- Speaker #0
« Pendant près de 35 ans, mon métier m'a donné un privilège, rencontrer les autres et écouter leurs histoires. Aujourd'hui, j'ai choisi la liberté, la liberté de prendre le temps des conversations. » Je m'appelle Isabelle Noguess. Mon goût des autres, c'est la rencontre avec des femmes et des hommes qui partagent un morceau de leur vie. Des récits simples, beaux, parfois rudes, toujours vrais. On croit parfois les connaître jusqu'à ce qu'ils nous surprennent. Mon goût des autres, c'est un podcast qui parle de nous, de vous et de ce qui nous relie. Parce que les plus belles histoires sont souvent juste à côté.
- Speaker #1
Mon goût des autres avec Isabelle Noguess. A retrouver sur Spotify, Deezer et Apple Podcast.
- Speaker #0
Bienvenue dans mon goût des autres. J'ai voulu ce podcast comme un espace de rencontres intimes et profondes. Mon passé de radio m'a permis de croiser énormément de personnes, d'écouter leurs histoires, de les interroger. mais finalement sans avoir toujours la liberté d'aller là où j'aurais vraiment aimé aller. Et cette liberté, je l'ai aujourd'hui, celle de prendre le temps, de sortir un petit peu des parcours tout tracés, des fonctions, des titres, pour essayer de découvrir la personne qui se cache derrière. Alors, pour cette première rencontre, il y avait quelque chose d'assez évident à retrouver quelqu'un que j'avais interviewé il y a plus de 25 ans. C'est Christophe Piot de Batte, maître artisan chocolatier. Nous sommes à Cambeau, l'un des lieux de cette belle maison qui compte aujourd'hui des boutiques à Bayonne, Biarritz, Cap-Breton et Paris. A l'époque, Christophe Pio de Batte était au tout début de son parcours. Il me l'a même rappelé récemment, c'était la première interview de sa vie. Je ne pouvais évidemment pas savoir que plus de 25 ans plus tard, je lui tendrais à nouveau un micro, cette fois-ci pour ouvrir mon podcast. Depuis, beaucoup de choses se sont passées pour lui. L'apprenti chocolatier est devenu maître artisan, il a créé son entreprise, développé plusieurs boutiques et multiplié les projets. Mais aujourd'hui, c'est justement celui qui se trouve derrière le chocolatier que j'ai envie de rencontrer. Bonjour Christophe.
- Speaker #2
Bonjour Isabelle.
- Speaker #0
Tu sais, quand j'ai commencé à imaginer ce podcast et à me demander qui j'avais envie de recevoir pour le premier épisode, ton nom s'est imposé à moi. Alors je ne saurais même pas vraiment te dire pourquoi, mais c'était toi. Alors, avant de parler du chocolatier, moi, j'aimerais savoir... qui tu es dans la vie de tous les jours. Pour commencer, imaginons simplement si tu m'ouvrais la porte, un petit peu comme tu as fait ce matin, comme à une amie. On s'assoit tous les deux. Je te demande simplement, raconte-moi qui tu es. Alors, par quoi tu commences ?
- Speaker #2
Je vais dire la simplicité. En fait, je suis quelqu'un d'assez simple. J'aime beaucoup mon travail, donc mon activité me prend beaucoup de temps. Mais j'aime ce que je fais. Je suis vraiment une personne très simple. Voilà, j'aime accueillir les gens, j'aime parler aux gens complètement naturellement, comme si c'était des amis en fait, une grande famille, puisque c'est ce que je vis depuis plus de 25 ans, comme tu l'as dit. J'ai vraiment eu un lien familial avec mes clients, donc c'est ce côté-là, oui, que je vais t'accueillir comme ça en fait.
- Speaker #0
Et quand la porte de la boutique est fermée, que tu rentres chez toi, que tu retrouves les tiens, est-ce que tu peux me décrire un petit peu ton caractère, tu me dirais quoi ?
- Speaker #2
Alors, je te dirais que je suis aussi assez calme, je veux dire assez neutre, on va dire, puisque je quitte mon travail. Et encore une fois, je ne l'oublie pas. Parce que quand on est à son compte, on sait très bien que ce n'est pas quelque chose qu'on peut oublier. Donc, on a toujours des petites histoires par rapport à cette activité. Mais voilà, je suis tout à fait naturel. J'aime bien rencontrer ma famille, discuter, passer un moment. J'aime bien aussi, naturellement, regarder les infos et beaucoup d'émissions d'histoire. J'adore ça.
- Speaker #0
Tes qualités, tes défauts, ce serait quoi ?
- Speaker #2
Mes qualités, je pense que je suis une personne honnête. Vraiment honnête. Quand j'aime quelqu'un, j'aime quelqu'un. Mon défaut, ce serait mon caractère. Je suis quelqu'un d'impulsif et très rancunier.
- Speaker #0
Pour comprendre un petit peu mieux qui tu es aujourd'hui, j'ai envie qu'on retourne là où tu es. où tout a commencé. Tu es né à Lourdes, tu as grandi dans les Hautes-Pyrénées, beaucoup auprès de tes grands-parents. Ton père travaille dans le bâtiment, ta mère dans la restauration. Quels sont tes souvenirs de cette époque ? Une enfance heureuse, tu m'as dit.
- Speaker #2
Complètement heureuse, oui. C'est vrai que même si je n'ai pas tellement vécu mon enfance avec mes parents, parce qu'ils travaillaient énormément, j'ai été élevé avec mes grands-parents paternels. Donc oui, une très belle... Très belle jeunesse, très belle enfance, une grand-mère très présente, un grand-père qui travaillait lui aussi. C'était une autre génération où la maman restait à la maison, la grand-mère restait à la maison, s'occupait des enfants. J'ai été choyé dans un bel espace, dans un bel écrin qui était les Hautes-Pyrénées, puisque je suis natif de là-bas comme tu l'as dit. Mais de très bons souvenirs au niveau famille, il n'y avait rien à dire là-dessus.
- Speaker #0
Quand tu repenses à l'enfant que tu étais, qu'est-ce que tu pourrais me dire ? Un enfant un petit peu turbulent ?
- Speaker #2
Alors j'ai été très turbulent, ça c'est vrai, j'avais du mal à me canaliser, que ce soit à l'école, à jouer, j'étais vraiment très turbulent. C'est mon esprit nerveux, puisque je suis quelqu'un de très très nerveux, donc j'étais un petit peu fougueux, j'aimais, je ne tenais pas en place, comme disait ma mère. Je rentrais de l'école, j'avais une petite voiture. Je m'asseyais dessus et je faisais dix fois le tour de la salle de restauration, comme un fou, sans m'arrêter, se demander ce qui allait se passer. J'ai eu quelques petits accidents de jeunesse, mobilettes, motos. Mais ça, je veux dire, c'est presque la normalité, on va dire.
- Speaker #0
Alors l'école, ce n'était pas ton univers, comme tu le dis. Tu me racontes que tu n'es pas un très bon élève, que tu as surtout envie de travailler, d'être dans la vie active et qu'un professeur va jusqu'à te dire que tu n'arriveras à rien. Elle fait quoi, cette phrase en toi, quand tu es jeune ?
- Speaker #2
À l'époque, pas grand-chose. Ça ne m'a pas fait grand mal. Ce qui me fait mal, c'est que je l'entends encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Elle t'a blessé, alors ?
- Speaker #2
Elle m'a blessé, mais elle me blesse encore dans le sens... À l'époque, peut-être que je ne le ressentais pas de la même façon, je ne le voyais pas. On vous dit des choses, quand on est enfant, on n'a pas ce ressenti.
