- Speaker #0
Minute Papillon, c'est l'histoire !
- Speaker #1
Il était une fois une boutique de village. Il était écrit Gingembre et Girofle. C'était une toute petite boutique à la taille des poupées. Lucie et Jeannette Poupée achetaient toujours leurs provisions chez Gingembre et Girofle. Le comptoir y était à la bonne hauteur pour les lapins. Gingembre et Girofle vendaient des mouchoirs de poche rouge à poids pour 4 sous. Ils vendaient aussi du sucre, du tabac apprisé et des caoutchoucs. D'ailleurs, bien que ce fût une petite boutique, elles vendaient pratiquement de tout, excepté ce dont on peut avoir besoin de façon urgente, comme des lacets de chaussures, des épingles à chapeaux ou des côtes d'agneau. Les personnes qui tenaient la boutique étaient Gingembre et Girofle. Gingembre était un chat jaune et Girofle un fox terrier. Les lapins avaient toujours un peu peur de Girofle. La boutique était également fréquentée par les souris. Mais les souris, elles, avaient plutôt peur de Gingembre. Gingembre demandait généralement à Girofle de les servir, car il disait qu'elle lui mettait l'eau à la bouche.
- Speaker #0
« Je ne peux pas supporter de les voir aller jusqu'à la porte avec leurs petits paquets ! »
- Speaker #1
« Je prouve la même chose avec les rats ! » répliqua Girofle. « L'enjeu de ses clients, ce qu'on se fait, ils nous abandonneraient pour aller chez Tabitha Tchétchét ! »
- Speaker #0
« Non, au contraire, ils n'iraient nulle part ! »
- Speaker #1
remarqua Gingembre d'un air lugubre. Tabitha Tutut tenait la seule autre boutique du village. Elle ne faisait pas crédit. Gingembre et Girofle faisaient un crédit illimité. Or, voici en quoi consiste ce qu'on appelle crédit. Quand une cliente achète un pain de savon, au lieu de sortir un porte-monnaie pour payer, elle dit qu'elle payera une autre fois. Et Girofle fait un petit signe de tête et dit
- Speaker #0
« Avec plaisir, madame ! »
- Speaker #1
Et c'est inscrit dans un livre. Les clients reviennent encore et encore et achètèrent des tas de choses, malgré la peur que leur inspirent gingembre et girofle. Mais aucun argent ne rentre dans ce qu'on appelle la caisse. Chaque jour, les clients venaient en nombre et achetaient des quantités de choses, surtout les clients à caramel. Mais de l'argent, ils n'y en avaient jamais. Même pour un sou de pastilles de menthe, ils ne payaient pas. Cependant, les ventes étaient énormes, dix fois plus que chez Tabitha Chit-Chut. Comme il n'y avait jamais d'argent, Gingembre et Girofle étaient obligés de manger leurs propres marchandises. Girofle mangeait des biscuits et Gingembre du haddock séché. Ils mangeaient à la bougie, après la fermeture de la boutique. Quand vint le jour de l'an, il n'y avait toujours pas d'argent et Girofle n'avait pas les moyens d'acheter un permis de chien. « C'est très désagréable, j'ai peur de la police ! » dit Girofle.
- Speaker #0
« C'est de ta faute, parce que tu es un faxterier. Moi, je n'ai pas besoin de permis, ni cap, parce que c'est un collègue ! »
- Speaker #1
« C'est très ponible, j'ai peur d'être convoqué. J'ai essayé enfin d'obtenir un permis à crédit à la poste ! » dit Girofle. « La zone est pleine de policiers ! J'en ai rencontré un en revenant à la maison. »
- Speaker #0
« Envoyons à nouveau sa facture à Samuel le moustaché. » « Gingembre, il doit s'y franter trois sous de bacon. »
- Speaker #1
« Je crois qu'il n'a pas du tout l'intention de payer, » dit Girofle.
- Speaker #0
« Et c'est sûr que Lucie nous vole des choses. Où sont passés les biscuits craquants ? » « C'est toi-même qui les as mangés, »
- Speaker #1
répliqua Girofle. Gingembre et Girofle passèrent dans l'arrière-boutique. Ils firent leur compte.
