- Speaker #0
Pour les responsables et décideurs RH, des choix à faire qui engagent. Certains parcours bousculent nos certitudes, d'autres ouvrent des perspectives inattendues. Dans cet épisode, on vous invite dans les rencontres prévias, des regards inspirants sur le travail, la santé et l'humain. Une conversation pour ouvrir le scope RH et revenir à nos décisions avec plus de profondeur. Des showrooms, des lignes épurées, des objets pensés pour durer, pour s'adapter, pour être beaux, mais surtout utiles. Et puis la vraie vie, celle qui déborde, celle qui bouscule, et si finalement, devenir parent, c'était apprendre à redesigner son propre système. Aujourd'hui, on est avec quelqu'un qui navigue en permanence entre ces deux mondes, entre des ouvertures de showrooms en Europe et une vie de maman en mouvement. Emma, si je te laisse te présenter... C'est quoi ton quotidien aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je suis Emma, j'ai 33 ans. Je suis directrice Europe du Sud et Benelux pour une marque de design qui s'appelle Gubi, une marque danoise, qui édite du mobilier et du luminaire. Et donc je gère en parallèle des équipes qui sont localisées sur les différents marchés. Et comme tu l'expliquais, du coup, je pilote aussi un certain nombre de showrooms comme celui dans lequel on est, et de bureaux, et je suis en charge principalement du développement commercial sur ces pays-là. Et mon quotidien, il est évidemment ponctué de beaucoup de déplacements puisque j'essaye d'être sur Paris au moins tous les 15 jours. J'étais à Milan la semaine dernière pour le salon et je navigue sur l'Espagne, le Portugal, la Belgique. Donc beaucoup de déplacements professionnels et un quotidien de maman assez occupé aussi puisque j'ai un fils qui a 3 ans et je suis enceinte de mon deuxième petit garçon.
- Speaker #0
et justement On va aborder ce sujet avec toi aujourd'hui, la parentalité. Et la parentalité remet souvent des priorités à plat. Est-ce que ça a changé quelque chose dans ta façon de décider au travail ?
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est indéniable que la parentalité rabat beaucoup de cartes. C'est une aventure qui bouscule aussi bien personnellement que professionnellement, en tout cas pour ma part. Presque du jour au lendemain, en fait, on a un tout petit être fragile qui est complètement dépendant de nous. Il y a tout un apprentissage de se réapproprier les priorités, que ce soit professionnelles et personnelles, mais ça veut aussi dire qu'on a un espace mental, une force physique qui est amoindrie, parce qu'on est aussi focalisé sur cette petite personne, et en même temps on jongle, en tout cas dans mon cas, avec des responsabilités et des perspectives professionnelles. les priorités changent que la disponibilité la... et l'énergie sont forcément modifiées. Et sur la prise de décision, je pense que je suis 100 fois plus empathique envers mes équipes. A mon avis, avant d'être maman moi-même, je pouvais avoir un regard assez dur envers les demandes de flexibilité, que ce soit sur l'homophilie, sur les amplitudes d'horaire, etc. ou tout simplement la disponibilité, l'implication professionnelle. Je pense que maintenant j'ai un regard qui a changé. envers les gens qui naviguent et qui jonglent avec ces mêmes enjeux et parfois conflits internes. Donc je pense que je suis plus empathique et sûrement un peu moins impulsive et rapide dans la prise de décision. Plus mesurée, plus nuancée, je connais toute cette complexité et je pense que je la comprends mieux et je la prends plus en compte en tout cas dans ma prise de décision.
- Speaker #0
Et du coup, il y a eu aussi un moment très particulier dans ce parcours, c'est le retour au travail après ta première grossesse. Comment tu l'as vécu toi ?