- Speaker #0
Mais est-ce que ça ne t'a pas donné envie de prouver le contraire, finalement ? Ben si,
- Speaker #2
parce que je pense que oui, des fois on n'est pas fait pour l'école, oui, on est fait pour des grandes études. On le voit tous les jours aujourd'hui, des gens qui ont fait des grandes études qui veulent revenir dans un métier manuel. Mais c'était toujours ce côté négatif. On ne fait rien à l'école, donc on va faire un métier manuel.
- Speaker #0
Donc on ne va pas réussir.
- Speaker #2
Donc on ne va pas réussir. On ne peut pas réussir. De toute façon, le système à l'époque, c'était ça. Et on est beaucoup à penser la même chose. Le système, c'était tu vas finir, manœuvre, tu vas finir. maçon, plombier, cuisinier. Mais il n'y a pas de déshonneur à finir maçon ni manœuvre,
- Speaker #0
puisqu'on a besoin aussi de ces métiers.
- Speaker #2
On avait besoin, mais à cette époque-là, ce n'était pas bien vu. Il fallait faire des grandes études. Vous savez, c'était les grandes études, la réussite, elle passait par les études. Mais moi, ce qui m'a à l'époque pas blessé, justement, ça m'a renforcé dans mon choix. Mais ce qui me blesse plutôt aujourd'hui, c'est quand j'ai des stagiaires aujourd'hui, que j'entends encore des professeurs me dire Quand le stage s'est très bien passé, que je fais le bilan, on me dit, voilà, le professeur va dire aux jeunes, voilà, tu vois, je t'avais dit que tu allais finir dans un métier manuel. Mais ça veut dire quoi cette voie de garage de métier manuel alors que ça ne veut strictement rien dire ? Il faut savoir compter, il faut savoir gérer. Quand après on a une entreprise, moi je l'ai vu quand j'ai agrandi ma chocolaterie, j'ai vu les gens dans le bâtiment, il y avait des équipes de jeunes qui étaient formidables, formidables quoi.
- Speaker #0
Et si ce prof il était devant toi aujourd'hui, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #2
Je l'ai rencontrée il n'y a pas très longtemps dans une visite justement à la chocolaterie.
- Speaker #0
Il se souvenait de toi ?
- Speaker #2
Elle se souvenait de moi, c'était une dame. Et elle m'a dit, je regrette ce que je t'ai dit. Parce qu'elle s'en souvenait en fin de compte. Elle se souvenait de l'élève que j'étais. Mais je n'étais pas bon, je n'étais pas bon. Ce qui était la vérité en plus. Donc on ne peut pas dire le contraire. C'est que je n'avais pas trouvé ma voie en fait. Et je pense que c'est ça. C'est souvent, on pense que tout le monde doit rentrer dans le même moule. Je pense qu'on ne peut pas rester dans le même moule. Ça, ce n'est pas possible. Et elle s'est dit, mais... je n'en reviens pas de la réussite que tu as eue. Elle me dit, je suis très fier de ça. Et là, j'ai apprécié. J'ai apprécié ce moment-là.
- Speaker #0
Qu'elle sache reconnaître.
- Speaker #2
Qu'elle sache reconnaître, exactement.
- Speaker #0
Alors, ta mère travaillait dans la restauration. Est-ce que ça a compté finalement, ou pas du tout, dans ton choix de métier ?
- Speaker #2
Ça a compté, alors pas du côté de ma maman qui travaillait dans la restauration, surtout de mes grands-parents, puisque là, on est côté maternel plutôt. Et mon grand-père, lui, était chef cuisinier. Donc, c'est un peu lui qui m'a donné le goût de la gastronomie. Alors, la gastronomie salée, qui ne m'a pas du tout plu. Et donc, j'ai beaucoup préféré le sucré. Donc, j'ai bifurqué dans la partie sucrée. Mais bien entendu, dans mon parcours professionnel, j'ai beaucoup aimé tout ce qui était alimentaire. C'était vraiment une vocation pour moi. Et j'ai vraiment été baigné là-dedans.
- Speaker #0
Alors, on continue un petit peu l'histoire. 1994, tu quittes les Hautes-Pyrénées pour arriver à Bayonne. Tu as à peine 18 ans, tu es très jeune, tu quittes toute ta famille. Comment tu étais à l'époque ? Quel est l'accueil qu'on t'a fait ici ?
- Speaker #2
Alors, l'accueil en 1994 a été assez compliqué, puisque j'arrivais dans une région, comme on a dit, que je ne connaissais pas. Une région forte d'identité. Je me suis installé au centre de Bayonne, Petit Bayonne, rue Paneco. Voilà, donc ça a été difficile pour moi, c'est vrai.
- Speaker #0
Tu es arrivé chez qui à l'époque ?
- Speaker #2
Alors, j'ai fait mon apprentissage à la maison Andrieux, avec le père de monsieur Andrieux. J'étais rentré là, une très très belle maison qui m'a tout appris. Vraiment, j'ai appris énormément de choses chez eux. Je me suis senti très très bien. J'ai retrouvé une famille aussi. Ça aussi, ce lien, que ce soit à la fois des propriétaires, des patrons, ou à la fois aussi des collègues de travail. J'ai été très secondé, épaulé. Les gens voyaient que j'étais assez jeune. Ça pourrait paraître un peu ridicule aujourd'hui, mais 18 ans aujourd'hui, 18 ans en 1994, ce n'était pas tout à fait la même chose.
- Speaker #0
Alors justement, tu arrives chez Joseph Andrieux, le père de Serge Andrieux, à qui l'on doit l'atelier du chocolat, notamment. Tu m'as raconté quand même une anecdote où ce n'était pas vraiment facile au début.
- Speaker #2
Non. Ce n'était pas facile du tout. L'apprentissage était dur. Encore une fois, c'était une autre époque. On ne va pas dire qu'il y en a qui ont vécu des choses plus importantes. Mais on avait un travail qui était important. Il y avait une très grosse activité. Donc, le premier jour de mon apprentissage a été très dur. Très dur. J'ai beaucoup souffert. Tu as pleuré aussi ? J'ai pleuré, exactement. J'ai pleuré. Et souvent, je le dis à mes apprentis encore aujourd'hui, mon patron m'avait fait pleurer le premier jour, et je lui avais dit le soir, donc avec mon côté un petit peu nerveux, voilà, rancunier comme je disais, j'avais dit à M. Andrieux, ça a été la première fois et la dernière fois que vous me ferez pleurer, je reviendrai demain et je serai encore plus fort. Donc c'est ce que j'avais aussi, ce côté fort en moi qui faisait que je devais résister. Et donc, en effet, je n'ai plus pleuré chez Andrieux, je n'ai plus pleuré en apprentissage. Et en fait, je me suis menti à moi-même parce que ça m'est arrivé une deuxième fois. Ça m'est arrivé une deuxième fois et souvent mes apprentis me disent « Mais vous nous aviez promis que vous n'alliez pas repleurer une deuxième fois. » J'ai dit « Ben oui, j'ai pleuré la deuxième fois le jour de son décès. »
- Speaker #0
Et entre-temps, qu'est-ce qui s'est passé alors ?
- Speaker #2
Et entre-temps, je m'y suis habitué, j'ai beaucoup apprécié, je me suis intégré, on va dire, dans cette façon de travailler. Et j'ai vraiment adoré, j'ai vraiment adoré cette période.
- Speaker #0
C'est lui qui t'a transmis le goût du chocolat ?
