- Speaker #0
Bienvenue sur Matésens, le podcast des femmes qui réinventent leur carrière après la maternité. Je m'appelle Margaux Saubry-Bobet et je suis coach professionnel certifié. Chaque semaine, je vous invite à découvrir des parcours inspirants de femmes qui ont osé transformer leur vie professionnelle. Au programme, des conseils concrets et des outils pratiques pour avancer avec confiance et ambition vers la carrière qui vous correspond et qui vous rend fière. Alors, si vous êtes prête à écrire le prochain chapitre de votre vie professionnelle, Je vous invite à vous abonner dès maintenant. Allez, c'est parti ! Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Carine Petit, psychopraticienne spécialisée en psychothérapie et en EMDR installée à Bordeaux. Après un parcours dans le domaine du luxe et du retail, marqué par de nombreux voyages et une ouverture aux cultures du monde, elle développe très tôt une sensibilité particulière à l'humain, aux liens et aux histoires de vie. Ce cheminement l'a mené à repenser totalement sa vie professionnelle et à s'orienter vers la psychologie. Son travail s'appuie notamment sur des outils comme l'EMDR, la méditation ou encore l'exploration des liens transgénérationnels. Dans cet épisode, on va parler ensemble de sa reconversion, de sa pratique, mais aussi de ce cheminement parfois complexe qui nous amène à mieux nous connaître en tant que femme, mais aussi en tant que mère. Hello Carine !
- Speaker #1
Coucou Margaux !
- Speaker #0
Je suis très heureuse de te recevoir sur le podcast. Pour commencer, je voulais te demander, pour te présenter, est-ce que tu pourrais nous dire d'où tu viens ? Et qu'est-ce que tu rêvais de devenir quand tu étais enfant ?
- Speaker #1
Je suis née, j'ai grandi jusqu'à mes 18 ans en Heure-et-Loire, à une heure de Paris.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
J'ai pas mal bougé, une quinzaine d'années à l'étranger, dans sept pays différents, dont je te parlerai un petit peu plus tard.
- Speaker #0
Sept pays ?
- Speaker #1
Sept pays.
- Speaker #0
Pas mal.
- Speaker #1
Et du coup, ce que je rêvais de venir quand j'étais enfant, mes parents travaillaient beaucoup, ils étaient tous les deux entrepreneurs, ma maman était pharmacienne et mon père gérait une société. Et donc du coup, ils travaillaient beaucoup. Ce qui fait qu'on avait une dame, notre nounou à la maison, qui est un peu notre deuxième maman et qui est très proche de nous encore aujourd'hui. Elle nous a gardé pendant 20 ans et elle s'occupait de nous, de mes frères et moi. Ce qui fait qu'on avait tout un espace de création un peu après l'école où on s'inventait un peu des vies. Moi, j'adorais l'idée d'être marchande parce que maman était du coup pharmacienne et j'allais beaucoup. J'allais beaucoup à la pharmacie après l'école, parce qu'elle se situait juste à côté de l'école primaire. Je passais vraiment de temps à regarder ma mère vendre ses médicaments, conseiller les clients. Et puis aussi, après, il y a eu toute l'arrivée de la parapharmacie, tous les produits de beauté. Ce qui fait qu'elle rendait la monnaie. Ça, ça me fascinait à l'époque. Ce qui fait que j'étais fascinée par le côté marchand de ma mère. C'est vrai que la pharmacie, pour moi, c'est vraiment une madeleine de Proust. Je passe énormément de temps dans les pharmacies du monde entier.
- Speaker #0
Il jouait bien, c'était un jeu incroyable pour un enfant.
- Speaker #1
Tout à fait. Même l'été, après plus ado, je travaillais un peu dans la pharmacie. Je l'aidais à compter les sous le soir, à la grande époque où il n'y avait pas du tout de logiciel informatique. C'était ça, je ne savais pas vraiment quel métier, mais en tout cas, c'était ça que j'adorais faire après l'école.
- Speaker #0
C'est trop mignon, je trouve. Avant de t'orienter vers la psychothérapie et l'EMDR, tu as eu une première partie de vie professionnelle totalement différente. Est-ce que tu pourrais déjà nous en dire un petit peu plus et à quel moment il y a eu un point de bascule ?
- Speaker #1
Alors, du coup, pour remonter à... Pour remonter un petit peu plus loin, je te disais jusqu'à mes 17 ans. À 17 ans, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire au lycée. Donc, j'ai choisi quelque chose d'assez général. Je suis partie faire une école de commerce. J'étais à Néoma, à Rouen. Ce qui me plaisait dans l'expérience de l'école de commerce, c'était qu'il y avait un an et demi sur les quatre ans à l'international. Je n'étais pas vraiment partie beaucoup avec mes parents. On partait pas très loin, on a dû aller en Espagne à l'époque, c'était peut-être le plus loin, mais je savais que j'avais cette envie-là.
- Speaker #0
De voyage ?
- Speaker #1
De voyage, ça m'intriguait, j'étais assez timide, extrêmement timide à l'époque. J'étais la plus jeune de ma promotion aussi, mais je me suis dit, j'aimerais bien tenter un peu le coup. Donc en deuxième année, j'ai été envoyée à Dublin. En échange, en école, ça a été extrêmement dur. Les trois premiers mois ont été extrêmement durs parce que j'étais complètement perdue. Je sortais un peu aussi de mon cocon familial. J'avais plus forcément mes repères. Je pensais être très bonne en anglais. Finalement, je me suis aperçue que tout ce qu'on avait appris à l'école en France, ce n'était pas très, très haut niveau. En plus, l'accent irlandais par-dessus, c'était... Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Et la suite de l'école de commerce... Je me sentais jeune pour travailler, tout le monde partait bosser ou faire un master. J'avais fait 8 ans d'allemand, je n'avais pas retenu grand-chose. Et j'étais fascinée par tous ceux qui étaient partis en échange en Espagne. Et je les jalousais pas mal, je dois dire. Du coup, j'ai décidé d'appeler le master de marketing et management international de Bordeaux. C'était à l'époque, c'était en 2000. Et qui m'avait dit, "oui, très bien, mais écoutez, il n'y a aucun problème. Si vous êtes bilingue, tentez le concours pour rentrer". Et je leur ai dit, mais je ne parle pas un mot d'espagnol. Ils m'avaient raccroché au nez en disant, "rappelez-nous quand vous serez bilingue". Et j'avais tellement été agacée qu'on me raccroche le nez et qu'on me rappelle que je ne connaissais pas un mot. Je suis partie, j'ai pris ma valise. Je suis partie à l'Université de Barcelone. Je me suis inscrite à l'Université de Barcelone et je suis partie toute seule pendant un an à l'Université de Barcelone où j'ai rencontré des copains américains, des compères un peu du monde entier. Et j'ai suivi des cours. Excellent. Et j'ai intégré ce master. Je suis arrivée en Juin.
