Speaker #0J'aimerais commencer aujourd'hui cet épisode en vous posant une question, question extrêmement simple. Qui êtes-vous ? Pas ce que vous faites, pas ce que vous possédez, pas votre fonction, pas votre statut social, pas même les personnes qui vous entourent. Qui êtes-vous ? Prenez quelques secondes avant de répondre. Parce que cette question, en apparence très simple, devient assez vertigineuse lorsqu'on commence réellement à enlever les couches. Imaginez que nous nous rencontrions pour la première fois. Nous sommes invités au même dîner, on ne se connaît pas et assez naturellement, je vous demande « Bonjour, ça va ? Et vous, vous faites quoi dans la vie ? » Vous allez probablement me répondre « Je suis architecte, je travaille dans la communication, je suis médecin, je suis commerçant, je dirige une entreprise. » Et c'est parfaitement normal. C'est même devenu une convention sociale. Mais regardez bien la question. Je ne vous ai pas demandé quel est votre métier, je vous ai demandé qu'est-ce que vous faites dans la vie. Et pourtant nous traduisons presque automatiquement, naturellement cette question par comment gagnez-vous votre vie ? Imaginez maintenant que quelqu'un vous réponde tout à fait sérieusement, moi, ce que je fais dans la vie, j'aide deux jours par semaine une association, je rentre dans une association, je travaille dedans, vraiment c'est sympa, puis je m'intéresse énormément à la physique quantique aussi. J'élève une famille de cochons d'Inde et puis en ce moment j'apprends à faire du pain. Il y a de fortes chances que vous soyez légèrement déstabilisé et que vous répondiez, oui enfin, je voulais dire comme travail. Et cette scène à l'audit raconte énormément de choses sur nous. Parce que quelque part, nous avons décidé collectivement que lorsque l'on demande à quelqu'un ce qu'il fait dans la vie, ce qui compte en premier, c'est ce qu'il fait professionnellement. Et ce qui est intéressant, c'est que d'habitude, cette habitude devient beaucoup plus visible lorsqu'une personne n'a pas de travail. Imaginez que vous soyez au chômage depuis six mois. Ça vous est peut-être déjà arrivé et ça vous arrivera peut-être demain. Vous arrivez à un dîner et on vous dit « Et vous, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? » Et là, il peut y avoir un petit moment d'hésitation. « En ce moment, je cherche du travail. » Comme si soudainement, vous ne faisiez plus grand-chose de votre vie. Bien sûr, vous pouvez élever vos enfants, vous occuper de vos parents, apprendre une langue, faire du sport, aider l'association, restaurer votre maison, j'en sais rien, lire trois livres par semaine, être passionné d'histoire, de photographie ou de philosophie, mais socialement, à ce moment-là, vous êtes au chômage. Et le mot peut finir par devenir une définition. Pas seulement une situation économique, une identité. Et c'est précisément de ça que j'aimerais vous parler aujourd'hui. De toutes les choses avec lesquelles nous avons fini. Par nous confondre, notre métier, notre statut, notre maison, nos possessions, ce que nous avons, nos relations, notre famille, nos diplômes, notre réputation, et d'une question beaucoup plus inconfortable, si on enlève tout ça, mais qu'est-ce qui reste ? Il est minuit à Bali, l'heure de notre rendez-vous avec l'évolution naturelle. Un moment rien que pour vous, une pause, pour découvrir d'autres philosophies de vie, des modes de pensée différents. Minuit à Bali nous offre la possibilité d'explorer ce que nous sommes vraiment, de mieux comprendre ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer, aimer et avancer. Ce qui peut nous permettre d'être plus en équilibre, plus heureux. Je m'appelle David Mott, je suis accompagnateur en évolution naturelle, Master Coach certifié, mais je me définis plutôt comme un explorateur du vivant. Ce qui m'intéresse tout particulièrement, c'est le changement, celui que nous préparons ou celui qui nous surprend. Ensemble, nous allons dépasser nos limites, réinventer notre vie ou la vivre autrement. Parce qu'il n'est jamais trop tard pour devenir la personne que vous avez toujours voulu être. Et c'est maintenant, quand il est minuit, à Bali. Vous écoutez un nouvel épisode de Minuit à Bali pour mieux vous comprendre, changer de vie ou la vivre autrement. Et aujourd'hui, je vais