Description
Le pays des larmes radioactives.
Un grand roman et une grande enquête journalistique par le prix Nobel de littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Le pays des larmes radioactives.
Un grand roman et une grande enquête journalistique par le prix Nobel de littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour à tous les livre-vores et bienvenue dans le podcast Mangeur de Livres. Alors aujourd'hui, quel livre va-t-on manger et à quelle sauce ? Je vous avoue que c'est un livre qui n'est pas très digeste, qui n'est pas très bon pour la santé. Non, je rigole. Il parle de choses qui ne sont pas très bonnes pour la santé, mais c'est un must-have. Un livre qu'on se doit de lire quand on s'intéresse un petit peu à ce qui se passe sur la Terre. Et alors c'est quoi ce livre ? Et bien ce livre c'est La Supplication. Supplication de Svetlana Alexievich. Alors qu'est-ce que La Supplication et qui est Svetlana Alexievich ? Et bien je dois vous avouer qu'en réalité, je ne savais pas qui c'était. Enfin, à l'époque où j'ai lu le livre. Mais en fait, j'ai tilté ensuite. C'est, comme certains d'entre vous le savent, ceux qui s'intéressent à la littérature mondiale. Svetlana, notre amie Svetlana, a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015. Et en France, elle était surtout connue pour un livre qui s'appelle La fin de l'homme rouge. C'est un livre qui traite de la transformation des habitants de tout le monde post-soviétique. après la chute du communisme comme son nom l'indique comment la société post-soviétique dans toutes les les républiques qui ont pris leur indépendance de l'union soviétique comme l'Ukraine ou la Biélorussie par exemple et la Russie bien sûr comment la société a évolué depuis la chute du communisme et donc pourquoi Elle était connue en France pour ça, parce que c'était le livre qui avait eu le plus d'impact. Et elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle est à moitié bielorusse et à moitié ukrainienne. Et moi, je sais que je tournais autour de ce bouquin pendant longtemps. Et bizarrement, en fait, je n'ai pas commencé par ce livre-là, j'ai commencé par La Supplication. C'était un petit poche qui traînait, un sac de livres que j'avais acheté d'occasion. Et peu de temps avant, j'avais vu la série HBO qui s'appelle Tchernobyl. Et donc je ne sais pas si beaucoup d'entre vous l'ont vu, mais pour ceux qui l'ont vu, en fait, c'est un choc cette série. Parce que ça montre réellement comment s'est passé l'accident de cette centrale nucléaire et comment elle a été gérée, l'impéritie totale à l'époque des soviets suprêmes, le nombre de victimes qu'il y a eu, la pollution que ça a causé. Moi je me rappelle en 1986, j'étais au collège. On nous disait encore que le nuage allait s'arrêter à la frontière. Alors qu'on sait que maintenant, il y a plein de cancers de la thyroïde, par exemple, qui sont dus aux radiations de cette explosion. Mais bon, on a eu de la chance, nous, en Europe de l'Ouest, parce que, justement, quand on voit ce qui s'est passé en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, ils ont morflé, comme d'habitude. Et donc, quand j'ai regardé cette série, déjà, comme toutes les séries HBO, enfin, la plupart des séries HBO, c'était vraiment une série de... très bonne qualité. Là-dedans, par exemple, il y a Stéphane Skarsgård, l'auteur suédois, qui est impérial, comme d'habitude. Et donc, ça m'avait touché, cette série, ça m'avait touché, déjà parce que on voyait vraiment comment les gens ont vécu, enfin, les gens de Tchernobyl d'abord, les gens de la région, ensuite, puis les gens de toute la Russie, enfin, les non-soviétiques de l'époque, avaient... vécu ce cataclysme et comment justement le gouvernement avait essayé de gérer l'incident. Et bon, j'avais regardé la série, c'était resté un peu dans un coin de mon cerveau, et voilà quoi, je suis passé à autre chose. Et donc un jour je tombe sur ce livre La Supplication, je commence à le lire, et je me rends compte qu'en fait cette série est basée sur ce livre, et que ça reprend point par point. différents passages de la série. Et donc là, je deviens fou. Je me dis, attends, déjà la série, elle m'avait rendu fou, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit vraiment basé sur un livre de témoignages comme ça. Parce qu'en réalité, Svetlana Alekseyevitch, avant d'être une grande autrice, un grand écrivain, ça a été pendant longtemps une journaliste. Elle a couvert pas mal de grands événements qui ont... qui ont eu lieu par rapport à la sphère d'influence soviétique, que ce soit l'Afghanistan, la Tchétchénie, etc. Donc, elle a fait un travail de journaliste pendant longtemps, avant de devenir écrivaine. Et la supplication, en réalité, c'est en gros une enquête de terrain sur plusieurs années, sur un sinon de Tchernobyl. Et je vous donne un exemple. Pour ceux qui ont vu la série, on voit tout de suite, dans les premiers épisodes, quand un des réacteurs explose. Les premiers à aller sur les lieux, ce sont les pompiers de Tchernobyl. Et on suit notamment le parcours d'un des pompiers qui est jeune marié, dont la femme est enceinte. Et comment justement il va être un des premiers à aller sur les lieux, à essayer de lutter contre cet incendie et cet accident avec rien, des moyens dérisoires. Et ensuite l'impact que ça a sur lui, sur sa famille, sur ses voisins, etc. Sur toute son équipe de pompiers. Et déjà, franchement, dans la série, ça prend au trip. C'est poignant, ça fait mal au cœur. Et on se dit, wow, c'est horrible ce qui lui est arrivé. Et dans la supplication, le premier cas que nous raconte Svetlana Alexievitch, c'est l'histoire de ce pompier, parce qu'en fait, c'est chronologique. Et donc, c'est comme la série, ça reprend point par point, en prenant des points de vue de différents acteurs de l'incident. Déjà, en voyant la série, je m'étais dit que c'était chaud, et il y avait un luxe de détails, et c'était vraiment réaliste. Mais là, dans son livre, c'est déjà une grosse partie du début. Dans la série, il y a 10%, comme d'habitude. Là, on se rend compte de la souffrance qu'ont vécue ces pompiers et leurs femmes. ils sont tous morts sa femme là qui était enceinte par miracle a réussi à survivre à l'irradiation et elle essaye de veiller son mari mais qui pense pas un spoil il va mourir puisque il était sur les lieux au début et même ensuite comment justement l'administration mais tout de suite les corps dans des circuits plombés les enterre dans des endroits inconnus et la femme du pompier essaye juste de savoir où est enterré son mari et c'est juste ça déjà, c'est juste le début et ça nous met dans l'ambiance ça nous met dans l'ambiance et franchement ça fait pleurer c'est rare moi que je verse ma larme en lisant un bouquin ou en regardant un film mais là je vous avoue que j'avais les yeux mouillés et donc ça campe le décor ça campe l'histoire Et moi, la chose qui m'avait le plus plu dans la série, c'était, comme j'ai dit, vraiment l'impéritie du gouvernement dans la gestion de la crise, et sa méconnaissance totale, en réalité, de ce qui concernait l'énergie atomique. On voit bien, là, dans la série, que, justement, le scientifique qui est joué par Stellan Sarsgaard, qui est envoyé pour essayer de gérer l'incident, il n'y a que lui, en fait, qui est conscient de la catastrophe, le degré. la catastrophe qui implique l'explosion du réacteur. Et à l'époque, Gorbatchev et compagnie, ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire, les radiations. Ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire un accident atomique. Ou encore, par exemple, nous, en France, en Europe de l'Ouest, tout de suite, on nous avait dit, bon, il y a un nuage radioactif au-dessus de Tchernobyl, au-dessus de l'Ukraine, ça se déplaçait vers l'Ouest. Mais justement, le fait, elle, qu'elle soit... aussi biélorusse, un truc qu'on n'a pas su, c'est qu'en réalité, bien sûr, Tchernobyl a été irradiée en premier, mais très vite, en réalité, le nuage de particules radioactives s'était placé vers le nord, vers la frontière biélorusse et sur la Biélorussie. Et en réalité, la Biélorussie, elle a mangé quasiment autant que l'Ukraine. Et ça, par exemple, en tout cas, à part quelques spécialistes, peut-être, on ne savait pas ça. On ne savait pas que la Biélorussie, elle avait vraiment été irradiée, mais de manière... lourdes et qu'ils ont eu des séquelles pendant longtemps et aussi longtemps que l'Ukraine. Et pareil, en lisant ce livre, on se rend compte que, d'un point de vue sanitaire, c'est catastrophique. Et qu'encore une fois, à l'époque, les autorités, déjà par méconnaissance et ensuite par manque de moyens, et puis de toute façon, qu'est-ce qu'on va faire contre les radiations ? C'est bien ça le problème de l'énergie atomique, que ce soit une bombe ou une centrale qui explose. on nous donne des pastilles de diodes et on prie pour pas avoir le cancer quoi en gros, si on n'est pas mort tout de suite. Bah voilà, c'est ça quoi. C'est juste que c'est un scandale sanitaire qui dure depuis 40 ans et dont nous en fait on n'a pas pris la mesure. en occident et