- Speaker #0
Tu es à l'hôtel au moment du 11 septembre, à l'hôtel, tu vois la deuxième tour être frappée en direct.
- Speaker #1
Un officier américain qui annonce une tour du World Trade Center est frappé. On va à l'hôtel, on allume la télé, on voit la deuxième tour. On rentre dans un nouveau monde.
- Speaker #0
Bienvenue dans Mode Avion. Ici, on coupe le bruit, on prend de la hauteur, on va derrière les avions et on décrypte. l'aéronautique avec celles et ceux qui la façonnent. On s'intéresse aux trajectoires, aux décisions et au moment où tout peut basculer. Aujourd'hui, nous recevons Bruno Clermont, ancien pilote de chasse, général, homme de stratégie, ancien de Dassault, voix connue du grand public et aujourd'hui engagé auprès d'Aura Aéro. Avec lui, on va parler d'armée de l'air, d'avions Jaguar, d'Afrique, d'OTAN, de stratégie. de transmission et d'une vie menée à très haute vitesse. Bonjour Bruno.
- Speaker #1
Bonjour Vincent.
- Speaker #0
On active le mode avion ?
- Speaker #1
On active.
- Speaker #0
Bruno, tu es général 4 étoiles. Dans l'armée de l'air, tu as eu 1000 vies en une. Nous allons évidemment décrypter cela au cours de ce podcast. Tu es un homme de communication, mais je sais que tu es pudique quand il s'agit de parler de toi. Alors, je vais te mettre à l'aise dès le départ. On va s'installer confortablement comme nous le sommes, comme si nous étions aux messes des officiers, après une mission qui s'est déroulée avec tout le succès que l'on pouvait en attendre, et partager un moment convivial avec tous nos auditeurs du jour. Bruno, tu es le premier général influenceur LinkedIn, et sur les sujets de défense, tu as un nombre de postes assez incalculable. Je vais te mettre à l'aise. Quand les gens nous parlent de Bruno Clermont, ils parlent de toi comme quelqu'un de très ouvert, très pédagogue. Et j'ai cru aussi comprendre que parfois, ils t'arrêtaient dans la rue pour te demander des autographes ou prendre des photos avec toi. Comment est-ce que tu gères cette notoriété ?
- Speaker #1
Alors, je te rassure Vincent, c'est vraiment pas très fréquent. C'est même assez exceptionnel. C'est vrai qu'en fait, je suis rentré dans LinkedIn par accident. En 2019, lorsque j'étais chez Dassault, avant le salon du projet 2019, il y a une journée qui est réservée aux exposants. Le public n'a pas le droit d'être présent. Et donc ce jour-là, je suis rentré dans le stand de Dassault et il y avait sur le stand de Dassault à l'intérieur une représentation en trois dimensions du fameux NGF, le futur avion du SCAF de Dassault Aviation, dont on sait qu'il a eu des problèmes. Donc je me suis dit, ces images exceptionnelles, je vais les faire partager à mon public avant même qu'ils n'arrivent au salon. J'ai pris une vidéo, j'ai posté la vidéo. Et c'est parti, effectivement, cet objectif de pédagogie et d'expliquer les enjeux de défense aux Français a été un moteur pendant les années qui ont suivi.
- Speaker #0
Alors, ton style, c'est clairement de nous aider à comprendre un peu mieux les enjeux stratégiques, géopolitiques, et de faire en sorte qu'on comprenne mieux les décisions qui sont prises par les chefs d'État. On va comprendre au cours de cette discussion comment tu en es arrivé là. Tu ne viens pas d'une famille directement liée au monde de l'aéronautique, et pourtant... il y a une image fondatrice, celle d'un oncle pilote disparu trop tôt, que tu n'as connu finalement qu'au travers de quelques photos de famille.
- Speaker #1
Exactement, c'est une photo qui a habité mon enfance. Je vois cet oncle pilote avec son casque dans son avion, coque plutôt ouverte, qui fait le fameux pouce avant de décoller. Et cette image a habité mon enfance et je pense qu'elle aura influencé plus tard le choix que je ferai lorsque je déciderai de rejoindre l'armée de l'air.
- Speaker #0
Très bien. Et donc, ça veut dire que cette image quelque part d'épinal, mais d'un oncle qui a déjà eu l'occasion et l'honneur d'aller voler avec ce pouce en l'air, c'est quelque chose de très positif. On te voit et on te sait, on te connaît très dynamique et très positif. C'est aussi un état d'esprit dans lequel tu as abordé ta carrière et tous tes challenges ?
- Speaker #1
Moi, je suis un peu un accident dans l'armée de l'air parce qu'en réalité, je suis plus militaire que pilote. C'est assez rare. En général, les gens rejoignent l'école de l'air et après, ils découvrent que c'est une école militaire. Donc moi, je savais que l'école de l'air était une école militaire et ma vocation première, c'était de devenir officier, de servir l'armée française.
- Speaker #0
Alors, tu grandis dans une famille qui a quand même une vraie fibre militaire. Ton papa était policier.
- Speaker #1
C'est vrai que mon papa est devenu policier, mais avant d'être policier, il voulait, dans sa jeunesse, rejoindre les unités de Goumier. Les Goumiers sont des unités de mer à risque et combat à d'autres chameaux en Afrique, dans les unités indigènes. Et malheureusement, en 1956, on va dissoudre les unités de Goumier et ça... Sa vocation va disparaître et il rejoindra la police, oui. J'ai une fibre militaire dans la famille, malgré tout.
- Speaker #0
En préparant ce podcast, j'ai pu comprendre que tu avais une vraie histoire avec l'Afrique aussi et que tu as évolué aussi dans le monde du scoutisme, qui a été d'ailleurs... un terrain assez commun avec plusieurs vocations militaires de personnes qui se sont engagées dans les armées françaises.
- Speaker #1
C'est vrai, Vincent, tu as raison. Il y a beaucoup de militaires, beaucoup d'officiers, de sous-officiers qui sont passés par le scoutisme, le scoutisme catholique, mais pas toujours, parce que le scoutisme, en fait, partage un très grand nombre de valeurs avec le monde militaire. La parole donnée, l'amour de la patrie, le respect de l'engagement, le goût de l'effort, le goût de l'effort physique, mais également le goût du contact avec la nature. Quand on est dans un avion, on est dans la nature, on est en plein ciel, tout seul dans son avion. Donc oui, le scoutisme catholique comme ça concerne a été déterminant dans ma vocation qui était d'être d'abord officier et ensuite pilote.
- Speaker #0
Et très tôt, tu te sens en fait quelque part appelé vers l'uniforme. C'est quelque chose qui a été structurant.
- Speaker #1
C'est difficile de parler de la vocation, c'est un appel. On peut recevoir un appel pour plein de métiers différents. Moi, j'ai reçu l'appel pour ce métier qui était d'être un officier et de servir mon pays. Il y avait plusieurs possibilités. Finalement, je vais choisir l'armée de l'air qui est finalement l'armée qui correspond le mieux à ma personnalité, je pense.
- Speaker #0
Donc, logiquement, tu te diriges vers le lycée militaire d'Aix-en-Provence. La première année, j'ai compris que ça avait été compliqué. Un peu trop de scoutisme et pas forcément de réussite au concours. N'en déplaise à ceux qui ne sont pas pugnaces. Toi, tu remets une couche en disant la seconde année, je vais réussir et tu cartonnes.
- Speaker #1
À l'époque, ça s'appelait le collège militaire, c'était à Aix-en-Provence. Je suis rentré en terminale, j'ai passé mon bac. Puis je suis rentré en prépa, maths sup, maths sp. Effectivement, le scoutisme a fait que la première année de maths sp, j'ai raté tous les concours, mais raté lamentablement. J'ai pas eu un seul concours, un seul écrit. Donc j'ai tellement eu peur la deuxième année que j'ai vraiment travaillé comme un bourricot et j'ai réussi tous les concours que je passais. Je pense que c'est là où on se rend compte que la motivation fait la différence.
- Speaker #0
Et donc tu hésites entre l'école de l'air, naval et Saint-Cyr ? à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je réussis les trois concours militaires et puis ma fibre était d'abord militaire. C'est vrai que j'avais un penchant fort pour l'armée de l'air dès le départ, mais la marine m'intéressait, l'armée de terre m'intéressait, et après je me suis vite rendu compte que je n'étais pas très bon en croce à pied, donc ce n'était pas bon pour l'armée de terre, que j'avais plutôt le mal de mer, donc finalement je me suis retourné vers mes amours initiales qui étaient l'armée de l'air, et je ne l'ai pas regretté.
- Speaker #0
Et tu me disais également qu'il y a un trait de caractère qui te qualifie, c'est un goût pour une certaine solitude, et peut-être l'armée de l'air qui correspondaient en termes de profil ou de carrière à ces traits de caractère ?