- Speaker #0
En direct.
- Speaker #1
En direct, à la suite de cette expérience à Barcelone qui a été un peu la meilleure expérience de ma vie où c'était un mélange de cours, de copains, de... Mais c'était vraiment hyper intense. Je lisais, je faisais beaucoup rire mes copains parce que je lisais le dictionnaire le soir pour m'endormir. C'était vraiment, j'étais extrêmement motivée par faire, c'était vraiment l'objectif, c'était le master. Et je suis arrivée en juin plus déterminée que jamais. J'ai passé les oraux et j'ai eu ce master. Et du coup, j'ai été acceptée dans le master. Et j'ai fait ça pendant un an et demi à Bordeaux. C'était ma première expérience bordelaise. À la suite de ça... J'ai postuler pour un VIE, parce que j'avais vu ce VIE chez Avène, pour le groupe Pierre Fabre, en cosmeto dermato. Et je suis partie pendant un an et demi à New York.
- Speaker #0
Le rêve américain.
- Speaker #1
Et là, je suis partie en marketing manager. Je travaillais directement pour la directrice marketing. C'était une tendance aussi super chouette parce que première voiture, t'es aux US, c'est l'American Freedom aussi. Je suis partie à Hong Kong, j'ai rencontré quelqu'un qui s'avérait partir, qui m'a annoncé qu'il partirait dans un mois à Hong Kong, en Asie. Et j'ai décidé de le suivre. Et du coup, on est partis, je suis partie, j'ai fini mon contrat et je suis partie vivre à Hong Kong pendant cinq ans. Au bout d'un an, moi, j'ai recherché du travail. On était en pleine crise financière en 2008. C'était assez compliqué. Tout était à l'arrêt. Tout était à l'arrêt. Nous, on faisait vraiment le chemin inverse. Alors que tous les Français rentraient dans des avions vers la France. Tout le monde disait, mais vous êtes complètement fous d'arriver à cette période-là. Mais on était... On était jeunes, on était un peu fous, on se disait que de toute façon on allait y arriver. Et au bout d'un an, j'ai été recrutée chez Chanel par le CEO directement, qui était intéressé par mon profil assez e-commerce, luxe, cette expérience aussi d'entrepreneuriat. J'avais les codes, j'avais les contacts. Il avait un gros projet à me proposer qui était toute l'installation du service client Asie-Pacifique pour la maison. Sur la mode, la joallerie et aussi sur la beauté. C'était un gros projet stratégique sur lequel j'ai travaillé pendant trois ans. On a senti à un moment donné aussi qu'au bout de trois ans, moi j'avais très peu de vacances. Ce qui fait qu'on travaille énormément, on a eu notre première fille là-bas. On est tous les deux très famille. On a senti qu'à un moment donné, on voulait plusieurs enfants. Et qu'on était quand même limités, qu'on habitait extrêmement loin. Et on avait très envie quand même de rentrer en France et d'avoir cette expérience française et de pouvoir se rapprocher de nos familles, ce qu'on fait. Donc, on est rentrés en France. Le choc culturel a été un peu hard.
- Speaker #0
Comment ça se traduisait ? Parce qu'on imagine bien, mais... Concrètement,
- Speaker #1
Je ne veux pas trop dire du mal de ce pays que j'aime beaucoup, la météo. Moi, la météo, j'ai appris à ne plus être météo-dépendante, mais il fait très chaud à Hong Kong. Moi, j'aime beaucoup ces climats tropicaux. J'aime beaucoup les côtés un peu extrêmes. À New York, il y avait des tempêtes de neige. À Hong Kong, on était dans les typhons très souvent. J'aime bien ce côté un peu exceptionnel qu'on ne voit pas forcément en France. Mais quand je suis rentrée en France, sur tout ce qui a été le plus dur... Du coup, moi, je parlais anglais à ma fille, mais c'était mal vu. Moi, j'étais un peu critiquée parce que du coup, l'entourage ne comprenait pas l'anglais. C'était hyper important pour moi qu'elle continue à parler anglais.
- Speaker #0
Cette ouverture qui n'était pas forcément bien accueillie ou bien comprise.
- Speaker #1
Aussi, c'est tout sur le plan professionnel. Moi, j'ai continué. Du coup, j'ai eu ma deuxième fille à Paris en arrivant. Je me suis dit que je ne voulais pas retourner. Mon bakground était vraiment dans le luxe. Tout le monde m'avait dit, tu vas voir, avec toute l'expérience que tu as, 4 ans à New York, 5 ans à Hong Kong, le CV de rêve, tu as 35 ans, 34 ans, on va t'accueillir les bras ouverts. Et ça n'a pas du tout été le cas. On m'a beaucoup jalousée, on m'a beaucoup rabaissée. Ça a été dur à ce niveau-là parce que je ne m'y attendais pas. Je pense que l'ouverture d'esprit que j'avais, moi je suis beaucoup... autant que possible dans le non jugement. J'étais fière de cette expérience-là à l'étranger. La culture anglo-saxonne cultive quand même ça, cet enthousiasme, ce dynamisme. Et en fait, on m'avait confié dans plusieurs entretiens que les profils comme les miens, on ne les aimait pas trop. Et ça a été vraiment dit dans certaines marques de luxe où on disait "les profils comme les vôtres, vous avez 34 ans, vous avez eu des postes à très haut niveau ; les profils comme les vôtres, on ne les aime pas parce que...
- Speaker #0
Ça ne rentre pas dans la case".
- Speaker #1
Et puis, on me disait que je ne parlais pas bien le français. Donc, c'était extrêmement difficile pour moi parce que c'est vrai que je parlais un mot sur deux en anglais. Mais c'était aussi... Moi, je trouvais ça extrêmement riche quand même. Mais on me disait que je n'avais pas les codes, que je ne parlais pas bien le français. Et ça a été extrêmement dur parce que je...
- Speaker #0
C'est vraiment un choc, j'ai l'impression, pour les personnes qui ont travaillé longtemps à l'étranger, qui ont vécu des vies expatriées, qui reviennent en France pour le travail.
- Speaker #1
C'était pas la première. En fait, on avait pas mal de copains à Hong Kong qui étaient rentrés avant nous et qui nous avaient dit « Vous allez voir, c'est difficile ». On le sait, c'est difficile. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de gens qui font New York, Hong Kong, Hong Kong, Londres. Parce que je pense qu'en termes de job, c'est plus simple aussi. Mais je pense qu'il y a un côté aussi culturel. On n'est pas bien accueilli. Notre salaire est divisé en deux. Parce qu'on n'a pas sur la grille, on a tel âge. Ce qui fait qu'on a l'impression que l'expérience qu'on a vécue n'est pas du tout valorisée. Et ça a été super dur. Du coup, je n'ai pas du tout retrouvé de job dans la mode. Et à un moment, je me suis dit, je voudrais vraiment faire autre chose. J'ai un peu poussé. J'ai un peu poussé la famille aussi à repartir à Londres. Donc, on est partis à Londres en 2016.