quelques années Fukushima nous a rappelé que ça pouvait arriver n'importe où mais donc en lisant ce livre la supplication c'est chronologique on suit donc la catastrophe de Tchernobyl du début jusqu'à la fin et avec toutes les ramifications que ça a et c'est ça en fait qui est super intéressant et super prenant dans ce livre sincèrement ça se lit très vite c'est un petit poche mais On est obligé de faire des pauses parce que c'est lourd ce qu'on lit. Mais en fait, il y a plusieurs strates. Il y a déjà le niveau humain, comme je vous l'ai dit. Si on a un cœur de pierre, on est obligé de souffrir et d'être vraiment pris aux tripes par ce qui arrive aux gens. Pareil, ceux qui sont partis en premier, qui sont sacrifiés pour essayer de colmater les brèches, on le voit dans la série. Alors bien sûr, parmi vous, comme en plus c'est HBO, plein de gens qui n'ont pas dû voir la série. D'ailleurs, à l'heure où je fais ce podcast, je crois que ça fait un mois ou deux qu'on a LJBO Max, enfin, qui est arrivé en France. Je ne suis pas de la pub pour eux, comme d'habitude, moi, quand je vous parle d'éditeur, ou de plateforme, ou de que sais-je encore, c'est juste d'un point de vue informatif. Moi, je sais que je n'avais jamais été abonné à OCS, par exemple, et donc, les séries LJBO, c'était que quand il y en avait en coffret DVD que je tombais dessus. de temps en temps que je pouvais les regarder mais là je me suis abonné puisque c'est 9 balles par mois et justement j'ai pu me regarder plein de séries et du bio que j'avais jamais vu et donc il y avait Tchernobyl dedans et je me suis dit bah cool je vais pouvoir le revoir après avoir lu le bouquin et donc ça après avoir lu le bouquin c'est encore pire et je sais plus pourquoi je vous disais ça mais enfin ouais pour ceux qui veulent voir la série ils peuvent s'abonner à 9 euros et donc ouais Il y a l'histoire du pompier, de la gestion de la crise sanitaire. Par exemple, on apprend qu'à un moment donné, ils sont partis chercher des mineurs en Sibérie, parce qu'ils avaient besoin d'ouvriers un peu qualifiés et sacrifiables. Pareil, ça fait mal au cœur dans la série, parce qu'on sait que quand ils vont les chercher, ils ne leur disent pas, mais qu'ils vont tous mourir. Mais dans le livre, c'est pareil. On voit comment ça s'est passé, ce recrutement, ce qui leur est arrivé après. donc enfin je sais pas pour vous qui m'écoutez si vous connaissez un peu l'histoire de la russie l'histoire enfin quand je dis russie c'est bien sûr le monde russe ou soviétique c'est en tout cas les trois russies comme on dit déjà et biélorussie ukraine russie quand on lit un peu l'histoire de cette région de ce peuple mais On sait qu'ils ont souffert tout le temps. Par exemple, c'est ceux qui ont payé le plus lourd tribut pendant la guerre. Sur les 50 millions de morts, la moitié, c'est des Russes. Que ce soit à Stalingrad, ou que ce soit au début pendant l'invasion, ou que ce soit ensuite pendant la guerre contre l'armée nazie. Ils ont payé un tribut incroyable. Que ce soit par exemple l'Ukraine, après, avec Staline, avec Lollodomor, quand il a organisé la famine en Ukraine, c'est pareil. 2 ou 3 millions de morts en Ukraine. Là, avec ce qui se passe en ce moment avec la guerre, ça se passe à nos portes. Apparemment, les deux camps, à l'euro, je vous parle, ils ont plus de 200 000 ou presque 300 000 morts chacun. Pour nous, ça paraît des chiffres incommensurables. En tout cas, ça pourrait dire que c'est des peuples qui, depuis au moins deux siècles, parce que la révolution russe est pareille, que les... Les camps de Staline, c'est autant que les camps de la mort nazie. Enfin, je veux dire, ça fait longtemps qu'ils morflaient, ça fait longtemps qu'ils meurent dans des conditions horribles. Et quand on lit ce bouquin, en fait, c'est une brique de plus dans l'horreur. C'est des gens sacrifiables à chaque fois. Alors, je sais bien qu'encore une fois, une centrale atomique qui explose, même si ça se passait en France, je pense que ce serait pareil. On a bien vu à Fukushima aussi. Au début, les premiers qu'ils ont envoyés, je ne sais plus quel nom on leur a donné, c'était le même nom qu'à Tchernobyl, justement j'ai un trou là. En gros, ceux qui se sacrifient, ceux qui vont au début, ils savent très bien qu'ils vont mourir, ils savent très bien qu'il n'y a pas de retour possible pour eux et que ça va être horrible. Mais ils y vont parce que c'est pour le pays, c'est pour la cause. Et ce qui est prenant dans cette histoire de la supplication, c'est que c'est vrai qu'à l'époque, surtout au début, comme les pompiers, ils n'étaient pas conscients. vraiment qu'ils allaient y rester. Mais plus on avance dans le temps de gestion de la crise, plus on avance dans... la prise de conscience de l'inéluctable en fait. Ça va durer longtemps, il va y avoir des répercussions pendant des années. À un moment donné, les scientifiques, quand ils parlent entre eux, comme ils sont sur le site depuis le début, ils se rendent compte que de toute façon, ils vont mourir aussi. Ils vont se rendre compte qu'ils vont avoir des cancers, quoi. Peut-être au bout de six semaines, six mois, six ans, mais en tout cas, leur temps est compté. justement ce livre donc la supplication en fait ça nous plonge dans cet état d'esprit la mort inéluctable et le fait qu'une catastrophe de ce type déjà on se rend compte là en lisant le livre que c'est un miracle réellement c'est un miracle que l'europe entière s'en soit sorti entre guillemets à si bon compte Bien sûr, entre guillemets, parce qu'encore une fois, nous on ne se rendait pas compte des répercussions sanitaires, sociales et du nombre de morts simplement qu'il y a eu. Et en réalité qu'encore aujourd'hui, alors bien sûr il y a eu le sarcophage, je ne sais pas combien de sarcophages en plus sur le réacteur pour éviter qu'on soit tous irradiés. Avec la guerre aujourd'hui, on se rend bien compte, par exemple, qu'à Zaporizhia, ça pourrait arriver. Et en tout cas, ça fait réfléchir sur, premièrement, cette énergie atomique. Apparemment, on en a besoin, même en ce qui concerne la sortie des énergies fossiles. Mais alors après, moi j'ai toujours été mitigé sur cette question. Parce que la question des déchets, c'est toujours une question. C'est quand même des bombes à retardement, c'est central. quoi qu'on en dise. Et surtout, surtout, pour en revenir au cœur du livre, comme je vous le disais, il y a plusieurs strates. Donc il y a la première strate, déjà, de l'émotion. La deuxième strate, c'est justement l'explication de tout ce complexe militaro-industriel, atomique, que ce soit dans le monde soviétique ou dans le monde occidental. Et surtout... Ce qui est super intéressant, quand on prend un peu de hauteur dans le livre, hauteur dans le sens pour analyser la situation, c'est la gestion politique de la crise. Et sur 30 ans, à l'époque, je vous le dis, on le voit dans la série et on le voit dans le livre, ils étaient incompétents, comme d'habitude, comme dans la plupart des pays. Les politiciens, c'est des politiciens. Ce qui les intéresse, c'est... tenir le pouvoir, ensuite c'est la gestion du pouvoir, mais après, d'un truc comme ça arrive, ils sont pas qualifiés. Ils sont pas qualifiés du tout. C'est pour ça que c'est miraculeux, et qu'encore une fois, ça tient sur le sacrifice de quelques-uns. Et moi, ce qui m'a surtout touché une fois que je m'étais habitué à souffrir pour les gens qui mouraient, c'était ça en fait. Encore une fois, l'impéritie. Parce que je crois que c'est... C'est le mot l'impericil et l'iniquité des gens qui sont en place pour gérer un tel incident. Donc voilà, c'était pas très fun comme bouquin, mais de temps en temps, c'est important de lire des livres sur des tragédies. Et bien que ce soit une traduction, c'est super bien écrit, et je comprends qu'elle ait eu le prix Nobel, cette femme. Et en même temps, elle est super courageuse, parce que c'est pareil, pour une ukrainienne, enfin une biélorusse, ouais. biélorusso-ukrainienne et issue du monde soviétique critiquer l'appareil et la gestion de la crise et révéler plein de choses là-dessus. Ça n'a pas dû être simple pour elle. En tout cas, c'est un vrai témoignage poignant et c'est un vrai travail de journaliste. Donc, je vous le conseille, chers amis mangeurs de livres, si vous n'avez pas peur de lire des bouquins irradiés et de briller dans la nuit. Je vous conseille La Supplication. C'est un petit livre qui se lit très vite, enfin très vite, qu'on peut lire très vite, mais en tout cas, moi personnellement, j'ai dû faire des pauses. Mais c'est un livre pour, mais intense. Et d'ailleurs, ça m'a donné envie de lire tout le reste de sa bibliographie, à notre avis, Svetlana. Donc voilà, c'était mon conseil du soir. la supplication donc le titre je trouve qu'il est super approprié c'est politique en fait en réalité eh bien j'ai plus rien à dire mes amis Si ce n'est commenter, mettez-moi des étoiles, des commentaires, que sais-je encore, pour faire monter un petit peu le podcast, parce que j'ai l'impression de parler tout seul en réalité. Et bien à bientôt les mangeurs de livres.