- Speaker #1
Alors, un goût pour un aspect un peu solitaire. Et c'est vrai que la particularité d'un pilote de chasse, c'est qu'on est seul dans son avion. On est dans une patrouille de 4, de 2, de 4, de 8, de peu plus d'appareils. On prépare sa mission en équipe, pas plusieurs, mais après, on se retrouve seul dans cet appareil. Et la solitude dans l'appareil, cette forme de solitude d'être seul dans son avion, en particulier en vol de nuit, on reviendra peut-être sur l'importance des vols de nuit pour moi. Ça a été un grand plaisir, à la fois la solitude dans l'avion et la vie en collectivité dans les escadrons. C'est cet équilibre entre les deux qui m'a toujours convenu.
- Speaker #0
Donc l'armée de l'air incarnait ce goût pour la liberté, les moments aussi de solitude, comme tu le disais, l'engagement, le prestige, ou simplement c'était une possibilité de commander autrement ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que j'ai bien aimé commander. Je n'ai pas beaucoup aimé obéir. J'étais très mauvais pour obéir, mais j'étais, je pense, assez efficace pour commander. Et c'est vrai qu'il y a vraiment deux aspects dans le métier d'officier. Il y a la technique, l'apprendre le métier qui va être le sien, pilote de chasse, commandant d'escadron. Et puis, il y a cet aspect de commandement où on doit tracer la voie, motiver des gens, remplir des objectifs en opération ou en préparation des opérations. Et ça, effectivement, c'est important et on le fait à plusieurs moments de sa vie et avec plusieurs niveaux de responsabilité.
- Speaker #0
Et tu me disais, tu te sens plus officier que pilote.
- Speaker #1
Alors, c'est paradoxal. En fait, je me sens les deux. J'ai pris un immense plaisir de faire ces heures de vol dans tous mes avions d'armes. C'est extraordinaire. On est payé pour faire un métier incroyable. Mais c'est vrai que pour moi, être officier, c'était le plus important. Si je n'avais pas réussi l'école de l'air, je serais à la Saint-Cyr ou je serais à l'école navale. Pour moi, ça aurait été également une réussite.
- Speaker #0
Et tu n'es pas entré dans l'école de l'air uniquement pour voler. Tu avais envie d'aller plus loin, commander et également, je pense, comprendre le système.
- Speaker #1
Dans mon parcours, il y a peut-être deux aspects principaux. Le fait d'être un peu solitaire ou, dans tout cas, d'apprécier la solitude, une certaine forme de solitude. Et puis le fait également d'essayer de voir les choses de très haut, de m'intéresser à la stratégie de manière générale. Et ça, effectivement, c'est une ligne de force. Et finalement, les postes que je vais exercer en état majeur vont permettre de remplir cet objectif et de trouver de la satisfaction dans ce domaine.
- Speaker #0
Il y a une autre phrase qui te résume bien, qui me permet de te citer. J'ai adoré commander. J'ai détesté être commandé, surtout par des cons.
- Speaker #1
C'est vrai. C'est vrai. Alors, je l'ai dit et je le pense toujours. Mais heureusement, il n'y en a pas tant que ça. Une des particularités dans le monde militaire, c'est qu'on ne choisit ni ses chefs ni ses subordonnés. Donc, il faut qu'il soit... Et en fait, ça fonctionne parce qu'on a tous le même goût pour la mission. Il y a un mot qui est important dans le monde militaire, c'est le mot la mission. C'est quoi la mission ? La mission, on te demande de remplir une mission, qui est d'aller frapper un objectif, d'aller faire une mission d'entraînement, un, deux, trois ou quatre avions. Et ta fierté, c'est de réussir cette mission, de remplir la mission quelle qu'elle soit. On m'avait parlé un jour, on me posait la question sur les morts français au Sahel. On a perdu à peu près 80 soldats au Sahel alors qu'en fait, on les a retirés. Et puis finalement, on se dit qu'ils n'ont servi à rien. Les groupes terroristes sont revenus. Non, ils ont servi à quelque chose. Ils ont rempli la mission. Ils sont morts en remplissant leur mission. Et ça, c'est fondamental. Et c'est vraiment la fierté des militaires de remplir la mission. La mission est au-dessus de tout.
- Speaker #0
Très bien. On voit bien qu'il y a un caractère trempé. Ce caractère trempé, il était déjà présent chez le jeune Bruno Clermont ?
- Speaker #1
Ah oui, je crois que c'était insupportable. Je pense. Oui, un caractère difficile à vivre. Un caractère, comme tout le monde. Un mauvais caractère.
- Speaker #0
Et tu te sentais attiré par l'institution, mais avec le sentiment que tu ne correspondais pas forcément à 100% du moule.
- Speaker #1
C'est un peu ça. Quand je suis arrivé à l'école de l'air, j'ai dit, c'est bien, mais ce n'est pas assez militaire pour moi. Sans doute que d'autres écoles militaires ont été plus militaires. Mais au bout du compte, quand j'aligne ces années avec mes personnalités, je pense que l'armée de l'air était le bon choix. Un choix qui m'a permis, en tout cas, de m'épanouir dans tout ce que j'ai fait, en particulier dans toute la partie. opérationnelles, les unités de combat, les différentes missions. En état major, c'est un petit peu différent. L'époque de l'huissement est beaucoup plus compliqué, mais dans les unités opérationnelles, je n'ai aucun regret et j'adore tout ce que j'ai fait.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on parle aussi de ta vie personnelle, parce que elle est indissociable de ton parcours. Tu te maries jeune, à 23 ans, avec ton premier amour. Vous avez 6 enfants et en 34 ans de carrière, vous déménagez 19 fois.
- Speaker #1
C'est vrai. 19 fois, dont 3 que j'ai encore imposées. Donc, on va mettre 16. 16 en 34 ans, c'est énorme. Effectivement, je me suis marié avec mon premier amour. Et mon premier amour est la chose la plus importante au monde, toujours 50 ans après. Et j'ai imposé à ma famille, à mes enfants très jeunes, de nombreux changements, de nombreux événements. Ils en sont ressortis tous plus forts, je pense. Mais on s'est rendu compte, au bout de quelques années, qu'il y a eu des blessures. Et ces blessures, aujourd'hui, on les aide à les réparer. Ce n'est pas simple. d'être enfant de militaire. Ce n'est pas simple de changer d'école tous les deux ans. On sait que le monde de l'enfance est un monde difficile, que les adolescents sont fragiles. Donc oui, c'est une épreuve que j'ai imposée à ma famille et je lui suis extrêmement reconnaissant de m'avoir suivi. Et mon épouse en particulier qui a arrêté ses études de médecine en cinquième année pour se marier et pour élever nos enfants. Elle a élevé nos enfants. Le plus beau métier du monde, c'est d'élever les enfants.
- Speaker #0
Tu dis d'elle d'ailleurs que c'est une sainte.
- Speaker #1
Ah, ma femme est une sainte. Absolument. J'espère qu'elle ne va pas écouter ce podcast.
- Speaker #0
Elle l'écoutera forcément. C'est une belle déclaration. Méritée. C'est vrai. Qu'est-ce qu'on voit ? Pas forcément des familles militaires que tu peux nous partager. On parle de ces déménagements, les enfants qui grandissent avec des amis qui finalement...
- Speaker #1
Moi, j'appartiens à la génération où les conjoints ne travaillaient pas. Les femmes ne travaillaient pas. C'était comme ça. Aujourd'hui, c'est bien plus compliqué parce que les conjoints, hommes, femmes, travaillent. Il y a de plus en plus de couples de militaires. qui ont des enfants, qu'il faut muter ensemble, le principe de la mutation continue. Donc c'est encore plus de courage que d'avoir son travail, que de s'épanouir dans son travail pour une femme, également d'élever leurs enfants. Et j'ai plein d'exemples de couples magnifiques dans l'armée de l'air que je connais, qui ont réussi professionnellement tous les deux et qui ont également une belle famille. C'est tout à fait admirable.
- Speaker #0
Et quand tu regardes en arrière, est-ce que tu as le sentiment d'avoir réussi à tout mener de front ? Ou bien il y a quand même une partie qui a été dévorée par cette omniprésence de la mission ?
- Speaker #1
Regarde, c'est pas possible. 50 ans, c'est passé comme un claquement de doigts.
- Speaker #0
Ça va vite ?
- Speaker #1
C'est ça qui est incroyable. Je veux dire, tous ceux qui nous écoutent.
- Speaker #0
Sauf quand on est passionné.
- Speaker #1
Quand on est passionné, mais même si ça passe à une vitesse incroyable, il faut vraiment prendre du plaisir au moment présent. Pas prendre du plaisir à ce qu'on a fait avant, pas prendre du plaisir à ce qu'on pourrait faire plus tard, mais à ce qu'on fait en ce moment. Aujourd'hui, j'ai un grand plaisir d'avoir cette discussion avec toi, Vincent.
