- Speaker #0
Bienvenue dans Mova Mova, le grand saut, le podcast qui raconte ce qui se passe vraiment entre le doute et le lancement. Je suis Aurélie, coach professionnel certifié. Il y a un peu plus de dix ans, j'ai moi-même franchi le... Aujourd'hui, j'accompagne celles et ceux qui veulent se lancer dans cette superbe aventure qu'est l'entrepreneuriat. Dans ce podcast, je reçois des femmes et des hommes qui l'ont fait. Pas pour te raconter leur success story bien lissée, mais pour parler de ce qui se passe vraiment. Les doutes, les peurs, les premiers pas et surtout, surtout, ce qui a tenu. debout. Et si toi aussi tu as un projet, mais que quelque chose te retient encore, réserve tes 30 minutes offertes avec moi pour y voir plus clair. Je te mets le lien dans les notes du podcast. Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, je reçois Mathilde Danguy. Bonjour Mathilde. Bonjour Aurélie. Mathilde, pour raconter rapidement ton parcours, donc tu es juriste aujourd'hui de formation. En 2013, tu passes deux licences. Donc le droit et l'anglais parce que sinon c'est pas drôle selon tes propres mots. En 2015, tu fais le choix du cursus du Master 1 et 2 en droit en distanciel depuis la Nouvelle-Calédonie. Donc ça c'est en 2015 et c'est l'année où tu as ton premier enfant. Tout à fait. Pour la petite histoire, tu accouches de ton premier enfant le lendemain de ta soutenance de mémoire de Master, c'est ça ? Le goût du challenge. Et puis... Et suite à ça, tu es salarié pour une grosse institution de la place dans du droit public. Et ensuite, tu es salarié pendant neuf ans.
- Speaker #1
Tout à fait, neuf ans.
- Speaker #0
Dans une institution locale également. Et en 2020, tu as ton deuxième enfant.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tu fais du travail et du droit des sociétés.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et en fait, on te propose de réaliser de la formation. par le biais de la CCI et dans ton poste actuel, ce qui fait que tout doucement, ça t'amène à être side-preneur, c'est-à-dire à développer une activité en même temps que tu es salarié. Exactement. Et ça, c'est quelque chose qui te plaît. Et finalement, tu commences à lancer ta page sur les réseaux et tu vois que tu as de la demande. Et au bout d'un an, c'est le grand saut. Tu décides de quitter un poste salarié bien payé qui t'assure le confort. pour te lancer dans l'entrepreneuriat. Exactement, c'est tout à fait ça. Tu te lances donc en 2025 dans un contexte de crise post-émeute qui n'est pas des plus évidents en Nouvelle-Calédonie.
- Speaker #1
C'est ça, parce que sinon ce n'est pas drôle.
- Speaker #0
Une fois de plus, ce n'est pas drôle.
- Speaker #1
Une fois de plus.
- Speaker #0
Et avant qu'on rentre dans le détail, est-ce que tu peux nous parler de ta vie d'avant ? À quoi ça ressemblait ?
- Speaker #1
La vie d'avant, c'est-à-dire avant l'entreprenariat ? Oui. J'avais une vie telle que je l'avais imaginée et telle que mes parents l'avaient probablement imaginée pour moi. Donc, un CDI confortable, des repères stables, des collègues, les petits déj d'anniversaire au bureau. Voilà, une vie rythmée par l'entreprise, ses horaires et où il n'y a pas trop de place à la surprise et à l'improvisation. Donc c'est vrai que pendant des années, ça m'a convenu et je ne me suis même pas posé la question de faire autrement, puisque je pense que c'est le schéma qui avait été un peu planté dans ma tête depuis petite et que la réussite, selon nos parents, en tout cas à ce moment-là, c'était un poste stable dans une structure solvable qui assure un salaire en tout contexte. Et c'est vrai que j'ai été chanceuse. Pendant le Covid et pendant les émeutes d'être salariée de cette structure, puisque j'ai eu beaucoup moins de stress et d'inquiétude que d'autres personnes, donc je me sais chanceuse pour ça. Mais c'est vrai que c'était quand même quelque chose de très tracé et où on ne se pose pas trop de questions. On vient tous les jours, on pointe, on s'en va, on rentre à la maison et les jours se ressemblent.
- Speaker #0
Et donc aujourd'hui, ce que tu fais, c'est du conseil en droit du travail ? Pour les entreprises,
- Speaker #1
c'est ça, droit du travail et droit des sociétés.