- Speaker #2
Le chocolat, la pâtisserie, la pâtisserie fine, qui était, il faut le reconnaître, une des meilleures de la région, de la côte quand même. Il y avait à la fois le salé, puisque c'était un grand traiteur, mais la partie sucrée aussi, qui était fabuleuse, des gâteaux que l'on voyait sur Paris, chez le nôtre ou autre, mais qu'on n'avait pas encore dans la région. Mais on avait des... très bons professionnels. J'ai été très bien entouré.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y a de lui dans le professionnel que toi, tu es devenu aujourd'hui ?
- Speaker #2
La rigueur de mon travail est quelque chose qui m'est resté, mais qui est souvent dit d'ailleurs par les maîtres d'apprentissage. Fais ce que tu sais faire, ne fais pas ce que tu ne sais pas faire, ça ne te servira à rien dans ton activité. Et pour commander quelque chose, il faut être capable de le faire aussi. C'est-à-dire de le montrer, de le démontrer.
- Speaker #0
Alors tu disais, après Bayonne, t'es parti à Paris. Qu'est-ce que tu allais faire à Paris ?
- Speaker #2
Eh bien, à l'époque encore... Apprendre ailleurs ? Oui, apprendre. Et puis bon, il y avait une obligation. C'est ce qu'on appelle le service militaire. Donc là, pareil, un côté aussi, je ne voulais pas perdre une année, en fait. Parce que pour moi, c'était perdre une année. Ce n'était pas non plus ma vocation. Je me disais, mais tu vas perdre une année, qu'est-ce que tu vas faire pendant un an ? Service militaire, oui, mais pourquoi ? Voilà, ce n'était pas quelque chose qui m'attirait. Donc j'ai fait des pieds et des mains pour... Je savais qu'on pouvait rentrer dans des ministères. Donc je me suis dit comment faire. Donc j'avais fait mes trois jours à Hoche, puisque je suis natif des Hautes-Pyrénées, donc moi c'était Hoche. Et on a vu qu'on pouvait aller dans des ministères, mais qu'il fallait passer des concours. Et moi je voulais rentrer en pâtisserie dans un des ministères. Donc j'ai passé un concours à Toulouse et c'est ce qui s'est passé. J'ai réussi ce concours et donc j'ai pu rentrer à l'hôtel Matignon au service du Premier ministre. Voilà, donc je suis parti à Paris pour travailler à l'époque. C'était Monsieur Jospin, Lionel Jospin, mon patron. Et j'ai travaillé pour lui, sa famille et ses enfants pendant pratiquement 14 mois.
- Speaker #0
Est-ce que tu es revenu avec davantage de confiance ?
- Speaker #2
Oui, de confiance. Là aussi, c'était une nouvelle vie parce que Paris, pareil, c'est jeune aussi. Mais oui, confiance, là aussi, des belles personnes. J'ai toujours rencontré de très, très belles personnes.
- Speaker #0
Et justement, tu n'oublies pas les gens facilement ?
- Speaker #2
Non, je n'oublie pas.
- Speaker #0
Ceux qui ont compté pour toi, tu ne les oublies pas ?
- Speaker #2
Non, je ne les oublie pas parce que... Alors, beaucoup sont partis aujourd'hui, mais je sais qu'ils sont toujours derrière moi, je pense. Il y a quelque chose qui fait que quand j'ai un doute, quand j'ai quelque chose, il suffit que j'y pense et puis ça me donne la solution.
- Speaker #0
Alors arrive l'âge de 23 ans, là tu vas franchir un autre cap. Tu vas te lancer à ton compte à Bayonne, rue d'Espagne, en reprenant une chocolaterie existante. Mais cette année-là, il ne se passe pas seulement quelque chose dans ta vie professionnelle, il se passe aussi quelque chose dans ta vie personnelle, puisque tu vas devenir papa, le papa de Julie. Alors à 23 ans, tu deviens à la fois patron et père. Est-ce que tu te souviens un petit peu de l'état d'esprit dans lequel tu étais à ce moment-là ?
- Speaker #2
Je ne me souviens pas. Je ne m'en souviens pas tellement, entre guillemets, de cet esprit-là. Puisque j'étais vraiment dans cette activité, j'étais vraiment à fond dans ce développement, parce que ce n'était quand même pas neutre.
- Speaker #0
Et tu te sentais suffisamment solide pour être patron quand on est jeune ?
- Speaker #2
Je pense que j'étais solide, oui, je pense que j'étais solide. J'avais cette envie-là, j'ai toujours eu cette... Cette envie, je croyais en moi quand même, de ce côté-là, j'ai jamais été trop négatif là-dessus. Monsieur et madame Laborde, qui nous avaient vendu leur affaire, avaient été présents aussi. Donc, on était quand même aussi secondés, ils ne nous avaient pas abandonnés. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, par contre, je vois, je me dis, il fallait être quand même conscient de ce que l'on faisait. Mais encore une fois, la clientèle était présente, la clientèle nous a suivis. Et ça, ça a été top. On ne nous a pas laissé seuls. Les gens ont vraiment répondu présent.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais quelque chose à prouver ?
- Speaker #2
J'ai toujours eu quelque chose à prouver parce que j'ai été élevé dans une famille de travailleurs. Comme beaucoup de familles, où le travail, c'était l'activité principale. La génération où il fallait travailler. Donc j'ai été dans cette éducation-là. J'ai été levé dans un milieu de travail, j'ai toujours vu mes parents, grands-parents travailler. Ça, ça a toujours été... J'ai toujours baigné là-dedans.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais peur de quelque chose ? Est-ce que tu avais des doutes ?
- Speaker #2
Des doutes, oui, de ne pas y arriver quand même. Il y avait un échec quand même de se dire est-ce qu'on va y arriver parce que ce n'est pas neutre. On n'avait personne derrière pour nous seconder. Je vous l'ai souvent dit, je ne suis pas issu d'une famille de chocolatiers-pâtissiers. Je n'ai pas hérité d'un empire, on en a énormément dans la région. Et je ne dis pas que c'est plus facile, attention, mais je me dis, waouh, c'est des belles maisons. Quand je voyais que la maison Andrieux, là aujourd'hui, n'a pas été reprise, je me disais, c'était des belles maisons, c'était des très beaux outils. Moi, je me serais bien vu, j'aurais bien aimé reprendre quelque chose comme ça. Mais bon, ça n'a pas été le cas, donc j'ai créé moi-même. Et je me suis dit, puisque tu n'as pas cette chose-là, on va essayer de la faire. Et je l'ai faite.
- Speaker #0
Alors, tu disais tout à l'heure, avec ta passion pour l'histoire, quelques années plus tard, tu vas aller un petit peu plus loin avec ce projet justement autour du chocolat et de son histoire. Mais à Bayonne, ça ne va pas se passer tout à fait comme tu l'avais imaginé.
- Speaker #2
Eh bien non, parce que l'histoire du chocolat, c'est comme beaucoup de gens. Je ne connaissais pas l'histoire du chocolat, c'est-à-dire l'arrivée du cacao à Bayonne. Donc j'avais décidé de créer un musée du chocolat sur ce côté histoire, de remettre au goût du jour l'arrivée des juifs portugais à Bayonne et toutes ces dynasties de chocolatiers que nous avions au Pays Basque, intérieurs comme sur la côte. Et en effet, ça a beaucoup dérangé certaines maisons et donc on m'a empêché de réaliser ce projet sur Bayonne, puisque je n'étais pas issu d'une famille de chocolatiers, c'est ce qu'à l'époque on m'avait fait comprendre. je me suis retourné sur la commune de Cambolébin. C'est-à-dire le maire de Cambolébin, M. Vincent Brue, à l'époque, avait entendu parler de ce projet. Et comme Cambolébin possédait quatre grosses chocolateries, il m'avait soutenu en me proposant la vente d'un terrain ici où je me suis installé depuis 2008.