- Speaker #0
Plaisir partagé. Merci de nous partager ces moments, ces bribes de vie qui nous appellent et qui nous apprennent aussi ce que l'on ne voit pas, l'envers du décor. On parle souvent de la discrétion et de la pudeur qu'il peut y avoir derrière la grande muette et son organisation. Donc, c'est pour nous une chance que tu viennes partager certaines anecdotes. Le problème,
- Speaker #1
c'est que je ne suis pas suffisamment grand muet, moi. C'est un peu mon problème. Je n'étais pas déjà grand muet quand j'étais actif et là, je suis de moins en moins grand muet. Donc, malgré tout, je fais attention à ce que je dis. C'est vrai que j'ai un esprit critique assez développé, mais la critique, ce n'est pas le dénigrement. Je n'ai jamais dénigré nos armées, jamais dénigré les capacités militaires. Mais parfois, je souligne quand même un certain nombre de difficultés que malheureusement, il est difficile de dénoncer quand tu es officier d'actif parce que tu es tenu à une fonction essentielle. Vraiment essentielle, c'est la loyauté. Tu dois loyer avec tes chefs. Et donc, la liberté de manœuvre est quand même très réduite. Donc moi, j'en profite, j'en use et j'en abuse un peu. Mais j'en abuse pour la bonne cause, je pense.
- Speaker #0
Justement, on va rentrer un peu dans les coulisses de la mission que tu as remplie tout au long de ta carrière. Après l'école de l'air, tu choisis d'aller voler sur le Jaguar. Tu peux nous partager la fameuse punchline au sujet du Jaguar que tu utilises ?
- Speaker #1
Alors, le Jaguar, c'est l'avion qui n'avait rien et qui faisait tout. Et ensuite, je vais passer sur Mirage 2000, c'est l'avion qui avait tout et qui faisait rien. Le Jaguar, c'est vraiment un avion épouvantable. Enfin, celui qu'il a inventé, il mériterait d'être mis en prison. Cet avion n'avait rien. Il n'avait pas de centrale à inertie, il n'avait pas de pilote automatique, il n'avait pas de détecteur de menaces, il n'avait pas de pilote automatique. Et avec cet avion, on était tout seul dans cet avion, on n'avait qu'une seule chose, c'était une radiosonde qui donnait l'altitude précise entre la position de l'avion et le sol. On faisait des missions de pénétration nucléaire tout le temps. Des missions de pénétration tout seul dans un avion qui n'avait rien. Et on y arrivait, parce qu'on mettait en œuvre une certaine méthode, parce que quand il faisait mauvais, on avait tendance à prendre quelques centaines de pieds d'altitude supplémentaire quand on ne voyait plus le sol. Mais cette mission nucléaire tactique, c'était comme ça qu'elle s'appelait. C'était une mission absolument incroyable. Il y avait cinq escadrons qui faisaient cette mission. C'était en pleine guerre froide. On a du mal à imaginer. Moi, j'ai commencé pendant la guerre froide. La guerre froide, c'était se préparer à la guerre contre le pacte de Varsovie. Les Soviétiques, on avait trois jours pour arrêter les Soviétiques quand ils lançaient l'offensive. Les trois jours, on utilisait la nucléaire tactique pour les freiner le temps que les renforts américains arrivent en Europe. C'était ça, la guerre qu'on préparait. Et cette guerre-là, on l'a totalement oubliée dans les années 90 et on redécouvre. un certain nombre de fondamentaux, de la grammaire, avec les tensions qui sont à nouveau revenues en Europe.
- Speaker #0
Très bien, donc ce Jaguar, avion rustique, avion d'attaque au sol, et aussi un avion d'Afrique.
- Speaker #1
Surtout un avion d'Afrique.
- Speaker #0
Qui a fait beaucoup, finalement, avec peu. Est-ce que finalement, il ne te ressemble pas un peu, cet avion ?
- Speaker #1
Il me ressemble un peu. À l'OMFI à Cazaux, quand on fait l'école de chasse à Cazaux, on va choisir son escadron. Donc en gros, on choisit, on passe, on a trois escadrons, donc ça dépend de son classement. Lorsqu'on arrive, l'officier est en charge de... de prononcer les mutations, vous donne trois escadrons. Moi, j'avais un escadron de Mirage 3C à Creil, là. Mirage 3C, c'était un avion vraiment ancien. J'avais un escadron de Mirage 1 à Reims et j'avais un escadron de Jaguar à Saint-Dizier. J'ai pris le Jaguar à Saint-Dizier, c'était vraiment le pire des trois. J'ai pris parce que je voulais aller en Afrique. Le Jaguar, c'était l'avion qui faisait la guerre africaine. Il s'était illustré en Mauritanie à la fin des années 70. Et depuis les débuts des années 80, il s'est déployé au Tchad. qui se déployaient également en sans-trafique ou au Gabon pour des missions de présence, des missions de coopération. Et je voulais aller en Afrique. Pour aller en Afrique, je voulais aller sur Jaguar.
- Speaker #0
Tu restes six ans dans les unités Jaguar.
- Speaker #1
Je vais faire six années dans les unités Jaguar. Je vais faire pas mal de désattachements en Afrique.
- Speaker #0
Tu pars à Jamena ?
- Speaker #1
Jamena. L'opération Manta ? Oui, exactement. L'opération Manta, l'opération Épervier. Des capitaines ? Le Tchad. Effectivement, ma première belle mission, je suis pilote de combat opérationnel. J'ai le droit de... de faire la guerre tout seul dans mon avion. C'est mon premier désachement en Afrique. Je dois avoir 27 ans. Je suis capitaine. Et ma première mission, je la fais avec un Shiban du Jaguar. La nuit, on dormait dans des espèces de chambres sur des lits picots et des climatiseurs qui soufflaient du chaud. Je ne dors pas de la nuit. Et le lendemain, on fait une mission qui va durer trois heures avec ravitaillement en vol sur 635, ravitaillement en vol sur Transal, de la très basse altitude, du tir dans un champ de tir en pleine nature. J'étais content que je m'étais couché le soir. J'avais fait la mission que j'attendais depuis très longtemps.
- Speaker #0
C'était ton rêve, ce type de mission ?
- Speaker #1
Pour moi, l'Afrique, c'était un rêve. C'était aussi un peu la manière de renouer avec l'idéal de mon père qui voulait être dans ses compagnies de méharistes. Et puis l'Afrique, c'était l'aventure. L'aventure, c'est pas... Il y avait deux armées de l'air dans les années 80. L'armée de l'air de la ligne Bedevoj qui attendait les Soviétiques et l'armée de l'air de la projection, en particulier en Afrique, qui menait ces guerres africaines de stabilisation, qui étaient des guerres de basse intensité, mais qui... donner quand même un peu le piment et l'adrénaline des opérations.
- Speaker #0
C'est à ce moment-là qu'on se dit, ça y est, on est vraiment dans le métier.
- Speaker #1
Le vrai métier, c'est quand on passe chef de patrouille. Chef de patrouille, c'est la capacité d'emmener quatre avions au combat. Et ensuite, le poste le plus beau dans l'armée de l'air, c'est le poste de commande d'escadrille. Et là, je vais aller commander l'escadrille dans un escadron mythique de Jaguar qui s'appelle le 411 Jura Amerignac. C'est un escadron qui, à l'époque, était un des plus renommés. J'arrive, je commande l'escadrille. Là, j'étais tout jeune chef de patrouille avec des vieux chibanes. Ça a été un peu difficile, mais je pense que j'ai réussi à m'imposer sur cet escadron et ça a été sans doute une des plus grandes satisfactions professionnelles, ce passage.
- Speaker #0
Dans l'armée de l'air, tu parles de deux mondes, les MUD, les avions verts dans la boue, et basse altitude, comme tu viens de le dire, et les air défense. Les avions bleus, la défense aérienne.
- Speaker #1
Les MUD et l'air défense, alors les MUD, c'est les besogneux. Ils ont des cartes, ils ont des crayons gras, ils tracent. La 500 000, la 50 000, il faut trois heures de préparation, ils vont décoller, ils ne voient jamais le soleil. Et puis les bleus, c'est les avions bleus, c'était les chasseurs, les Mirage F1, puis les Mirage 2000. La mission est assez facile à préparer. On fait du 2 contre 2, du 4 contre 4, tout se passe en l'air. C'est vraiment l'instinct du chasseur, alors que la meute, c'est plutôt l'instinct du bombardier. Ce sont vraiment des chasseurs-bombardiers, deux métiers différents.
- Speaker #0
Mais tu as fait les deux ?
- Speaker #1
Moi, j'ai même fait les trois. J'ai fait tous les métiers de l'armée de l'air sur trois avions différents. J'ai fait cinq escadrons, trois avions différents.
