- Alexandre
Madonna, la rétrospective Avec le succès d'Evita et la naissance de sa fille Lourdes, l'année 1996 est une année réussie pour Madonna. L'année suivante, la chanteuse songe à revenir en force sur le plan musical avec la préparation d'un nouvel album. Mais après quelques années à ne pas avoir sorti d'album studio, comment faire un bon retour musical ? Comment se renouveler après tant d'années de carrière ? la popstar va chercher son identité musicale, ou en tout cas, emprunter différents chemins musicaux, jusqu'à ce qu'elle trouve celui qui va la correspondre pleinement. Dans cet épisode, on va explorer et voir les différentes chansons que Madonna a concoctées avec différents producteurs, avant qu'elle ne rencontre LE producteur, avec lequel elle va faire des étincelles avec Ray Of Light. Pour m'accompagner dans cet épisode, évidemment Logann. Salut Logann !
- Logann
Bonsoir, bonjour !
- Alexandre
Je ne pouvais pas ne pas t'inviter ! Surtout que là, on entre dans ton ère préférée de la Madonna !
- Logann
L'ère tant attendue de l'album interdit.
- Alexandre
L'album interdit, en effet, c'est ça. Considérez, chers auditeurs, cet épisode comme un avant-goût, un préambule de l'épisode sur l'album Ray Of Light. Comme il sera sans doute long, on a préféré faire cet épisode à part, donc je vous propose sans plus tarder de plonger dans l'air pré-Ray Of Light. C'est parti ! L'année 97 commence très bien pour Madonna. Le film Evita a globalement bien fonctionné, le rôle d'Eva Peron a plu aussi bien au public que aux critiques, preuve en est, elle avait reçu le Golden Globe de la meilleure actrice le 19 janvier 97. Après Evita, Madonna était censée jouer dans la comédie musicale Chicago. En juin 97, Variety a confirmé que Nicholas Hytner réaliserait le film avec Madonna et Goldie Hawn. Mais elle s'est retirée du projet quand Harvey Weinstein a retiré Hawn du casting car elle était trop vieille. Dommage que ce projet ne se soit pas fait mais ça nous aurait privé de Ray Of Light d'une certaine façon. En plus d'être popstar et actrice, Madonna est désormais maman. Et oui, quelques mois avant ça, en octobre 96 plus exactement, elle a donné naissance à une certaine Lourdes. Pendant deux ans, Madonna a mis un peu en pause sa carrière de popstar. Je dis un peu entre guillemets car elle a quand même fait un peu de musique. En dehors d'Evita, quand elle prenait des cours de chant pour le film, elle avait écrit et enregistré des chansons pour la compilation de balades Something to Remember avec David Foster. Elle avait aussi enregistré en 1996 la chanson Guilty by Association Titre figurant dans la compilation Sweet Relief, projet offrant des soins médicaux pour des musiciens malades. C'est une chanson qui a un peu plus d'importance qu'on ne pourrait le penser puisqu'il s'agit de la première collaboration entre Madonna et son beau frère Joe Henry. Joe Henry est un chanteur, producteur, parolier et aussi le mari de Melanie Ciccone, la soeur de Madonna. On lui avait demandé d'enregistrer cette chanson et Henry a proposé à Madonna de se joindre à lui. Dans le livret de l'album, Henry confie qu'elle a adoré la chanson à la première écoute. Elle venait juste de témoigner contre un stalker à la cour de justice de Los Angeles. Cela l'a inspirée à chanter Guilty by Association avec un ton, je cite, de "tendre vengeance". En effet, en janvier 1996, Madonna avait témoigné contre un stalker qui avait menacé de la tuer et qui était entré dans sa propriété à Los Angeles. C'est une histoire assez glauque. C'est après ce témoignage qu'elle a enregistré la chanson. Je trouve que Madonna est en retrait dans cette chanson. Après, en connaissant le contexte, je comprends mieux son interprétation. Et toi, Logann, tu penses quoi du titre ?
- Logann
Je pense que comme tu le disais sur le fait qu'elle paraissait un peu détachée. Je veux dire dans le sens où son esprit devait certainement être ailleurs pendant l'enregistrement, clairement. Et donc avec cette histoire de stalking, etc., ça fait sens. Et je me rappelle de cette histoire d'ailleurs, j'en avais entendu parler.
- Alexandre
Oui, il y avait même une vidéo sur YouTube il n'y a pas longtemps qui est revenue sur cette affaire en mode true crime.
- Logann
Oui.
- Alexandre
Je ne sais pas du tout ce qu'elle vaut, mais je pense que je vais la regarder pour me faire une opinion et je pense que ça peut être bien.
- Logann
Justement, c'est... C'était assez flippant, vraiment.