- Speaker #0
Droits des sociétés, ça peut être la réalisation de contrats, d'actes, de conditions générales de vente, de création de société, ce genre de choses, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça. En fait, droits du travail, ça va être tout ce qui est contrat de travail, avenant, procédure de licenciement, conseil aussi. Vraiment, tout ce qui va englober les prestations de droits du travail, que ça concerne l'employeur ou un salarié aussi, qui peut se poser des questions et qui vient me voir pour du conseil. Et en droit des sociétés, ça va être tout ce qui est immatriculation d'entreprise, mise à jour. des statuts, rédaction d'actes, session de part sociale, conditions générales de vente, etc.
- Speaker #0
Ce qui m'avait touchée quand tu m'avais présenté ton métier, c'est ce côté on se sécurise, parce que le droit, ça peut faire peur, ça peut sembler compliqué pour tout un chacun. Et toi, c'est vraiment cette vocation de on se protège et on peut être serein sur l'avenir.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça. Le droit, c'est vraiment un outil de protection. Et c'est vrai que l'accompagnement juridique... peut faire peur parce qu'on a cette image du droit qui coûte cher et du juriste ou de l'avocat qui coûte cher et donc il y en a beaucoup qui n'osent même pas se rapprocher d'un juriste pour avoir même juste des tarifs et du conseil parce qu'il y a cette peur de ne pas avoir les moyens et de ne pas pouvoir faire face à ce poste de dépense là et donc moi vraiment l'idée quand je me suis lancée c'était de pratiquer des tarifs qui sont honnêtes enfin abordables pour que n'importe qui puisse pouvoir avoir accès à de l'accompagnement et donc à une sécurisation de ses conditions, que ce soit dans le cadre d'une société, dans le cadre d'un contrat de travail ou même de manière plus large, mais rendre le droit accessible et le moderniser un peu aussi au passage, parce qu'il est un peu poussiéreux le droit.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, Mathilde, tu viens avec nous sur le thème de... équilibre pro-personnes, vie de famille, puisque c'est sûr que se lancer quand on a des enfants qui sont jeunes, ça peut se poser des questions. Et c'est vrai que la plupart des gens qui nous écoutent, ils pensent depuis des mois, voire peut-être des années à se lancer, mais ils hésitent. En accompagnement, je remarque que ça revient souvent, cette peur. Les gens que j'accompagne qui sont salariés et qui veulent se lancer, la peur parce qu'on a des enfants en bas âge, c'est quand même un frein. ça devient quelque chose qui limite dans le développement, donc ils analysent ils attendent, j'imagine que toi aussi tu as douté, que tu as pu te sentir seule que tu t'es demandé si c'était vraiment une bonne chose ou juste de la pleine folie de se lancer dans ce contexte-là, économique avec des enfants à charge, et puis puisque tu es séparée du papa des enfants donc tu as un conjoint Pour autant, c'est toi aussi qui élèves, tu es les plus enfants. Tout à fait. Malgré tout ça, il y a eu ce moment où tu t'es lancée.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Quelle était ta situation familiale au moment où tu t'es lancée ? Si tu peux nous en parler un peu plus.
- Speaker #1
Comme tu l'as dit, moi, je suis une maman séparée. J'ai mes enfants en garde alternée. C'est vrai que ce format-là fait qu'il y a des moments où je suis plus flexible parce qu'il n'y a pas de contraintes d'enfants et des moments où j'ai besoin d'être plus disponible parce qu'ils sont là, parce qu'en plus, comme je ne les vois pas tous les jours, j'ai envie d'être là pour eux et il y avait quand même ce tiraillement entre ma casquette de maman et ma carrière. Donc au moment de mon lancement, je suis déjà en couple avec mon conjoint actuel, donc lui aussi qui a des enfants, donc en famille recomposée. Et on a envie de mettre l'accent sur cette famille recomposée, d'y mettre beaucoup d'énergie pour que ça fonctionne. Et je me rends bien compte que j'ai beaucoup de frustration du fait du schéma