- Speaker #0
Un moment donc où tu es aussi jeune maman ?
- Speaker #1
Oui, exactement. J'avais ma troisième fille depuis un mois et on avait décidé de repartir à Londres. Enfin, de partir à Londres parce qu'on ne connaissait pas bien.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, quand je suis arrivée à Londres, j'ai découvert une ouverture d'esprit à nouveau qui m'a enchantée parce que déjà on les a mises dans une école anglaise, qu'on nous accueillait avec des hugs et des guitares à l'entrée de l'école et cet enseignement anglais m'a énormément touchée parce qu'on était dans le non-jugement, dans la bienveillance dans encourager l'enfant. Sauf que le Brexit est arrivé, le Covid est arrivé, les missions commençaient à être beaucoup plus compliquées à avoir.
- Speaker #0
Retour de 2020 ?
- Speaker #1
Retour de 2020, exactement. Ce qui fait que je suis partie... Nous, on était dans un confinement extrêmement difficile en Angleterre. On a été beaucoup confinés, très longtemps. On avait l'école à la maison, les écoles étaient beaucoup fermées. On avait des confinements extrêmement stricts. Et donc, je suis partie me confiner en Corse chez mes parents. Ce n'était pas le... Sur l'île de beauté.
- Speaker #0
Sur l'île de beauté.
- Speaker #1
Quelle chanceuse tu es avec les enfants. Je faisais le homeschooling dans le maquis. C'était quand même assez extraordinaire. Sauf que... on n'est pas habitué forcément à vivre avec ses parents pendant aussi longtemps. Et donc, ça a été, je pense, le début aussi de réflexion sur la suite, sur d'autres envies, sur l'envie aussi de rentrer en France. Parce que je sais qu'il y a beaucoup de gens qui rentraient du UK, qui rentraient en France parce que ça devenait compliqué.
- Speaker #0
Oui
- Speaker #1
Sur le plan professionnel. Et c'est là que j'ai commencé un peu à réfléchir. C'est vrai que j'ai toujours eu ma meilleure amie qui est psychothérapeute depuis 20 ans. Et on a toujours parlé beaucoup de philosophie, de littérature, de psychologie. Moi, son métier m'a toujours fascinée. On a toujours eu ce lien-là. C'est comme une sœur pour moi. Et donc, je la connais depuis 40 ans. Donc, son métier m'a toujours beaucoup plu. C'est vrai que quand je travaillais dans la mode., j'avais pas accès à cette fierté de moi-même, en fait. Oui, on me disait que j'avais eu des super postes, que j'avais fait ça. Mais en fait, c'est comme si je sentais hyper profondément que j'étais pas à ma place.
- Speaker #0
Ça, c'est vraiment quelque chose que je trouve, j'entends énormément. De femmes qui me disent, j'ai beau avoir un job extraordinaire, enfin, c'est exceptionnel, je me sens pas fière. Et parfois, je me demande, est-ce que c'est peut-être parce que c'est rare de voir une femme dire qu'elle est fière de ce qu'elle fait, professionnellement. On a peu de modèles, d'exemples comme ça. Et puis, c'est peut-être aussi très français, tu vois. Mais dans ton cas, tu décris que c'est aussi lié au métier. En tout cas, tu ne te sentais pas à ta place.
- Speaker #1
Je pense que c'était au métier. Je pense que souvent, je m'amusais à dire, mais je ne fais pas de l'humanitaire, en fait. Et je n'arrêtais pas de... Quand les gens... C'est vrai que j'étais énormément sollicitée. Plein de gens qui voulaient aussi travailler, qui voulaient rejoindre Chanel. Moi, j'étais tombée là pas par hasard, mais j'aimais beaucoup. Ma maman nous a toujours appris aussi ce goût du beau, de l'esthétique. Moi, j'aime beaucoup l'art.
- Speaker #0
Ça s'était fait un peu aussi au fil des rencontres, la première partie de ton parcours ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mais je pense que c'est une première expérience qui a amené ensuite les autres. J'avais postulé dans plusieurs maisons de luxe quand j'étais en Hong Kong. Moi, ce que j'ai toujours adoré chez Chanel, du coup, où je travaillais, mais dans toutes les maisons de luxe, pour moi, ce qui me fascinait, c'était l'artisanat. C'était la façon de créer. Quand j'ai visité les métiers d'art à Paris pour Chanel, c'était de voir ces femmes qui créaient des... pièces incroyables pour les défiler.
- Speaker #0
C'était des marques fascinantes. C'est complètement fou. Et comment tu arrives à savoir quand tu décides de te réorienter, donc là je vois que tu partages les premières réflexions, comment tu sais si ça va te correspondre ou pas ?
- Speaker #1
Par rapport à la mode, tu veux dire, ou par rapport à un autre métier, tu veux dire ?
- Speaker #0
Quand tu fais le choix de te réorienter vers la psychologie, Comment tu sais si cette nouvelle voie va te correspondre ou pas, sachant que tu faisais un métier qui n'avait rien à voir ?
- Speaker #1
En fait, pour juste t'expliquer comment je suis arrivée à cette réflexion sur l'intérêt de la psychologie, j'ai eu un peu un déclic en fait. Pendant ce confinement, je cherchais un moyen de m'échapper puisque je ne pouvais pas quitter l'île. Il fallait que je m'échappe aussi intérieurement. Et pareil, toutes les discussions avec ma meilleure amie, elle était beaucoup dans la méditation. On en parlait souvent, j'ai changé beaucoup à ce sujet, mais je pense que je n'étais pas prête. Et du coup, j'ai fait pas mal de recherches quand j'étais confinée. Et je suis tombée sur le protocole MBSR, qui est le Mindfulness Based Trace Reduction, qui est en fait... un protocole créé par John Kabat-Zinn dans les années 70 qui était un grand professeur de médecine émérite aux US et qui a développé ce programme MBSR pour aider qui est basé vraiment sur la pleine-conscience qui mélange ces deux approches qui sont toute l'approche orientale Donc... de traditions méditatives, classiques, bouddhistes, et également tout ce qui est yoga, et avec toute la psychologie et la philosophie occidentale. C'est un programme qui est vraiment très protocolaire. C'est drôle parce que ça me fait beaucoup penser à l'EMDR qui est très protocole. Ce qui fait que j'ai découvert ce programme d'MBSR qui se fait... La première étape du MBSR, c'est de... En fait, tu as trois heures de méditation par semaine sur huit semaines. Donc t'es accompagnée, donc là c'était à distance donc c'est là que j'ai rencontré ma professeure de méditation que je vois très régulièrement encore et qui a été pour moi un guide, qui a été une révélation, cette femme qui a passé 7 ans au monastère bouddhiste quand elle avait une vingtaine d'années et je me suis beaucoup reconnue en elle, on a exactement le même âge il y avait quelque chose une douceur chez elle, une sagesse qui m'a beaucoup touchée et je pense que j'avais envie de tendre vers ça. Ce qui fait que j'ai fait ce programme, ce non-jugement du MBSR, ce recul sur les pensées, ce recul sur tout ce qu'on ressent intérieurement, sur les émotions, sur les pensées, sur...