- Alexandre
Lorsque Madonna faisait la promotion d'Evita et donnait des interviews en décembre 96, elle disait déjà qu'elle songeait à écrire de nouvelles chansons. Elle ressentait le besoin de revenir dans le monde de la pop music. Elle l'avait confiée à E-News, ce mois-là je la cite, « Je vais commencer à écrire de nouveau, probablement aux environs de mars. Et je vais écrire avec des gens avec lesquels j'aimais travailler auparavant, comme Babyface, Patrick Leonard. Je vais écrire pendant un moment, avant que je ne décide de la direction dans laquelle m'orienter. » musicalement parlant. Donc on a déjà quelques noms de personnes avec lesquelles Madonna souhaite retravailler mais ça va pas être tout de suite. En effet, fin février 97, Madonna rencontre un certain Rick Nowels. Qui est-il ? Rick Nowels est un producteur. Il avait notamment produit la chanson Falling into you de Céline Dion. Il a aussi travaillé avec Nelly Furtado, Dua Lipa, Dido ou encore Lana Del Rey. Nowels se confie à Giulio Mazzoleni pour le Madonna Songbook sur son travail avec Madonna. Je le cite. "Madonna et moi avons travaillé ensemble pendant deux semaines. Nous avons écrit 9 chansons en 10 jours. Elle arrive dans le studio à 15h pour partir à 19h avec une nouvelle chanson écrite et une démo. Elle est une parolière puissante, mélodies fortes, refrains efficaces et de supers textes. C'était facile d'écrire avec Madonna parce qu'elle est tellement douée, c'était inspirant. Nous écoutions Nina Simone et Astrud Gilberto. Elle a vraiment de bons goûts musicaux et une vaste connaissance de la musique. Elle m'a dit qu'elle aimait Falling Into You de Céline Dion, chanson écrite par Billy Steinberg, Marie-Claire D'Ubaldo et moi. On aimait tous les deux Firestarter de The Prodigy. J'avais passé beaucoup de temps à Londres donc nous avions les mêmes références musicales d'albums anglais. A l'époque, l'Angleterre faisait les albums les plus innovants dans le monde. Nous avions aussi le même amour pour la musique européenne. Essentiellement de supers mélodies, avec des beats progressifs et des paroles poétiques. La seule chose qu'elle me disait était, écrivons seulement des chansons qui sont supers belles ou qui sortent de l'ordinaire. Pas d'entre deux, j'ai aimé ça." Quand Madonna dit qu'elle va se remettre à écrire des chansons, elle ne fait pas ça à moitié ! On sent que le fait d'avoir momentanément quitté la pop music pendant deux ans en faisant Evita a nourri son envie de refaire de la musique. Neuf chansons en dix jours, c'est impressionnant je trouve. On a déjà un aperçu d'une direction musicale que Madonna pourrait emprunter avec les beats progressifs ainsi que les paroles poétiques. Madonna et Nowels font des sessions d'enregistrement en mars 97. On peut citer trois chansons sur lesquelles ont travaillé Madonna et Nowels et qui n'ont pas fini sur Ray Of Light. Ce qui est intéressant, c'est que chacune de ces chansons puisent dans des aspirations thématiques et musicales différentes. On va commencer avec "Revenge". Ici, on peut constater l'influence de la philosophie et de la religion dans le travail de la Madone. Eh oui, Madonna rejoint la Kabbale cette année-là et s'est mise à étudier la philosophie aussi. On reviendra plus profondément sur ça dans le prochain épisode. Toujours est-il que ses études ont éveillé sa conscience, influencé sa musique et qu'elle a souhaité partager ça avec son public. Revenge parle tout naturellement de vengeance, évidemment. Le titre parle aussi de haine, de jugement, de tout ce qui peut obstruer la vue de quelqu'un. Dans le refrain, Madonna nous conseille de prendre nos jugements et de les laisser partir. "Take your judgments and let them go". Comme un mantra répété tout au long du titre. La chanson est catchy avec des paroles inspirantes qui font réfléchir. L'arrangement du titre est composé d'un piano house, d'un drum et d'un rythme de basse. Eric Nowels a expliqué à Mazzoleni comment étaient faites ses rencontres avec Madonna à Los Angeles, je le cite. "Je m'asseyais derrière le clavier et elle s'asseyait à l'opposé de moi dans le salon. Je commençais à jouer de la musique et elle commençait à chanter. Ces chansons étaient composées rapidement". A noter que la chanson n'a pas été enregistrée pour Ray Of Light. Elle n'a pas été retenue pour Ray Of Light plutôt. Dans les crédits de la chanson, on trouve un certain Greg Fitzgerald, un musicien qui a aidé à créer des beats et programmes qui ont été utilisés lors de l'écriture de chansons avec Madonna. La chanson ayant été mise de côté, elle a fini chez le directeur du label anglais Polydor, Colin Barlow, en 2001. A l'époque, il avait signé une certaine Sophie Ellis Bextor qui commençait sa carrière. Elle avait fait une démo de Revenge sans que la production n'ait été finalisée. C'est bien des années plus tard qu'un fan a trouvé un fichier audio de la démo et en a fait un remix. Je préfère largement la version originale de Madonna pour le coup. Tu penses quoi de Revenge Logann et de son remix d'ailleurs ?
- Logann
Je vais rebondir sur plein de choses qui ont été dites, mais je vais essayer de faire rapidement. Déjà plusieurs informations intéressantes, c'est qu'elle a travaillé avec Rick Nowels. Donc Rick Nowels c'est quelqu'un de l'industrie, parce que moi tu sais que j'aime bien parler de songwriting. Et c'est quelqu'un en fait qui a cette sensibilité-là, il connaît ce domaine là tu vois. Donc c'est quelqu'un qui a eu plein de collaborations, qui a travaillé avec plein de gens, notamment Sonic. Ce qui est intéressant c'est que lui il avait été surpris de voir à quel point Madonna était en capacité de comprendre comment créer une chanson. C'est quelque chose qui l'avait beaucoup surpris pendant les sessions d'enregistrement qu'ils ont fait ensemble pendant deux semaines, et à quel point Madonna a été très studieuse. C'est-à-dire qu'elle arrivait vraiment toujours à la même horaire, elle venait d'elle-même en voiture, avec son petit carnet de songwriting, ça c'est hyper important, parce que ça j'en avais parlé dans le temps, souvenez-vous, quand je parlais de tout ça, quand je disais que c'était important, les détails que je citais c'était par rapport à ça, parce que le carnet de songwriting, à quoi il sert ? Il sert à noter des idées de paroles, des idées de choses qui viennent par l'esprit, et c'est ça en fait qui va construire les paroles des chansons. t'as ça chez certains songwriters qui vont construire même des idées de titres de chansons. Et il y a même un petit fun fact par rapport à cette session-là. Il y avait un sample que Rick Nowels avait gardé de côté avec lui par rapport à un film. Alors, le nom du film, je sais qu'il y a Lesbos dedans. C'était Vampyros Lesbos, quelque chose comme ça. Oui, Vampyros Lesbos, c'est ça. Et en fait, Madonna, elle avait trouvé que le titre était éventuellement cool. Et ils avaient passé une journée ensemble à essayer de la créer. Sauf que ça n'a pas fonctionné. Parce que des fois, ça arrive que pendant des sessions, les artistes n'arrivent pas à faire quelque chose. Un produit fini et c'est des choses qui arrivent mais je trouve que un truc qui marche pas par rapport après 9 autres chansons ça va tu vois bien sûr c'est plutôt une bonne chose voilà et donc il y a ce son là qui aurait pu exister mais qui n'a jamais vu le jour et moi ce qui me fascine et ce qui m'intéresse et qui m'interpelle là dedans c'est le fait que Rick Nowels avait cette sensibilité-là par rapport au on va dire le domaine avec lequel Madonna était la plus sensible parce qu'à ces périodes là musicalement parlant c'était beaucoup de trip-hop beaucoup de ambiance beaucoup de techno, il y a une grosse émergence par rapport à ça et le fait qu'ils aient fait des sons avec cette sonorité un peu européenne moi je trouve ça très intéressant pour en revenir à Revenge, c'est une chanson qui n'est plus ni moins un vestige de ce que je suis en train de t'expliquer dans le sens où on reconnait tout de suite cette patte un peu européenne ce côté un peu punchy, un peu club un peu clubbing et ce piano qui fait un peu trance mélodique pendant le refrain ça c'est clairement, on est dans cette vibe-là tu vois Et ce qui est intéressant, c'est le champ lexical, les mots qu'elle utilise, le fait qu'elle parle d'âme, etc. Et là, on rentre vraiment dans une sphère de sa vie où est-ce qu'elle commençait à être initiée, on en reparlera plus en détail, de tout ce qui est par rapport justement au mysticisme, à la Kabbale, etc. Donc c'est une bonne chanson, qui est une fan favorite d'ailleurs dans la fanbase de Madonna. Il y a certaines personnes qui auraient voulu la voir sortir dans Veronica Electronica. Et moi, je l'aime beaucoup, je l'aime beaucoup et c'est une chanson que je trouve super sympa. Par contre, je déteste la version... de Sophie Ellis Bextor. J'adore Sophie, mais pas sa version de Revenge. Après, c'est pas abouti. Voilà pour le petit la petite mise au point.
