Description
Nicolas bouvier, le roi des récits de voyage.
Ne passez pas à cote du chef d’œuvre de la littérature de voyage.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Nicolas bouvier, le roi des récits de voyage.
Ne passez pas à cote du chef d’œuvre de la littérature de voyage.
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Transcription
Salut les mangeurs de livres pour un nouveau podcast de livres au vore assidus. Ça faisait un petit moment que j'avais pas fait de podcast, alors pour le retour, pour la rentrée des classes, j'ai décidé de vous parler d'un petit livre qui vous transporte loin, loin, loin, loin. Il est considéré comme le plus grand récit de voyage de tous les temps, et pendant longtemps j'y ai pas cru, comme d'habitude. Moi, Bob le Snob, je vais vous parler de l'usage du monde. de Nicolas Bouvier. Alors comme je vous le disais, et puis surtout vous devez tous en avoir entendu parler puisque vous êtes des mangeurs de livres assidus, en tout cas, si ce n'est pas le cas, Nicolas Bouvier, un Suisse, qui est devenu célèbre avec ce livre L'usage du monde. Alors, de quoi ça parle ? En 1953, un jeune Suisse de Genève qui se prédestinait à la carrière sympathique pour des mangeurs de livres comme nous, à tout le moins de bibliothécaires, a décidé de partir pendant deux ans avec un ami à lui qui s'appelait Thierry Vernet, qui était peintre de son état, vers l'Est, vers l'Orient. Il ne savait pas trop où leur pas les mènerait, mais il disait qu'ils avaient deux ans. deux ans pour voyager. Et son pote Vernet, apparemment, il devait se marier au bout des deux ans, et sa future femme devait le rejoindre à la fin du voyage, quelque chose dans le genre. C'était ça, un petit peu l'horizon. Et comment ils ont décidé de partir ? Avec une Fiat 500 Topolino. Alors, je suis comme vous, à l'époque, j'étais pas là, et pour nous, les Fiat 500, maintenant, c'est des trucs... Leonardo DiCaprio conduit dans des publicités un peu kitsch. Et bien non, la vraie Fiat 500 c'était une petite voiture qui n'avait pas trop la patate mais qui apparemment était capable de rouler des milliers de kilomètres. Et donc Thierry Vernet est parti un peu en avance et quand il est arrivé à Zagreb, il a envoyé un petit courrier à... à son pote Nicolas en lui disant que c'était fantastique, c'était déjà le début de l'Orient, il n'était que dans les Balkans, et déjà les marchés, les paysans, la musique, tout ça c'était la porte de l'Orient, et qu'il ferait bien de rejoindre sinon et partir tout seul. Donc Nicolas le rejoint. Et en réalité le vrai voyage commence là, ils se rejoignent à Belgrade, dans ce qui à l'époque était, parce que c'était en 1953, c'était la guerre froide. A l'époque, c'était encore la Yougoslavie. Donc ça aussi, cette date-là, le fait que ça se passe dans les années 50, et que c'était la guerre froide, que le monde était paie en deux, voire en trois, avec les pays non alignés, et qu'en réalité, pour un occidental, c'était compliqué de traverser certains pays à l'époque, ça donne du piquant aussi à ce récit de voyage. Mais donc, parlons du bouquin. Donc comme je vous le disais, moi pendant longtemps, longtemps, longtemps, j'ai entendu parler de ce livre, je le voyais régulièrement dans les librairies, on m'en parlait, à l'école on en parlait, dans les émissions littéraires on en parlait, et je sais pas pourquoi. Alors que je suis un féru de récits de voyage, j'en ai lu plein, les mecs du 19e, et peut-être que c'est ça aussi, peut-être que c'était parce que c'était un Suisse des années 50, et que tout le monde en parlait tellement, et que j'y croyais pas une seconde, je me disais, sérieusement, c'est quoi ce truc ? Il y avait toujours ce côté un petit peu... Bon, bien sûr, pour les années 50, on ne peut pas dire bobo, mais je veux dire moi, quand j'étais un peu plus jeune et que j'en entendais parler, j'avais l'impression que c'était une certaine intelligente CIA qui faisait un peu la pub de ce livre, mais j'y croyais pas trop. Bref, tout ça pour dire que comme pour plein d'auteurs et pour plein de bouquins, en fait, je suis passé à côté pendant des années. Et comme pour la plupart des bouquins de ce genre-là, un jour, quand même, je l'ai eu dans la main, et j'ai dit, bah quand même, c'est un devoir. pour un mangeur de livres, de se faire une idée par soi-même. Et je l'ai ouvert. Et franchement, depuis, je le conseille à tout le monde, et je fais un mea culpa gigantesque. Parce que c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Alors c'est peut-être pas le meilleur de tous les temps, comme récit de voyage, mais c'est un récit de voyage fantastique. Déjà, c'est vrai, il a un don bouvier, tout le monde le dit, il a le don de nous emporter. de faire vivre son voyage par rapport avec lui et ça déjà c'est un talent que peu de des clients c'est bien ça le problème Et en plus, justement, peu d'écrivains longs, peu de voyageurs longs, c'est pour ça que les récits de voyage qui vous emportent, c'est qu'un faible pourcentage en réalité des récits de voyage. Et moi en tout cas, ça a marché, je me suis plongé dedans et je l'ai lu quasiment d'une traite. Donc, après ce petit préambule où je bats ma coulpe d'avoir fait une erreur littéraire encore, qu'est-ce qui est fascinant dans ce livre ? Donc déjà, je vous dis... c'est l'époque ok c'est pas Richard Burton au 19ème siècle qui découvre les sources du Nil ou qui rentre incognito dans la Mecque c'est pas Gertrude Bell pareil qui est dans le désert avec Laurence d'Arabie mais en réalité c'est tout aussi épique et ce qui est cool c'est que ça commence doucement alors déjà il y a le fait qu'ils ont leur piat Topolino parce que ça va être un personnage à part entière cette voiture du voyage et ils se disent qu'ils ont de l'argent que pour 4 mois mais en réalité ils veulent voyager pendant 2 ans donc Thierry Vernon c'est un peintre apparemment qui a déjà une petite célébrité il se dit qu'il va vendre des toiles pendant toute la durée du voyage d'ailleurs à Belgrade il est invité par l'association des peintres serbes, un truc comme ça, à faire une expo et Bouvier il se dit qu'il prend avec lui une Remington une vieille machine à écrire et un enregistreur et il se dit qu'il va faire des articles pour des journaux suisses et puis au pire des cas il essaiera d'en vendre sur place ou de donner des cours de français donc on se dit que ça peut marcher donc quand il rejoint son pote à Pellegral déjà ce qui est cool c'est que ça nous donne une idée des balkans à l'époque parce qu'aujourd'hui malheureusement on a une idée justement après la chute de la yougoslavie, de la guerre du morcellement de ce qui fut donc ce pays, on a l'impression que c'est une espèce de tiers-monde à l'intérieur de l'Europe, qu'il y a des méchants serbes, des pauvres bosniaques, des albanais encore plus derrière, en réalité, déjà c'est pas le cas aujourd'hui, c'est une vision, dirais-je, vraiment occidentale d'un mec qui voyage pas, d'ailleurs je vous invite à aller dans les Balkans, c'est fantastique. Mais à l'époque, comme il y avait cette unité... Bon, de force, Tito, c'était un dictateur, mais c'était quand même la Yougoslavie. Donc, une fois qu'ils ont réussi à traverser avec leur passeport de Occidental, ils étaient plutôt bien accueillis. Et tout de suite, c'est vrai qu'il y a un air, peut-être pas de l'Orient lointain, mais on sent qu'on n'est pas en Occident. Et c'est marrant, parce qu'ils auraient pu nous parler justement de la chape de plomb du communisme. Non, ils préfèrent nous parler de l'accueil. des paysans bosniaques, serbes, croates, ils parlent toujours de la même chose. Et comme ils ont eu la bonne idée d'emmener un accordéon aussi avec eux, et qu'aucun d'entre eux ne parle de serbo-croate, en fait, par le biais de la musique, par le biais de la boisson, par le biais juste de partager un repas parfois dans un village, nous font sentir la vie. quasiment intemporel de cette partie des Balkans. Alors je dis pas pour les plus jeunes, mais moi, bon je suis pas né dans les années 50, j'étais pas né, mais quand j'étais encore adolescent, on va dire, il y avait encore le mur, il y avait encore l'Est et l'Ouest et nous on avait une vision vraiment archaïque du monde communiste. On avait l'impression qu'ils mourraient de faim, qu'ils n'avaient accès à rien. Mais déjà, lui, il nous peint un tableau c'est vrai, on pourrait dire presque que c'est une campagne intemporelle ça pourrait se passer au XVIe siècle ou sous l'Empire Ottoman mais en tout cas, c'est bucolique, c'est paisible ils mangent pas la même chose que en Suisse, ils écoutent pas les mêmes musiques ils boivent pas les mêmes alcools par exemple par le biais de la musique, tout de suite comme il y a l'enregistreur là, il enregistre il enregistre dans chaque village le type de musique des Balkans, que ce soit les Ziganes, que ce soit justement les différences entre les Serbes, les Bosniaques, les Croates. Et ça lui sert aussi de passeport de village à village, parce qu'il peut écouter à tout le monde les musiques qu'il a enregistrées, et à chaque fois c'est un prétexte pour faire la fête. Bref, il ne s'attarde pas non plus des années dans les Balkans, il traverse, il se retrouve un moment en Grèce, et surtout après c'est quand il arrive en Turquie. Et Turquie là c'est la vraie porte de l'oreille. et jusqu'à présent la fiat tient le coup et moi je me disais bon ok c'est sympathique ce voyage mais... Si c'est comme ça jusqu'au bout du bouquin, c'est pas ça qui va me transporter. Et justement, c'est au moment où j'ai commencé à me dire, finalement, peut-être que c'est juste une escapade champêtre et bucolique, que ça commence les vraies galères. Parce qu'à partir du moment où ils se retrouvent en Anatolie et qu'ils veulent passer en Asie abrégée, puis après en Iran, là, c'est Indiana Jones. Moi, à tel point qu'à un moment, je me suis dit, non, c'est pas vrai, en fait, ils mentent. C'est pas possible ce qui lui arrive. Ce qui leur arrive, comment ils arrivent à sortir de galères impossibles à imaginer. Je me suis dit, ils bluffent. C'est pas vrai. C'est juste un inventeur de génie. C'est pas vrai. Par exemple, leur fiat, dès qu'ils arrivent vraiment en Asie, c'est la merde. Ils tombent en panne tout le temps. Alors apparemment, surtout son pote Thierry, là, il... Il est tout bien peut s'habiller en mécanique mais bon quand ils sont genre dans les montagnes anatoliennes et puis ensuite dans les dans le Caucase là et dans dans les passes entre l'Azerbaïdjan et l'Iran et ensuite le Pakistan je vous parle même pas de l'Afghanistan parce qu'en réalité le voyage donc il part de Suisse puis de Belgrade jusqu'à en Afghanistan en tout cas pour ce qui est de Bouvier parce que son pote Thierry là au bout d'un moment il va