- Speaker #0
La métaphore, pour moi, c'est une ville qui claque, qui cogne. Parce que le temps, ça cogne. Le Cagnard, le Mistral, il fait carrément toc-toc à ma porte des fois la nuit. Les gens, ça se cogne dans le bon et le mauvais sens. Et il y a aussi ce truc à Marseille, je crois, j'ai entendu d'autres personnes dans tes podcasts dire « on l'aime, on la déteste » . Je pense que c'est une ville de fantasmes et en même temps d'une réalité qui s'entrechoque tout le temps.
- Speaker #1
Vous écoutez Marseille Créative, je suis Clémentine Roux, votre hôte. Dans ce podcast, découvrez les histoires d'artistes, d'artisans, de chefs, de designers, mais pas que. Vous entendrez des personnes engagées, marseillaises, d'origine ou d'adoption, connues ou moins connues, qui font bouger Marseille grâce à leurs mains, leurs yeux. et leur cœur. Bienvenue dans Marseille Créative, le podcast qui met en lumière les créatives et les créatifs marseillais.
- Speaker #0
Je te propose deux présentations. Quand je rencontre quelqu'un en soirée et qu'on se présente, c'est souvent genre « C'est quoi ton métier ? » « T'as quel âge ? » « Tu viens d'où ? » Et ça, ça va venir après dans tous les cas. Donc il y a un jeu qui s'appelle le jeu du totem. Et en gros, tu choisis un animal et un adjectif pour une personne. Donc c'est les autres qui choisissent pour toi. Donc moi, je suis le cobra qui a pour qualité d'embraser le changement. Et ils m'ont mis perceptif, intelligence émotionnelle. Et après, je peux te faire la présentation plus classique.
- Speaker #1
Je m'appelle Claire Aguilar,
- Speaker #0
j'ai 34 ans et je suis artiste peintre.
- Speaker #1
Où est-ce que tu es ? née et a grandi ?
- Speaker #0
Je viens du sud-ouest, je suis née à Toulouse et j'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Péchabou, qui est à 30 minutes de Toulouse et pour que tu aies une image dans la tête c'est plein de collines à perte de vue, les Pyrénées au fond, en bleu, et plein de tournesols.
- Speaker #1
Quand est-ce que tu es arrivée à Marseille ?
- Speaker #0
Je suis arrivée à Marseille il y a 4 ans juste avant le confinement, deux mois avant. Pourquoi Marseille ? Je pense qu'il y avait la petite crise de la trentaine. pour être sincère. J'ai vécu dans beaucoup de villes en fait. J'ai grandi à Toulouse, fait mes études à Paris. J'ai vécu à l'étranger, en Hongrie, à Copenhague et à New York où j'ai travaillé les deux avant de revenir à Paris les quatre années avant Marseille. Je pense qu'il y avait un chemin de revenir un peu après New York, revenir aussi à quelque chose de plus humain, à taille humaine. Et surtout, j'hésitais entre Toulouse et Marseille sachant que ma mère est marseillaise. J'ai plein de famille à Marseille. Et voilà, je me suis dit, Marseille, ce qui m'attirait le plus, c'était la nature. Et je crois que je n'avais pas les couilles de partir toute seule à la campagne.
- Speaker #1
Est-ce que tu te souviens la première fois que tu es venue à Marseille ?
- Speaker #0
Je ne me souviens pas de la première fois parce que je devais avoir trois mois. Chaque année, on allait voir ma grand-mère, mon grand-père et mes cousines. Et le souvenir le plus marquant, c'est qu'on partait en voiture de Toulouse. Donc, c'est quatre heures pour aller à Marseille. Et je ne sais pas si c'est déformé et je n'ai pas fait les recherches. Mais on sortait de l'autoroute et là, on arrivait sur la Major et la mer en même temps. Et je crois qu'il y avait une sortie d'autoroute qui était juste là. Et c'est peut-être pas le tunnel de la Juliette maintenant, je ne sais pas trop. Mais il y avait un truc de respiration. On est arrivés et le jeu avec mes sœurs, c'était la première qui voit la mer.
- Speaker #1
Dans quel quartier tu vis ?
- Speaker #0
Alors, je vis dans le 7e à Hondoum.
- Speaker #1
Comment tu es devenue artiste peintre ?
