Speaker #0Il m'explique du coup que c'est même compliqué pour lui de citer des artistes anglais à suivre d'ailleurs, tellement il y a de talent dans la jeune scène anglaise. Cette concentration de talent autour de Londres notamment, pour lui viendrait du multiculturalisme de la ville. Le fait d'entendre des sons, des argots, des langues et des influences musicales des quatre coins du monde dans un même espace, et ce qui pour lui rend la création londonienne si spéciale. Mais ce melting pot et ce foisonnement de scènes et d'opportunités impliquent aussi qu'on est dans un environnement hyper concurrentiel où même si la compétition reste bonne enfant, pour lui, il est impossible de réussir sans avoir un supplément d'extra, un élément différenciant pour faire exister sa musique dans cette nouvelle scène. Mais à la fin, ce qui compte, comme dit Kar!zma, la bonne musique, c'est de la bonne musique, peu importe le style. Et pour entendre de la très bonne musique, je vous invite de ce pas donc à aller le suivre. c'est Kar!zma avec un point d'exclamation à la place du i sur toutes les plateformes mais je vais également vous présenter Natoflorine et Kymarcr juste après un excès du dernier single de Kar!zma Stay With Me, Or Don't Après l'interview, je suis allée faire une mini-pause dehors, puis une fois de retour dans les loges, je me suis posée dans les canapes à côté de Natoflorine, très concentrée en train d'assembler et de signer une par une les pochettes de la version CD de son EP, South London Therapy, en collaboration avec le producteur et réalisateur Trem, qu'il a rencontré quelques années plus tôt sur les bancs de la fac. Produits sur leur propre label Mauvais Enfant Records, le très bien nommé South London Therapy, c'est le résultat fait maison d'un mariage parfait entre les fast-flow nonchalants et veloutés de NATO et les assemblages de samples Jazz Fusion slash Soul dénichés par le Grand Trem qui posent une ambiance hyper cinématographique où s'enchaînent les visions de la ville. Le projet est hyper intéressant dans son utilisation des samples, puisqu'ils vont les utiliser presque pour compléter la voix principale de Natoflorine, comme dans le morceau Wasting My Time, où la voix vient finir les phrases de Nato. Il y a aussi un côté où c'est un projet parfait pour se balader, puisqu'on a vraiment une rythmique qui est très marquée, notamment sur le morceau Dreams, où on va avoir la batterie qui va venir... appuyer les phases de Nato et ça donne vraiment un côté assez grandiose au morceau, surtout qu'on a un beat switch au milieu qui vient complètement changer l'ambiance. C'est vraiment un super projet. Et sur scène, du coup, l'avantage de leur duo, c'est qu'on peut voir Trem faire des découpages de prod en direct et en même temps se laisser aller avec la tête qui bounce pour se caler sur les mouvements d'un Natoflorine, qui clairement serait capable de commander les foules même dans son sommeil, le tout sans oublier une barre. Le cardio sur scène était hyper impressionnant, surtout qu'il a beaucoup beaucoup de textes, mais dès les balances en vrai, on sentait que leur énergie montait petit à petit au fur et à mesure que les gérants venaient régler les lumières, la boule à facettes et la très étrange mais assez stylée sculpture de visage argenté qui était clouée au mur. Avec les prods hypnotiques de Trem, ça rendait vraiment trop bien. En tout cas, ils ont honoré leur titre de tête d'affiche. L'ambiance était absolument bouillante pendant tout leur set, mais en même temps assez bienveillante, ce qui était le signe d'un très très bon passage. Je vous invite définitivement à aller vous envoyer ce projet South London Therapy. C'est smooth et c'est vaporeux, idéal pour les longues soirées d'été. Ça ne fait que du bien. Moi du coup je continue de squatter dans les loges pendant que Natoflorine et Trem finissent leur balance et près du frigo orange dans un coin j'ai pu échanger rapidement avec l'artiste Kymarcr mystérieux dans absolument tous les sens du terme avec seulement quelques sons sur les plateformes mais déjà un potentiel de fou, repéré notamment dans une performance live dans les studios de la radio Balami, très axée sur la mise en avant d'artistes indépendants, où il a coupé le souffle de tout le monde en jouant son titre Honest, sorti l'année dernière. Au moment de le saluer, Kymarcr se présente comme un artiste post-punk et m'explique que ses influences vont aussi bien de Fontaine DC à Arctic Monkeys, tout en citant Big Pig et en hochant la tête quand on se retrouve à tous discuter du dernier projet de Jim Legxacy. J'y reviendrai. Première question du coup un peu stupide qui me vient en tête, à ce stade donc les balances sont terminées et on attend un peu tous dans les loges que la salle se remplisse, mais j'avais rien vu sur scène indiquant la présence d'un groupe. Y'avait pas de batterie d'installé, pas d'ampli non plus, donc je finis par lui demander dans quelle configuration est-ce qu'il a prévu de jouer. Et il me confirme qu'il est bel et bien seul sur scène. Premier mini crash du coup dans ma tête, parce que pour avoir joué dans beaucoup de groupes et côtoyé un peu la scène punk rock, j'avais jamais vu encore de projet post-punk en sol en scène. coincé un peu dans ma vision amplifiée du genre. et je vous jure, j'ai jamais eu tort aussi rapidement. Le niveau d'assurance sur scène, surtout dans une scène de bar, donc à même le sol, même pas une petite estrade, a chanté sans effet sur des prods indie, surf-rock, tout en fixant très intensément chaque membre du public droit dans les yeux. Tous mes