Speaker #0Pas toujours facile de conjuguer vie de parent et équilibre mental. Bienvenue dans Maman fait psycho, le podcast qui met la psychologie et la recherche universitaire au service de ton quotidien avec ton enfant. Ici, on décortique les sujets liés à la parentalité, au développement de l'enfant et à l'accompagnement parental avec rigueur scientifique mais sans jargon. Que tu cherches des réponses précises ou simplement à comprendre ce qui se joue dans ta famille, Tu trouveras l'éclairage et le soutien dont tu as besoin, épisode après épisode. Bonjour et bienvenue dans le premier épisode de cette série que je consacre à l'accompagnement des enfants autistes en France. Je suis Sophie, je suis maman, je travaille depuis quelques années pour l'association de soutien parental Hand in Hand et je suis également... étudiante en psychologie. En parallèle, il s'avère que je suis la grande cousine d'un petit bonhomme autiste qui a le même âge que mon petit dernier. Et c'est à travers le prisme de ces différentes facettes que j'ai décidé de te partager mes découvertes et d'interviewer quelques acteurs clés qui permettront de mieux comprendre où on en est aujourd'hui dans l'accompagnement des familles d'enfants autistes. Car oui, depuis quelques années, il s'avère que l'autisme s'est un petit peu invité dans ma vie par plusieurs portes, en même temps, de façon assez indépendante. Et ça m'a amené à me poser de plus en plus de questions. D'abord, qu'est-ce qu'on propose vraiment d'efficace aux familles en France pour accompagner les enfants autistes en 2026 ? Comment on en est arrivé là ? Et surtout, qu'est-ce qui aide concrètement au quotidien toutes les familles ? Dans cette série, je vais d'abord... commencer dans ce premier épisode à te donner un aperçu du paysage français concernant l'accompagnement des enfants autistes. Crois-moi, c'est une histoire un petit peu mouvementée qui nous a amenés là où on en est aujourd'hui. Ensuite, dans les prochains épisodes, je donnerai la parole à Juliette. Juliette, elle est psychologue et elle accompagne les familles avec une méthode dont tu as peut-être déjà entendu parler, qui s'appelle la méthode des trois I. Enfin, je te présenterai ma cousine Guénaëlle. Guénaëlle, c'est la maman de mon petit cousin. Et elle te racontera son parcours de maman d'enfant autiste de l'intérieur. Puis je refermerai cette série, seule, avec mes lunettes de psycho du développement et de formatrice à l'approche parmentarienne d'Inan. Et on fera le point. Ce que dit la science, ce que font les politiques publiques en France aujourd'hui, et ce que ça nous apprend. Alors évidemment, dans cette série, je serai ravie de te partager des témoignages, de te faire part de mes découvertes. mais aussi il y aura énormément de questions qui vont rester ouvertes. Parce qu'avant tout, mon objectif ici, c'est d'ouvrir une réflexion. Avant de commencer, il y a quatre éléments qui vont guider tout ce que je vais te raconter dans cette série. Et c'est important que tu puisses les garder à l'esprit à tout moment. La première chose, c'est que tout au long des épisodes, je vais tenter de ne pas tomber dans un accueil compliqué à éviter. On a tendance à voir dans les différentes thérapies de soutien des enfants autistes n'ont plus des outils mais parfois quasiment des sortes d'identité morale. Quand une famille reçoit pour son enfant un diagnostic d'autisme, elle se lance souvent ou elle se trouve un peu propulsée dans une jungle de thérapie possible, parfois très très contradictoire. Et chacune, indéniablement, est toujours présentée avec la certitude quasi religieuse que ce sera la clé pour résoudre tous les problèmes de la famille. orthophonie, ABA, régime, compléments, théorie par le mouvement, par l'eau, par les chevaux, que sais-je. Je pense que quand on parle de thérapie d'accompagnement de l'autisme, il faut avant tout avancer avec énormément, énormément d'humilité. D'abord, observer son enfant. Toujours réduire la souffrance quand c'est possible. Consulter