- Speaker #0
Bonjour, je suis Grégoire Guillemin, IA de préparateur mental et entrepreneur. J'accompagne les professionnels du bloc opératoire à muscler leur mental, à mieux gérer leur stress, les émotions et à performer durablement sans soumis. En me lançant dans cette aventure, j'ai vite réalisé une chose. La santé mentale dans le monde du soin reste un sujet de table. On la relie trop souvent à la faiblesse, alors qu'en réalité, c'est tout l'inverse. Dans ce podcast, Tâches de bloc, je pars à la rencontre des athlètes du bloc, chirurgiens, anesthésistes. yad, ibod, circulant, cadre, des femmes, des hommes, animés par la précision, la rigueur et surtout la passion de soigner. J'admire leur flamme, leur courage quand la pression monte, leur lucidité quand tout s'accélère et leur capacité à rebondir, à rester debout malgré les tempêtes ou blocs opérateurs. Ensemble, on va explorer ce qui se joue derrière les masques et les champs opératoires, comment ils tiennent, comment ils doutent et comment ils trouvent la force de continuer jour après jour.
- Speaker #1
Leur parcours va t'inspirer, t'aider à mieux te connaître et peut-être te rappeler pourquoi tu fais ce métier. Bienvenue dans Mental de Bloc, le podcast qui met le mental au cœur de la performance au bloc opératoire. Je te souhaite une bonne écoute.
- Speaker #0
Bonjour à toi Sandra et bienvenue dans cet épisode de Mental de Bloc. Alors, j'ai le plaisir de t'accueillir pour ce nouvel épisode autour d'un sujet qui nous réunit aujourd'hui, qui est le mental au bloc opératoire. Tu es infirmière de bloc opératoire diplômée d'État à l'Institut du cancer de Montpellier, tu exerces depuis plusieurs années comme circulante aide opératoire instrumentiste. On est OK ?
- Speaker #1
On est OK.
- Speaker #0
On est OK. Ton parcours, assez riche et cohérent d'après ce que tu m'as envoyé, tu as mené du 93 à l'Hérault et aujourd'hui tu es aussi secrétaire de l'Eboum, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça, oui.
- Speaker #0
Association des infirmiers de bloc opératoire d'Occitanie-Méditerranée, tu nous parleras de ça tout à l'heure. C'est un rôle dans lequel tu crées du lien, tu soutiens la profession et tu participes à faire évoluer les pratiques. Avec cette énergie et cette bienveillance, il semble te caractériser. Ce qui rend ton parcours particulièrement inspirant, c'est cette vision que tu as du mental comme pilier essentiel, à la fois pour bien travailler, pour garder du plaisir aussi dans ce qu'on fait, et pour préserver un équilibre dans un environnement exigeant qu'est le bloc opératoire. Tu dis que le mental ne s'improvise pas au bloc, qu'il se cultive d'abord dans ta vie. Ça t'a amené à t'intéresser à l'hypnose ericksonienne comme méthode peut-être de gestion du stress en 2022. Tu nous parleras de ça aussi si tu es d'accord. Aujourd'hui, tu intègres ces outils dans ton quotidien, dans ta relation avec les patients, en anesthésie locale, dans ta façon de travailler en équipe et dans la manière dont tu gères les moments de tension ou d'urgence. Tu fais partie de ces nouvelles générations de soignants qui croient profondément que prendre soin de soi C'est aussi la meilleure façon de prendre soin des autres. Derrière la professionnelle expérimentée, il y a aussi une femme vraie, spontanée, bienveillante et comme tu le dis toi-même, un peu électron libre. L'expression m'a fait sourire, j'adore. Quelqu'un qui aime partager de la bonne humeur, de la légèreté, du positif, tout en restant fidèle à ses valeurs. Le respect, la politesse, l'authenticité. Pour toi, le bloc opératoire, c'est à la fois un lieu d'exigence et un espace d'humanité. où la cohésion, la confiance et l'état d'esprit jouent un rôle aussi important que la technique. Aujourd'hui, on va parler de ton regard sur le mental au bloc opératoire, de ton expérience, de tes routines et de cette conviction que tu portes qu'un bon professionnel de bloc, c'est aussi quelqu'un qui apprend à se connaître, à se réguler et à s'écouter. Bienvenue dans Mental de Bloc, bienvenue à toi Sandra. Est-ce que la présentation que j'ai faite de toi est correcte et qu'est-ce que tu rajouterais ou comment tu te présenterais toi ?
- Speaker #1
C'est plutôt très juste. En effet, je suis diplômée infirmière depuis un certain nombre d'années, même si on ne voit pas les années passées. Et effectivement, je pense que la gestion du mental est d'abord arrivée dans ma vie personnelle et que j'ai su ensuite la mettre à profit dans le monde professionnel.
- Speaker #0
D'accord, super. Alors, est-ce que tu peux brièvement nous rappeler ton parcours, ton rôle actuel et comment tu es arrivée à être au final infirmière de bloc opératoire ?