- Speaker #0
J'ai fait des écoles d'art appliquées à Paris, j'en ai fait plusieurs. Après, j'ai fait plus, donc plutôt graphisme et typographie. Et ensuite, après, j'ai commencé à faire de la DA image. Et j'ai co-créé un studio de création qui s'appelle les Bizances. Et là, c'était un peu le déclic pour me dire, maintenant, je me mets à plein temps à la peinture. L'autre truc que j'aimerais un peu mettre en contradiction avec le CV, c'est que j'ai toujours peint. Je pense que mon souvenir le plus vieux de peinture, c'est moi qui ai 4 ans. Et quand on dit un peu bizarrement à un enfant, tu veux faire quoi plus tard ? Moi, je disais, je vais être Van Gogh. J'ai toujours dit ça, j'ai toujours peint. Dès que j'avais des vacances, je faisais des stages de peinture. Quand j'avais Byzance, j'ai pris des jours qui n'étaient pas pour la compagnie pour peindre. Mais après, passé le pas, je pense déjà, je réfléchissais moins sur qui j'étais et plus sur les opportunités. J'adore rencontrer des gens et la peinture, par exemple, c'est quand même extrêmement solitaire. C'est un des trucs que je trouve qui est dur à vivre. Alors que quand tu fais des shootings, tu es avec 15 personnes, tu as une énergie de dingue. Je ne sais pas, je pense que je n'avais pas le cran et la maturité. Et j'admire beaucoup les gens qui ont toujours eu des copains artistes qui ont mangé des sardines pendant 10 ans, entre leurs 20 et leurs 30 ans et qui n'en ont jamais douté. Après moi, je viens de, dans ma famille, personne n'est artiste. Donc, ils sont très aimants et très soutenants, mais c'est quand même, voilà, un peu extraterrestre. C'est pas qu'un métier en fait, c'est un état d'être, d'être artiste. Et si tu l'assumes pleinement, et bien il y a plein de choses dans ta vie qui changent aussi. Ton regard par rapport aux autres, ton regard par rapport à l'indécision, ton... Quelle place en fait tu as dans la société ? Parce que de toute façon, tu as une place qui est un peu... à contre-courant, encore plus que les freelance. T'es vraiment à contre-courant. Là, t'es déconnectée quand même. Bon, après, il y a les galeries et tout ça, mais quand même d'un système économique qui est là. Et en même temps, t'es ultra connectée au monde parce que t'es artiste. Et qu'en fait, j'ai l'impression que tout d'un coup, tu développes de plus en plus tes tentacules de réception.
- Speaker #1
C'est un peu abstrait, là, les tentacules de réception.
- Speaker #0
T'es hyper connectée au monde, mais... pas au monde du travail et le monde auquel on attend. Et même toi, dans ta vie de tous les jours, ton guide, c'est pas la stabilité et c'est pas la construction d'une équipe, c'est pas la construction d'un projet, c'est quelque chose qui est beaucoup... c'est une entité beaucoup plus floue, en fait,
- Speaker #1
d'être artiste.
- Speaker #0
Et c'est tout le temps remis en question aussi. Donc c'est excitant et c'est fatigant aussi.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te guide ? Qu'est-ce qui t'anime dans ton art ? Qu'est-ce que tu as envie de montrer dans tes œuvres ?
- Speaker #0
Je crois qu'il y a un truc, et peut-être c'est commun à tous les créatifs, même dans la musique, le théâtre, je ne sais pas. C'est qu'en fait, il y a un besoin impérieux de créer. Tu n'as pas le choix, en fait. Mais c'est excitant. Tu n'as pas le choix, c'est un sacerdoce. C'est vraiment impérieux. Et je crois qu'au final, quand tu partages un verre avec des amis, tu partages un peu de qui tu es. Quand tu fais de l'art, tu partages aussi de qui tu es, mais de façon plus générale. Et dans mes œuvres, j'essaye, en tout cas dans mes peintures, il y a deux choses que j'essaye toujours d'avoir, qui ne sont pas là forcément quand j'ai le pinceau en main, mais en tout cas, quand je me pose et que je regarde, c'est que j'ai envie que ça parle à n'importe qui. C'est-à-dire que j'ai envie que ma grand-mère, ça la touche, et qu'un mec hyper pointu, ça le touche aussi. Ça, ça me tient vraiment à cœur. Il y a un truc universel. Et je crois aussi, c'est parce que l'art qui me touche, il est vraiment lié au beau. Ce qui n'est pas du tout le cas de tous les arts. Il y a des arts politiques, il y a des arts conceptuels. Moi, j'ai besoin que l'émotion soit directe et c'est souvent lié au beau. Je fais une mini parenthèse que tu pourras couper parce que peut-être c'est trop long, mais quand je suis allée en Inde, le beau en France, en tout cas dans notre monde occidental, il y a aussi un truc où c'est un peu superficiel. Et moi, ça m'a vachement touchée et je crois que c'est les premiers déclics que j'ai eus. pour devenir complètement artiste, c'est que là, tu vois, en Inde, ils sont pauvres comme jamais, mais l'art est lié au spirituel et ça les élève. C'est-à-dire