- Alexandre
Madonna et Nowels ont aussi enregistré une chanson qui s'appelle Gone Gone Gone. Le titre parle d'un autre thème, cette fois-ci, la rupture amoureuse. Et oui, Madonna s'était séparée du père de Lourdes, Carlos León, quelques mois après la naissance de cette dernière. On peut s'en douter, cette séparation a fait souffrir la Madone bien que les deux soient restés en bons termes amicaux au bout du compte. Quand on prend du recul, on remarque que pas mal de chansons écrites par Madonna et Nowels parlent de rupture amoureuse. Gone, Gone, Gone en est un bon exemple, rien que le refrain nous le montre avec cette répétition de « This love affair is over, gone, gone, gone", "cette histoire d'amour est terminée". C'est aussi l'une des rares fois que Madonna parle de violence émotionnelle dans une chanson. Le beat du titre est trippy avec une bonne ligne de basse au synthé. La chanson est envoûtante et triste à la fois. Quel est ton avis sur Gone Gone Gone Logann ? Je sais que tu l'aimes.
- Logann
Tu connais mon amour pour cette chanson. Gone Gone Gone, c'est ma vie. Mon avis par rapport à ça, c'est une chanson qui selon moi est extraterrestre. Dans le sens où elle tenait quelque chose de tellement intéressant. Et je dis ça, c'est parce que musicalement parlant, malgré toutes ces choses-là que j'ai écoutées dans ma vie, tout l'ambiance que je connais, etc., là, c'est encore à un autre niveau. C'est-à-dire que je n'ai pas retrouvé ça ailleurs. Et ce qui me fascine, c'est cette simplicité dont j'avais... Enfin, cette simplicité. Attention, attention à ce que je vais dire. Quand je parle de simplicité, c'est dans la structure de la chanson, d'accord ? Pas dans le fait de trouver le bon beat de drum'n'bass et les mélodies, non. Ce que je parle bien, c'est le fait que la chanson, ce n'est resté qu'une démo, tu vois. parce qu'on a juste... un loop de drum'n'bass qui est un peu sévère au début, je t'avoue, parce que moi ça m'avait surpris après que j'avais écouté. Et derrière, on a ces accords incroyables au synthé et eux, je trouve qu'ils apportent ce côté un peu vraiment aérien à la chanson, comme si tu te retrouvais dans une espèce de bulle. Et ensuite, on a les mélodies de Madonna par-dessus et les paroles, c'est hyper intéressant parce qu'elle dit justement « No more emotional violence » , donc plus aucune violence émotionnelle. Il y a certains concepts dans les paroles, une prise de position qui, selon moi, est nouvelle de sa part. Et là, on rentre... Je te dis, quand on rentre dans cette période vraiment psychologique de sa carrière, de sa vie, ça fait sens qu'elle écrive des choses comme ça, tu vois. Souviens-toi, j'avais parlé de cette espèce d'intelligence émotionnelle dans les paroles de tout ce qui était genre la compilation, sortie juste avant. Et là, on est en plein dans ça. On est dans une évolution encore plus on va dire mystérieuse. Et Gone Gone Gone, c'est une chanson qui est mystérieuse. Même le titre, tu vois, répété trois fois Pour moi, j'y vois un lien avec les enseignements de la Kabbale. Parce qu'il y a beaucoup de numérologie dans la Kabbale. Mais ça, j'expliquerai plus tard. Donc, tu vois, le fait que c'est répété trois fois. Trois, c'est un chiffre qui est important. Mais on ne va pas aller trop loin non plus. Mais bref, c'est une chanson qui est fascinante. Et je trouve qu'elle est très bien réussie. Et j'adore le pont qu'ils ont fait. Et cette ambiance. Et ce... "This love affair is over. Gone, gone, gone." Ça, j'aime tellement.
- Alexandre
Le synthé fait tout aussi.
- Logann
Le synthé, il est apparu comme une baguette magique. On va dire c'est si t'écoutes que le beat de drum'n'bass tu te dis "mais c'est une démo qui a été faite en cinq minutes" tu vois mais parce que en vrai je t'avoue ça peut être un peu violent à l'oreille pour les gens qui ont pas l'habitude de ce genre de musique ah mais ça m'avait surpris ah oui oui mais moi aussi quand j'avais écouté la démo je me suis dit "c'est quoi ce truc ?" mais j'adore je suis obsédé par cette chanson tu sais j'avais mis une hypothèse à l'époque où j'avais découvert cette chanson-là de me dire est-ce que c'était pas une chanson qui avait été faite au piano avant avec Patrick Leonard ou je ne sais qui, parce que j'étais pas encore au courant de Rick Knowles cette période, et je pensais que ça avait été remixé par William Orbit genre après, et qu'ils se sont dit que ça ne fonctionnait pas, tu vois. Et pour moi c'était pas un instrumental qui était terminé, c'était un instrumental qui avait été recréé avec une material source qui existait déjà avant, tu vois. Alors qu'en fait pas du tout ! Je le répéterai jamais assez, mais d'écrire une chanson entière avec autant d'émotions, dans les paroles et dans les mélodies, sur une prod comme ça, c'est pas donné à tout le monde. Oula, ça annonce du lourd pour Ray Of Light là. Voilà, et c'est important que ça... c'est pour ça que je me suis bagarré à répéter les mêmes choses en boucle depuis le début par rapport à ça, c'est que pour moi Madonna elle a un don Et le fait qu'elle ait cette capacité-là de pouvoir arriver à sortir des chansons comme ça sur un instrumental aussi non inspirant pour moi, je trouve ça dingue. Moi, tu me donnes un instrumental comme ça, je ne vais pas te faire un Gone Gone Gone, tu vois.