- Speaker #1
Alors rapidement, j'ai fait l'école d'infirmière de 2004 à 2007. Sur la dernière année de l'école d'infirmière, j'ai eu un contrat de pré-recrutement qui m'a permis d'être un petit peu financée. Et donc, je devais dix mois à l'hôpital de Montfermeil, qui m'a financé ma troisième année. Donc, je suis arrivée dans cet hôpital. Mes préférences étaient plutôt sur la chirurgie, le service de chirurgie que les services de médecine. Et en effet, j'ai eu un poste en chirurgie qui faisait aussi un petit peu de médecine d'ailleurs, parce qu'on faisait de la chirurgie ORL, viscérale et urologique. Et il y avait du coup de la médecine, parce qu'on avait en ORL tout ce qui était sourdité brusque, paralysie faciale, etc. Sur l'ORL, on avait des enfants, on pouvait avoir aussi de la cancéro. C'était un service qui était quand même... assez complet en tant que jeune diplômée. Ça m'a permis de... Parce que cette première année post-diplôme, en général, c'est comme quand on vient d'avoir son permis, on tâte encore un petit peu, etc. Et ça m'a mis le pied à l'étrier très rapidement. Maintenant, j'ai choisi de ne pas rester à l'hôpital parce que j'avais peur d'être coincée et d'être soumise aux besoins de l'hôpital public. Et mon travail d'infirmière, effectivement, il est pour les patients, il est pour la santé globalement, mais je pense qu'on ne peut pas négliger sa partie personnelle. Et j'ai fait le choix de refuser la titularisation pour aller voir ailleurs. Et le destin a fait que je suis arrivée au bloc opératoire un petit peu par hasard, puisqu'à l'époque, je ne savais même pas qu'on pouvait faire du bloc opératoire sans être spécialisée e-board.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Un an à Paris, j'ai appris un petit peu les rudiments du bloc. Et puis, au bout d'un an, c'était un tout petit bloc de trois salles. Donc, j'ai fait un petit peu le tour. J'ai commencé à m'ennuyer. Et les aléas aussi des transports en commun, pour une heure, une heure et demie, aller, voir, aller plus retour. J'ai changé et je suis arrivée dans une clinique plus disciplinaire qui m'a... était alors très enrichissante dans un second temps et dans un premier temps qui m'a mis assez en difficulté, j'avoue, parce que ça m'a vraiment fait sortir de ma zone de confort, cette pluridisciplinarité. Heureusement que j'avais déjà fait du bloc avant, mais ça a été un petit peu compliqué pour moi. Et j'ai retrouvé mon souffle en demandant sur cet établissement un poste moitié bloc, moitié salle de réveil. Parce que j'ai toujours eu cette ambivalence d'aimer le côté très technique au bloc opératoire et d'aimer aussi le relationnel avec les patients. Et du coup, le fait d'avoir moitié bloc, moitié salle de réveil, ça m'a permis de reprendre un petit peu mon souffle au bloc opératoire et de continuer comme ça ma progression de mes apprentissages.
- Speaker #0
Ok, parfait.
- Speaker #1
D'accord. Et puis, cinq ans et demi après cette expérience, J'ai sauté le pas, je suis arrivée en héros.
- Speaker #0
Ok, super. Dans une clinique aussi ?
- Speaker #1
Là, je suis arrivée par le biais d'une rencontre. J'ai rencontré quelqu'un dans la région, je suis venue m'installer, j'ai fait quelques missions d'intérim. La mission d'intérim qui m'a été proposée sur le centre Unicancer de Montpellier m'a vachement plu. L'accueil du personnel, l'accueil des patients. cette façon de prendre en charge de façon bienveillante. Une seule vacation d'intérim m'a fait dire que c'est ce que je voulais mettre dans mon travail et je ne me suis pas trompée puisque ça fait maintenant neuf ans que j'y suis.
- Speaker #0
Super, très bien. Ok, merci Sandra. Qu'est-ce qui t'a donné envie de participer à ce podcast Mental de Bloc ?
- Speaker #1
Alors, ce qui m'a donné envie de... de participer, c'est de démocratiser cette façon, effectivement, de voir la prise en charge mentale des personnels médicaux, paramédicaux, aussi bien, effectivement, que, comme tu disais, les sportifs de haut niveau, puisqu'on en parle de plus en plus. Aujourd'hui, on entend beaucoup Teddy Riner qui dit que l'entraînement, c'est bien, mais qu'en fait, le mental, si on ne le fait pas, on peut avoir des entraînements à tiers larigot. Voilà, c'est aussi important l'un que l'autre. Et dans ma vie perso aussi, je sais que c'est hyper important de se centrer sur soi et d'être bien soi pour pouvoir être bien avec les autres. Et je pense que dans la médecine, on a un, deux, voire dix trains de retard sur l'apprentissage par la douleur, comme on a appris comme ça, il faut que vous appreniez comme ça, etc. Mais même dans le paramédical. Et je pense que des podcasts comme ça, ça peut être vachement intéressant pour... se dire, ce n'est pas bête ce qui se passe là, et pourquoi pas en parler avec des collègues, etc.
- Speaker #0
Faire le dialogue.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'est vrai que dans le sport, et tu le dis bien, il y a eu cette étape où le mental était quelque chose de tabou. et où ça l'est beaucoup moins aujourd'hui, où on peut discuter sans être taxé de fou, de faible. Et donc, c'est vraiment une étape qui faudra, je partage complètement ton avis, intégrer dans le soin. Ok, je t'avais demandé du travail avant qu'on se rencontre. Et dans les textes que tu m'as envoyés, tu évoques une vraie évolution personnelle, de la petite fille sage à la femme qui prend toute sa place. Qu'est-ce qui a déclenché cette transformation chez toi ?
- Speaker #1
Alors, on va dire que pendant très longtemps, avec le recul, je dirais de façon inconsciente, effectivement, j'avais très peur du regard des autres. Il fallait que je sois gentille, il fallait que je dise oui, il fallait que j'avance et que j'arrondisse les angles, certainement pour qu'on m'aime. Et j'ai appris un petit peu à me dédouaner de ça. J'ai fait de la préparation mentale, du coup. pour passer le concours à l'école d'Ibode parce que la gestion du stress, c'était quelque chose de très compliqué pour moi. Passer à l'oral pour le bac français, passer le permis de conduire, sortir de sa zone de confort et être un peu dans un brouillard de ne pas vraiment savoir et gérer l'instant. Je l'ai vécu plusieurs fois. D'ailleurs, je passais mon permis plusieurs fois. La première fois, je ne sais même pas pourquoi je n'ai pas eu mon permis. Physiquement, j'étais là, mais en vrai Mon cerveau était complètement embrouillé. Donc, voilà, j'ai choisi de faire de l'hypnose parce que c'est quelque chose que je trouve hyper intéressant. J'ai moi-même côtoyé en tant qu'infirmière à l'hôpital de Montfermé une infirmière anesthésiste qui faisait de l'hypnose et qui pratiquait ça au bloc. Ça, je n'ai pas eu l'occasion de le voir, mais après dans les services pour jouer sur la gestion de la douleur et qui faisait les relais dentalgiques IV à Pérosse assez rapidement. et j'ai été... fasciné par le pouvoir du cerveau et les pouvoirs de ce qu'on pouvait faire en fait de nous-mêmes grâce à des outils en effet extérieurs mais en fait je pense que tout part de nous-mêmes ok super en
- Speaker #0
quoi ton évolution personnelle a influencé ta manière d'être au bloc
- Speaker #1
Alors, il y a plein de choses. Déjà, effectivement, comme je dis, quand je suis arrivée à l'ICM, j'ai remarqué qu'on avait une communication positive avec le patient. C'est-à-dire qu'on ne lui demandait pas s'il n'avait pas trop froid, on lui demandait s'il avait suffisamment chaud. On lui demandait toutes les questions et toutes les affirmations, voire les négations. Oui,
- Speaker #0
on n'induit pas de... d'idées négatives.