- Speaker #1
Je pense que c'est difficile, il faut peut-être arrêter la langue de bois, c'est difficile pour tout le monde. Moi, je suis partie, peut-être pour resituer dans le contexte spatio-temporel, je suis partie en congé maternité au mois d'avril 2023 et je suis revenue en septembre 2023, pour la naissance d'Arthur, mon premier enfant. Donc j'ai quand même pris un long congé maternité, puisque j'ai pris plus que le congé légal. Après, j'ai fait ce choix de revenir au travail sur le même poste, à temps plein. Donc, je n'ai pas changé de carrière et de poste. Je ne l'ai pas aménagé particulièrement au moment de mon retour. Et j'ai aussi fait un choix délibéré. Je ne m'étais pas imposée de revenir au mois de septembre qui est, pour notre domaine et mon activité, extrêmement important puisqu'il y avait la Design Week de Paris, en l'occurrence la maison pour laquelle je travaillais à l'époque, la marque N-Tradition lançait une nouvelle collection, il y avait un tas d'événements et de dîners et d'activations qui se passaient au showroom de Paris. Et je suis arrivée en plein dans cette semaine-là et j'ai donc dû naviguer... participante d'un événement que je n'avais pas du tout piloté, ce qui est pour moi quelqu'un qui est beaucoup dans le contrôle très inhabituel et assez inconfortable. Et je suis aussi revenue dans un contexte d'équipe où il y avait pas mal de tensions qui s'étaient créées pendant mon absence, parce que je n'ai pas été remplacée sur cette période de congé maternité. Donc, il y avait pas mal de sujets à naviguer, plus, évidemment, le sujet qui est central, où j'ai laissé mon petit de quelques mois en crèche. J'avais aussi un manque physique assez charnel, aussi en fond de toile. Je dirais qu'entre septembre et Noël de cette année-là, j'ai un peu appris et je me suis un peu adaptée à cette nouvelle réalité. Parce que ce qui se passe aussi quand on revient, c'est qu'on a un quotidien, comme on l'a dit, qui est transformé. Mais on est aussi, nous, en tant que personnes, transformées. Donc on se retrouve dans le même contexte qu'on a quitté avant de devenir mère. Avec une vie, un quotidien, mais aussi une personnalité, une façon de voir les choses qui est complètement différente. C'est assez vertigineux comme challenge.
- Speaker #0
Et pourquoi avoir repris sur une semaine aussi chargée ? C'était un besoin pour toi de retourner directement dans le vif du sujet ?
- Speaker #1
Je pense que la réalité, c'est que je m'étais dit, c'est une décision que j'ai prise avant d'accoucher, de partir en congé maternité, je m'étais dit que c'était un moment trop important à rater. Donc il y avait déjà cette notion, non, non, il faut que je sois là pour ce moment très important de l'année, pour mes clients, pour mes équipes. Donc c'était plus un impératif et une exigence que je m'étais fixée à moi-même.
- Speaker #0
Tu parlais des tensions, tu expliquais que ça change dans le corps, dans la tête. On sent quand même qu'il y a une fatigue particulière dans la parentalité, et pas seulement physique. Avec tout ça, avec cette reprise, comment la charge d'une responsabilité que tu avais dans ton ancien travail et que tu as aujourd'hui se combine ou s'est combinée avec ton rôle de maman ?
- Speaker #1
Oui, il y a une fatigue psychologique, physique, on en a un petit peu parlé. Moi, j'ai quand même eu la chance de reprendre le travail quand Arthur dormait et je n'allais plus non plus. Donc j'avais quand même des nuits sûrement moins hachées que beaucoup d'autres parents avant moi. Donc la fatigue physique, je l'ai. assez bien gérée. Et la fatigue psychologique, oui, on parle effectivement beaucoup de cette charge mentale. Elle est indéniable, même si je pense qu'il y a beaucoup de choses de dites dessus, il y a aussi un effet de bashing. Mais c'est sûr que d'un coup, au lieu d'être dans un scénario où on pense à notre propre personne et ce travail-là, sachant que moi, j'ai aussi un espace pro et perso qui, en tout cas à l'époque, était très entremêlé, puisque mon cercle que... Le professionnel fait aussi partie de mon... Enfin voilà, il y a des partenaires qui sont devenus amis. Donc ça, ça a été aussi un apprentissage à scinder et à co-gérer les deux. Enfin, être sur ces deux tableaux-là. Et pour revenir, oui, sur le sujet de fatigue mentale, c'est vrai qu'il y a une sur-anticipation de tout. On doit tout anticiper, que ce soit sur les repas, sur les vêtements qui ne sont plus à la bonne taille, le linge, les rendez-vous médicaux. Enfin, il y a tout un tas de... Pas de très gros sujets, mais une accumulation de petits sujets. et de gestion de l'appartement, etc., à gérer. Moi, j'ai un fonctionnement et un scénario familial où physiquement, je suis beaucoup moins présente à la maison et pour mon fils que mon mari, par mon quotidien professionnel. Donc lui, il va être beaucoup plus dans la partie exécution de l'emmener au rendez-vous, faire les allers-retours à la crèche, toute l'organisation des repas. Mais moi, je suis beaucoup plus sur la partie anticipation. Donc toute l'organisation des rendez-vous, le suivi, c'est un peu comme ça qu'on se combine, mais c'est vrai qu'il y a une charge qui est importante.