salarial. dans la disponibilité que je peux donner à cette vie de famille et principalement à mes enfants. Donc, c'est quelque chose qui fait son chemin et qui met du temps parce qu'effectivement, comme tu le dis, être plus disponible pour eux, c'est super. Mais si c'est pour ne plus pouvoir mettre à manger sur la table, je pense qu'il vaut mieux aller les chercher un peu en retard à la crèche. Donc, il fallait quand même peser un peu tout dans la balance. et en fait, il y a un moment où juste... Le besoin de liberté, en tout cas de pouvoir m'organiser comme j'ai envie, il a été plus fort que le besoin de sécurité financière, de sécurité matérielle. Et donc, j'ai senti que vraiment, il y avait un virage à prendre. Et j'en ai discuté beaucoup avec mon conjoint, puisque ce n'était pas une décision qui était à prendre seule. Il m'a beaucoup encouragée, beaucoup soutenue. Il m'a rappelé qu'on était deux, qu'il était là, qu'on pouvait faire ça de la manière la plus correcte possible pour que ce virage-là s'amorce de la meilleure manière et en tout cas de la manière la plus safe. Mais évidemment, il y a quand même un facteur de risque qu'il fallait prendre pour lâcher la certitude d'avoir un salaire qui tombe en chaque début de mois. Et puis, c'est vrai que quand on est dans le salariat, il y a aussi beaucoup d'avantages sociaux qui vont avec, notamment avec mon employeur précédent, qui était quand même une grosse structure où on avait beaucoup d'avantages sociaux. Donc, c'était s'asseoir là-dessus. Mais vraiment, avec le petit recul que j'ai, je n'ai pas regretté un seul jour, même s'il y a des moments, évidemment, de doute, de remise en question. Oui, Oukham. matin où je me suis levée en me disant qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fait une bêtise, j'ai fait une erreur. Vraiment un sentiment d'être à ma place, malgré les doutes, malgré les inquiétudes, malgré le fait qu'il y a cette histoire de j'ai des enfants à charge, il ne faut pas que... Je dois être au rendez-vous. Mais voilà.
- Speaker #0
Et quand tu t'es lancée, j'imagine que les peurs de l'entourage t'ont été communiquées, puisque souvent chacun aime bien donner son... son petit grain de sel, et notamment peut-être par rapport à tes enfants et l'insécurité dans laquelle tu les mettais. Est-ce que ça a été le cas ? Et si oui, comment t'as géré ça ?
- Speaker #1
Alors effectivement, dans ma famille proche, il y a des profils plutôt de fonctionnaires. Donc avec des schémas qui sont propres à ce type de contrat de travail, je dirais. Et c'est vrai que quand j'ai expliqué mon projet, j'ai vu qu'on m'a regardée un peu avec des gros yeux en se demandant si j'étais tombée sur la tête et si je ne faisais pas une crise de quelque chose avant l'heure. Mais j'étais tellement sûre de moi qu'en fait, je ne cherchais pas la validation. Évidemment, on a toujours envie d'être validée dans nos décisions, surtout par les gens qui comptent. Donc, c'était du bonus si j'étais suivie dans mon projet. Je savais vraiment que ce que je faisais, c'était le moment de le faire. Et que si je me trompais, ce qui était tout à fait possible, j'aurais toujours un plan B, un plan C, parce que je me débrouillerais pour retrouver du travail. Donc, je n'avais pas peur et je n'avais pas besoin d'être validée pour pouvoir aller plus loin dans mon projet. Mais c'est vrai que j'ai senti une petite réticence. Mon papa m'a dit, tu ne peux pas prendre un congé sans solde ? Il y avait peut-être des alternatives pour ne pas lâcher complètement. Mais moi, j'avais besoin de lâcher. J'avais besoin de couper. J'avais besoin de vraiment me sentir libre. Et plus un pied à droite, un pied à gauche. Vraiment de pouvoir mettre toute mon énergie et me concentrer sans jugement, sans cadre, sans rien pour mon projet tel que je l'avais imaginé.
- Speaker #0
On sent que tu avais ce feu intérieur.
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ça.
- Speaker #0
besoin de... liberté et peut-être de pouvoir t'occuper selon ton rythme de tes enfants, parce que ça revient souvent.