- Speaker #1
Le cerveau en état de stress ne comprend pas la négation. Et cette expérience, je l'avais déjà eue effectivement sur mon poste un petit peu avant, où un diable m'avait expliqué quand tu dis à un enfant, est-ce que tu n'as pas mal ? Il n'entend pas, est-ce que tu n'as pas ? Il entend mal, donc il se rapproche à mal, etc. Et voilà, donc cette façon-là déjà d'accueillir les patients, ça m'a permis de dire, tiens... C'est quelque chose qu'on ne fait pas naturellement, même à la maison. On n'a pas tendance à demander les choses de façon positive. Et je pense que, comme on dit, le positif attire le positif. Et le fait d'avoir cette communication, en fait, ça nous permet, nous aussi, d'être dans un état d'esprit positif. Et ça permet de l'appliquer également avec nos collègues, etc.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Alors, pour toi ? aujourd'hui dans ta vie au travail, la gestion de ton mental, ça occupe quelle place ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a des choses que je fais maintenant beaucoup plus naturellement et j'ai mis en place des stratégies aussi pour ne plus réfléchir à certaines choses. Par exemple, quand je fais de l'instrumentation, je monte mes tables d'instrumentation quasiment tout le temps de la même façon. Donc, je n'ai pas à me poser la question où était l'instrument. Là, on va faire… tel geste, je vais avoir besoin de ça, où est-ce que c'est ? De détourner mon regard du lieu de l'intervention. Et donc, je pense que j'ai mis en place des choses comme ça. On a des patients qui sont assez compliqués, on a des dossiers compliqués. La veille, dès que je peux, je vais regarder le dossier ou si je ne peux pas, je le fais le matin, regarder le dossier, essayer de comprendre, regarder les différentes lettres de consultation, etc. pour anticiper mes gestes, pour anticiper le matériel, pour en discuter avec. soit mon circulant si je suis instrumentiste, soit mon instrumentiste si je suis circulante, pour en discuter aussi avec les anesthésistes, et mettre en place des choses en amont. qu'à l'instant T, si on a vraiment un problème, un risque hémorragique ou quelque chose, qu'on n'ait pas à se poser la question en ce moment-là.
- Speaker #0
D'accord. Tu es beaucoup dans la prévention et la ritualisation.
- Speaker #1
L'anticipation de certaines choses et effectivement la ritualisation de certains gestes qui font que du coup, comme le matin quand on marche, on n'a pas à se poser la question si on met le pied gauche ou le pied droit. On peut penser à autre chose pendant ce temps-là.
- Speaker #0
En fait, tu as automatisé tout ce que tu pouvais automatiser pour enlever. Supprimer de la charge mentale au final.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que, ça m'intéresse, est-ce que tu utilises, toi, l'hypnose ericksonienne ou de l'auto-hypnose pour te mettre en état de veille quand tu n'as pas de responsabilité au bloc ou des choses comme ça ?
- Speaker #1
Je ne suis pas sûre que j'utilise l'hypnose sur moi. Je ne pense pas. Je l'utilise plutôt avec les patients quand j'ai des patients sous anesthésie locale. Sur moi, j'ai... pas l'impression.
- Speaker #0
D'accord, ok. Je te propose qu'on parle un peu de mental au bloc, toujours. Quand je te dis mental au bloc, ça t'évoque quoi ?
- Speaker #1
Ça m'évoque une partie encore taboue, parce qu'on parle beaucoup de la gestuelle, on parle de la dextérité, on parle du geste, donc de tout ce qui est manuel, mais effectivement, on ne parle pas du mental, de la gestion du stress, et pourtant il est là tout le temps, parce qu'on sait très bien. On connaît très bien la façon d'agir sous stress de certains chirurgiens et d'autres chirurgiens, dans des gestions différentes. Et pas que les anesthésistes,
- Speaker #0
IAD, IBOD,
- Speaker #1
tout le monde se retourne.
- Speaker #0
Oui, en effet, on a chacun notre façon de gérer le stress et certains ont plus de facilité naturelle que d'autres.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que pour toi, le bloc, c'est un endroit où il n'y a pas... plus de stress ? Est-ce que c'est un endroit qui est très stressant ?
- Speaker #1
Pour moi, professionnelle de santé, alors pour moi, professionnelle de santé, là où je travaille, j'ai envie de te dire non, parce que je maîtrise les lieux, je maîtrise, je sais où est le chariot d'urgence, je connais mes collègues, je sais comment ils fonctionnent. Maintenant, j'ai déjà fait de l'intérim. Et effectivement, là, je ne le réfléchis pas forcément quand je suis sur ma mission d'intérim, mais a posteriori, oui, je suis plus soumise au stress parce qu'il y a des fonctionnements que je ne connais pas. Après, effectivement, comme je disais, on est un centre... Il y a toujours des risques. Il y a des risques, il n'y a pas de petites interventions. Mais effectivement, on a des patients ou des interventions qui sont étiquetées plus à risque que d'autres. Quand, par exemple... on sait d'office qu'il y a potentiellement un chirurgien vasculaire qui va peut-être venir aider notre chirurgien, c'est qu'il y a un risque hémorragique. Et c'est que derrière, on va mettre en place des choses pour se rassurer aussi et pour être prêt en cas de besoin.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu peux, comme ça, nous décrire… Est-ce que tu arrives à faire revenir une situation au blog où ton mental a fait la différence ?