rejoindre sa meuf dans le pas que ce soit au Sri Lanka ou à Goa, un truc comme ça, pour se marrer. Mais en tout cas, Bouvier, il va continuer jusqu'à la fameuse Khyber Pass, vous savez, la passe en Afghanistan où l'armée anglaise a essayé d'envahir l'Afghanistan à cette époque-là. C'est la fameuse bataille de la Khyber Pass, où il y avait 10 000 soldats de sa majesté et qu'il n'y en a qu'un seul qui s'en est sorti. Et les Afghans, ils l'ont laissé partir juste pour qu'ils puissent témoigner qu'il ne fallait pas venir en Afghanistan. Et moi, en fait, c'est à ce moment-là où il m'a vraiment pris. Parce que j'étais en panique avec lui. Un moment, par exemple, ils sont à Tabriz, c'est en Azerbaïdjan, et déjà, c'est les hauts plateaux, c'était dur d'y arriver. Ils ont passé déjà la fournaise de l'été. Et en fait, ils tombent en panne. Et surtout, il y a la neige. Et à la neige, ils n'ont plus d'argent, ils sont en galère totale. Et ils ne peuvent plus dire, c'est genre des températures de moins 20. Et surtout la neige, elle empêche toute circulation. C'est pas les autoroutes de France, et avec leur Fiat, c'est pas possible. Donc ils passent un hiver entier à Tabriz, et ils doivent se débrouiller. Au début, ils y arrivent un peu, mais à un moment donné, c'est vraiment limite de la famine. Et bon, en même temps, bien sûr, il y a toujours cette hospitalité orientale, ils arrivent toujours à trouver des gens qui sortent de la galère. Parfois, ils ont des problèmes avec les autorités, parfois ils se retrouvent en taule. Moi, en tout cas... C'est ce moment-là, quand ils arrivent vraiment en Orient. C'est un vrai dépaysement, et c'est l'Orient des années 50. L'époque où c'était encore un terrain incognita pour la plupart des Occidentaux, surtout, en plus, comme je vous dis, c'était la guerre froide, où c'était les pays non alignés, en tout cas c'était compliqué, quand on était un Occidental, de traverser ces pays-là. C'était chaud. Et on le voit déjà, parce qu'ils sont un peu inconscients, déjà en Turquie, parce qu'à l'époque, c'était limite... une dictature militaire, on sent qu'il ne fallait pas se comporter comme un Suisse. Il fallait baisser la tête et comprendre qu'on n'était pas chez soi. Et puis l'Azerbaïdjan, à l'époque, ça fait partie de l'UASS. Ce n'est même pas comme aujourd'hui, une république indépendante. Donc là, ils passent vraiment le rideau de fer. Mais c'est l'UASS orientale. Ils sont avec des turcmen, en gros. des azéris. Et ils parlent pas la langue, c'est un moment où ils ont plus d'argent. Et moi je vous dis, il y a des moments où j'y croyais vraiment pas, je me disais, mais non, c'est pas possible. Déjà, leur voiture qui les lâche tout le temps, dans des montagnes à plus de 3000 mètres, à plus 40, à moins 30, et des fois ils marchent pendant deux jours dans le désert, ils trouvent une espèce d'auberge avec des douaniers qui comprennent rien, qui leur disent, qu'est-ce que vous foutez là, mais il faut aller chercher la voiture. C'est incroyable. Et en même temps, toujours, toujours, il y a le style de Bouvier. À un moment, par exemple, quand il est en Azerbaïdjan, il parle des mouches. En Suisse, en France, une mouche, on ne fait pas attention. Elle est là, elle n'est pas là, ça ne change rien. Mais une mouche orientale, c'est l'empereur sur la terre. Elle décide de vous pourrir la vie. Elle ne vous laisse pas dormir. Vous avez l'impression qu'il n'y a pas de... plus que la mouche qui existe. Et ça, pour l'avoir vécu pareil dans des pays de ce genre, c'est vrai. Une mouche, ça peut être un enfer personnel. Qu'on ne sait pas comment résoudre et qu'on ne sait pas comment quitter. C'est juste un exemple. Parce qu'en fait, c'est une succession de haut et de bas. Il y a des moments où ils sont super, par exemple, ils sont au Pakistan, il y a un Anglais qui est resté après la chute de l'Empire, et qui a une espèce d'hôtel un peu interlope, il ne sait pas trop, s'il a de l'argent, s'il n'a pas d'argent, s'il fait un peu l'espion, et il reste un moment chez lui, il ne paye pas, il aide un peu à retaper l'hôtel. Il reste des semaines chez lui et il y a une galerie de portraits, de personnages. C'est en même temps du James Bond, en même temps d'Indiana Jones, en même temps du Rudyard Kipling, on ne sait pas trop. Et pareil, on se dit, mais est-ce qu'ils ont vraiment inventé tous ces personnages ou est-ce qu'ils existent vraiment ? Donc quand ils décident finalement de pousser encore un peu et d'aller vers l'Afghanistan juste avant leur séparation, C'est un autre monde. On n'est plus du tout dans le monde caucasien ou dans les hauts plateaux iraniens. On est vraiment dans le Raj, la perle de l'Empire, même si ce n'est plus l'Empire. Il y a encore ce parfum, l'espèce de joyau de la couronne de l'Empire britannique. Et puis pareil, à un moment donné, il y a une espèce d'abondance quand ils sont en Pakistan et en Afghanistan. Tout le monde les aide. Il y a une mentalité. Puis en plus, pareil, l'Afghanistan, ce n'est pas l'Afghanistan d'aujourd'hui. C'était à l'époque où c'était encore une monarchie qui était quand même plutôt pro-occidentale. Il y avait l'école française d'archéologie qui faisait des fouilles. Je crois qu'à un moment même, il reste un temps avec eux. C'est 1000 planètes sur une planète. L'usage du monde de Nicolas Poultier. Lisez-le, mangez-le, dévorez-le. Je sais que là, j'ai été dans tous les sens, comme d'habitude. Je tiens pas à ma promesse, j'avais promis qu'après les conseils estivaux, je ferais des vrais podcasts de professionnels avec un conducteur, avec le livre sous les yeux, avec des vraies anecdotes, avec une biographie de l'auteur, tout ce que... Mais là, en fait, comme ça faisait longtemps que je vous avais pas parlé, et que je m'étais dit, tiens, je parlerais bien d'un petit récit de voyage, Et je rangeais un peu mon étagère de récits de voyage. Et d'un seul coup, j'ai eu un coup de panique. Je me suis dit, merde, je n'ai plus l'usage du monde. Je ne trouvais plus. Finalement, c'est juste une question d'édition. Je ne me rappelais pas que je m'étais séparé d'une ancienne édition qui était vraiment trop défoncée, et que j'en avais acheté un autre un peu plus récent, qui n'avait pas la même gueule. Après, ça, c'est vraiment une anecdote personnelle. qui n'a aucun intérêt en vrai. C'est la raison pour laquelle je vous en parle. Et ce qui est cool aussi, c'est que dans toutes les éditions de ce livre, il y a les illustrations de Vernon. Bon, moi je ne suis pas fan, je vous avoue. Ce n'est pas terrible. Alors, les goûts et les couleurs. Mais c'est aussi bien sans, je trouve. De toute façon, ce n'était pas trop lui qui m'intéressait dans le bouquin. C'est plus Bouvier. Je m'étais dit à l'époque que je dirais tous les bouquins de Bouvier, parce qu'il a fait chroniques japonaises, il en a fait plein, quoi. Mais je sais pas pourquoi. En tout cas, on n'est pas lu d'autres pour l'instant de Bouvier. Donc dites-moi dans les commentaires ou dans les messages si vous connaissiez déjà et si vous en avez lu d'autres. En tout cas, en tout cas, en tout cas, encore une fois, lisez Nicolas Bouvier, L'usage du monde. Allez vous plaire. Dans les balcons. En Anatolie. en Iran, en Azerbaïdjan, partager les galères mécaniques, les embrouilles avec les douaniers, l'hospitalité fabuleuse de tous ces gens, ça aussi c'est une leçon, ça aussi c'est une leçon, c'est que, il y a des gens bien partout, et que c'est souvent quand on n'a rien, qu'on offre le plus. Et à un moment donné, dans la préface, il y a Pouvier qui dit que cette envie de parcourir le monde, d'aller découvrir, d'aller voir au-delà des montagnes et des fleuves, ça commence quand on est à plat ventre devant un atlas, quand on est petit chez soi et qu'on commence à imaginer justement toutes ces contrées qu'on voit sur la carte. Et que c'est une graine en fait, qui est plantée et que... C'est un virus qu'on chope. Et c'est vrai, moi, quand j'étais plus jeune, ça me fascinait les cartes, les planisphères, les atlas. Encore aujourd'hui, à chaque fois que je tombe sur un atlas, je l'achète quasiment, alors que... Je sais plus où les mettre. Et ouais, en fait, tout ça pour dire que c'est vrai. Faut avoir un petit peu bourlingué, peut-être pas autant que vous pouviez, mais... Cet attrait un peu du lointain et de voyager sans un copec, en fait, la récompense, au-delà du fait qu'on arrive à réaliser un rêve, de partir un petit peu et de voir ce qui se passe ailleurs, c'est ces rencontres. Parce que c'est souvent, souvent, quand on croit que ça ira. On va devenir un clochard en fait, on n'est plus un voyageur, on est juste en galère, on a nulle part où dormir, on n'a rien à manger, on ne sait pas comment rentrer chez soi. D'un seul coup, on ne sait pas d'où ça sort. Et puis il y a un mec qui vous prend en stop. Parfois c'est un hôtelier ou un aubergiste qui, avec un sourire et un regard, il comprend en fait votre situation. Et il vous offre à manger, le gîte est couvert. Juste à travers ses yeux, en fait, vous découvrez le pays plus que si vous l'aviez parcouru en long et en large. Et en réalité, ce type de bouquin, c'est juste un booster, un booster d'envie, un déclic qui fait que peut-être on chope ce virus vraiment. Si vous aimez voyager de manière immobile, lisez Nicolas Bouvier. Et si vous avez besoin d'un petit coup de pouce, d'un petit coup de pouce pour passer le cap et partir à l'aventure, même avec 5 euros dans la poche, lisez Nicolas Bouvier. Et en plus, si vous avez envie de lire un vrai styliste, un vrai conteur, lisez Nicolas Bouvier. Alors j'ai un peu meublé, j'ai un peu brodé pour que ça vous fasse au moins un podcast de 20 minutes. Je réitère cette promesse solennelle que je vais être un peu plus sérieux. Parce que même moi en fait j'ai envie de vous parler de manière plus approfondie des livres. C'est juste que là j'avais pas trop le temps mais... En tout cas, peut-être qu'un jour j'y reviendrai, à Bouvier, à l'usage du monde, et que j'en parlerai un peu plus, que je ferai un petit topo sur sa vie, sur ses oeuvres, et même sur le bouquin, sans vous spoiler le livre, bien sûr, mais en vous parlant un peu plus de ses étapes. Mais en tout cas, c'est vrai, faites pas la même erreur que moi, moi pendant longtemps j'ai cru que c'était un truc de bobo, et d'émissions littéraires. télévisuel, là où il y a un consensus généralisé. En fait, non, non, il mérite Bouvier. C'est vrai que c'est un bon. Allez, je vous laisse les... Bonjour de livre, merci de m'avoir écouté. Et si vous êtes satisfait, mettez des étoiles, des commentaires, des notes, abonnez-vous. Je n'ai aucun abonné, et ça me rend très triste. Encore une fois, le premier abonné, je lui envoie le livre de son choix. Bon allez, à bientôt les monjons des livres.