- Alexandre
En tout cas, Gone Gone Gone et Revenge se rapprochent le plus de l'ambiance et de l'ADN de Ray Of Light, ce qui sera moins le cas de la chanson suivante, écrite et produite aussi par Madonna et Nowels, Like a Flower. A l'écoute de la chanson, on ressent une certaine nostalgie, voire une certaine mélancolie. Il s'agit d'une chanson que Madonna a écrite sur sa mère. Elle revient avec tristesse mais aussi calme sur elle, disant dans le refrain qu'elle sera toujours à l'intérieur d'elle. "You'll always be inside of me". Peut-être une référence au refrain d'Inside of me de Bedtime Stories ? En tout cas, sa mère est un thème récurrent de ses chansons. Elle avait confié à Billboard en 95, je la cite, "Elle fait partie d'une grande partie de ma musique. Je pense à ma mère et à un certain vide dans mes chansons. Il y a des moments tragiques, traumatisants, où je me dis : "J'aimerais pouvoir appeler ma mère C'est quelque chose de primitif qui a été un tremplin pour le travail que je fais"" C'est une très belle balade à mon sens qui avec des mots simples et la voix de Madonna nous fait ressentir sa tristesse par rapport à l'absence de sa mère. Tu en penses quoi Logann ?
- Logann
C'est intéressant parce qu'elle était vraiment hantée Je pense quand elle a fait cette chanson là Donc moi ce qui m'intéresse là dedans C'est ce rapport qu'elle a avec sa maman Et le fait qu'elle explique bien Qu'elle essaie de retrouver l'amour qu'elle a pas eu d'elle qu'elle n'a pas pu avoir d'elle à cause de sa disparition. Et justement, elle se pose cette question, elle se dit « Why would I want them to be you ? » « Pourquoi est-ce que je voudrais qu'ils soient toi ? » Et c'est encore tu vois, lié avec de l'introspection. Voilà, de son... En fait, le reflet de son état d'esprit. Et ce que je trouve intéressant, c'est que là, on a une chanson qui est déjà plus down-tempo, donc c'est avec un rythme plus bas, par exemple, que du « gone, gone, gone » . Et il y a ce côté un peu latin, tu vois, genre romantique et tout ça, je trouve, par rapport à l'influence musicale. Parce qu'ils ont testé quand même pas mal d'influence pendant cette période-là de songwriting. Donc c'est une chanson qui renvoie à ça. Et j'apprécie beaucoup aussi, pareil, le champ lexical. Elle parle de heaven, paradis. Il y a cette voix dans ma tête que personne d'autre ne peut entendre. Il y a une prière que je dis, et ça me ramène toujours plus proche. La présence de toi, je veux toujours t'avoir auprès de moi. Ça reflète ça, voilà. Ça reflète le fait qu'elle commençait déjà à être plus ouverte sur ces questions-là, justement. De mysticisme, tu vois. En gros, il y a une vibe un peu plus mystique dans l'approche des émotions. Et je trouve ça intéressant, très intéressant. Ça me plaît beaucoup.
- Alexandre
Je suis pas étonné, tiens, Dis donc. On n'a pas encore parlé de la voix de Madonna, mais elle est très belle. Les cours de chant qu'elle avait pris pour Evita l'ont bien servie. Cette balade acoustique au beat synthé fait partie des outtakes préférés des fans. Bien que la chanson n'a pas été retenue pour Ray Of Light, une autre chanson de l'album parle de la mère de Madonna, Mer Girl, on y reviendra. Des années plus tard, la chanson a été proposée à la chanteuse italienne Laura Pausini. Elle a elle-même demandé à Madonna par mail si elle pouvait écrire la chanson en italien en s'inspirant du texte original afin d'adapter la chanson dans sa propre langue, ce que Madonna a accepté. Pausini a donc enregistré la chanson Mi abbandono a ti pour l'album La mia risposta en 2004. Elle a même fait une version espagnole du titre. Comme quoi, Like A Flower a eu une belle seconde vie quand même. C'est sûr. Ça fait plaisir. Il y a enfin une autre chanson écrite et composée par Madonna et Nawal qui s'appelle Alone Again. En 2001, une certaine Kylie Minogue cartonne dans le monde avec Can't Get You Out of My Head. Il est le single de l'album Fever. Certaines sessions d'enregistrement de l'album se sont déroulées avec Greg Fitzgerald, oui, le musicien qui avait participé à la création de Revenge. Dans ces sessions d'enregistrement, on trouvait Alone Again. Kylie a enregistré la chanson, mais n'a pas fini sur l'album, mais il a été un temps considéré comme la side B de Come Into My World. Mais en 2007, Kylie a inclus la chanson dans son documentaire intitulé White Diamond. On va écouter un peu la version d'Alone Again chantée ici par Kylie. Le titre a deux couplets ayant les mêmes paroles. En tout cas, Nowels a adoré les capacités de parolière de Madonna. Il avait dit, je le cite, « C'est profond, poétique, intelligent, influencé par sa lecture vorace. Quand elle est au meilleur de sa forme, elle est du même niveau que Joni Mitchell ou Paul Simon. » Tu penses quoi d'Alone Again Logann ?
- Logann
Alone Again, c'est une chanson que j'adore et que j'écoute le plus, d'ailleurs, dans ces démos-là, sache-le.
- Alexandre
Pourquoi ?
- Logann
Parce que, pour moi, c'est une chanson qui... Alors déjà, tu vois, ça vient dans mon terrain, dans le sens où ça sonne très trip-hop, Alone Again. Pour moi, c'est très, très trip-hop, Alone Again. Le trip-hop, c'est un genre musical qui est vraiment très posé comme ça, avec beaucoup de drums et des textes parfois un peu sombres, tu vois, très... Il y a une puissance émotionnelle à cette musique-là. Et là, de voir ça, rien que les paroles, la violence, genre le premier couplet quand elle dit « On est seul du jour où est-ce qu'on est jusqu'au jour où on meurt » , c'est la loi de la nature. On ne peut pas échapper à la solitude. Beaucoup d'hommes ont essayé de retirer cette douleur-là, ce poids-là, de les épaules. Mais on se sent toujours pareil. Alone again. Tout seul encore.
- Alexandre
Ah, c'est dur. Waouh !
- Logann
Ah bah c'est emotional violence là !
- Alexandre
On peut pas sortir de cette situation quoi. Comme si c'était fatal.