- Speaker #1
On parle de gestes vasculaires, oui. On parle d'une intervention avec potentiellement un chirurgien du CHU qui devait venir aider notre chirurgien parce que la tumeur englobait l'aorte. Ça, c'était décrit dans le dossier. L'intervention se passe. Je suis instrumentiste. J'ai préparé ma boîte de vasculaires. J'ai préparé du sérum épariné. J'ai préparé tout. au cas où il y ait effectivement, éventuellement, un trou accidentel dans la horte ou qu'il y ait besoin de faire un pontage parce qu'on est obligé d'avoir le chirurgien vasculaire qui vient. Et effectivement, cette situation s'est produite. J'avais, la veille, imprimé tout un dossier d'une cinquantaine de pages sur la chirurgie de l'anévrisme de la horte, qui s'apparentait un petit peu à ce qu'on aurait pu faire. en cas de souci sur cette intervention. Et effectivement, ça, cette préparation la veille, avec mes stabilos, mes stylos, décrire les temps opératoires, voir comment on allait mettre les clans, etc., ça m'a aidée à l'instant T, parce que extérieurement, moi, je ne peux pas me permettre de montrer au chirurgien que je suis stressée, je pense, parce que le chirurgien, lui, a besoin d'avoir des équipes derrière qui sont efficaces. Et on sait que quand on a une difficulté de gestion du stress, ça peut engendrer effectivement des soucis derrière. Mais à l'intérieur de moi, effectivement, j'étais quand même un peu border. Je m'étais préparée un petit peu avant. Et c'est passé ce qui s'est passé, c'est-à-dire que le chirurgien a appelé le chirurgien vasculaire qui devait venir en lui disant « Non mais t'inquiète, ça se passe bien, ça ne colle pas. Prends ton temps, viens quand tu peux. » Et là, en un quart de seconde, je tourne ma tête et j'entends « Oh putain ! » Effectivement, là, le trou dans la horte, il y était. La main du chirurgien sur la horte pour comprimer. Et là, ce n'est pas le moment, effectivement, de stresser. Donc, on essaye d'adapter les gestes. Après, c'est quelque chose qu'on analyse à postériori. Mais en effet, il y a des moments qui sont un petit peu stressants.
- Speaker #0
Toi, infirmière de bloc opératoire expérimenté maintenant, comment tu canalises justement ton stress sur une situation d'urgence comme ça, per opératoire ? Comment est-ce que tu fais quand tu sens que ça monte pour rester lucide, cohérente et compétente ?
- Speaker #1
Alors, j'essaye de mettre l'affect de côté, c'est-à-dire que dans ces cas-là, il y a souvent des relations avec le chirurgien qui ne sont pas forcément agréables, qui peuvent être tendues, etc. Je ne prends pas les choses contre moi parce que ce n'est pas le moment. Je pense qu'il y a des moments pour débriefer, il y a des moments pour savoir ce qui va, ce qui ne va pas. Après, j'essaye toujours de garder... effectivement le regard froid, d'être, moi, assez linéaire pour ne pas inquiéter plus, effectivement, les chirurgiens qui ont besoin de cette stabilité, je pense, pour eux aussi être rassurés.
- Speaker #0
Mais toi, je suppose que ça doit arriver aussi quand tu es sur le champ, d'avoir besoin d'être rassuré. de te dire aussi de subir toi-même le stress. Imagine que tu ne peux pas tellement dire aux chirurgiens, écoute, là, moi, je suis en panique. Est-ce que tu as un truc, un tips qui t'aide à redescendre ? Tu fais quelque chose, je ne sais pas, moi, de la respiration ou tu repenses à quelque chose, à un endroit qui te plaît ou je ne sais pas. Est-ce qu'il y a quelque chose comme ça que tu as ritualisé et qui t'aide ?
- Speaker #1
Je n'ai pas l'impression, je pense que… On essaye de se rassurer plutôt en amont, je te dis plutôt en lisant les dossiers, en préparant le matériel, en voyant avec qui on travaille aussi, ça, ça y fait beaucoup, le binôme, circulante instrumentiste, l'anesthésiste, l'IAD, voilà. Et après, je pense qu'on adapte, en tout cas, moi, je pense que j'adapte mon comportement aux personnes qui sont présentes en salle, mais à l'instant T, je ne sais pas, oui, des fois, je sors un peu le regard du champ. pour sortir de cet effet tunnel-là, pour reprendre une respiration et me recentrer effectivement sur mon environnement, parce qu'on est dans l'effet tunnel, effectivement.
- Speaker #0
D'accord, ok. Quels sont, selon toi, les leviers mentaux essentiels pour Unibod ? Concentration, calme, anticipation, confiance ? Alors, je pense que tu en as déjà parlé, il y a eu beaucoup de l'anticipation. Est-ce que tu penses qu'il y en a d'autres ?
- Speaker #1
Oui, je dirais la confiance, comme je disais à une collègue qui sortait de l'école d'Ibode, qui était hyper stressée quand elle est revenue, parce qu'effectivement, quand on a l'étiquette, on a le diplôme, on a le diplôme, on est censé avoir les compétences et le savoir-faire, alors que ça prend un petit peu son temps, les courbes de compétences, elles augmentent petit à petit. Et je lui disais, tu vas voir, tu vas dédramatiser. Si je peux prendre un exemple, c'est quand tu es élève infirmière ou élève infirmier et que tu as... une bulle d'air dans ta tubulure, tu penses que tu vas tuer ton patient. Et au fur et à mesure, tu dédramatises. Tu sais que c'est la tubulure entière qui va... Tu vas dédramatiser. Et en fait, cet effet-là où tous les gestes et tout est important, tu vas voir que finalement, tu vas pouvoir t'adapter et avoir des stratégies de rattrapage. C'est-à-dire que par exemple, je dis un bêtise, mais si tu es avec un circulant qui est... Pas forcément à l'écoute, tu vas anticiper plus et demander plus de clips d'avance. Si tu es avec quelqu'un qui est plus à l'écoute, tu vas te permettre d'être un petit peu plus économe. Je pense qu'il y a des stratégies d'adaptation.
- Speaker #0
D'accord. On va parler gestion du stress et préparation mentale. Tu mentionnes que ton rapport au stress a beaucoup évolué depuis tes débuts. Qu'est-ce qui t'a le plus aidé à progresser ?
- Speaker #1
qui m'a progressé au bloc.