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Le pays des larmes radioactives.
Un grand roman et une grande enquête journalistique par le prix Nobel de littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bonjour à tous les livre-vores et bienvenue dans le podcast Mangeur de Livres. Alors aujourd'hui, quel livre va-t-on manger et à quelle sauce ? Je vous avoue que c'est un livre qui n'est pas très digeste, qui n'est pas très bon pour la santé. Non, je rigole. Il parle de choses qui ne sont pas très bonnes pour la santé, mais c'est un must-have. Un livre qu'on se doit de lire quand on s'intéresse un petit peu à ce qui se passe sur la Terre. Et alors c'est quoi ce livre ? Et bien ce livre c'est La Supplication. Supplication de Svetlana Alexievich. Alors qu'est-ce que La Supplication et qui est Svetlana Alexievich ? Et bien je dois vous avouer qu'en réalité, je ne savais pas qui c'était. Enfin, à l'époque où j'ai lu le livre. Mais en fait, j'ai tilté ensuite. C'est, comme certains d'entre vous le savent, ceux qui s'intéressent à la littérature mondiale. Svetlana, notre amie Svetlana, a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015. Et en France, elle était surtout connue pour un livre qui s'appelle La fin de l'homme rouge. C'est un livre qui traite de la transformation des habitants de tout le monde post-soviétique. après la chute du communisme comme son nom l'indique comment la société post-soviétique dans toutes les les républiques qui ont pris leur indépendance de l'union soviétique comme l'Ukraine ou la Biélorussie par exemple et la Russie bien sûr comment la société a évolué depuis la chute du communisme et donc pourquoi Elle était connue en France pour ça, parce que c'était le livre qui avait eu le plus d'impact. Et elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle est à moitié bielorusse et à moitié ukrainienne. Et moi, je sais que je tournais autour de ce bouquin pendant longtemps. Et bizarrement, en fait, je n'ai pas commencé par ce livre-là, j'ai commencé par La Supplication. C'était un petit poche qui traînait, un sac de livres que j'avais acheté d'occasion. Et peu de temps avant, j'avais vu la série HBO qui s'appelle Tchernobyl. Et donc je ne sais pas si beaucoup d'entre vous l'ont vu, mais pour ceux qui l'ont vu, en fait, c'est un choc cette série. Parce que ça montre réellement comment s'est passé l'accident de cette centrale nucléaire et comment elle a été gérée, l'impéritie totale à l'époque des soviets suprêmes, le nombre de victimes qu'il y a eu, la pollution que ça a causé. Moi je me rappelle en 1986, j'étais au collège. On nous disait encore que le nuage allait s'arrêter à la frontière. Alors qu'on sait que maintenant, il y a plein de cancers de la thyroïde, par exemple, qui sont dus aux radiations de cette explosion. Mais bon, on a eu de la chance, nous, en Europe de l'Ouest, parce que, justement, quand on voit ce qui s'est passé en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, ils ont morflé, comme d'habitude. Et donc, quand j'ai regardé cette série, déjà, comme toutes les séries HBO, enfin, la plupart des séries HBO, c'était vraiment une série de... très bonne qualité. Là-dedans, par exemple, il y a Stéphane Skarsgård, l'auteur suédois, qui est impérial, comme d'habitude. Et donc, ça m'avait touché, cette série, ça m'avait touché, déjà parce que on voyait vraiment comment les gens ont vécu, enfin, les gens de Tchernobyl d'abord, les gens de la région, ensuite, puis les gens de toute la Russie, enfin, les non-soviétiques de l'époque, avaient... vécu ce cataclysme et comment justement le gouvernement avait essayé de gérer l'incident. Et bon, j'avais regardé la série, c'était resté un peu dans un coin de mon cerveau, et voilà quoi, je suis passé à autre chose. Et donc un jour je tombe sur ce livre La Supplication, je commence à le lire, et je me rends compte qu'en fait cette série est basée sur ce livre, et que ça reprend point par point. différents passages de la série. Et donc là, je deviens fou. Je me dis, attends, déjà la série, elle m'avait rendu fou, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit vraiment basé sur un livre de témoignages comme ça. Parce qu'en réalité, Svetlana Alekseyevitch, avant d'être une grande autrice, un grand écrivain, ça a été pendant longtemps une journaliste. Elle a couvert pas mal de grands événements qui ont... qui ont eu lieu par rapport à la sphère d'influence soviétique, que ce soit l'Afghanistan, la Tchétchénie, etc. Donc, elle a fait un travail de journaliste pendant longtemps, avant de devenir écrivaine. Et la supplication, en réalité, c'est en gros une enquête de terrain sur plusieurs années, sur un sinon de Tchernobyl. Et je vous donne un exemple. Pour ceux qui ont vu la série, on voit tout de suite, dans les premiers épisodes, quand un des réacteurs explose. Les premiers à aller sur les lieux, ce sont les pompiers de Tchernobyl. Et on suit notamment le parcours d'un des pompiers qui est jeune marié, dont la femme est enceinte. Et comment justement il va être un des premiers à aller sur les lieux, à essayer de lutter contre cet incendie et cet accident avec rien, des moyens dérisoires. Et ensuite l'impact que ça a sur lui, sur sa famille, sur ses voisins, etc. Sur toute son équipe de pompiers. Et déjà, franchement, dans la série, ça prend au trip. C'est poignant, ça fait mal au cœur. Et on se dit, wow, c'est horrible ce qui lui est arrivé. Et dans la supplication, le premier cas que nous raconte Svetlana Alexievitch, c'est l'histoire de ce pompier, parce qu'en fait, c'est chronologique. Et donc, c'est comme la série, ça reprend point par point, en prenant des points de vue de différents acteurs de l'incident. Déjà, en voyant la série, je m'étais dit que c'était chaud, et il y avait un luxe de détails, et c'était vraiment réaliste. Mais là, dans son livre, c'est déjà une grosse partie du début. Dans la série, il y a 10%, comme d'habitude. Là, on se rend compte de la souffrance qu'ont vécue ces pompiers et leurs femmes. ils sont tous morts sa femme là qui était enceinte par miracle a réussi à survivre à l'irradiation et elle essaye de veiller son mari mais qui pense pas un spoil il va mourir puisque il était sur les lieux au début et même ensuite comment justement l'administration mais tout de suite les corps dans des circuits plombés les enterre dans des endroits inconnus et la femme du pompier essaye juste de savoir où est enterré son mari et c'est juste ça déjà, c'est juste le début et ça nous met dans l'ambiance ça nous met dans l'ambiance et franchement ça fait pleurer c'est rare moi que je verse ma larme en lisant un bouquin ou en regardant un film mais là je vous avoue que j'avais les yeux mouillés et donc ça campe le décor ça campe l'histoire Et moi, la chose qui m'avait le plus plu dans la série, c'était, comme j'ai dit, vraiment l'impéritie du gouvernement dans la gestion de la crise, et sa méconnaissance totale, en réalité, de ce qui concernait l'énergie atomique. On voit bien, là, dans la série, que, justement, le scientifique qui est joué par Stellan Sarsgaard, qui est envoyé pour essayer de gérer l'incident, il n'y a que lui, en fait, qui est conscient de la catastrophe, le degré. la catastrophe qui implique l'explosion du réacteur. Et à l'époque, Gorbatchev et compagnie, ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire, les radiations. Ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire un accident atomique. Ou encore, par exemple, nous, en France, en Europe de l'Ouest, tout de suite, on nous avait dit, bon, il y a un nuage radioactif au-dessus de Tchernobyl, au-dessus de l'Ukraine, ça se déplaçait vers l'Ouest. Mais justement, le fait, elle, qu'elle soit... aussi biélorusse, un truc qu'on n'a pas su, c'est qu'en réalité, bien sûr, Tchernobyl a été irradiée en premier, mais très vite, en réalité, le nuage de particules radioactives s'était placé vers le nord, vers la frontière biélorusse et sur la Biélorussie. Et en réalité, la Biélorussie, elle a mangé quasiment autant que l'Ukraine. Et ça, par exemple, en tout cas, à part quelques spécialistes, peut-être, on ne savait pas ça. On ne savait pas que la Biélorussie, elle avait vraiment été irradiée, mais de manière... lourdes et qu'ils ont eu des séquelles pendant longtemps et aussi longtemps que l'Ukraine. Et pareil, en lisant ce livre, on se rend compte que, d'un point de vue sanitaire, c'est catastrophique. Et qu'encore une fois, à l'époque, les autorités, déjà par méconnaissance et ensuite par manque de moyens, et puis de toute façon, qu'est-ce qu'on va faire contre les radiations ? C'est bien ça le problème de l'énergie atomique, que ce soit une bombe ou une centrale qui explose. on nous donne des pastilles de diodes et on prie pour pas avoir le cancer quoi en gros, si on n'est pas mort tout de suite. Bah voilà, c'est ça quoi. C'est juste que c'est un scandale sanitaire qui dure depuis 40 ans et dont nous en fait on n'a pas pris la mesure. en occident et quelques années Fukushima nous a rappelé que ça pouvait arriver