- Speaker #0
Et est-ce que tu peux nous décrire ce que représente concrètement l'organisation invisible derrière tout ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est un peu ce que j'expliquais, ce que je listais, sans rentrer aussi dans les détails un peu morbides du quotidien, mais c'est vrai que c'est infini en fait le nombre de petites choses à penser, parce qu'encore une fois ce sont des tout petits êtres qui ont besoin de... beaucoup, beaucoup de choses. Nous, en l'occurrence, il est gardé en collectivité, donc il y a aussi des impératifs par rapport à ça. Il y a toute la charge administrative que ça peut représenter. Donc c'est vrai que c'est important et qu'il faut apprendre à... Il faut essayer en tout cas sur la durée de le gérer. Et pas soit partir en burn-out, soit être dans un état de fatigue intense. On ne peut pas fonctionner en tout cas sur cet état de fatigue.
- Speaker #0
Et comme on disait au début, tu travailles dans plusieurs pays. Est-ce que tu vois des façons différentes d'articuler la parentalité et le travail ?
- Speaker #1
Oui, c'est sûr qu'il y a des différences selon les pays. Sur la partie Europe du Sud, donc Espagne, Portugal, Italie, c'est quand même assez proche de notre façon de voir les choses. Mis à part peut-être l'Espagne qui a quand même un congé maternité et paternité très long. Donc il y a une pause sur la vie professionnelle qui est plus importante. Mais moi, j'ai travaillé principalement pour des marques et des maisons danoises. Et c'est vrai que le Danemark et, à mon sens, les pays scandinaves en général, sont très avancés sur la question. Je n'ai, par exemple, jamais eu à prendre un jour de congé sur les jours où Arthur a été malade. Ce qui est arrivé très souvent en début de guerre dans le crèche. Ça a toujours été très flexible de nous dire « non mais tu t'en vas » . Il n'y a pas eu forcément de remarques ou en tout cas de besoins administratifs sur ça. Ils ont aussi plus de flexibilité sur l'amplitude horaire. Ce n'est pas un problème de terminer à 16h30, à 17h, à condition que le travail et les tâches soient remplis. En revanche, il y a quand même une notion qui est assez viking, ou qui a une vision assez traditionnelle de la maternité, où c'est toujours regardé de façon assez différente, une femme qui occupe un poste à responsabilité. Comme il y a un congé maternité qui est très long au Danemark, qui représente quasiment un an, il y a quand même cette notion où pour eux, jongler entre une vie professionnelle avec un poste à haute responsabilité et des enfants en bas âge, c'est assez peu conciliable. Donc il y a quand même encore cette vision un peu plus ancienne de la question où selon eux, un petit enfant a besoin d'être avec sa mère en permanence, etc. Il y a des efforts et des progrès à faire partout et c'est aussi un sujet qui est très complexe pour les différents gouvernements parce que, encore une fois, selon les familles, les femmes, mais aussi les enfants, Je ne pense pas qu'il y a un regard ou un scénario qui correspondent. Chaque situation est tellement unique que je pense que c'est difficile d'avoir un système de maternité ou un regard qui correspond à tout le monde.
- Speaker #0
Qui est mieux qu'un autre.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et toi, avec le recul, qu'est-ce que tu conseillerais à quelqu'un qui vit aujourd'hui ce mélange, justement, entre responsabilité professionnelle et parentalité ?
- Speaker #1
C'est des conseils qu'on essaie de se donner à nous-mêmes, donc c'est un apprentissage quotidien. En tout cas, pour ma part, ce qui a été... m'a beaucoup aidée, en tout cas hyper utile, c'est d'avoir un écosystème autour de soi. Moi, j'ai et adapté mes horaires et changé de vie, puisque j'ai déménagé dans le Sud en août dernier pour me rapprocher de mes parents et pour gagner en qualité de vie, mais aussi pour avoir un cercle d'aide beaucoup plus rapproché. Donc, je pense que c'est impossible aujourd'hui de jouer sur ces deux tableaux sans avoir un cercle d'amis, une équipe, un mari très présent et très engagé pour venir Soutenir cette vie-là, cette vie mouvementée. Il ne faut pas hésiter à demander de l'aide, à se délester de certains sujets, même si c'est temporaire. Et puis il y a aussi cette acceptation de jamais être là à 100% pour tout le monde. Donc c'est aussi ce duel qualité versus quantité. C'est très cyclique, il y a des périodes où on est plus là pour sa famille et parfois plus pour sa vie professionnelle. Exemple très concret, j'ai dû laisser mon fils en pleine varicelle pour aller au salon de Milan. Il y a des choix à faire, il faut savoir dire non. Et ça, ce n'est pas évident non plus. Il y a des choix, des périodes de doute. Et il y a aussi des périodes où rien n'est parfait. Donc il faut aussi accepter qu'il faut lâcher prise, lâcher en contrôle et se dire que c'est OK. que tout ne soit pas parfait.