- Speaker #1
Tout à fait. C'est ce que je t'ai expliqué en off, c'est que je me suis jamais sentie aussi bien dans mon rôle de maman que depuis que je suis à mon compte. Parce que cette liberté-là d'organisation, et qui ne veut pas dire tirer au flanc du tout, parce que je pense que je n'ai jamais fait autant d'heures de travail par semaine que depuis que je suis à mon compte. Mais donc, cette flexibilité d'organisation, elle me permet d'être très sereine dans ma vie de maman, que ce soit pour emmener les enfants à l'école, aller les chercher, les accompagner aux activités périscolaires, accompagner aux sorties de classe aussi. Je n'ai plus cette inquiétude de devoir demander encore à ma santé, de devoir expliquer qu'il faut que je parte tôt parce qu'il y a la piscine, parce qu'il y a le judo, être mal à l'aise parce qu'on part plus tôt que les collègues. de devoir toujours demander la permission et mon fils est malade et je suis désolée je vais pas être là et le regard de la hiérarchie qui est compréhensible parce que si je me mets dans la peau d'un employeur je peux tout à fait comprendre l'agacement quand bien même il y a de la compréhension donc ce malaise que je pouvais ressentir vis-à-vis de ce statut de maman que je me sentais pas je prenais pas ce rôle avec autant de place et d'énergie que j'avais envie de le faire. Aujourd'hui, cette nouvelle organisation, elle fait que je me sens vraiment en phase alignée, apaisée et que je n'ai plus peur quand le téléphone sonne et que je vois que c'est l'école de me dire « Oh là là, ce n'est pas vrai, il va falloir aller le chercher, mais là, comment je fais ? Je vais encore devoir m'expliquer, etc. » Là, je sais que si j'ai besoin, je peux aller, je m'organise, je garde mon fils à la maison, je travaille quand même. Ou je retravaille le soir quand il est couché. J'accompagne la classe à la sortie gym, à la sortie tennis. Et du coup, cet équilibre pro-perso, j'ai vraiment l'impression de l'avoir trouvé. Alors que paradoxalement, je n'ai jamais autant travaillé. Mais en tout cas, dans ma... capacité à être une bonne mère, en tout cas m'approcher de ce que j'estime être une bonne maman pour mes enfants, je sens que j'en ai jamais été aussi proche.
- Speaker #0
On sent, je vois ton non-verbal qui se relâche quand t'en parles et c'est vrai que tu parles de malaise avant, on sent qu'en fait, il y avait un décalage entre toi, tes valeurs, de ce qu'est une bonne maman pour toi et en fait de ne pas pouvoir te l'autoriser auparavant.
- Speaker #1
Oui, et puis je pense que, en off, je te donnais cette phrase qui est très connue, il faut travailler comme si on n'avait pas d'enfants, et il faut s'occuper des enfants comme si on ne travaillait pas. Et je pense que nous, notre génération, elle est un peu à cette espèce de virage où les générations précédentes, les femmes, elles n'ont pas forcément été aussi impliquées dans leur carrière. En tout cas, peut-être celle de nos mamans, oui, mais au niveau de nos grands-mères. Et donc, on s'occupait beaucoup des enfants parce que c'était ça, le travail des mamans. Et leur place, elle était auprès des enfants. Sauf que voilà, les années ont passé, les choses ont évolué. Dieu merci. Et aujourd'hui, les femmes, elles travaillent autant que les hommes. C'est pas un autre débat. Sauf que la place à la maison et ce qu'on attend d'une maman, et en tout cas, je pense qu'on a tout plus ou moins comme pression qu'on se met, comme schéma, comme on a envie de... D'être cette maman qui s'occupe bien des enfants, qui est présente, et qui fait que quand ils sont grands, à 30 ans, ils n'ont pas besoin de faire une thérapie parce que leur mère, elle a été horrible, et qu'elle a été absente, et qu'elle a manqué d'amour, etc. Et donc du coup, c'est très difficile de faire cohabiter les deux, d'avoir cette carrière où on montre ce dont on est capable, on est présente, on se fait une place parmi les autres hommes qui ont peut-être des postes équivalents, mais qui ont peut-être moins besoin de jouer des coudes. Et en fait, à partir du moment où on monte dans la voiture à la fin de la journée, il faut switcher et être cette maman très investie, avec beaucoup d'énergie, etc. Et cette dualité-là, je trouve qu'avec le contexte du salariat et le format qu'implique le salariat, elle est difficile à mettre en place. Et moi, je sais que ça crée un espèce de mal-être qui faisait que je ne me sentais pas forcément aussi bien dans mon rôle de maman que j'aurais aimé.