donc vous reposer quelque chose d'un petit peu particulier. C'est une sorte de jeu mental. On va se dépouiller. Rassurez-vous, je ne vais pas vous demander de vendre votre maison, de quitter votre travail ou de partir nu dans une grotte au fin fond de l'Himalaya, non. On va simplement... enlever mentalement une à une certaines des réponses que nous utilisons habituellement pour expliquer qui nous sommes. Commençons par votre travail. Vous êtes chef d'entreprise ? Très bien. Demain, vous vendez l'entreprise. Vous n'êtes plus chef d'entreprise. Est-ce que vous êtes moins vous ? Vous êtes chirurgien, vous prenez votre retraite. Le lendemain matin, personne ne vous attend au bloc opératoire. Plus de blouses, plus de patients, plus de collègues qui vous appellent docteur. Qui êtes-vous à 8h du matin ? Vous êtes directeur commercial, professeur, restaurateur, avocat, artisan. Retirons le métier. Retirons le métier. Pas vos compétences, pas votre expérience, simplement la fonction. Que reste-t-il ? Et là on commence peut-être à comprendre pourquoi certaines transitions professionnelles sont tellement difficiles. Parce que perdre son travail n'est pas toujours seulement perdre un salaire. Parfois c'est perdre une réponse. Pendant 30 ans, lorsque vous demandez qui êtes-vous, vous aviez quelque chose de simple à répondre. Et soudain, la réponse n'existe plus. C'est pour ça, à mon sens, que certaines retraites peuvent être beaucoup plus violentes que prévues. Simplement, retraite, se mettre à la retraite, en retrait de la société, en retrait du monde, c'était déjà un mot assez violent. Pendant 40 ans, on rêve d'avoir enfin du temps. Et puis le jour arrive. On a du temps, énormément de temps. Mais une autre question apparaît. Que vaut ma journée si personne n'a besoin de moi ? C'est une question beaucoup plus profonde que « qu'est-ce que je vais faire cet après-midi ? » . Continuons notre expérience. Retirons maintenant la maison. Pas parce qu'une maison serait superficielle, une maison peut-être chargée de souvenirs, représentée d'une sécurité, d'une histoire familiale, d'un accomplissement. Mais imaginons que vous ne la possédiez plus. Vous êtes toujours vous. Retirons la voiture, les vêtements, votre compte en banque, votre titre sur l'icône, les diplômes encadrés peut-être dans votre bureau, votre carte de visite, la montre que vous avez à votre poignet, votre réputation professionnelle. Est-ce que quelque chose commence à trembler ? Peut-être pas. Peut-être pas, alors allons un peu plus loin. Retirons les rôles familiaux. Attention, je ne dis pas que l'on retire les gens que vous aimez, je vous propose simplement de retirer les mots avec lesquels vous vous définissez. Je suis père, je suis mère. Quand vous allez à l'école, vous cherchez votre enfant, vous dites voilà, je suis le père de Corentin, je suis la mère de Séverine. Je suis mari, je suis l'épouse, je suis le fils d'eux, je suis la sœur d'eux. Tous ces rôles sont essentiels. Ils font réellement partie de notre identité, mais ils ne peuvent probablement pas résumer à eux seuls ce que nous sommes. Parce qu'un jour, les enfants, ils partent. Un couple. peut se séparer, de parents, disparaître. Et là encore, certaines personnes vivent quelque chose de beaucoup plus profond qu'un changement de situation. Pendant 25 ans, quelqu'un peut ou a pu se définir principalement par « je suis sa mère » , puis les enfants quittent la maison. Et la question devient « d'accord, ok, mais lorsque je ne suis pas en train de m'occuper d'eux, qui suis-je en fait ? » Et c'est parfois le début de ce qu'on appelle un changement de vie. Mais peut-être que le changement avait commencé bien avant, ce qu'on appelle les mouvements. Peut-être que ce qui bougeait, c'était simplement la structure autour de laquelle l'identité avait été construite. Dans la psychologie contemporaine, notre identité comprend justement de nombreux éléments. Nos caractéristiques personnelles, nos valeurs, nos objectifs, nos croyances, mais aussi nos appartenances et nos rôles sociaux. Notre métier, notre famille ou nos groupes d'appartenance ne sont donc pas des illusions sans importance. Ils participent réellement à la construction de qui nous sommes. C'est important quand même de le signaler et de le préciser. Parce que je ne vais pas vous raconter