- Speaker #0
Ils additionnèrent des chiffres, des chiffres et des chiffres. La facture de Samuel Moustachi maintenant est aussi longue que sa quête. Depuis octobre, il a pris 52 grammes de tabac apprisé.
- Speaker #1
Oui, et aussi 7 livres de beurre à 4 sous, un bâton de cire à cacheter et 4 allumettes.
- Speaker #0
Envoyons toutes les factures à tout le monde. Avec nos compliments, répliqua Gingembre. Peu après,
- Speaker #1
ils entendirent du bruit dans la boutique, comme si on avait poussé quelque chose par la porte. Ils sortirent de l'arrière-boutique. Il y avait une enveloppe posée sur le comptoir et un policier écrivant dans un calepin. Girofle faillit avoir une attaque. Il aboya, aboya encore et fit de petits bons.
- Speaker #0
« Marlez, Girofle, marlez ! »
- Speaker #1
fulmina Gingembre derrière un baril de sucre.
- Speaker #0
« Hein ? Ce n'est qu'une poupée allemande ! »
- Speaker #1
Le policier continua à écrire dans son calepin. Par deux fois, il mit son crayon dans la bouche. Et une fois, il le trempa dans la mélasse. Girofle aboya jusqu'à en être enroué. Mais le policier n'y prenait toujours pas garde. Il avait deux yeux en perles et son casque était cousu à gros points. Finalement, à son dernier petit bond, Girofle s'aperçut que la boutique était vide. Le policier avait disparu. Mais l'enveloppe était toujours là. « Crois-tu qu'ils sont allés chercher un autre policier en chair et en os ? J'ai peur que ce soit une convocation ! » dit Girofle.
- Speaker #0
« Non ! »
- Speaker #1
répliqua Gingembre qui avait ouvert l'enveloppe.
- Speaker #0
« Ce sont les impôts et les taxes ! Cinquante francs et quatre sous ! »
- Speaker #1
« Ça, c'est le comble ! » dit Girofle. « Dans ce cas,
- Speaker #0
nous allons fermer la boutique ! »
- Speaker #1
Ils mirent les volets et s'en allèrent. Mais ils restèrent dans les environs. D'ailleurs, certaines personnes auraient préféré qu'ils s'en aillent plus loin. Gingembre vit dans la garenne. Je ne connais pas son activité actuelle, mais il me semble gras et prospère. Girofle, pour sa part, est garde-chasse. La fermeture de la boutique causa beaucoup de désagréments. Tabitatutut augmenta... immédiatement tous ses prix d'un sou, mais toujours sans faire de crédit. Certes, il y a des marchés ambulants, le boucher, le poissonnier et Théodore Boulanger, mais on ne peut pas vivre éternellement de brioche, de quatre quarts et de petits pains au lait, même si le quatre quarts est aussi bon que celui de Théodore. Peu après, M. Jean Loire et sa fille se mirent à vendre des pastilles de menthe et des chandelles. Mais il n'avait pas de lot de six, et il fallait cinq souris pour transporter une chandelle de vingt centimètres. En outre, les chandelles qu'il vendait se comportaient bizarrement par temps chaud, et Mademoiselle Loire refusait de reprendre les bouts quand on revenait avec pour se plaindre. Et lorsque l'on se plaignait à Monsieur Loire, il restait au lit et ne disait rien d'autre que « très confortable » , ce qui n'est pas le bon moyen pour gérer un commerce de détails. Aussi, Tout le monde fut très content lorsque Jenny afficha un prospectus pour annoncer la réouverture de sa boutique.
- Speaker #0
Vente d'inauguration chez Jenny ! Des affaires sensationnelles ! Des rabais sur tas ! Venez acheter ! Venez essayer ! Venez acheter !
- Speaker #1
Le prospectus était vraiment alléchant. Le jour de l'ouverture, ce fut la ruée. La boutique était pleine de clients. Il y avait des foules de souris sur les boîtes de biscuits. Jenny s'énerve énormément lorsqu'elle essaye de compter sa monnaie. Et elle insiste pour être payée en liquide. Mais elle n'est pas méchante. Et elle propose un grand choix de bonnes affaires. Chacun trouve toujours quelque chose pour repartir satisfait.