- Speaker #0
et la dissuasion nucléaire ?
- Speaker #1
Du nucléaire tactique et du conventionnel sur Jaguar dans deux escadrons différents. Je vais faire la transformation des Mirage 3E sur Mirage 2000N à Luxeuil. Mirage 2000N qui va emporter le fameux ASMP, ce missile de croisière qui est toujours en service sur Rafale aujourd'hui. Et puis, je vais commander un escadron à Isre. Et puis, ils vont décider, l'état-major, l'armée de l'air ne d'arrête pas de changer. En permanence, ça change. Et donc, ils suppriment le niveau escadron, On me donne un lot de compensation qui est un deuxième escadron. C'est un escadron de Mirage 2000 qui est à Orange, le 2-5 île de France. Je rentre du Canada. Je n'avais plus fait de monoplace pendant des années. Je n'avais jamais fait de défense aérienne. Je me trouve quand dans l'escadron directement. Et tout mon escadron était en Italie, en opération de l'OTAN. Donc, le jour de la prise de commandement, ils ont mis un A2-62, un avion de l'armée d'air. Ils l'ont amené sur le parking d'Orange. Ils les ont mis en face de moi. Ils ont dit, tiens, c'est lui notre chef. Ils sont repartis. Et moi, je suis allé me former dans l'escadron d'à côté pour apprendre la mission des Mirages 2000 bleus.
- Speaker #0
Donc ça fait partie des étapes qui te donnent une vision plus complète finalement de... L'armée de l'air et de toute son organisation ? Oui,
- Speaker #1
nucléaire tactique, nucléaire stratégique, défense aérienne, conventionnelle, reconnaissance, Afrique, centre-Europe. En fait, j'ai fait toutes les missions. Je pense que je l'ai dit quand j'ai fait mon dernier vol sur Rafale. J'ai fait, sur ces trois avions, dans toutes ces unités, j'ai fait moins bien ce que le Rafale fait en quasi simultané par rapport à ses avions. Mais c'est vrai, j'ai fait le balayage complet des missions de l'armée de l'air.
- Speaker #0
Et est-ce que la mission nucléaire change le rapport à l'avion et à l'ordre et la responsabilité ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Je pense qu'on n'est pas conscients. On est raisonnablement conscients de ce qu'on fait. Quand on a 22 ans, qu'on a un Jaguar, qu'on emmène une bonde de 22 kilotonnes, la bonde d'Hiroshima, pour un aller simple en Allemagne de l'Est, parce qu'il faut arrêter les soviétiques, et qu'on sait qu'on ne fera pas le retour, on y va parce que tout le monde y va, parce que c'est la mission d'y aller. Et ensuite, pareil, quand on fait la mission stratégique, on ne se pose jamais la question de savoir si on va revenir ou si on ne va pas revenir. En général, ces missions sont toutes des années simples et pourtant, on s'y prépare. Donc, ce n'est pas une forme de conditionnement de l'esprit. C'est simplement le fait qu'on a choisi de s'entraîner à ces missions. On a choisi de les réaliser le jour où il faudra réellement les effectuer. On s'y prépare et on est prêt.
- Speaker #0
Tu en as parlé tout à l'heure quand tu es arrivé à Luxeuil sur Mirage 2000 dans l'escadron Lafayette. Tu dis y être allé sans avoir du tout l'envie d'y aller. C'est en Haute-Saône. Seul département sans autoroute.
- Speaker #1
Sans golf.
- Speaker #0
Il y a le Gers aussi. Sans autoroute et sans golf.
- Speaker #1
C'est important pour le golfeur.
- Speaker #0
Et sans le golf.
- Speaker #1
Oui, exactement. Le seul département qui n'a ni autoroute ni golf. J'y suis allé vraiment en pleurant. On dit de cette base de luxe qui est assez étrange. On y va en pleurant et on repart en pleurant. J'y suis vraiment allé en pleurant et j'en suis vraiment reparti en pleurant.
- Speaker #0
Ça fait penser à un film,
- Speaker #1
ça. Oui. Parce qu'on s'attache à la région, parce que mes enfants étaient jeunes, c'était des belles années familiales, parce que finalement, je n'avais pas beaucoup de missions à l'extérieur, j'étais tous les soirs à la maison. La mission nucléaire, c'est quand même une mission ingrate. On fasse beaucoup d'alertes, on fait beaucoup de vols un peu pas très compliqués à réaliser. Et à cette époque-là, d'ailleurs, c'était l'époque de la guerre du Golfe où j'ai vu tous mes camarades de Jaguar de mes escadrons. partir faire la gare du Golfe pendant que moi, j'accrochais des SMP, des missiles nucléaires sous Mirage 2000 dans des hangarettes. Non, c'est une mission très importante. C'est une mission qui demande beaucoup d'abnégation. Et moi, je rends hommage à tous ceux qui continuent à réaliser cette mission aujourd'hui.
- Speaker #0
Et tu commandes ensuite la base d'Istra, puis tu passes sur Mirage 2000 C à Orange, comme tu l'as indiqué, avec des pilotes engagés dans les Balkans. Et tu pars en détachement en Italie, dans le cadre de l'OTAN.
- Speaker #1
Vous savez que mon parcours va être marqué par l'OTAN. Un hasard des choses. Je vais faire l'école de guerre au Canada, qui est un pays très intégré dans l'OTAN.
- Speaker #0
Tu es le premier, d'ailleurs, français à avoir intégré. Alors,
- Speaker #1
il y avait déjà des... Moi, c'est un peu particulier parce que je vais faire l'école de guerre au Canada. En fait, je vais faire l'enseignement en métier supérieur sciences humaines au Canada, à l'école de guerre. En fait, c'est l'école de guerre des Canadiens. Au retour, je passe le concours de l'école de guerre. Je réussis le concours et on me dit, mais écoutez, mon collègue, vous avez déjà fait l'école de guerre. C'était au Canada. Donc c'est assez particulier, mais l'école de guerre au Canada m'a permis d'avoir une capacité à comprendre le monde anglo-saxon. Et très rapidement, j'étais marqué dans le label de l'OTAN et je me trouvais dans les postes d'état-major dans l'OTAN. Mais c'est vrai, pour revenir aux opérations en Italie, c'est une opération qui s'appelait Crestrel côté français, qui était l'opération Deny Flight côté OTAN. C'était la première opération de l'histoire de l'OTAN. Pendant la guerre froide, il n'y a jamais eu d'opération de l'OTAN. Et puis là, il y a une opération de l'OTAN qui va être la protection, une no-fly zone, une zone de surveillance aérienne pour protéger les forces des Nations Unies qui sont déployées en Bosnie-Herzébien avec la première opération de l'OTAN. Et paradoxalement, je vais faire cette première et je ferai également la première opération de l'OTAN au sol, puisqu'en 1995, c'est l'OTAN qui va se déployer au sol pour remplacer la force des Nations Unies. L'opération s'appelle l'IFOR. Et je me retrouvais en état-major à Sarajevo. Donc j'ai fait, oui, les deux premières opérations de l'OTAN, en vol et au sol.
- Speaker #0
Et donc, Donc, ton passage au Canada va aussi valider ta connaissance finalement du monde anglo-saxon et orienter la suite de ta carrière dans des fonctions stratégiques.
- Speaker #1
Dans des fonctions stratégiques. L'OTAN est un peu un mystère pour les Français. On est dans l'organisation politique, mais on n'est plus dans la relation militaire. Le président Chirac va décider en 1995 d'une première tentative de réintégration dans la société militaire. Les états-majors militaires intérêts, ça va échouer. Mais à l'issue de cet échec, malgré tout, des décisions sont prises. Donc on va commencer à mettre un petit pied dans l'OTAN et je vais me retrouver dans les états-majors de l'OTAN à ce moment-là.
- Speaker #0
Tu as parlé donc du Canada. Qu'est-ce que le Canada change dans ta perception et dans ta manière de voir la défense ?
- Speaker #1
Il me permet de voir l'Europe depuis les États-Unis, depuis un autre continent. Le Canada, c'est le carrefour entre le monde britannique, et ils sont très admiratifs du monde britannique, surtout les anglophones. Les Québécois sont très admiratifs du monde francophone, donc des liens étroits avec les armées françaises. Et puis tout ça est dans le continent américain, donc ils sont très admiratifs. de la puissance militaire américaine. Donc, c'est un peu un espèce d'endroit où on se trouve au carrefour de ces cultures et on apprend à regarder l'Europe d'un peu plus loin que la tour Eiffel.
- Speaker #0
Et puis, tu pars avec toute ta famille, le plus jeune à six mois, le plus âgé à dix ans. Vous vous retrouvez finalement dans un contexte où tu arrives à aligner ta mission militaire, mais également du temps privilégié avec ta famille à ce moment-là.
