Et si le meilleur matériau pour rénover nos logements était déjà sous nos pieds ? Avant d'acheter du neuf, la question est désormais qu'est-ce qu'on peut sauver, démonter, réparer, reposer ? C'est l'option que le bailleur social patrimoine SA Languedossienne a choisi de retenir et qu'on vous raconte dans ce podcast. Bienvenue au pays de celles et de ceux qui préfèrent réinventer plutôt que jeter. Patrimoine à... entrepris du printemps à l'automne 2025 un grand chantier de rénovation dans le quartier du Mirail à Toulouse. Le défi ? Réemployer des matériaux de menuiserie d'un immeuble en démolition pour les installer dans une de ses résidences et ainsi améliorer le confort de ses habitants. Sans cette opération, les menuiseries auraient été jetées. En France, le secteur du bâtiment représente 19% des 310 millions de tonnes de déchets produits par an. L'enjeu de réemploi et de réutilisation est donc crucial pour limiter le volume de déchets et contribuer à diminuer de ce fait les émissions de CO2. Pour ce chantier, le résultat estimé de la récupération de 152 menuiseries et 679 radiateurs, c'est très exactement 173,7 tonnes équivalent CO2 évité par le réemploi, soit l'équivalent de 5 429 trajets aller-retour Toulouse-Montpellier, en voiture citadine. Cette économie est précisément au cœur de la loi de février 2020, dite loi AJEC, pour lutter contre le gaspillage et développer l'économie circulaire. Patrimoine s'est inscrite dans cette dynamique, portée par le projet remporté par Toulouse Métropole en 2021, Lifeways to Build, comme l'explique Valérie Guiraud, directrice Grands Projets Environnementaux et Politiques de la Ville du Bayeur Social.
- Speaker #1
La stratégie de réemploi de patrimoine s'inscrit dans une dynamique locale, puisqu'on est sur un projet européen porté par Toulouse Métropole. Nous avons été signataires de la charte Réemploi des matériaux en 2023. Ce chantier est un chantier récepteur de ce projet européen et nous a permis de réaliser une des plus importantes bouts circulaires du projet.
- Speaker #0
Développer l'économie circulaire dans le secteur du bâtiment, c'est enclencher une transition sur le terrain, en pensant avec méthode. aux stratégies de réemploi des matériaux. Patrimoine assure la maîtrise d'ouvrage de ce projet, c'est-à-dire qu'il en est le commanditaire et travaille en étroite collaboration avec un maître d'œuvre ou assistant à maîtrise d'ouvrage qui conduit le chantier.
- Speaker #1
C'est un projet qui se situe dans le quartier de la Rhenerie, dans une résidence oriacombe. C'est un immeuble des années 70 de l'architecte Candilis, un bâtiment en R plus 15. On a étudié, dans le cadre de la démolition du bâtiment voisin qui appartient au groupe des chalets, la possibilité de réutiliser des équipements et des matériaux, donc d'identifier des gisements qui pourraient servir à l'amélioration du cadre de vie de nos habitants. On a donc identifié des chenots, des radiateurs et les menuiseries, une centaine de menuiseries qui pouvaient être réutilisées sur notre bâtiment. On a dû faire un chantier test pour s'assurer que c'était faisable et réalisable. Et ce chantier test a été concluant. Donc on a pu... S'assurer que la dépose pouvait être faite dans de bonnes conditions et que le chantier pouvait se réaliser en flux entre la dépose et la repose. Il y a une centaine de logements dans l'immeuble et une quarantaine concernées par l'expérimentation.
- Speaker #0
Chaque étape d'un tel projet comporte des difficultés qu'il faut surmonter une à une au fur et à mesure qu'elles apparaissent. On en tire des enseignements pour les chantiers de futur.