qu'au fond de vous existe un vrai vous, parfaitement pur, caché, sous 20 couches de société, et qu'il suffirait de décaper tout ça comme un biomeuble pour le découvrir. Vous savez quoi ? J'en sais rien. Et personne ne peut sérieusement vous le garantir. Ah oui, bien sûr, on trouvera toujours des philosophes qui sortiront des grandes phrases de grands auteurs pour vous dire que si, si, ça existe, ou au contraire, non, il n'y a pas d'autre que votre vrai vous et le vous actuel. On s'en fout. C'est pas le sujet. C'est pas le sujet. On a certaines traditions philosophiques et spirituelles. On se pose cette question depuis très longtemps. Dans les Upanishads indiennes, on retrouve notamment l'idée du neti-neti, que l'on traduit souvent par « ni ceci, ni cela » . L'approche consiste de manière très schématique à examiner ce à quoi nous nous identifions et à dire « ce n'est pas cela qui suffit à définir le soi » ou tout simplement « qui me définit moi » , si on parle de vous. Plus tard, Ramana Maharishi développera une forme d'investigation extrêmement directe autour d'une question que nous nous sommes posées au début de cet épisode. Qui suis-je ? La question, ce n'est pas quel est mon métier, pas quelle est ma place dans la société, mais réellement, qui suis-je ? Et je ne vais pas transformer, je vous rassure, Minua Bali, en cours de métaphysique indienne, rassurez-vous. Mais je trouve la démarche quand même fascinante parce qu'elle nous renverse notre fonctionnement habituel. Nous passons une grande partie de notre existence à ajouter des choses. Quand on est jeune, on ajoute un diplôme, et puis un métier, on ajoute un salaire, une relation, une maison, des enfants, un statut, des responsabilités, des possessions, un réseau. Et avec tous ces éléments, nous construisons progressivement un personnage cohérent. Puis nous disons, voilà, c'est moi. Mais que se passe-t-il lorsque, au lieu d'ajouter, nous commençons à soustraire ? Est-ce que cela nous permet de voir quelque chose que nous ne voyons plus ? Je vais vous donner un exemple. Imaginez deux personnes qui dirigent chacune d'entreprises depuis 20 ans. La première a construit pratiquement toute son identité autour de cette entreprise. Elle est son entreprise. Son image représente l'entreprise. Ses amis viennent principalement du travail. Ses discussions concernent le travail. Ses voyages sont liés autour du travail. Vous en connaissez peut-être autour de vous qui ont ce profil. Sa reconnaissance sociale vient du travail. Son sentiment d'utilité vient... Du travail, vous l'avez compris. Quand l'entreprise va bien, elle va bien. Quand l'entreprise va mal, elle va mal. Et puis un jour, cette personne, elle vend son entreprise. Et sur le papier, c'est une réussite. Elle a de l'argent, du temps, peut-être plus de responsabilités. Elle devrait être heureuse. Sauf qu'elle vient peut-être de vendre bien davantage qu'une société. Elle a vendu le principal miroir dans lequel elle savait se reconnaître. Maintenant, imaginez l'autre personne. Elle dirige également une entreprise. Elle y tient énormément, bien sûr. Mais à côté de ça, elle est passionnée de musique. Elle adore voyager, entrepire des relations fortes en dehors de son milieu professionnel. Elle aime transmettre, cuisiner, faire du sport, apprendre des choses. Lorsqu'elle vend son entreprise, quelque chose d'important disparaît, bien sûr. Mais tout le reste ne disparaît pas avec. En psychologie, Patricia Linville a développé dans les années 80 le concept de « selfi-complexité » , qu'on pourrait traduire imparfaitement par « complexité de soi » . L'idée est notamment que nous pouvons nous représenter nous-mêmes à travers plusieurs aspects distincts. Et ces recherches ont suggéré qu'une identité construite à travers plusieurs dimensions pouvait, dans certaines circonstances, limiter le fait qu'un événement négatif contamine toute notre perception. de nous-mêmes. Ça nous ramène à la différence entre une personne qui vend une société, qui vend son entreprise avec son image qui est imprégnée dans l'entreprise, et une autre qui a des activités extérieures et qui n'a pas tout misé sur son travail. Dit autrement, si toute votre maison intérieure repose sur un seul pilier et que celui-ci tombe, le toit risque de tomber avec. Si votre identité possède