- Speaker #1
Alors c'est vrai, oui, on est partis tous les huit avec le petit dernier qui avait six mois. Je pense qu'il a passé un an à dormir et après, il s'en est bien mis, je pense. Oui, c'est une aventure extraordinaire, partir en famille expatriée, même pendant un an dans un pays aussi attachant que le Canada. Le Canada est un pays très attachant. Vraiment, c'est un pays très attachant, un pays qui est fier de ses racines, qui est un pays qui est moderne, qui est un pays qui est immense, un pays qui est magnifique. Et quand on se trouve Français dans ces pays-là, on est ambassadeur de la France dans ces pays-là. Et je peux vous assurer que la France a une sacrée image dans la plupart des pays du monde.
- Speaker #0
Tu travailles au comité militaire au sein de l'état-major militaire international dans une période de transformation de l'Alliance. On est dans les années 2000 à ce moment-là ?
- Speaker #1
On est entre 1999 et 2002. C'est un peu compliqué mon parcours. Donc il y a beaucoup de sigles, beaucoup de choses un peu barbares. Mais je reviens à la première tentative de l'intégration de l'OTAN de Chirac en 1995. On va décider de retourner au comité militaire qui est une structure qui va... C'est une structure collégiale qui réunit tous les chefs d'État-major des 19 pays membres de l'OTAN à ce moment-là. Et pour fonctionner, il a besoin d'un État-major qui s'appelle l'État-major Militaire International, qui est totalement international. Donc je vais être inséré dans cet État-major et je vais me trouver en charge d'un dossier stratégique, puisque ça va être la transformation stratégique de l'Alliance Atlantique.
- Speaker #0
Tu as déclaré à cette période qu'à l'OTAN, on t'a permis de penser haut et loin.
- Speaker #1
C'est vrai, à l'OTAN, quand on pense la défense à la taille de 19 pays avec le partenariat américain, quels que soient les avantages ou les inconvénients, on pense différemment, oui. On pense de manière plus globale, de manière plus stratégique et probablement plus intense. Et on regarde la défense de la France comme un des éléments de cette défense globale. On en voit les forces et les faiblesses. Et en tout cas, oui, c'est extrêmement formateur. Ce passage est extrêmement formateur pour moi, oui.
- Speaker #0
Et selon toi, un bon pilote peut devenir un bon stratège ou est-ce que c'est un tout autre métier ?
- Speaker #1
C'est difficile. On demande d'abord vraiment dans le métier d'officier de carrière. Pour moi, c'est des officiers qui vont faire 30 ans ou 35 ans dans les forces. C'est vraiment deux mondes. Il y a le monde dans lequel on est pilote. On est pilote aussi bien qu'un officier sous contrat qui lui va faire ça pendant 20 ans. On doit être un excellent pilote, un excellent commandant d'escadron. Ensuite, on va basculer dans les postes d'état-major. Là, on devra préparer l'avenir. Faire en sorte que la défense de la France soit toujours adaptée aux enjeux de demain. Donc c'est un métier dans lequel il y a des gens qui sont à l'aise dans la mise en œuvre et des gens qui sont plutôt à l'aise dans la réflexion stratégique. Je pense que c'est plus honorable d'être à l'aise dans la mise en œuvre que dans la réflexion stratégique. Mais mon penchant, c'est plutôt la réflexion stratégique.
- Speaker #0
Tu m'as dit également qu'apparemment, dans l'armée, tu t'es souvent retrouvé dans des trucs bizarres, dans des missions, quelque part, assez atypiques.
- Speaker #1
Oui, je pense que j'ai passé peut-être une quinzaine d'années en état-major et j'en ai passé réellement une seule dans l'armée de l'air. J'étais dans des choses un peu étranges, interarmées, internationaux, interministérielles.
- Speaker #0
Et pourquoi on te confiait ces missions atypiques ?
- Speaker #1
c'est difficile à dire. Je pense que rapidement... Il faudrait poser la question à la direction du personnel, dont on sait que ses voies sont totalement impénétrables. Mais non, ça correspondait aussi un peu à mon penchant, qui est d'explorer des nouveaux domaines plutôt vers le haut, plutôt que dans la mise en œuvre.
- Speaker #0
Tu étais un peu un trublion utile du système et on t'a confié finalement d'aller cadrer, structurer des... Des champs inexplorés, peut-être, dans l'organisation ? En tout cas,
- Speaker #1
j'ai fait de très belles rencontres intellectuelles dans ces postes que j'ai exercées, qui vous obligent à remettre en cause, qui vous obligent à penser de manière globale les enjeux de défense. Et c'est une chance. Et ça correspondait vraiment, finalement, à mon penchant. Et tout ça est né, finalement, par cette affaire de collège de défense au Canada, puis opération de l'OTAN. Vous savez, il y a deux concours importants dans la vie. Pour un pilote, il y a le concours de l'école d'air. Il faut le réussir. Il y a le fameux concours de circonstances. Le concours de circonstances, des fois, il vous est favorable, des fois, il vous est défavorable, mais je pense qu'il est important de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. En tout cas, j'avais ce petit label, je ne pense pas tout à fait comme les autres, qui parfois a été un handicap, mais souvent, a été un investissement pour l'avenir.
- Speaker #0
Dans cette troisième partie de notre podcast, j'aimerais qu'on aborde des aspects un peu plus difficiles dans les décisions, dans les gestions des situations, et puis, pas seulement des... Des difficultés spectaculaires aussi, des postes qu'on n'a pas forcément choisis, des moments où on se sent moins à sa place, les transitions, les crises et les décisions qui obligent à rester finalement fidèles à soi-même. Tu es à l'OTAN au moment du 11 septembre, tu es dans un avion à Budapest, l'avion se pose, un officier vient à ta rencontre et il y a un moment où l'ensemble de l'humanité suspend son souffle. À l'hôtel, tu vois la deuxième tour être frappée en direct. Théo Fonction, est-ce que tu peux nous partager ?
- Speaker #1
Je suis avec le fameux comité militaire, donc les 19 représentants des chefs d'état-major des 19 pays de l'OTAN. Chaque année, il y a un déplacement un peu touristique dans lequel on fait des réunions. On décide de la faire à Budapest. Lorsqu'on se pose à Budapest, Léon Roy venait de réintégrer l'OTAN en 1999. On doit être en 2001. Donc c'est deux ans après. Quand on se pose dans l'avion sur le terrain de Budapest, il y a un officier américain qui annonce une tour du World Trade Center et est frappé. On descend de l'avion, on monte dans les bus, on va à l'hôtel, on allume la télé, on voit la deuxième tour. Deux heures après, tout le monde est parti. L'avion a redécollé et on rentrait à Bruxelles. Et on rentrait dans un nouveau monde. Le 11 septembre 2001, c'est un nouveau monde. C'est un monde que les Américains... On baptisait la guerre globale contre le terrorisme. C'est ce qui va déclencher l'Irak, ce qui va déclencher l'Afghanistan, ce qui va déclencher des guerres dont on subit encore les conséquences aujourd'hui.
- Speaker #0
D'ailleurs, le lendemain, le 11 septembre, l'OTAN va invoquer l'article 5. Est-ce que tu peux nous expliquer à quoi cet article correspond ?
- Speaker #1
L'article 5, c'est l'article des trois mousquetaires. C'est un pour tous, tous pour un. Si un pays est attaqué, tous les pays vont venir à sa défense. C'était la règle. pendant la guerre froide. Il n'y avait pas 19 pays, on était moins nombreux. Mais les Soviétiques étaient en Allemagne de l'Est. Donc entre le moment où ils décidaient d'envahir l'Allemagne de l'Ouest et d'arriver en France, il se passait trois jours. Donc il y avait un seul plan unique qui était la défense globale de l'Europe contre une invasion du pacte de Varsovie. C'était l'article 5. C'est ce qui a fondé l'OTAN en 1949. Et tout ça a disparu avec la chute de l'Union soviétique. L'article 5 a disparu. Le 12 septembre, les pays européens disent aux Américains « Mais vous avez été attaqués, on va vous défendre » . Là, les Américains disent poliment « Vous êtes bien gentils, mais l'OTAN, ce n'est pas fait pour nous défendre, c'est fait pour vous défendre vous » . Donc l'article 5 va être déclaré par les 19 pays de l'OTAN. Et un avion radar de l'OTAN sera déployé aux États-Unis pendant quelques semaines à titre symbolique. Mais les Américains nous disent « L'article 5, ce n'est pas pour nous, c'est pour vous » . Et Bush déclenche la guerre globale contre le terrorisme. et l'OTAN va se retrouver dans différentes opérations, mais qui n'ont rien à voir avec l'article 5, je le précise, c'est une erreur qui est faite fréquemment, donc ceux qui me suivent sur LinkedIn, je rappelle régulièrement les conséquences du 11 septembre pour l'OTAN.