questionnements se sont envolés d'un coup parce qu'effectivement, il avait besoin de personne pour brûler le micro. J'ai clairement pris des notes parce que du coup, Kymarcr a vraiment un potentiel de fou. Ce que j'adore dans ses sons, c'est que, un peu comme il le décrit dans les interviews que j'ai pu voir passer sur ses réseaux, c'est qu'il se présente comme faisant un style à la fois fun, énergique et un petit peu triste. Et en vrai, c'est un peu toutes les émotions par lesquelles je suis passée pendant cette soirée. Mais du coup, voilà, les trois artistes, donc Kymarcr, Natoflorine en collab avec Trem et Kar!zma, ont vraiment un potentiel de fou. Allez les écouter de toute urgence. Pour Kymarcr, je vous conseille notamment son dernier single, Night or II. Après le concert, la joyeuse bande m'a proposé de les suivre au club Jumbie, qui est un club pas très loin, sauf qu'évidemment, au moment où ils posent la question, il y avait beaucoup de bruit en fond, et du coup, je n'avais pas très bien compris. Donc j'ai répondu complètement à côté. En plus, je crois qu'il y a eu un grand moment de solitude. parce que j'ai dû dire un truc qui se traduisait vraiment pas bien. Enfin bref, du coup, il y a un moment de flottement où on traîne un petit peu. Et à ce stade, je suis bien tentée par le fait de poursuivre la soirée. Surtout pas que j'avais interviewé qu'un des trois artistes. Donc je m'étais dit que c'était peut-être l'occasion de compenser. Mais à ce stade, il était déjà minuit passé. Le videur commençait à être un peu trop tatillon et à timer les pause-clubs pour réduire le bruit de la terrasse. Mon hôtel était littéralement à l'autre bout de la ville et j'avais trop trop trop trop peur de rater le dernier bus. Du coup, j'ai fini par... Dire non et par rentrer un petit peu d'un coup. Ça, c'est la version où je passe pour quelqu'un d'extrêmement raisonnable. Mais la vraie raison, c'est que j'ai pas osé. Parce qu'en vrai, tout le groupe se connaissait hyper bien, qu'ils étaient tous plus stylés les uns que les autres, et que j'avais peur d'avoir l'air gênante ou cringe, ou pas assez calée, ou pas assez intéressante. Et je sais que ça sonne bête, mais en vrai, apprendre à s'aimer soi-même, purée, c'est dur des fois. Et j'aimais pas ma tenue. Et oui, ça joue. Donc vous inquiétez pas, dès le lendemain, j'ai eu le boost de confiance dont j'avais besoin. Mais du coup, à ce moment-là, je fais les trois changements retour en bus de nuit, mi-contente, mi-soulée contre moi-même. Et du coup, dans cette histoire, j'avais toujours pas mangé. Donc je finis par me mettre en quête d'une épicerie de nuit pour attraper mes meilleurs nouilles instantanées et les infiltrer en douce dans ma chambre. Parce que oui, j'ai pas très bien compris, il y avait une kitchenette dans l'hôtel, mais je sais pas pourquoi on avait pas le droit de l'utiliser. C'était très bizarre. Et là, du coup, en sortant de l'épicerie, je croise deux énormes renards. sur le trottoir d'en face, en train de faire leur vie au calme. Mais genre, en pleine rue, quoi. Ils étaient trop choupis, en plus. Mais ça surprend, en fait. Je savais pas du tout qu'on m'a expliqué le lendemain qu'en fait, c'était très courant à Londres de croiser des renards. Mais n'empêche que, voilà, sur le coup, entre ça et mon monologue interne, j'avais vraiment l'impression d'être dans un épisode de Fleabag, qui est une excellente série, by the way, si jamais vous l'avez pas vue. Le tout était un petit peu surréaliste. J'ai fini par m'écrouler sur mon oreiller à 2h du matin, pour quelques... toutes petites heures de sommeil avant la vraie raison de ma venue, le Record Store Day. C'est donc avec les yeux un petit peu collés que je me suis réveillée à la bourre à 5h30 le lendemain matin, prête à aller faire le pied de grue pendant quelques heures et écumer tous les disquaires du quartier. Première étape, Rough Trade, l'un des plus gros disquaires de la ville, avec plusieurs shops un petit peu partout. J'avais déjà fait celui de Brick Lane en 2024, je crois que je vous en avais parlé. Et je m'étais dit, en vrai, vu les stocks, c'était sans doute le pari le plus safe, surtout pour choper l'édition limitée des Cures qui était sur beaucoup de listes de ce que j'avais vu sur les réseaux sociaux. Arrivé à 6h30, la file d'attente faisait déjà tout le tour du trottoir. Et instantanément, en prenant ma place dedans, je me suis dit, mais pourquoi est-ce que j'ai pas pris de café ? Parce que le temps risquait d'être très long. Au moment de l'ouverture, le staff nous distribue donc les fameuses listes à cocher et au début j'en avais sélectionné beaucoup plus que ce que j'ai fini par acheter, mais en faisant un rapide calcul des prix et des taux de change, j'ai fini par réduire à l'essentiel pour deux raisons. D'abord parce qu'il fallait quand même envisager la possibilité que si tout était dispo, il y avait quand même un vrai risque de claquer tout mon budget d'un coup et ensuite parce que, en vrai, le principe du record store day est plutôt intéressant sur le papier. dans l'idée d'encourager les amateurs et les amatrices qui le peuvent à se rendre dans les lieux de vente physiques plutôt que de passer par des gros distributeurs en ligne. Mais l'inconvénient, c'est que sa popularité et les stratégies de réédition des labels jouent sur l'aspect collection pour faire grimper les cotes et justifier un énième pressing en couleur des albums d'artistes déjà très bien installés dans les circuits de distribution classiques plutôt que d'axer sur la découverte ou la patrimonialisation. Et ça, je trouve ça plutôt