- Speaker #0
Oui, après, ça peut être aussi dans ta vie, mais bon, on parle plus du bloc. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui… Tu as déjà apporté un élément de réponse, relativiser les choses, arrêter de se mettre, de croire que tout va être obligatoirement catastrophique. Est-ce qu'il y a d'autres choses qui peuvent faire le pas de côté un peu ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire que comme je suis un petit peu chat noir, il m'est déjà arrivé plein de choses. Donc, comme je dis en plaisantant, maintenant que j'ai fait un tour dans la horte, il ne peut plus rien m'arriver. C'est-à-dire que je sais qu'il y a des risques partout. Mais il y a plein de choses à mettre en place pour pouvoir gérer ce risque qui se transforme en problème. Donc oui, on dédramatise. On refait les choses aussi plusieurs fois. On travaille en chirurgie robot assistée. La première fois que je suis rentrée dans cette salle, ne serait-ce qu'en circulante, j'étais dans tous mes états. Il y a des cas de partout. Et puis après, au fur et à mesure, à force de le faire, ça devient plus naturel. Et donc, du coup, pareil, on sort un petit peu de cet effet où tout est nouveau et tout est de l'apprentissage. Et en fait, quand on est dans l'apprentissage, on sait très bien qu'un bébé de 5 ans, quand on lui montre l'alphabet, c'est difficile de connaître toutes les lettres. Et puis après, il va faire les syllabes, après il va faire les mots, après il va faire les phrases, la compréhension. Et au fur et à mesure, on se rajoute des choses. Et quand on regarde en arrière, en fait, ce qui nous semblait insurmontable au début, ne l'est plus parce qu'en fait, on gravit petit à petit les échelons, les échelles de la difficulté.
- Speaker #0
C'est ça, on s'habitue. OK, d'accord. Et tu vois d'autres choses qui t'ont aidé comme ça, en dehors de l'habitude ? D'autres choses qui t'ont aidé à mieux gérer ton stress ou le regard ? que tu as, tu l'as dit, alors il y a prendre du recul sur la gravité des choses. Est-ce que tu as d'autres choses comme ça qui t'aident ou pourquoi ?
- Speaker #1
Alors moi, je sais que j'ai beaucoup besoin de communiquer avant et après. C'est-à-dire que je n'ai pas de honte à dire que je ne sais pas. C'est-à-dire que sur le champ opératoire, je me retrouve avec un chirurgien que je ne connais pas ou que je ne connais pas ses habitudes. Je me présente et je lui dis voilà, moi je ne sais pas ce que vous utilisez comme fil, je ne sais pas ce que vous utilisez Merci. Comme clan, dites-moi avant, prévenez-moi. Ou en fait, quand nous, on fait de l'instrumentation, on n'est vraiment pas sur le champ opérateur. On est un petit peu éloigné parce qu'on a le chirurgien, l'assistant, l'interne, des fois l'externe. Donc nous, instrumentiste, on est au pied du patient. On travaille beaucoup à l'oreille, mais il y a des fois, on ne sait pas où on est. Donc quand on voit que c'est un moment un petit peu calme, je me permets de leur dire, excusez-moi, on en est où ? Qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce que vous allez faire ? Qu'est-ce que j'ai besoin d'anticiper ?
- Speaker #0
Oui. Ça, c'est...
- Speaker #1
Question pour moi, c'est hyper important et ce n'est pas donné à tout le monde. Tous les chirurgiens ne communiquent pas, n'écoutent pas, n'entendent pas.
- Speaker #0
Alors, tu me diras si je me trompe, mais moi, ce que j'entends dans ce que tu dis, c'est aussi la prise de confiance en soi. Être capable d'avoir la posture et de l'assumer du professionnel qui s'intéresse et qui dit… Moi, il m'est arrivé la même chose que toi quand j'étais infirmier anesthésiste. Au début, à chaque fois, je n'osais pas demander où est-ce qu'on en était pour les antalgiques. Puis au final, soit j'étais trop tard, au moment où tu dis, écoutez, voilà, moi maintenant, c'est mon taf. Mon taf, c'est d'être au bon moment. Vous en êtes où ? Combien de temps ? Vous fermez dans combien de temps ? Et c'est vrai qu'en fait, ça, c'est associé à la posture, à la confiance et à l'assise professionnelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est une remarque très importante.
- Speaker #1
C'est qu'il faut savoir à quel moment communiquer et quoi demander, en fait. On peut parler de ses vacances ou de son week-end, mais pas si on est sur un moment compliqué pour le chirurgien. On peut demander quel fil vous prenez pour la fermeture, mais pas si on n'a même pas commencé à inciser, etc. C'est savoir aussi au niveau du timing s'adapter, en fait. Être opportun.
- Speaker #0
Oui, être opportun, je suis entièrement d'accord. Ok, super intéressant. C'est marrant d'avoir ce côté e-bod. C'est vraiment intéressant sur la gestion du champ opératoire et des questions que vous avez dans la tête. Alors, à ton avis, Sandra, est-ce qu'on peut entraîner son mental au bloc comme un sportif s'entraîne pour des compétitions ? Est-ce que tu crois que c'est quelque chose qui est faisable et qui peut fonctionner pour les soignants ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il y a plein de choses qui peuvent être mises en place. Comme aujourd'hui, on est dans la systématisation de la checklist. Avant d'inciser, stop, allez, on va faire la checklist et on déroule le déroulé. C'est quelque chose qui maintenant est devenu naturel dans la plupart des blocs. qui est un petit peu plus compliqué à mettre en place sur la dernière partie, mais ça se fait au fur et à mesure. Et je pense que le mental, oui, c'est possible de le préparer en amont, d'être dans la visualisation.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Toi, tu as déjà pratiqué la visualisation pour la chirurgie ?
- Speaker #0
Alors, moi, je suis très visuelle. C'est-à-dire que quand on m'explique quelque chose, si je n'ai pas un dessin ou une vidéo, je ne le comprends pas. Donc, je travaille beaucoup. Quand je suis arrivée à l'ICM, on fait beaucoup de digestif, les pinces d'agrafage, les anastomoses. J'ai besoin de mettre un visuel sur ce qu'on m'explique. Donc, je fais beaucoup de recherches visuellement. Et je pense que ça permet de mettre effectivement la visualisation sur des étapes un petit peu clés.
- Speaker #1
D'accord. Et je ne sais pas si tu as déjà vu ces images, par exemple, de la Patrouille de France qu'on appelle la musique. Tu sais, quand ils se tannent tous, ils font en répétition, en visualisation.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
que tu... C'est quelque chose, une expérience que tu aimerais vivre, par exemple une répétition de chirurgie en visualisation où chacun est dans son rôle et où vous préparez l'intervention mentalement en ayant chacun vos gestes. Tu crois que c'est quelque chose qui pourrait être intéressant comme pratique pour toi, infirmière de bloc opératoire ?