que les femmes, par exemple, tous les matins, elles dessinent des mandalas au riz qui vont être mangés par les oiseaux. Donc c'est une forme de poésie, c'est pour accueillir les autres. Ils font des mandalas de fleurs. Et le beau, en fait, les aide à être heureux et dans leur spiritualité. Et ça, je crois qu'il y a un truc où les artistes sont spirituels. Quelque part, ils vont chercher Dans leur âme, quelque chose qui a attrait au beau, même si c'est un beau crasseux pour des punks ou j'en sais rien dessus. Il y a un truc par rapport à la sensibilité. Et dans moi, mes peintures, et là c'est une démarche plus spécifique à moi et moins aux artistes, j'essaye d'avoir, j'ai appelé ça l'infinitude. C'est-à-dire qu'il y a une part du tableau qui n'est pas complètement finie ou lisible. Donc je ne propose pas une vérité. J'ai des portraits qui sont... caché parce qu'il y a une superposition. Donc en fait, j'ouvre l'œuvre au regardeur, si je peux dire ça, pour que lui imagine ce qu'il y a et pourquoi ça résonne comme ça. J'ai aussi pas mal de peintures dernièrement qui sont floues. Comme si j'avais capté un moment, un peu comme en photographie, mais je te donne pas tout en fait. Il n'y a pas la vérité autoritaire d'un portrait ou d'une image fixe en fait. Et ça, je trouve ça hyper intéressant parce qu'en fait forcément les gens, ça apporte la discussion. Et il n'y a pas que... que j'aime, j'aime pas. Ce qui est souvent, je trouve, le pire même pour un artiste, juste dire j'aime. J'aime pas ça encore pire, mais... En tout cas, il y a des questions. Et puis moi, j'adore entendre des gens qui disent « Ah, mais moi, j'ai vu ça ! » Ils me racontent une histoire qui n'est pas du tout l'histoire que je me suis racontée sur ce tableau. Mais c'est l'approprié.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu représentes dans tes œuvres ? Vu tes tableaux, tu ne représentes pas toujours la même chose, mais il y a quand même souvent des corps humains ou des éléments de la nature.
- Speaker #0
Cette question est en plein en ce moment sur ma propre réflexion. Je suis un peu en bouillabaisse de mes sujets en ce moment. Je pense que comme je suis à plein temps depuis pas si longtemps, j'accepte de faire aux feelings, aux intuitions. Et on va dire que je suis en train de semer les graines et que je n'ai pas encore un sillon comme peuvent avoir des grands artistes. Ça y est, Buren, il fait des rayures à perte de vue, tu vois. Cette année, j'ai beaucoup travaillé sur des tout petits tableaux où je me suis dit qu'est-ce qui m'inspire et qu'est-ce qui vit en moi. Il y avait beaucoup de choses de l'ordre de l'enfance. Je pense notamment à un tableau qui s'appelle Le Chien Bleu. et qui était un livre de l'école des loisirs qui s'appelait Le Chien Bleu de Najar. Ce n'est pas le même chien, évidemment. Et après des références, j'ai fait une fleur, une pensée. C'était une fleur en flou comme ça, mais très grande. J'en ai fait d'autres après. Et forcément, ça m'a fait penser à Georgia O'Keefe, parce qu'elle fait partie aussi des gens qui m'inspirent. Et du coup, je l'ai appelée Georgia. Donc, il y avait plein de petites références comme ça, qui étaient un peu une constellation de ce qui m'habitait. Et après, je crois que j'aime bien quand le regard est dérobé. J'aime bien, en fait, le zoom. Le zoom sur un petit moment, un détail d'une main qui se plie ou un regard à la dérobée. Je crois que mes sujets sont amenés à beaucoup évoluer. En tout cas, il y a beaucoup d'humains. Et là, par exemple, ma réflexion, c'est est-ce que je ne dois pas me recentrer plus sur... Je n'ai pas encore osé trop peindre des gens que je connais. Parce que je crois que je suis un peu timide et que je n'assume pas. Et moi, je suis timide de demander. Mais je crois que ça, ça va être ma prochaine étape. Sur ma peinture, je crois qu'il y a un truc qui est très fort aussi. C'est qu'on me demande souvent pourquoi je ne choisis pas entre l'abstrait et le réalisme. Et je crois qu'en fait, ça a toujours habité en moi. Ce n'est pas antinomique. Et en fait, c'est comme faire un bouquet de fleurs. Tu mets deux entités ensemble et ça crée quelque chose. Et il y a un dialogue qui se crée par la confrontation. ou par la connivence. Je pense que j'ai fait beaucoup de grandes diptyques pour Solarium. Ce sont des tableaux très différents au sein du même diptyque, mais je trouve qu'ils n'ont aucune valeur l'un sans l'autre. Je trouve que ma partie réaliste toute seule est un peu pauvre, et ma partie abstraite toute seule est un peu pauvre. Je crois que j'ai envie encore d'explorer ça. C'est des fois maladroit encore, mais en tout cas, c'est un truc qui est là.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux raconter quel est ton processus créatif ?