des compétences, là où on voit qu'il y a une possibilité. Et protéger la dignité de son enfant toujours. De temps en temps... Ça vaut aussi le coup de ranger ses lunettes de thérapeute et juste d'être avec son enfant. Jouer, s'asseoir ensemble, perdre du temps. Et peut-être avoir pour fil rouge quelque chose de plus fondamental que le respect absolu et complet d'un protocole thérapeutique. Un deuxième élément que je t'invite à garder en tête pendant toute l'écoute de ces épisodes, c'est le fait qu'on va poser tout de suite un repère qui va nous servir de filet de sécurité. Quand on parle d'accompagnement de l'autisme, Je pense qu'aujourd'hui, il n'y a pas de méthode miracle. Aucune. Je vais direct. Toute méthode qui va se présenter comme miraculeuse, ou qui te promet de récupérer ton enfant si seulement tu y mets assez d'heures, assez d'argent, assez de foi, toutes ces méthodes vraiment me méfient en toi, par principe. La sociologue Brigitte Chamac, qui a beaucoup travaillé sur l'histoire de l'autisme en France, et que je vais citer d'ailleurs plusieurs fois dans cette série, elle le dit à sa façon. Il faut se méfier de l'espoir rendu d'une formule magique. Parce que cet espoir-là... Aussi compréhensible soit-il, peut être extrêmement coûteux pour les familles, en argent, en culpabilité et en épuisement. Il m'est impossible d'ailleurs de ne pas dire un mot sur la culpabilité. Ce sera le troisième élément à garder en tête. Aujourd'hui, on voit de plus en plus se développer des dispositifs publics qui sont censés aider et soutenir les familles. Ce sont des plateformes qui coordonnent les parcours de soins pour faire le lien entre le pédiatre, le psychologue, l'orthophoniste. le psychomotricien. Et honnêtement, sur le papier, c'est une bonne nouvelle. Ça part d'une vraie intention et mieux vaut un parcours coordonné qu'un parent qui court d'un cabinet à l'autre. Mais soyons lucides deux minutes. Coordonner des rendez-vous, ce n'est pas la même chose que soutenir un parent au quotidien. Vraisemblablement de gros chaînons manquants. Et il y a vraisemblablement de gros chaînons manquants dans ces dispositifs. Et c'est peut-être ça qui ferait une différence pour les familles. Enfin, un quatrième élément très très important aussi. Il faut, je pense, toujours garder en tête que être parent d'un enfant autiste, ce n'est jamais une ligne droite. C'est normal qu'il y ait des moments plus compliqués que d'autres, qu'on passe par des phases de doute, d'incertitude. Au final, les parents d'autistes le savent bien. Le chemin qu'ils vont parcourir avec l'enfant ne sera jamais linéaire. Et je pense que chaque parent fait vraiment au mieux, avec les informations qu'il a, les moyens qu'il a et l'énergie qui lui reste. Si tu es un parent d'enfants autistes et que tu m'écoutes, ce podcast est là pour toi et pas jamais contre tes choix. Allez, c'est parti pour ce premier épisode. Avant de plonger dans le vif du sujet, j'aimerais te proposer une petite expérience de pensée. Quand je dis autisme, prends deux minutes et essaie de réfléchir à ce qui te vient en tête, là tout de suite. Est-ce que tu as un enfant qui se balance ? Un génie de type Renman ? Un génie des maths ? Un petit garçon qui ne parle pas ? Une personne dans sa bulle, peut-être ? On a tous des images, tous. Certaines viennent de films, d'autres de rencontres, d'autres de nulle part en particulier, c'est tout, elles flottent dans l'air, dans notre culture. Et c'est tout à fait normal. C'est comme ça que fonctionne notre cerveau face à ce qu'il connaît. plutôt mal. La psychologie sociale appelle cela les représentations sociales. Et elles distinguent deux choses qui se mélangent souvent dans nos têtes. D'abord nos croyances personnelles, ce que moi je pense des personnes autistes, et les stéréotypes culturels, ce que je sais que la société raconte sur elle, que j'y adhère ou non. C'est d'ailleurs un vrai sujet de recherche. En ce moment même, des travaux sont menés en France, j'ai notamment croisé l'étude