- Speaker #0
Sur l'écoute de soi, finalement, tu dirais, de soi, de son corps, de ses pensées.
- Speaker #1
Oui, c'est surtout moi, ce qui m'a fascinée, c'est vraiment ce non-jugement envers les autres, mais aussi envers soi-même. Je pense qu'on est très fort pour s'autoflageller, se critiquer pour plein de raisons différentes. Mais là, j'ai beaucoup aimé, justement. C'est comme si on était vraiment... spectatrice, spectateur de nos pensées. On ne peut pas arrêter le flux des pensées qui défilent. Mais par contre, on peut prendre du recul dessus en se disant du recul dessus en se disant, ok, très bien, là je vois qu'il y a du jugement, là je vois que il y a de l'agacement, je vois qu'il y a de l'agitation. Donc c'est très proche en fait de la tradition méditative, mais c'est une approche laïque en fait, le MBSR. Et donc, j'ai énormément appris à travers ces huit semaines. Toutes les huit semaines, j'allais m'enfermer en ma chambre. Et pendant trois... Donc, il y avait tout un groupe. Oula, du coup, dans le MBSR, il y a beaucoup de méditation. Assise, debout, en marchant. Mais il y a aussi beaucoup d'échanges informels. Ce qui fait qu'on va se rapprocher des autres. C'est collectif. C'est vraiment ça qui m'intéressait. C'est aussi le partage. C'est pas se retrouver seule sur son coussin. Mais on est guidé, du coup, par cette preuve de méditation. Il y a vraiment des vrais apprentissages dans le MBSR. Et je pense que cet accès à cette pleine conscience m'a donné aussi une ouverture sur la réflexion de l'après. Et c'est là où je me suis de plus en plus intéressée. Je sais que j'avais... De par mon réseau, j'ai une très bonne amie qui était à Hong Kong, qui avait connu une personne qui s'était convertie et qui avait fait une école, qui a été mon école de psychologie clinique d'Aix-en-Provence. Du coup, j'ai commencé à passer des coups de fil. Et puis après, je me souviens que le déclic, ça a été une personne que j'aime énormément et qui travaillait chez Chanel à un très haut poste à Paris. Et je m'étais penchée sur son LinkedIn et j'avais vu qu'il était devenu hypnothérapeute. Et je me suis dit, mais... Même elle, qui a eu cet énorme poste, elle est devenue thérapeute et je l'ai appelée. On a discuté pendant des heures et elle m'a dit « Go, go en fait. » Je pense qu'il faut que tu sois… Que tu aies l'autorisation. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Autorisation, complètement.
- Speaker #1
Je crois que j'avais besoin de ça. J'avais besoin d'entendre que ce serait un bon choix. Que ce soit un bon choix. Parce que je sentais qu'il y avait quelque chose de l'odre de "Je sens que c'est ma place", mais je n'y arrivais pas. Je sens que c'est bon pour moi et je sens que je pourrais trouver mon ancrage. Donc, je me suis lancée. J'ai commencé à distance avec cette école parce que j'étais à Londres. Ensuite, je suis rentrée en France. Je suis décidée de partir à Bordeaux parce qu'après Londres, je n'avais pas beaucoup de villes sur la carte qui m'intéressaient. Je sais que j'avais envie d'océan, j'avais envie d'Espagne, parce que j'adore ce pays, de parler espagnol. J'avais envie d'extérieur, j'avais envie de soleil. Et puis j'avais envie que mes filles vivent dans un endroit chouette. Et du coup, on est parti vivre à Bordeaux, on est arrivé ici en 2021 et j'ai continué mes études de psycho,. J'ai fait ça de façon intensive sur 3 ans, j'ai dû arrêter de bosser parce que c'était aussi trop compliqué de gérer les deux, j'avais mon cerveau qui...
- Speaker #0
Est-ce que c'est ça qui a été le plus difficile dans ta reconversion ? De jongler entre ta vie de maman, changement de ville, le rythme intense de la formation ?
- Speaker #1
C'était intense, surtout parce que c'était complètement nouveau. C'était complètement nouveau, qu'il y avait énormément de lectures. J'ai caché ce projet vraiment pendant un an. D'accord. Toute mon année à Londres, je pense que je l'ai caché. Je ne l'ai dit à personne, à part à ma meilleure amie, parce que je pense que dans toute reconversion, et je pense que c'est un sujet que tu connais bien, et que tu dois entendre aussi souvent, c'est le problème de légitimité.
- Speaker #0
Et je de ne pas vouloir entendre les craintes des autres, qui sont les leurs. Ne pas gâcher ou en tout cas te ralentir. Tu te dis, c'est déjà suffisamment difficile.
- Speaker #1
Oui, puis en plus, comme j'allais, il y avait beaucoup de séminaires qui étaient à Paris, Aix-en-Provence, donc on avait beaucoup de séminaires psychopathos, de séminaires de passation, où du coup, on devait être la thérapeute. Et je voyais tellement de gens qui s'approchaient de la troisième année ou qui allaient quasiment finir en formation, mais qui n'osaient pas se lancer, qui avaient peur, qui étaient plus sûrs. Moi, je n'ai jamais vraiment douté, mais par contre, j'avais très envie. Je n'avais pas envie qu'on mette des bâtons dans les roues. Je n'avais pas envie qu'on me dise, mais alors toi, comment ça ? Ou alors, tu es sûre ou quoi ?
- Speaker #0
Puis, c'est un tel changement aussi identitaire. Oui. J'imagine que tu n'as peut-être pas envie qu'on projette des choses sur l'ancienne toi, alors que tu es en train de devenir une nouvelle personne, en tout cas professionnellement.