n'importe où mais donc en lisant ce livre la supplication c'est chronologique on suit donc la catastrophe de Tchernobyl du début jusqu'à la fin et avec toutes les ramifications que ça a et c'est ça en fait qui est super intéressant et super prenant dans ce livre sincèrement ça se lit très vite c'est un petit poche mais On est obligé de faire des pauses parce que c'est lourd ce qu'on lit. Mais en fait, il y a plusieurs strates. Il y a déjà le niveau humain, comme je vous l'ai dit. Si on a un cœur de pierre, on est obligé de souffrir et d'être vraiment pris aux tripes par ce qui arrive aux gens. Pareil, ceux qui sont partis en premier, qui sont sacrifiés pour essayer de colmater les brèches, on le voit dans la série. Alors bien sûr, parmi vous, comme en plus c'est HBO, plein de gens qui n'ont pas dû voir la série. D'ailleurs, à l'heure où je fais ce podcast, je crois que ça fait un mois ou deux qu'on a LJBO Max, enfin, qui est arrivé en France. Je ne suis pas de la pub pour eux, comme d'habitude, moi, quand je vous parle d'éditeur, ou de plateforme, ou de que sais-je encore, c'est juste d'un point de vue informatif. Moi, je sais que je n'avais jamais été abonné à OCS, par exemple, et donc, les séries LJBO, c'était que quand il y en avait en coffret DVD que je tombais dessus. de temps en temps que je pouvais les regarder mais là je me suis abonné puisque c'est 9 balles par mois et justement j'ai pu me regarder plein de séries et du bio que j'avais jamais vu et donc il y avait Tchernobyl dedans et je me suis dit bah cool je vais pouvoir le revoir après avoir lu le bouquin et donc ça après avoir lu le bouquin c'est encore pire et je sais plus pourquoi je vous disais ça mais enfin ouais pour ceux qui veulent voir la série ils peuvent s'abonner à 9 euros et donc ouais Il y a l'histoire du pompier, de la gestion de la crise sanitaire. Par exemple, on apprend qu'à un moment donné, ils sont partis chercher des mineurs en Sibérie, parce qu'ils avaient besoin d'ouvriers un peu qualifiés et sacrifiables. Pareil, ça fait mal au cœur dans la série, parce qu'on sait que quand ils vont les chercher, ils ne leur disent pas, mais qu'ils vont tous mourir. Mais dans le livre, c'est pareil. On voit comment ça s'est passé, ce recrutement, ce qui leur est arrivé après. donc enfin je sais pas pour vous qui m'écoutez si vous connaissez un peu l'histoire de la russie l'histoire enfin quand je dis russie c'est bien sûr le monde russe ou soviétique c'est en tout cas les trois russies comme on dit déjà et biélorussie ukraine russie quand on lit un peu l'histoire de cette région de ce peuple mais On sait qu'ils ont souffert tout le temps. Par exemple, c'est ceux qui ont payé le plus lourd tribut pendant la guerre. Sur les 50 millions de morts, la moitié, c'est des Russes. Que ce soit à Stalingrad, ou que ce soit au début pendant l'invasion, ou que ce soit ensuite pendant la guerre contre l'armée nazie. Ils ont payé un tribut incroyable. Que ce soit par exemple l'Ukraine, après, avec Staline, avec Lollodomor, quand il a organisé la famine en Ukraine, c'est pareil. 2 ou 3 millions de morts en Ukraine. Là, avec ce qui se passe en ce moment avec la guerre, ça se passe à nos portes. Apparemment, les deux camps, à l'euro, je vous parle, ils ont plus de 200 000 ou presque 300 000 morts chacun. Pour nous, ça paraît des chiffres incommensurables. En tout cas, ça pourrait dire que c'est des peuples qui, depuis au moins deux siècles, parce que la révolution russe est pareille, que les... Les camps de Staline, c'est autant que les camps de la mort nazie. Enfin, je veux dire, ça fait longtemps qu'ils morflaient, ça fait longtemps qu'ils meurent dans des conditions horribles. Et quand on lit ce bouquin, en fait, c'est une brique de plus dans l'horreur. C'est des gens sacrifiables à chaque fois. Alors, je sais bien qu'encore une fois, une centrale atomique qui explose, même si ça se passait en France, je pense que ce serait pareil. On a bien vu à Fukushima aussi. Au début, les premiers qu'ils ont envoyés, je ne sais plus quel nom on leur a donné, c'était le même nom qu'à Tchernobyl, justement j'ai un trou là. En gros, ceux qui se sacrifient, ceux qui vont au début, ils savent très bien qu'ils vont mourir, ils savent très bien qu'il n'y a pas de retour possible pour eux et que ça va être horrible. Mais ils y vont parce que c'est pour le pays, c'est pour la cause. Et ce qui est prenant dans cette histoire de la supplication, c'est que c'est vrai qu'à l'époque, surtout au début, comme les pompiers, ils n'étaient pas conscients. vraiment qu'ils allaient y rester. Mais plus on avance dans le temps de gestion de la crise, plus on avance dans... la prise de conscience de l'inéluctable en fait. Ça va durer longtemps, il va y avoir des répercussions pendant des années. À un moment donné, les scientifiques, quand ils parlent entre eux, comme ils sont sur le site depuis le début, ils se rendent compte que de toute façon, ils vont mourir aussi. Ils vont se rendre compte qu'ils vont avoir des cancers, quoi. Peut-être au bout de six semaines, six mois, six ans, mais en tout cas, leur temps est compté. justement ce livre donc la supplication en fait ça nous plonge dans cet état d'esprit la mort inéluctable et le fait qu'une catastrophe de ce type déjà on se rend compte là en lisant le livre que c'est un miracle réellement c'est un miracle que l'europe entière s'en soit sorti entre guillemets à si bon compte Bien sûr, entre guillemets, parce qu'encore une fois, nous on ne se rendait pas compte des répercussions sanitaires, sociales et du nombre de morts simplement qu'il y a eu. Et en réalité qu'encore aujourd'hui, alors bien sûr il y a eu le sarcophage, je ne sais pas combien de sarcophages en plus sur le réacteur pour éviter qu'on soit tous irradiés. Avec la guerre aujourd'hui, on se rend bien compte, par exemple, qu'à Zaporizhia, ça pourrait arriver. Et en tout cas, ça fait réfléchir sur, premièrement, cette énergie atomique. Apparemment, on en a besoin, même en ce qui concerne la sortie des énergies fossiles. Mais alors après, moi j'ai toujours été mitigé sur cette question. Parce que la question des déchets, c'est toujours une question. C'est quand même des bombes à retardement, c'est central. quoi qu'on en dise. Et surtout, surtout, pour en revenir au cœur du livre, comme je vous le disais, il y a plusieurs strates. Donc il y a la première strate, déjà, de l'émotion. La deuxième strate, c'est justement l'explication de tout ce complexe militaro-industriel, atomique, que ce soit dans le monde soviétique ou dans le monde occidental. Et surtout... Ce qui est super intéressant, quand on prend un peu de hauteur dans le livre, hauteur dans le sens pour analyser la situation, c'est la gestion politique de la crise. Et sur 30 ans, à l'époque, je vous le dis, on le voit dans la série et on le voit dans le livre, ils étaient incompétents, comme d'habitude, comme dans la plupart des pays. Les politiciens, c'est des politiciens. Ce qui les intéresse, c'est... tenir le pouvoir, ensuite c'est la gestion du pouvoir, mais après, d'un truc comme ça arrive, ils sont pas qualifiés. Ils sont pas qualifiés du tout. C'est pour ça que c'est miraculeux, et qu'encore une fois, ça tient sur le sacrifice de quelques-uns. Et moi, ce qui m'a surtout touché une fois que je m'étais habitué à souffrir pour les gens qui mouraient, c'était ça en fait. Encore une fois, l'impéritie. Parce que je crois que c'est... C'est le mot l'impericil et l'iniquité des gens qui sont en place pour gérer un tel incident. Donc voilà, c'était pas très fun comme bouquin, mais de temps en temps, c'est important de lire des livres sur des tragédies. Et bien que ce soit une traduction, c'est super bien écrit, et je comprends qu'elle ait eu le prix Nobel, cette femme. Et en même temps, elle est super courageuse, parce que c'est pareil, pour une ukrainienne, enfin une biélorusse, ouais. biélorusso-ukrainienne et issue du monde soviétique critiquer l'appareil et la gestion de la crise et révéler plein de choses là-dessus. Ça n'a pas dû être simple pour elle. En tout cas, c'est un vrai témoignage poignant et c'est un vrai travail de journaliste. Donc, je vous le conseille, chers amis mangeurs de livres, si vous n'avez pas peur de lire des bouquins irradiés et de briller dans la nuit. Je vous conseille La Supplication. C'est un petit livre qui se lit très vite, enfin très vite, qu'on peut lire très vite, mais en tout cas, moi personnellement, j'ai dû faire des pauses. Mais c'est un livre pour, mais intense. Et d'ailleurs, ça m'a donné envie de lire tout le reste de sa bibliographie, à notre avis, Svetlana. Donc voilà, c'était mon conseil du soir. la supplication donc le titre je trouve qu'il est super approprié c'est politique en fait en réalité eh bien j'ai plus rien à dire mes amis Si ce n'est commenter, mettez-moi des étoiles, des commentaires, que sais-je encore, pour faire monter un petit peu le podcast, parce que j'ai l'impression de parler tout seul en réalité. Et bien à bientôt les mangeurs de livres.