d'une étudiante en master. pour cartographier précisément ces images-là dans la population française. Pourquoi je te parle de ça ? Parce que ces images ne sont pas anodines. Elles façonnent la manière dont les personnes autistes sont perçues, accueillies, accompagnées ou pas. Elles influencent le regard de la maîtresse, du pédiatre, de la dame dans le supermarché, du recruteur. Et elles influencent aussi, soyons honnêtes, notre propre regard de parent. Et surtout, ces images viennent de quelque part. Elles ont une histoire. Et cette histoire, en France, elle est mouvementée. Laisse-moi te la raconter en commençant par un amphi de fac un matin de janvier. Nous sommes en janvier 2026, il est 8h du matin, dans un grand amphi de l'université de Lille. C'est mon premier cours de psychopathologie et je suis ravie. Un sujet tout neuf dans lequel je me sens parfaitement novice. Le cours commence, la prof se présente. Elle est spécialiste de l'autisme infantile et ce sujet va nous occuper pratiquement tout le semestre. Jusque là, tout va bien. L'autisme, je ne connais pas grand-chose si ce n'est par Hand in Hand, l'approche de parentalité dans laquelle je suis formatrice, et par mon petit cousin qui a reçu un diagnostic de TSA, trouble du spectre de l'autisme, il y a quelques temps. Alors franchement, je suis ravie d'approfondir. D'autant qu'à Hand in Hand... C'est un sujet qu'on crosse de plus en plus, l'autisme, en proposant un accompagnement de plus en plus spécifique pour les parents d'enfants autistes. Chic, je me dis, mes études de psycho vont m'apporter le bagage théorique qui va sacrément m'aider dans mes accompagnements. Et puis, au bout de 5 minutes de cours, la prof précise. Ce semestre, nous nous intéresserons à la psychopathologie, oui, mais pas n'importe laquelle. La psychopathologie psychanalytique. Oh non, grosse grosse déception. Je n'ai pas un amour fou pour la psychanalyse. Cette année de licence m'a apporté quelques éclairages intéressants en la matière, je le reconnais, mais j'ai, à ce moment-là en tout cas, une vision de la psychanalyse comme d'une pseudo-science. Mes heures d'écoute du podcast Méta de Choc, je te mettrai la référence dans les notes du podcast, n'ont pas aidé, je l'avoue. Et surtout, j'ai le sentiment qu'elle passe à côté de quelque chose d'essentiel pour moi, la dimension de la relation parent-enfant. Ce qui est très paradoxal d'ailleurs, et je le note au passage, puisque ce sont des psychanalystes qui ont développé la théorie de l'attachement. Cette théorie qui me bat énormément et qui, un demi-siècle plus tard, font encore une bonne partie de la recherche sur le lien parent-enfant. Tu le sens le truc ? Ma position vis-à-vis de la psychanalyse est ambivalente. Et elle va le rester tout au long de cette série de podcasts. Parce qu'il y a au cœur de cette vieille dame que je critique, une intuition que je trouve très précieuse. Mais voilà où j'en suis ce matin de janvier, dans cette amphi. Déçue et franchement sur la défensive. Et pourtant, pendant tout ce semestre, je vais découvrir la façon dont la psychanalyse se propose d'accompagner l'autisme chez l'enfant. Et surtout, la façon dont, après s'être taillé la part du lion en France dans les propositions de soins, elle a fini par être reléguée au second plan, au profit d'approches dites beaucoup plus comportementalistes. En fait, cette déception dans l'anfis Matala, elle m'a mené quelque part d'inattendu. Parce que pour comprendre pourquoi, en 2026... Une fac française consacre encore un semestre entier à la lecture psychanalytique de l'autisme. Il faut remonter le fil. Et ce fil, c'est toute l'histoire de l'autisme en France. Alors installe-toi et je te raconte. Tu vas voir, c'est très intéressant. Tout commence dans les années 40. Deux médecins, chacun de leur côté, décrivent pour la première fois les symptômes d'enfants un peu particuliers. Des enfants qui semblent vivre dans leur monde, qui ne communiquent pas comme les autres, qui ont besoin que les choses