Speaker #0Musique Bonjour et bienvenue dans menthe et Roses, histoires florales et durables. Ici Aicha, votre hôte à Lausanne. Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter une phrase, une toute petite phrase. Une phrase lue en cours d'espagnol lorsque j'avais 13 ans au collège, à Valence, dans la Drôme. "No pisar las plantitas": "Ne pas marcher sur les petites plantes". Première vue, rien d'extraordinaire. Et pourtant, cette phrase ne m'a jamais quittée. Le texte que nous étudiions ce jour-là était le règlement d'une forêt, quelque part en Espagne. Il expliquait les bons comportements adoptés dans la nature, comme respecter les plantes, les animaux, et ce qu'il ne fallait pas faire, comme jeter des détritus ou des mégots de cigarette. Ce texte parlait de protection de la nature, de biodiversité et de prévention des incendies en forêt. Et à un moment, je tombe sur cette phrase « No pisar las plantitas » Et là, je me souviens très bien de ma réaction. "Pourquoi ?" "Pourquoi ne devrais-je pas marcher sur les petites plantes ?" Je crois que jusque-là, je n'y avais tout simplement jamais pensé. Je marchais, j'avançais, certainement j'ai dû en écraser quelques-unes, sans même les voir. Et soudain, on me demandait de faire autrement. Alors, la jeune fille de 13 ans que j'étais a commencé à se demander « Pourquoi ? » Et puis encore « Pourquoi ? » Et encore « Pourquoi ? » Aujourd'hui, cela me fait sourire parce que dans le monde professionnel, on parlerait presque d'un "5-Whys". Mais à l'époque, il n'y avait ni méthode ni jargon, il y avait juste cette question très simple. Et je décide de lever la main pour la poser à la professeure: "Por que nos podemos pisar les plantitas?" Et la réponse de la professeure était une vraie révélation. Elle dit: "D'abord parce qu'en marchant dessus, on peut tout simplement les abîmer ou les détruire". Et elle ajoute: "...et certaines de ces plantes sont peut-être protégées". Et je crois que c'est là que quelque chose a commencé à bouger. Et que j'ai commencé à remettre en question et mon comportement, et à regarder autrement ce que j'avais sous les pieds. Une petite plante n'était plus seulement un bout de verdure. C'était quelque chose de vivant, quelque chose de fragile, quelque chose qui avait sa place et qui méritait qu'on y fasse attention, car potentiellement en danger. Et quand je repense à cette scène aujourd'hui, je ne pense pas seulement au passé. Je pense aussi à l'avenir, à nos enfants, à ce que nous devons préserver et à ce que nous devons transmettre. Nos gestes peuvent sembler minuscules. Marcher à côté d'une plante plutôt que de l'écraser. Choisir un produit plutôt qu'un autre. Acheter différemment. Mais tous ces petits gestes racontent quelque chose de plus grand: "la manière dont nous choisissons d'habiter le monde". Je ne vais pas raconter qu'à 13 ans, cette phrase a fait de moi une écologiste parfaite. Évidemment que non. Mais, elle a planté une graine. Et cette graine n'a jamais cessé de pousser. Elle m'a accompagnée bien au-delà de ce cours d'espagnol. Et avec le temps, elle a participé à construire ce que nous appellerions aujourd'hui un système de valeurs personnelles. Une sorte de boussole intérieure. Des valeurs qui m'ont aidée au fil des années à prendre certaines décisions, à faire certains choix, à regarder autrement la consommation, les ressources naturelles, l'alimentation, la nature. Et bien sûr, avec le temps, ces valeurs ont évolué, mais une d'elles m'est restée. Laisser une place aux vivants, pas seulement en forêt, mais aussi chez nous. Alors peut-être que prendre soin de la nature, c'est aussi lui laisser un peu de place. Une fleur sauvage par-ci, quelques graines pour les pollinisateurs, un pot sur un balcon. Ce qui me touche aujourd'hui, c'est de penser qu'à 13 ans, je croyais simplement apprendre l'espagnol. Mais peut-être que j'apprenais déjà autre chose. à regarder, à faire attention, à comprendre que le vivant n'est pas un décor et que nos comportements ont un sens et des conséquences. "No pisar las plantitas". En repensant à tout cela, j'ai aussi envie de dire merci. Merci aux professeurs, aux enseignants, à toutes celles et ceux qui transmettent. Parce qu'ils ne savent pas toujours ce que leurs mots deviennent. Une phrase lue en classe peut sembler anodine sur le moment. Et pourtant, elle peut rester quelque part longtemps, très longtemps. Elle peut ouvrir une porte, faire naître une question, changer un regard. Alors... Merci à tous ceux qui enseignent, qui éveillent la curiosité, qui donnent envie de comprendre un peu mieux le monde. Certaines graines mettent du temps à pousser, mais parfois, des années plus tard, elles fleurissent encore. Merci d'avoir écouté Menthe et Roses, on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. D'ici là, prenez soin de ce qui fleurit autour de vous et en vous.