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Description
Le pays des larmes radioactives.
Un grand roman et une grande enquête journalistique par le prix Nobel de littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour à tous les livre-vores et bienvenue dans le podcast Mangeur de Livres. Alors aujourd'hui, quel livre va-t-on manger et à quelle sauce ? Je vous avoue que c'est un livre qui n'est pas très digeste, qui n'est pas très bon pour la santé. Non, je rigole. Il parle de choses qui ne sont pas très bonnes pour la santé, mais c'est un must-have. Un livre qu'on se doit de lire quand on s'intéresse un petit peu à ce qui se passe sur la Terre. Et alors c'est quoi ce livre ? Et bien ce livre c'est La Supplication. Supplication de Svetlana Alexievich. Alors qu'est-ce que La Supplication et qui est Svetlana Alexievich ? Et bien je dois vous avouer qu'en réalité, je ne savais pas qui c'était. Enfin, à l'époque où j'ai lu le livre. Mais en fait, j'ai tilté ensuite. C'est, comme certains d'entre vous le savent, ceux qui s'intéressent à la littérature mondiale. Svetlana, notre amie Svetlana, a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015. Et en France, elle était surtout connue pour un livre qui s'appelle La fin de l'homme rouge. C'est un livre qui traite de la transformation des habitants de tout le monde post-soviétique. après la chute du communisme comme son nom l'indique comment la société post-soviétique dans toutes les les républiques qui ont pris leur indépendance de l'union soviétique comme l'Ukraine ou la Biélorussie par exemple et la Russie bien sûr comment la société a évolué depuis la chute du communisme et donc pourquoi Elle était connue en France pour ça, parce que c'était le livre qui avait eu le plus d'impact. Et elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle est à moitié bielorusse et à moitié ukrainienne. Et moi, je sais que je tournais autour de ce bouquin pendant longtemps. Et bizarrement, en fait, je n'ai pas commencé par ce livre-là, j'ai commencé par La Supplication. C'était un petit poche qui traînait, un sac de livres que j'avais acheté d'occasion. Et peu de temps avant, j'avais vu la série HBO qui s'appelle Tchernobyl. Et donc je ne sais pas si beaucoup d'entre vous l'ont vu, mais pour ceux qui l'ont vu, en fait, c'est un choc cette série. Parce que ça montre réellement comment s'est passé l'accident de cette centrale nucléaire et comment elle a été gérée, l'impéritie totale à l'époque des soviets suprêmes, le nombre de victimes qu'il y a eu, la pollution que ça a causé. Moi je me rappelle en 1986, j'étais au collège. On nous disait encore que le nuage allait s'arrêter à la frontière. Alors qu'on sait que maintenant, il y a plein de cancers de la thyroïde, par exemple, qui sont dus aux radiations de cette explosion. Mais bon, on a eu de la chance, nous, en Europe de l'Ouest, parce que, justement, quand on voit ce qui s'est passé en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, ils ont morflé, comme d'habitude. Et donc, quand j'ai regardé cette série, déjà, comme toutes les séries HBO, enfin, la plupart des séries HBO, c'était vraiment une série de... très bonne qualité. Là-dedans, par exemple, il y a Stéphane Skarsgård, l'auteur suédois, qui est impérial, comme d'habitude. Et donc, ça m'avait touché, cette série, ça m'avait touché, déjà parce que on voyait vraiment comment les gens ont vécu, enfin, les gens de Tchernobyl d'abord, les gens de la région, ensuite, puis les gens de toute la Russie, enfin, les non-soviétiques de l'époque, avaient... vécu ce cataclysme et comment justement le gouvernement avait essayé de gérer l'incident. Et bon, j'avais regardé la série, c'était resté un peu dans un coin de mon cerveau, et voilà quoi, je suis passé à autre chose. Et donc un jour je tombe sur ce livre La Supplication, je commence à le lire, et je me rends compte qu'en fait cette série est basée sur ce livre, et que ça reprend point par point. différents passages de la série. Et donc là, je deviens fou. Je me dis, attends, déjà la série, elle m'avait rendu fou, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit vraiment basé sur un livre de témoignages comme ça. Parce qu'en réalité, Svetlana Alekseyevitch, avant d'être une grande autrice, un grand écrivain, ça a été pendant longtemps une journaliste. Elle a couvert pas mal de grands événements qui ont... qui ont eu lieu par rapport à la sphère d'influence soviétique, que ce soit l'Afghanistan, la Tchétchénie, etc. Donc, elle a fait un travail de journaliste pendant longtemps, avant de devenir écrivaine. Et la supplication, en réalité, c'est en gros une enquête de terrain sur plusieurs années, sur un sinon de Tchernobyl. Et je vous donne un exemple. Pour ceux qui ont vu la série, on voit tout de suite, dans les premiers épisodes, quand un des réacteurs explose. Les premiers à aller sur les lieux, ce sont les pompiers de Tchernobyl. Et on suit notamment le parcours d'un des pompiers qui est jeune marié, dont la femme est enceinte. Et comment justement il va être un des premiers à aller sur les lieux, à essayer de lutter contre cet incendie et cet accident avec rien, des moyens dérisoires. Et ensuite l'impact que ça a sur lui, sur sa famille, sur ses voisins, etc. Sur toute son équipe de pompiers. Et déjà, franchement, dans la série, ça prend au trip. C'est poignant, ça fait mal au cœur. Et on se dit, wow, c'est horrible ce qui lui est arrivé. Et dans la supplication, le premier cas que nous raconte Svetlana Alexievitch, c'est l'histoire de ce pompier, parce qu'en fait, c'est chronologique. Et donc, c'est comme la série, ça reprend point par point, en prenant des points de vue de différents acteurs de l'incident. Déjà, en voyant la série, je m'étais dit que c'était chaud, et il y avait un luxe de détails, et c'était vraiment réaliste. Mais là, dans son livre, c'est déjà une grosse partie du début. Dans la série, il y a 10%, comme d'habitude. Là, on se rend compte de la souffrance qu'ont vécue ces pompiers et leurs femmes. ils sont tous morts sa femme là qui était enceinte par miracle a réussi à survivre à l'irradiation et elle essaye de veiller son mari mais qui pense pas un spoil il va mourir puisque il était sur les lieux au début et même ensuite comment justement l'administration mais tout de suite les corps dans des circuits plombés les enterre dans des endroits inconnus et la femme du pompier essaye juste de savoir où est enterré son mari et c'est juste ça déjà, c'est juste le début et ça nous met dans l'ambiance ça nous met dans l'ambiance et franchement ça fait pleurer c'est rare moi que je verse ma larme en lisant un bouquin ou en regardant un film mais là je vous avoue que j'avais les yeux mouillés et donc ça campe le décor ça campe l'histoire Et moi, la chose qui m'avait le plus plu dans la série, c'était, comme j'ai dit, vraiment l'impéritie du gouvernement dans la gestion de la crise, et sa méconnaissance totale, en réalité, de ce qui concernait l'énergie atomique. On voit bien, là, dans la série, que, justement, le scientifique qui est joué par Stellan Sarsgaard, qui est envoyé pour essayer de gérer l'incident, il n'y a que lui, en fait, qui est conscient de la catastrophe, le degré. la catastrophe qui implique l'explosion du réacteur. Et à l'époque, Gorbatchev et compagnie, ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire, les radiations. Ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire un accident atomique. Ou encore, par exemple, nous, en France, en Europe de l'Ouest, tout de suite, on nous avait dit, bon, il y a un nuage radioactif au-dessus de Tchernobyl, au-dessus de l'Ukraine, ça se déplaçait vers l'Ouest. Mais justement, le fait, elle, qu'elle soit... aussi biélorusse, un truc qu'on n'a pas su, c'est qu'en réalité, bien sûr, Tchernobyl a été irradiée en premier, mais très vite, en réalité, le nuage de particules radioactives s'était placé vers le nord, vers la frontière biélorusse et sur la Biélorussie. Et en réalité, la Biélorussie, elle a mangé quasiment autant que l'Ukraine. Et ça, par exemple, en tout cas, à part quelques spécialistes, peut-être, on ne savait pas ça. On ne savait pas que la Biélorussie, elle avait vraiment été irradiée, mais de manière... lourdes et qu'ils ont eu des séquelles pendant longtemps et aussi longtemps que l'Ukraine. Et pareil, en lisant ce livre, on se rend compte que, d'un point de vue sanitaire, c'est catastrophique. Et qu'encore une fois, à l'époque, les autorités, déjà par méconnaissance et ensuite par manque de moyens, et puis de toute façon, qu'est-ce qu'on va faire contre les radiations ? C'est bien ça le problème de l'énergie atomique, que ce soit une bombe ou une centrale qui explose. on nous donne des pastilles de diodes et on prie pour pas avoir le cancer quoi en gros, si on n'est pas mort tout de suite. Bah voilà, c'est ça quoi. C'est juste que c'est un scandale sanitaire qui dure depuis 40 ans et dont nous en fait on n'a pas pris la mesure. en occident et quelques années Fukushima nous a rappelé que ça pouvait arriver n'importe où