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Nicolas bouvier, le roi des récits de voyage.
Ne passez pas à cote du chef d’œuvre de la littérature de voyage.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Salut les mangeurs de livres pour un nouveau podcast de livres au vore assidus. Ça faisait un petit moment que j'avais pas fait de podcast, alors pour le retour, pour la rentrée des classes, j'ai décidé de vous parler d'un petit livre qui vous transporte loin, loin, loin, loin. Il est considéré comme le plus grand récit de voyage de tous les temps, et pendant longtemps j'y ai pas cru, comme d'habitude. Moi, Bob le Snob, je vais vous parler de l'usage du monde. de Nicolas Bouvier. Alors comme je vous le disais, et puis surtout vous devez tous en avoir entendu parler puisque vous êtes des mangeurs de livres assidus, en tout cas, si ce n'est pas le cas, Nicolas Bouvier, un Suisse, qui est devenu célèbre avec ce livre L'usage du monde. Alors, de quoi ça parle ? En 1953, un jeune Suisse de Genève qui se prédestinait à la carrière sympathique pour des mangeurs de livres comme nous, à tout le moins de bibliothécaires, a décidé de partir pendant deux ans avec un ami à lui qui s'appelait Thierry Vernet, qui était peintre de son état, vers l'Est, vers l'Orient. Il ne savait pas trop où leur pas les mènerait, mais il disait qu'ils avaient deux ans. deux ans pour voyager. Et son pote Vernet, apparemment, il devait se marier au bout des deux ans, et sa future femme devait le rejoindre à la fin du voyage, quelque chose dans le genre. C'était ça, un petit peu l'horizon. Et comment ils ont décidé de partir ? Avec une Fiat 500 Topolino. Alors, je suis comme vous, à l'époque, j'étais pas là, et pour nous, les Fiat 500, maintenant, c'est des trucs... Leonardo DiCaprio conduit dans des publicités un peu kitsch. Et bien non, la vraie Fiat 500 c'était une petite voiture qui n'avait pas trop la patate mais qui apparemment était capable de rouler des milliers de kilomètres. Et donc Thierry Vernet est parti un peu en avance et quand il est arrivé à Zagreb, il a envoyé un petit courrier à... à son pote Nicolas en lui disant que c'était fantastique, c'était déjà le début de l'Orient, il n'était que dans les Balkans, et déjà les marchés, les paysans, la musique, tout ça c'était la porte de l'Orient, et qu'il ferait bien de rejoindre sinon et partir tout seul. Donc Nicolas le rejoint. Et en réalité le vrai voyage commence là, ils se rejoignent à Belgrade, dans ce qui à l'époque était, parce que c'était en 1953, c'était la guerre froide. A l'époque, c'était encore la Yougoslavie. Donc ça aussi, cette date-là, le fait que ça se passe dans les années 50, et que c'était la guerre froide, que le monde était paie en deux, voire en trois, avec les pays non alignés, et qu'en réalité, pour un occidental, c'était compliqué de traverser certains pays à l'époque, ça donne du piquant aussi à ce récit de voyage. Mais donc, parlons du bouquin. Donc comme je vous le disais, moi pendant longtemps, longtemps, longtemps, j'ai entendu parler de ce livre, je le voyais régulièrement dans les librairies, on m'en parlait, à l'école on en parlait, dans les émissions littéraires on en parlait, et je sais pas pourquoi. Alors que je suis un féru de récits de voyage, j'en ai lu plein, les mecs du 19e, et peut-être que c'est ça aussi, peut-être que c'était parce que c'était un Suisse des années 50, et que tout le monde en parlait tellement, et que j'y croyais pas une seconde, je me disais, sérieusement, c'est quoi ce truc ? Il y avait toujours ce côté un petit peu... Bon, bien sûr, pour les années 50, on ne peut pas dire bobo, mais je veux dire moi, quand j'étais un peu plus jeune et que j'en entendais parler, j'avais l'impression que c'était une certaine intelligente CIA qui faisait un peu la pub de ce livre, mais j'y croyais pas trop. Bref, tout ça pour dire que comme pour plein d'auteurs et pour plein de bouquins, en fait, je suis passé à côté pendant des années. Et comme pour la plupart des bouquins de ce genre-là, un jour, quand même, je l'ai eu dans la main, et j'ai dit, bah quand même, c'est un devoir. pour un mangeur de livres, de se faire une idée par soi-même. Et je l'ai ouvert. Et franchement, depuis, je le conseille à tout le monde, et je fais un mea culpa gigantesque. Parce que c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Alors c'est peut-être pas le meilleur de tous les temps, comme récit de voyage, mais c'est un récit de voyage fantastique. Déjà, c'est vrai, il a un don bouvier, tout le monde le dit, il a le don de nous emporter. de faire vivre son voyage par rapport avec lui et ça déjà c'est un talent que peu de des clients c'est bien ça le problème Et en plus, justement, peu d'écrivains longs, peu de voyageurs longs, c'est pour ça que les récits de voyage qui vous emportent, c'est qu'un faible pourcentage en réalité des récits de voyage. Et moi en tout cas, ça a marché, je me suis plongé dedans et je l'ai lu quasiment d'une traite. Donc, après ce petit préambule où je bats ma coulpe d'avoir fait une erreur littéraire encore, qu'est-ce qui est fascinant dans ce livre ? Donc déjà, je vous dis... c'est l'époque ok c'est pas Richard Burton au 19ème siècle qui découvre les sources du Nil ou qui rentre incognito dans la Mecque c'est pas Gertrude Bell pareil qui est dans le désert avec Laurence d'Arabie mais en réalité c'est tout aussi épique et ce qui est cool c'est que ça commence doucement alors déjà il y a le fait qu'ils ont leur piat Topolino parce que ça va être un personnage à part entière cette voiture du voyage et ils se disent qu'ils ont de l'argent que pour 4 mois mais en réalité ils veulent voyager pendant 2 ans donc Thierry Vernon c'est un peintre apparemment qui a déjà une petite célébrité il se dit qu'il va vendre des toiles pendant toute la durée du voyage d'ailleurs à Belgrade il est invité par l'association des peintres serbes, un truc comme ça, à faire une expo et Bouvier il se dit qu'il prend avec lui une Remington une vieille machine à écrire et un enregistreur et il se dit qu'il va faire des articles pour des journaux suisses et puis au pire des cas il essaiera d'en vendre sur place ou de donner des cours de français donc on se dit que ça peut marcher donc quand il rejoint son pote à Pellegral déjà ce qui est cool c'est que ça nous donne une idée des balkans à l'époque parce qu'aujourd'hui malheureusement on a une idée justement après la chute de la yougoslavie, de la guerre du morcellement de ce qui fut donc ce pays, on a l'impression que c'est une espèce de tiers-monde à l'intérieur de l'Europe, qu'il y a des méchants serbes, des pauvres bosniaques, des albanais encore plus derrière, en réalité, déjà c'est pas le cas aujourd'hui, c'est une vision, dirais-je, vraiment occidentale d'un mec qui voyage pas, d'ailleurs je vous invite à aller dans les Balkans, c'est fantastique. Mais à l'époque, comme il y avait cette unité... Bon, de force, Tito, c'était un dictateur, mais c'était quand même la Yougoslavie. Donc, une fois qu'ils ont réussi à traverser avec leur passeport de Occidental, ils étaient plutôt bien accueillis. Et tout de suite, c'est vrai qu'il y a un air, peut-être pas de l'Orient lointain, mais on sent qu'on n'est pas en Occident. Et c'est marrant, parce qu'ils auraient pu nous parler justement de la chape de plomb du communisme. Non, ils préfèrent nous parler de l'accueil. des paysans bosniaques, serbes, croates, ils parlent toujours de la même chose. Et comme ils ont eu la bonne idée d'emmener un accordéon aussi avec eux, et qu'aucun d'entre eux ne parle de serbo-croate, en fait, par le biais de la musique, par le biais de la boisson, par le biais juste de partager un repas parfois dans un village, nous font sentir la vie. quasiment intemporel de cette partie des Balkans. Alors je dis pas pour les plus jeunes, mais moi, bon je suis pas né dans les années 50, j'étais pas né, mais quand j'étais encore adolescent, on va dire, il y avait encore le mur, il y avait encore l'Est et l'Ouest et nous on avait une vision vraiment archaïque du monde communiste. On avait l'impression qu'ils mourraient de faim, qu'ils n'avaient accès à rien. Mais déjà, lui, il nous peint un tableau c'est vrai, on pourrait dire presque que c'est une campagne intemporelle ça pourrait se passer au XVIe siècle ou sous l'Empire Ottoman mais en tout cas, c'est bucolique, c'est paisible ils mangent pas la même chose que en Suisse, ils écoutent pas les mêmes musiques ils boivent pas les mêmes alcools par exemple par le biais de la musique, tout de suite comme il y a l'enregistreur là, il enregistre il enregistre dans chaque village le type de musique des Balkans, que ce soit les Ziganes, que ce soit justement les différences entre les Serbes, les Bosniaques, les Croates. Et ça lui sert aussi de passeport de village à village, parce qu'il peut écouter à tout le monde les musiques qu'il a enregistrées, et à chaque fois c'est un prétexte pour faire la fête. Bref, il ne s'attarde pas non plus des années dans les Balkans, il traverse, il se retrouve un moment en Grèce, et surtout après c'est quand il arrive en Turquie. Et Turquie là c'est la vraie porte de l'oreille. et jusqu'à présent la fiat tient le coup et moi je me disais bon ok c'est sympathique ce voyage mais... Si c'est comme ça jusqu'au bout du bouquin, c'est pas ça qui va me transporter. Et justement, c'est au moment où j'ai commencé à me dire, finalement, peut-être que c'est juste une escapade champêtre et bucolique, que ça commence les vraies galères. Parce qu'à partir du moment où ils se retrouvent en Anatolie et qu'ils veulent passer en Asie abrégée, puis après en Iran, là, c'est Indiana Jones. Moi, à tel point qu'à un moment, je me suis dit, non, c'est pas vrai, en fait, ils mentent. C'est pas possible ce qui lui arrive. Ce qui leur arrive, comment ils arrivent à sortir de galères impossibles à imaginer. Je me suis dit, ils bluffent. C'est pas vrai. C'est juste un inventeur de génie. C'est pas vrai. Par exemple, leur fiat, dès qu'ils arrivent vraiment en Asie, c'est la merde. Ils tombent en panne tout le temps. Alors apparemment, surtout son pote Thierry, là, il... Il est tout bien peut s'habiller en mécanique mais bon quand ils sont genre dans les montagnes anatoliennes et puis ensuite dans les dans le Caucase là et dans dans les passes entre l'Azerbaïdjan et l'Iran et ensuite le Pakistan je vous parle même pas de l'Afghanistan parce qu'en réalité le voyage donc il part de Suisse puis de Belgrade jusqu'à en Afghanistan en tout cas pour ce qui est de Bouvier parce que son pote Thierry là au bout d'un moment il va rejoindre sa meuf dans le pas que ce soit au Sri Lanka ou à Goa, un truc