Speaker #1Bienvenue dans Ligne de code, le podcast qui explore les coulisses du développement et de l'innovation tech. Une ligne de code à la fois, jamais plus de 5 minutes. Imaginez une histoire où la technologie, l'amour d'un maître pour son chien et l'intelligence artificielle se rencontrent. Une histoire qui ressemble presque à de la science-fiction, mais qui s'est pourtant déroulée bien loin des laboratoires pharmaceutiques, dans la vie d'un entrepreneur australien et de son chien. Tout commence en Australie à Sydney. Rosie est une chienne croisée, Steffi Sharpaï, recueillie dans un refuge après avoir été abandonnée dans la brousse. Elle trouve enfin un foyer en 2019 lorsque Paul Cunningham, entrepreneur dans la... La tech décide de l'adopter. Pour lui, Rosie devient rapidement bien plus qu'un animal de compagnie. Elle devient une présence constante, un compagnon pendant les confinements du Covid, un soutien dans les moments les plus difficiles. Mais en 2024, tout bascule. Rosie est diagnostiquée avec un cancer agressif, un mastocytome. Les vétérinaires sont pessimistes, les tumeurs sont nombreuses. Certaines atteignent la taille d'une balle de tennis. Les traitements classiques, chirurgie, chimiothérapie, ralentissent la progression de la maladie, mais ne suffisent pas. La perspective est brutale, quelques mois à vivre. Pour beaucoup, l'histoire se sera arrêtée là. Mais Paul Coney Gamm n'est pas n'importe quel propriétaire de chien. C'est un ingénieur spécialisé en intelligence artificielle et en analyse de données, avec plus de 17 ans d'expérience dans le machine learning. Et face à la maladie de Rosie, il décide de faire ce que font souvent les ingénieurs, analyser le problème. Et il commence par poser une question à une intelligence artificielle, Jad Shepete. Son idée est simple mais ambitieuse, comprendre le cancer de Rosie au niveau génétique et voir s'il existe un moyen de le cibler précisément. La première étape consiste à séquencer l'ADN. Pour cela, il contacte l'université de New South Wales à Sydney. Des chercheurs acceptent d'analyser deux types d'échantillons, l'ADN sain de Rosie prélevée dans son sang et l'ADN des cellules tumorales. L'objectif, comparer les deux. Un peu comme comparer un moteur neuf avec un moteur après 300 000 km pour voir où les pièces sont abîmées. Le séquençage coûte environ 3000 dollars. Une fois les données génétiques obtenues, Paul Cunningham se retrouve face à des gigaoctets d'informations. C'est là que l'IA entre vraiment en scène. A l'aide de JetGPT et d'autres outils d'analyse, il construit plusieurs pipelines de traitement de données pour identifier les mutations responsables du cancer. Puis, il utilise des algorithmes pour repérer quelles protéines sont affectées, et donc quelles cibles thérapeutiques pourraient être attaquées. Il va même plus loin en utilisant AlphaFold, un programme d'intelligence artificielle spécialisé dans la structure des protéines. Il modélise les protéines mutées et identifie les pistes de traitement. Quand il présente ses résultats aux scientifiques de l'université, certains sont stupéfaits. Un chercheur en biologie computationnelle, Martin Smith, raconte avoir reçu un appel inattendu. Au téléphone, Paul lui explique qu'il a déjà analysé les données, identifié plusieurs mutations importantes et trouvé des pistes de médicaments. Pour un amateur sans formation en biologie, c'est presque incroyable. Mais l'histoire ne fait que commencer. L'équipe identifie d'abord une immunothérapie potentielle produite par une entreprise pharmaceutique. Il demande à utiliser le médicament pour oser, mais la société refuse. C'est un coup dur. Puis une nouvelle idée apparaît. Et si au lieu d'utiliser un médicament existant, il créait un vaccin personnalisé contre le cancer ? Un vaccin basé sur la technologie mRNA. La même technologie utilisée dans certains vaccins contre le Covid-19. Le principe est fascinant. Au lieu d'attaquer directement la tumeur, le vaccin donne des instructions en cellules pour produire des protéines spécifiques liées au cancer. Le système immunitaire apprend alors à reconnaître ces protéines et à attaquer les cellules tumorales. Avec les données génétiques analysées par Paul Cunningham, les chercheurs du RNA Institute de l'université conçoivent une formule de vaccin personnalisé. Un vaccin qui est unique, conçu pour une seule patiente, Rosie. Mais il reste un obstacle, l'éthique. On ne peut pas injecter un médicament expérimental comme ça. Paul passe des mois à remplir des dossiers, rédige un document de... plus de 100 pages pour obtenir une autorisation. Finalement, une solution arrive depuis l'autre côté du monde. Une organisation américaine dédiée au cancer chez les chiens découvre l'histoire et la transmet à une chercheuse australienne, Rachel Alavena, spécialiste de l'immunothérapie canine à l'université de Queensland. Son laboratoire dispose déjà des autorisations nécessaires Pour tester ce type de traitement, le vaccin est fabriqué. Puis, transporté dans un laboratoire vétérinaire, Paul Cunningham conduit plus de 10 heures avec Rosie pour la première injection. C'était en décembre. Quelques semaines plus tard, les résultats apparaissent. L'une des tumeurs principales a diminué de moitié. Rosie retrouve de l'énergie. Son pelage devient plus brillant. Elle recommence à courir. Un jour, au parc, elle saute même une barrière pour poursuivre un lapin. Pour Paul, ce moment est un symbole. Le traitement n'est peut-être pas un remède définitif, mais il a offert à Rosie quelque chose de précieux, du temps et une meilleure qualité de vie. Pour les scientifiques, cette histoire soulève aussi une question plus large. Si un ingénieur avec un ordinateur et des outils d'IA peut aider à concevoir un vaccin personnalisé, que se passera-t-il lorsque ces technologies seront accessibles à grande échelle ? La médecine pourra devenir profondément personnalisée. Des traitements conçus pour chaque patient, pour chaque tumeur. Peut-être même en quelques semaines. Ce que Rosie nous apprend, disent certains chercheurs, c'est que la frontière entre science professionnelle et science citoyenne est en train de s'effacer. Et parfois, tout commence par une simple question posée à une intelligence artificielle conçue avec quelques lignes de code. Avec quand même des millions de lignes de code. Et par l'amour d'un maître aussi pour son chien. Merci d'avoir écouté Lignes de Code, on a dépassé un peu le temps des 5 minutes mais l'histoire en valait le coup. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner, à laisser un commentaire et rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel éclairage sur l'univers de la tech. Une ligne de code à la fois. A bientôt.