- Speaker #0
Tu as ensuite continué à évoluer dans des postes stratégiques, parfois très atypiques, on l'a dit, tu passes notamment par le secrétariat général de la Défense. et de la sécurité nationale, avec cette dimension interministérielle, au plus près des grands enjeux de défense. Et tu as également connu des moments moins simples. Il y a notamment cette affectation à la DSAE. Ce n'était pas apparemment le poste de tes rêves. Pourquoi cette période a été si difficile ?
- Speaker #1
La direction de la sécurité à l'État, c'était quelque chose de compliqué. En fait, moi, je suis arrivé après que pendant un an, une structure de préfiguration ait mis en place l'organisation, les missions, les décrets, les textes. Donc, le jour où j'arrive un an après, je me dis que la structure de préfiguration, ça va durer trois mois. On va passer à la structure normale. Les textes vont être votés. Là, je me rends compte qu'en réalité, ce n'est pas ça. Personne n'en veut en réalité de la DSA. Personne ne veut d'une espèce d'autorité qui va avoir un droit de regard sur la maintenance des avions, sur la formation des pilotes. sur la circulation aérienne. Et en fait, c'est un faux accord qui avait été mal négocié. Et donc, cette direction de la sécurité de l'État que je devais diriger pendant trois ans, en réalité, je vais la diriger pendant trois mois. C'est-à-dire qu'il faudra attendre avril 2012 et un accident d'un Canadair sur le lac de Serre-Ponçon pour que Manuel Valls, Premier ministre de l'époque, ministre de l'Intérieur, dise, ben oui, l'avion, on va le remettre en vol puisqu'il y a la navigabilité. Et tout d'un coup, tout le monde se dit, la navigation, c'est peut-être pas mal. Finalement, c'est un moyen objectif de s'assurer que les avions sont en état de vol. Donc, elle est créée et trois mois après, je quitte l'armée de l'air.
- Speaker #0
Donc, c'était quoi le manque de sens, l'organisation, l'équipe ou le sentiment de ne pas être à ta place, en fait, dans cette mission ?
- Speaker #1
Non, c'était une mission impossible. Normalement, un avidu normal aurait jeté l'éponge au bout d'un an. Moi, j'ai tenu deux ans et huit mois. Et donc, finalement, j'ai eu gain de cause. Mais j'ai fait beaucoup de choses dans l'armée de l'air. je referai tout ce que j'ai fait les décès, j'hésiterai un petit peu avant de recommencer quand même
- Speaker #0
Très bien, merci pour ce retour après l'armée ce n'est pas toujours facile de se reconvertir toi tu n'as pas eu ce problème tu as vite décidé de rejoindre l'industrie tu es approché par Dassault qui te propose un poste mais pas forcément disponible tout de suite en attendant tu rejoins la Ausha à Cognac où tu organises les 80 ans de l'armée de l'air sans budget
- Speaker #1
et tu as un vrai talent commercial parce que tu réussis à lever beaucoup de fonds finalement auprès d'industriels c'est aussi un épisode qui nous apporte un éclairage effectivement c'est le général Denis Mercier qui est chef d'état-major de l'époque j'ai terminé mon service actif il me propose une mission d'organisation de ce meeting de cognac et il me dit écoute, tu n'as pas d'argent, tu te débrouilles Donc, j'ai pratiqué le racket industriel. Ce n'est pas très compliqué. Vous prenez l'annuaire du GIFAS, le groupement professionnel de l'aéronautique. Donc, j'ai pris l'annuaire. J'ai fait signer une lettre au général Mercier qui disait, écoutez, vous êtes tous l'armée de l'air. On vous aime beaucoup. On vous aime, vous nous aimez. Vous avez le choix entre 50 000, 20 000 et 5 000. Bon, et donc, j'ai récupéré pas mal d'argent en l'espace de trois mois. Et ça a financé ce meeting. Ça a montré aussi, finalement, ce lien étroit entre... entre les forces et l'industrie, un lien qui est vraiment essentiel, un lien qu'il faut cultiver et un lien dont, en tout cas, pour moi, c'était une mission importante chez Dassault de cultiver les relations entre les forces et l'industrie.
- Speaker #0
Parce que tu vas quand même vivre une période incroyable chez Dassault pendant sept ans, où tu vas être conseiller du président de Dassault.
- Speaker #1
C'est vrai, il y a deux concours importants, le concours de l'école et le concours de circonstances. Le concours de circonstances, j'ai fait carton plein. J'ai fait carton plein en 2005. lorsque je fais un cours qui s'appelle l'Institut des Hautes Études de la Défense Nationale. C'est un mélange entre les colonels qui vont passer généraux et des civils issus à peu près des sociétés, de l'industrie, de la politique, du journalisme. On est brassés ensemble pendant un an. Et dans ma promotion, il y a quelqu'un à qui je n'ai jamais parlé en un an, qui est le directeur des Affaires publiques de Dassault, qui, dix ans après, me dit « c'est lui que je veux » . Bon, je ne sais pas ce que j'ai fait pendant cette année-là, mais je crois que je sais un peu ce que j'ai fait quand même. Donc, en tout cas, 10 ans après, il a dit c'est lui que je veux. Et en fait, je me suis rendu compte que j'avais l'esprit compatible avec Dassault Aviation, ce que je peux expliquer en quelques phrases assez facilement. Donc oui, c'est Dassault Aviation qui... Je rentre dans cette société incroyable que je regardais avec des yeux éblouis parce que c'est incroyable Dassault Aviation de l'extérieur. Mais de l'intérieur, c'est encore plus incroyable. Et je me retrouve effectivement président d'un PDG incroyable. Incroyable, il s'appelait Eric Trappier, mais vraiment incroyable. Et pendant cette année, ça a été formidable.
- Speaker #0
Alors, si tu peux nous la partager, elle consiste à quoi cette mission auprès d'Eric Trappier ?
- Speaker #1
La mission du conseiller militaire d'Eric Trappier, aviateur, c'est de faire en sorte que la stratégie des armées, de l'armée de l'air en particulier, et de la surveillance... convergent, en tout cas ne divergent jamais. Alors c'est compliqué parce que les militaires n'ont pas beaucoup d'argent et c'est souvent du temps court, l'industriel c'est souvent du temps long. Bon, pour faire converger les oeufs, il faut faire des efforts, il faut passer son temps à expliquer quels sont les enjeux de l'armée de l'air pour l'industriel, quels sont les enjeux de l'industrie pour l'armée de l'air. Et donc c'est un travail d'explication permanente. Et surtout, je me suis attaché à faire ce que je crois, je pense avoir réussi, à faire en sorte que les relations entre Dassault Aviation et l'armée de l'air soient bonnes. Je pense qu'elles étaient bonnes. Tout au début, je me suis dit, je vais l'interviewer sous les anciens patrons de l'armée de l'air pour savoir ce qu'ils pensaient d'Asso Aviation. J'en ai fait un ou deux, puis j'ai arrêté. Bon, je me suis dit, bon, il y a du boulot. Donc, on va se retrousser les manches et on va faire en sorte que tout ça fonctionne bien. Je pense qu'un des plus grands succès, ça va être le fait que la promotion qui sera baptisée en 2016 de l'école de l'air va prendre le nom de Marcel Dassault. Donc, cette promotion porte son nom et en tout cas, chez Dassault Aviation, on continue à suivre le fils de cette promotion. Et puis, j'ai lancé un truc qui marche vraiment bien. Je suis vraiment fier. Je pense qu'on fera un jour pareil avec EuroAéro. C'est les trophées d'assaut aviation. À l'occasion du salon du Bourget, on réunit l'armée de l'air, la marine et on remet des trophées à tous les équipages méritants. Alors, au début, c'était que le Rafale. Après, on a élargi au Mirage 2000, à l'Atlantique 2. Enfin, tout le monde était content. Et en fait, c'est un moment de communion dans lequel on se rend compte que l'industriel qui fournit les avions de combat à nos armées, à l'armée de l'air et à la marine, Et les forces ont vraiment un point commun. Ce point commun, c'est réussir la mission.
- Speaker #0
Et finalement, est-ce que l'industrie aéronautique, ce n'est pas finalement une autre manière de servir la défense ? Et ta vocation et ta mission ?
- Speaker #1
Absolument. Moi, j'ai toujours considéré qu'en servant d'assaut aviation, en tout cas en étant au service de l'assaut aviation, c'est également au service de l'armée de l'air et de la marine et des forces pour essayer d'avoir le meilleur matériel possible, enlever les blocages, me battre pour les budgets, essayer de convaincre. Oui, c'est la continuation de la mission, servir dans l'industrie de défense et continuer à servir son pays.