soient... toujours pareil. Il s'agit de Léo Kanner aux Etats-Unis et de Hans Asperger en Autriche. Le mot autisme est posé et très vite une question va brûler les lèvres. D'où est-ce que ça vient ? La première bifurcation de l'histoire et elle va coûter très très cher aux familles et aux enfants parce que la réponse qui s'impose à l'époque c'est ça vient des parents. Et qui s'occupe principalement des enfants dans les foyers dans les années Camonte ? Un psychanalyste très médiatique, Bruno Bettelheim, popularise dans les années 60 une image terrible, celle des mères réfrigérateurs. Des mères trop froides, pas assez aimantes, qui auraient sans vouloir enfermé leur enfant dans une bulle. Aujourd'hui on sait que c'est faux, archi faux. Mais imagine deux secondes ce que ça a fait aux familles de l'époque. Tu as un enfant qui va mal, Tu cherches de l'aide et la réponse du corps médical c'est « c'est vous le problème madame » . Des générations de mères ont porté cette culpabilité. Pendant ce temps, heureusement, dans la plupart des pays, la science avance. Dès la fin des années 70, des études sur des jumeaux montrent que l'autisme a une forte composante héréditaire. Et petit à petit, un consensus se dessine. L'autisme semble être un trouble du neurodéveloppement. Ça veut dire que le cerveau se développe différemment très tôt. et notamment dans la façon dont il régule les informations qui lui arrivent. Et ça, c'est un point qui change tout dans la manière de comprendre. Avant d'être une affaire de comportement bizarre, l'autisme, c'est d'abord une affaire de régulation, un système nerveux qui reçoit le monde différemment, parfois trop fort, parfois pas assez, et qui doit composer avec ça en permanence. Les difficultés qu'on voit ensuite, la communication, les interactions, le besoin que rien ne change, Tout se construit sur cette base-là. Petit aparté néanmoins avant d'aller plus loin. On entend souvent « l'autisme, c'est génétique » . Alors c'est vrai, mais attention, en partie seulement. La génétique joue un rôle, ça ne fait aucun doute. On a identifié des centaines de gènes liés au neurodéveloppement. Mais, et c'est la sociologue Brigitte Ausha qui tire la sonnette d'alarme, dans un article au titre « Sensibilité » , l'autisme... sur-estimation des origines génétiques. On a parfois vendu la piste génétique comme la réponse, alors qu'elle est loin d'expliquer tout. Concrètement, quand on cherche une cause génétique précise chez une personne autiste, on ne la trouve que dans une minorité des cas. La neuropsychologue Sylvie Chaucon le dit clairement. La plupart des personnes autistes ne présentent probablement pas d'anomalies génétiques, identifiables, mais plutôt une vulnérabilité neurodéveloppementale, parfois liée à des événements autour de la naissance. Autrement dit, il n'y a pas... une cause de l'autisme. Il y a des autismes, au pluriel, avec des chemins différents. Ce qui est sûr, c'est que le paradigme change à ce moment-là. Ce n'est la faute de personne. Ce n'est pas une maladie de la relation. Et en 1980, ce basculement est officialisé dans ce qu'on appelle le DSM, le Grand Mind Mail International qui classe les troubles psychiques une sorte de dictionnaire de référence de la psychiatrie mondiale. En 1980, le DSM sort l'autisme de la case psychose, pour en faire une catégorie à part, un trouble du développement. Dans la foulée internationale, on développe des méthodes d'accompagnement éducative et comportementale. On y reviendra en détail. Mais le cap est posé. On ne cherche plus un coupable, on cherche à aider l'enfant à se développer dans un environnement qui lui serait davantage favorable. Et la France, pendant ce temps-là ? La France, elle ne suit pas. Chez nous, la psychanalyse a une place immense dans la psychiatrie. Et l'autisme reste classé pendant des décennies dans les psychoses infantiles. Concrètement, ça veut dire quoi pour les familles ? Ça veut dire des enfants accueillis en hôpital de jour, où un vrai travail est mené, qu'on ne me fasse