- Logann
C'est ça, c'est ça. Et n'oublions pas que je pense que cette chanson-là, elle est issue du fait que Madonna se posait beaucoup de questions, notamment par rapport au monde qui l'entoure et tout ça, je pense que la question de la mortalité, ça devait revenir souvent dans sa tête, parce que n'oublions pas ce qui s'est passé avec sa mère, malheureusement. Donc c'est quelque chose auquel elle pense, et j'imagine bien qu'avec la carrière qu'elle a, au point où elle en était dans sa propre vie, ça ne peut que résonner en elle. Et je pense que cette chanson-là, ça vient du fait que c'est une prise de conscience de se dire « j'ai eu tout ça dans ma vie, mais ça ne repartira pas avec moi derrière. C'est matériel ». Et il y a beaucoup de choses qui parlent par rapport à la matérialité, dans la chanson notamment, quand elle dit « c'est la loi de la nature » . La nature, elle est physique, c'est matériel. C'est intéressant, vraiment, je pourrais parler des heures de ces chansons-là, mais je vais rester sage parce qu'on parle de leur taille. Donc voilà. Mais j'aime beaucoup le fait qu'elle dise « I thank God I'm alive » . Genre, "je remercie Dieu d'être vivante". Ça rajoute ce côté encore plus supériorité, tu vois, genre très surnaturel un peu.
- Alexandre
Madonna et Nowels vont écrire d'autres chansons qui figueront sur Ray Of Light. Il y aura même une démo composée par Nowels d'une chanson de Ray Of Light. On parlera de tout ça dans l'épisode sur l'album et celui sur les démos du disque. Patience. Madonna a aussi écrit et composé des chansons avec Patrick Léonard cette année-là. Si certaines de ces chansons sont restées dans les tiroirs et qu'on évoquera dans l'épisode sur les outtakes de l'album, quelques-unes ont figuré sur le disque. Il y a une chanson qu'ils ont faite ensemble et qui se démarque des autres qui s'appelle You'll Stay. Ah, j'adore. Cette démo a des sonorités latino avec un arrangement composé d'une guitare et de percussions, ce qui ne nous surprend pas vraiment venant du tandem Madonna-Léonard, puisqu'il faisait déjà des chansons avec ces sonorités comme Spanish Eyes de l'album Like A Prayer. Le début de cette démo partage des paroles d'une autre démo que Madonna avait faite avec Nowels. Écoutez le début de You'll Stay. Et maintenant le début de Like a Flower. C'est intéressant dans la mesure où on voit comment certains paroliers, Madonna ici en l'occurrence, utilisent certaines paroles d'une démo pour les intégrer dans une autre démo. Donc ce n'est pas exactement les mêmes paroles. en tant que tel, mais il y a quand même des similitudes ici et là entre la démo de You'll Stay et la démo de Like a Flower.
- Logann
Ça en dit long, comme tu es en train d'expliquer justement actuellement, par rapport au processus créatif. Et c'était ce que j'avais expliqué dans les épisodes avant. Parfois, il y a certains artistes, il y aura des cas comme celui de You'll Stay, où on va aller utiliser des paroles, des mélodies, ou même parfois des sections de chansons, mais qui seront ensuite réutilisées derrière. Et c'est ce qui s'est passé ici. Sauf que même si là, les paroles sont quasiment similaires, la mélodie va un peu changer parce que c'est pas les mêmes productions forcément, mais c'est intéressant parce que voilà ça prouve bien qu'elle voulait que ça sorte et c'est sorti de deux façons différentes.
- Alexandre
C'est bizarre parce que là où dans Like A Flower je trouve que ça parle de sa mère, dans You'll Stay j'ai l'impression que ça parle de rupture amoureuse. C'est très bizarre.
- Logann
Oui, et puis de toute façon, c'est du Patrick Leonard et du Madonna. Donc il y aura, tu vois, les vibes vraiment latines, etc. C'est... On est sur du Like a Prayer, quoi. Spanish Eyes. C'est ça.
- Alexandre
La chanson manque de finition. On voit qu'ils tâtonnaient, qu'ils cherchaient un truc, mais ça ne marche pas trop, quoi. Ça se ressent. Tu penses quoi de You'll Stay, Logann ?
- Logann
Je prfère Like a Flower, parce que You'll Stay, maintenant, elle devient un peu plus anecdotique pour moi. Alors attentio ça va peut-être secouer, je pense. Et je dis ça, c'est parce que You'll Stay, ça sonne très, très, très, très, très "raw". C'est du avant qu'une chanson existe, tu vois. Certes, on a une version avec des couplets et une structure différente de ce qu'on a d'habitude, mais bon, il n'y a pas... Ça a émergé, de toute façon, sur Like A Flower. C'est une chanson qui a servi à faire naître une autre. Et je préfère l'autre plutôt que celle qui a servi à faire naître, tu vois. C'est un petit fun fact par rapport à You'll Stay. J'ai trouvé une chanson bien plus tard, pendant mes périodes de Music Lounge, qui utilise exactement le même drum loop, donc la même boucle de batterie que vous entendez dans You'll Stay. C'est Tayla, T-A-Y-L-A, et le titre c'est Stargazing 04. Et c'est au début de la chanson que vous allez entendre ça. Et je pense que ça devait être une boucle d'un kit, tu sais, genre de programmation musicale, quoi. Et ils l'ont utilisé pour écrire. Voilà.
- Alexandre
Patrick Leonard avait confié à Matthew Rettenmund en 2017 que les chansons qu'il avait faites avec Madonna auraient pu fuiter sur Internet. "J'ai vécu une expérience terrifiante. En quittant Miami, j'avais une cassette sur laquelle il était juste écrit M. Et j'avais une voiture de location. Quand j'ai rendu la voiture, j'ai laissé la cassette à l'intérieur de la voiture. Quand j'étais dans l'avion, je me suis dit... Oh mon dieu, j'ai laissé 7 nouvelles chansons de Madonna dans une voiture de location. Mais les chansons n'ont jamais refait surface. Donc quelqu'un a dû faire sortir la cassette de la voiture et la jeter." La personne qui a dû faire ça est passée à côté de quelque chose ! Après avoir travaillé avec Nowels en mars 97, Madonna décide de retravailler avec un certain Babyface. Ensemble, ils ont fait 3 chansons dont une chanson funky, un jam, donc une séance musicale improvisée à laquelle peuvent participer différents musiciens, et une balade. Parlons tout d'abord de la balade pour commencer avec Never Love A Stranger. On change complètement de registre musical ici puisqu'on est sur du R'n'B. Je trouve que la chanson est sympathique sans plus. On a plutôt une impression de déjà vu ou déjà entendu comme si c'était un Take A Bow 2.0. notamment avec la fin qui ressemble beaucoup à celle de Take A Bow. Il n'y a pas de surprise. Qu'il s'agisse du tempo de la chanson, de la production ou du style musical, Madonna ne se renouvelle pas. Tu penses quoi de cette chanson, Logann ?