- Speaker #0
Et on comprend que tu as toujours été dans cette dynamique en étant utile, en t'engageant dans des missions. Tu vas quand même décider de quitter Dassault une fois que tu as le sentiment que la relève est prête, que tu peux passer le flambeau. Et puis, il va y avoir trois mois. Trois mois où tu vas retomber dans un rythme que tu n'as pas forcément expérimenté pendant ta vie. avec un rythme où tu es moins sollicité, où tu reviens à quelque chose d'un peu plus normal. Et là, ça ne se passe pas de façon très confortable et agréable.
- Speaker #1
C'est vrai que ça a dû être dur pour mon épouse. J'ai trois mois, je quitte Dassault le 1er décembre 2021. Pendant trois mois, rapidement, j'ai fait le tour du Golfe où j'ai du mal à me regresser. Et puis arrive un événement dont on parlera, qui est la guerre en Ukraine. Il va m'obliger à reprendre du service. Encore une forme différente, mais une forme que je penserais être également... au service de mon pays.
- Speaker #0
Oui, parce que ta capacité à expliquer, tu as une vraie pédagogie, Bruno, on le voit sur tes réseaux, sur tes prises de parole régulières, va t'amener, en fait, avec la guerre d'Ukraine qui éclate, à venir prendre un rôle auprès d'un média pour pouvoir décrypter, disséquer l'actualité et essayer d'expliquer au grand public les enjeux de ce nouveau conflit.
- Speaker #1
Concours de circonstances, Vincent, une fois plus. Je gagne au concours de circonstances. J'ai un de mes amis golfeurs à Villacoublé qui est ami avec un journaliste de CNews, lequel journaliste de CNews me contacte et demande si j'étais prêt à parler de la guerre en Ukraine. Trois heures après, après avoir regardé sur Wikipédia où était l'Ukraine, je faisais ma première visio pour commenter la guerre en Ukraine. Et c'est vrai, entre le 24 février, déclenchement de la guerre, et le 3 mars où je faisais ma première visio pour CNews, je m'étais dit mais cette guerre-là, j'aimerais bien la commenter. C'est incroyable, c'est une guerre incroyable. C'est la guerre, en fait, c'est quelque part la guerre à laquelle je m'étais préparé pendant 10 ans et qui, d'un coup, se déroulait sous une forme un peu différente sous nos yeux. Et je voyais ce qui était pour moi l'Union soviétique, je voyais les sucoïes, tout ce matériel que je voyais en noir et blanc, tout d'un coup, je voyais l'Union soviétique en quelque sorte reprendre une certaine guerre.
- Speaker #0
Et tu vois surtout aussi en direct, tu commentes en direct la mutation vers des nouvelles façons d'appréhender la guerre, de gérer. les plans stratégiques, tactiques. Tu fais partie intégrante, en fait, de cette mouvance et de cette évolution qui a changé la face des conflits.
- Speaker #1
Alors, il y a vraiment... Lorsqu'on commente un conflit comme ça, d'abord, l'important, ce n'est pas de s'adresser aux gens dont on sait qu'ils vont comprendre facilement. C'est de s'adresser aux gens qui n'ont pas les clés de compréhension. C'est vraiment simplifier les choses, être pédagogique. J'ai toujours dit, moi, je m'adressais aux ménagères. Je crois que c'est sur un plateau de télévision. À la fin d'une matinale, il y a une stagiaire qui vient me voir et qui me dit, mon général, ma grand-mère vous adore et comprend tout. Mais moi, je n'ai pas allé aux grands-mères. Je parle aux grands-mères. Je leur parle, je leur explique avec un vocabulaire qui est simple. Je les rassure parce que j'ai toujours rassuré sur cette guerre, sur les dangers de la Troisième Guerre mondiale, j'ai toujours rassuré. Je pense que j'ai eu raison quand on voit le recul. J'ai fait de la pagodéologie et j'aime bien faire de la pagodéologie. Si je peux faire un parallèle avec le monde militaire, en fait, j'ai passé mon temps à faire des fiches d'état-major que personne ne lisait. Là, tout d'un coup, je faisais que ce soit un post sur LinkedIn. ou une analyse sur CNews, ma fiche d'état-major était enfin lue et écoutée par beaucoup de gens.
- Speaker #0
Donc c'était une continuité, une forme de service et d'engagement en droite ligne avec tout ce que tu avais fait aux commandes. Oui,
- Speaker #1
la pédagogie pour la guerre, défendre les intérêts de l'armée française. Moi, je suis toujours resté loyal aux armées françaises pendant toute cette guerre. J'ai joué le jeu, j'ai expliqué, je n'ai pas fait d'idéologie. J'ai donné ma position très clairement sur la Russie lorsque j'étais auditionné au Sénat en décembre 2022. Et j'ai pris un grand plaisir à faire ça et je n'ai absolument aucun regret de l'avoir fait.
- Speaker #0
Donc cette pédagogie, elle est devenue une continuité naturelle finalement dans ta carrière, voire même une vocation tardive. Comment on vulgarise sans trahir la complexité militaire ?
- Speaker #1
Je pense que c'est une forme d'esprit. Il faut vraiment se mettre à la place à partir du principe que celui qui vous écoute ne connaît pas le vocabulaire que vous allez lui donner. Donc, revenir aux fondamentaux, toujours commencer des fiches d'état-major que j'avais prises, des télégrammes diplomatiques. Vous commencez par l'Ide-Lautan, vous commencez par faire le background, de quoi il s'agit, ensuite vous expliquez ce qui se passe et vous donnez des clés de compréhension pour la suite. C'est un peu cette séquence qui fait que je m'adressais à des gens dont je savais qu'il fallait que je simplifie le message. pour qu'ils le comprennent réellement.
- Speaker #0
Donc ça devient en fait ton nouveau terrain de mission, la communication. Tu commences avec un post sur LinkedIn, avec une vidéo, comme tu l'as dit tout à l'heure, qui fait un carton. Et aujourd'hui, tu es le premier général influenceur sur le réseau social LinkedIn.
- Speaker #1
C'est un réseau un peu particulier LinkedIn, c'est vraiment un réseau professionnel. Donc là, c'est le réseau pour moi le plus fréquentable. Je vais souvent sur X, parce qu'il y a beaucoup d'informations dont j'ai besoin, mais c'est épouvantable. C'est horrible, X, dans la vie, mais c'est affreux. C'est le pire de la nature humaine. L'avantage de LinkedIn, c'est que c'est sérieux. En plus, on a 3000 caractères. Moi, j'adore 3000 caractères. Après, au-delà de 3000 caractères, mon cerveau bloque. Je suis incapable d'aller au-delà. Mais en 3000 caractères, on peut dire vraiment beaucoup de choses. Donc oui, pédagogie sur les questions stratégiques. Je continue à être fidèle à mes engagements auprès de Dassault Aviation également. Donc régulièrement, j'analyse la stratégie de Dassault. Maintenant, je suis chez Aura Aéro. pour compter sur ma fidélité pour promouvoir Aura Héros et toutes ses qualités. Et puis, oui, j'ai créé cette petite communauté de conseils. C'est un peu ambitieux, c'est peut-être un peu excessif de la baptiser « Faire face » . « Faire face » , c'est la devise du capitaine Georges Guilmer, l'as des as. Et c'est aussi la devise de l'école de l'air. Donc, oui, c'est une belle devise, faire face. Faire face à l'adversité, faire face aux bonnes journées comme faire face aux mauvaises journées.
- Speaker #0
Très bien. Donc, on était dans les chiffres. Aujourd'hui, dans 85 000 abonnés, on peut peut-être faire un appel. On se donne un challenge. D'ici quelques mois, peut-être 100 000 abonnés grâce à la visualisation de ce podcast. Qui sait ?
- Speaker #1
Peut-être, peut-être. Je ne sais pas. Je ne sais pas combien de temps je vais continuer. C'est difficile à dire. Je pense continuer encore quelques temps. Mais c'est vrai, le fait d'avoir l'arrêt brutal de CNews m'oblige à voir un peu les choses différemment puisque je me servais beaucoup de... de LinkedIn pour faire le service avant-vente et après-vente des analyses que je faisais sur CNews. Donc là, c'est un peu différent.
- Speaker #0
Et puis parmi tes nombreux abonnés, il y a dans ton réseau étoffé de nombreux supporters de l'aventure Aura Hero. Et c'est un de tes abonnés qui va te mettre en relation avec la direction de l'entreprise.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et tu arrives chez Aura Aero et tu dis banco.