- Speaker #1
Oui. Et puis, tu n'es pas sûre, en fait. Tu n'es pas sûre d'aller... Ce n'est pas d'aller au bout, mais en fait... plus ça allait, plus les thèmes intéressaient. Je voyais aussi que ça me faisait rire intérieurement. J'avais l'impression d'être enfant. Je me suis dit, mais j'ai jamais eu d'aussi bonne note que dans ce parcours-là, dans ces études-là. Je me suis dit, c'est que ça me plaît. Tu te sentais motivée ? J'étais super motivée. Je passais mon temps à lire des bouquins. C'était un signe. Et donc du coup, je me suis dit, je ne veux pas qu'on me dise, mais t'es sûre. Et puis le plan financier, qui a aussi un autre aspect, c'est-à-dire que je gagnais extrêmement bien ma vie aussi à Londres avant de partir. Du coup, le niveau de vie allait baisser.
- Speaker #0
Justement, comment tu abordes ce point qui est tout à fait légitime dans une reconversion, la peur financière au moment de changer d'orientation et de lancer ton activité ? Comment tu fais pour t'organiser par rapport à tout ça ?
- Speaker #1
Alors du coup, à la suite des trois ans de formation, j'avais fait en fait de l'EMDR à Paris. Moi, j'ai fait des années de thérapie parce que ça m'a toujours beaucoup apporté. Même quand je voyageais à l'étranger, j'avais toujours un thérapeute en France qui me suivait. Et donc, c'est vrai que j'ai beaucoup appris aussi à travers cette thérapie personnelle. Mais j'avais senti à un moment donné que même après des années de thérapie, je n'avais pas soigné certains blocages.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y en a toujours de toute façon des nouveaux ?
- Speaker #1
Oui, mais là, il y avait un gros nœud, je crois, que j'avais bien identifié. Et du coup, j'avais lu des articles, je me souviens à l'époque, sur le'EMDR. C'était il y a très longtemps, il y a une quinzaine d'années peut-être. Et je m'étais dit, j'essaierai un jour. j'avais rencontré cette... J'avais rencontré cette femme à Paris que j'aime beaucoup aussi. Et j'avais une confiance incroyable. Quand je suis rentrée dans son cabinet, il y a eu quelque chose qui s'est passé, un peu une magie. Et je lui avais dit, je suis en pleine formation. Donc, elle m'a traité en EMDR pour ça. J'ai trouvé ça extrêmement efficace. Et quand je suis sortie de ça, je lui avais dit, j'aimerais bien savoir où vous avez été formée en EMDR. Elle m'a dit, un jour, quand vous serez formée entièrement. Là, c'est trop tôt. je vous mettrai en relation, je vous expliquerai mon parcours. Et quasiment à la fin de mon cursus de psycho, je l'avais appris en me disant, maintenant c'est bon, je suis quasiment sur la fin. Je me suis formée à l'EMDR à Paris. Et j'ai adoré la pratique. Et tout de suite, ça m'a convenu. C'est vrai que je viens aussi d'un background qui est très résultant.
- Speaker #0
J'aime bien quand c'est efficace mais finalement c'est là aussi où une reconversion ne fait pas table rase, on ne peut pas faire table rase de son passé. Il y a quand même un fil rouge finalement même si peut-être, au début, il ne semble pas évident mais tu as quand même associé ces parties de ta personnalité aussi. Oui, et je pense que c'est ce qui a fait que je n'ai pas eu peur de me lancer.
- Speaker #1
J'allais te dire, du coup, pour en revenir à cette potentielle peur financière, finalement, toi, tu ne l'as pas vécu comme ça ?
- Speaker #0
Je ne vais pas te mentir, je l'ai eu clairement au début. On m'avait dit, ton cabinet, tu devrais, globalement, on remplit environ au bout de deux ans. C'est ce qu'on m'avait dit. C'est important de savoir ça aussi. C'est important de savoir ça, que pendant deux ans, il y aura peut-être des restrictions, l'aisance financière ne sera pas forcément là. Ce qui est sûr, c'est que je savais que pertinemment, je n'aurais pas la vie d'avant. Mais je sentais une telle joie de vivre et un tel ancrage. Je me souviens que mon tuteur aussi en école de psycho m'avait dit, lors de ses séminaires et de passations, parce qu'à chaque fois, je levais la main pour... Moi, je n'avais pas peur. J'avais très envie d'avancer. J'avais envie de m'installer. Je pense que j'avais aussi ce côté entrepreneur de par mes parents, mais aussi m'installer en entrepreneur, ça me faisait absolument pas peur d'aller m'installer, d'aller créer mon site, d'aller créer tout le côté digital. Moi, je sortais de là, ce qui fait que j'avais quand même tous ces outils.
- Speaker #1
Oui, tu t'appuies aussi sur ça, ce qui fait qu'au moment de te lancer, ce n'est pas un chantier complet. Il y a une partie que tu maîtrisais déjà, en tout cas, créer son activité. C'était quelque chose que tu en tout cas, tu avais déjà fait.
- Speaker #0
Que j'avais déjà fait. Dans un autre domaine, là, c'est vrai que tu te retrouves quand même. Par exemple, un patient en one-to-one, tu es toute seule dans un bureau.
- Speaker #1
J'imagine tout l'administratif autour, trouver le lieu, mettre des prix, clarifier sa pratique. Tout ça qu'on n'apprend peut-être pas en école ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Et puis après, il y a toute une approche. Quelle approche tu veux avoir ? Moi, j'ai une approche assez holistique. De par la méditation, je suis aussi très liée au corps. L'EMDR qui est le retraitement des informations au niveau neurologique. Mais tu passes beaucoup par le corps. C'est-à-dire qu'on traite aussi en EMDR aujourd'hui uniquement quand il y a une empreinte corporelle, émotionnelle.
- Speaker #1
Mais justement, est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus sur ta pratique ? Et évidemment, nous dire comment faire si on veut faire appel à tes services.
- Speaker #0
Oui. Du coup, aujourd'hui, je reçois en EMDR, je reçois des bébés. On peut recevoir... Waouh !
- Speaker #1
À partir de quel âge ?
- Speaker #0
À partir de quelques jours de vie. On peut faire de l'EMDR sur les bébés. On a plein de protocoles qui existent en EMDR. Moi, je travaille avec une vingtaine de protocoles aujourd'hui. On reçoit le parent, on peut recevoir le bébé. Et je reçois donc aujourd'hui, à tous les âges, bébé, enfant, pour notre thérapie EMDR. Et tout ce qui est psychothérapie classique, par contre, je prends qu'à partir de 18 ans aujourd'hui. Donc, ça veut dire que quand il y a des éléments très précis dans le temps, je peux voir des bébés, des enfants. Si c'est des peurs, par exemple, des peurs du ski, une chute à vélo. Quand il n'y a pas de troubles importants, où il n'y a pas de symptômes trop envahissants, je reçois volontier les enfants, les ados. Mais je réoriente quand même quand il y a un besoin de suivi en psychothérapie, par exemple pour les mineurs.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je travaille beaucoup aussi avec d'autres thérapeutes, que ce soit je peux réorienter vers la réflexo, vers la kinésio quand il y a des blocages au niveau corporel, de la naturo quand il y a besoin d'accompagnement. Je travaille aussi beaucoup avec des médecins, avec des psychiatres, soit qui m'adressent des patients, soit moi que je réoriente pour aussi avoir un accompagnement aussi médicale, parce que c'est important aussi de savoir orienter.