plusieurs appuis, la perte sera douloureuse, c'est certain, mais elle ne détruira pas forcément tout le bâtiment. Ça me fait penser à une phrase que nous devions peut-être nous poser régulièrement. Est-ce que j'ai construit une vie ou est-ce que j'ai construit un rôle ? Parce qu'il est possible d'être extrêmement performant dans un rôle et de ne plus savoir qui l'interprète. Vous savez, il existe des gens qui sont tellement identifiés à leur métier qu'ils continuent à se présenter avec leur ancienne fonction 10 ans après avoir arrêté. « Ouais, j'étais directeur du centre Leclerc, là. Oui, j'étais médecin dans tel hôpital. J'étais chef d'entreprise. » J'avais une entreprise. J'étais. Mais ce n'est pas un reproche. C'est simplement que cette fonction a représenté tellement de choses qu'il est difficile de reformuler sa propre histoire sans elle. Je pense à des personnes proches qui sont comédiens, qui sont artistes. Et quand je leur pose la question de savoir qui ils sont, ils me disent « Je suis acteur et j'ai joué dans tel film » . Ok. Là, je reviens à cette fameuse question. Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Et j'aimerais presque que nous apprenions à y répondre. Autrement, imaginez la scène. Et vous, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Moi, je lis énormément sur l'histoire romaine. Je m'intéresse aux Roméens. Je m'occupe de mes petits-enfants deux jours par semaine. Je fais pousser des tomates qui sont franchement dégueulasses. Mais bon, je vais y arriver un jour à avoir quelque chose de vraiment bon, de vraiment goûtu. Je marche beaucoup. Je marche beaucoup. Et puis depuis peu, j'apprends l'italien. On vous répond alors, « Non, non, je voulais dire comme travail. » Et vous répondez, « Ah, vous vouliez savoir comment je gagne ma vie ? » Ah, mais ça change tout. Parce que gagner sa vie et vivre sa vie ne sont pas exactement la même question. Et je crois que nous gagnerions énormément à refaire cette distinction. Votre travail peut être extraordinaire. passionnés par votre boulot. Ils peuvent représenter une grande partie de votre identité. Mais vous êtes probablement beaucoup plus vaste que votre fiche de poste. De la même façon, vous êtes plus vaste que votre patrimoine. Je l'espère que vous ne représentez pas votre patrimoine. Vous n'allez pas dire qui je suis, ce que je fais dans la vie. J'ai une maison, j'ai deux bateaux, une piscine. Ok. Alors qu'est-ce qui reste lorsque nous retirons toutes ces choses ? Vous êtes bien sûr aussi plus vaste que la réussite ou l'échec d'un projet, plus vaste que votre couple, plus vaste que votre parentalité. Alors, qu'est-ce qui reste lorsque nous retirons toutes ces choses ? Je ne vais pas vous donner la réponse aujourd'hui dans cet épisode. Je me méfierai de quelqu'un qui va me donner la réponse définitive en trois phrases. Et il y en a qui vont vous expliquer à un grand coup de proverbes, de phrases, de citations ce que vous êtes si vous retirez toutes ces choses. Moi, je n'ai pas la réponse. Mais j'y réfléchis. Voilà. Peut-être pour vous commencer à observer certaines choses qui résistent davantage. Qu'est-ce qui vous intéresse lorsqu'une personne ne veut pas être productif ? Vers quoi, votre curiosité, revient-elle naturellement ? Qu'est-ce qui vous met en colère parce que ça touche quelque chose de profondément important pour vous ? Et encore une fois, je ne parle pas de votre travail, de votre famille, de vos enfants, de... Vous voyez ce que je veux dire, hein ? Est-ce que vous êtes capable de faire pendant des heures sans chercher à impressionner qui que ce soit ? Comment traitez-vous quelqu'un ? qui ne peut rien vous apporter. Ou justement, quand vous lui posez la question de savoir ce qu'il fait dans la vie, qu'il vous répond sur le chômage. Qu'est-ce que vous faites ? Quelle est votre réaction ? Est-ce que vous vous défendez lorsque ça vous coûte quelque chose ? Qu'est-ce qui vous émerveille encore ? Peut-être que nous nous rapprochons là de quelque chose de plus stable, pas d'un vrai moi magique immuable, mais de valeur, de disposition, de curiosité, d'une manière particulière d'entrer en relation avec le monde. Et j'ai trouvé un test que j'ai envie de partager avec vous qui me semble assez intéressant. Posez-vous la question. Si personne ne pouvait jamais le