- Speaker #1
J'arrive chez Aura Aero, je crois que c'est le... J'ai regardé l'agenda, je suis venu ici, j'ai été contacté par Antoine Blain en premier. qu'on compte les circonstances par LinkedIn, c'est vrai. Je viens le 9 septembre 2022 ici et je rencontre l'équipe. Et là, je dis, mais ce n'est pas possible. Il y a un loup, il y a quelque chose. Ce n'est pas vrai, c'est trop beau pour être vrai. Et non, ce n'est pas trop beau pour être vrai. C'est incroyable. Et vraiment, comme disent les Canadiens, les Québécois, je suis tombé en amour avec Aura Aéro, avec l'équipe, avec les projets, avec... Avec l'état d'esprit, une espèce d'état d'esprit dans lequel on est extrêmement sérieux, mais on ne s'en prend pas toujours au sérieux quand il ne faut pas. Et avec un projet auquel je crois totalement. Je crois totalement à la dimension civile et militaire d'Eurorero. Je crois qu'il y a de la place pour l'aviation décarbonée. Je crois surtout qu'on a besoin d'un véritable industriel capable de rivaliser avec les Américains sur les drones que j'appelle de la taille d'un avion. Là, on n'est plus dans l'aéromodélisme. On est vraiment dans l'aviation et dans l'aviation, il y a vraiment de la place pour Aura Aero.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'a séduit ? C'est le projet industriel, l'audace, la souveraineté, les personnes ?
- Speaker #1
C'est vraiment tout. C'est ce cocktail de tout ça. C'est ce hangar que je visite la première fois, où on voit la menuiserie avec le carbone qui est inséré dans ce bois, avec la chaîne de montage, avec la fabrication du carbone, avec la volonté de relancer l'aviation. Je pense que les Français le savent. Je vais le dire quand même. Ce podcast, la France est la plus grande nation aéronautique au monde. On a pratiquement tout inventé. Donc, on en est fier. On a des grands industriels, on a des grandes sociétés magnifiques. Et Aura Aero, c'est un nouvel acteur qui arrive dans un créneau qui, effectivement, sera essentiel dans les années qui viennent. Et là, je rejoins tout à fait Jérémy Caussade. Il ne faut pas laisser le champ libre aux Chinois. Il faut se battre avant qu'il soit trop tard.
- Speaker #0
Écoute, depuis le début de cet échange, on comprend une chose, Bruno. Tu as passé ta vie à changer de cockpit et à monter à bord d'aventures hors du commun. Le cockpit du Jaguar, le cockpit... des Mirages 2000, les bureaux d'état-major, les salles de crise, l'OTAN, Dassault, les plateaux télé et puis finalement Aura Aero. Aura Aero en point d'orgue de cette magnifique carrière ?
- Speaker #1
Aura Aero, c'est mon bâton de vieillesse, j'ai aucun doute là-dessus. J'espère pouvoir amener Aura Hero tout ce que je peux amener aussi longtemps que je peux. Je suis extrêmement, tellement heureux que Stéphane Mille ait pris la direction militaire. Je pense que vraiment...
- Speaker #0
On retrouvera Stéphane Mille sur un podcast justement, en mode avion.
- Speaker #1
Vous ne pouvez pas trouver mieux que Stéphane Mille. Et si je peux être utile à cette magnifique société et l'accompagner le plus loin possible, je le ferai avec beaucoup d'envie.
- Speaker #0
Écoute, à chaque fois, on sent dans ton témoignage, et encore merci d'être intervenu dans Maudavion, il y a ce même moteur. Comprendre, décider, expliquer et transmettre. Est-ce que tu as finalement le sentiment d'avoir toujours fait le même métier, mais sous des formes différentes ?
- Speaker #1
C'est une bonne question, ça, Vincent. La réponse est oui. La réponse est oui et non. Le même métier, c'est-à-dire si j'avais mon pays, sous une manière différente, en uniforme, chez l'industriel, chez Aura, y compris sur un plateau de CNews, j'aime bien que les gens aient la vérité et qu'on ne leur raconte pas des histoires. Je continue à le faire sur Aura, mais tellement de métiers différents. C'est incroyable. En 50 ans, ça passe à une vitesse que vous n'imaginez même pas. Vous êtes super jeune, vous n'en avez pas compte. Ça passe super vite. Donc, il faut vraiment, vraiment profiter de chaque instant qui passe.
- Speaker #0
Écoute, on est averti. On profitera, on dégustera à chaque instant. Et merci pour cela. Bruno, dans chaque podcast, Mode Avion, on termine toujours à la façon de la checklist des pilotes. Et je vais te poser trois questions courtes. Et si tu veux bien nous donner des réponses à l'instinct. Quelle est ta plus belle rencontre professionnelle ?
- Speaker #1
Il y en a eu beaucoup, mais il y en a une qui m'a marqué. Commander une base aérienne, c'est vraiment la plénitude du commandement. Et il se trouve que je devais commander la base de cognac. Je n'ai rien contre la base de cognac. C'est très sympa, la cognac. Mais c'était quand même, à l'époque, c'était une petite base. On appelait ça des bazettes. Et puis, je reçois un coup de fil. C'est la direction des personnels qui m'avait mis. Je pense qu'ils ne me connaissaient pas vraiment, la direction des personnels. Bref, je reçois un coup de fil du chef d'état-major de l'armée de l'air de l'époque. Il s'appelle Jean-Pierre Job et que je salue à distance. Et que j'avais servi en état-major, en état-major un peu particulier, qui était à Creil, qui avait été mon premier professeur en état-major, qui se souvenait de moi. Il était devenu chef d'état-major de la Ménard. Il appelle, il me dit clairement, il vous avait mis à Istres, je ne suis pas d'accord. Il vous a mis à Cognac, je ne suis pas d'accord, je vous ai mis à Istres. Je lui dis merci, mon général. Il m'avait appelé un samedi soir et je me revois dans mon jardin un samedi soir à 18h avec le téléphone, le chef d'état-major de la Ménard qui me prenait la balise. Moi, commander la balise, c'était un immense bonheur. C'est la base où j'avais commencé sur Jaguar. Et puis, c'est une base magnifique. À l'époque, il y avait l'escadron de chasse, des armes nucléaires. un escarron d'hélico, 5 500 personnes. C'était vraiment la base. C'était la pléthore du commandement. C'était la base que je voulais commander.
- Speaker #0
Le conseil que tu aurais aimé recevoir à 25 ans ou que tu donnerais aujourd'hui à un ou une jeune de 25 ans ?
- Speaker #1
Je pense que le conseil, c'est un peu le même. C'est avoir confiance en soi. Crois en ton étoile. On a tous une étoile. Il faut la trouver dans le ciel. Il faut la suivre. Vous savez, la devise des pilotes de chasse, c'est l'étoile te guide. Les ailes te portent et la couronne de l'oreillette attend. Voilà, l'étoile de guide. C'est le symbole d'ailleurs de l'insigne des pilotes. On a tous une étoile. Relevez la tête vers le ciel. Trouvez l'étoile qui va vous guider et suivez l'étoile.
- Speaker #0
C'est très beau. Merci. Et dernière question sur ces trois questions courtes. Qu'est-ce que tu nous suggères de décrypter dans un prochain épisode en mode avion et avec qui ?
- Speaker #1
Il y a plein de gens que j'aimerais interviewer, en tout cas faire parler. Comme tu le fais, Vincent, le faire raconter qui ils sont plus que ce qu'ils ont fait, j'en ai beaucoup dans la liste. Mais il y en a un qui me vient naturellement parce que j'ai une grande admiration pour lui. C'est le général Antoine Creux, un général 5 étoiles, d'une promotion qui est juste derrière moi. Il a eu une belle carrière, il aurait pu commander l'armée de l'air, ça ne s'est pas fait comme ça. Je pense qu'il aurait vraiment mérité. Et actuellement, il a fait une belle carrière dans le civil. Et actuellement, il est le premier président aviateur de la société des médaillés de la Légion d'honneur. C'est 40 000 adhérents. Et j'aimerais bien entendre Antoine Creux nous raconter qui il est et comment il voit le monde.
- Speaker #0
L'invitation est envoyée à mon général Creux. Si vous avez la possibilité de venir sur notre plateau, nous en serions heureux. à l'invitation de Bruno Clermont. J'aimerais en fait te poser une toute dernière question, peut-être la plus importante. Dans 20 ans, qu'aimerais-tu que les gens retiennent de toi ?
- Speaker #1
Moi, je vais bien une petite épitaphe. Il a été fidèle à ses engagements de jeunesse. L'engagement, être fidèle à ses engagements de jeunesse. Ce n'est pas impossible. Il y en a qui arrivent et je pense que c'est un magnifique but dans la vie.
- Speaker #0
Merci Bruno, nous arrivons à l'issue de ce podcast.
- Speaker #1
Merci Vincent.
- Speaker #0
Merci à vous d'avoir activé le mode avion avec nous. Si cet épisode vous a plu, partagez-le. N'hésitez pas à nous faire part des sujets que vous aimeriez qu'on décrypte dans ce podcast en mode avion. A très vite, même heure, même piste, pour un nouvel épisode de Mode Avion. Salut !