pas dire le contraire, mais à travers une grille de lecture psychanalytique. Et c'est là, avec mes lunettes d'étudiante en psycho du développement, que les choses se compliquent à mes yeux. Parce que cette grille-là entre de plus en plus en contradiction avec ce que montre la recherche récente. Je te donne un exemple qui m'a frappé. On répète souvent, tu l'as sans doute entendu, que les personnes autistes ne savent pas communiquer, qu'il leur manquerait ce qu'on appelle une théorie de l'esprit, la capacité de se mettre, par exemple, à la place de l'autre. Sauf que des chercheurs canadiens sont en train de retourner complètement cette idée. Le neuroscientifique Guillaume Dumas, à Montréal, a mené une expérience qui me paraît fascinante. Il a fait interagir des binômes, soit deux personnes neurotypiques, soit une personne autiste et une personne neurotypique. Et il a mesuré l'activité de leur cerveau. Qu'est-ce qu'il observe ? Que les personnes autistes sont tout à fait capables d'imiter, de se synchroniser avec l'autre. Ce qui change, c'est le tour de parole. Elles initient moins le mouvement. Mais surtout, et c'est ça qui change tout, la difficulté n'est pas dans la personne autiste toute seule. Elle est dans la rencontre entre les deux. Duma dit une chose que je trouve très intéressante. Quand tu réfléchis, on ne dirait jamais d'une personne neurotypique qu'elle a un déficit social parce qu'elle ne comprend pas une personne autiste. Pour ça, c'est tout aussi vrai dans ce sens-là. La compréhension est à double sens. Autrement dit, l'autisme serait moins un trouble logé dans un individu qu'une affaire de relation qui engage le monde. Tu vois maintenant pourquoi ça me parle avec ma casquette hand in hand ? Mais on continue largement en France à décrire l'autisme comme un déficit individuel. Et ce grand écart, deux façons de regarder le même enfant avec des grilles qui, à mon sens, sont contradictoires, pour moi, c'est un vrai problème. On y reviendra parce que je l'ai vécu directement sur les bancs de la fac. Entre alors en scène, dans l'histoire de l'autisme, des acteurs dont on parle trop peu, à savoir les parents eux-mêmes. Parce que ce sont eux qui, les premiers, ont commencé à faire bouger les lignes. La sociologue Brigitte Chamac, encore elle, a montré à quel point les associations de parents ont été le vrai moteur de changement en France. Des familles qui se regroupent, qui regardent ce qui se fait à l'étranger, qui se demandent pourquoi pas chez nous. Des parents qui montent des structures, parfois à leurs frais, qui font venir des formateurs, qui réclament qu'on enseigne enfant quelque chose à leur enfant. Ce sont eux qui ont poussé pour qu'on passe de la psychose infantile au handicap. Pour la scolarisation, pour les recommandations officielles. Je trouve ça important de le dire parce que derrière les grandes dates que je vais te citer, il y a d'abord ça, l'obstination des familles qui refusent qu'on leur dise « c'est votre faute et il n'y a rien à faire » . Quelques dates donc pour te donner la mesure du retard. Il faut attendre le milieu des années 90, oui, années 90, pour que la France reconnaisse officiellement l'autisme comme un handicap et non plus comme une maladie psychiatrique. En 2004, la France est d'ailleurs condamnée par le Conseil de l'Europe pour ne pas assurer l'éducation des enfants autistes. Condamné. Pas critiqué ou pointé du doigt. Condamné. En 2005 ? Une grande loi pose le droit de tout enfant handicapé à être scolarisé en milieu ordinaire. Les plans autisme s'enchaînent. Et puis arrive 2012. La Haute Autorité de la Santé, la HHS, c'est l'organisme qui lit officiellement en France quelles pratiques de soins sont recommandées, publie ses recommandations sur l'autisme. Et là, grand basculement, les approches éducatives, comportementales et développementales sont recommandées. La psychanalyse, classée non consensuelle. Autrement dit, pas de preuve, pas de feu vert. Sur le papier, la page est tournée. Mais attends, je te parle