savoir, qu'est-ce que je continuerais à faire ? C'est-à-dire faire quelque chose pour vous, que pour vous, sans que ça vous valorise ou ça vous donne une valeur par rapport aux autres. Deuxième question. Si personne ne pouvait voir votre voiture, est-ce que vous la garderiez ? Est-ce que vous la voudriez prendre la même ? Oui, c'est pour vous. Non, est-ce que c'est pour l'image ou c'est juste pour vous ? Si personne ne connaissait votre fonction dans votre travail, vous auriez toujours ce poste ? Si vous ne pouviez publier aucune photo de votre voyage, de votre vie, de ce que vous allez faire pour vos prochaines vacances, est-ce que vous prendriez la même destination ? Si aucun voisin, non même, tiens, allez, aucun ami, aucun proche ne pouvait voir votre maison ? Est-ce que vous auriez besoin de la même maison ? Si personne ne vous félicitait, vraiment, pas un « Waouh, super, génial ! » Est-ce qu'il y a des projets que vous poursuivriez malgré tout ? De toute façon, je ne dis pas que toutes les réponses sont influencées par le regard des autres, ou que c'est faux, que le regard des autres n'est pas important. Nous sommes des êtres sociaux. Le regard des autres compte, bien sûr. L'appartenance compte. La reconnaissance, bien sûr, compte. Le problème, après, peut-être que lorsque nous savons plus distinguer ce que nous désirons... de ce que nous a appris à désirer. Et c'est souvent au moment des grandes ruptures que cette confusion devient visible. Quand vous êtes licencié, quand vous partez à la retraite, lors d'une séparation, le départ des enfants qui partent en Corée, ou je ne sais où, une faillite, une maladie, une expatriation, la vente d'une entreprise. Tout à coup, la vie nous enlève un élément important et nous pouvons avoir l'impression qu'elle nous enlève une partie de nous-mêmes. Parfois, ça peut être un peu vrai, oui. Mais peut-être que ces moments nous obligent aussi à répondre de nouveau à une question que nous avions laissée de côté pendant 20 ans. Maintenant que je ne suis plus là, que je ne suis plus cela, mon métier, ma famille, etc., qu'est-ce que je suis encore ? Que je peux devenir maintenant, que je ne suis plus obligé de continuer à être celui que j'étais. Ça vous déperspective, non ? Parce que là, il y a une autre face à tout cela. Nos identités nous sécurisent, mais elles peuvent aussi nous enfermer. Je suis quelqu'un de raisonnable. Moi, je ne suis pas un entrepreneur. Je suis une mère de famille et je ne peux pas faire ça. La grande phrase que j'entends souvent, c'est « à mon âge, non, c'est fini, c'est terminé » . Moi, à mon âge, je suis comme ça, c'est tout. Ou alors, moi, je suis scientifique. Tout ce qui est artistique, c'est pas mon truc. Nous finissons, parfois, par utiliser la réponse à « qui suis-je ? » comme une frontière, alors que nous pourrions l'utiliser comme un point de départ. Et c'est pour ça que cette question est tellement puissante. Qui suis-je ? Mais pas pour trouver une étiquette supplémentaire, pas pour remplacer directeur commercial par explorateur des vivants et considérer que nous avons résolu le problème, mais pour accepter que la réponse puisse rester partiellement ouverte. C'est ça, le principe du changement. Nous sommes aussi importants que nous nous aimions. Nous sommes aussi ce que nous aimons, ce que nous apprenons, nos contradictions, les personnes avec lesquelles nous créons des liens, bien sûr, nos expériences, nos valeurs, nos erreurs, ce que nous sommes encore capables de changer. Peut-être qu'une vie plus libre commence lorsque nous pouvons perdre quelque chose d'important sans avoir immédiatement l'impression de nous perdre nous-mêmes. Alors je vais vous proposer quelque chose de très simple. Je vous ai proposé de répondre à certaines questions. N'hésitez pas à revenir dessus. la prochaine fois qu'une personne vous demande... Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Avant de lui donner automatiquement votre profession, amusez-vous interdurement. Et pourquoi pas même à lui dire d'ailleurs, à répondre réellement à la question. Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Pas seulement de 9h à 18h. Dans votre vie, peut-être que vous élevez 3 enfants. Ou que vous resterez une vieille moto. Ou que vous adorez regarder les étoiles. Que vous apprenez le piano à 52 ans. Que vous accompagnez votre mère qui est vieillissante. Que vous écrivez un livre que personne peut-être ne lira jamais. C'est possible. Parce que vous n'aurez pas proposé à un éditeur. C'est votre petit jardin secret. Que vous faites du bénévolat. Que vous êtes passionné par les civilisations disparues. Ou que vous avez une famille de Ausha. Et tout cela raconte peut-être beaucoup plus de vous que votre fonction sur une carte de visite. Je suis directeur d'école, je suis infirmier, je suis directeur commercial. Alors, qu'êtes-vous lorsque l'on enlève tout ce qui vous définit ? Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. Et c'était justement la bonne réponse. Je ne sais pas. Parce que si nous pouvions nous résumer définitivement en une phrase, ça voudrait probablement dire que nous ne pouvons plus beaucoup bouger. On n'a pas beaucoup d'espace derrière. Or, nous changeons. On perd des choses, on en construit d'autres. Nous quittons certains rôles et nous en découvrons de nouveaux. Peut-être que se reconnaître, donc pas parvenir à écrire la définition parfaite de soi-même. Peut-être que se reconnaître, c'est savoir distinguer ce que nous possédons, ce que nous faisons, les rôles que nous jouons, de ce qui continue à nous orienter lorsque le décor change. Et cette distinction devient essentielle lorsque nous voulons changer notre vie. Parce que parfois, ce que nous avons peur de perdre, ce n'est pas réellement notre identité, ce n'est pas nous. C'est seulement quelque chose auquel nous sommes tellement habitués que nous ne savons plus nous imaginer sans. Alors posez-vous simplement cette question. Ça fait beaucoup de questions dans cet épisode. Mais si demain mon métier, mon statut, ma maison et toutes les étiquettes avec lesquelles je me présente disparaissent, qu'est-ce que j'aurais encore envie de raconter de moi ? Posez-vous cette question. Enlevez votre métier. Vous n'avez plus de métier. Vous n'avez plus de statut de directeur, de responsable, de secrétaire. Vous n'avez plus ce statut-là. Vous n'avez plus de maison non plus. Allez hop, on enlève la maison. On enlève aussi le côté « je suis le père de » , « je suis la mère de » , « le grand-père » , « la fille » . On enlève tout ça. Toutes les étiquettes avec lesquelles vous vous présentez habituellement disparaissent. Alors, vous avez envie de raconter quoi sur votre vie ? Peut-être que la réponse, encore une fois, vous surprendra. Peut-être qu'elle vous donnera même quelques indices sur ce qui mérite aujourd'hui davantage de mettre en place dans votre vie. Parce qu'avant de chercher à changer de vie, il est parfois utile de savoir quelle partie de nous cherche réellement à changer. Ce qu'on appelle le mouvement. Et quelle partie cherche simplement à protéger la personne que nous avons construite depuis le début de notre vie. Et si cette question vous interpelle, vous connaissez le principe. Vous vous en rendez compte que vous savez parfaitement expliquer ce que vous faites, mais beaucoup moins qui vous êtes lorsque vous retirez de votre travail, de vos obligations, des attentes des autres. C'est aussi quelque chose que nous pouvons explorer ensemble, je vous le dis très régulièrement. Pas pour que je vous colle une nouvelle définition, c'est pas ça. Au contraire, on va explorer, explorer ce qui vous appartient et ce qui ne vous appartient pas, comme on dit. Pour comprendre ce qui appartient au rôle que vous avez construit et ce qui vous a peut-être envie de laisser émerger maintenant. Et lorsqu'on vous demandera la prochaine fois, qu'est-ce que vous faites, vous faites quoi dans votre vie ? Vous pourriez tout simplement arrêter de lui donner votre métier, mais peut-être que... Pensez aux autres choses, des passions qui sont plus personnelles. Ou alors pensez intérieurement, en souriant, je ne suis pas mon métier, je ne suis pas la mère d'eux, le père d'eux. Parce que vous saurez que la réponse est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus grande que ça. C'était un épisode un peu particulier. Sur la fin, je me suis enflammé. Merci d'avoir écouté cet épisode. N'hésitez pas à laisser des étoiles sur Apple Podcast, sur Spotify. J'espère que vous l'avez déjà fait. Si ce n'est pas fait, faites-le. Et puis on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode quand il sera...