comme ça, pour se marrer. Mais en tout cas, Bouvier, il va continuer jusqu'à la fameuse Khyber Pass, vous savez, la passe en Afghanistan où l'armée anglaise a essayé d'envahir l'Afghanistan à cette époque-là. C'est la fameuse bataille de la Khyber Pass, où il y avait 10 000 soldats de sa majesté et qu'il n'y en a qu'un seul qui s'en est sorti. Et les Afghans, ils l'ont laissé partir juste pour qu'ils puissent témoigner qu'il ne fallait pas venir en Afghanistan. Et moi, en fait, c'est à ce moment-là où il m'a vraiment pris. Parce que j'étais en panique avec lui. Un moment, par exemple, ils sont à Tabriz, c'est en Azerbaïdjan, et déjà, c'est les hauts plateaux, c'était dur d'y arriver. Ils ont passé déjà la fournaise de l'été. Et en fait, ils tombent en panne. Et surtout, il y a la neige. Et à la neige, ils n'ont plus d'argent, ils sont en galère totale. Et ils ne peuvent plus dire, c'est genre des températures de moins 20. Et surtout la neige, elle empêche toute circulation. C'est pas les autoroutes de France, et avec leur Fiat, c'est pas possible. Donc ils passent un hiver entier à Tabriz, et ils doivent se débrouiller. Au début, ils y arrivent un peu, mais à un moment donné, c'est vraiment limite de la famine. Et bon, en même temps, bien sûr, il y a toujours cette hospitalité orientale, ils arrivent toujours à trouver des gens qui sortent de la galère. Parfois, ils ont des problèmes avec les autorités, parfois ils se retrouvent en taule. Moi, en tout cas... C'est ce moment-là, quand ils arrivent vraiment en Orient. C'est un vrai dépaysement, et c'est l'Orient des années 50. L'époque où c'était encore un terrain incognita pour la plupart des Occidentaux, surtout, en plus, comme je vous dis, c'était la guerre froide, où c'était les pays non alignés, en tout cas c'était compliqué, quand on était un Occidental, de traverser ces pays-là. C'était chaud. Et on le voit déjà, parce qu'ils sont un peu inconscients, déjà en Turquie, parce qu'à l'époque, c'était limite... une dictature militaire, on sent qu'il ne fallait pas se comporter comme un Suisse. Il fallait baisser la tête et comprendre qu'on n'était pas chez soi. Et puis l'Azerbaïdjan, à l'époque, ça fait partie de l'UASS. Ce n'est même pas comme aujourd'hui, une république indépendante. Donc là, ils passent vraiment le rideau de fer. Mais c'est l'UASS orientale. Ils sont avec des turcmen, en gros. des azéris. Et ils parlent pas la langue, c'est un moment où ils ont plus d'argent. Et moi je vous dis, il y a des moments où j'y croyais vraiment pas, je me disais, mais non, c'est pas possible. Déjà, leur voiture qui les lâche tout le temps, dans des montagnes à plus de 3000 mètres, à plus 40, à moins 30, et des fois ils marchent pendant deux jours dans le désert, ils trouvent une espèce d'auberge avec des douaniers qui comprennent rien, qui leur disent, qu'est-ce que vous foutez là, mais il faut aller chercher la voiture. C'est incroyable. Et en même temps, toujours, toujours, il y a le style de Bouvier. À un moment, par exemple, quand il est en Azerbaïdjan, il parle des mouches. En Suisse, en France, une mouche, on ne fait pas attention. Elle est là, elle n'est pas là, ça ne change rien. Mais une mouche orientale, c'est l'empereur sur la terre. Elle décide de vous pourrir la vie. Elle ne vous laisse pas dormir. Vous avez l'impression qu'il n'y a pas de... plus que la mouche qui existe. Et ça, pour l'avoir vécu pareil dans des pays de ce genre, c'est vrai. Une mouche, ça peut être un enfer personnel. Qu'on ne sait pas comment résoudre et qu'on ne sait pas comment quitter. C'est juste un exemple. Parce qu'en fait, c'est une succession de haut et de bas. Il y a des moments où ils sont super, par exemple, ils sont au Pakistan, il y a un Anglais qui est resté après la chute de l'Empire, et qui a une espèce d'hôtel un peu interlope, il ne sait pas trop, s'il a de l'argent, s'il n'a pas d'argent, s'il fait un peu l'espion, et il reste un moment chez lui, il ne paye pas, il aide un peu à retaper l'hôtel. Il reste des semaines chez lui et il y a une galerie de portraits, de personnages. C'est en même temps du James Bond, en même temps d'Indiana Jones, en même temps du Rudyard Kipling, on ne sait pas trop. Et pareil, on se dit, mais est-ce qu'ils ont vraiment inventé tous ces personnages ou est-ce qu'ils existent vraiment ? Donc quand ils décident finalement de pousser encore un peu et d'aller vers l'Afghanistan juste avant leur séparation, C'est un autre monde. On n'est plus du tout dans le monde caucasien ou dans les hauts plateaux iraniens. On est vraiment dans le Raj, la perle de l'Empire, même si ce n'est plus l'Empire. Il y a encore ce parfum, l'espèce de joyau de la couronne de l'Empire britannique. Et puis pareil, à un moment donné, il y a une espèce d'abondance quand ils sont en Pakistan et en Afghanistan. Tout le monde les aide. Il y a une mentalité. Puis en plus, pareil, l'Afghanistan, ce n'est pas l'Afghanistan d'aujourd'hui. C'était à l'époque où c'était encore une monarchie qui était quand même plutôt pro-occidentale. Il y avait l'école française d'archéologie qui faisait des fouilles. Je crois qu'à un moment même, il reste un temps avec eux. C'est 1000 planètes sur une planète. L'usage du monde de Nicolas Poultier. Lisez-le, mangez-le, dévorez-le. Je sais que là, j'ai été dans tous les sens, comme d'habitude. Je tiens pas à ma promesse, j'avais promis qu'après les conseils estivaux, je ferais des vrais podcasts de professionnels avec un conducteur, avec le livre sous les yeux, avec des vraies anecdotes, avec une biographie de l'auteur, tout ce que... Mais là, en fait, comme ça faisait longtemps que je vous avais pas parlé, et que je m'étais dit, tiens, je parlerais bien d'un petit récit de voyage, Et je rangeais un peu mon étagère de récits de voyage. Et d'un seul coup, j'ai eu un coup de panique. Je me suis dit, merde, je n'ai plus l'usage du monde. Je ne trouvais plus. Finalement, c'est juste une question d'édition. Je ne me rappelais pas que je m'étais séparé d'une ancienne édition qui était vraiment trop défoncée, et que j'en avais acheté un autre un peu plus récent, qui n'avait pas la même gueule. Après, ça, c'est vraiment une anecdote personnelle. qui n'a aucun intérêt en vrai. C'est la raison pour laquelle je vous en parle. Et ce qui est cool aussi, c'est que dans toutes les éditions de ce livre, il y a les illustrations de Vernon. Bon, moi je ne suis pas fan, je vous avoue. Ce n'est pas terrible. Alors, les goûts et les couleurs. Mais c'est aussi bien sans, je trouve. De toute façon, ce n'était pas trop lui qui m'intéressait dans le bouquin. C'est plus Bouvier. Je m'étais dit à l'époque que je dirais tous les bouquins de Bouvier, parce qu'il a fait chroniques japonaises, il en a fait plein, quoi. Mais je sais pas pourquoi. En tout cas, on n'est pas lu d'autres pour l'instant de Bouvier. Donc dites-moi dans les commentaires ou dans les messages si vous connaissiez déjà et si vous en avez lu d'autres. En tout cas, en tout cas, en tout cas, encore une fois, lisez Nicolas Bouvier, L'usage du monde. Allez vous plaire. Dans les balcons. En Anatolie. en Iran, en Azerbaïdjan, partager les galères mécaniques, les embrouilles avec les douaniers, l'hospitalité fabuleuse de tous ces gens, ça aussi c'est une leçon, ça aussi c'est une leçon, c'est que, il y a des gens bien partout, et que c'est souvent quand on n'a rien, qu'on offre le plus. Et à un moment donné, dans la préface, il y a Pouvier qui dit que cette envie de parcourir le monde, d'aller découvrir, d'aller voir au-delà des montagnes et des fleuves, ça commence quand on est à plat ventre devant un atlas, quand on est petit chez soi et qu'on commence à imaginer justement toutes ces contrées qu'on voit sur la carte. Et que c'est une graine en fait, qui est plantée et que... C'est un virus qu'on chope. Et c'est vrai, moi, quand j'étais plus jeune, ça me fascinait les cartes, les planisphères, les atlas. Encore aujourd'hui, à chaque fois que je tombe sur un atlas, je l'achète quasiment, alors que... Je sais plus où les mettre. Et ouais, en fait, tout ça pour dire que c'est vrai. Faut avoir un petit peu bourlingué, peut-être pas autant que vous pouviez, mais... Cet attrait un peu du lointain et de voyager sans un copec, en fait, la récompense, au-delà du fait qu'on arrive à réaliser un rêve, de partir un petit peu et de voir ce qui se passe ailleurs, c'est ces rencontres. Parce que c'est souvent, souvent, quand on croit que ça ira. On va devenir un clochard en fait, on n'est plus un voyageur, on est juste en galère, on a nulle part où dormir, on n'a rien à manger, on ne sait pas comment rentrer chez soi. D'un seul coup, on ne sait pas d'où ça sort. Et puis il y a un mec qui vous prend en stop. Parfois c'est un hôtelier ou un aubergiste qui, avec un sourire et un regard, il comprend en fait votre situation. Et il vous offre à manger, le gîte est couvert. Juste à travers ses yeux, en fait, vous découvrez le pays plus que si vous l'aviez parcouru en long et en large. Et en réalité, ce type de bouquin, c'est juste un booster, un booster d'envie, un déclic qui fait que peut-être on chope ce virus vraiment. Si vous aimez voyager de manière immobile, lisez Nicolas Bouvier. Et si vous avez besoin d'un petit coup de pouce, d'un petit coup de pouce pour passer le cap et partir à l'aventure, même avec 5 euros dans la poche, lisez Nicolas Bouvier. Et en plus, si vous avez envie de lire un vrai styliste, un vrai conteur, lisez Nicolas Bouvier. Alors j'ai un peu meublé, j'ai un peu brodé pour que ça vous fasse au moins un podcast de 20 minutes. Je réitère cette promesse solennelle que je vais être un peu plus sérieux. Parce que même moi en fait j'ai envie de vous parler de manière plus approfondie des livres. C'est juste que là j'avais pas trop le temps mais... En tout cas, peut-être qu'un jour j'y reviendrai, à Bouvier, à l'usage du monde, et que j'en parlerai un peu plus, que je ferai un petit topo sur sa vie, sur ses oeuvres, et même sur le bouquin, sans vous spoiler le livre, bien sûr, mais en vous parlant un peu plus de ses étapes. Mais en tout cas, c'est vrai, faites pas la même erreur que moi, moi pendant longtemps j'ai cru que c'était un truc de bobo, et d'émissions littéraires. télévisuel, là où il y a un consensus généralisé. En fait, non, non, il mérite Bouvier. C'est vrai que c'est un bon. Allez, je vous laisse les... Bonjour de livre, merci de m'avoir écouté. Et si vous êtes satisfait, mettez des étoiles, des commentaires, des notes, abonnez-vous. Je n'ai aucun abonné, et ça me rend très triste. Encore une fois, le premier abonné, je lui envoie le livre de son choix. Bon allez, à bientôt les monjons des livres.
