Speaker #0Bienvenue dans Morgane sans filtre, le podcast qui parle de recrutement sans langue de bois, sans filtre, sauf pour le café bien sûr. Salut à toi, recruteur, manager ou simple curieux du cerveau humain. Bienvenue dans Morgane sans filtre, le podcast qui décapsule le recrutement sans powerpoint et sans langue de bois. Je te demanderai beaucoup d'indulgence et de bienveillance car c'est mon premier épisode et mon tout premier podcast. Moi c'est Morgane, je recrute depuis plus de 15 ans. J'ai vu passer plus de CV que d'épisodes de Game of Thrones, et crois-moi, les dragons dans les entretiens, j'en ai croisé quelques-uns. Aujourd'hui, on parle de biais cognitifs, ces petites bêtes invisibles qui sabotent nos recrutements, nos jugements, et parfois nos apéros RH. Dans cet épisode, on va essayer de recruter sans trop se planter, et surtout, comment éviter que nos biais fassent de nous des stormtroopers du recrutement. Tu sais ce qu'il y a de fascinant avec notre cerveau ? Il adore avoir raison, même quand il a tort. C'est un peu comme ce collègue en open space qui t'explique que « non mais moi j'ai l'œil pour repérer les bons profils » . Spoiler alert, il confond souvent intuition et préjugés bien ancrés. En fait, notre cerveau, c'est un algorithme sans mise à jour depuis l'ère du mammouth. Il veut aller vite, donc il classe, il catégorise, il juge. Et hop, un candidat trop jeune, pas assez d'expérience. Une candidate trop âgée ne sera jamais assez dynamique. Résultat, on croit faire du matching, mais en réalité, on fait du tri sélectif version humain. Quand on parle de biais en recrutement, on pense souvent à des petits raccourcis du cerveau. Mais en réalité, ce sont des autoroutes. Et ces autoroutes, on passe tous les jours sans même s'en rendre compte. La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent, comme le disait si bien Einstein. Le biais le plus fréquent, c'est celui de similarité. Tu sais, celui qui te rassure, parce qu'en fait, tu vas recruter des personnes qui te ressemblent. Même parcours, même ton, même école, même énergie. On se dit que ça va forcément matcher. Mais en réalité, on fait du recrutement miroir. On embauche notre reflet. Et c'est comme ça qu'une entreprise finit par tourner en rond, avec des profils clonés, des idées identiques et zéro diversité. Un autre biais plus insidieux... C'est le biais de genre. En France, des études récentes, 2022, on n'est pas à l'ère de l'après-histoire non plus, des études de la DARS montrent qu'à compétences égales, une femme candidate à un poste dans un métier dit masculin a moins de chances d'être rappelée qu'un homme. Et puis il y a le biais d'apparence physique, celui dont on ne parle presque jamais, mais qu'on pratique tous souvent inconsciemment. Une étude publiée en 2023 dans la revue Psychologie du Travail et des Organisations a fait le test. Des chercheurs ont présenté à 279 recruteurs des CV identiques, avec une seule variable, la photo du candidat ou de la candidate. Le reste, même parcours, même compétence, même motivation. Le résultat ? Les candidats en surpoids ou obèses ont été jugés moins compétents, moins performants, et donc... Moins recrutable que les autres. Le tout, je le rappelle, sur la base d'une photo. Pas d'un mot prononcé, pas d'une expérience vécue, non, non, juste une apparence. Et si tu crois que c'est anecdotique, sache que selon le défenseur des droits, une femme obèse a 8 fois plus de risques d'être discriminée à l'embauche qu'une femme mince. 8 fois. Dans un monde qui te parle diversité à chaque campagne RH, ça fait réfléchir. Et si tu veux aller plus loin, je t'invite à regarder le documentaire sur la marque Abercombie & Fisch, sur Netflix il me semble, marque de vêtements américaine forgée sur le mythe de l'Amérique éternelle et qui a basé son succès sur les discriminations entre 1992 et 2015. Le PDG d'Abercombie, entre 1992 et 2014, et donc l'architecte de ce système. Il souhaitait faire d'Albert Combié-Fisch la marque des « enfants cools » , chose qu'il assume ouvertement dans des interviews. Je vous le cite. « Dans chaque école, il y a les enfants cools et populaires, et puis il y a les enfants moins cools. En toute honnêteté, nous nous adressons aux enfants cools. » Finition de citation. L'enfant cool, selon lui, C'est le blanc propret à mèche et au corps budibulté. Ce qui est fascinant et un peu terrifiant, c'est que ces biais se glissent dans des micro-détails. Une photo, un prénom, une façon de s'habiller, une posture, une façon de parler. Des jugements instantanés, déguisés en intuition professionnelle. Mais recruter, ce n'est pas sentir, c'est comprendre, écouter, analyser, échanger. C'est un métier, et c'est surtout une responsabilité. Parce qu'à chaque entretien, à chaque décision, on choisit un peu plus le monde du travail qu'on veut construire. Et franchement, on mérite mieux qu'un monde où un CV s'arrête à une photo, non ? Alors ok, c'est bien beau tout ça, mais comment on fait pour éviter de recruter comme un stormtrooper qui tire à côté de la cible à chaque entretien ? Bah tout d'abord, on est honnête. On reconnaît qu'on est biaisé. Même Gandhi avait des biais. Tu en as, j'en ai et c'est ok. Ensuite on structure ces entretiens, on y met de la méthode. Poser les mêmes questions à tout le monde ce n'est pas formater, c'est juste équitable. Enfin quand on le peut, si c'est possible, on essaye de recruter à plusieurs. Pas pour faire un tribunal mais parce que le regard croisé c'est ton meilleur antivirus. Et enfin... On se forme. Formez-vous, chers recruteurs, managers, parties prenantes dans les process RH ou de recrutement. Parce que le recrutement, ce n'est pas un don, c'est une compétence. Sinon, on finirait tous en train de confier nos recrutements à Madame Irma et à sa boule de cristal LinkedIn. Alors voilà, si tu veux vraiment recruter différemment, commence par regarder différemment. Les biais, tu ne les effaceras pas. Mais tu peux les apprivoiser, les challenger, et surtout, ne pas en faire une excuse. Parce qu'au fond, recruter, ça n'est pas juste cocher des cases. Je le répète, c'est choisir le monde du travail qu'on veut construire. Et moi, personnellement, j'ai envie d'un monde avec plus de diversité, plus de profils atypiques, et beaucoup moins de clones en costume gris. Merci d'avoir écouté ce... premier épisode de Morgane sans filtre. Si tu as aimé, n'hésite pas à le partager à ton collègue qui recrute au feeling. Tu en veux plus ? Tu as envie d'aborder un sujet recrutement, RH ou relations humaines ? Envoie-moi un petit message. Et alors, surtout, n'hésite pas à me soutenir, à liker, à commenter pour que cet épisode soit le premier du long série. Et puis, souviens-toi, le recrutement, c'est un acte politique. Alors... A toi de voter juste.