Patrick SERVELOui, pour un film qui s'appelle Vingt dieux Et le film, il débute par un long plan séquence. On a la caméra qui déambule au milieu d'une foule, de la foule d'une fête de village, de la campagne, on va l'apprendre, de la campagne jurassienne. Et là, tous les protagonistes du film sont déjà là. Et rapidement, on va faire la connaissance de Toton. Alors Toton est un jeune garçon, tout juste 18 ans. qui va malheureusement être assez rapidement confronté à un drame et devra d'un seul coup passer d'un statut de fils un peu rêveur, je dirais même un peu branleur, à celui d'un jeune adulte ayant à traiter des problèmes qui le dépassent. Du jour au lendemain, il devra donc à 18 ans à peine s'occuper d'une jeune sœur et de la gestion d'une ferme. Bon, vous allez me dire, avec un pitch comme ça, On peut s'attendre à un drame des Dardennes ou d'autres frères d'Arieux. Mais non, non, non, non, pas du tout. Le parti pris par Louise Courvoisier, donc la réalisatrice, est de faire de ce drame qui s'annonce une comédie, sans pour autant, et ça c'est intéressant, oublier le côté sociétal de la campagne où ses habitants font souvent face à de très grandes difficultés et des difficultés au quotidien. Alors... Comment y parvient-elle ? Elle réunit deux choses. Elle restitue la spontanéité, une spontanéité teintée de vulnérabilité de l'ensemble de ces jeunes ruraux. Il y a de fortes chances que d'avoir choisi une distribution essentiellement composée d'acteurs plus ou moins professionnels du cru, tout cela y est certainement pour quelque chose. Leur interprétation apporte une fraîcheur. indéniable. Je dirais que Vindieu, puisque c'est le titre du film, est un film qui sent l'herbe fraîche, fraîchement coupée. Moi, je dirais la bouse de vache. Oui, les deux. Moi, je suis à côté de ta bouse. Voilà. Donc, Louise Courvoisier, je le répète, réalisatrice, premier film, nous délivre un récit autant réaliste et attachant. Et sans jamais tomber dans... dans le cliché qui pourrait vite arriver quand on réalise un film sur la campagne et ses habitants. Ici, le portrait dressé de cette ruralité est sensible. Et tout se passe au travers de la fabrication d'un fromage, le comté. Elle vient mettre en lumière ce qu'est le travail de la terre, un travail qui suit des traditions emblématiques à une région. Et tout ça avec des touches délicates. Et elle nous délivre aussi un message qui est hyper important sur ce qu'est la vie, ce qu'est la transmission. Et... elle le montre comme étant vraiment une valeur cardinale. Elle n'oublie pas non plus d'être une réalisatrice qui soigne son cadre avec une photographie vraiment très belle où elle a réussi à capturer les lumières d'une campagne aux couleurs changeantes sans pour autant que ça devienne un documentaire carte postale. Et l'évolution, on l'a suivi, l'évolution de Toton, elle est assez intéressante parce que... Tout au long du film, on va le voir évoluer. On le voit faire face, on le voit aussi gérer ses émotions. Que ce soit en apprenant à ne plus réagir par les coups dès qu'une moindre réflexion est faite à son endroit, on le voit aussi évoluer, ça c'est une partie assez intéressante du film, dans sa relation amoureuse. On le voit finalement découvrir ce qu'est l'autre. Alors, quand je suis sorti du film, qu'on a découvert à Hoche lors du... du festival en octobre dernier, certains m'ont dit avoir trouvé le rythme un peu lent, notamment dans la première écriture. Moi, j'ai trouvé que cette pseudo-lenteur nous permet justement de nous habituer à un rythme peut-être plus lent que celui que l'on connaît, et on arrive ainsi à s'immerger dans l'atmosphère de la campagne. D'autres aussi ont regretté un scénario, peut-être, qui manquait de rebondissement. Là encore, je trouve que la puissance du film, elle est ailleurs. Moi, le... Vraiment, c'est la justesse du ton doublée d'une interprétation tout à fait limpide. Alors, pour terminer, j'ai envie de dire, pourquoi j'aurais, je vous dis, que si vous aimez la vie et si vous avez confiance dans notre jeunesse, si vous croyez qu'une bouteille remplie à moitié est plus pleine que vide, si vous avez envie d'un bon coup de vent frais, allez courir voir Vingt-Dieu. Ce film fait du bien, c'est un hymne à la jeunesse et à la terre, authentique, emprunt de beaucoup. de poésie.
Hervé BryDis donc, tu le vends bien. Et c'est vrai qu'avec des sujets abordés assez rudes, la paupérisation du monde paysan, des histoires d'orphelins, l'alconisme à la campagne, l'alcool circule pas mal. On aurait pu tomber dans le misérabilisme, mais le film est vraiment plutôt solaire. Et en grande partie, je trouve, grâce à la manière dont sont montrées d'abord la magnifique relation frère-sœur, extrêmement touchante, et également l'histoire d'amour atypique. Et c'est finalement en partie une comédie romantique. Et le casting non professionnel donne vraiment de l'authenticité au récit. Le jeune acteur qui interprète Toton. D'ailleurs, Toton, c'est pour quel prénom en réalité ? On l'appelle Toton, mais je ne sais pas. Tony, peut-être ?
Hervé BryJe n'ai pas retenu son nom. Alors, bémol quand même au niveau de la créativité. Si, d'un moment important de ce récit, un détail, mais si, mais quand même. Un personnage meurt dans l'histoire, mais la façon dont c'est montré n'est pas du tout réaliste. Je ne vais pas rentrer dans les détails pour ne rien divulguer. Mais ce qu'on voit n'est pas possible dans la vraie vie. Péché scénaristique de premier long métrage. On va dire qu'il est pardonné. Prix Jean Vigo, je crois, 2024. Donné un premier film français. Vingt dieux, quand tu lui as demandé son coup de cœur du moment, ça a été le choix du critique ciné de France Inter, Laurent Delmas, qui t'a accordé un entretien, Patrick, pendant le Festival du film d'histoire, où il était membre d'un des jurys. Le podcast de l'entretien est en ligne pour qui ne l'aurait pas vu passer.