mais donc en lisant ce livre la supplication c'est chronologique on suit donc la catastrophe de Tchernobyl du début jusqu'à la fin et avec toutes les ramifications que ça a et c'est ça en fait qui est super intéressant et super prenant dans ce livre sincèrement ça se lit très vite c'est un petit poche mais On est obligé de faire des pauses parce que c'est lourd ce qu'on lit. Mais en fait, il y a plusieurs strates. Il y a déjà le niveau humain, comme je vous l'ai dit. Si on a un cœur de pierre, on est obligé de souffrir et d'être vraiment pris aux tripes par ce qui arrive aux gens. Pareil, ceux qui sont partis en premier, qui sont sacrifiés pour essayer de colmater les brèches, on le voit dans la série. Alors bien sûr, parmi vous, comme en plus c'est HBO, plein de gens qui n'ont pas dû voir la série. D'ailleurs, à l'heure où je fais ce podcast, je crois que ça fait un mois ou deux qu'on a LJBO Max, enfin, qui est arrivé en France. Je ne suis pas de la pub pour eux, comme d'habitude, moi, quand je vous parle d'éditeur, ou de plateforme, ou de que sais-je encore, c'est juste d'un point de vue informatif. Moi, je sais que je n'avais jamais été abonné à OCS, par exemple, et donc, les séries LJBO, c'était que quand il y en avait en coffret DVD que je tombais dessus. de temps en temps que je pouvais les regarder mais là je me suis abonné puisque c'est 9 balles par mois et justement j'ai pu me regarder plein de séries et du bio que j'avais jamais vu et donc il y avait Tchernobyl dedans et je me suis dit bah cool je vais pouvoir le revoir après avoir lu le bouquin et donc ça après avoir lu le bouquin c'est encore pire et je sais plus pourquoi je vous disais ça mais enfin ouais pour ceux qui veulent voir la série ils peuvent s'abonner à 9 euros et donc ouais Il y a l'histoire du pompier, de la gestion de la crise sanitaire. Par exemple, on apprend qu'à un moment donné, ils sont partis chercher des mineurs en Sibérie, parce qu'ils avaient besoin d'ouvriers un peu qualifiés et sacrifiables. Pareil, ça fait mal au cœur dans la série, parce qu'on sait que quand ils vont les chercher, ils ne leur disent pas, mais qu'ils vont tous mourir. Mais dans le livre, c'est pareil. On voit comment ça s'est passé, ce recrutement, ce qui leur est arrivé après. donc enfin je sais pas pour vous qui m'écoutez si vous connaissez un peu l'histoire de la russie l'histoire enfin quand je dis russie c'est bien sûr le monde russe ou soviétique c'est en tout cas les trois russies comme on dit déjà et biélorussie ukraine russie quand on lit un peu l'histoire de cette région de ce peuple mais On sait qu'ils ont souffert tout le temps. Par exemple, c'est ceux qui ont payé le plus lourd tribut pendant la guerre. Sur les 50 millions de morts, la moitié, c'est des Russes. Que ce soit à Stalingrad, ou que ce soit au début pendant l'invasion, ou que ce soit ensuite pendant la guerre contre l'armée nazie. Ils ont payé un tribut incroyable. Que ce soit par exemple l'Ukraine, après, avec Staline, avec Lollodomor, quand il a organisé la famine en Ukraine, c'est pareil. 2 ou 3 millions de morts en Ukraine. Là, avec ce qui se passe en ce moment avec la guerre, ça se passe à nos portes. Apparemment, les deux camps, à l'euro, je vous parle, ils ont plus de 200 000 ou presque 300 000 morts chacun. Pour nous, ça paraît des chiffres incommensurables. En tout cas, ça pourrait dire que c'est des peuples qui, depuis au moins deux siècles, parce que la révolution russe est pareille, que les... Les camps de Staline, c'est autant que les camps de la mort nazie. Enfin, je veux dire, ça fait longtemps qu'ils morflaient, ça fait longtemps qu'ils meurent dans des conditions horribles. Et quand on lit ce bouquin, en fait, c'est une brique de plus dans l'horreur. C'est des gens sacrifiables à chaque fois. Alors, je sais bien qu'encore une fois, une centrale atomique qui explose, même si ça se passait en France, je pense que ce serait pareil. On a bien vu à Fukushima aussi. Au début, les premiers qu'ils ont envoyés, je ne sais plus quel nom on leur a donné, c'était le même nom qu'à Tchernobyl, justement j'ai un trou là. En gros, ceux qui se sacrifient, ceux qui vont au début, ils savent très bien qu'ils vont mourir, ils savent très bien qu'il n'y a pas de retour possible pour eux et que ça va être horrible. Mais ils y vont parce que c'est pour le pays, c'est pour la cause. Et ce qui est prenant dans cette histoire de la supplication, c'est que c'est vrai qu'à l'époque, surtout au début, comme les pompiers, ils n'étaient pas conscients. vraiment qu'ils allaient y rester. Mais plus on avance dans le temps de gestion de la crise, plus on avance dans... la prise de conscience de l'inéluctable en fait. Ça va durer longtemps, il va y avoir des répercussions pendant des années. À un moment donné, les scientifiques, quand ils parlent entre eux, comme ils sont sur le site depuis le début, ils se rendent compte que de toute façon, ils vont mourir aussi. Ils vont se rendre compte qu'ils vont avoir des cancers, quoi. Peut-être au bout de six semaines, six mois, six ans, mais en tout cas, leur temps est compté. justement ce livre donc la supplication en fait ça nous plonge dans cet état d'esprit la mort inéluctable et le fait qu'une catastrophe de ce type déjà on se rend compte là en lisant le livre que c'est un miracle réellement c'est un miracle que l'europe entière s'en soit sorti entre guillemets à si bon compte Bien sûr, entre guillemets, parce qu'encore une fois, nous on ne se rendait pas compte des répercussions sanitaires, sociales et du nombre de morts simplement qu'il y a eu. Et en réalité qu'encore aujourd'hui, alors bien sûr il y a eu le sarcophage, je ne sais pas combien de sarcophages en plus sur le réacteur pour éviter qu'on soit tous irradiés. Avec la guerre aujourd'hui, on se rend bien compte, par exemple, qu'à Zaporizhia, ça pourrait arriver. Et en tout cas, ça fait réfléchir sur, premièrement, cette énergie atomique. Apparemment, on en a besoin, même en ce qui concerne la sortie des énergies fossiles. Mais alors après, moi j'ai toujours été mitigé sur cette question. Parce que la question des déchets, c'est toujours une question. C'est quand même des bombes à retardement, c'est central. quoi qu'on en dise. Et surtout, surtout, pour en revenir au cœur du livre, comme je vous le disais, il y a plusieurs strates. Donc il y a la première strate, déjà, de l'émotion. La deuxième strate, c'est justement l'explication de tout ce complexe militaro-industriel, atomique, que ce soit dans le monde soviétique ou dans le monde occidental. Et surtout... Ce qui est super intéressant, quand on prend un peu de hauteur dans le livre, hauteur dans le sens pour analyser la situation, c'est la gestion politique de la crise. Et sur 30 ans, à l'époque, je vous le dis, on le voit dans la série et on le voit dans le livre, ils étaient incompétents, comme d'habitude, comme dans la plupart des pays. Les politiciens, c'est des politiciens. Ce qui les intéresse, c'est... tenir le pouvoir, ensuite c'est la gestion du pouvoir, mais après, d'un truc comme ça arrive, ils sont pas qualifiés. Ils sont pas qualifiés du tout. C'est pour ça que c'est miraculeux, et qu'encore une fois, ça tient sur le sacrifice de quelques-uns. Et moi, ce qui m'a surtout touché une fois que je m'étais habitué à souffrir pour les gens qui mouraient, c'était ça en fait. Encore une fois, l'impéritie. Parce que je crois que c'est... C'est le mot l'impericil et l'iniquité des gens qui sont en place pour gérer un tel incident. Donc voilà, c'était pas très fun comme bouquin, mais de temps en temps, c'est important de lire des livres sur des tragédies. Et bien que ce soit une traduction, c'est super bien écrit, et je comprends qu'elle ait eu le prix Nobel, cette femme. Et en même temps, elle est super courageuse, parce que c'est pareil, pour une ukrainienne, enfin une biélorusse, ouais. biélorusso-ukrainienne et issue du monde soviétique critiquer l'appareil et la gestion de la crise et révéler plein de choses là-dessus. Ça n'a pas dû être simple pour elle. En tout cas, c'est un vrai témoignage poignant et c'est un vrai travail de journaliste. Donc, je vous le conseille, chers amis mangeurs de livres, si vous n'avez pas peur de lire des bouquins irradiés et de briller dans la nuit. Je vous conseille La Supplication. C'est un petit livre qui se lit très vite, enfin très vite, qu'on peut lire très vite, mais en tout cas, moi personnellement, j'ai dû faire des pauses. Mais c'est un livre pour, mais intense. Et d'ailleurs, ça m'a donné envie de lire tout le reste de sa bibliographie, à notre avis, Svetlana. Donc voilà, c'était mon conseil du soir. la supplication donc le titre je trouve qu'il est super approprié c'est politique en fait en réalité eh bien j'ai plus rien à dire mes amis Si ce n'est commenter, mettez-moi des étoiles, des commentaires, que sais-je encore, pour faire monter un petit peu le podcast, parce que j'ai l'impression de parler tout seul en réalité. Et bien à bientôt les mangeurs de livres.
Description
Le pays des larmes radioactives.