- Speaker #0
Le processus créatif, alors il y a le processus intérieur et il y a le processus physique. Le processus intérieur, franchement, j'aimerais bien qu'il soit plus lumineux. Ça fait un peu cliché de l'artiste maudit, mais c'est beaucoup d'interrogations, beaucoup de tensions comme ça où on ne sait plus trop où on va. quand on a terminé un cycle ou juste après une expo. Et du coup, on se recentre sur les sujets. Qu'est-ce qui m'attire ? Et c'est peut-être parce que je suis une jeune artiste. Il y a des gens, quand je vois Monet, j'ai l'impression que le mec ne se pose plus de questions. Il fait un énorme trait violet, il n'en a rien à faire et c'est trop beau. Bon, je ne suis pas encore... Enfin, je suis loin de ça. Donc, il y a beaucoup de tensions et je donne l'image, mais je pense que c'est la même chose dans la vie. Je donne souvent cette image de la méduse qui... qui a un moment de contraction comme ça, un peu d'inaction, un peu de douleur comme ça, et tout d'un coup, elle part dans la mer comme ça. Et là, tout se délit, tout d'un coup. Et c'est comme si on avait maturé, maturé, maturé quelque chose, et tout d'un coup, on produit. En tout cas, moi, je fonctionne beaucoup comme ça. Je m'oblige à aller tous les jours à l'atelier, même si je peux rester transie devant une couleur. Mais je pense que c'est nécessaire. Et après, il y a des fois aussi, Je crois que mes meilleurs tableaux, qui sûrement dans quatre mois, je me dirais qu'ils ne sont pas si bons, mais mes meilleurs tableaux, je pense aux frissons. Tu sais, c'était la fille qui avait une serviette sur la tête et qui regardait un peu en avant et qui est un peu différente des autres. Je l'ai fait dans un état un peu d'épuisement où j'avais quand même beaucoup produit, beaucoup fait. J'avais rempli, comme je t'ai dit encore une fois, c'est peut-être mon problème de trop bonne élève, mais mon contrat de « Ok, je veux faire tant de tableaux pour cette expo, je les ai, c'est bon. » Donc là, en fait, je suis libre. Donc sans attente, dans un état de fatigue. Et il y avait ça en école d'art. et que j'ai du mal à retrouver des fois. En école d'art, des fois, tu avais six heures de nu. Donc au début, tu fais ce que tu fais super bien. Ensuite, tu en as marre. Au bout de deux heures de nu, tu en as trop marre. Tu as fait tes jolis dessins, tu en as trop marre. Donc là, il y a le moment de crise. Tu n'arrives plus à rien. Et puis après, il reste encore deux heures. Et là, tu testes des trucs que tu n'as jamais faits et tu n'en as rien à battre. Et là, il y a des trucs trop bien qui commencent à émerger.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut voir tes œuvres à Arceille ?
- Speaker #0
En ce moment ? Là, on a fini avec Solarium. Ça vient de terminer en mars et on enregistre en mars. Donc là, il faut venir me voir à l'atelier.
- Speaker #1
Donc c'est ouvert ce rendez-vous ?
- Speaker #0
Avec plaisir, oui, bien sûr. Je suis rue d'Avso. Ça n'a pas de sens, mais je suis dans la rue des boutiques chic.
- Speaker #1
T'es pas contente d'être là ou c'est...
- Speaker #0
Non, mais c'est juste un peu antinomique d'être artiste. Et financièrement, c'est toujours un peu compliqué de trouver un espace et d'avoir Isabelle Marant sous tes pieds, quoi. C'est juste ça. Non, mais je suis contente parce que c'est très lumineux, c'est au sous-plafond et c'est propre. Et pour la peinture à l'huile, la poussière, on n'est pas trop copains.
- Speaker #1
Justement, tu parlais des finances. Est-ce que tu vis de ton art ?