- Speaker #0
Peut-être sur des gestes qu'on n'a pas l'habitude de pratiquer parce qu'on sait très bien que c'est vecteur de stress quand on… quand on ne fait pas les choses régulièrement. Je pense que ça peut être hyper intéressant sur tout ce qui est simulation in situ. On a eu là sur la journée de formation, samedi dernier, une intervention sur une équipe du CHU qui fait la simulation in situ. Je pense que sur les gestes d'urgence, sur le dédocage, par exemple, du robot, il y a plein de choses qui sont à mettre en place et qu'on ne fait pas heureusement régulièrement. Mais finalement, quand on ne les fait pas régulièrement... Et c'est assez compliqué de les reproduire, en fait.
- Speaker #1
Tout à fait. OK. Si tu es d'accord, on va parler un petit peu d'hypnose, parce que c'est quelque chose que j'adore, l'hypnose. Donc, comment est-ce que tu as découvert, comment tu es arrivée à l'hypnose ericksonienne ? Et qu'est-ce que cette approche, ça a changé pour toi ?
- Speaker #0
Écoute, j'ai entendu parler de l'hypnose, je te dis, quand j'étais jeune diplômée à l'hôpital par cette infirmière anesthésiste qui m'a expliqué qu'en gros... sur de l'hypnose érectionnelle avec des enfants, par exemple, elle arrivait à leur faire gérer la douleur, en leur faisant penser que la douleur, c'était un peu comme un poste de radio avec un petit bouton de volume sur lequel ils pouvaient jouer, etc. Et le concept m'a paru hyper intéressant. Et effectivement, un petit peu plus tard, j'ai côtoyé une autre infirmière anesthésiste sur Montpellier qui fait un petit peu d'hypnose. Et en discutant, du coup... du concours, du stress, etc. Elle m'a dit, viens à la maison, si tu veux, je te ferai une séance. Tu vas voir. Effectivement, en faisant moi-même cette séance d'hypnose, ça a été vraiment un révélateur parce qu'elle m'a fait la séance pour la gestion du stress et elle m'a induit l'idée qu'en sortant de chez elle, au deuxième rond-point, en sortant de chez elle, j'aurais le smile jusqu'à temps que je rentre chez moi. Elle m'a dit... sans me le dire, quand tu arrives chez toi, tu m'appelles. Bon, OK. Je l'ai fait et elle m'a dit, est-ce que tu sais, à partir du deuxième rond-point, en sortant de chez moi, s'il s'est passé quelque chose ? Et effectivement, je lui ai dit, écoute, il y avait une musique trop sympa à la radio. Du coup, j'étais hyper happy. En fait, j'étais contente jusqu'à temps d'arriver à la maison. C'est là qu'elle m'a expliqué l'idée qu'elle m'avait induite et donc, ça a renforcé encore plus effectivement ma ma croyance ou l'adhésion que j'avais déjà à l'hypnose. Et ça m'a permis d'avoir des lectures et de demander du coup, en formation professionnelle, une formation pour les patients qu'on a sous anesthésie locale chez nous.
- Speaker #1
D'accord. Et du coup, cette formation, tu l'as suivie ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et maintenant, comment tu intègres ça et comment tu transformes ça dans ton travail avec les patients, peut-être avec les collègues ? Comment tu utilises ces nouvelles compétences en hypnose ?
- Speaker #0
Alors, c'est effectivement des outils que je peux mettre en place plutôt avec les patients que je prends en charge sous anesthésie locale, donc qui viennent chez nous pour des pauses de porte à quatre. Donc, dans un contexte assez compliqué. Très souvent, ce n'est pas très longtemps après l'annonce de la maladie. Donc, il y a beaucoup d'émotions, etc. Donc, moi, j'aime beaucoup discuter déjà de base. Je ne sais pas si ça se voit. Quand on met la pièce, c'est difficile de m'arrêter. Je pense que j'ai besoin d'expliquer au patient comment ça va se passer parce qu'on a beaucoup de retours sur... On m'a dit que ça allait durer cinq minutes et que ça ne faisait pas mal. Bon, OK, on va reprendre les choses. Et après, c'est une proposition parce qu'on a pas mal de choses. On a un casque de réalité virtuelle, on peut mettre de la musique, on a du calinox, on a pas mal de choses à proposer. Et c'est un petit peu une discussion avec le patient. Et ça se démocratise pas mal tout ce qui est sophrologie, etc. chez les gens. Donc, quand ça accroche, quand les gens sont OK, on part un petit peu là-dessus. Et ce qui est chouette, c'est que finalement, c'est les internes chez nous qui posent les portes à quatre sous anesthésie locale. C'est des étudiants en chirurgie qui font un geste pour le coup seuls. Ils ne sont pas encadrés par des seniors. C'est un geste qui est assez stressant pour eux. Le fait de prendre en charge le patient, l'interne ne se concentre que sur son geste à lui et bénéficie aussi de l'atmosphère dans la salle parce qu'en général, je baisse l'intensité lumineuse. On parle avec une voix hyper douce, hyper calme, etc.
- Speaker #1
C'est plus propice à la détente.
- Speaker #0
Du coup, ça détend toutes les personnes qui sont en salle en général.
- Speaker #1
D'accord. J'allais te demander quelle est la réaction des équipes. face à ta pratique, à l'hypnose et aux pratiques mentales en général au bloc ?
- Speaker #0
Alors, on est pas mal d'IA, d'EBOD à être formés à l'hypnose, parce que c'est une volonté institutionnelle, je pense, des prises en charge holistiques sur la prise en charge du cancer. On n'est pas tous à être formés, et du coup, c'est vrai qu'on n'a pas une équipe en particulier qui s'occupe des patients sous anesthésie locale. Mais quand les internes, effectivement, sont dans ces salles-là, on a toujours de très bons retours parce qu'effectivement, c'est plus simple pour eux d'être concentrés que sur leurs tâches, même si des fois, ils aimeraient bien pouvoir discuter avec le patient, etc.