- Speaker #0
Ce refus, tu l'as vécu comment à l'époque ?
- Speaker #2
Dur, dur parce que...
- Speaker #0
Injuste ?
- Speaker #2
Ouais, dur et injuste, oui. Parce qu'en fin de compte, quand on a des projets comme ça, on a... On a du mal à croire qu'on peut vous empêcher, parce qu'on se dit que ça n'existait pas. Il n'y avait rien, donc je vois pas où est le mal. Il y avait tout à faire. Tout était à faire. Et en tant que capitale du chocolat, je me suis dit qu'il faut quand même créer quelque chose. Ce qui m'a fait mal, c'est le pouvoir que certaines personnes peuvent avoir. Et j'ai toujours éduqué ma fille. Mon fils ne travaille pas avec moi, il est ailleurs, mais ma fille travaille avec moi. Et j'ai toujours dit, aujourd'hui, on a une activité, mais il faut toujours laisser les jeunes se développer. Il faut toujours laisser les jeunes avoir leur chance de travailler. Pourquoi essayer d'assommer les gens et de les détruire ? Et c'est ce qui s'est passé. Ça a été très très dur. À un moment donné, j'ai failli arrêter. J'ai failli vraiment arrêter de me dire, je vais ou partir, changer d'endroit ou...
- Speaker #0
Changer d'endroit, c'est-à-dire de région ? De région, oui.
- Speaker #2
Carrément. Oui, on m'avait reproposé un poste de responsable pâtissier chocolatier dans une grande maison aux États-Unis. Et j'avais hésité. J'avais vraiment hésité.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'a fait rester finalement ? Et pareil,
- Speaker #2
ce que je disais tout à l'heure, cette petite voix qui me dit non, non, résiste, tu vas y arriver. M. Andrieux me disait toujours, plus on te mettra la tête au fond de l'eau, plus tu auras la force de la remonter, plus tu la remonteras et plus tu la remonteras haute. Et donc il me dit, ne te laisse jamais faire. Parce que lui aussi avait un peu la même histoire, il avait créé son entreprise à Bayonne, mais il était béarné. Il est arrivé d'un petit village à côté d'Hortès. Il n'était pas basque, il n'était pas de Bayonne, M. Andrieux. Il y avait ce lien aussi de gens. J'étais beaucoup, je m'entends toujours par contre, avec M. Kouzigou, aussi à Biarritz, qui est beaucoup plus âgé que moi, mais on a toujours eu lui aussi arrivé de Périgueux. Donc je me suis rattaché à des gens qui avaient un peu ce même côté historique. Mais après, j'ai résisté. Et c'est grâce aussi à Cambeau. Ça, il faut le reconnaître, c'est grâce à la ville de Cambeau. tous les gens qui étaient autour, qui ont soutenu le projet. À Bayonne, j'ai eu 95% d'opposition. À Cameroun, j'ai eu 100%. 100% d'acceptation. Et là aussi, ça va dans l'autre sens. À Bayonne, je n'ai pas compris. Mais je n'ai pas compris à Cameroun non plus. Je me dis, mais qu'est-ce qui t'arrive ? En fait, je me dis, quand j'ai eu mon premier rendez-vous à la mairie, je me suis dit, mais pince-toi, parce que ce n'est pas vrai, tu rêves. Ce n'est pas possible, on t'accepte, on te reçoit. Comment ça se fait ? Vous voyez, je me suis dit, il y a quelque chose qui ne va pas non plus. Parce que pour moi, c'était tellement naturel. Je me disais qu'on ne pouvait pas être aussi méchant. Mais ça a été dur. Ça a été très, très dur.
- Speaker #0
Ensuite, il y a 2019, tu me présentes toi-même cette période comme un nouveau départ, à la fois dans le domaine professionnel, mais aussi personnel. Après ton divorce, tu reconstruis ta vie. Et professionnellement aussi, tu recommences à développer fortement ton activité. Qu'est-ce qui a changé en toi à ce moment-là ?
- Speaker #2
Qu'est-ce qui a changé ? Je pense que j'avais eu cette époque un peu difficile, la personnelle on va dire, et donc où on n'avançait plus, où les projets n'avançaient plus, où moi j'étais toujours sur de la création, du développement, ce que mon ex-épouse n'avait pas, mais ça je peux le concevoir encore aujourd'hui. Souvent ma grand-mère me disait calme-toi, freine-toi, et je lui disais mais la faute à qui ? Qui m'a élevé dans ce milieu d'être fonceur, de développer ? Je lui ai dit, ça ne m'est pas arrivé comme ça, je l'ai appris. Donc c'est toujours bien gentil de dire, mais voilà, je lui ai dit, mais bon, ça la faisait beaucoup rire. Et donc, ce divorce a fait que ça a été un moment très compliqué, là aussi, de ma vie. Et ensuite, une fois terminée cette période, j'ai pu continuer à développer, et grâce aussi à à ce que ma fille rentre dans l'entreprise, parce que je m'entends très bien au niveau travail avec ma fille qui est rentrée dans l'entreprise aujourd'hui. Elle a une belle vision aussi de l'entrepreneuriat. Ça m'a permis de développer mon activité et des projets autour du chocolat.
- Speaker #0
C'est à ce moment-là que l'histoire ancienne te rattrape, puisque quand tu étais apprenti, tu passais devant l'ancienne boutique Arteon, la bijouterie à Bayonne. Tu m'as dit qu'elle te faisait rêver à cette boutique. Et des années plus tard, c'est toi qui la reprends. Alors la première fois que tu rentres dans cette boutique en te disant « maintenant, elle est à moi » , est-ce que tu revois l'apprenti qui passait devant ?
- Speaker #2
Là, complètement par contre. Là, c'est un souvenir que j'ai. Je travaillais au boulevard Alsace-Lorraine à Saint-Esprit. Je n'avais aucun lien à passer rue Pont-Neuf et remonter la cathédrale puisque je vivais à la rue Pankow. Donc c'était beaucoup plus simple de traverser le pont Saint-Esprit et d'aller directement au petit Bayonne. Mais je passais toujours parce que j'adorais. Déjà d'une part, parce qu'il y avait énormément d'argenterie exposée et il y avait une chocolatière en argent qui était magnifique. Et cette chocolatière était très belle, donc je la regardais souvent. Et je trouvais que la boutique était magnifique et que moi, je n'aurais pas vu une bijouterie, mais plutôt une confiserie chocolaterie. Eh bien oui, j'ai eu la chance en 2019 d'apprendre que cette boutique allait se vendre et que Patrick Arthéon, que je connaissais très bien, me l'a proposé, m'a contacté, m'a appelé en me disant « Est-ce que tu ne serais pas intéressé ? » J'ai entendu dire que tu voulais déménager ta boutique. Et je lui ai dit « Mais tu vends, mais c'est vrai, ce n'est pas possible. » Il me dit « Oui, oui, je vends. » Et donc, là, j'ai eu cet honneur et cette chance de pouvoir poser la boutique en plein centre-ville dans cet écrin qui était lui-même magnifique. Il n'y avait pratiquement rien à faire.
- Speaker #0
Qu'est-ce que le garçon de 18 ans penserait de toi aujourd'hui ?
- Speaker #2
Je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il penserait de moi aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il serait fier ?
- Speaker #2
J'espère qu'il serait fier. Je pense que le temps a passé vite, ça c'est vrai. A passé très très vite. Je pense qu'il serait fier. Il se dirait... J'y croyais peut-être. Je croyais à ce destin, même si ces bâtons dans les roues ont été faits. Mais je pense que c'est ça aussi la force. Cette force-là, je crois que c'est tout ce côté négatif qui a été fait dans une nuit. Comme beaucoup de gens peuvent avoir. Attention. Et je pense qu'on nous donne une force, un développement autre. Mais j'espère qu'ils seraient fiers, oui.