- Speaker #0
Non. Sincèrement, je ne vis pas. pas encore de ma peinture. Ça fait pas longtemps que j'ai décidé de changer le cap et que ce soit mon activité principale, sachant qu'en étant autour de moi, il y a plein de gens qui ont toujours des choses à côté, que ce soit des ateliers ou donner des cours ou même si ça a rapport avec l'art. Donc moi, je fais encore des freelance un peu pour de l'image, de la D.A. image de temps en temps. Mais ça reste vraiment mineur maintenant dans ma pratique. Et donc, il y a une somme d'argent de la peinture et une somme d'argent de ça. Et peut-être, si je peux ajouter, je pense sincèrement, et j'ai plein d'exemples qu'on peut vivre de son art, il faut juste le temps. Et ça met peut-être plus de temps que monter une boîte, parce que je ne sais pas pourquoi. Mais en tout cas, je le vois plus comme, au bout de quelques années, j'y arriverai. Et voilà. On comprenne totalement les gens qui prennent le risque de faire une boîte et beaucoup moins quelqu'un qui dit que je vais être artiste. Ça paraît complètement flippant. Alors qu'au fond, c'est un peu la même chose. C'est créer son réseau, commencer petit à petit à avoir une galerie, puis deux. Puis en plus, c'est vachement génial parce que tes œuvres, une fois qu'elles sont vendues, elles vivent quelque part et elles sont autonomes. Et c'est comme si elles continuaient à faire du bouche à oreille elles-mêmes sur ton art.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un projet sur lequel tu travailles en ce moment, une expo ?
- Speaker #0
J'ai un projet à côté. J'écris un scénario d'un court-métrage de fiction depuis bientôt deux ans. C'est extrêmement long aussi comme temps ça. Et là j'ai fini l'écriture, donc je vais commencer à chercher des producteurs. Et c'est, je te le pitche en une seconde. Donc moi j'ai des origines pyrénéennes, et j'ai un peu de la famille qui fait partie des derniers bergers d'une vallée des Hautes-Pyrénées. Et en fait, il y a un peu une légende familiale dont je me suis inspirée. Dans les années 50, un jeune berger, il est un peu lié aux traditions. Il doit reprendre la ferme avec son père, qui est son seul. Sauf qu'il a un don inné, c'est le chant. Et en fait, il y a la venue d'une star américaine. Dans ma tête, j'imagine un peu une Dolly Parton, mi-Marie Monroe, comme ça. Qui arrive au village, puisqu'il y a des termes hyper connus. Et elle va bouleverser sa vie. Et c'est aussi issu, il y aura pas mal de chants polyphoniques. ça ressemble un peu au champ corse mais pyrénéen donc ça c'est mon grand projet annexe mais qui est de toute façon sur une temporalité extrêmement lente mais c'est hyper intéressant parce que c'est l'écriture je suis très inspirée par la lecture dans mes peintures et du coup je trouve ça trop cool de passer du côté de l'écriture pour après aller à l'image, c'est une espèce d'inversion comme ça que je trouve chouette
- Speaker #1
Est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur ton art, ton parcours ?
- Speaker #0
Je crois que c'est intimement en fait C'est forcément lié à ta vie, en fait. À qui tu es, tes ruptures, tes drames, tes joies. Je suis venue à Marseille parce que la crise de la trentaine et parce que je voulais la mer. Mais il y a un truc où si tout allait bien... Je ne sais pas, je crois qu'il y a un truc qui n'est pas... Il y a le travail, il y a forcément une part de talent. Mais il y a aussi un truc de la vie et il faut accepter de se laisser traverser par elle.
- Speaker #1
Et lâcher prise. Tu parlais de tes inspirations tout à l'heure, donc je vais te poser la question maintenant. Est-ce qu'il y a des figures marseillaises qui t'inspirent ?
- Speaker #0
Quand je parlais de moi, je suis beaucoup inspirée par les textes. Donc c'est un peu cliché ce que je vais dire, mais c'est vraiment très très sincère. Moi, Giono, il a transformé ma vie. Donc c'est pas Marseille, mais c'est la Provence. Parce que pour moi, c'est vraiment un... Un peintre de l'écriture. Il a vraiment transformé ma vie. Et très souvent, quand je suis en mal d'inspiration, là, je sors d'Alcazar, j'en ai repris un que je ne connaissais pas, en me disant, j'espère qu'il va me redonner la vérité sur la vie. Après, spécifiquement à Marseille, j'ai pensé des choses de la vie et des gens, des artistes. Les gens qui m'inspirent le plus à Marseille, et je trouve qu'il y a cette faculté dans cette ville, qu'il y a dans peu d'autres villes, en ayant vécu quand même dans pas mal de villes, c'est les gens qui sont à contre-temps de la vie. de la ville, pas de la vie pardon donc par exemple tous les petits