- Speaker #1
Oui, c'est dur de faire comprendre la transe hypnotique et l'absence de discussion. Règle générale.
- Speaker #0
Quand on a des fois des gens qui rentrent en salle en racontant leur week-end en plein milieu, il faut faire avec.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que l'hypnose ou d'autres pratiques ou d'autres outils mentaux devraient faire partie de la formation initiale des infirmières de bloc opératoire diplômé ?
- Speaker #0
Des infirmiers tout court, déjà, je pense.
- Speaker #1
Tout court, déjà, ok.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est hyper important d'apporter des outils de prise en charge parce qu'en tant qu'infirmier, effectivement, on est quand même soumis à la détresse morale. à la tristesse, à la mort, à plein de choses hyper négatives et difficiles à encaisser. Donc aussi bien pour le bien-être du professionnel et pour la relation avec le patient. Donc oui, je pense que ça doit être des choses qui pourraient être proposées, peut-être un module optionnel ou des choses comme ça. Mais depuis la formation initiale, je pense que ce serait bien aussi pour les externes, les internes et les professionnels médicaux. également.
- Speaker #1
Ok. On va parler de prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres, justement. Et tu m'as écrit, tu t'as dit dans les documents que tu m'as remis, je ne veux pas faire entrer dans ma vie des personnes qui envahissent mon espace négativement. Comment tu fais ce tri au quotidien dans un milieu aussi collectif que le bloc ? Parce que tu ne peux pas choisir tout le temps qui va qui va participer à ta vie de la journée Comment tu fais pour faire ce tri et pour essayer de chasser le négatif de ton entourage direct ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faut faire la part des choses. On est dans des interactions avec nos collègues, qu'ils soient IA, d'anesthésistes, chirurgiens. Du coup, on a de l'affect qu'on met dans ces relations, évidemment, positifs, négatifs ou neutres. Et on a après les compétences, c'est-à-dire que, comme je disais tout à l'heure, il y a des chirurgiens avec qui j'adore travailler parce que je sais qu'ils ont des compétences techniques énormissimes. Et quand sur le champératoire, c'est un petit peu compliqué et que leur interaction avec moi n'est pas positive, je retire l'affect, je ne le prends qu'à l'instant T et ensuite, on passe à autre chose.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, moi, je ne veux pas… On est tous là pour le patient. On sait qu'il y a un petit peu des petites chamailleries ou des petites choses qui peuvent exister entre les différents catégories professionnelles, les IAD, les IBOD, etc. Mais en fait, je n'ai pas envie de catégoriser. Les IAD sont comme ça, les anesthésistes sont comme ça, les… C'est faux parce qu'en fait, on a tous notre personnalité. Moi, mon cœur, il est un peu chirurgical, mais il est aussi médical. Dès que je peux poser une deuxième voie, je vais poser une deuxième voie. Parce que j'aime ça, j'aime comprendre. J'aime échanger aussi bien avec le chirurgien qu'avec l'IA, de l'anesthésiste. Donc, les personnalités, c'est des personnalités qu'on ne peut pas passer à côté. Le minimum, c'est la neutralité.
- Speaker #1
D'accord. Comment toi ? Tu entretiens ton équilibre personnel et ton énergie mentale au quotidien. Est-ce que tu as des choses qui te ressourcent ? Est-ce que tu as des impératifs dans ta vie pour ton équilibre ? Tu sais que c'est pour ton équilibre et que c'est non négociable.
- Speaker #0
Alors, j'ai envie de dire que je tire un petit peu sur la corne des fois parce que je ne sais pas rester vraiment à rien faire. J'habite à 35 kilomètres. Tu travailles, ce qui fait entre 45 minutes et une heure de route. Ça peut paraître un petit peu beaucoup pour certains, mais c'est un peu mon sas de décompression. C'est le sas de décompression, c'est-à-dire que je ne suis plus ibode, je ne suis pas encore maman. Je suis fan de musique, donc je ne passe pas un trajet sans écouter de la musique ou un podcast. Et l'énergie de la musique que je vais écouter va aussi engendrer... Soit j'ai besoin de calme parce que la journée a été l'enfer et je vais mettre quelque chose de détente. Soit le matin, j'ai besoin de me booster un petit peu et je vais mettre plutôt une playlist qui va me réveiller. Voilà. D'accord. Il y a ça qui est important pour moi. Et puis après, j'ai des activités un petit peu comme le dessin. J'aime beaucoup l'art. J'adore dessiner, mais c'est des choses qui sont ponctuelles. Donc, je n'ai pas besoin de me mettre à un rythme. Je n'aime pas les contraintes. Par exemple, je me suis inscrite à la salle de sport. J'y vais quand je veux. je suis obligée de respecter un horaire, un jour. J'ai déjà du mal à me lever le matin tous les jours et être à l'heure. Donc, voilà.
- Speaker #1
Non, mais c'est bien ce sas de voiture. Je comprends la nécessité de se préparer pour aller au travail, mais aussi se préparer pour rentrer chez soi et puis de laisser ce qui s'est passé au boulot. Et justement, ça m'amène à un autre point. Qu'est-ce que tu aimerais dire à une jeune collègue qui débute au bloc ? et qui découvre un peu la charge mentale des soignants du bloc. Qu'est-ce que tu aimerais lui dire pour faciliter son apprentissage ?
- Speaker #0
J'ai envie de dire que pour aller loin et longtemps, il faut prendre soin de soi. Donc, il faut pouvoir vider son sac régulièrement et ne pas attendre qu'il soit vraiment hyper plein. Débriefer dès qu'on peut. avec ses collègues, avec les chirurgiens, demander effectivement soit un entretien à la cadre ou peut-être avoir, on a des collègues avec qui ça se passe mieux que d'autres, et pouvoir faire un petit débrief. Et il ne faut pas être trop exigeant avec soi, c'est-à-dire qu'on augmente en compétence au fur et à mesure. Dans tous les apprentissages, on a une phase où on apprend, une phase où on stagne, voire on régresse avant de repartir. C'est normal. Il faut se le mettre comme acquis. Il y a des choses qu'on préfère à d'autres. Moi, j'adore mon boulot. Il y a des jours, j'y vais quand même un reculant. Je ne veux pas être rose tous les jours, comme dans la vie de couple, comme avec ses enfants. Donc, je pense qu'il faut être vachement dans la résilience et arriver à faire des points quand même de temps en temps en disant, voilà, ça, j'accepte. Ça, je n'accepte pas. Où est la balance ? À quel moment, en fait, je dis stop parce que je ne pourrais pas aller plus loin. Et donc là, je réfléchis. Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je continue là ou est-ce que je cherche ailleurs ? Parce qu'on ne peut pas être dans un bilan négatif et être tout le temps obligé de se forcer pour faire des choses. Mais il faut un petit peu de patience quand même.