depuis tout à l'heure de ces approches comportementales de TCC. Je ne t'ai jamais expliqué ce que c'était. Réparons ça parce que si tu es parent d'un enfant autiste, ce sont des sigles que tu vas croiser partout. TCC, ABA, Teach, Denver, petit décodage. D'abord, une précision de vocabulaire. Les TCC, les thérapies cognitocomportementales, c'est au départ... une grande famille de thérapies nées de la psychologie scientifique du XXe siècle. L'idée de base, elle est simple, nos comportements, c'est de l'acquis. On apprend par association, par répétition, par renforcement. Quand quelque chose est suivi d'une conséquence agréable, on a tendance à le refaire, à le répéter. Et donc, ce qui a été appris peut être appris autrement. Les TCC ont fait leur preuve, et d'ailleurs plutôt solidement, notamment sur l'anxiété, la phobie, les dépressions, y compris d'ailleurs chez des personnes autistes qui souffrent d'anxiété. Dans l'autisme de l'enfant, ce qu'on appelle approche comportementale, c'est l'application de ces principes d'apprentissage au développement. La plus connue, c'est l'ABA, l'analyse appliquée du comportement, née aux Etats-Unis dans les années 60-70. Concrètement, on découpe une séquence, par exemple, demander, s'habiller, regarder l'autre, en toutes petites étapes, on les enseigne une à une, de façon intensive et répétée, en renforçant chaque réussite. Il y a aussi TEACH, T-E-A-S. CCH, qui mise sur la structuration de l'environnement, des repères visuels, des routines claires. Et plus récemment, des modèles hybrides, comme le modèle de Denver. Son nom complet, c'est Early Start Denver Model. Et le mot early, précoce, est important. Ce modèle est conçu spécifiquement pour les tout-petits, les enfants diagnostiqués très tôt avant 4 ans. Il mélange les principes comportementaux avec du jeu et du développemental. Et c'est intéressant parce que les approches modernes se sont beaucoup adoucies. rapprochés du jeu et de l'initiative de l'enfant. Alors maintenant, qu'en pensez-vous de ces différentes approches ? D'abord, on va regarder le côté positif des approches comportementales. Ce sont de très loin les approches les plus étudiées scientifiquement dans l'autisme. Des dizaines d'études, des essais contrôlés, des méta-analyses. Elles montrent des progrès réels, notamment sur le langage, sur les capacités cognitives, l'autonomie du quotidien, taux positif. Et elles donnent aux parents et aux professionnels des outils très concret, très structuré, et quand on est un peu perdu en tant que parent, du concret, ça n'a pas de prix. Maintenant, regardons les choses moins bien. Comme tu le sais peut-être, un enfant autiste peut avoir une mémoire exceptionnelle. Du coup, avec une méthode très répétitive, on a parfois l'impression que ça marche formidablement. L'enfant restitue, récite, reproduit. Mais mémoriser, ce n'est pas la même chose que comprendre. Attention, il peut répéter une suite de chiffres. sans pouvoir s'en servir pour raisonner. Reproduire un comportement appris sans faire le lien avec une autre situation. La performance, elle est là, mais le bon entre les choses, lui, ne se construit pas tout seul. Et ça, c'est une vraie limite de l'approche. On peut entraîner des comportements sans forcément développer la compréhension qui va avec. Il y a d'autres reproches qu'on peut faire aux approches comportementales, notamment leur coût, la lourdeur que ça impose aux familles avec des heures d'entraînement. à devoir planifier chaque semaine, le fait que ça ne fonctionne pas de la même manière chez tous les enfants. Mais ce sont des critiques que finalement, on pourra également adresser aux approches dites développementales qu'on va développer un peu plus tard dans cette série podcast. Si je prends par exemple la méthode des 3i, c'est une méthode qui demande des dizaines d'heures de présence dans la semaine. Toute une organisation, des bénévoles, une supervision, je te raconterai tout ça. Aucune de ces approches, quelle que soit sa philosophie, n'échappe à