Hervé BryC'est aussi l'école, tu as raison. Voilà un autre film qui évoque les difficultés... du métier d'enseignant. Décidément, c'est dans l'ère du temps et pas qu'en France. Je résume le début. On est dans un établissement scolaire dont on comprend assez vite qu'il ne s'agit pas de Stanislas à Paris. Là, on est dans un collège de banlieue avec une population de jeunes pas tous faciles à gérer. On y voit un professeur de français à l'œuvre dans une classe, investi, sérieux. mais avec un souci de proximité vis-à-vis de ses élèves, faisant un cours dynamique sur la séduction en littérature. Mais son attitude cool va être mal interprétée par une jeune fille qui va aller se plaindre auprès de la direction, de sa famille et même de la police. En Grenage, un événement qui paraît infime va prendre des proportions de plus en plus importantes, en particulier via les réseaux sociaux, avec implication de familles menaçantes, clans qui se forment dans la classe, collègues pas forcément tous solidaires, hiérarchie qui veut faire profil bas. D'où le titre Pas de vagues Ce mot pas de vagues c'est aussi dans la réalité le nom d'un mouvement de profs pour dénoncer l'omerta de l'éducation nationale en cas d'incident ou de conflit dans les établissements scolaires. On va se rajouter à ça la vie privée qui va être exposée et en subir les conséquences. Bref, la galère pour ce prof qui a eu la maladresse, on peut dire, de trop vouloir être proche de ses élèves. À part peut-être le personnage du grand frère, un peu trop lourdement chargé, le scénario, je trouve, évite le manichéisme, ne jetant pas forcément la pierre à cette petite qui semble s'être sentie réellement harcelée et elle aussi dépassée par les événements. C'est quand même un peu plus subtil, par exemple, que les risques du métier, le film des années 70 avec Jacques Brel, qui relatait une histoire similaire mais sans trop de nuances. Il faut dire que le réalisateur marche un peu sur des œufs avec cette histoire, à l'heure où les abus ou l'emprise de certains hommes adultes sur les jeunes filles, en profitant de leur position dominante, est un sujet d'actualité brûlant, avec la demande de plus en plus insistante de croire en la parole de celles qui se disent victimes. Avant même que le film ne sorte, d'ailleurs, je sais que certains se sont même indignés. sur le sujet traité. Mais je trouve que le thème de la parole à entendre n'est pas éludé dans le film. Encore une fois, le propos me paraît équilibré, car il souligne aussi les maladresses du prof. Au moment même où je regardais le film, j'ai pensé à Entre les murs de Laurent Canté, Palme d'or 2008. Pour l'aspect immersion dans un collège réputé difficile, avec moments pédagogiques très intéressants, et rébellions aussi, si je me souviens bien, d'élèves qui trouvent que leur prof les traitait mal. Alors, pas de vague, perd un peu au jeu de la comparaison, mais il y a de ça quand même. François Civil, en jeune prof solaire qui a foi en son métier, même si un peu orgueilleux en voulant absolument marquer ses élèves, et qui va se retrouver vulnérabilisé et très crédible. Et moi, je ne dirais même plus ça, il est vraiment très bon. C'est le genre de prestation qui va le faire monter d'un cran pour acquérir la stature de grand acteur. Pour le casting des collégiens... La plupart sont, paraît-il, des non-professionnels, avec quand même, en petite peste convaincante, une jeune actrice que tu connais, c'est Malorie Vanek, découverte il y a deux ans dans... Dans Les Pires,
Hervé BryEn jeune boxeuse. Et elle monte, elle monte, celle-ci aussi. Elle sera bientôt dans le prochain film de Gilles Lelouch, qui s'appelle L'Amour Ouf. Alors, lors de l'avant-première, le réalisateur, il s'appelle Teddy Lucie Modeste. C'est un joli nom, ça, Teddy Lucie Modeste. Moi, c'est le premier film que je vois de lui. Il a dit aux spectateurs que cette histoire était partiellement basée sur du vécu. Le sien, en l'occurrence, puisqu'il est prof de français, a été impliqué dans une situation similaire quand il enseignait en banlieue parisienne. Il a ajouté s'être également inspiré de faits relatés par ses collègues. le scénario est co-écrit avec Audrey D. Wan, qui l'a aidé, il nous a dit, à trouver un peu la distance nécessaire pour se décoller du vécu et aussi pousser un peu le curseur en ajoutant de la fiction. Bon, cinématographiquement, rien de révolutionnaire, je dirais même que c'est assez plan-plan, mais la force du scénario et de l'interprétation ont fait, moi je trouve, un objet vraiment très intéressant, tendu, façon thriller. Bémol. Il faut chercher toujours les bémols. Je trouve que l'intensité dramatique et émotionnelle, qui est déjà assez forte, est parfois lourdement surlignée par une musique trop présente. Et la bande-son insiste aussi trop à certains moments. Je pense à une scène dramatique d'alerte intrusion au collège, avec une sirène d'alarme qui troue inutilement les oreilles. En plus, moi, personnellement, ça m'a rappelé de très mauvais souvenirs. Je prédis quand même à ce film qui est franco-belge. En salle depuis quelques jours, un grand succès populaire qui serait mérité. Oui, je suis le monsieur Irma du Cinoche.