dommage. Après, c'est que mon avis. En vrai, j'essaye pas du tout de faire la morale ici. Mais même si j'adore collectionner les vinyles, l'idée c'est pas non plus d'encourager la surconsommation, surtout que c'est une industrie qui est quand même plutôt assez polluante, et il faut bien le dire, qui est plus trop accessible. Alors qu'historiquement, la distribution vinyle, particulièrement les presses en white labels, donc les presses sans étiquette, c'était un des seuls moyens pour des artistes indépendants de faire circuler leur musique quand le mainstream ne leur donnait pas l'heure. En Angleterre, je pense au Grime par exemple. un genre musical issu d'une rencontre entre le rap, la jungle et le garage qui émerge à la fin des années 90, début des années 2000 en Angleterre. Eh ben, le grime a pu survivre au processus d'illégitimation et de criminalisation répétée des gouvernements successifs qui ont grandement freiné son développement d'ailleurs, grâce notamment aux radios pirates et aux disquaires indépendants. Et encore, c'est qu'un exemple parmi d'autres du rôle que peuvent jouer les disquaires dans le développement des mouvements contre-culturels. Enfin bref, je sais que ça fait rabat-joie dit comme ça, mais j'avoue que de voir des goodies et des mini lecteurs en plastique aux couleurs des Beatles produits en masse pour le Record Store Day, ça m'a un peu fait grincer les dents. Tout ça pour dire, diguez de manière intentionnelle surtout, et attention à pas trop se faire avoir par la hype, moi la première, et évitez les presses spéciales avec des liquides dedans, ça vieillit très très mal. Fin de la parenthèse. Par contre, ce que j'ai vraiment adoré dans le Record Store Day, c'était de pouvoir profiter des deux heures et demie d'attente pour discuter en long, en large et en travers avec plein de collectionneurs adorables. Vraiment, j'avais les meilleurs voisins de fil dans mon coin à ce niveau-là. A commencer par G Witzart, un artiste plasticien qui vit entre Londres et San Francisco, à qui à la base j'avais juste emprunté un crayon à papier pour compléter ma liste, qui est en fait un gros gros gros digger de house et de funk notamment, avec une collection de près de 4000 disques. Donc moi, avec mes 130, je me sentais toute petite. Qui, lui, était activement à la recherche ce jour-là d'un disque de la bande originale du dessin animé de Charlie Brown. Ce qui, du coup, m'a un peu étonnée sur le coup, j'avoue. Mais du coup, la personne qui a beaucoup travaillé sur l'univers musical de Charlie Brown, c'est en fait le compositeur et pianiste de jazz Vince Guaraldi, qui est un peu une figure tutélaire du jazz à San Francisco. On s'est envoyé un peu des messages toute la journée pour essayer de se tenir au courant de nos différentes trouvailles et malheureusement le Charlie Brown a été écoulé très très rapidement puisque dès la première demi-heure on nous a annoncé que Rough Trade ne l'avait plus. Mais bon, il a réussi à mettre la main sur l'édition spéciale de Funkadelics que moi je n'ai pas réussi à trouver. On a été rejoint ensuite par un autre collectionneur pendant notre discussion et on a continué à papoter tous les trois, à partager nos meilleures trouvailles. Clairement, Witzart nous a tous battus à ce niveau-là. Et c'était trop cool de commencer la matinée comme ça, dans des grandes discussions sur les meilleures méthodes de classement, et en même temps en profiter pour noter leurs meilleures adresses pour la suite de mon périple. Vient le moment d'arriver en caisse, et au miracle, j'ai réussi à tout choper du premier coup. Le Tamino, les Cure et le disque de Chaka Khan. Bon, le Funkadelic s'était en rupture malheureusement. Très très heureuse, mais très loin d'avoir terminé. Je continue ma virée shopping, cette fois-ci pas à la recherche de prêts spéciales, mais bien dans l'objectif de compléter ma collection. parce que j'ai une liste un peu permanente dans mon téléphone de tous les disques que j'aimerais avoir un jour. Et en vrai, j'étais à la recherche de titres assez difficiles à trouver en France chez les indépendants. En tout cas, pas trop là où j'habite. C'est comme ça qu'après de très longs mois de recherche, j'ai enfin réussi à mettre la main sur « Sometimes I Might Be An Introvert » , qui est mon album préféré de la rappeuse Little Simz, et le vinyle de « Original Pirate Material » de The Streets. Le premier chez Sounds of the Universe et le deuxième chez Phonica, qui sont... deux très chouettes disquaires avec d'énormes bacs. Si jamais un jour vous passez par Soho, je vous les conseille. Et je crois qu'à ce moment-là, je commençais à être un petit peu perdue dans ma map et je commence à faire un peu l'aller-retour dans la même rue jusqu'à ce que je tombe sur un sticker collé à l'entrée d'une cage d'escalier où il y avait écrit Records Downstairs. Donc des disques au sous-sol. Un peu intriguée, je finis par rentrer et par découvrir ce disquaire secret RoVR où j'ai passé une bonne grosse demi-heure puisque... c'est le premier truc que j'ai remarqué, il n'y avait aucun grand nom d'artiste dans les bacs que des vinyles de niche avec des étiquettes de présentation très très soignées sur chacune des pochettes. Après quelques écoutes, je finis donc par jeter mon dévolu sur le maxi des singles Mind of an Ordinary Citizen et Forward du rappeur anglais Blade, sorti en indépendant en 1990 sur le label 691 Influential, 691 étant le numéro indicatif de la zone de New Cross et assez marrant, mais l'arrêt où j'ai pris mon bus retour ce soir-là, mais je m'avance un tout petit peu. La pochette est géniale