- Speaker #0
J'aimerais justement, si tu veux bien, qu'on revienne un petit peu à ce moment où tu étais sidepreneuse. Les personnes que j'accompagne, souvent, c'est un moyen de se sécuriser aussi, de ne pas sauter comme ça complètement dans le vide. Ça crée un filet de sécurité. Et pour autant, tu avais ton activité salariée la journée et ta patente d'auto-entrepreneuse que tu développais à côté. Comment concrètement on arrive à caser tout ça dans une journée ? Plus les enfants, plus le conjoint, plus la vie de femme.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est une année, parce que ça a duré un an, où c'était assez intense. Et en fait, je pense que sans cette opportunité de l'avoir fait en parallèle, je n'aurais jamais fait ce saut-là, en tout cas pas aussi facilement. Parce que là, comme tu dis, ça m'a permis pendant un an de tâter un peu, d'avoir mes premiers clients, de voir que le bouche-à-oreille fonctionne ici. d'avoir des gens qui me contactent sans que j'ai besoin d'aller les chercher. Et donc de voir qu'il y a quelque chose à faire, mais tout en ayant la sécurité d'avoir un salaire pour l'activité salariée en parallèle. Mais c'est vrai que du coup, c'était le soir, une fois que les enfants sont couchés, le week-end. Donc un week-end sur deux, je n'ai pas les enfants. Donc c'était des week-ends à fond. Et puis je travaillais surtout très tard le soir. J'avais des clients qui me demandaient si je n'étais pas en vacances en France parce que je travaillais sur des fuseaux horaires. J'envoyais des mails à minuit, une heure du matin. Et donc, c'est vrai que ça a été une année intense. Mais je ne regrette pas parce que je pense que j'avais besoin de cette étape-là dans mon cheminement et qu'elle m'a permis d'arriver aujourd'hui à ce grand saut dans lequel j'ai mis les pieds depuis quelques mois.
- Speaker #0
Super. Et pour revenir sur la culpabilité, finalement, il y en a qui culpabilisent parce que... en étant patenté, ils travaillent plus. Mais toi, j'ai le sentiment que c'était plus la culpabilité en étant salarié et que là, ça t'a libéré de cette culpabilité.
- Speaker #1
Oui, carrément. Parce que quand tu es salarié, tu es « bloqué » sur ton lieu de travail. Ça dépend bien sûr des fonctions qui sont exercées. Mais moi, en tant que juriste, c'était derrière le bureau, 8h, 17h, dans le meilleur des cas. Et donc, cette contrainte-là d'emploi du temps, fait que c'est difficile de faire rentrer autre chose autour que ça concerne les enfants, la vie perso, le sport, qui fait aussi partie de ma vie. Et j'étais très frustrée de ces journées où c'était difficile de tout faire rentrer. Et j'avais l'impression d'être partout et nulle part. Et c'était très désagréable comme sensation. Donc, je pense que pendant plusieurs années, ça a fonctionné. Mais il y a eu un moment où j'ai senti qu'il fallait faire différemment parce que sinon, il y avait quelque chose qui allait s'éteindre.
- Speaker #0
L'entourage, pendant cette période de transition, tu as pu compter dessus ? Ça t'a aidé ? Ça a été une force ?
- Speaker #1
Oui, j'ai senti que dès lors que j'ai vraiment concrétisé ce projet-là et que mes proches ont compris. que j'allais y aller. J'ai eu beaucoup de soutien de leur part. Ma sœur, dont je suis très proche, qui partageait tous mes posts, qui essayait de me donner de la visibilité dans son réseau. Mon conjoint, qui tous les jours m'écoutait, parlait, racontait mes doutes, mes peurs et mes idées. Qu'est-ce que tu en penses de ça ? Et qui faisait un peu la direction artistique en backstage avec moi. Donc non, oui, vraiment, j'ai été très entourée. Je pense que c'est aussi ce qui fait que mon projet a été aussi évident pour moi. Et c'est aussi bien mis en place parce que j'ai été très bien accompagnée. J'imagine très bien que si on a un entourage qui est réticent, qui freine des cas de fer, qui est en résistance, c'est peut-être pas aussi simple.
- Speaker #0
Et ce que tu dis, c'est vrai, c'est que les doutes, on en a toujours. C'est ce que je dis à mes coachés, c'est que les doutes... Ils sont toujours là, c'est juste qu'on apprend à faire avec.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
On apprend à les faire taire. Alors toi, ça a été d'en parler.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Peut-être le sport aussi. Oui, oui.
- Speaker #1
Pour se décharger, effectivement. Je pense qu'il n'y a pas de meilleur remède. Une bonne séance de sport derrière tout ce qui paraissait grave, insurmontable, etc. C'est envolé. Alors, il y a peut-être d'autres méthodes, mais en tout cas, celle-là, elle marche bien avec moi.
- Speaker #0
Quoi d'autre comme conseil que tu pourrais donner aux personnes qui peuvent douter à un moment donné ? Ou culpabiliser, justement, sur la vie de famille ?