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Description
Nicolas bouvier, le roi des récits de voyage.
Ne passez pas à cote du chef d’œuvre de la littérature de voyage.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Salut les mangeurs de livres pour un nouveau podcast de livres au vore assidus. Ça faisait un petit moment que j'avais pas fait de podcast, alors pour le retour, pour la rentrée des classes, j'ai décidé de vous parler d'un petit livre qui vous transporte loin, loin, loin, loin. Il est considéré comme le plus grand récit de voyage de tous les temps, et pendant longtemps j'y ai pas cru, comme d'habitude. Moi, Bob le Snob, je vais vous parler de l'usage du monde. de Nicolas Bouvier. Alors comme je vous le disais, et puis surtout vous devez tous en avoir entendu parler puisque vous êtes des mangeurs de livres assidus, en tout cas, si ce n'est pas le cas, Nicolas Bouvier, un Suisse, qui est devenu célèbre avec ce livre L'usage du monde. Alors, de quoi ça parle ? En 1953, un jeune Suisse de Genève qui se prédestinait à la carrière sympathique pour des mangeurs de livres comme nous, à tout le moins de bibliothécaires, a décidé de partir pendant deux ans avec un ami à lui qui s'appelait Thierry Vernet, qui était peintre de son état, vers l'Est, vers l'Orient. Il ne savait pas trop où leur pas les mènerait, mais il disait qu'ils avaient deux ans. deux ans pour voyager. Et son pote Vernet, apparemment, il devait se marier au bout des deux ans, et sa future femme devait le rejoindre à la fin du voyage, quelque chose dans le genre. C'était ça, un petit peu l'horizon. Et comment ils ont décidé de partir ? Avec une Fiat 500 Topolino. Alors, je suis comme vous, à l'époque, j'étais pas là, et pour nous, les Fiat 500, maintenant, c'est des trucs... Leonardo DiCaprio conduit dans des publicités un peu kitsch. Et bien non, la vraie Fiat 500 c'était une petite voiture qui n'avait pas trop la patate mais qui apparemment était capable de rouler des milliers de kilomètres. Et donc Thierry Vernet est parti un peu en avance et quand il est arrivé à Zagreb, il a envoyé un petit courrier à... à son pote Nicolas en lui disant que c'était fantastique, c'était déjà le début de l'Orient, il n'était que dans les Balkans, et déjà les marchés, les paysans, la musique, tout ça c'était la porte de l'Orient, et qu'il ferait bien de rejoindre sinon et partir tout seul. Donc Nicolas le rejoint. Et en réalité le vrai voyage commence là, ils se rejoignent à Belgrade, dans ce qui à l'époque était, parce que c'était en 1953, c'était la guerre froide. A l'époque, c'était encore la Yougoslavie. Donc ça aussi, cette date-là, le fait que ça se passe dans les années 50, et que c'était la guerre froide, que le monde était paie en deux, voire en trois, avec les pays non alignés, et qu'en réalité, pour un occidental, c'était compliqué de traverser certains pays à l'époque, ça donne du piquant aussi à ce récit de voyage. Mais donc, parlons du bouquin. Donc comme je vous le disais, moi pendant longtemps, longtemps, longtemps, j'ai entendu parler de ce livre, je le voyais régulièrement dans les librairies, on m'en parlait, à l'école on en parlait, dans les émissions littéraires on en parlait, et je sais pas pourquoi. Alors que je suis un féru de récits de voyage, j'en ai lu plein, les mecs du 19e, et peut-être que c'est ça aussi, peut-être que c'était parce que c'était un Suisse des années 50, et que tout le monde en parlait tellement, et que j'y croyais pas une seconde, je me disais, sérieusement, c'est quoi ce truc ? Il y avait toujours ce côté un petit peu... Bon, bien sûr, pour les années 50, on ne peut pas dire bobo, mais je veux dire moi, quand j'étais un peu plus jeune et que j'en entendais parler, j'avais l'impression que c'était une certaine intelligente CIA qui faisait un peu la pub de ce livre, mais j'y croyais pas trop. Bref, tout ça pour dire que comme pour plein d'auteurs et pour plein de bouquins, en fait, je suis passé à côté pendant des années. Et comme pour la plupart des bouquins de ce genre-là, un jour, quand même, je l'ai eu dans la main, et j'ai dit, bah quand même, c'est un devoir. pour un mangeur de livres, de se faire une idée par soi-même. Et je l'ai ouvert. Et franchement, depuis, je le conseille à tout le monde, et je fais un mea culpa gigantesque. Parce que c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Alors c'est peut-être pas le meilleur de tous les temps, comme récit de voyage, mais c'est un récit de voyage fantastique. Déjà, c'est vrai, il a un don bouvier, tout le monde le dit, il a le don de nous emporter. de faire vivre son voyage par rapport avec lui et ça déjà c'est un talent que peu de des clients c'est bien ça le problème Et en plus, justement, peu d'écrivains longs, peu de voyageurs longs, c'est pour ça que les récits de voyage qui vous emportent, c'est qu'un faible pourcentage en réalité des récits de voyage. Et moi en tout cas, ça a marché, je me suis plongé dedans et je l'ai lu quasiment d'une traite. Donc, après ce petit préambule où je bats ma coulpe d'avoir fait une erreur littéraire encore, qu'est-ce qui est fascinant dans ce livre ? Donc déjà, je vous dis... c'est l'époque ok c'est pas Richard Burton au 19ème siècle qui découvre les sources du Nil ou qui rentre incognito dans la Mecque c'est pas Gertrude Bell pareil qui est dans le désert avec Laurence d'Arabie mais en réalité c'est tout aussi épique et ce qui est cool c'est que ça commence doucement alors déjà il y a le fait qu'ils ont leur piat Topolino parce que ça va être un personnage à part entière cette voiture du voyage et ils se disent qu'ils ont de l'argent que pour 4 mois mais en réalité ils veulent voyager pendant 2 ans donc Thierry Vernon c'est un peintre apparemment qui a déjà une petite célébrité il se dit qu'il va vendre des toiles pendant toute la durée du voyage d'ailleurs à Belgrade il est invité par l'association des peintres serbes, un truc comme ça, à faire une expo et Bouvier il se dit qu'il prend avec lui une Remington une vieille machine à écrire et un enregistreur et il se dit qu'il va faire des articles pour des journaux suisses et puis au pire des cas il essaiera d'en vendre sur place ou de donner des cours de français donc on se dit que ça peut marcher donc quand il rejoint son pote à Pellegral déjà ce qui est cool c'est que ça nous donne une idée des balkans à l'époque parce qu'aujourd'hui malheureusement on a une idée justement après la chute de la yougoslavie, de la guerre du morcellement de ce qui fut donc ce pays, on a l'impression que c'est une espèce de tiers-monde à l'intérieur de l'Europe, qu'il y a des méchants serbes, des pauvres bosniaques, des albanais encore plus derrière, en réalité, déjà c'est pas le cas aujourd'hui, c'est une vision, dirais-je, vraiment occidentale d'un mec qui voyage pas, d'ailleurs je vous invite à aller dans les Balkans, c'est fantastique. Mais à l'époque, comme il y avait cette unité... Bon, de force, Tito, c'était un dictateur, mais c'était quand même la Yougoslavie. Donc, une fois qu'ils ont réussi à traverser avec leur passeport de Occidental, ils étaient plutôt bien accueillis. Et tout de suite, c'est vrai qu'il y a un air, peut-être pas de l'Orient lointain, mais on sent qu'on n'est pas en Occident. Et c'est marrant, parce qu'ils auraient pu nous parler justement de la chape de plomb du communisme. Non, ils préfèrent nous parler de l'accueil. des paysans bosniaques, serbes, croates, ils parlent toujours de la même chose. Et comme ils ont eu la bonne idée d'emmener un accordéon aussi avec eux, et qu'aucun d'entre eux ne parle de serbo-croate, en fait, par le biais de la musique, par le biais de la boisson, par le biais juste de partager un repas parfois dans un village, nous font sentir la vie. quasiment intemporel de cette partie des Balkans. Alors je dis pas pour les plus jeunes, mais moi, bon je suis pas né dans les années 50, j'étais pas né, mais quand j'étais encore adolescent, on va dire, il y avait encore le mur, il y avait encore l'Est et l'Ouest et nous on avait une vision vraiment archaïque du monde communiste. On avait l'impression qu'ils mourraient de faim, qu'ils n'avaient accès à rien. Mais déjà, lui, il nous peint un tableau c'est vrai, on pourrait dire presque que c'est une campagne intemporelle ça pourrait se passer au XVIe siècle ou sous l'Empire Ottoman mais en tout cas, c'est bucolique, c'est paisible ils mangent pas la même chose que en Suisse, ils écoutent pas les mêmes musiques ils boivent pas les mêmes alcools par exemple par le biais de la musique, tout de suite comme il y a l'enregistreur là, il enregistre il enregistre dans chaque village le type de musique des Balkans, que ce soit les Ziganes, que ce soit justement les différences entre les Serbes, les Bosniaques, les Croates. Et ça lui sert aussi de passeport de village à village, parce qu'il peut écouter à tout le monde les musiques qu'il a enregistrées, et à chaque fois c'est un prétexte pour faire la fête. Bref, il ne s'attarde pas non plus des années dans les Balkans, il traverse, il se retrouve un moment en Grèce, et surtout après c'est quand il arrive en Turquie. Et Turquie là c'est la vraie porte de l'oreille. et jusqu'à présent la fiat tient le coup et moi je me disais bon ok c'est sympathique ce voyage mais... Si c'est comme ça jusqu'au bout du bouquin, c'est pas ça qui va me transporter. Et justement, c'est au moment où j'ai commencé à me dire, finalement, peut-être que c'est juste une escapade champêtre et bucolique, que ça commence les vraies galères. Parce qu'à partir du moment où ils se retrouvent en Anatolie et qu'ils veulent passer en Asie abrégée, puis après en Iran, là, c'est Indiana Jones. Moi, à tel point qu'à un moment, je me suis dit, non, c'est pas vrai, en fait, ils mentent. C'est pas possible ce qui lui arrive. Ce qui leur arrive, comment ils arrivent à sortir de galères impossibles à imaginer. Je me suis dit, ils bluffent. C'est pas vrai. C'est juste un inventeur de génie. C'est pas vrai. Par exemple, leur fiat, dès qu'ils arrivent vraiment en Asie, c'est la merde. Ils tombent en panne tout le temps. Alors apparemment, surtout son pote Thierry, là, il... Il est tout bien peut s'habiller en mécanique mais bon quand ils sont genre dans les montagnes anatoliennes et puis ensuite dans les dans le Caucase là et dans dans les passes entre l'Azerbaïdjan et l'Iran et ensuite le Pakistan je vous parle même pas de l'Afghanistan parce qu'en réalité le voyage donc il part de Suisse puis de Belgrade jusqu'à en Afghanistan en tout cas pour ce qui est de Bouvier parce que son pote Thierry là au bout d'un moment il va rejoindre sa meuf dans le pas que ce soit au Sri Lanka ou à Goa, un