- Speaker #1
Oui, et finalement, quand on ne connaît pas forcément ce domaine, ces métiers, c'est finalement très complémentaire au sein des différents métiers autour des aspects psychologiques.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Moi, j'aime beaucoup cette complémentarité, justement. Là où je travaille, justement, à l'ère familiale, c'est tout un univers médical et paramédical, où l'idée, c'est vraiment d'avoir un parcours aussi de la famille. C'est pour ça que même entre psy, soit je réoriente vers des personnes qui sont spécialisées sur l'ado, le pré-ado, ou alors quand il y a des traumatismes importants qui n'ont pas pu être traités, on peut aussi faire de la thérapie d'un côté, et moi, par exemple, faire de l'EMDR de façon très spécifique sur un trauma, sur quelques séances, et ensuite... On n'a pas mal d'acte de pont comme ça. Et moi, j'aime beaucoup ce côté interdisciplinaire, c'est-à-dire de pouvoir aussi travailler tout un réseau de gens en qui j'ai vraiment confiance. Et c'est ce qu'attend, je pense, aussi le patient, c'est-à-dire pouvoir ne pas être juste... Quand il y a des questionnements, quand il y a des blocages, pouvoir dire, voilà, il y a aussi ça que vous pouvez mettre en place.
- Speaker #1
Est-ce que peut-être pour les personnes qui connaissent moins le'EMDR, tu pourrais expliquer, si ce n'est pas évident, mais peut-être avec des mots simples, si on s'adressait à un enfant, comment on pourrait décrire le'EMDR ? A qui ça s'adresse en fait ? Dans quelle situation c'est recommandé ?
- Speaker #0
Alors le'EMDR, c'est en fait, pour expliquer avec des mots simples. Quand on rêve la nuit, pendant notre sommeil paradoxal, on a nos yeux qui vont de gauche à droite. En fait, le cerveau fonctionne en images. Ces mouvements oculaires, ces mouvements bilatéraux, ils ont lieu pendant la nuit pour traiter toutes les informations qu'on emmagasine dans la journée. Tout ce qu'on va lire, tout ce qu'on va apprendre, tout ce qu'on va vivre. Donc, en fait, le cerveau, c'est comme s'il m'était dans des petites cases. Sauf qu'on s'est aperçu aussi que pendant que... Quand il y a des traumatismes, quand il y a des événements perturbants, douloureux, il y a toutes sortes de traumatismes. On les connaît, bien sûr.
- Speaker #1
Traumatisme, c'est très large. C'est très large. Ce n'est pas forcément un drame. Tu parlais tout à l'heure d'une chute en vélo. Ça aussi, ça peut entrer dans... Le champ des traumatismes, parce que parfois on peut mettre, en tout cas dans le vocabulaire du quotidien, traumatisme, en tout cas on imagine quelque chose d'extrêmement grave. Mais finalement, dans le vocabulaire d'un psychologue, traumatisme est un peu différent, non ?
- Speaker #0
En fait, je n'avais pas pris conscience de l'ampleur du sujet du trauma, en fait, avant de pouvoir aussi recevoir tous ces patients. Le trauma, il est complexe dans le sens, en psychiatrie, il y a des classifications de trauma. On sait qu'aujourd'hui, les traumas les plus complexes sont les traumas identitaires. C'est ceux qui ont modifié aussi l'identité. Donc, c'est souvent des traumas familiaux, des traumas à répétition, où il y a eu des menaces extrêmement importantes. U ne menace de mort éventuelle, de quelqu'un qui aurait dû te protéger. Donc c'est souvent les traumas familiaux qui durent, ça peut être des agressions sexuelles, ça peut être des rabaissements à répétition, des humiliations, des violences psychologiques, physiques. Mais en EMDR, on a ce qu'on appelle les petits T et les grands T. Les grands T, bien sûr, c'est les grands traumas de ce type, ou alors ça peut être aussi Victime d'un attentat, victime d'un tsunami. J'ai déjà reçu des gens qui avaient vécu ça en Thaïlande, par exemple. Un accident d'avion. Il y a le grand T, c'est vraiment le grand trauma. Mais il y a aussi tout ce qu'on appelle les petits T. Les petits T, c'est un peu des petits traumas invisibles dont on n'a pas forcément conscience, mais qui deviennent... à force de se répéter. Quelqu'un, par exemple, une mère malveillante, un parent malveillant, une grand-mère malveillante, qui te répète sans arrêt que t'es un peu forte, que t'es pas très jolie, que t'es moins jolie que ta sœur. Et ce qui fait que la répétition va attaquer un peu le moi intérieur et va faire que ton estime de soi se dégrade au fur et à mesure. Et c'est ce qui fait que tous ces petits « t » vécues pendant 10-15 ans, même parfois plus, deviennent un grand T, en fait, à l'âge adulte.
- Speaker #1
Parce que la répétition a aussi beaucoup d'impact sur le trauma.
- Speaker #0
Oui, complètement. C'est plus facile aujourd'hui. Alors, en EMDR, on n'a pas de souci d'aller traiter des traumas qui sont très anciens. C'est juste qu'aujourd'hui, on sait aussi que plus on attend après un traumatisme, plus le cerveau peut mettre en place peut engndrer tout un état de stress post-traumatique qui s'exprime. Les symptômes, ça va être des flashbacks de l'événement, des cauchemars récurrents, un état possiblement dépressif, un état anxieux, un état d'hypervigilance, des crises d'angoisse. Donc plus tôt le trauma est pris, mieux c'est. C'est-à-dire qu'on évite cet état de stress post-traumatique. On peut aussi avoir des traumas extrêmement, très anciens, dont les patients seront toujours en état de stress post-traumatique. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas les traiter. Ça veut juste dire que ce sera un petit peu plus long. Les séances, du coup, on va les rapprocher. Le'EMDR fait partie des thérapies brèves. Mais ce n'est pas une séance. Un accident de vélo, oui, effectivement. Je vois les patients une fois, deux fois. Mais c'est parce que tout le reste va bien. Mais globalement, c'est partie de thérapie brève versus une thérapie classique qui peut durer des années. Mais moi, je vois très peu de gens sur très peu de séances, à part pour des traumas récents.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a toujours une complexité, finalement, de mix entre différentes choses ? Soit de répétition, soit plusieurs traumas qui sont ensemble.