- Speaker #0
Depuis, il y a eu d'autres boutiques, d'autres projets. Tu me dis que tu as la bougeotte. Alors, est-ce que quand les choses deviennent trop tranquilles, tu as envie de faire autre chose, finalement ? Est-ce que tu sais t'arrêter un petit peu ?
- Speaker #2
Alors, savoir s'arrêter, oui, c'est assez difficile. Parce que j'ai cette bougeotte, ce développement. J'ai plein d'idées à la seconde qui me sortent. j'ai toujours plein d'idées mais aujourd'hui quand même j'essaye de ralentir un petit peu d'essayer de me poser un peu plus mais c'est pas facile je reconnais que c'est pas facile aujourd'hui on analyserait peut-être autrement hyperactif ? peut-être, pourquoi on savait pas ce que c'était pour moi du moins je pense mais je pense qu'il doit y avoir de l'hyperactivité quand tu t'arrêtes,
- Speaker #0
tu fais quoi en fait ? qu'est-ce que tu aimes bien faire ?
- Speaker #2
Je ne peux pas m'arrêter, je m'ennuie, donc il faut que je fasse quelque chose. Et la deuxième chose que je vais faire dans ma passion, c'est la brocante. C'est le seul endroit où j'ai un échappatoire. C'est le seul endroit où j'oublie tout. Je suis complètement vidé. Là, par contre, oui. Je ne fais pas de sport, je n'en fais plus. Mais c'est la seule chose, aujourd'hui, qui me fait beaucoup de bien.
- Speaker #0
Il y a énormément d'objets dans ce musée du chocolat à Cambeau. Quand tu vas chiner... Tu vas chercher quelque chose en particulier ou c'est l'objet qui te trompe ? Il faut que ce soit toujours en lien avec le chocolat ?
- Speaker #2
Alors, c'est toujours en lien, oui, avec le chocolat quand même. Quand je vais chiner, je ne pars pas précisément pour quelque chose. Justement, c'est ça l'avantage du chineur, c'est qu'on part, mais on ne sait pas ce qu'on va ramener et on ne sait pas ce qu'on va trouver. Ça, c'est top. Des fois, on est surpris. Et puis aussi apprendre, des fois. C'est bien de voir des objets qu'on ne connaît pas et de se demander à quoi ça servait. J'ai créé un réseau important de brocanteurs et d'antiquaires qui sont devenus des amis aussi. C'est quelque chose d'une période de ma vie que j'ai toujours aimé. Mais ça, j'ai toujours aimé ce côté patrimonial. Je l'ai toujours fait en moi aussi. J'ai toujours aimé l'ancien. Je ne parle pas des vieilleries, comme certains jeunes pourraient dire. mais de réadapter l'ancien et de le moderniser dans des endroits. On le voit avec la boutique Arthéon, vous imaginez, c'est la plus ancienne de la ville. On est à 1804 quand même et c'est une boutique qui a toujours été là, les peintures, les moulures. Et aujourd'hui, on a une nouvelle génération qui vient et qui se plaît dans cet endroit-là. Comme quoi, vous voyez, rien n'est dépassé. Tout revient à la mode.
- Speaker #0
Ces objets racontent des histoires. En quoi c'est important pour toi que cette histoire ne se perde pas ?
- Speaker #2
Il faut respecter les gens qui les ont fabriqués. Il faut respecter les gens qui ont travaillé là-dessus, qui l'ont créé. Aujourd'hui, on a toujours des créateurs, mais on n'a pas du tout les mêmes objets. Donc il y avait un travail. Et puis moi, je me dis aussi, on n'avait pas les mêmes outils. On avait une façon de travailler qui était beaucoup plus difficile. Aujourd'hui, beaucoup de choses vont beaucoup plus vite. L'informatique, on parle de l'IA aujourd'hui, on est capable de créer plein de choses. Mais non, ce côté travail, manuel, des gens ont travaillé là-dessus. 70 pièces uniques. automatiquement, la personne a travaillé là-dessus. On n'est pas sur de la série. Donc ça, c'est quand même... Souvent, je me dis chapeau.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un objet dont tu ne te séparerais jamais dans tout ce qu'il y a ici, à Bayonne, dans les autres boutiques ?
- Speaker #2
Alors, je dirais, c'est pas celui qui a le plus de valeur. C'est ma toute première chocolatière, en fait. C'est ma première chocolatière que j'ai vue. Tu l'as trouvée où,
- Speaker #0
celle-là ?
- Speaker #2
Je l'ai trouvée à la rue de Luc, Bayonne. Rue de Luc, la première fois où tu es venu m'enregistrer pour France Bleu, je m'en reparlais toujours. Et là, à l'époque, dans ce local, j'avais fait un petit laboratoire avec un tout petit musée au sous-sol. Et avant, c'était un antiquaire, c'était M. Verdoux. Et M. Verdoux m'avait vendu une chocolatière. Et c'est la toute première que j'ai eue en cuivre. C'est la plus ancienne de toute ma collection. Mais ce n'est pas celle qui a le plus de valeur. Valeur, on dirait, financière, puisque le cuivre, ce n'est pas ce qui valait le plus cher à l'époque. C'est l'argent, le vermeil. Des faillanceries, donc elles sont beaucoup plus chères. Mais c'est la toute première que j'ai eue à l'achat, qui à l'époque m'avait coûté très cher parce que je l'avais payé 500 francs. On n'était pas à 1 euro. 500 francs et aujourd'hui, ça pourrait paraître très très cher, mais c'est un objet que je ne me séparerai jamais parce que c'est la toute première.
- Speaker #0
Alors tu l'as dit, tu travailles aujourd'hui avec ta fille Julie. C'est à elle que tu veux transmettre tout ce patrimoine ? Alors oui, parce qu'elle travaille avec moi dans l'entreprise, mais elle s'est investie aussi énormément. Mon fils, lui, aujourd'hui, ça ne l'intéresse pas, mais lui, son rêve, c'est que je ne vende pas surtout, parce qu'il est fier aussi de ce qu'on a fait. Mais voilà, mais non, il n'est pas dans cette activité-là pour aujourd'hui. Mais Julie, oui, est vraiment dans cette activité au niveau du travail. Elle m'épaule énormément et aujourd'hui, j'ai besoin parce que ça commence à être lourd au niveau gestion. Donc, il faut que je sois épaulé. Et puis derrière, elle fait tous les postes parce que si demain, elle doit reprendre aussi. On en revient à ce que je disais depuis le début, comme disait Monsieur Andrieux, il faut savoir commander et gérer. Il faut savoir le faire. Donc, c'est tous les postes. Exactement.
- Speaker #1
Tu embarques toute ta famille avec toi dans tes nouveaux projets. Il y a quelque chose qui se dessine encore sur Bayonne. Une autre ouverture prochainement ?
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire qu'à l'époque, quand j'avais fait à Cambeau, j'avais fait la chocolaterie. Et que j'ai déménagé ensuite à Bayonne chez Arthéon, j'ai fait un salon, un salon de chocolat, comme ça se faisait autrefois. La tasse à moustache. Voilà, avec un salon.
- Speaker #1
La fameuse tasse à moustache.