Un grand roman et une grande enquête journalistique par le prix Nobel de littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour à tous les livre-vores et bienvenue dans le podcast Mangeur de Livres. Alors aujourd'hui, quel livre va-t-on manger et à quelle sauce ? Je vous avoue que c'est un livre qui n'est pas très digeste, qui n'est pas très bon pour la santé. Non, je rigole. Il parle de choses qui ne sont pas très bonnes pour la santé, mais c'est un must-have. Un livre qu'on se doit de lire quand on s'intéresse un petit peu à ce qui se passe sur la Terre. Et alors c'est quoi ce livre ? Et bien ce livre c'est La Supplication. Supplication de Svetlana Alexievich. Alors qu'est-ce que La Supplication et qui est Svetlana Alexievich ? Et bien je dois vous avouer qu'en réalité, je ne savais pas qui c'était. Enfin, à l'époque où j'ai lu le livre. Mais en fait, j'ai tilté ensuite. C'est, comme certains d'entre vous le savent, ceux qui s'intéressent à la littérature mondiale. Svetlana, notre amie Svetlana, a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015. Et en France, elle était surtout connue pour un livre qui s'appelle La fin de l'homme rouge. C'est un livre qui traite de la transformation des habitants de tout le monde post-soviétique. après la chute du communisme comme son nom l'indique comment la société post-soviétique dans toutes les les républiques qui ont pris leur indépendance de l'union soviétique comme l'Ukraine ou la Biélorussie par exemple et la Russie bien sûr comment la société a évolué depuis la chute du communisme et donc pourquoi Elle était connue en France pour ça, parce que c'était le livre qui avait eu le plus d'impact. Et elle sait de quoi elle parle, vu qu'elle est à moitié bielorusse et à moitié ukrainienne. Et moi, je sais que je tournais autour de ce bouquin pendant longtemps. Et bizarrement, en fait, je n'ai pas commencé par ce livre-là, j'ai commencé par La Supplication. C'était un petit poche qui traînait, un sac de livres que j'avais acheté d'occasion. Et peu de temps avant, j'avais vu la série HBO qui s'appelle Tchernobyl. Et donc je ne sais pas si beaucoup d'entre vous l'ont vu, mais pour ceux qui l'ont vu, en fait, c'est un choc cette série. Parce que ça montre réellement comment s'est passé l'accident de cette centrale nucléaire et comment elle a été gérée, l'impéritie totale à l'époque des soviets suprêmes, le nombre de victimes qu'il y a eu, la pollution que ça a causé. Moi je me rappelle en 1986, j'étais au collège. On nous disait encore que le nuage allait s'arrêter à la frontière. Alors qu'on sait que maintenant, il y a plein de cancers de la thyroïde, par exemple, qui sont dus aux radiations de cette explosion. Mais bon, on a eu de la chance, nous, en Europe de l'Ouest, parce que, justement, quand on voit ce qui s'est passé en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, ils ont morflé, comme d'habitude. Et donc, quand j'ai regardé cette série, déjà, comme toutes les séries HBO, enfin, la plupart des séries HBO, c'était vraiment une série de... très bonne qualité. Là-dedans, par exemple, il y a Stéphane Skarsgård, l'auteur suédois, qui est impérial, comme d'habitude. Et donc, ça m'avait touché, cette série, ça m'avait touché, déjà parce que on voyait vraiment comment les gens ont vécu, enfin, les gens de Tchernobyl d'abord, les gens de la région, ensuite, puis les gens de toute la Russie, enfin, les non-soviétiques de l'époque, avaient... vécu ce cataclysme et comment justement le gouvernement avait essayé de gérer l'incident. Et bon, j'avais regardé la série, c'était resté un peu dans un coin de mon cerveau, et voilà quoi, je suis passé à autre chose. Et donc un jour je tombe sur ce livre La Supplication, je commence à le lire, et je me rends compte qu'en fait cette série est basée sur ce livre, et que ça reprend point par point. différents passages de la série. Et donc là, je deviens fou. Je me dis, attends, déjà la série, elle m'avait rendu fou, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit vraiment basé sur un livre de témoignages comme ça. Parce qu'en réalité, Svetlana Alekseyevitch, avant d'être une grande autrice, un grand écrivain, ça a été pendant longtemps une journaliste. Elle a couvert pas mal de grands événements qui ont... qui ont eu lieu par rapport à la sphère d'influence soviétique, que ce soit l'Afghanistan, la Tchétchénie, etc. Donc, elle a fait un travail de journaliste pendant longtemps, avant de devenir écrivaine. Et la supplication, en réalité, c'est en gros une enquête de terrain sur plusieurs années, sur un sinon de Tchernobyl. Et je vous donne un exemple. Pour ceux qui ont vu la série, on voit tout de suite, dans les premiers épisodes, quand un des réacteurs explose. Les premiers à aller sur les lieux, ce sont les pompiers de Tchernobyl. Et on suit notamment le parcours d'un des pompiers qui est jeune marié, dont la femme est enceinte. Et comment justement il va être un des premiers à aller sur les lieux, à essayer de lutter contre cet incendie et cet accident avec rien, des moyens dérisoires. Et ensuite l'impact que ça a sur lui, sur sa famille, sur ses voisins, etc. Sur toute son équipe de pompiers. Et déjà, franchement, dans la série, ça prend au trip. C'est poignant, ça fait mal au cœur. Et on se dit, wow, c'est horrible ce qui lui est arrivé. Et dans la supplication, le premier cas que nous raconte Svetlana Alexievitch, c'est l'histoire de ce pompier, parce qu'en fait, c'est chronologique. Et donc, c'est comme la série, ça reprend point par point, en prenant des points de vue de différents acteurs de l'incident. Déjà, en voyant la série, je m'étais dit que c'était chaud, et il y avait un luxe de détails, et c'était vraiment réaliste. Mais là, dans son livre, c'est déjà une grosse partie du début. Dans la série, il y a 10%, comme d'habitude. Là, on se rend compte de la souffrance qu'ont vécue ces pompiers et leurs femmes. ils sont tous morts sa femme là qui était enceinte par miracle a réussi à survivre à l'irradiation et elle essaye de veiller son mari mais qui pense pas un spoil il va mourir puisque il était sur les lieux au début et même ensuite comment justement l'administration mais tout de suite les corps dans des circuits plombés les enterre dans des endroits inconnus et la femme du pompier essaye juste de savoir où est enterré son mari et c'est juste ça déjà, c'est juste le début et ça nous met dans l'ambiance ça nous met dans l'ambiance et franchement ça fait pleurer c'est rare moi que je verse ma larme en lisant un bouquin ou en regardant un film mais là je vous avoue que j'avais les yeux mouillés et donc ça campe le décor ça campe l'histoire Et moi, la chose qui m'avait le plus plu dans la série, c'était, comme j'ai dit, vraiment l'impéritie du gouvernement dans la gestion de la crise, et sa méconnaissance totale, en réalité, de ce qui concernait l'énergie atomique. On voit bien, là, dans la série, que, justement, le scientifique qui est joué par Stellan Sarsgaard, qui est envoyé pour essayer de gérer l'incident, il n'y a que lui, en fait, qui est conscient de la catastrophe, le degré. la catastrophe qui implique l'explosion du réacteur. Et à l'époque, Gorbatchev et compagnie, ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire, les radiations. Ils ne sont même pas conscients de ce que ça veut dire un accident atomique. Ou encore, par exemple, nous, en France, en Europe de l'Ouest, tout de suite, on nous avait dit, bon, il y a un nuage radioactif au-dessus de Tchernobyl, au-dessus de l'Ukraine, ça se déplaçait vers l'Ouest. Mais justement, le fait, elle, qu'elle soit... aussi biélorusse, un truc qu'on n'a pas su, c'est qu'en réalité, bien sûr, Tchernobyl a été irradiée en premier, mais très vite, en réalité, le nuage de particules radioactives s'était placé vers le nord, vers la frontière biélorusse et sur la Biélorussie. Et en réalité, la Biélorussie, elle a mangé quasiment autant que l'Ukraine. Et ça, par exemple, en tout cas, à part quelques spécialistes, peut-être, on ne savait pas ça. On ne savait pas que la Biélorussie, elle avait vraiment été irradiée, mais de manière... lourdes et qu'ils ont eu des séquelles pendant longtemps et aussi longtemps que l'Ukraine. Et pareil, en lisant ce livre, on se rend compte que, d'un point de vue sanitaire, c'est catastrophique. Et qu'encore une fois, à l'époque, les autorités, déjà par méconnaissance et ensuite par manque de moyens, et puis de toute façon, qu'est-ce qu'on va faire contre les radiations ? C'est bien ça le problème de l'énergie atomique, que ce soit une bombe ou une centrale qui explose. on nous donne des pastilles de diodes et on prie pour pas avoir le cancer quoi en gros, si on n'est pas mort tout de suite. Bah voilà, c'est ça quoi. C'est juste que c'est un scandale sanitaire qui dure depuis 40 ans et dont nous en fait on n'a pas pris la mesure. en occident et quelques années Fukushima nous a rappelé que ça pouvait arriver n'importe où mais donc en lisant ce livre la supplication c'est chronologique