et d'ailleurs on peut lire tout en bas, si vous voulez nous contacter, demandez juste à n'importe quel habitant du quartier de Lewisham. Comme quoi dans ce séjour, peu importe où j'allais, tout me ramenait vers le sud de la ville. Le titre de Blade, Mind of an Ordinary Citizen, l'esprit d'un citoyen ordinaire, vaut vraiment vraiment le détour, ne serait-ce que pour les samples de Ben E. King et Kool & The Gang. qu'on entend dans l'instru. C'est une petite pépite qui est assez difficile à trouver sur les plateformes parce que c'est aussi l'époque où Blade pressait et distribuait lui-même ses vinyles à la main à l'extérieur des shops, notamment le Groove Records à Soho qui était l'un des spécialistes hip-hop à l'époque et faisait lui-même ses livraisons directement chez les fans, ce qui était assez inédit pour les rappeurs UK des années 90. Et selon les sources que j'ai récupérées, cette stratégie de guerrilla marketing lui a permis d'écouler en tout plus de 9000 copies. physique de son premier single, Lyrical Maniac, qu'il a vendu comme ça de main en main. Ce qui est ouf, toutes époques confondues. Donc ouais, très très contente de cette trouvaille et de la partager avec vous. À ce moment-là, il est midi passé, je commençais déjà à avoir un bon paquet de disques dans mon sac et ça faisait un petit peu lourd, donc je commence à me dire que pour continuer d'explorer, j'allais avoir besoin d'une pause. Mais c'est aussi pile à ce moment-là que je tombe presque sans faire exprès sur la devanture orange de Reckless Records, un disquaire de seconde main. et de rareté à en croire ce qu'il y a écrit sur l'enseigne, et en fait qui était le disquaire que je cherchais quand j'étais perdue là juste avant. Donc je rentre, je fais mon petit tour dans les bacs, et je tombe sur la version physique de la mixtape de Jim Legxacy, dont on parlait beaucoup pendant la soirée de la veille, Black British Music, sortie l'année dernière. Et j'étais très très très très loin de me douter que ça allait ouvrir dans ma tête l'un des plus gros trous de verre de ces dernières années, et une des grosses raisons de pourquoi est-ce que j'enregistre cet épisode. trois mois en retard. Au moment où je l'achète, du coup, ça faisait presque un an que la mixtape était sortie. Et je me souviens, j'avais fait une écoute une semaine après la release, j'avais sauvegardé un ou deux titres, notamment le morceau New David Bowie, que je trouvais déjà génial à l'époque, et j'avais même presque hésité à l'ajouter à mon top album de l'année, et je sais plus trop pourquoi, il a fini dans la liste des mentions honorables, que j'ai finalement pas eu le temps de citer. En fait, je crois qu'à la première écoute, je le trouvais un peu trop chaotique pour être analysé dans ce format. et au final, il m'est sorti de la tête et j'ai mis beaucoup beaucoup de temps à le relancer en entier ensuite. Je m'attendais du coup clairement pas à former un lien d'âme comme ça avec un projet en tombant dessus par hasard au fond d'un bac à vinyle en solde. C'est le premier disque que j'ai posé sur ma platine à mon retour quelques jours après et je vous jure, c'était impossible de tenir une conversation avec moi pendant l'écoute tellement je sautais sur mon canap' à chaque son. Et depuis, je suis bloquée sur Black British Music, mais vraiment... bloquée, que quelqu'un vienne me chercher, je n'arrive plus à rien écouter d'autre, c'est une vraie obsession à ce stade. Je rigole même pas, je crois que je l'ai écouté en entier au moins une bonne quarantaine de fois cette année, et le projet n'a pris aucune ride. Donc préparez-vous, parce que ce tunnel-là, je l'ai en tête depuis très longtemps, et maintenant que j'ai enfin l'occasion de parler de ce projet, clairement je risque d'être insupportable. C'est le moment d'aller re-remplir votre gourde, ou votre tasse à café, je vous attends tranquillement pendant qu'on s'envoie New David Bowie de Jim Legxacy. Vous pouvez aussi profiter de ce tour-là pour noter le podcast, vous abonner aux pages Insta et TikTok ou me laisser un petit commentaire si jamais l'épisode vous plaît. A tout de suite ! Jim Legxacy, comme Blade, est un artiste du quartier de Lewisham, au sud de Londres. Et je vous jure, j'ai même pas fait exprès de mettre les deux en transition. Il partage les caractéristiques des projets déjà mentionnés au début de cet épisode, c'est-à-dire que c'est à la fois un artiste et un producteur du sud de Londres, au style assez inclassable, tout en étant profondément implanté dans un héritage musical à la fois typiquement anglais et influencé par les courants des diasporas caribéennes et de l'Afrique de l'Ouest. Donc on va aussi bien y retrouver des références très explicites à des couplets de Grime au football de Manchester, à des rimes en anglais jamaïcain, le tout sur des prods qui vont de l'hémoroc à l'afro swing, portés par des voix ultra pitchées qui viennent trancher avec la voix grave et non crédité du host, donc de l'hôte de la mixtape, qui vient introduire en quelque sorte une grosse partie des morceaux du projet. Et en caractéristique principale, on va encore une fois retrouver une grosse utilisation des samples. Tout un travail de collage que les producteurs ont créé sur cette mixtape. Black British Music, on a tout un patchwork de samples qui m'a pris presque une semaine complète à démêler, et encore, il m'en manque. Alors, un de mes premiers points d'étonnement quand j'ai écouté Black British Music, et c'est assez marrant à noter, c'est que dans les samples de voix pitchées, on n'est quasiment que sur des voix d'hommes. Ce qui va