- Logann
Never Love a Stranger, c'est une chanson qui sonne très Madonna / Babyface. Donc malheureusement, pour moi c'est une très belle chanson, mais ça sonne beaucoup comme Take A Bow. Madonna, elle ne se répète jamais. Et bon, ils ont quand même fait un son, tu vois. Parce que je crois que c'était la maison de disques qui souhaitait... La maison de disques a démandé à avoir de nouveau des sessions avec Babyface. Et ça a donné du coup cette chanson-là. Et moi, je l'aime bien, personnellement. Mais je sais que ça ne va pas être la tasse de tête de tout le monde, étant donné qu'on a eu après ce qu'on a eu. Donc je peux comprendre. Et c'est une chanson qui parle justement d'amour. Comme quoi, il ne faut jamais faire confiance aux gens.
- Alex
C'est ça, de ne jamais faire confiance à un inconnu. Reste que le thème du titre est intéressant, puisqu'il... Il parle de ne pas tomber amoureux d'un inconnu, de ne pas tomber dans ses bras, comme Madonna le dit dans le refrain. D'après Babyface, la chanson a une vibe Take A Bow et elle a été mise de côté quand Madonna a changé la direction artistique et musicale de l'album.
- Alexandre
Une autre chanson a été écrite et composée par Madonna et Babyface, elle s'appelle I'll Be Gone. Ici, c'est une chanson mid-tempo, toujours R'n'B. Le texte du titre parle d'une déception amoureuse, d'une relation amoureuse qui n'a pas marché. Je trouve que la chanson est davantage catchy, voire mémorable que Never Love A Stranger pour ma part. J'aime aussi les harmonies des voix de Madonna et Babyface. Donc pour moi, c'est davantage sympathique et mémorable que Never Love A Stranger. Même si ça ne renouvelle pas les choses, quoi. Tu penses quoi de ce titre, Logann ?
- Logann
J'adore cette chanson, I'll Be Gone. C'est une de mes favorites de l'ère pré-Ray Of Light aussi. Parce que ça me rappelle tellement tout le R'n'B américain des années 90, et ça me rappelle tellement TLC aussi. Je ne peux pas passer à côté de ça et me dire Madonna qui me fait un son comme ça, ce n'est pas possible pour moi. Mais je l'aime beaucoup. Décidément, elle aimait bien les Gone à cette période, entre Gone Gone Gone et I'll Be Gone, c'est marrant. Il y avait quelque chose dans l'air, je pense que c'était à cause d'Andy Bird, mais on en reparlera.
- Alexandre
C'est ça, la chanson fait très Bedtime Stories 2.0.
- Logann
il n'y a pas de prise de risque, parce que c'était des choses qui avaient fonctionné entre deux. Donc pourquoi essayer de faire quelque chose de différent si tu peux refaire les choses qui marchent ? N'oublions pas que ça reste de la musique commerciale, il faut que ça se vende. Donc je pense que c'est pour ça que ces chansons-là existent.
- Alexandre
La chanson n'a pas fini sur Ray Of Light, Madonna ne voulant pas se répéter. A la fin des années 90, Babyface songeait à faire un best-of de ses hits et de ses raretés musicales. Il souhaitait y inclure un duo avec Madonna, mais le projet a abouti à un best-of de ses hits uniquement, et la chanson n'a pas été dévoilée. D'après Babyface, une chanson fun avait été enregistrée en plus de Never Love A Stranger et I'll Be Gone, mais le titre n'a jamais fuité à ce jour. Bon, trois chansons et puis s'en va. Après une excursion vers le R&B, Madonna abandonne cette direction musicale. Pour elle, elle le sait, ce n'est pas ce chemin qu'elle souhaite emprunter pour son prochain album. Elle jette vraiment son dévolu vers la musique européenne, anglaise. C'est pas très étonnant puisqu'elle avait travaillé avec Massive Attack auparavant, sur la reprise d'I Want You. On sait aussi qu'elle aime le premier album de Björk, Début, produit par Nellee Hooper. Fin avril 97, elle décide de chercher des producteurs à Londres, dans son hôtel londonien. Elle rencontre un certain Robert Miles. Robert Miles était un producteur italien de musique Trance, Dream Trance, Electro et New Jazz. Miles a soumis à Madonna une chanson nommée Everyday Life. Elle a aimé la démo, demandant juste à Miles de modifier certaines parties de la démo et de travailler dessus. Mais Miles étant trop occupé à ce moment là, il a préféré décliner la proposition de la Madonna. On peut cependant entendre cette chanson dans l'album 23AM de Miles sorti en 1998. Je ne connaissais pas du tout le titre et ça m'a beaucoup fait penser à William Orbit dans l'idée. Une production planante, électro, épurée, envoûtante. J'ai beaucoup aimé. C'est dommage que Miles n'ait pas travaillé avec Madonna quand même.
- Logann
C'est hyper intéressant que tu dises ça parce que justement c'était un petit détail dont j'allais parler mais c'est vrai que ça fait penser aux démos de William Orbit. C'est vrai. C'est vrai parce que c'est très aérien. La musique de Robert Miles pour moi elle est hyper aérienne. Et puis n'oublions pas qu'il a quand même fait Children aussi. La fameuse chanson le... C'est lui. Donc ça, c'est plus qu'un hymne, c'est légendaire comme chanson. Donc c'est très intéressant que Madonna s'approchait de lui parce que la texture musicale, le style, l'ambiance, ça fait penser à du William Orbit. Et encore, et encore, là c'est vraiment une ambiance plus, on va dire, genre jet-set, tu vois. Par contre, William Orbit, c'est vraiment, t'es dans les bois et on va te faire enlever par un vaisseau extraterrestre, quoi. C'est différent. Tu vois, l'approche est différente. J'adore. Chez William, en fait, c'est spatial, voilà. C'est pour ça que ça s'appelle William Orbit. Et on le fait nommer comme ça parce que c'était ses amis qui disaient qu'il était dans la Lune. Donc il leur dit qu'il était orbital.
- Alexandre
Ceci explique cela. La popstar rencontre Nellee Hooper dans l'espoir qu'il produise son prochain album sans succès. Elle rencontre aussi le DJ britannique Goldie, connu pour sa musique Drum & Bass. Il avait reçu des démos de Madonna, en a adoré une, mais ne l'a jamais rappelée. C'est ce qui s'appelle "se prendre un vent". De retour en Amérique, Madonna souhaite collaborer avec The Prodigy. mais le leader du groupe, Liam Howlett, décline sa proposition parce que d'après lui, travailler avec Madonna serait comme vendre son âme au diable. Oui oui, c'est ce qu'il avait dit sur le site internet de MTV en 97. Sympa hein, surtout que le groupe a signé chez Maverick la maison de disques de Madonna. Madonna se confronte à plusieurs refus, ce qui la dépite, on peut la comprendre. Elle avait confié cela dans une interview accordée avec Los Angeles Times en mars 98, je la cite, Oh, on peut pas travailler avec toi, tu es une grande popstar. C'est dingue de se dire qu'elle a ramé autant pour trouver un producteur pendant autant de temps. On voit aussi le dédain de certains musiciens ou producteurs underground. Tout ça parce que Madonna est une popstar, quoi.