on suit donc la catastrophe de Tchernobyl du début jusqu'à la fin et avec toutes les ramifications que ça a et c'est ça en fait qui est super intéressant et super prenant dans ce livre sincèrement ça se lit très vite c'est un petit poche mais On est obligé de faire des pauses parce que c'est lourd ce qu'on lit. Mais en fait, il y a plusieurs strates. Il y a déjà le niveau humain, comme je vous l'ai dit. Si on a un cœur de pierre, on est obligé de souffrir et d'être vraiment pris aux tripes par ce qui arrive aux gens. Pareil, ceux qui sont partis en premier, qui sont sacrifiés pour essayer de colmater les brèches, on le voit dans la série. Alors bien sûr, parmi vous, comme en plus c'est HBO, plein de gens qui n'ont pas dû voir la série. D'ailleurs, à l'heure où je fais ce podcast, je crois que ça fait un mois ou deux qu'on a LJBO Max, enfin, qui est arrivé en France. Je ne suis pas de la pub pour eux, comme d'habitude, moi, quand je vous parle d'éditeur, ou de plateforme, ou de que sais-je encore, c'est juste d'un point de vue informatif. Moi, je sais que je n'avais jamais été abonné à OCS, par exemple, et donc, les séries LJBO, c'était que quand il y en avait en coffret DVD que je tombais dessus. de temps en temps que je pouvais les regarder mais là je me suis abonné puisque c'est 9 balles par mois et justement j'ai pu me regarder plein de séries et du bio que j'avais jamais vu et donc il y avait Tchernobyl dedans et je me suis dit bah cool je vais pouvoir le revoir après avoir lu le bouquin et donc ça après avoir lu le bouquin c'est encore pire et je sais plus pourquoi je vous disais ça mais enfin ouais pour ceux qui veulent voir la série ils peuvent s'abonner à 9 euros et donc ouais Il y a l'histoire du pompier, de la gestion de la crise sanitaire. Par exemple, on apprend qu'à un moment donné, ils sont partis chercher des mineurs en Sibérie, parce qu'ils avaient besoin d'ouvriers un peu qualifiés et sacrifiables. Pareil, ça fait mal au cœur dans la série, parce qu'on sait que quand ils vont les chercher, ils ne leur disent pas, mais qu'ils vont tous mourir. Mais dans le livre, c'est pareil. On voit comment ça s'est passé, ce recrutement, ce qui leur est arrivé après. donc enfin je sais pas pour vous qui m'écoutez si vous connaissez un peu l'histoire de la russie l'histoire enfin quand je dis russie c'est bien sûr le monde russe ou soviétique c'est en tout cas les trois russies comme on dit déjà et biélorussie ukraine russie quand on lit un peu l'histoire de cette région de ce peuple mais On sait qu'ils ont souffert tout le temps. Par exemple, c'est ceux qui ont payé le plus lourd tribut pendant la guerre. Sur les 50 millions de morts, la moitié, c'est des Russes. Que ce soit à Stalingrad, ou que ce soit au début pendant l'invasion, ou que ce soit ensuite pendant la guerre contre l'armée nazie. Ils ont payé un tribut incroyable. Que ce soit par exemple l'Ukraine, après, avec Staline, avec Lollodomor, quand il a organisé la famine en Ukraine, c'est pareil. 2 ou 3 millions de morts en Ukraine. Là, avec ce qui se passe en ce moment avec la guerre, ça se passe à nos portes. Apparemment, les deux camps, à l'euro, je vous parle, ils ont plus de 200 000 ou presque 300 000 morts chacun. Pour nous, ça paraît des chiffres incommensurables. En tout cas, ça pourrait dire que c'est des peuples qui, depuis au moins deux siècles, parce que la révolution russe est pareille, que les... Les camps de Staline, c'est autant que les camps de la mort nazie. Enfin, je veux dire, ça fait longtemps qu'ils morflaient, ça fait longtemps qu'ils meurent dans des conditions horribles. Et quand on lit ce bouquin, en fait, c'est une brique de plus dans l'horreur. C'est des gens sacrifiables à chaque fois. Alors, je sais bien qu'encore une fois, une centrale atomique qui explose, même si ça se passait en France, je pense que ce serait pareil. On a bien vu à Fukushima aussi. Au début, les premiers qu'ils ont envoyés, je ne sais plus quel nom on leur a donné, c'était le même nom qu'à Tchernobyl, justement j'ai un trou là. En gros, ceux qui se sacrifient, ceux qui vont au début, ils savent très bien qu'ils vont mourir, ils savent très bien qu'il n'y a pas de retour possible pour eux et que ça va être horrible. Mais ils y vont parce que c'est pour le pays, c'est pour la cause. Et ce qui est prenant dans cette histoire de la supplication, c'est que c'est vrai qu'à l'époque, surtout au début, comme les pompiers, ils n'étaient pas conscients. vraiment qu'ils allaient y rester. Mais plus on avance dans le temps de gestion de la crise, plus on avance dans... la prise de conscience de l'inéluctable en fait. Ça va durer longtemps, il va y avoir des répercussions pendant des années. À un moment donné, les scientifiques, quand ils parlent entre eux, comme ils sont sur le site depuis le début, ils se rendent compte que de toute façon, ils vont mourir aussi. Ils vont se rendre compte qu'ils vont avoir des cancers, quoi. Peut-être au bout de six semaines, six mois, six ans, mais en tout cas, leur temps est compté. justement ce livre donc la supplication en fait ça nous plonge dans cet état d'esprit la mort inéluctable et le fait qu'une catastrophe de ce type déjà on se rend compte là en lisant le livre que c'est un miracle réellement c'est un miracle que l'europe entière s'en soit sorti entre guillemets à si bon compte Bien sûr, entre guillemets, parce qu'encore une fois, nous on ne se rendait pas compte des répercussions sanitaires, sociales et du nombre de morts simplement qu'il y a eu. Et en réalité qu'encore aujourd'hui, alors bien sûr il y a eu le sarcophage, je ne sais pas combien de sarcophages en plus sur le réacteur pour éviter qu'on soit tous irradiés. Avec la guerre aujourd'hui, on se rend bien compte, par exemple, qu'à Zaporizhia, ça pourrait arriver. Et en tout cas, ça fait réfléchir sur, premièrement, cette énergie atomique. Apparemment, on en a besoin, même en ce qui concerne la sortie des énergies fossiles. Mais alors après, moi j'ai toujours été mitigé sur cette question. Parce que la question des déchets, c'est toujours une question. C'est quand même des bombes à retardement, c'est central. quoi qu'on en dise. Et surtout, surtout, pour en revenir au cœur du livre, comme je vous le disais, il y a plusieurs strates. Donc il y a la première strate, déjà, de l'émotion. La deuxième strate, c'est justement l'explication de tout ce complexe militaro-industriel, atomique, que ce soit dans le monde soviétique ou dans le monde occidental. Et surtout... Ce qui est super intéressant, quand on prend un peu de hauteur dans le livre, hauteur dans le sens pour analyser la situation, c'est la gestion politique de la crise. Et sur 30 ans, à l'époque, je vous le dis, on le voit dans la série et on le voit dans le livre, ils étaient incompétents, comme d'habitude, comme dans la plupart des pays. Les politiciens, c'est des politiciens. Ce qui les intéresse, c'est... tenir le pouvoir, ensuite c'est la gestion du pouvoir, mais après, d'un truc comme ça arrive, ils sont pas qualifiés. Ils sont pas qualifiés du tout. C'est pour ça que c'est miraculeux, et qu'encore une fois, ça tient sur le sacrifice de quelques-uns. Et moi, ce qui m'a surtout touché une fois que je m'étais habitué à souffrir pour les gens qui mouraient, c'était ça en fait. Encore une fois, l'impéritie. Parce que je crois que c'est... C'est le mot l'impericil et l'iniquité des gens qui sont en place pour gérer un tel incident. Donc voilà, c'était pas très fun comme bouquin, mais de temps en temps, c'est important de lire des livres sur des tragédies. Et bien que ce soit une traduction, c'est super bien écrit, et je comprends qu'elle ait eu le prix Nobel, cette femme. Et en même temps, elle est super courageuse, parce que c'est pareil, pour une ukrainienne, enfin une biélorusse, ouais. biélorusso-ukrainienne et issue du monde soviétique critiquer l'appareil et la gestion de la crise et révéler plein de choses là-dessus. Ça n'a pas dû être simple pour elle. En tout cas, c'est un vrai témoignage poignant et c'est un vrai travail de journaliste. Donc, je vous le conseille, chers amis mangeurs de livres, si vous n'avez pas peur de lire des bouquins irradiés et de briller dans la nuit. Je vous conseille La Supplication. C'est un petit livre qui se lit très vite, enfin très vite, qu'on peut lire très vite, mais en tout cas, moi personnellement, j'ai dû faire des pauses. Mais c'est un livre pour, mais intense. Et d'ailleurs, ça m'a donné envie de lire tout le reste de sa bibliographie, à notre avis, Svetlana. Donc voilà, c'était mon conseil du soir. la supplication donc le titre je trouve qu'il est super approprié c'est politique en fait en réalité eh bien j'ai plus rien à dire mes amis Si ce n'est commenter, mettez-moi des étoiles, des commentaires, que sais-je encore, pour faire monter un petit peu le podcast, parce que j'ai l'impression de parler tout seul en réalité. Et bien à bientôt les mangeurs de livres.
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