trancher un petit peu avec, entre guillemets, la tradition notée par l'auteur Simon Reynolds de l'utilisation des voix pitchées de chanteuses de soul dans le continuum hardcore des musiques anglaises. Parce que oui, du coup, Simon Reynolds est un auteur qui est connu pour avoir théorisé l'idée d'un continuum hardcore qu'il utilise pour caractériser l'évolution des différents courants musicaux contre-culturels anglais et pour montrer, par exemple, les ponts, les évolutions et les filiations entre la jungle, le UK garage et le grime. Il va noter, entre autres, des constances dans les rituels scéniques, par exemple, très influencées par la culture des sondes système et la place des MC et des toasters. qui venait poser sur les enchaînements d'instru avec des manières de rapper qui ont beaucoup influencé le grime. Mais aussi, dans les constances qu'il note, on va avoir le rôle proéminent des radios pirates et des médias de niche pour soutenir le genre, ainsi que de la distribution de vinyles autopressés et l'utilisation de voix pitchées de chanteuses de soul. D'où mon point d'étonnement sur les voix utilisées dans ce programme. projets qui sont majoritairement masculines. Dès le refrain de Stick, qui est la véritable entrée dans la mixtape, on a la voix d'un des beatmakers principaux du projet, Joe Stallney, qui va chanter le refrain et retravailler le son de sa voix pour qu'on ait cette sonorité-là. Il y a une vraie intentionnalité en général dans les utilisations des voix samplées sur Black British Music. Par exemple, sur le morceau de New David Bowie, on va retrouver un sample cette fois-ci du couplet de Wash, qui est un morceau du chanteur John Bellion. l'artiste préféré de sa sœur disparue. C'est assez flagrant aussi sur le morceau Father, qui a d'abord été sorti en single pour promouvoir la sortie de Black British Music, où la voix triturée qu'on entend en fond vient du morceau I Love My Father, donc J'aime Mon Père, de George Franklin Smallwood, qui rend hommage à son père décédé. qui est un morceau qui sera aussi samplé par le rappeur Aminé, lui aussi en 2025 il me semble, donc la coïncidence est assez étonnante, et c'est... Presque ironique du coup la manière dont Jim Legacy va utiliser cette voix, puisque lui il va complètement retourner le sens de la chanson originale, puisqu'il va l'utiliser pour parler de sa relation complexe, voire absente, avec son père en prison. Globalement, quand on écoute les paroles de Jim, il a une situation familiale vraiment catastrophique, comme il l'explique dès l'intro parlée sur le morceau Contexte. où il raconte qu'il a commencé à écrire le projet alors qu'il était encore SDF et qu'il crachait sur le canap de ses potes, et qu'à la même période, sa mère avait fait un AVC, son frère souffrait de psychose à cause de la drogue, et sa sœur venait de décéder tragiquement jeune. Ça fait beaucoup. Mais à la manière d'un André 3000 dans l'approche, il raconte tous ses traumas et son parcours du combattant pour, comme il le dit, se sortir de la boue, sur des morceaux qui, eux, sont dopés d'énergie et de refrains chantés qui donnent juste envie de danser. Et alors attends, attends, je sens que t'es perdu, pourquoi... Pourquoi est-ce que je parle d'André 3000 ? Et déjà, oui, je sais qu'on dit André's 3000, mais c'est vachement chiant de dire 3000, donc du coup, je vais dire 3000. Et vous voyez le morceau « Hey ya » de Outkast. Dans son couplet, André 3000 dit cette phrase qui est un peu devenue une marotte, mais qui est tellement importante. Traduction, vous ne voulez pas m'entendre, vous voulez juste danser. Bon, à la base, quand il dit ça, c'est juste... pour appuyer le contraste dans le morceau, entre l'apparence festive et joyeuse du refrain, et le texte qui parle lui d'une relation qui présente visiblement tous les signaux de la fin. Et c'est pas l'analyse de l'année non plus de le dire, mais clairement cette phrase « vous ne voulez pas m'entendre, vous voulez juste danser » , on peut l'étendre à la manière dont en général on consomme la musique, la mode et la culture des artistes racisés et queers. Les banlieues influencent le monde, et nous on va venir commodifier cette influence. On en fait des marchandises facilement consommables, des recettes homogènes, dont on gomme l'histoire et qu'on revend au prix fort, sans s'inquiéter du fait qu'on écarte de leur lieu d'expression les personnes qui les ont créées et qui avaient le plus besoin de ces espaces. On ne veut pas entendre les contextes de souffrance dont ces œuvres émergent, on veut juste chanter le refrain et danser sans responsabilité. de la double identité de Jim Legxacy, de ce que c'est de s'inscrire à la fois dans un héritage musical qui pète tous les scores d'écoute, mais qui a été bâti par des artistes dans une société qui les traite encore comme des citoyens de seconde zone et qui a tout fait d'ailleurs pour empêcher leur ascension. Et quand je dis tout, c'est littéralement. En Angleterre, le grime et la drill ont été constamment ramenés dans le débat public comme étant des genres musicaux qui inciteraient à la violence, un peu comme le rap en France. Ce qui, évidemment, s'est souvent fait sur des discours teintés d'un racisme crasse. En 2008, carrément, The Metropolitan Police à Londres va faire circuler à tous les organisateurs de concerts et de soirées le formulaire 696. Et le formulaire 696 visait clairement à récupérer les informations personnelles, donc les numéros de téléphone, adresses et noms complets des artistes jugés, entre guillemets, à risque. On demandait notamment aux organisateurs de spécifier le