- Speaker #1
Il faudrait toujours, je pense, analyser quels sont les risques, en fait, concrètement, quels sont les risques de sauter le pas, de lancer ce projet, d'aller là où on sent qu'on a envie d'aller. Et bien souvent, en faisant ce bilan-là, on se rend compte que ce ne sont pas les risques qui ne sont pas si importants. Je parlais hier avec un potentiel client qui me dit « Je n'ai pas de boulot en ce moment, j'hésite à lancer ma SRL, mais j'ai peur d'y aller. » Et je lui dis « Mais qu'est-ce que tu as à perdre si aujourd'hui tu ne travailles pas ? Qu'est-ce que tu as à perdre d'essayer de lancer ce projet et de voir si ça fonctionne ? » Et donc, à la fin de la conversation, il m'a dit « Bon, ok, la semaine prochaine, je t'appelle, on lance le projet. » Mais c'est vrai que parfois, on a l'impression que les risques sont très importants et que c'est ce qui peut freiner. Alors qu'en faisant vraiment un bilan, en mettant à plat, quitte à même faire une liste ou matérialiser ça sur papier, on se rend compte que finalement, c'est pas si grave, c'est pas si important et que ça peut valoir le coup d'essayer parce qu'on n'a pas grand-chose à perdre à essayer.
- Speaker #0
Et puis souvent, c'est vrai, je le remarque avec mes coachés aussi, quand on rationalise cette peur et qu'on la met par écrit, en fait,
- Speaker #1
on se rend compte que c'est pas grand-chose. Exactement.
- Speaker #0
C'est juste que le cerveau va faire des scénarios souvent catastrophes, malheureusement, où se crée de la peur par anticipation.
- Speaker #1
C'est ça. C'est le principe de l'anxiété, c'est d'imaginer des scénarios qui ne se réaliseront probablement jamais et de se laisser un peu submerger par cette peur-là qui va avec. Mais c'est vrai que statistiquement, combien de scénarios catastrophes qu'on a imaginés se sont vraiment réalisés par rapport à tous ceux qui n'ont jamais... Jamais eu lieu. Voilà, c'est ça. Je conseille vraiment que si juste il y a une petite envie, une petite graine qui est plantée, de ne pas hésiter à l'arroser parce que derrière, ça peut vraiment valoir le coup et c'est la vie qui bascule vers du mieux.
- Speaker #0
Et dans les moments où c'est vraiment les coups de bourre, où c'est très intense au niveau du boulot, comment tu arrives à préserver ta vie de famille ? Est-ce que tu te donnes des règles ? Comment concrètement ?
- Speaker #1
Oui, alors le temps pour les enfants, il est toujours prioritaire. C'est-à-dire que je vais faire tout mon possible pour faire rentrer tout ce que je peux dans la journée pendant qu'ils sont à l'école. Et par contre, le moment d'aller les chercher, s'il y a leur activité en fin de journée, etc. Là, je coupe tout. Je suis dispo avec eux jusqu'à leur coucher. Par contre, une fois qu'ils sont couchés, c'est vrai que si j'ai beaucoup de travail et que je n'ai pas réussi à faire tout ce que je voulais dans la journée, je me remets à travailler. Donc là, c'est mon conjoint qui... qui empathie un peu, mais il est très compréhensif, surtout que dans un lancement comme c'est le cas pour moi, il sait qu'il faut que je sois au rendez-vous. Et donc, ce que je fais, c'est que je prends l'ordi, on se met une série, un film, je prends l'ordi, on se met quand même devant la télé tous les deux, on mange ensemble et ensuite, je me remets à bosser, mais on est quand même à côté l'un de l'autre, on peut discuter. Donc, j'essaye de... d'aménager ça au mieux pour ne pas être complètement coupée de mon couple parce que c'est quand même à préserver aussi. Mais voilà, j'ai la chance d'avoir un conjoint qui me soutient et qui est dans mon équipe.
- Speaker #0
Quels sont les bénéfices ou les remarques qu'ont pu te faire les enfants ? Est-ce que tu vois qu'ils ont changé de comportement, qu'ils sont différents avec toi ou toi avec eux ? C'est quoi les nouveautés dans la relation ?