la question. à quel prix, pour quelle famille et avec quels résultats pour quel enfant. Qu'on parle d'approche psychanalytique, d'approche développementale ou d'approche dite plus comportementale. Il y a également une autre réserve importante que j'aimerais te communiquer par rapport aux approches comportementalistes. La qualité des preuves, quoi qu'on en pense, est beaucoup plus fragile qu'on le dit parfois. Beaucoup d'études, si on regarde en détail, vont porter sur des tout petits effectifs. sans évaluation en aveugle, et les effets sur le cœur de l'autisme, à savoir la communication sociale, au-delà des compétences apprises, restent très modestes. Ensuite, l'intensité recommandée, parfois 20-30 heures par semaine, est évidemment coûteuse et épuisante pour les familles, ce qui les rend souvent très inaccessibles dans la majorité des cas. C'est là que la sociologue Brigitte Chamac met le doigt sur quelque chose d'important. La promotion de ces méthodes a donné l'opportunité de développer un marché très lucratif, comme tu peux l'imaginer. Un marché qui fait naître, je la cite, un nouveau sentiment de culpabilité chez les parents. Celui de ne pas avoir les moyens de mettre en œuvre tout ce qu'il faut pour aider leur enfant. Tu vois le retournement ? C'est assez subtil. Mais hier, on culpabilisait la mère d'avoir causé l'autisme. Aujourd'hui, on risque de culpabiliser le parent de ne pas faire assez d'heures, de ne pas payer assez de séances. Et Chamak pointe du doigt autre chose, plus dure encore, et que je trouve essentielle à dire. Seuls certains enfants répondent positivement à ces méthodes. Et les effets à long terme sont encore mal connus. Pire, les enfants qu'on considère trop déficients sont parfois complètement écartés de ces dispositifs, mis de côté justement par ceux qui en font la promotion. Autrement dit, les enfants qui auraient le plus besoin de soutien sont parfois ceux qu'on laisse complètement sur le bord du chemin. Et ça, ça doit nous inciter, c'est elle qui le dit, et je la rejoins totalement, à nous méfier de tout discours qui vendrait une méthode comme miraculeuse. Enfin... Il y a une critique de fond, portée notamment par les adultes autistes eux-mêmes. À force d'entraîner l'enfant à des comportements attendus, ne lui apprend-on pas surtout à se conformer, à masquer ce qu'il est, au prix de son bien-être ? Les pratiques historiques les plus dures ont été abandonnées, ça c'est certain. Et les approches modernes sont bien plus respectueuses de l'enfant. Mais la question reste posée, et je pense qu'elle est légitime. Puisqu'on parle d'approches qui cherchent à mieux respecter le fonctionnement autiste, je veux te glisser un nom. Il existe une approche canadienne que je trouve très intéressante et qui s'appelle SACAD. Sa particularité, c'est qu'elle ne part pas de l'idée qu'il y aurait des déficits à corriger, mais de l'idée que l'autisme est une autre façon de penser qu'on peut accompagner dans son propre développement. Elle a d'ailleurs été co-construite avec des personnes autistes et elle s'adresse à tous les âges. Voilà, j'espère que le tableau est un petit peu plus clair pour toi maintenant. D'un côté donc, on a dit cette tradition psychanalytique qui regarde le sens et la relation, mais qui manque cruellement de preuves au final, et de l'autre des approches comportementales, mieux étayées, mais critiquées sur leur visée, leur l'odeur et leurs angles morts. Entre les deux, des approches développementales, dont on va beaucoup parler dans cette série. Des paroisses qui ne se parlent pas beaucoup, qui n'utilisent pas les mêmes mots, et qui ne mesurent même pas le succès de la même façon. Et au milieu de tout ça, il y a toi, parent, à qui on demande de choisir en permanence, souvent au moment les plus vulnérables de ta vie. avec des listes d'attente partout et des discours contradictoires à chaque porte. Compliqué, n'est-ce pas ? Je t'attendrai à nouveau dans le prochain épisode pour la suite de cette histoire de l'autisme français.