- Speaker #0
Bon, et bien maintenant, on va partir encore aux années 70.
- Speaker #1
Oui, on va casser les codes, c'est une bonne idée ça. Et c'est The Mastermind qui s'inscrit dans la réunion des films qui, comme Partons de Sergio Leone à Tarantino, ils dynamitent les codes.
- Speaker #0
Les codes de quel genre ?
- Speaker #1
Là, on va casser les codes d'un film de casse. Les films que l'on connaît. Les Ocean 12 et tout ça, le Cercle Rouge, des films de casse, il y en a un paquet. Mélodie en sous-sol, il y en a beaucoup. Alors là, on est dans les années 70, on est dans le Massachusetts, et on a un père de famille qui est en quête d'un nouveau souffle. Il en a besoin, le Mooney. Il va décider de se reconvertir dans un trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, enfin je pourrais dire deux autres pieds nickelés, il va s'introduire dans un musée et dérober les tableaux. Alors on n'est pas au musée du Louvre, on ne passe pas par une nacelle, là on y va, mais franchement, simplement, mais c'est évident d'aller faire un casque dans le Massachusetts.
- Speaker #0
C'est un petit musée de province.
- Speaker #1
Ah oui, il y a des tableaux qui apparemment ont une certaine valeur. Alors, le mastermind nous promet une mécanique, habituellement on attend un peu de tension, mais là non, tout est désamorcé dans ce film. Comme, je vous l'ai dit, par exemple, Ocean Eleven, Twelve et tous les autres, où il y avait un plaisir à orchestrer, une sorte de chorégraphie, ou encore, dans un de mes films favoris, Le Cercle Rouge, où il y avait une austérité qui était tendue à l'extrême, le mastermind, là, il s'étire, il flâne, il s'attarde, il construit peu. Alors le problème, ce n'est pas tellement qu'il y a un refus du spectaculaire, c'est l'absence de cohérence avec ce refus. Le film, il ne fait que dilater son récit, comme s'il découvrait à chaque scène qu'il pouvait encore ralentir un petit peu, encore fragmenter, encore disperser. Les pauses s'allongent jusqu'à confiner à la stagnation. La tension, elle s'évanouit littéralement. Alors, chaque scène semble là aussi, comme j'ai dit pour le film coréen, contredire un peu la précédence. Il y a une sorte d'hésitation. Alors ça hésite entre une comédie décalée, un drame existentiel, une parodie de film noir, sans jamais assumer l'un ou l'autre. L'impression en tout cas qui a dominé pour moi, c'est celle d'un film indécis, qui confond flou artistique et brouillard conceptuel. Moi j'aime les films lents, j'accepte de suivre pendant plusieurs minutes un homme qui gravit une montagne. dans l'odeur du vent.
- Speaker #0
Oui, c'est pas un mythe faux, la langue. Non,
- Speaker #1
mais là, ça devient un piège. Déjà, ça dure 1h50. Et comme pour la météo, on parle de durée ressentie, là, pour moi, j'ai eu l'impression que ça durait plusieurs heures. Alors, elle s'amuse à dilater systématiquement le moindre geste. Par exemple, il y a une scène qu'on ne finit pas, où on le voit. un à un en train de remettre les tableaux dans une cache. Bon alors, ça se veut, ça se veut, manifeste, réflexion, déconstruction du genre, mais bon, moi j'ai pas eu toutes les clés pour entrer dans son projet. Moi je suis resté à la porte, à regarder, j'ai failli m'assoupir, je ne l'ai pas fait, non non, là j'étais bien en forme. Il y avait une idée dans ce film, prendre le film de casse à rebours, en faire un anti-spectacle, mais les idées comme les braquages, ça exige une exécution parfaite. Et pour moi, je dirais que The Mastermind, c'est l'art de diluer le vide.
- Speaker #0
Un cerveau, Mastermind. Et c'est vrai que ce n'en est pas trop, d'après ce qu'on nous montre du personnage, braqueur pas très doué quand même. Alors, tu as remarqué quand même... C'est pendant la guerre du Vietnam et ça revient quand même en fond.
- Speaker #1
Oui, mais lui, il écoute tout, il s'en fout complètement. Oui,
- Speaker #0
tout de fait. Alors, un mot sur la réalisatrice quand même. Kelly Richards, figure du cinéma indépendant américain, dont le travail se retrouve souvent en compétition dans les festivals et avec des prix même. Une spécialiste, en effet, d'un cinéma lent, contemplatif, soporifique, diraient les détracteurs, sans doute adepte. Moi, je pense que c'est une adepte de Chantal Ackerman, sans doute. qui pouvait, par exemple, dans Jeanne Dillemann, filmer Delphine Seric dix minutes en plan fixe, en train d'éplucher des patates ou de faire la vaisselle, et s'hypnotiser. Donc c'est un peu ce que voudrait faire le film ici, où la caméra s'éternise aussi sur des actions banales. Mais le problème, c'est que ça ne fonctionne pas vraiment. J'ai pourtant beaucoup aimé son First Cow, la première vache en français, cette année de 2020, sur l'amitié de deux jeunes aventuriers en Oregon. au début du 19e. Alors, son dernier, là, pardon, un tantinet mollasson, vaut quand même, Patrick, pour la collection de belles voitures, elles sont magnifiques, et pour l'acteur Josh O'Connor, magnifique aussi dans le récent Rebuilding, et à voir bientôt dans Le son des souvenirs, en archiviste de champs populaires américains du début du 20e. C'est l'acteur du moment. Il sera cet été dans le prochain Spielberg Science Fictionnest qui s'appelle Jour de Révélation.