- Speaker #1
Oui. OK. Ça me paraît très sensé tout ça. On va parler juste… On est un petit peu sur la fin là ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On va parler de vision, d'inspiration. Et j'aimerais savoir… Quelle est ta vision de l'avenir du métier d'e-bod ?
- Speaker #0
Alors, le métier d'e-bod, c'est un peu compliqué avec les textes, etc. Il y a plein de choses qui se jouent depuis des années sur l'exclusivité de profession, pas l'exclusivité de profession, les différents lois qui sont arrivés au fur et à mesure, l'évolution du travail, etc. Je me suis engagée justement dans l'association des infirmiers. de bloc opératoire Occitanie-Méditerranée, pour promouvoir tous les professionnels du bloc opératoire. L'important, c'est la volonté qu'on met dans son travail, et c'est sa ligne de conduite, être en accord avec ses principes. Et effectivement, je pense que faire l'école d'e-bods, ça ne peut être qu'un plus, parce qu'on va avoir des stages différents, on va avoir des apports théoriques, on va rencontrer des personnes, on va échanger, etc. Maintenant, c'est compliqué en France, une fois qu'on est sorti du cursus scolaire pour trouver quelqu'un, un établissement qui nous finance pour faire ces deux ans. Donc, on essaye par le biais justement des associations de faire avancer les choses. Mais je pense que quand on veut, on peut. Il faut avoir la vision du métier aussi sur le long terme. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, j'ai 43 ans, j'ai encore 20 ans, voire 25 ans à travailler. Il y a certainement encore des évolutions qui vont se faire. Et les infirmiers qui travaillent au bloc opératoire, ça peut être un premier pas pour ensuite se spécialiser. Ce n'est pas forcément facile, c'est sortir de sa zone de confort. On est d'accord. mais très souvent, sortir de sa zone de confort, c'est pour ensuite avoir quelque chose de plus valorisant pour soi.
- Speaker #1
Ça me fait toujours penser à une phrase qui dit « difficile maintenant ou difficile après, de toute manière, il y a un moment où c'est difficile » .
- Speaker #0
C'est ça ?
- Speaker #1
De toute manière. Ok, très bien. Si tu devais résumer en une phrase, en une phrase, attention, ça, ça va être compliqué, ton regard sur le mental au bloc, quelle phrase tu pourrais dire ? Pour résumer.
- Speaker #0
Je dirais vouloir ses pouvoirs.
- Speaker #1
Vouloir ses pouvoirs. On la garde. On garde. Une citation ou une phrase qui t'inspire dans ta pratique quotidienne au bloc ? Ne me redis pas vouloir ses pouvoirs. Non,
- Speaker #0
mais je te dirais ce qu'un cousin à moi m'a dit quand j'étais beaucoup plus jeune. Mets une pancarte devant ton lit tous les matins et lis cette phrase. I am a winner.
- Speaker #1
Ok, très bon conseil. Parfait. Écoute, Sandra, est-ce que tu as des choses que tu voudrais rajouter sur le mental, au bloc ou quelque chose qu'on n'a pas abordé et dont tu voudrais parler ?
- Speaker #0
Non, pas plus. Je pense qu'effectivement, il faut démocratiser ça et ce serait bien que ça passe par les externes qui sont nos bébés futurs médecins chirurgiens.
- Speaker #1
Ça serait bien que ça passe par tout le monde. Oui. Ok, écoute, je te remercie Sandra pour ce partage. C'était vraiment super, sincère, plein d'humanité. Moi, j'ai adoré. Je te remercie d'avoir partagé ton regard sur le blog, ton expérience, ton parcours. Et puis, toute cette énergie positive qui donne quand même vachement envie de travailler avec toi. En fait, ça doit être assez agréable de bosser avec toi. Donc, je te remercie pour tout ça. Dans ce podcast, on parle de préparation, de présence, d'équilibre, mais aussi de transmission. Alors, avant de se quitter, je voudrais te poser une autre question. Je pense que comme beaucoup de soignants, il y a des gens qu'on appelle des mentors dans le métier. Tu as adoré, pour x ou y raison. Est-ce qu'il y a une personne que tu aimerais entendre dans ce podcast sur le mental au bloc opératoire ?
- Speaker #0
J'ai un mentor plutôt niveau compétences chirurgicales et unibode. qui est pour moi un modèle. Maintenant, mental, je n'ai pas d'exemple comme ça en particulier.
- Speaker #1
Alors, il n'y en a pas. Ce n'est pas très grave. OK. Très bien. Je te remercie vraiment beaucoup pour ta participation. Et puis, aux auditeurs qui vont écouter cet épisode, s'il vous plaît, partagez-le à vos collègues au bloc. Parlez-en autour de vous. Vous pouvez vous abonner pour ne pas manquer les autres épisodes. Et on va conclure juste en disant que le mental, en fait, ce n'est pas quelque chose simplement d'inné. Ça se travaille, mais surtout, ça se partage aussi. Donc, je vous dis à très vite. Je te remercie beaucoup, Sandra Spadini, infirmière de bloc opératoire, pour ta présence et tes partages sur cet épisode.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Grégoire. Merci d'avoir écouté Mental de bloc. Si cet épisode t'a parlé, t'a inspiré,
- Speaker #1
on peut simplement faire réfléchir. partage-le avec tes collègues, tes équipiers du bloc opératoire, ceux qui, comme toi, cherchent à progresser sans se perdre. Parce que le mental, ça se travaille, mais surtout ça se partage. Si tu veux continuer à explorer le mental au bloc, abonne-toi, laisse un commentaire ou envoie-moi ton retour sur ce que tu aimerais entendre ici. Ensemble, on fait grandir une nouvelle culture de performance plus humaine, plus consciente, plus durable. A très vite pour un prochain épisode de Mental de Bloch.