- Speaker #1
Mon grand, qui est rentré en sixième cette année, je me sens beaucoup plus proche de lui. Il sait qu'il peut compter sur moi à tout moment du fait de cette flexibilité. Et dans sa nouvelle organisation de collégiens, où il a des journées qui finissent parfois très tôt, ou un professeur absent qui fait qu'il faut aller chercher, etc. Je sens que le fait qu'il sache qu'il peut toujours compter sur moi, que je vais toujours pouvoir répondre présente, et que je suis là à l'heure que j'ai annoncé. Je sens que ça a renforcé notre lien et qu'on a une complicité qui est plus forte qu'un ou deux ans en arrière, où ça pouvait m'arriver d'arriver au frein à main à 17h31 parce que la garderie ferme à 30, de m'excuser auprès de tout le monde et que c'était le dernier, et qu'il montait dans la voiture en me disant « Maman, j'étais le dernier ce soir » . Il savait très bien à ce moment-là que je ne pouvais pas faire autrement, mais le fait qu'aujourd'hui j'ai pris mes dispositions pour être là pour lui et pour son frère. Je sens qu'on a une relation qui est plus forte. C'est vraiment ça que je ressens.
- Speaker #0
J'ai le sentiment que c'est comme si toi, tu portais un stress et que tu le transférais à quelque part. Alors que là, maintenant qu'il n'y a plus ce stress...
- Speaker #1
Tout à fait. Et je pense que comme tu dis, ils ressentent vraiment que maintenant, c'est cool, c'est pas grave. Il est malade, le collège appelle, mais il n'y a pas de soucis. En plus, je suis trop contente parce que du coup, on passe la journée ensemble. Il se met sur sa console à côté de moi. On papote pendant que moi, je bosse et que lui, il est sur le canapé à côté. Donc non, cette flexibilité-là, elle m'a fait vraiment retrouver un bien-être et une sérénité dans ma vie de femme, de mère et de vie de famille.
- Speaker #0
Et c'est quelque chose qui t'en dit, les enfants, qui te trouvait plus apaisée, par exemple ? Ouais,
- Speaker #1
ouais. T'es moins stressée, maman, tu t'énerves moins facilement. C'est cool. Cool. Enfin oui, je pense qu'ils sentent qu'il y a un apaisement et une détente qui est bienvenue. Même si, bon, c'était pas non plus... Je passais pas mon temps à l'horreur laissue. Mais ils le ressentent. Ils le ressentent, les enfants. En plus, c'est des éponges. Donc, émotionnellement, ils prennent tout ce que tu as l'impression de retenir pour qu'ils ne le voient pas. Et donc, oui, je me sens vraiment alignée avec... que j'imaginais comme vie de famille.
- Speaker #0
Ton conjoint aussi, il te trouve changé ?
- Speaker #1
Oui, oui. Et puis parfois, il a l'impression, il me dit, je ne me sens pas à la hauteur. Tu fais plein de choses, tu rencontres plein de monde, tu as plein d'idées et tout. Je suis super impressionnée. Je sens qu'il est fier et qu'il a peur qu'à un moment, le fait que lui soit resté dans le schéma qui était le mien avant, fasse qu'il y a un décalage et que je... Je puisse avoir un jugement négatif, un regard un peu critique vis-à-vis de lui, alors que pas du tout. Et puis entre nous, c'est quand même cool qu'il y en ait un qui a un CDI. Quand on se lance comme ça, un peu à l'aveugle, au moins, on sait qu'il y a un petit filet de sécurité et c'est quand même rassurant. Donc oui, il me dit aussi qu'il sent que je suis plus épanouie, plus confiante aussi. Je me sens même dans mon rapport aux autres. Je ressens vraiment la différence à plein de niveaux.
- Speaker #0
Comme quoi, par exemple ?
- Speaker #1
La légitimité à interagir. En fait, comme mon statut aujourd'hui me plaît et me convient, je pense que dans mes interactions sociales, il y a une horizontalité qui se fait vis-à-vis des interlocuteurs que je n'avais pas forcément avant. parce que peut-être que comme je me sentais pas forcément bien dans ma situation. Je me sentais peut-être mal à l'aise, gênée, pas légitime à donner mon avis, un peu en manque de confiance et en manque d'assurance. Et aujourd'hui, je me sens tellement bien dans mes baskets que je sais que j'ai beaucoup moins d'appréhension, de crainte. Par exemple, hier, cette réunion dont je te parlais avec un représentant syndical le... Pas ravie du tout de nous rencontrer, alors que l'employeur que j'accompagnais était terrorisé.
- Speaker #0
J'étais d'un calme olympien et je n'ai pas eu peur une seconde de l'interlocuteur, de comment allait évoluer la réunion. Je me sentais vraiment capable d'affronter cette personne et d'affronter ce moment. Et je sais que ça découle aussi de tout ce contexte qui a changé et qui m'a un peu transformée.