- Logann
C'est marrant parce que j'ai envie de rebondir là-dessus dans le sens où moi j'ai vu ça même encore aujourd'hui. Voilà, des cas de figure où il y a des gens qui sont... qui peuvent être très attachés à la musique underground et qui vont complètement nier en bloc tout ce qui va être musique populaire, etc. Parce qu'ils vont pas juger ça comme de la musique qui est intéressante pour eux, tu vois, ça va pas les émouvoir. Et l'idée, c'est que je pense que ça a dû être très difficile pour elle de trouver des gens qui voulaient bosser avec elle, parce que c'était Madonna. Et Madonna, il la connaissait pas encore post-Ray Of Light. Tu vois ce que je veux dire ? C'était une Madonna qui connaissait de l'underground parce qu'elle connaissait les voilà elle touchait à tout, elle vient de ce milieu-là c'est de la crédibilité à leurs yeux voilà parce que c'est très communautaire c'est pas des gros labels c'est pas de la musique surconsommée c'est des choses qui sont très très c'est des gens qui qui ont démarré de rien comme elle en fait et qui ont réussi à trouver une voix et à et à l'exploiter et à faire des chansons des choses comme eux ils l'entendent donc ils ont une vision qui est complètement différente on va dire que de la musique populaire Sauf que Madonna, sa vision, elle est proche de la leur. Et c'est là où est-ce qu'il y a cette dissonance, tu vois. Parce que si Madonna, elle marche aussi bien avec des sons comme ça, c'est parce qu'elle a l'incapacité de le faire. Elle le comprend. Je comprends. En fait, je comprends parce que c'est tout un débat encore, ça, tu vois. Mais je sais que c'est pas simple. Du tout. Crois-moi. Aïe, aïe, aïe. Mais en tout cas, on remerciera quand même William d'avoir fait l'effort avec elle. Parce que... Voilà, hein.
- Alexandre
On peut le remercier.
- Logann
Ouais. Mais j'expliquerai tout ça parce que c'est hyper intéressant ce qui s'est passé entre les deux. Hyper intéressant. Mais on en parlera.
- Alexandre
Et là, d'un coup, Nellee Hooper revient à la charge. Il revient vers Madonna en lui disant qu'il souhaite réécrire les chansons et réclamer de l'argent, rejetant donc les intentions de Madonna de ne produire l'album qu'avec lui. Elle a bien fait savoir à Patrick Leonard dans une lettre qu'elle lui avait écrite en 97. Je la cite. "J'ai commencé à pencher pour Nelly pour s'occuper de tout car il n'est pas auteur-compositeur. Je savais qu'il traiterait toutes les chansons de manière équitable, sans favoritisme ni égo. J'ai envoyé toutes mes démos à Nellee pour qu'il les écoute. Et bien qu'il en ait apprécié quelques-unes, il a fait des remarques dérangeantes sur le fait qu'il allait devoir totalement modifier la musique, tellement modifier la musique qu'il voudrait être crédité en tant qu'auteur. Ce qui m'a bien sûr rendu malade". Elle avait écrit en majuscule "EGO. EGO. EGO". Et ça pour le coup c'est pas très sympa venant de Hooper. On peut comprendre Madonna pour le coup.
- Logann
Oui mais bienvenue dans le monde du business, la musique. Voilà. Les collaborateurs un jour ne sont pas des amis ou des gens avec qui tu seras toute ta vie. Donc c'est un monde qui est compliqué parce que quand toi t'évolues dans une direction, il y en a qui vont te fermer les portes, d'autres qui vont t'ouvrir la main et patati patata tu vois. Madonna c'est quelqu'un quand même qui fait beaucoup parler d'elle, qui fait beaucoup couler d'encre, qui n'a plus rien à prouver dans cette industrie là. Donc ils vont forcément essayer plus d'obtenir quelque chose plutôt que l'inverse. En fait, de toute façon, c'est mutuel dans ces relations-là. Ça dépend des cas. Parce que dans le cas avec Knowles, par exemple, il y a eu une vraie connexion qui s'est faite. Parce que Nowels avait été papa un petit peu avant que Madonna soit sa maman, par exemple. Donc il y avait eu un lien qui a pu se faire, émotionnel. Ça dépend. Mais dans des cas comme ça, ça ne me surprend pas. Business is business.
- Alexandre
Aucune chanson ne mérite d'être réécrite pour Madonna. A noter qu'il existe un CD datant du 4 juin 1997, rassemblant 14 chansons sélectionnées par Madonna durant ses saisons d'enregistrement au printemps 97. Toutes les démos avaient fuité sur Internet avec le temps, on reviendra sur ces démos dans un futur épisode consacré à celles-ci. Très bien, les démos sont faites, mais il faut un producteur pour finaliser et peaufiner ces titres. Et c'est là que Guy Oseary a une idée. Contacter un certain, contiens-toi Logan, William Orbit. A l'époque, il travaillait sur le cinquième volume de ses albums "Strange Cargo", des albums électros. Orbit n'est pas un inconnu pour Madonna. Il avait déjà fait les excellents remixes d'Erotica. I'll Remember ou encore Justify My Love. Guy demande à Orbit de lui faire passer quelques démos qu'il fera écouter à Madonna. Cette dernière invite Orbit à New York ensuite, et c'est un match. L'entente artistique est optimale. "Nous avions passé une semaine au Hit Factory, un studio d'enregistrement mythique de New York. Elle avait chanté ce qu'elle avait travaillé à partir de mes morceaux. Il était clair que quelque chose était en train de se passer", avait confié Orbit au Q Magazine en août 2002. Et là, Madonna acomme une illumination. Dans la lettre adressée à Léonard, elle dit : "Tout à coup, j'ai eu l'impression qu'il savait quelle direction je voulais prendre musicalement sur le plan sonore. Je ne lui ai pas encore officiellement demandé de produire mon album, mais je vais le faire et je voulais que tu le saches en premier. Je sais qu'il sera stupéfait, humble et désireux de me satisfaire, ce qui ne veut pas dire que tu ne l'es pas. Mais je suis vraiment convaincu de la nécessité de prendre une nouvelle direction et le son de William est complètement différent. Après avoir enregistré tant d'albums, c'est ce dont j'ai besoin pour faire bouillir mon sang". Toujours dans cette lettre, Madonna demande la permission à Léonard pour finir ses chansons avec Orbit, tout en lui promettant de le créditer et de le payer à sa juste valeur. On reviendra sur ça dans le prochain épisode, car le processus créatif de Ray Of Light est différent de celui des autres albums de Madonna. Qu'est-ce que tu penses de cette lettre, Logan ?