truc comme ça, pour se marrer. Mais en tout cas, Bouvier, il va continuer jusqu'à la fameuse Khyber Pass, vous savez, la passe en Afghanistan où l'armée anglaise a essayé d'envahir l'Afghanistan à cette époque-là. C'est la fameuse bataille de la Khyber Pass, où il y avait 10 000 soldats de sa majesté et qu'il n'y en a qu'un seul qui s'en est sorti. Et les Afghans, ils l'ont laissé partir juste pour qu'ils puissent témoigner qu'il ne fallait pas venir en Afghanistan. Et moi, en fait, c'est à ce moment-là où il m'a vraiment pris. Parce que j'étais en panique avec lui. Un moment, par exemple, ils sont à Tabriz, c'est en Azerbaïdjan, et déjà, c'est les hauts plateaux, c'était dur d'y arriver. Ils ont passé déjà la fournaise de l'été. Et en fait, ils tombent en panne. Et surtout, il y a la neige. Et à la neige, ils n'ont plus d'argent, ils sont en galère totale. Et ils ne peuvent plus dire, c'est genre des températures de moins 20. Et surtout la neige, elle empêche toute circulation. C'est pas les autoroutes de France, et avec leur Fiat, c'est pas possible. Donc ils passent un hiver entier à Tabriz, et ils doivent se débrouiller. Au début, ils y arrivent un peu, mais à un moment donné, c'est vraiment limite de la famine. Et bon, en même temps, bien sûr, il y a toujours cette hospitalité orientale, ils arrivent toujours à trouver des gens qui sortent de la galère. Parfois, ils ont des problèmes avec les autorités, parfois ils se retrouvent en taule. Moi, en tout cas... C'est ce moment-là, quand ils arrivent vraiment en Orient. C'est un vrai dépaysement, et c'est l'Orient des années 50. L'époque où c'était encore un terrain incognita pour la plupart des Occidentaux, surtout, en plus, comme je vous dis, c'était la guerre froide, où c'était les pays non alignés, en tout cas c'était compliqué, quand on était un Occidental, de traverser ces pays-là. C'était chaud. Et on le voit déjà, parce qu'ils sont un peu inconscients, déjà en Turquie, parce qu'à l'époque, c'était limite... une dictature militaire, on sent qu'il ne fallait pas se comporter comme un Suisse. Il fallait baisser la tête et comprendre qu'on n'était pas chez soi. Et puis l'Azerbaïdjan, à l'époque, ça fait partie de l'UASS. Ce n'est même pas comme aujourd'hui, une république indépendante. Donc là, ils passent vraiment le rideau de fer. Mais c'est l'UASS orientale. Ils sont avec des turcmen, en gros. des azéris. Et ils parlent pas la langue, c'est un moment où ils ont plus d'argent. Et moi je vous dis, il y a des moments où j'y croyais vraiment pas, je me disais, mais non, c'est pas possible. Déjà, leur voiture qui les lâche tout le temps, dans des montagnes à plus de 3000 mètres, à plus 40, à moins 30, et des fois ils marchent pendant deux jours dans le désert, ils trouvent une espèce d'auberge avec des douaniers qui comprennent rien, qui leur disent, qu'est-ce que vous foutez là, mais il faut aller chercher la voiture. C'est incroyable. Et en même temps, toujours, toujours, il y a le style de Bouvier. À un moment, par exemple, quand il est en Azerbaïdjan, il parle des mouches. En Suisse, en France, une mouche, on ne fait pas attention. Elle est là, elle n'est pas là, ça ne change rien. Mais une mouche orientale, c'est l'empereur sur la terre. Elle décide de vous pourrir la vie. Elle ne vous laisse pas dormir. Vous avez l'impression qu'il n'y a pas de... plus que la mouche qui existe. Et ça, pour l'avoir vécu pareil dans des pays de ce genre, c'est vrai. Une mouche, ça peut être un enfer personnel. Qu'on ne sait pas comment résoudre et qu'on ne sait pas comment quitter. C'est juste un exemple. Parce qu'en fait, c'est une succession de haut et de bas. Il y a des moments où ils sont super, par exemple, ils sont au Pakistan, il y a un Anglais qui est resté après la chute de l'Empire, et qui a une espèce d'hôtel un peu interlope, il ne sait pas trop, s'il a de l'argent, s'il n'a pas d'argent, s'il fait un peu l'espion, et il reste un moment chez lui, il ne paye pas, il aide un peu à retaper l'hôtel. Il reste des semaines chez lui et il y a une galerie de portraits, de personnages. C'est en même temps du James Bond, en même temps d'Indiana Jones, en même temps du Rudyard Kipling, on ne sait pas trop. Et pareil, on se dit, mais est-ce qu'ils ont vraiment inventé tous ces personnages ou est-ce qu'ils existent vraiment ? Donc quand ils décident finalement de pousser encore un peu et d'aller vers l'Afghanistan juste avant leur séparation, C'est un autre monde. On n'est plus du tout dans le monde caucasien ou dans les hauts plateaux iraniens. On est vraiment dans le Raj, la perle de l'Empire, même si ce n'est plus l'Empire. Il y a encore ce parfum, l'espèce de joyau de la couronne de l'Empire britannique. Et puis pareil, à un moment donné, il y a une espèce d'abondance quand ils sont en Pakistan et en Afghanistan. Tout le monde les aide. Il y a une mentalité. Puis en plus, pareil, l'Afghanistan, ce n'est pas l'Afghanistan d'aujourd'hui. C'était à l'époque où c'était encore une monarchie qui était quand même plutôt pro-occidentale. Il y avait l'école française d'archéologie qui faisait des fouilles. Je crois qu'à un moment même, il reste un temps avec eux. C'est 1000 planètes sur une planète. L'usage du monde de Nicolas Poultier. Lisez-le, mangez-le, dévorez-le. Je sais que là, j'ai été dans tous les sens, comme d'habitude. Je tiens pas à ma promesse, j'avais promis qu'après les conseils estivaux, je ferais des vrais podcasts de professionnels avec un conducteur, avec le livre sous les yeux, avec des vraies anecdotes, avec une biographie de l'auteur, tout ce que... Mais là, en fait, comme ça faisait longtemps que je vous avais pas parlé, et que je m'étais dit, tiens, je parlerais bien d'un petit récit de voyage, Et je rangeais un peu mon étagère de récits de voyage. Et d'un seul coup, j'ai eu un coup de panique. Je me suis dit, merde, je n'ai plus l'usage du monde. Je ne trouvais plus. Finalement, c'est juste une question d'édition. Je ne me rappelais pas que je m'étais séparé d'une ancienne édition qui était vraiment trop défoncée, et que j'en avais acheté un autre un peu plus récent, qui n'avait pas la même gueule. Après, ça, c'est vraiment une anecdote personnelle. qui n'a aucun intérêt en vrai. C'est la raison pour laquelle je vous en parle. Et ce qui est cool aussi, c'est que dans toutes les éditions de ce livre, il y a les illustrations de Vernon. Bon, moi je ne suis pas fan, je vous avoue. Ce n'est pas terrible. Alors, les goûts et les couleurs. Mais c'est aussi bien sans, je trouve. De toute façon, ce n'était pas trop lui qui m'intéressait dans le bouquin. C'est plus Bouvier. Je m'étais dit à l'époque que je dirais tous les bouquins de Bouvier, parce qu'il a fait chroniques japonaises, il en a fait plein, quoi. Mais je sais pas pourquoi. En tout cas, on n'est pas lu d'autres pour l'instant de Bouvier. Donc dites-moi dans les commentaires ou dans les messages si vous connaissiez déjà et si vous en avez lu d'autres. En tout cas, en tout cas, en tout cas, encore une fois, lisez Nicolas Bouvier, L'usage du monde. Allez vous plaire. Dans les balcons. En Anatolie. en Iran, en Azerbaïdjan, partager les galères mécaniques, les embrouilles avec les douaniers, l'hospitalité fabuleuse de tous ces gens, ça aussi c'est une leçon, ça aussi c'est une leçon, c'est que, il y a des gens bien partout, et que c'est souvent quand on n'a rien, qu'on offre le plus. Et à un moment donné, dans la préface, il y a Pouvier qui dit que cette envie de parcourir le monde, d'aller découvrir, d'aller voir au-delà des montagnes et des fleuves, ça commence quand on est à plat ventre devant un atlas, quand on est petit chez soi et qu'on commence à imaginer justement toutes ces contrées qu'on voit sur la carte. Et que c'est une graine en fait, qui est plantée et que... C'est un virus qu'on chope. Et c'est vrai, moi, quand j'étais plus jeune, ça me fascinait les cartes, les planisphères, les atlas. Encore aujourd'hui, à chaque fois que je tombe sur un atlas, je l'achète quasiment, alors que... Je sais plus où les mettre. Et ouais, en fait, tout ça pour dire que c'est vrai. Faut avoir un petit peu bourlingué, peut-être pas autant que vous pouviez, mais... Cet attrait un peu du lointain et de voyager sans un copec, en fait, la récompense, au-delà du fait qu'on arrive à réaliser un rêve, de partir un petit peu et de voir ce qui se passe ailleurs, c'est ces rencontres. Parce que c'est souvent, souvent, quand on croit que ça ira. On va devenir un clochard en fait, on n'est plus un voyageur, on est juste en galère, on a nulle part où dormir, on n'a rien à manger, on ne sait pas comment rentrer chez soi. D'un seul coup, on ne sait pas d'où ça sort. Et puis il y a un mec qui vous prend en stop. Parfois c'est un hôtelier ou un aubergiste qui, avec un sourire et un regard, il comprend en fait votre situation. Et il vous offre à manger, le gîte est couvert. Juste à travers ses yeux, en fait, vous découvrez le pays plus que si vous l'aviez parcouru en long et en large. Et en réalité, ce type de bouquin, c'est juste un booster, un booster d'envie, un déclic qui fait que peut-être on chope ce virus vraiment. Si vous aimez voyager de manière immobile, lisez Nicolas Bouvier. Et si vous avez besoin d'un petit coup de pouce, d'un petit coup de pouce pour passer le cap et partir à l'aventure, même avec 5 euros dans la poche, lisez Nicolas Bouvier. Et en plus, si vous avez envie de lire un vrai styliste, un vrai conteur, lisez Nicolas Bouvier. Alors j'ai un peu meublé, j'ai un peu brodé pour que ça vous fasse au moins un podcast de 20 minutes. Je réitère cette promesse solennelle que je vais être un peu plus sérieux. Parce que même moi en fait j'ai envie de vous parler de manière plus approfondie des livres. C'est juste que là j'avais pas trop le temps mais... En tout cas, peut-être qu'un jour j'y reviendrai, à Bouvier, à l'usage du monde, et que j'en parlerai un peu plus, que je ferai un petit topo sur sa vie, sur ses oeuvres, et même sur le bouquin, sans vous spoiler le livre, bien sûr, mais en vous parlant un peu plus de ses étapes. Mais en tout cas, c'est vrai, faites pas la même erreur que moi, moi pendant longtemps j'ai cru que c'était un truc de bobo, et d'émissions littéraires. télévisuel, là où il y a un consensus généralisé. En fait, non, non, il mérite Bouvier. C'est vrai que c'est un bon. Allez, je vous laisse les... Bonjour de livre, merci de m'avoir écouté. Et si vous êtes satisfait, mettez des étoiles, des commentaires, des notes, abonnez-vous. Je n'ai aucun abonné, et ça me rend très triste. Encore une fois, le premier abonné, je lui envoie le livre de son choix. Bon allez, à bientôt les monjons des livres.