- Speaker #0
Et on a développé la première tasse à moustache, exactement, pour remettre là aussi au niveau patrimonial le côté historique, c'est-à-dire reboire le chocolat dans une véritable tasse à chocolat, qui était la tasse à moustache, et aussi boire avec, être servi avec une chocolatière. Reboire le chocolat comme ça se faisait à la belle époque, comme on le faisait autrefois à Bayonne. Le bord de la mairie, on avait des belles brasseries, on buvait. C'était vraiment une mode et les gens prenaient le temps. Et donc, la première tasse à moustache a été faite à Bayonne. La deuxième a été faite à Cambo parce que c'était mes clients camboards qui râlaient. Oui, on doit aller à Bayonne et nous, on ne peut pas boire le chocolat à Cambo. Donc, j'ai dit, on va en faire une. Et aujourd'hui, à Bayonne,
- Speaker #1
c'est trop petit.
- Speaker #0
La boutique Arthéon à l'étage est trop petite. Je ne peux pas pousser les murs. Le bâtiment est classé. L'intérieur aussi. Et donc j'ai décidé d'ouvrir un seul salon sur Bayonne, à rue Bastia, pour justement accueillir plus de clients et qu'ils soient beaucoup plus à l'aise aussi pour passer un bon moment.
- Speaker #1
Est-ce que ce projet a pour toi une dimension un petit peu particulière parce qu'il est à Bayonne ?
- Speaker #0
Oui, je continue mon activité, même comme on l'a dit tout à l'heure, même si je ne suis plus admis dans le domaine du chocolat Bayonne, tout simplement parce que... À l'époque où j'ai dû transférer mon musée ici, ils ont estimé que je n'étais plus fabricant chocolatier à Bayonne. Donc, en n'étant pas fabricant de chocolat à Bayonne, et je suis fabricant à Cambeau, je ne peux plus participer au journée du chocolat. Je ne peux plus adhérer à l'académie du chocolat. Vous voyez, on m'a aussi interdit à cette époque tout ça, alors que c'est eux, entre guillemets, qui m'avaient, en parlant vulgairement, viré de la ville. Donc, aujourd'hui, je continue mon activité, même si je ne peux pas participer à toutes ces animations. Mais bon, c'est comme ça, je ne le regrette pas. Et je pense surtout à ma clientèle, à mes clients. Donc, c'est eux qui me le rendent bien. C'est leur fidélité que j'ai depuis la 27e année aujourd'hui, puisqu'on attaque le 27e Noël. Parce que nous, on compte en Noël. C'est important les Noëls,
- Speaker #1
c'est à ce moment-là que le Père Noël passe et là il va passer avec un beau cadeau cette année.
- Speaker #0
Et bien voilà, donc on aura ce salon, on est fier aussi de remettre à la ville de Bayonne un salon, on va dire un peu plus important que ce que nous avons aujourd'hui, pour justement que les gens puissent passer un bon moment en famille ou passer un bon moment à lire et à passer un moment tranquille, on en a besoin.
- Speaker #1
C'est 34 employés, toutes boutiques confondues. Il y aura d'autres embauches pour ce nouveau projet ?
- Speaker #0
Oui, on a prévu d'autres embauches pour le nouveau salon. 4 personnes de plus qui vont venir se rajouter aux équipes que nous avons déjà.
- Speaker #1
Quel patron tu es ou tu as envie d'être ?
- Speaker #0
Je suis à l'écoute quand même. Je suis à l'écoute. J'aimerais toujours être ce patron qui côtoie toujours ses salariés, qui les voit. À tous les moments, j'ai tout vécu avec certains. J'ai des salariés qui ont 24 ans de maison. Ça veut dire qu'ils m'ont suivi depuis le début. Je les ai vus enfants. Je les ai vus mamans. Voilà, j'ai suivi aussi leur vie. Et eux aussi ont suivi la mienne. Et donc, c'est une histoire de famille aussi. Mais après, voilà, plus tard, il y aura une continuité avec ma fille. Et puis, je serai toujours présent, mais un peu plus loin quand même.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y aura d'autres projets ? Ou là, c'est peut-être l'un des derniers ? Ou est-ce que tu vas continuer ?
- Speaker #0
Je ne dirais pas que ce sera le dernier, parce que mon but aujourd'hui, ce serait d'avoir ma propre plantation de cacao. Donc là, c'est plus peut-être le côté retraité. Donc aller produire sa propre fève, donc là, sur pays producteur.
- Speaker #1
Oui, ce serait quel pays ?
- Speaker #0
Ce serait le Brésil. C'est un de mes pays préférés au niveau production de cacao.
- Speaker #1
Au niveau du goût ?
- Speaker #0
Au niveau du goût aussi. Voilà, j'aime beaucoup. J'ai une attache depuis 15 ans maintenant avec le Brésil. J'y vais souvent et j'ai rencontré des gens fabuleux. C'est ce que j'aimerais réaliser. Ça serait quelque chose qui bouclerait ma carrière de chocolatier.
- Speaker #1
C'est un projet qui semble quand même assez mûri, non ? Oui,
- Speaker #0
mûri. Je repars début d'année prochaine. Il devrait y avoir des choses qui arrivent.
- Speaker #1
À prochainement, c'est très proche. Oui,
- Speaker #0
c'est très proche, exactement.
- Speaker #1
Alors, tu m'as parlé tout à l'heure de la Chine, de ces objets que tu aimes bien chiner. À part cette grande passion, est-ce qu'il y a des plaisirs un petit peu plus simples ? C'est quoi tes petits bonheurs, Christophe ?
- Speaker #0
Mes petits bonheurs, moi, ils sont très simples. Je ne suis pas clinquant, je ne suis pas grosse voiture, je ne suis pas tout ça. Moi, je suis amitié. Et donc, passer un moment avec mes amis. À Bayonne, dans un petit bistrot, manger des tapas, passer un moment. Voilà, l'amitié, ça c'est énorme. Et puis, je l'ai vu, et comme beaucoup le voient aussi, quand il y a des séparations dans une vie, on voit vraiment nos amis, en fait. C'est ça. Et là, je m'en suis rendu compte, en vieillissant aussi. On n'est pas... Voilà, quand on est jeune, on pense que tout est beau, tout est facile. Mais en vieillissant, je m'en suis aperçu. Et j'ai vraiment vu les gens proches, en fait. Donc là, c'est des gens agréables. Et c'est ça, ces moments. Voilà. C'est un moment d'aller en montagne, d'aller changer d'air, d'aller se balader. C'est très simple en fait. Je n'ai aucune envie de paraître. J'ai horreur des milieux bobos, tout ce qui est invitation. Je n'aime pas, j'évite tout ça. Ce n'est pas quelque chose qui m'attire. J'ai beaucoup de mal avec ça. La simplicité, j'adore ça.
- Speaker #1
Quand on a préparé ce rendez-vous, tu as employé un mot pour parler de toi qui m'a étonnée. Je ne sais pas ce que tu mets derrière ce mot. Tu m'as dit que tu te trouvais atypique. Ça veut dire quoi pour toi ? Parce que c'est aujourd'hui un mot qu'on emploie pas mal. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi ?
- Speaker #0
Atypique, c'est surtout... Je ne suis pas dans le même moule des autres. En fait, on essaie de... Depuis l'école, on en parlait tout à l'heure. On est atypique parce qu'on veut vous mettre dans une case de réussite au niveau diplôme par exemple. On veut vous mettre dans une case, il faut faire comme les autres. Mais dès que vous sortez de cette case-là, vous êtes le chat noir un petit peu. La bête, on se dit mais qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il nous fait encore ? Mais en fait, on vous pousse à être comme ça. On vous pousse et puis j'ai toujours appris à me débrouiller tout seul. Je n'ai jamais rien demandé à personne. J'ai toujours, voilà, donc c'est ce côté développe, fait, rencontre les gens avec qui tu as envie d'être, avance. Parce que si on n'avance pas, on ne peut pas continuer.