vieux toastés bronzés de malmousse ils sont à contre-temps moi en habitant le quartier j'y vais tout le temps en fait et très souvent le matin à 7h ils sont là et il y a un truc où le temps la rapidité de la ville n'a pas d'emprise sur eux et je trouve qu'il y a plein de gens qui ont ça et que je trouve fabuleux parce que Marseille est quand même une ville électrique donc ça, ces figures là qui de temps en temps te remettent à ta place sur, oh on n'est pas pressé Je trouve ça génial. Et après, je trouve que l'inspiration, c'est vraiment... Tu sais, il y a un truc de très pompeux. Enfin, c'est très, très élogieux pour moi, l'inspiration. C'est un truc un peu spirituel. Donc, j'ai eu plus de mal à citer des gens vivants. Mais en tout cas, des artistes ou des designers que j'apprécie beaucoup à Marseille. J'ai pensé à deux personnes. J'ai pensé à Mifig. J'ai amené exprès la bague. Et donc, c'est un Edelweiss. Et l'édelweiss, c'est aussi une fleur que tu trouves dans les très très hautes montagnes. Je l'ai rencontrée, mais ce ne sont pas des amis que je vais citer du tout, même si elle était trop sympa. Mais j'aime beaucoup, elle a une fascination pour la nature. Et en même temps, je crois que les gens qui m'inspirent, c'est les gens qui arrivent à avoir une parole, en école d'art on dirait une écriture, qui est personnelle et qui ressemble. pas trop à tout le monde, ce qui est hyper dur. Mais du coup, j'aime bien, parce qu'on s'inspire tous de la nature, on s'inspire tous d'un mec dans la rue, mais comment ça ressemble pas à ton voisin, et du coup, j'ai l'impression que quand je regarde ce que tu fais, je me dis elle me présente elle, ou lui, ou elle, ou... Et après, j'ai pensé aussi à Adrien Vescovi, que moi, je connaissais avant d'aller à Marseille, et en fait, c'est rigolo, on s'est jamais rencontrés. et il est bon maintenant c'est un artiste bien reconnu mais je sais qu'il vivait à l'escalette donc près des gouttes et moi j'ai une de mes meilleures amies qui a vécu longtemps à l'escalette et je trouvais ça trop chouette parce qu'il travaille quand même avec des teintures naturelles et tout ça chose que par exemple beaucoup de gens font aussi à Marseille mais il y a un truc très personnel et je trouvais ça trop chouette en fait qu'il vive aussi dans les calanques enfin voilà c'était les deux figures auxquelles j'ai pensé il y en a sûrement plein d'autres mais qui me sont venus là
- Speaker #1
Comment Marseille nourrit ta créativité ?
- Speaker #0
Comme je disais tout à l'heure, il y a beaucoup de choses qui sont liées à la vie, plus qu'à Marseille. Mais Marseille, elle a un vecteur pour moi de créativité. Ce n'est pas elle forcément qui m'inspire, mais elle a un vecteur parce que je me sens hyper libre dans cette ville. Et le fait d'être libre... notamment les 4 ans que j'ai fait à Paris, je me sentais vraiment enfermée dans des attentes sociales. J'avais 30 ans, j'étais célib. J'avais pas de projet d'enfant, j'avais pas de projet d'appart. Et à mes 30 ans, on a fait une teuf de 25. J'étais la seule dans cet état-là. Et t'as beau être habillée qu'avec des artistes, t'as une pression latente d'une norme. Et à Marseille, ça, ça éclate. Ça éclate de ouf. Genre, tu peux être qui tu veux. Il y a un espace de liberté qui est immense. Il y a beaucoup de gens queers. Je connais autant de célibs que de gens en polyamour. Et tout d'un coup, tu peux être beaucoup plus qui tu veux. Parce qu'en fait, tu n'es pas en comparaison des autres. Et on ne te compare pas. Parce que des fois, toi, tu ne te compares pas. Mais les gens le font malgré eux. Et du coup, cet espace de liberté que Marseille m'a permis d'avoir, ça m'a permis de me reconnecter totalement à qui j'étais et qui j'avais envie d'être. Et du coup, forcément, à ma créativité. Et la nature, c'est sûr que... Moi, j'ai un truc... Je crois qu'on a tous... Ça, c'est ma petite théorie personnelle. Et peut-être que j'aimerais trop que les auditeurs se posent la question même. Est-ce que j'ai un paysage qui m'habite ? Et moi, je vais poser la question à des copains. Il y en a un qui me disent, mais moi, c'est la jungle, les tigres et tout. Ça me passionne. Il y a des gens, c'est la montagne. Il y a des gens, c'est l'Irlande, la brume. Moi, ça a toujours été la Méditerranée. Et du coup, il y a un truc où... où elle a une énergie pour moi, cette ville, et là, c'est carrément pas philosophique, mais ésotérique, où il y a un truc par rapport à la Méditerranée qui est très fort.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des endroits où tu te rends pour te poser, ressourcer ?