genre de musique qui serait jouée, avec entre parenthèses les exemples donnés étant R&B et garage, ou des questions un peu douteuses du genre, je cite, « Y a-t-il un groupe ethnique particulier qui participe ? Si oui, veuillez nous indiquer le groupe en question. » Ça donne un peu le ton. Et du coup, ce parallèle entre l'approche musicale de Jim Legacy et cette phrase d'André 3000, « Vous ne voulez pas m'entendre, vous voulez juste danser » , sur Hey Ya, je le fais pas. par hasard, mais bien parce que Jim Legxacy reprend carrément le refrain de Hey Ya dans son morceau, 06 Wayne Rooney, qui est sans doute un de mes morceaux préférés de la mixtape. D'abord parce que la prod très emo-rock là comme ça j'adore, et sur le pré-refrain, pour appuyer encore plus le propos, il va écrire la phrase « They play our war cries in their club » , donc ils dansent sur nos champs de guerre dans leur club. Aujourd'hui, le grime et la drill font les grandes scènes de Glastonbury et sont jouées dans les clubs massivement, mais elles ont quand même... globalement, à leurs origines, étaient empêchés d'exister. J'adore ce son 06 Wayne Rooney. Vraiment, je trouve que le vibrato, en plus qu'il fait en fin de phrase, est ultra satisfaisant. Je vous le passe d'ailleurs. Mais au-delà du coup de cette référence un petit peu filée à André 3000 dans O6 Wayne Rooney, qui va référencer le plus, ça reste quand même la génération d'artistes underground anglais qui l'a précédé tout en invitant la scène actuelle à venir participer. Par exemple, sur le morceau Sun, Jim est en featuring avec le rappeur new gen Fimiguerro, où on retrouve l'instru du son Did You See de J-Hus, qui est une figure de l'afroswing. Et Jim va même jusqu'à reprendre son gimmick Did You See What I Done, Came in a Black Benz, Left in a White One. Sur le morceau stick, on va entendre en fond la voix de l'immense Skepta, qui est une grande, grande, grande figure du grime, qui était à Yardland d'ailleurs cette année, je sais pas si certains d'entre vous l'ont vu. Jim lui fait aussi un clin d'œil sur le couplet de New David Bowie, quand il va dire « Praise the Lord, it was Rocky in the backstrips » , où du coup il fait une référence directe au morceau entre Skepta et A$AP Rocky, qui s'appelle lui aussi « Praise the Lord » . Une autre figure majeure de la scène rap anglaise qui va être convoquée dans ce projet est le rappeur Dave. Lui aussi vient du sud de Londres et Jim Legacy va d'abord lui faire une référence et notamment évoquer son morceau « Wanna Know » qui a été remixé par Drake par la suite sur DBAB pour « Don't Be A Bitch » . Il dit « I don't wanna know like the old Dave » . Et il va carrément jusqu'à faire une reprise d'un bout du couplet de Dave sur « Wanna Know » où il va dire « Envy and jealousy, everything I wish upon my enemy » . qui va revenir sur plusieurs morceaux de Black British Music. On le retrouve par exemple dans le morceau « 3 X » . qui est en featuring du coup avec Dave, mais aussi sur le morceau suivant Tiger Driver 91. Et même Wiley, qui est considéré comme l'un des pères fondateurs du grime, est présent en fantôme sur trois fois, puisqu'on va entendre le blip de son morceau Morgue dans la prod. C'est donc un sacré héritage que Jim Legxacy va convoquer, et encore j'ai fait très vite parce que j'en ai noté plein des références comme ça, dans une mixtape Black British Music que je vous invite vraiment vraiment à écouter si vous n'êtes pas déjà tombé dessus. C'était même dur de sélectionner les extraits tellement j'aime tous les sons de ce projet. Et je suis trop trop trop contente d'avoir enfin eu l'occasion de vous en parler. Mais le voyage n'est pas encore tout à fait terminé. Parce que les choses après ça sont devenues un petit peu très aléatoires. Donc on poursuit notre périple juste après avoir passé I Just Banged a snus In Canada Water de Jim Legacy. Après un déjeuner en solo tranquille, je suis donc repassée à l'hôtel pour déposer ma pile de vinyle et stratégiser pour la soirée. En vrai, il n'y avait pas grand chose de prévu ce soir-là et j'étais un peu KO parce que du coup j'avais dormi que 3h la veille. Donc je repère un mix, un DJ set en plein air gratuit dans Soho et je me dis que voilà, pour la suite j'allais improviser. Le DJ set était très cool mais c'était dans une espèce de grand cloître avec que des terrasses de restaurants et de snacks donc c'était pas hyper simple de se poser à une table pour juste prendre un verre et en même temps il était beaucoup trop tôt pour commencer à manger. Genre il devait être un truc genre 17h. Donc je rebrousse chemin et je me rappelle être passée devant une rue assez animée avec pas mal de bars et de groupes de gens sur les trottoirs. Je m'arrête devant un et je repère un groupe de trois personnes très stylées. avec des tote bags de disquaires que j'avais visités un petit peu plus tôt dans la journée. Du coup, je me dis, bon, je vais prendre un verre et puis on va voir ce qu'il se passe. Donc, je me prends une pinte, je ressors et le petit groupe est toujours là. Et alors, ne me demandez pas ce qui m'est passé par la tête, j'ai aucune idée de ce qui m'a pris, mais j'ai pris une grande inspiration et je me suis approchée d'eux. Je leur ai demandé s'ils avaient trouvé des trucs cools pendant le Record Store Day et ça a lancé une discussion qui a duré jusqu'à presque deux heures du matin. Coup de foudre, au pluriel. On a commencé à parler musique, évidemment, et un peu les mêmes sujets qu'avec les collectionneurs dans la file d'attente un petit peu plus tôt. Des vinyles qu'on avait trouvés dans la journée, de