- Speaker #0
Et si tu devais redessiner une organisation du travail adaptée à toutes ces réalités, je sais que tout à l'heure tu nous as dit qu'il n'y a pas de formule magique, mais toi tu commencerais par quoi ?
- Speaker #1
Je pense que ça se met à mon avis doucement en place. Il y a quand même maintenant une réalité où les pairs sont quand même de plus en plus engagés et les rôles s'équilibrent. Et je pense que l'entreprise, elle a quand même un rôle à jouer sur donner l'espace au... ou pères de vivre leur parentalité et leur paternité à 100%, que ce soit sur de la flexibilité horaire, sur des possibilités de progression, et pour les hommes, même dans des situations de congés longs, d'enfants en bas âge et d'impératifs qui s'en suivent. En tout cas, les entreprises ont beaucoup à gagner, que ce soit en efficience, en productivité, en créativité, à faire monter des femmes mamans ou pas. et à donner la place aussi aux hommes de vivre ces deux choses, parce qu'en fait, le fait que ces rôles, à mon avis, s'équilibrent, laisse et pour les femmes plus de place à la sphère professionnelle, et pour les hommes, un regard autre aussi sur leur devis. Donc, je pense qu'il y a pas mal de choses qui peuvent être mises en place.
- Speaker #0
Et moi, je voudrais juste revenir sur une question que je ne t'ai pas posée, mais que je trouve intéressant quand même d'avoir ton point de vue là-dessus. Comment tu as géré cette culpabilité au début ?
- Speaker #1
En fait, moi, la façon dont j'essaie de gérer ça, déjà, il faut le verbaliser, donc il faut en parler aux gens et autour de soi. Il faut essayer, à mon avis, de se détacher le plus possible des injonctions sociétales et des médias. Parce qu'on est surexposé à des conseils non sollicités, à des vidéos montrant des mères se levant à 4h du matin pour faire du sport. sport, s'occuper d'elles, s'occuper de leurs enfants, s'occuper de la maison avant d'emboucher à 9h. Tout ça, c'est des choses qui sont à mon avis très nocives pour ce sentiment de culpabilité et cette envie de bien faire. Donc après, moi, j'ai aussi ce trait de personnalité où j'aime bien d'avoir un sens de l'exigence pour moi, pour ma vie professionnelle, pour les deux vies corrélées. Il faut essayer de le verbaliser, de se soulager en fonction de ce que les gens reflètent de nous, en nous disant, normalement si on est bien entouré, il nous rassure. Et peut-être aussi de se réjouir des toutes petites victoires. Donc au lieu d'avoir des paliers très hauts d'attente envers soi-même, de se dire il faut que j'ai atteint ce niveau de performance, que je couche mon fils tous les soirs, etc. Essayer de se dire, si je suis prête et à l'heure à un rendez-vous, c'est génial. Si mon fils m'a fait un câlin où il m'a demandé plus que son père, ou à ce moment-là où il m'a fait un câlin plus long avant de le laisser à la crèche, c'est aussi une victoire. Si ce client-là est surimpressionné d'une présentation ou de quelque chose, il faut essayer de saisir ces moments-là et de les garder sur les moments qui sont un peu plus désordres et un peu moins réjouissants.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose qu'on n'aurait pas abordé ?
- Speaker #1
En fait, on grandit en même temps que notre enfant.
- Speaker #0
Et on en apprend aussi, on en redécouvre sur soi-même aussi.
- Speaker #1
Complètement. Et on évolue en même temps que lui, et que c'est période d'apprentissage. Donc ça, il faut essayer de se mettre aussi à ce niveau-là et se rendre vulnérable sur ces situations-là. Et en tout cas, peut-être une dernière chose, moi, pour ma part, pour moi, c'est aussi important de transmettre cette valeur de travail à mes enfants. Donc il y a aussi de se dire, je ne suis peut-être pas présente physiquement ou sur tous les événements importants. mais j'espère que ce sera une transmission indirecte de cette valeur là et qui pourra plus tard leur inspirer différentes ambitions et vocations merci Emma de rien,
- Speaker #0
merci merci pour l'écoute de cet épisode il vous a plu ? vous avez appris des choses utiles et nouvelles ? Alors pourquoi ne pas nous laisser 5 étoiles sur votre application d'écoute et partagez vos retours en commentaire. Un grand merci à notre invité et à notre équipe qui rendent cette émission possible. Rendez-vous très vite pour un nouvel ou ancien épisode de Memo Duo, qu'il soit un court temps essentiel, une situation à l'étude ou une rencontre nouvelle. M'émo Duo, un podcast prévia, le partenaire qui apporte des solutions aux entreprises et aux salariés pour améliorer la santé et la qualité de vie au travail. D'autres questions ? Retrouvez toutes les informations pour échanger avec nous en description.