Description
Nicolas bouvier, le roi des récits de voyage.
Ne passez pas à cote du chef d’œuvre de la littérature de voyage.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Salut les mangeurs de livres pour un nouveau podcast de livres au vore assidus. Ça faisait un petit moment que j'avais pas fait de podcast, alors pour le retour, pour la rentrée des classes, j'ai décidé de vous parler d'un petit livre qui vous transporte loin, loin, loin, loin. Il est considéré comme le plus grand récit de voyage de tous les temps, et pendant longtemps j'y ai pas cru, comme d'habitude. Moi, Bob le Snob, je vais vous parler de l'usage du monde. de Nicolas Bouvier. Alors comme je vous le disais, et puis surtout vous devez tous en avoir entendu parler puisque vous êtes des mangeurs de livres assidus, en tout cas, si ce n'est pas le cas, Nicolas Bouvier, un Suisse, qui est devenu célèbre avec ce livre L'usage du monde. Alors, de quoi ça parle ? En 1953, un jeune Suisse de Genève qui se prédestinait à la carrière sympathique pour des mangeurs de livres comme nous, à tout le moins de bibliothécaires, a décidé de partir pendant deux ans avec un ami à lui qui s'appelait Thierry Vernet, qui était peintre de son état, vers l'Est, vers l'Orient. Il ne savait pas trop où leur pas les mènerait, mais il disait qu'ils avaient deux ans. deux ans pour voyager. Et son pote Vernet, apparemment, il devait se marier au bout des deux ans, et sa future femme devait le rejoindre à la fin du voyage, quelque chose dans le genre. C'était ça, un petit peu l'horizon. Et comment ils ont décidé de partir ? Avec une Fiat 500 Topolino. Alors, je suis comme vous, à l'époque, j'étais pas là, et pour nous, les Fiat 500, maintenant, c'est des trucs... Leonardo DiCaprio conduit dans des publicités un peu kitsch. Et bien non, la vraie Fiat 500 c'était une petite voiture qui n'avait pas trop la patate mais qui apparemment était capable de rouler des milliers de kilomètres. Et donc Thierry Vernet est parti un peu en avance et quand il est arrivé à Zagreb, il a envoyé un petit courrier à... à son pote Nicolas en lui disant que c'était fantastique, c'était déjà le début de l'Orient, il n'était que dans les Balkans, et déjà les marchés, les paysans, la musique, tout ça c'était la porte de l'Orient, et qu'il ferait bien de rejoindre sinon et partir tout seul. Donc Nicolas le rejoint. Et en réalité le vrai voyage commence là, ils se rejoignent à Belgrade, dans ce qui à l'époque était, parce que c'était en 1953, c'était la guerre froide. A l'époque, c'était encore la Yougoslavie. Donc ça aussi, cette date-là, le fait que ça se passe dans les années 50, et que c'était la guerre froide, que le monde était paie en deux, voire en trois, avec les pays non alignés, et qu'en réalité, pour un occidental, c'était compliqué de traverser certains pays à l'époque, ça donne du piquant aussi à ce récit de voyage. Mais donc, parlons du bouquin. Donc comme je vous le disais, moi pendant longtemps, longtemps, longtemps, j'ai entendu parler de ce livre, je le voyais régulièrement dans les librairies, on m'en parlait, à l'école on en parlait, dans les émissions littéraires on en parlait, et je sais pas pourquoi. Alors que je suis un féru de récits de voyage, j'en ai lu plein, les mecs du 19e, et peut-être que c'est ça aussi, peut-être que c'était parce que c'était un Suisse des années 50, et que tout le monde en parlait tellement, et que j'y croyais pas une seconde, je me disais, sérieusement, c'est quoi ce truc ? Il y avait toujours ce côté un petit peu... Bon, bien sûr, pour les années 50, on ne peut pas dire bobo, mais je veux dire moi, quand j'étais un peu plus jeune et que j'en entendais parler, j'avais l'impression que c'était une certaine intelligente CIA qui faisait un peu la pub de ce livre, mais j'y croyais pas trop. Bref, tout ça pour dire que comme pour plein d'auteurs et pour plein de bouquins, en fait, je suis passé à côté pendant des années. Et comme pour la plupart des bouquins de ce genre-là, un jour, quand même, je l'ai eu dans la main, et j'ai dit, bah quand même, c'est un devoir. pour un mangeur de livres, de se faire une idée par soi-même. Et je l'ai ouvert. Et franchement, depuis, je le conseille à tout le monde, et je fais un mea culpa gigantesque. Parce que c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Alors c'est peut-être pas le meilleur de tous les temps, comme récit de voyage, mais c'est un récit de voyage fantastique. Déjà, c'est vrai, il a un don bouvier, tout le monde le dit, il a le don de nous emporter. de faire vivre son voyage par rapport avec lui et ça déjà c'est un talent que peu de des clients c'est bien ça le problème Et en plus, justement, peu d'écrivains longs, peu de voyageurs longs, c'est pour ça que les récits de voyage qui vous emportent, c'est qu'un faible pourcentage en réalité des récits de voyage. Et moi en tout cas, ça a marché, je me suis plongé dedans et je l'ai lu quasiment d'une traite. Donc, après ce petit préambule où je bats ma coulpe d'avoir fait une erreur littéraire encore, qu'est-ce qui est fascinant dans ce livre ? Donc déjà, je vous dis... c'est l'époque ok c'est pas Richard Burton au 19ème siècle qui découvre les sources du Nil ou qui rentre incognito dans la Mecque c'est pas Gertrude Bell pareil qui est dans le désert avec Laurence d'Arabie mais en réalité c'est tout aussi épique et ce qui est cool c'est que ça commence doucement alors déjà il y a le fait qu'ils ont leur piat Topolino parce que ça va être un personnage à part entière cette voiture du voyage et ils se disent qu'ils ont de l'argent que pour 4 mois mais en réalité ils veulent voyager pendant 2 ans donc Thierry Vernon c'est un peintre apparemment qui a déjà une petite célébrité il se dit qu'il va vendre des toiles pendant toute la durée du voyage d'ailleurs à Belgrade il est invité par l'association des peintres serbes, un truc comme ça, à faire une expo et Bouvier il se dit qu'il prend avec lui une Remington une vieille machine à écrire et un enregistreur et il se dit qu'il va faire des articles pour des journaux suisses et puis au pire des cas il essaiera d'en vendre sur place ou de donner des cours de français donc on se dit que ça peut marcher donc quand il rejoint son pote à Pellegral déjà ce qui est cool c'est que ça nous donne une idée des balkans à l'époque parce qu'aujourd'hui malheureusement on a une idée justement après la chute de la yougoslavie, de la guerre du morcellement de ce qui fut donc ce pays, on a l'impression que c'est une espèce de tiers-monde à l'intérieur de l'Europe, qu'il y a des méchants serbes, des pauvres bosniaques, des albanais encore plus derrière, en réalité, déjà c'est pas le cas aujourd'hui, c'est une vision, dirais-je, vraiment occidentale d'un mec qui voyage pas, d'ailleurs je vous invite à aller dans les Balkans, c'est fantastique. Mais à l'époque, comme il y avait cette unité... Bon, de force, Tito, c'était un dictateur, mais c'était quand même la Yougoslavie. Donc, une fois qu'ils ont réussi à traverser avec leur passeport de Occidental, ils étaient plutôt bien accueillis. Et tout de suite, c'est vrai qu'il y a un air, peut-être pas de l'Orient lointain, mais on sent qu'on n'est pas en Occident. Et c'est marrant, parce qu'ils auraient pu nous parler justement de la chape de plomb du communisme. Non, ils préfèrent nous parler de l'accueil. des paysans bosniaques, serbes, croates, ils parlent toujours de la même chose. Et comme ils ont eu la bonne idée d'emmener un accordéon aussi avec eux, et qu'aucun d'entre eux ne parle de serbo-croate, en fait, par le biais de la musique, par le biais de la boisson, par le biais juste de partager un repas parfois dans un village, nous font sentir la vie. quasiment intemporel de cette partie des Balkans. Alors je dis pas pour les plus jeunes, mais moi, bon je suis pas né dans les années 50, j'étais pas né, mais quand j'étais encore adolescent, on va dire, il y avait encore le mur, il y avait encore l'Est et l'Ouest et nous on avait une vision vraiment archaïque du monde communiste. On avait l'impression qu'ils mourraient de faim, qu'ils n'avaient accès à rien. Mais déjà, lui, il nous peint un tableau c'est vrai, on pourrait dire presque que c'est une campagne intemporelle ça pourrait se passer au XVIe siècle ou sous l'Empire Ottoman mais en tout cas, c'est bucolique, c'est paisible ils mangent pas la même chose que en Suisse, ils écoutent pas les mêmes musiques ils boivent pas les mêmes alcools par exemple par le biais de la musique, tout de suite comme il y a l'enregistreur là, il enregistre il enregistre dans chaque village le type de musique des Balkans, que ce soit les Ziganes, que ce soit justement les différences entre les Serbes, les Bosniaques, les Croates. Et ça lui sert aussi de passeport de village à village, parce qu'il peut écouter à tout le monde les musiques qu'il a enregistrées, et à chaque fois c'est un prétexte pour faire la fête. Bref, il ne s'attarde pas non plus des années dans les Balkans, il traverse, il se retrouve un moment en Grèce, et surtout après c'est quand il arrive en Turquie. Et Turquie là c'est la vraie porte de l'oreille. et jusqu'à présent la fiat tient le coup et moi je me disais bon ok c'est sympathique ce voyage mais... Si c'est comme ça jusqu'au bout du bouquin, c'est pas ça qui va me transporter. Et justement, c'est au moment où j'ai commencé à me dire, finalement, peut-être que c'est juste une escapade champêtre et bucolique, que ça commence les vraies galères. Parce qu'à partir du moment où ils se retrouvent en Anatolie et qu'ils veulent passer en Asie abrégée, puis après en Iran, là, c'est Indiana Jones. Moi, à tel point qu'à un moment, je me suis dit, non, c'est pas vrai, en fait, ils mentent. C'est pas possible ce qui lui arrive. Ce qui leur arrive, comment ils arrivent à sortir de galères impossibles à imaginer. Je me suis dit, ils bluffent. C'est pas vrai. C'est juste un inventeur de génie. C'est pas vrai. Par exemple, leur fiat, dès qu'ils arrivent vraiment en Asie, c'est la merde. Ils tombent en panne tout le temps. Alors apparemment, surtout son pote Thierry, là, il... Il est tout bien peut s'habiller en mécanique mais bon quand ils sont genre dans les montagnes anatoliennes et puis ensuite dans les dans le Caucase là et dans dans les passes entre l'Azerbaïdjan et l'Iran et ensuite le Pakistan je vous parle même pas de l'Afghanistan parce qu'en réalité le voyage donc il part de Suisse puis de Belgrade jusqu'à en Afghanistan en tout cas pour ce qui est de Bouvier parce que son pote Thierry là au bout d'un moment il va rejoindre sa meuf dans le pas que ce soit au Sri Lanka ou à Goa, un truc comme ça, pour se marrer. Mais en tout