nos artistes préférés, des meilleurs spots de concerts à Londres et à Rennes, puisque toujours là pour hyper ma ville. Et naturellement, de ce qu'on comptait faire du reste de la soirée. Et à ce moment-là, du coup, ils me disent qu'eux s'apprêtaient à retourner près de Peckham, juste à côté de là où j'étais la veille. Donc encore... à l'autre bout de la ville, pour rejoindre un groupe de potes et fêter l'anniversaire de Michael, qui m'invite à venir avec eux. Deuxième meilleure décision du voyage. Bon, du coup, je me suis totalement incrustée dans leur groupe. Ils étaient tous plus adorables les uns que les autres, d'ailleurs. Genre, tu tombes sur un groupe d'inconnus, et c'est les humains les plus choupis de la Terre. J'avais l'impression d'avoir gagné la loterie. On a parlé toute la soirée, sans s'arrêter, mais de sujets hyper profonds, en plus. De musique, de politique, de nos familles, du fait que, peu importe nos âges... qui était très disparate d'ailleurs, ça allait de 29 à 55 ans. Et du fait qu'on avait tous un peu changé de vie plusieurs fois et que personne n'était vraiment très très sûr de ce qu'être adulte voulait dire et qu'au final, on était tous un peu perdus mais magnifiques. On s'est dit au revoir avec les petites larmes au coin des yeux et c'était complètement surréaliste. J'ai même revu les renards au retour d'ailleurs. Et je vous jure, le lendemain dans le train vers Paris, en plus d'une sacrée migraine, parce que j'avais pris pas mal de tournées avec eux, j'avais aussi un peu mal au cœur. parce que ça faisait comme une fin de vacances. Je pensais aux artistes incroyables que j'avais rencontrés à Peckham. Puis, du coup, les rencontres surprises de Michael, Barney, Millie, Cat et Liv. Et les autres qui sont arrivées au moment où j'en avais le plus besoin. Parce que du coup, à ce moment-là, je commençais à me sentir un petit peu seule. Donc, j'étais trop reconnaissante d'avoir pu passer une soirée avec des gens aussi exceptionnels que ça. Il y a un truc avec Londres, musicalement, émotionnellement, qui se passe à chaque fois, comme l'a dit Kar!zma dans notre interview. Et c'est ce que je trouve fascinant quand je viens. Même si, évidemment, on est très très loin de l'Eldorado, politiquement le climat est en tension permanente depuis quelques années déjà, et là-bas aussi il y a une montée très alarmante des discours de haine et des formes de racisme décomplexés, incarnés entre autres par la montée très inquiétante du mouvement réforme soutenu par les acteurs du technofascisme international. C'est aussi pour ça que la réponse des artistes issus des diasporas est d'autant plus importante à entendre. Je reviens à Black British Music, mais comme Jim Legxacy, c'est aussi pour ça que de nombreux artistes revendiquent et se réapproprient les symboles de l'identité british que l'extrême droite leur refuse, comme par exemple l'Union Jack, donc le drapeau, qui est détourné sur des pochettes d'artistes comme Pink Panthress ou Nia Archives, ou encore le rappeur Stormzy, qui était monté sur la scène du Glastonbury en 2019 avec un gilet par lame. aux couleurs du drapeau designé par Banksy. Alors que c'était à ce moment-là le premier artiste noir anglais de l'histoire du festival à être programmé en solo en tête d'affiche. On retrouve aussi des exemples de cette stratégie du reclaim en France dans les derniers visuels de Linlin, Soli ou encore Tiakola qui affichent tous fièrement le drapeau français. Et du coup, la dernière artiste sud-londonienne dont je voulais vous parler aujourd'hui utilise elle aussi le symbole du drapeau. comme toile de fond pour son premier album, South London Lover Girl, sorti en février de cette année. On va parler de la rappeuse Ms Banks. Alors là, pareil que pour Jim Legxacy, on est sur une artiste que vous avez sans doute déjà vu passer, tellement son premier album, South London Lover Girl, sorti en début d'année, était attendu. La grande Ms Banks occupait déjà le terrain depuis une... bonne dizaine d'années et a notamment enchaîné les featurings, par exemple avec Aya Nakamura, Kalash ou encore Jorga Smith, mais aussi les projets courts. Sur son premier album, donc South London Lover Girl, la rappeuse de Camberwell livre un projet complet dansant politique et personnel tout au long de 14 morceaux. Et dès l'intro, ça rappe trop trop bien déjà, mais quand les premières notes de No Love, qui semble en plus Bad Boys de Shine et Barington Levy, qui est lui-même une reprise de Night Clubbing de Grace Jones, autant dire que j'étais dedans direct. Là encore, on a des refrains hyper accrocheurs, d'inspiration R&B et afrobeat. Je pense notamment à des morceaux comme War Outside, qui est en featuring avec Strands, mais aussi S.O.S., où le niveau de rejouabilité du refrain est juste indécent. Il y a presque un côté Sad Girl Love Money sur S.O.S. que j'aime beaucoup. Mais pour les bangers bien vénères, on n'est pas en reste non plus. On a notamment Catch You Lacking, avec une prod de HArgo, qui produisait notamment pour Central Cee à ses débuts. mais aussi l'incroyable 4C, qui est mon son préféré préféré du projet, ne serait-ce que pour l'agressivité du flow que je trouve incroyable, mais aussi pour la thématique que Ms Banks vient dérouler tout au long du morceau, 4C étant un type de boucle de cheveux, où elle explique comment les codes vestimentaires et esthétiques des personnes racisées ne sont célébrés que lorsque ceux-ci sont portés par des blancs, en l'occurrence des blanches. Des refrains accrocheurs donc, mais sur fond de violence. Le morceau titre South London Lover Girl, mais aussi