- Speaker #0
Oui, je dirais que c'est tout ce qui a trait à la nature. Donc je vais pratiquement autant que je peux dans la semaine, donc au moins au minimum deux fois par semaine près de l'eau. j'adore Malmousse que le matin parce qu'il n'y a personne j'adore la plage des Catalans en vrai elle est simple pour un coucher de soleil c'est trop bien et moi j'adore tout l'arrière-pays en fait, on n'en parle pas assez en fait Marseille son point fort c'est qu'en une demi-heure t'es dans des endroits merveilleux et du coup pratiquement tous les week-ends j'essaie d'avoir un jour soit dans les Calanques mais souvent explorer tout l'arrière-pays que je connais pas, là j'étais au-dessus d'Orange donc là c'est quand même une heure et demie Mais c'est genre sublime.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des petites habitudes ? Tu parlais du matin à Malmousque.
- Speaker #0
Le matin à Malmousque, voir la mer, ça c'est une habitude. Je pense que c'est beaucoup lié à mon quartier. Le café au petit PMU Le Bergerac, que j'apprécie énormément. Le café en Ausha la Place Saint-Eugène. Et le marché du Courjus, j'adore. Est-ce que tu as des bonnes adresses à recommander ? Les adresses un peu nature. Spot de pétanque à Marseille, le plus beau pour moi. Et souvent j'y vais sans jouer à la pétanque, parce que je joue à la pétanque dans mon quartier, et quand je suis là-bas... j'ai pas les boules, c'est celui qui a Prémont-Rodon à côté du terrain de basket tu le vois juste avant d'arriver dans le parc, il n'y a pas plus glamour que ce spot de pétanque le théâtre Sylvain l'était pour un ciné à côté de chez moi, la petite cric à côté de la plage de Mal Dormé parce que pas tout le monde la connait dans mon quartier il y a Fama, elles sont trop sympas et c'est coupé du Mistral, donc plein soleil Et après, c'est peut-être une adresse que tout le monde connaît, mais j'adore, dors le glacier sur la corniche à côté de la plage des prophètes. C'est les meilleures glaces au monde et des fois, je fais un aller-retour en vélo juste pour aller manger une glace. Ses âmes noires et fleurs d'oranger sont mes préférées.
- Speaker #1
On va passer au portrait chinois à la sauce marseillaise. Si tu étais une odeur ?
- Speaker #0
Les navettes. Les navettes, je n'ai pas hésité une seule seconde. Déjà maintenant, je n'habite pas loin. Moi, je me souviens, ma grand-mère, elle habite à Pont-de-Viveau. Elle habite vachement loin. Elles nous ramenaient de temps en temps à Noël des navettes. On se les arrachait. Il y en avait dix. Il fallait qu'on se les partage. On se hurlait dessus et tout ça. Et elle disait, mais c'est vachement loin, en fait, le four à navettes. Et je trouve ça ouf que c'était pour moi l'emblème et que maintenant, j'habite à côté.
- Speaker #1
Si tu étais un son ?
- Speaker #0
Le Mistral qui cogne contre les volets.
- Speaker #1
Si tu étais un goût ?
- Speaker #0
La soupe au pistou de ma grand-mère. La soupe au pistou de ma grand-mère qui est différente de la soupe au pistou de ma mère. Et moi, quand je fais la mienne... C'est ni l'une ni l'autre et c'est toujours moins bien.
- Speaker #1
Quelles questions entretiens-tu avec les Marseillais ?
- Speaker #0
Alors, je dirais que dans mes potes, j'ai quand même très peu de pur jus marseillais. J'ai de la famille à Marseille, donc surtout ma grand-mère avec qui je passe plusieurs dimanches. Et après, du coup, les Marseillais pur jus, c'est plus les gens de mon quartier. Et ben, en fait... Si je dois me concentrer sur une réponse, je dirais que c'est une relation de charme. C'est-à-dire qu'un Marseillais, pour l'avoir dans ta poche, il faut se charrier. C'est genre boucan. Et plus tu Ausha quelqu'un, plus il t'aime. En fait, je suis fière d'être à Marseille. Pas à cause de moi, mais parce que Marseille, c'est une ville de mixité. Et ça, j'adore la mixité sociale, d'orientation sexuelle, d'origine. Et ça fait un joyeux bazar que tu peux voir au Carnaval de la Plaine. Et c'est souvent quand même assez joyeux, en fait. C'est quand même une ville pauvre, mais je la trouve quand même joyeuse, cette ville. Je la trouve très joyeuse. Même s'il y a des trucs super durs. je la trouve bien plus joyeuse que d'autres villes en France, sans les citer.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te révolte au contraire ?