- Speaker #1
Est-ce que tu t'es toujours senti différent ?
- Speaker #0
Je pense que oui.
- Speaker #1
Mais en quoi finalement ?
- Speaker #0
Mon caractère, je pense, qui fait que j'avais déjà des idées, je ne sais pas. En fait, j'avais ces idées-là. On peut comprendre que je sois arrivé d'une région qui n'était pas dans le domaine du chocolat, les Hautes-Pyrénées. Je suis arrivé ici et moi j'arrive. Je crée un musée du chocolat, je crée ma chocolaterie, comme j'ai dit, avec des grosses familles dans le domaine, dans le secteur. Je ne suis pas arrivé dans une grosse concurrence. Souvent, les gens extérieurs pensent que je fais partie des très vieux chocolatiers. Et quand ils vont dans une boutique comme à Cambou ou ailleurs, ils voient les portraits et ils disent « Mais qui est M. Pio de Batte ? Quel âge a M. Pio de Batte ? »
- Speaker #1
Est-ce qu'il est mort, M.
- Speaker #0
Pied-de-Batte ?
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un de ces portraits sur les tableaux, ici ?
- Speaker #0
Exactement, ils pensent que je suis mort depuis très longtemps.
- Speaker #1
Non, pas encore.
- Speaker #0
Et en fait, ils n'imaginent pas ça. J'étais adopté, après, ici. Complètement adopté. Vous voyez, aujourd'hui, j'ai des clients qui me disent que c'était plus basque qu'un basque. Et ça, ça me rend fier, ça. Parce que, ils me disent, quand tu vois l'histoire, tu as été chercher des documents, des infos, mais que la plupart de gens n'ont pas. Il m'a dit, mais c'est fou ce que tu as été recherché partout, partout. Mais ça, j'ai adoré. Et je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi j'avais ce besoin. Parce qu'un objet,
- Speaker #1
on l'appelle un autre, et puis un autre, et puis un autre. Oui,
- Speaker #0
ce besoin de retracer ce côté historique. Je dis souvent, le jambon, on sait ce que c'est. Le piment, on le connaît. Mais pourquoi le chocolat, il n'y a rien ? Alors qu'on a une identité super forte. Je veux dire, on ne peut pas laisser partir les gens de la région en disant non. On est la capitale du chocolat. Ce n'est pas les Suisses, ce n'est pas les Belges. On doit se révolter. On doit dire la vérité. Et les gens sont très étonnés. Donc il y a un côté, oui, je suis atypique dans ce sens-là. J'ai une ressemblance quand même avec ce côté atypique de M. Serge Kouzikou, qui avait été le premier à créer un musée de chouette à Biarritz, qui était arrivé aussi. Il était un peu, on vous met de côté, parce qu'il y a ce côté où si vous vous dérangez, il ne faut pas croire qu'on te dérange aussi. Tout ce qui a été les bâtons dans les roues, il faut dire qu'on en a eu, on en écrirait un livre. Ça peut être la prochaine étape. Je vais écrire un livre là-dessus. On ne peut pas imaginer tout ce qu'on a subi. C'est vraiment très dur des fois.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu sais que tu as ignoré quand tu avais 23, 24 ans ?
- Speaker #0
La méchanceté quand même. Je ne sais pas pourquoi les gens ont besoin de méchants. C'est quoi,
- Speaker #1
la jalousie ?
- Speaker #0
Je ne sais même pas. Pour moi, c'est la connerie, la bêtise. La bêtise humaine, je ne sais pas. Pourquoi la peur de... Ça, j'ai beaucoup de mal. Je trouve que la réussite, il faut que plus on est nombreux, plus on en parle, plus on en parle, mieux c'est, plus les gens ont besoin. Moi, je dis souvent, on a notre clientèle, je dis souvent, je me dis, vous êtes concurrents. Mais on n'est pas concurrents, on est confrères. Concurrents, on n'a pas les mêmes produits, on n'a pas les mêmes façons de travailler, donc les goûts sont différents. Vous allez chez quelqu'un acheter un gâteau basse, ils sont tous différents dans plusieurs pâtissiers. C'est le client qui décide, c'est votre palais qui va décider.
- Speaker #1
Et puis un jour, on peut aller là, le lendemain ailleurs. Exactement,
- Speaker #0
et c'est ce qu'il faut. Moi, mes salariés à Bayonne ou ailleurs, on voit les clients chez Daranas pour aller manger du touron, chez Cazenave pour boire un chocolat chaud, qui est le chocolat mousseux qui n'est pas le même que le nôtre. Chez Paris-Est, acheter un gâteau basque, ou chez Maïtena, chez Moukofine pour acheter un gâteau basque. Je trouve que c'est tout à fait normal, on doit être soudé. Mais ça, c'est ce que je croyais à l'époque, quand j'étais jeune. Voilà, vous êtes ignorant, vous êtes là, vous dites oui, tout le monde est gentil. Un peu naïf, voilà. Oui, c'est ça, tout le monde est gentil. Tout le monde est gentil. Mais non, on ne te fait croire que. Et puis derrière, quand tu te déranges, alors là, c'est plus du tout la même histoire.
- Speaker #1
Mais finalement, ceux qui t'ont fermé des portes aujourd'hui, ils t'ont apporté quelque chose aussi.
- Speaker #0
Mais c'est cette force. C'est cette force. J'avais dit à une personne, d'ailleurs à l'époque, j'avais répété ce que m'avait dit M. Andrieux. Plus vous allez m'enfoncer la tête, plus je vais prendre la force et la remonter. Mais si je la remonte, plus ça va être compliqué pour vous, parce que je disais, vous allez m'endurcir en fait, et c'est ce qui s'est passé. Et aujourd'hui, j'ai toujours ce côté, mais pourquoi les gens sont si méchants, ont été si méchants, alors que moi je travaillais, et c'est les clients qui m'ont permis d'avoir cette carrière aujourd'hui et d'avoir fait ce développement. Mais voilà, ça c'est quelque chose que...
- Speaker #1
Tu as du mal à comprendre. J'ai du mal à comprendre,
- Speaker #0
parce que je le dis toujours à ma fille aujourd'hui. Je dis, voilà, toute création derrière, il faut aider, il faut soutenir. Voilà, la preuve, moi, je l'ai fait au musée. Je parle des anciennes chocolateries de la côte. Voilà, tous les noms sont cités, vous voyez. J'ai aucune, voilà, même si on m'a fait souffrir là-dessus, je ne peux pas. Non, je trouve que ce n'est pas ma mentalité.
- Speaker #1
Je crois que je connais la réponse, mais j'avais envie de te demander est-ce qu'il y a une rencontre sans laquelle tu ne serais pas tout à fait le même aujourd'hui ? Je crois que j'ai un petit peu la réponse.
- Speaker #0
La rencontre, c'était à l'époque avec M. Andrieux, tout simplement. Cette maison m'a apporté énormément de choses. Et dans la petite histoire, ce qui est fou, c'est qu'aujourd'hui, j'ai déménagé à l'époque de ma séparation et j'habite juste à côté de là où j'ai fait mon apprentissage. Et je ne l'ai pas fait exprès parce que ce n'était pas du tout l'endroit où je voulais repartir dans le sens de ma recherche. Et je me suis retrouvé là où j'ai commencé mon apprentissage. Donc là aussi, c'est quand même bizarre. On m'a proposé un bien que j'ai beaucoup aimé. Je me suis dit mais ce n'est pas possible. Je n'avais même pas réalisé au départ à l'adresse quand on m'a indiqué l'agent immobilier. Et je me dis mais c'est fou. Donc tous les jours, je vois là où j'ai démarré, là où je me garais, je venais. Et donc je me dis bon, il n'y a pas peut-être de hasard dans la vie.