- Speaker #0
Qui se mélangent, qui se réactivent aussi. Souvent, on dit qu'un trauma réactive un autre. Et souvent, on peut avoir aussi des amnésies traumatiques. Parfois, j'accueille des patients qui ont des troubles, qui ont des symptômes qui peuvent être de l'ordre... Les symptômes peuvent être des troubles du sommeil, des insomnies, des cauchemars, des paralysies du sommeil, des troubles du sommeil. Ça peut être des troubles du comportement alimentaire, ça peut être des troubles sexuels également, jusqu'aux addictions aussi. Mais en fait, ils n'ont pas l'origine du trauma. C'est-à-dire qu'ils ont le sentiment dans leur corps qu'il y a un blocage, qu'ils sont arrivés au bout de la réflexion, de leur... de leurs essais dans différentes pratiques, mais ils n'arrivent pas à cibler. Nous, en EMDR, on ne va pas travailler sur les symptômes. Bien sûr, ce qui nous intéresse, c'est les symptômes qui perdurent dans le présent, mais on établit des cibles. Les cibles, ça va être vraiment de remonter aux plus anciens pour pouvoir qu'elle a pu être l'élément déclencheur, par exemple, d'une crise d'angoisse. Donc là, on va, dès le premier rendez-vous, moi, quand je reçois le patient, je fais une anamnèse, on parle vraiment de l'histoire. L'histoire du patient, moi je pose beaucoup de questions. Je suis quand même dans une approche holistique, mais aussi assez dynamique. Moi j'aime ce côté aussi, je pense, un peu anglo-saxon. J'espère ne pas dire de bêtises avec ça. J'aime bien ce côté encourageant. Je pense, quand je dis dynamique, c'est ça. Moi je suis très dans le compliment, j'encourage, je félicite aussi. Je pense que c'est important. C'est important aussi de...
- Speaker #1
Un côté collaboratif, je dirais.
- Speaker #0
C'est plutôt dans le soutien du patient. Moi, je n'ai pas eu beaucoup ça en thérapie classique en France. Souvent, c'est assez... C'est assez, comment on dit... Silencieux. Non, ce n'est pas silencieux parce que moi, je n'ai pas eu ça. Non, ce n'est pas silencieux, mais c'est... Ma pratique, elle est un peu hors cadre, j'ai l'impression. Mais c'est ce qui fait que j'ai adapté ma pratique à qui je suis. C'est-à-dire, je pense être quelqu'un... Oui, je ne sais pas comment expliquer, mais je pense que c'est un peu atypique de par mon parcours aussi. C'est assez droit dans les thérapies que moi j'ai fait, c'était assez droit, ça dépassait pas le cadre, pas la ligne. Voilà on ne dit pas c'est super bravo voilà on ne dit pas ça du coup ça me dépensait à toi mais souvent on m'a dit c'est à la limite du coaching mais mais je sais pas, moi c'est ma personnalité, je suis comme ça, j'aime bien j'aime bien aussi complimenter.
- Speaker #1
Et puis, il y a plusieurs écoles, plusieurs façons aussi de voir ces pratiques. Et je pense que tu as raison. En tout cas, que ce soit... Alors, peut-être que ça ne se compare pas, mais dans le coaching, tu as plusieurs aussi écoles. Et que ce soit aux Etats-Unis ou en France, ce n'est pas du tout la même façon d'aborder les sujets. Donc, probablement... Donc,
- Speaker #0
tu t'inspires aussi peut-être, toi, de ça, de par ton parcours. J'imagine, est-ce que tu m'avais partagé une fois de... Il y a peut-être des courants anglo-saxons qui vont t'inspirer. Donc, tu vas inspirer. Ta pratique sera aussi peut-être un peu différente de celle des autres. Je ne suis pas du tout en train de critiquer. Moi, j'ai beaucoup été suivie et j'ai adoré tous les suivis que j'ai eus. J'ai énormément de respect pour... pour tous les thérapeutes, mais c'est juste pour t'expliquer un peu la pratique peut-être un peu différente. Et puis aussi, il y a quand même tout cet aspect aussi méditation qui fait que, voilà, quand ça va trop loin, quand c'est trop compliqué, moi, j'utilise aussi beaucoup la méditation pour apaiser le patient, pour partir dans un état un peu méditatif. Je parle beaucoup de la méditation de bonne conscience pour les gens qui s'intéressent à ça. J'en parle pas à n'importe qui, mais voilà. Ce qui fait que je rencontre des profils vraiment très variés. J'ai beaucoup de gratitude aussi par rapport au fait de tous ces patients qui viennent quand même te livrer leur histoire de vie très complexe, très difficile, très douloureuse.
- Speaker #1
Ça demande beaucoup de courage à des patients de venir te voir, de se livrer.
- Speaker #0
Je les remercie souvent de venir se livrer comme ça et puis surtout de passer déjà la porte d'un thérapeute, mais de pouvoir aussi d'aller se lancer. Parce qu'en EMDR, on retraverse un trauma à l'identique, on ressent la douleur émotionnelle à l'identique, c'est extrêmement précis, c'est dur dans des traumas encore plus grands. plus que d'autres, mais c'est vrai que c'est comme s'ils se donnaient un peu corps et âme dans la thérapie, donc il faut avoir une confiance quand même importante, donc c'est vrai que moi ça me touche de me dire, souvent quand je sors du cabinet de me dire, c'est fou ce qu'on me livre et c'est fou ce qu'on m'apporte, parce que moi cette pratique elle se nourrit aussi à travers tout ce que j'entends, tout ce que... tout ce qu'on me confie.
- Speaker #1
Et ça me fait penser, je disais ça hier soir dans un article du Monde, à quel point c'est un travail humain mutuel des deux côtés, du patient et du praticien. Et comme c'est impossible de traiter ça avec de l'IA en discutant tout seul avec chaque GPT, parce qu'il n'y a pas cet échange justement mutuel entre... nos inconscients, entre les corps, entre les esprits. Donc, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais envie de souligner ça. Parce qu'en fait, je disais qu'au pire, ça ne fait pas de mal, mais ça ne fait pas de bien. Mais plus grave, ça peut être même dramatique de se confier à de l'IA en espérant pouvoir régler des problèmes psychologiques. Donc, je fais cette parenthèse. Attention !
- Speaker #0
Oui, tout à fait. C'est vrai que j'ai eu quelques... C'est plus les jeunes, mais moi, les patients... J'ai de plus en plus de très jeunes qui viennent aussi... Je trouve que la santé mentale a pris une importance dans la société. Et tant mieux.
- Speaker #1
On en parle.