- Speaker #0
C'est l'entre-soi. C'est l'entre-soi qui est quand même très présent dans le sud-est de la France et que je trouve que... Je comprends qu'il y ait plein de gens qui adorent Marseille et qui bougent à Marseille, mais il y a aussi une tendance à rester entre-soi, entre ex-non-marseillais. Et en fait, je trouve que ça se fait au dépend de ce qui les a attirés au départ dans la ville. reproduire qu'on a connu avant dans une ville qui n'est pas ça. Mais en fait, c'est triste alors qu'on était attiré par cette ville pour d'autres choses. Donc ça, ça me révolte. Ça, ça me révolte vraiment. Et en même temps, pour juste pas être juste sur cette touche un peu négative, il y a plein de gens et parce que c'est une ville de mestissage, c'est un port, on vient et on part. Et j'adore aussi que tout le monde vienne et apporte sa graine et change un peu le visage de la ville. Elle n'est pas du tout uniforme, je pense. Déjà en disant, moi quand j'étais petite, je détestais Marseille. Donc maintenant j'adore. Il y a un truc où elle se transforme, nous aussi on se transforme, mais je pense que les ports se transforment beaucoup plus que d'autres villes.
- Speaker #1
Comment tu décrirais Marseille à quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds ici ?
- Speaker #0
C'est rigolo parce que ça, on me le demande souvent. Parce qu'il y a plein de gens qui ont envie de déménager à Marseille ou qui se demandent, parce qu'elle a quand même un attrait maintenant grand. Et j'ai trouvé la métaphore, pour moi, c'est une ville qui claque, qui cogne. Parce que le temps, ça cogne. Genre le Cagnard, le Mistral, moi, il fait carrément toc-toc à ma porte des fois la nuit. Les gens, en fait, ça se cogne dans le bon et le mauvais sens. Et il y a aussi ce truc à Marseille, je crois, j'ai entendu d'autres personnes dans tes podcasts dire on l'aime, on la déteste. En fait, je pense que c'est une ville de fantasmes. et en même temps d'une réalité qui s'entrechoque tout le temps. Et en fait, il faut juste accepter qu'il y ait cette distorsion-là, comme il y a des endroits qui sont extrêmement calmes et des endroits de grande turbulence. Quand j'habitais à New York, j'avais mon DA, enfin mon supérieur que j'adorais et tout ça, et qui m'avait dit, tu sais, en fait, les gens ressemblent à leur paysage. Moi, je suis américain, on a des tornades extrêmes et on a des paysages à te couper le souffle. Et bien, on est un peu comme ça, on est un peu des ados. On peut avoir Trump comme on peut avoir Obama. Et en fait, c'est quelque chose que je retrouve assez souvent, que ton paysage, donc Marseille, il y a la mer turquoise, le soleil qui scintille, tu te sens trop bien. Et juste après, tu as un coup de mistral et ça te glace le sang. Il y a ce truc-là, ça ressemble aussi à notre paysage.
- Speaker #1
Si tu quittais Marseille, qu'est-ce que tu regretterais ?
- Speaker #0
Je crois qu'en vrai, c'est les vieux Marseillais que tu entends au bistrot. Il n'y a rien de mieux que de te filer le smile. Il y a l'accent du sud-ouest, mais c'est... pas pareil. Là, ça me... Franchement, t'as l'impression d'avoir Fernanda à côté de toi. C'est extrêmement joyeux et génial.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un message à faire passer aux auditeurices de ce podcast ?
- Speaker #0
S'amuser, d'abord. Parce qu'on peut vite trop se tourmenter à vouloir être un bon peintre, un bon chanteur. Donc, s'amuser. Et après, être soi et le plus dénudé d'influence possible, même si on en a forcément parce qu'on s'y inspire. Alors... Je ne sais pas s'il y a trop de trucs parce que ça a bouillonné dans ma tête. En gros, il y a un livre que je conseille aux créatifs sur l'aspect trouble de la création qui est un livre de Charles Julliet. Ça s'écrit comme Juliette mais sans le T et le E. C'est un livre sur Giacometti. Et Giacometti parle de comment il... Qu'est-ce que c'est d'être créatif ? J'ai lu ça, je devais avoir 16 ans, ça m'a bouleversée. Et finir du coup avec, comme on avait commencé avec Van Gogh... Et que ce n'est pas forcément un peintre maintenant qui me travaille, mais je trouvais ça drôle que la petite fille finisse aussi avec Van Gogh. Une petite citation. « Si on continue à aimer sincèrement ce qui est vraiment digne d'amour, et qu'on ne gaspille pas son amour à des choses insignifiantes et nulles et fades, on obtiendra peu à peu plus de lumière et l'on deviendra plus fort. »
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. N'hésitez pas à le partager autour de vous et à mettre 5 étoiles sur Spotify et Apple Podcast. D'avance, un grand merci pour votre soutien et je vous donne rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau Portrait Marseillais. A bientôt !