- Speaker #1
Il n'y a que des rendez-vous.
- Speaker #0
Oui, il n'y a que des rendez-vous.
- Speaker #1
Alors, puisque ce podcast s'appelle Mon goût des autres, j'ai envie de jouer un petit peu avec ce mot goût. Si le bonheur avait un goût, ce serait lequel pour toi ?
- Speaker #0
Ça serait déjà la partie chocolat. Pour moi, c'est le chocolat. J'ai été baigné là-dedans. C'est un produit qui est tellement magique. Comme tous mes confrères le diront en France ou ailleurs, c'est un produit magique, un fruit à la base qui en devient ce qu'on en fait aujourd'hui, qu'il soit un bonbon, une tablette, une sculpture. Et on ne connaît pas tout encore. On est encore en train de développer des nouvelles variétés sur l'Amazonie. On n'a pas vu encore tout. On ne connaît pas tout. Et voilà, le lien, la région qui m'a adopté le Pays basque, ce lien historique avec cette culture et cette capitale qu'il faut faire savoir, qu'il faut faire développer. N'oublions pas qu'on avait 60 chocolateries dans la région autrefois. Ce n'était pas neutre. Tous les gens qui ont travaillé, tous les gens qui ont fabriqué du chocolat, tous ceux qui ont développé cette activité, c'est quand même très, très important. Donc oui, le goût, c'est vraiment le chocolat.
- Speaker #1
Alors tu as déjà réalisé beaucoup de choses, mais j'espère qu'il te reste encore des rêves qui n'ont peut-être rien à voir avec l'ouverture d'une nouvelle boutique. Alors Christophe, je te donne une baguette magique. Tu n'as plus aucune contrainte. Quel rêve tu réalises ?
- Speaker #0
Quel rêve je réalise ? Je réalise, on va sortir de mon métier, on va dire. Si j'avais cette baguette magique, c'est de faire revenir les gens qui m'ont toujours soutenu. Parce que j'ai perdu beaucoup d'amis, voilà, jeunes. et qui ont toujours été présents pour moi et j'aimerais les avoir autour de moi aujourd'hui. On en a parlé tout à l'heure de ce temps qui passe, de se dire aujourd'hui j'ai un peu plus de temps, entre guillemets. Mon activité, elle est bien encadrée. Je suis soutenu par ma fille, par mes ouvriers et tous mes collègues qui travaillent avec moi. Et c'est de me dire, au salon j'ai des grandes tables, c'est passé des moments avec eux, parce que je ne l'ai pas fait assez avant. J'étais tellement occupé. C'est de les faire revenir. Je dirais même, si c'était qu'une journée, dire tout ce qu'on peut dire que je n'ai pas eu le temps de dire. Parce que ce sont des gens qui sont partis très vite, à chaque fois. Et ça, ça me manque beaucoup aujourd'hui. Ça me manque parce qu'ils ont toujours été présents. C'est quelque chose que j'aimerais refaire. Pour le travail, j'ai donné. Je ne peux pas... Non, ce n'est pas ça. C'est ce retour aux belles choses. Je me dis, tu vas vieillir là. Et tu te dis, tu pourrais passer ces moments-là, mais ils ne sont plus là.
- Speaker #1
Mais tu vas les passer avec ta famille, avec ta petite-fille. Tu es heureux aujourd'hui, tu me l'as dit.
- Speaker #0
Complètement. Complètement heureux. Parce qu'elle est arrivée. Et donc, c'est la fierté aussi de voir sa petite-fille, qui est en plus très éveillée, qui ne fait que regarder, qui a l'air très intéressée. Donc là, c'est super cool de voir cette partie-là. C'est la continuité d'une vie aussi, c'est ce qu'on nous dit. Mais c'est vrai que oui, je suis très heureux.
- Speaker #1
Heureux dans ta vie personnelle, heureux dans ta vie professionnelle.
- Speaker #0
Exactement, personnelle, professionnelle. Je pense que je n'ai plus rien à prouver non plus, moi. Je laisserai les jeunes derrière. Je ne suis pas une génération non plus à dire je vais rester là, je vais ancrer. Je vais rester là jusqu'à 100 ans. Vous allez m'avoir derrière vous tous les jours. Non, non, je suis capable de... De quitter et de laisser parce que j'ai une entière confiance par rapport à tous les gens qui travaillent avec moi. J'ai une entière confiance en eux. J'apprécie les équipes que j'ai et je sais très bien que ça se passera très bien.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochains mois ?
- Speaker #0
Une belle ouverture pour Bayonne. On va faire ça, j'espère bien. J'espère que mes clients seront enfin contents d'avoir un peu plus de place. pour continuer l'activité et ce développement, parce qu'on a besoin de nos clients. Cette fidélité, elle est énorme. Je l'ai vu au niveau des cadeaux que ma fille a reçus pour sa fille de client. C'est 27 ans d'ancienneté. Et là où c'est beau aussi, c'est que c'est des enfants, de ces gens-là aussi qui sont venus au début déguster du chocolat, petits, qui aujourd'hui sont grands avec leurs copines, voire qui ont des enfants aussi. Et ça, c'est cette création en totalité de la clientèle, parce qu'il a fallu la faire en totalité. Donc, c'est la continuité de ces gens et de ces échanges que j'ai avec eux. Il y en a beaucoup qui sont devenus des amis. Ça, c'est... Voilà, on se tutoie. Et ça, c'est quand même très, très beau.
- Speaker #1
Alors, Christophe, au début de cette conversation, je t'ai proposé de m'ouvrir la porte comme à une amie. C'est exactement ce que j'aime et ce que j'espère faire dans mon goût des autres. Aller un petit peu au-delà de ce que l'on connaît déjà d'une personne. prendre le temps de découvrir ce qu'il y a derrière un parcours, un métier, une image ou un nom. Parce qu'une vie, ce ne sont pas bien sûr que de grandes étapes, mais ce sont aussi des rencontres, des choix, des souvenirs, parfois de tout petits événements. Et je crois que ce sont souvent ces détails-là qui nous racontent le mieux. Alors merci Christophe d'avoir accepté cette parenthèse, de m'avoir ouvert cette porte et d'avoir partagé ce moment avec moi.
- Speaker #0
Merci à toi Isabelle, en tout cas, c'est très sympa parce que 27 ans, 25 ans après,
- Speaker #1
on va dire,
- Speaker #0
la première fois, on s'en aperçoit pas, c'est les autres qui le voient. Tu étais venue me voir pour la première fois, comme tu l'as dit au début, et je te l'ai dit l'autre jour, je ne sais pas si tu t'en souviens, tu m'avais fait cette interview, et le fond de musique, c'était Johnny Hallyday, Noir c'est Noir, et j'ai toujours cette image, ce son dans la tête, et voilà, tu m'as fait confiance aussi en tant que journaliste. Et ça, j'apprécie énormément. Alors,
- Speaker #1
ce qui est rigolo, c'est que le noir, c'est ta couleur préférée quand même.
- Speaker #0
Oui, je suis toujours noir, noir, mais je ne suis pas fan de Johnny.
- Speaker #1
Merci à vous qui nous avez accompagnés jusqu'au bout de cette première conversation. J'espère que vous aurez pris autant de plaisir à l'écouter que moi à la vivre. Alors, si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous et à faire découvrir mon goût des autres. à ceux qui aiment les belles histoires. Je vous dis à très bientôt pour une nouvelle rencontre.