- Logann
Je pense que c'est intéressant parce que Madonna a quand même beaucoup de respect pour Patrick. Dans le sens où qu'elle fasse une lettre pour s'excuser et lui dire que même si elle ne le prend pas en tant que producteur, ça ne sous-entend pas qu'elle veut mettre fin forcément à leur collaboration, parce qu'ils ont quand même fait des très belles choses ensemble. Donc c'est plus une manière de lui dire "J'ai une direction, fais-moi confiance et je te promets que je ne te laisse pas tomber". Voilà, en gros. Et puis ce qui est hyper intéressant, c'est que William Orbit, c'est quelqu'un qui vient à la base du monde de l'underground. C'est quelqu'un qui avait déjà au moins 10 ans de carrière avant d'avoir Madonna avec lui, et il avait fait des sons qui étaient de la house progressive, il avait un label qui s'appelait Guerilla Records, il faisait de l'ambiance techno de la dance expérimentale en fait William Orbit c'est un obsédé de la texture et de l'atmosphère tu vois c'est comme ça que moi je le vois pour moi c'est un chirurgien de la musique ce monsieur, il est plus intéressé par l'ambiance l'atmosphère qu'il peut créer plutôt que tout ce qui va être vraiment du dance floor pur tu vois et attention parce que ça dépend mais je sais que tu vois qu'il avait bossé enfin qu'il avait il avait fait Torch Song il avait fait des remixes avec Bassomatics donc c'est c'est de la musique qui était absolument avant-gardiste. En fait, William Orbit, c'est quelqu'un qui était en avance sur tout ce qui s'était fait après dans les années 2000. Je pense notamment à toute la musique du Bouddha Bar, etc. Parce que c'est très lié avec ces périodes-là de Madonna. Donc c'est fascinant parce que Madonna connaissait Strange Cargo. Elle écoutait William Orbit. Il avait déjà travaillé avec elle. Enfin, travaillé avec elle. Il avait fait des remixes pour elle dans le temps. Et musicalement parlant, elle est l'élimination. Et je la comprends. Je la comprends tout à fait. passerai des heures à vous expliquer les instrumentaux, les sons qu'il a créés dans son coin avant de rencontrer Madonna, donc on aura le temps de le faire, mais sachez-le que pour moi, quand on parle de synchronicité au sens vraiment spirituel des choses, ça pouvait pas mieux tomber. C'est une symbiose qui s'est passée, tu vois, et c'est hyper important parce que c'est lié avec tous ces concepts un peu de la Kabbale, ce que t'apprends dedans, et ça j'expliquerai aussi. Après l'illumination spirituelle, elle est l'illumination musicale, et je suis tellement ravi de voir que William lui a pas fermer la porte, ça c'est hyper intéressant, parce qu'il aurait pu lui dire non, tu vois. Franchement, quand tu fais des sons dans ton coin comme ça, comme William Orbit, mais qu'est-ce que tu veux faire ton temps avec Madonna, par exemple, tu vois ? Qu'est-ce qu'elle, elle pourrait lui apporter ? Et pourtant, et pourtant, même si la presse peut dire autant de choses qu'ils veulent sur Madonna, eh bien c'est Madonna qui l'a guidé, William Orbit, pendant le projet. Et j'insiste bien là-dessus, parce que j'en ai marre d'entendre des choses fausses par rapport à Madonna. Donc on remet les i sur les points et les points sur les i, et qu'on me dise... Et quand tu te répètes, je me répète, mais au moins ça reste dans les têtes, voilà.
- Alexandre
Pour revenir à Leonard, ça ne veut pas dire qu'il ne participera plus à l'élaboration de Ray Of Light, puisqu'il reviendra aider Madonna ici et là, mais on y reviendra dans le prochain épisode là aussi. Toujours est-il que ça y est, Madonna a enfin trouvé son producteur et elle sait enfin dans quelle direction musicale se diriger. Pour découvrir tout le processus créatif de Ray Of Light ainsi que l'ère en général, on vous donne rendez-vous dans le prochain épisode. Alors je dis le prochain épisode mais c'est plutôt les prochains épisodes parce que là je suis en train de rédiger le script de l'épisode sur l'ère Ray Of Light et il est tellement dense et long, je pense que c'est le script le plus long que j'ai dû faire jusqu'à présent. Eh bien je pense qu'on va diviser l'exploration de l'air en deux parties. Donc première partie, la sortie de Frozen, l'enregistrement de l'album ainsi que sa réception critique et commerciale. Et dans la deuxième partie, là, on va entrer dans le dur en explorant l'album chanson par chanson. Voilà. En attendant, on espère que ce préambule vous a plu. Si c'est le cas, notez le podcast sur 5, sur Spotify, Apple Podcast, si vous nous écoutez là-bas. Abonnez-vous au podcast via votre plateforme d'écoute pour ne rater aucune future sortie d'épisode. On est présent sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, YouTube, Pocket Casts, Podcast Addict, Castro, Castbox. Merci, mon cher Logann, pour m'avoir accompagné dans cet épisode.
- Logann
Eh bien, écoute, merci à toi encore une fois plus, j'ai passé un très bon moment et j'apprécie énormément de pouvoir le faire. Merci à toi de m'avoir dans ce podcast.
- Alexandre
Oh, mais quel honneur, quel plaisir de t'avoir ! En tout cas, chers auditeurs, je vous conseille de vous préparer, toi aussi mon cher Logann, puisque dans le prochain épisode, on va entrer dans une ère emblématique de Madonna, mais aussi de la musique pop en général. On va explorer de fourre-temps comble l'ère Ray Of Light. La première partie sera longue, puisqu'on parlera, comme je vous l'ai dit, de la sortie de Frozen, de l'enregistrement du disque. de sa sortie, de sa réception critique et commerciale, mais on veut explorer du mieux possible tout ce que cette ère nous a offert, musicalement parlant, que ce soit en termes de chansons, de lives, de clips, de références, d'interviews, etc. On vous dit donc à très bientôt pour cet épisode. Prenez bien soin de vous. Au revoir à toutes et à tous.
- Logann
Au revoir, à bientôt !