- Speaker #1
Sur le projet aujourd'hui de réutilisation des menuiseries, c'est un projet qui était complexe à monter et complexe à mener, puisque finalement il y a plusieurs superpositions de contraintes, à la fois le réemploi, l'utilisation de matériaux qui sont dans le bâtiment voisin, qu'il faut déposer, stocker temporairement pour être reposé, et à la fois la gestion de travaux en site occupé, qui de toute façon sont toujours des enjeux de coordination importants avec les habitants. et avec les équipes en place, qui nécessitent une grande attention pour mener à bien ce chantier. Sur plusieurs mois, on l'a réalisé hors période de chauffe. On a séquencé les travaux pour impacter le moins possible les habitants et faire en sorte que la dépose et repose puissent se faire en site occupé dans un laps de temps le plus contraint possible pour impacter le moins possible les habitants et leur fonctionnement au quotidien. Et la difficulté, effectivement, était sur le stockage et la gestion de l'arrivée des matériaux qui viennent rajouter une contrainte à l'entreprise et qui nécessitent de réfléchir à l'échelle globale pour la suite à des stratégies d'occupation de plateformes physiques pérennes. Donc, c'est ce sur quoi on travaille aujourd'hui avec la métropole et avec les autres maîtres d'ouvrage. C'est la capacité de ne pas avoir dans une même temporalité, finalement, un chantier ex-dutoire, un chantier de démolition et un chantier de réhabilitation et de pouvoir avoir à disposition une plateforme physique qui permette de stocker temporairement les matériaux, les équipements.
- Speaker #0
Le bailleur social a été accompagné par la société ambiante, bureau d'études qui a assuré la maîtrise d'œuvre du projet. Il s'est assuré de la faisabilité technique de l'opération, a contribué Ausha des entreprises chargées des travaux et suivi le chantier. Alex Nissen, responsable conception et économie circulaire du bureau d'études, témoigne de la valeur ajoutée du réemploi des matériaux.
- Speaker #2
Au niveau des performances techniques, phoniques, thermiques et réflexion des rayonnements, on est sur quelque chose qui est équivalent avec du neuf. On n'est pas sur les performances du neuf pour plein de raisons. Parce que maintenant, on rajoute des filtres anti-UV pour réfléchir la lumière. Les lames d'air ne sont pas tout à fait les mêmes entre les deux vitrages, mais le gain n'est pas énorme. Peut-être qu'on aurait mis, si on pouvait, du triple vitrage si on avait dû se fournir en neuf, mais alors on avait un problème de poids, parce que tout était plus lourd. Donc la problématique aussi, c'est que ces bâtiments ont été pensés pour un certain type de menuiserie, et en fait de les adapter à un nouveau type de menuiserie, ça peut demander des travaux beaucoup plus lourds aussi.
- Speaker #0
La complexité du projet est inhérente au réemploi des matériaux. Sur ce chantier notamment, la démolition a eu lieu en même temps que le chantier de remontage, une gestion à flux tendu particulièrement difficile.
- Speaker #2
C'était ambitieux.
- Speaker #1
C'était ambitieux parce que souvent, quand il est question de réemploi,
- Speaker #2
on passe par un tiers. Donc, on a un chantier qui émet des ressources, il passe par un tiers, une plateforme, qui ensuite, elle redistribuera à des chantiers qui ont besoin de matériaux. Là, c'était en direct. Donc, les maîtresses d'ouvrage se sont parlées en direct et donc, les plannings devaient correspondre. C'est quand même une opération importante. Il y a beaucoup de menuiseries, il y a beaucoup de locataires aussi, donc beaucoup de parties prenantes dans le projet. Et donc, il fallait réussir à tout faire coïncider. L'ampleur et la précocité du projet, c'est quand même un projet assez totem, assez exemplaire. L'implication du maître d'ouvrage a été énorme et le sérieux des entreprises derrière a suivi aussi.
- Speaker #0
L'entreprise Métra Sud a été choisie pour assurer le chantier de démontage des menuiseries et les remonter dans l'immeuble Horiacombe de la Rênerie. Thibault Resson, son directeur, détaille le travail conduit lors de ce projet d'envergure.