Why et Work Harder, qui sample d'ailleurs la voix de l'artiste Layyah, qui dit . Donc tu dois travailler plus dur et c'est juste un fait, c'est difficile d'être une femme, d'autant plus une femme noire. Ces morceaux-là viennent questionner directement les conséquences quotidiennes du racisme systémique et institutionnel en Angleterre. L'accès aux soins de santé physique et mentale, mais aussi l'accès au logement ou à l'emploi. C'est l'impression de devoir constamment travailler plus dur que les autres pour la même reconnaissance, mais dans un système qui ne te donne aucun avantage au départ. Et ça, ce sont du coup des thématiques que l'album de Ms Banks va aborder directement, de manière très frontale. L'artiste vient poser la question à l'auditeur et confronter à la réalité qu'elle vit. L'anaphore sur lequel se construit le texte du morceau Why est en particulier réussi à cet égard. Les différents enregistrements, donc les skits en début ou en fin de morceau, viennent appuyer le message, comme l'outro par exemple du morceau South London Lover Girl, où on entend un chant anti-migrant des partisans de Reform. Ce qui, encore une fois, renforce le récit du morceau qui déroule, lui, le destin de deux femmes des quartiers populaires, prises dans des cycles de violence des hommes autour d'elles, eux-mêmes prédisposés à l'addiction, favorisés par un contexte de précarité et, encore une fois, le manque d'accès à des soins de santé mentale. C'était impossible de parler de la scène sud-londonienne sans évoquer cet album. Allez écouter Ms Banks. Merci à vous tous d'avoir écouté cet épisode. Il comptait énormément pour moi celui-là et je suis très contente d'avoir eu l'occasion de découvrir tous ces artistes et j'espère leur avoir fait l'honneur qu'ils méritent. J'ai mis beaucoup trop de temps à l'écrire, la vie s'est un peu mise entre mes pattes mais j'ai adoré me plonger encore un peu plus loin dans ma compréhension de la scène londonienne. J'ai appris plein de trucs, notamment sur l'histoire du grime et sur ce qui se passe actuellement dans les scènes indées. Mais du coup, les parallèles sont aussi très flippants entre les extrêmes droites françaises et anglaises et les méthodes similaires d'attaque à la culture. Donc oui, l'épisode était un peu plus politique que d'habitude, mais je vais clairement pas m'excuser pour ça. Le contexte est urgent et, à vrai dire, très terrifiant. Et comme le montrent les albums évoqués aujourd'hui, la musique, l'art et la culture sont profondément politiques, que vous le vouliez ou non. Alors j'ai fait ça à mon échelle, avec tous mes angles morts et mes imprécisions. Je vous ai mis comme d'habitude les auteurs et les autrices, les créateurs de contenu sur lesquels je me suis appuyée pour créer cet épisode, qui elles et eux sont très très très calées, donc allez leur donner de la force et du soutien, puisqu'elles sont beaucoup plus directement concernées par les problématiques abordées aujourd'hui. Toutes les références sont donc en description, ainsi que la tracklist pour retrouver tous les morceaux qu'on a passés. Il y a notamment deux très très bons livres que je vous conseille si les thématiques de cet épisode vous ont intéressé. D'abord Hardcore de Simon Reynolds, mais aussi Black British Music de Paul Gilroy. Les deux sont publiés par la maison d'édition indépendante Audimat, qui comme de nombreux nombreux acteurs, actrices de l'industrie du livre, est aujourd'hui menacée par les difficultés que connaissent leurs distributeurs, une conséquence directe de la concentration de l'industrie du livre autour d'un certain milliardaire d'extrême droite. Donc si vous aimez les essais et la critique musicale, logiquement oui si vous êtes ici et que vous êtes resté jusqu'à la conclusion et qui reste de la place dans votre bagage pour cet été n'hésitez pas à aller commander les pépites en vente directement sur le site d'Odimat si vous le pouvez il faut faire circuler la presse et l'écriture engagée indépendante autant qu'on peut achetez-les à plusieurs, passez-vous la copie offrez-les pour des anniversaires de vos potes monomaniaques partagez les publications sur les réseaux, mettez des commentaires et rappelez-vous, ensemble on a du pouvoir et chaque petite action compte C'est tout pour moi pour aujourd'hui, je sens que le montage va être très long, j'espère que l'épisode vous a plu, dites-moi ce que vous en avez pensé, surtout n'hésitez pas à lâcher quelques petites étoiles si vous avez le temps. On se retrouve le plus vite possible, je pense que je vais dire ça maintenant plutôt que de me mettre des délais que je peux pas tenir, mais cette fois ce sera pour un épisode spécial en compagnie de Mathéo du média Tourne-Disque pour aller découvrir les pépites de la scène underground renaise cette fois-ci. Je serai de retour à Londres en septembre pour 5 jours, d'abord pour... pour retrouver les copains, mais aussi et surtout pour faire un maximum de concerts possibles et pour trouver ma tenue de scène parce que je prépare mon petit retour sur scène. Je vous en parlerai un jour. Je pense pas qu'il y aura un épisode spécial cette fois-ci et je pense qu'on gardera plus ça pour les bilans de l'année. Mais comme d'habitude, j'essaierai au maximum de vous embarquer avec moi dans chaque aventure. Alors n'hésitez pas à me suivre sur Instagram et sur TikTok, arrobase monomaniaques podcast. Et en échange, j'essaierai vraiment de poster plus régulièrement là-bas aussi. J'y travaille, promis. En attendant, passez une très belle fin d'été, des gros bisous, prenez soin de vous, et à bientôt les monomaniaques.