cas, Bouvier, il va continuer jusqu'à la fameuse Khyber Pass, vous savez, la passe en Afghanistan où l'armée anglaise a essayé d'envahir l'Afghanistan à cette époque-là. C'est la fameuse bataille de la Khyber Pass, où il y avait 10 000 soldats de sa majesté et qu'il n'y en a qu'un seul qui s'en est sorti. Et les Afghans, ils l'ont laissé partir juste pour qu'ils puissent témoigner qu'il ne fallait pas venir en Afghanistan. Et moi, en fait, c'est à ce moment-là où il m'a vraiment pris. Parce que j'étais en panique avec lui. Un moment, par exemple, ils sont à Tabriz, c'est en Azerbaïdjan, et déjà, c'est les hauts plateaux, c'était dur d'y arriver. Ils ont passé déjà la fournaise de l'été. Et en fait, ils tombent en panne. Et surtout, il y a la neige. Et à la neige, ils n'ont plus d'argent, ils sont en galère totale. Et ils ne peuvent plus dire, c'est genre des températures de moins 20. Et surtout la neige, elle empêche toute circulation. C'est pas les autoroutes de France, et avec leur Fiat, c'est pas possible. Donc ils passent un hiver entier à Tabriz, et ils doivent se débrouiller. Au début, ils y arrivent un peu, mais à un moment donné, c'est vraiment limite de la famine. Et bon, en même temps, bien sûr, il y a toujours cette hospitalité orientale, ils arrivent toujours à trouver des gens qui sortent de la galère. Parfois, ils ont des problèmes avec les autorités, parfois ils se retrouvent en taule. Moi, en tout cas... C'est ce moment-là, quand ils arrivent vraiment en Orient. C'est un vrai dépaysement, et c'est l'Orient des années 50. L'époque où c'était encore un terrain incognita pour la plupart des Occidentaux, surtout, en plus, comme je vous dis, c'était la guerre froide, où c'était les pays non alignés, en tout cas c'était compliqué, quand on était un Occidental, de traverser ces pays-là. C'était chaud. Et on le voit déjà, parce qu'ils sont un peu inconscients, déjà en Turquie, parce qu'à l'époque, c'était limite... une dictature militaire, on sent qu'il ne fallait pas se comporter comme un Suisse. Il fallait baisser la tête et comprendre qu'on n'était pas chez soi. Et puis l'Azerbaïdjan, à l'époque, ça fait partie de l'UASS. Ce n'est même pas comme aujourd'hui, une république indépendante. Donc là, ils passent vraiment le rideau de fer. Mais c'est l'UASS orientale. Ils sont avec des turcmen, en gros. des azéris. Et ils parlent pas la langue, c'est un moment où ils ont plus d'argent. Et moi je vous dis, il y a des moments où j'y croyais vraiment pas, je me disais, mais non, c'est pas possible. Déjà, leur voiture qui les lâche tout le temps, dans des montagnes à plus de 3000 mètres, à plus 40, à moins 30, et des fois ils marchent pendant deux jours dans le désert, ils trouvent une espèce d'auberge avec des douaniers qui comprennent rien, qui leur disent, qu'est-ce que vous foutez là, mais il faut aller chercher la voiture. C'est incroyable. Et en même temps, toujours, toujours, il y a le style de Bouvier. À un moment, par exemple, quand il est en Azerbaïdjan, il parle des mouches. En Suisse, en France, une mouche, on ne fait pas attention. Elle est là, elle n'est pas là, ça ne change rien. Mais une mouche orientale, c'est l'empereur sur la terre. Elle décide de vous pourrir la vie. Elle ne vous laisse pas dormir. Vous avez l'impression qu'il n'y a pas de... plus que la mouche qui existe. Et ça, pour l'avoir vécu pareil dans des pays de ce genre, c'est vrai. Une mouche, ça peut être un enfer personnel. Qu'on ne sait pas comment résoudre et qu'on ne sait pas comment quitter. C'est juste un exemple. Parce qu'en fait, c'est une succession de haut et de bas. Il y a des moments où ils sont super, par exemple, ils sont au Pakistan, il y a un Anglais qui est resté après la chute de l'Empire, et qui a une espèce d'hôtel un peu interlope, il ne sait pas trop, s'il a de l'argent, s'il n'a pas d'argent, s'il fait un peu l'espion, et il reste un moment chez lui, il ne paye pas, il aide un peu à retaper l'hôtel. Il reste des semaines chez lui et il y a une galerie de portraits, de personnages. C'est en même temps du James Bond, en même temps d'Indiana Jones, en même temps du Rudyard Kipling, on ne sait pas trop. Et pareil, on se dit, mais est-ce qu'ils ont vraiment inventé tous ces personnages ou est-ce qu'ils existent vraiment ? Donc quand ils décident finalement de pousser encore un peu et d'aller vers l'Afghanistan juste avant leur séparation, C'est un autre monde. On n'est plus du tout dans le monde caucasien ou dans les hauts plateaux iraniens. On est vraiment dans le Raj, la perle de l'Empire, même si ce n'est plus l'Empire. Il y a encore ce parfum, l'espèce de joyau de la couronne de l'Empire britannique. Et puis pareil, à un moment donné, il y a une espèce d'abondance quand ils sont en Pakistan et en Afghanistan. Tout le monde les aide. Il y a une mentalité. Puis en plus, pareil, l'Afghanistan, ce n'est pas l'Afghanistan d'aujourd'hui. C'était à l'époque où c'était encore une monarchie qui était quand même plutôt pro-occidentale. Il y avait l'école française d'archéologie qui faisait des fouilles. Je crois qu'à un moment même, il reste un temps avec eux. C'est 1000 planètes sur une planète. L'usage du monde de Nicolas Poultier. Lisez-le, mangez-le, dévorez-le. Je sais que là, j'ai été dans tous les sens, comme d'habitude. Je tiens pas à ma promesse, j'avais promis qu'après les conseils estivaux, je ferais des vrais podcasts de professionnels avec un conducteur, avec le livre sous les yeux, avec des vraies anecdotes, avec une biographie de l'auteur, tout ce que... Mais là, en fait, comme ça faisait longtemps que je vous avais pas parlé, et que je m'étais dit, tiens, je parlerais bien d'un petit récit de voyage, Et je rangeais un peu mon étagère de récits de voyage. Et d'un seul coup, j'ai eu un coup de panique. Je me suis dit, merde, je n'ai plus l'usage du monde. Je ne trouvais plus. Finalement, c'est juste une question d'édition. Je ne me rappelais pas que je m'étais séparé d'une ancienne édition qui était vraiment trop défoncée, et que j'en avais acheté un autre un peu plus récent, qui n'avait pas la même gueule. Après, ça, c'est vraiment une anecdote personnelle. qui n'a aucun intérêt en vrai. C'est la raison pour laquelle je vous en parle. Et ce qui est cool aussi, c'est que dans toutes les éditions de ce livre, il y a les illustrations de Vernon. Bon, moi je ne suis pas fan, je vous avoue. Ce n'est pas terrible. Alors, les goûts et les couleurs. Mais c'est aussi bien sans, je trouve. De toute façon, ce n'était pas trop lui qui m'intéressait dans le bouquin. C'est plus Bouvier. Je m'étais dit à l'époque que je dirais tous les bouquins de Bouvier, parce qu'il a fait chroniques japonaises, il en a fait plein, quoi. Mais je sais pas pourquoi. En tout cas, on n'est pas lu d'autres pour l'instant de Bouvier. Donc dites-moi dans les commentaires ou dans les messages si vous connaissiez déjà et si vous en avez lu d'autres. En tout cas, en tout cas, en tout cas, encore une fois, lisez Nicolas Bouvier, L'usage du monde. Allez vous plaire. Dans les balcons. En Anatolie. en Iran, en Azerbaïdjan, partager les galères mécaniques, les embrouilles avec les douaniers, l'hospitalité fabuleuse de tous ces gens, ça aussi c'est une leçon, ça aussi c'est une leçon, c'est que, il y a des gens bien partout, et que c'est souvent quand on n'a rien, qu'on offre le plus. Et à un moment donné, dans la préface, il y a Pouvier qui dit que cette envie de parcourir le monde, d'aller découvrir, d'aller voir au-delà des montagnes et des fleuves, ça commence quand on est à plat ventre devant un atlas, quand on est petit chez soi et qu'on commence à imaginer justement toutes ces contrées qu'on voit sur la carte. Et que c'est une graine en fait, qui est plantée et que... C'est un virus qu'on chope. Et c'est vrai, moi, quand j'étais plus jeune, ça me fascinait les cartes, les planisphères, les atlas. Encore aujourd'hui, à chaque fois que je tombe sur un atlas, je l'achète quasiment, alors que... Je sais plus où les mettre. Et ouais, en fait, tout ça pour dire que c'est vrai. Faut avoir un petit peu bourlingué, peut-être pas autant que vous pouviez, mais... Cet attrait un peu du lointain et de voyager sans un copec, en fait, la récompense, au-delà du fait qu'on arrive à réaliser un rêve, de partir un petit peu et de voir ce qui se passe ailleurs, c'est ces rencontres. Parce que c'est souvent, souvent, quand on croit que ça ira. On va devenir un clochard en fait, on n'est plus un voyageur, on est juste en galère, on a nulle part où dormir, on n'a rien à manger, on ne sait pas comment rentrer chez soi. D'un seul coup, on ne sait pas d'où ça sort. Et puis il y a un mec qui vous prend en stop. Parfois c'est un hôtelier ou un aubergiste qui, avec un sourire et un regard, il comprend en fait votre situation. Et il vous offre à manger, le gîte est couvert. Juste à travers ses yeux, en fait, vous découvrez le pays plus que si vous l'aviez parcouru en long et en large. Et en réalité, ce type de bouquin, c'est juste un booster, un booster d'envie, un déclic qui fait que peut-être on chope ce virus vraiment. Si vous aimez voyager de manière immobile, lisez Nicolas Bouvier. Et si vous avez besoin d'un petit coup de pouce, d'un petit coup de pouce pour passer le cap et partir à l'aventure, même avec 5 euros dans la poche, lisez Nicolas Bouvier. Et en plus, si vous avez envie de lire un vrai styliste, un vrai conteur, lisez Nicolas Bouvier. Alors j'ai un peu meublé, j'ai un peu brodé pour que ça vous fasse au moins un podcast de 20 minutes. Je réitère cette promesse solennelle que je vais être un peu plus sérieux. Parce que même moi en fait j'ai envie de vous parler de manière plus approfondie des livres. C'est juste que là j'avais pas trop le temps mais... En tout cas, peut-être qu'un jour j'y reviendrai, à Bouvier, à l'usage du monde, et que j'en parlerai un peu plus, que je ferai un petit topo sur sa vie, sur ses oeuvres, et même sur le bouquin, sans vous spoiler le livre, bien sûr, mais en vous parlant un peu plus de ses étapes. Mais en tout cas, c'est vrai, faites pas la même erreur que moi, moi pendant longtemps j'ai cru que c'était un truc de bobo, et d'émissions littéraires. télévisuel, là où il y a un consensus généralisé. En fait, non, non, il mérite Bouvier. C'est vrai que c'est un bon. Allez, je vous laisse les... Bonjour de livre, merci de m'avoir écouté. Et si vous êtes satisfait, mettez des étoiles, des commentaires, des notes, abonnez-vous. Je n'ai aucun abonné, et ça me rend très triste. Encore une fois, le premier abonné, je lui envoie le livre de son choix. Bon allez, à bientôt les monjons des livres.
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