- Speaker #3
C'est la première fois qu'on a été contracté pour une telle opération. Je suis heureux d'avoir fait ce chantier, content aussi d'aller dans ce sens, de l'histoire et de ce que chacun doit faire. Alors les difficultés, il y en a plusieurs. Une des premières, c'est l'acheminement des menuiseries aux étages. Parce qu'on a quand même 15 étages. Et donc, c'est assez sportif pour amener des menuiseries qui font 2,50 mètres de haut et au moins 3 mètres de large. Avec des venteaux qui pèsent très lourd, qui peuvent faire un peu plus de 100 kilos chacun. Donc, il faut réussir à les manipuler par l'extérieur pour pouvoir ensuite les rentrer dans les logements. Donc, ça, c'est une première chose. Et ensuite, on a sur la façade sur rue. On a eu des problèmes pour rentrer les museries à l'intérieur des logements parce que la construction du bâtiment avec des retombées de balcon empêchait de pouvoir glisser correctement les museries. La réhabilitation, c'est toujours plus compliqué que le neuf. Le neuf, c'est l'abattage, on enchaîne, tout est prévu pour. Donc on enchaîne les pauses et ça roule assez bien en général. La réhabilitation, c'est plus compliqué parce qu'il faut s'adapter à l'existant. En plus de ça, ce sont les logements qui sont occupés, donc on n'a pas forcément la place pour travailler. On doit essayer de ne pas gêner trop les locataires. Donc c'est plus compliqué. Et là, c'est la réhabilitation, mais avec des mineries déjà déposées, donc pas neuves. Donc ça a encore un peu plus de complexité parce qu'on avait des mineries qui étaient déjà vécues.
- Speaker #0
Clap de fin sur le projet de réemploi conduit par patrimoine décrit ici dans toutes ces étapes. On y a appris que réemployer des matériaux, c'est réduire considérablement les déchets des chantiers et les coûts d'évacuation, diminuer les émissions de CO2 liées à la production de matériaux neufs, obtenir un résultat quasi aussi performant en matière de confort pour les habitants, être le résultat d'une politique volontariste du maître d'ouvrage pour réduire l'empreinte carbone de ces opérations et en faire une stratégie environnementale forte. D'autres projets qu'on aura l'occasion de raconter sont d'ailleurs à l'étude. Qu'en pensent les habitants ?
- Speaker #4
Alors, ils ont changé deux portes-fenêtres d'une façade de l'appartement et une porte-fenêtre dans l'autre façade de l'appartement. Ça a commencé début juillet pour nous, d'une façade, et l'autre façade, ils ont commencé début septembre. Ils sont en très bon état, donc pourquoi pas les réutiliser pour d'autres logements ? Pour nous, ça ne nous pose pas de problème. Ça permet de ne pas gaspiller des portes-fenêtres ou d'autres choses qui sont encore en bon état, encore utilisables. La pollution commence à s'accumuler, les déchets aussi. Donc oui, je suis pour depuis des années.
- Speaker #5
J'attends que ce soit plus chaud, que ça ne passe pas le vent, l'hiver et tout ça. Je pense que c'est une bonne initiative. Au lieu de le jeter ailleurs ou le recycler, on s'en sert. À part quelques petits accros qui restent. Les neufs, ça reste toujours du neuf. Mais bon, c'est des bonnes occasions. quoi c'est bon ça passe aussi.
- Speaker #6
Oui, c'est plus efficace. Oui, largement. Même pour ouvrir et fermer, il y a moins de soucis parce qu'avec l'autre, on a eu des problèmes entre le bois et même la sécurité pour fermer. On a eu quelques soucis. Je suis plus moderne, je dirais comme ça. Et même, c'est plus homogène dans la maison parce qu'on a eu déjà des côtés qui étaient de cette structure-là et d'autres qui étaient en bois. Je trouve ça écologique, c'est en bon état. Donc, on peut se ré-en servir, il n'y a pas de soucis.
- Speaker #0
Le dernier mot sera celui d'un habitant, car rien ne serait possible sans rencontre ni convivialité.
- Speaker #5
Ils sont gentils, ils sont gentils, on leur a fait le couscous. On leur a fait la dernière fois un bon couscous. Ils étaient contents, ils se sont régalés, ils étaient contents, franchement. Mais sinon, ils sont gentils, franchement, ils sont gentils. On leur demande un truc, ils disent oui ou non, mais bon, ils font ce qu'ils peuvent.