- Speaker #0
On en parle beaucoup. Les jeunes en parlent beaucoup entre eux. J'ai beaucoup de très jeunes, 20 ans, 22 ans, 25 ans, qui prennent la santé mentale comme la priorité de leur vie et qui me disent « Mais moi, je ne veux pas ressembler à mes parents. Je ne veux pas. Je trouve ça génial. Je ne veux pas reproduire les mêmes erreurs. Un jour, je vais fonder une famille. Moi, je ne veux pas transmettre ça à mes enfants. »
- Speaker #1
Ce que j'entends aussi, moi, qui me touche énormément, c'est en fait, quand la santé mentale est fragile, fragilisée pour ces jeunes, c'est que ça compte, que c'est pas rien, qu'on s'en fout pas. Et que peut-être, dans une précédente génération, il y avait autre chose à faire, c'était pas si grave, on avance quand même, et finalement, ça a pu faire des dégâts. Donc, je trouve ça bien aussi que cette nouvelle génération se dise « Mais on s'en fout pas, en fait, de pas aller bien. » C'est important. Donc, je trouve ça bien.
- Speaker #0
Ouais, tout à fait. Et c'est surtout que notre génération... de parents, c'est vrai que c'était un peu la valeur travail, la réussite, les émotions avaient peu de place. On en parlait peu, on parlait peu de dépression, on parlait peu de plein de choses. Et là, c'est vrai que les discours s'ouvrent.
- Speaker #1
Pour finir cet échange, je voulais te demander quel conseil tu donnerais à une femme qui désire changer de voie mais qui se sent submergée par la peur au moment de sauter le pas. Comment, avec ton approche, tu dirais, comment est-ce possible de réconcilier en quelque sorte le corps et le mental dans des moments comme ça, de bascule de vie ?
- Speaker #0
Ce qui m'a sauvée, vraiment, c'est de continuer le sport. Je cours plusieurs fois par semaine. Ça me permet aussi de pouvoir... Je fais de la danse également. Cette réflexion de ces peurs, c'est très mental. De pouvoir continuer aussi une activité physique, de pouvoir aller aussi écrire. Moi, j'écrivais beaucoup sur les peurs. J'ai beaucoup médité, je partais beaucoup en retraite. Le silence, pouvoir se confronter quand même à ses peurs. Soit aussi, de ne pas rester seule avec tout ça, d'aller pouvoir aller à la rencontre d'autres entrepreneurs. Moi, c'est vraiment ce qui m'a sécurisée de me dire, telle personne, elle l'a fait, elle y a été, pourquoi pas moi ?
- Speaker #1
Je trouve ça, c'est une belle façon de voir les choses. D'avoir un exemple, un modèle.
- Speaker #0
Quelques-uns qui t'inspire. Et puis, en fait, moi, je suis toujours ouverte à pouvoir en parler, à aller en discuter. Il y a des gens qui ont... C'est vrai qu'en thérapie, j'ai pas mal de gens qui ont envie de se reconvertir. Et du coup, c'est vrai que moi, j'en parle ouvertement. Parce que du coup, ça peut donner aussi... un peu de la force pour y arriver. C'est vrai que moi, j'étais en plein déménagement. J'étais en plein Brexit, Covid. Ce n'était pas le bon moment. Il n'y a jamais de bon moment en jeunesse. Mais quand on a cette envie aussi, quand il y a quelque chose qui nous anime, je suis persuadée qu'en fait, on trouve toujours les forces de y arriver. Et puis, quand il y a un alignement comme ça. Moi, c'était vraiment ça qui s'est passé, où il y a eu un alignement des choses. Tout s'est aligné. C'est Bordeaux, et puis le cabinet, les patients... Ces rencontres avec les patients. Le cabinet, finalement, s'est rempli très vite aussi, je pense, grâce à l'EMDR. Donc, j'y croyais tellement. Je ne sais pas comment dire. J'y croyais tellement à ce projet. Mais je pense que c'était vraiment mon projet. Pourtant, je ne suis pas quelqu'un qui a vachement confiance en moi. Mais là, ce projet-là, j'y croyais tellement. Je voulais tellement que ça marche. Et je pense que j'avais tellement trouvé mon ancrage que ça a fonctionné. C'est ça. Oui. Tu vois, il n'y a pas de... Je ne sais pas, c'était ça. Un alignement. Oui, c'est ça. Un alignement et vraiment une découverte. de l'humain de cet échange. Au bout de là, du coup, je me sentais à ma place et je me sens tellement à ma place que tous les problèmes financiers dont tu parlais tout à l'heure, en fait, je ne sais pas, je n'y pense plus. Bien sûr qu'on est entrepreneur, on n'est pas payé quand on ne bosse pas. Mais il y a aussi une organisation. Mais il y a une liberté aussi. Et moi, je pense que cette liberté n'a pas de prix. C'est-à-dire pour t'occuper de tes enfants, pour t'organiser, pour... T'organises ton temps comme tu veux. Faut pas avoir peur aussi de se dire, bon bah je vais rien gagner pendant tant de temps. Finalement, de pas se faire aussi happer par ses peurs. Se dire, voilà, les peurs, peut-être que je les pose sur un papier, je vais en parler en thérapie, je vais en parler à des amis. Mais de pas se faire vraiment complètement coincé par ses peurs. Et de garder vraiment sa ligne.
- Speaker #1
C'est la ligne directrice.
- Speaker #0
C'est la ligne directrice, exactement. Et se dire, il n'y a pas de raison. Moi, c'est ce que je leur dis souvent en thérapie, quand ils me disent, je leur dis, mais il n'y a pas de raison, vous allez y arriver et il faut croire en soi. Moi, je crois en vous et vous avez toutes les qualités pour y arriver. Donc, c'est les signes de soi aussi. Et en fait, ça booste aussi ça. Et je trouve que du coup, le sport, pour moi, ça me permet aussi de... de se dépasser aussi dans le sport, de se challenger, ça fait repasser par le corps et ça évite aussi d'être trop dans le mental. En tout cas, de mon côté, c'est vraiment l'équilibre qui est pour moi indispensable.
- Speaker #1
Et 'est conseil plutôt accessible, en tout cas. Chacun à sa façon, trouver une activité qui amène au corps, je trouve ça super. Trop bien. Merci beaucoup, Karine. C'était un plaisir de t'être avec toi.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Si cet épisode vous a inspiré ou donné des clés pour avancer dans votre carrière, n'hésitez pas à vous abonner et à laisser un avis 5 étoiles. Et si vous avez envie d'échanger, de partager votre parcours ou d'être accompagné dans votre vie professionnelle, je serai ravie de vous lire. Pour cela, contactez-moi sur Instagram ou via mon site mathescence.com Et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.