- Speaker #1
De cet alignement.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc ça t'a développé ta confiance.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quoi d'autre comme ressource que tu t'es vue ? développer les capacités d'être multitâche.
- Speaker #0
Alors, on est déjà multitâche, surtout quand on a des enfants. Mais c'est vrai que là, il faut tout gérer à la fois, toute seule, avec personne qui est derrière. Puisqu'être auto-entrepreneur, c'est gérer son activité solo, en tout cas dans mon cas. Et c'est vrai que du coup, il y a une sacrée charge mentale. qui est sur plusieurs tableaux différents, mais qui implique d'avoir une capacité à tout gérer à la fois et à passer d'un sujet à l'autre sans se perdre, sans se noyer et sans oublier des choses en cours de route. Donc oui, vraiment, parfois, ça m'arrive de me dire « Wow, tout ce que j'ai fait aujourd'hui, je me fais presque un self-five, tu vois ? » Bien joué, meuf, parce que c'était quand même costaud. Donc oui, cette capacité-là, je dirais qu'elle a été un peu exacerbée avec cette nouvelle organisation de vie.
- Speaker #1
Et du coup, ça a cultivé de la fierté, j'imagine. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Sans parler de ne plus pouvoir passer les portes, bien sûr. De toute façon, on partait d'un peu loin en termes de confiance en soi. Mais disons que oui, c'est ça. C'est une satisfaction, une fierté. Et puis de se dire... Je peux y arriver, je me débrouille toute seule, j'y arrive et je sais que je n'ai pas besoin. Je n'ai besoin de personne, en fait, je peux compter sur moi. Et du coup, ça, ça donne quand même une force parce que quand on se suffit, après tout le reste, c'est du bonus, ce qu'on a à prendre des autres autour. Et donc, voilà, ça, c'est une vraie force.
- Speaker #1
J'adore. On va passer sur le petit conseil. Donc là, le conseil de Mathilde. Mathilde, quel conseil donnerais-tu à une mère ou un père qui hésite à se lancer, à faire le grand saut de l'entrepreneuriat pour les raisons familiales, d'équilibre, proprière-saut ?
- Speaker #0
Franchement, je ne pourrais que conseiller d'y aller parce que vraiment, mais c'est très personnel, j'ai vraiment le sentiment d'un alignement entre la vie pro et perso dans ce schéma-là de l'entrepreneuriat. avec la flexibilité. l'organisation qui peut être vraiment à la carte au jour le jour et qui peut s'adapter aux contraintes de la vie de famille. Je peux comprendre les inquiétudes et donc vraiment c'est quelque chose à discuter dans le couple si c'est évidemment le cas d'une personne en couple parce qu'il y a aussi des parents solos qui peuvent se poser ce genre de questions. Mais si tous les voyants sont au vert, je conseille vraiment de... de foncer et de tenter l'expérience parce qu'au pire, ça aurait été un enrichissement, quoi qu'il arrive, de faire ce petit chemin-là de l'entrepreneuriat pour tenter de faire vivre le projet qu'on a en tête. Et au mieux, c'est une vie qui bascule vers un alignement de beaucoup de choses et qui fait que derrière, on a un bien-être décuplé. Même si ça veut dire travailler quand même plus, il faut l'avoir en tête. mais si c'est travailler mieux. et se sentir mieux dans sa vie ? Franchement, pour moi, la question, elle est vite répondue.
- Speaker #1
Oser, oser se lancer. Mathilde, je te remercie pour ce témoignage. Ce que je retiens de cette histoire, c'est que quand on a ce feu, c'est de faire taire le doute des personnes,
- Speaker #0
d'oser,
- Speaker #1
parce que finalement, vaut mieux... oser, quitte à après trouver le plan B, que d'avoir des regrets et se poser la question qui tourne en boucle de « Et si ? Est-ce que je vais le faire ? » et finalement de ne pas être épanouie. Et surtout que tu n'as jamais été aussi épanouie en tant que femme, en tant que mère, en tant que professionnelle que depuis que tu as fait ce choix-là.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc, ce que j'aimerais que ceux qui hésitent encore retiennent, c'est se faire confiance et oser se laisser aller par sa passion. par cette idée qu'on a, qu'on ressasse parfois la nuit, dont on rêvasse aussi. C'est ça. Donc, si vous voulez suivre Mathilde, qui est très dynamique sur ses réseaux sociaux, donc sur Instagram et Facebook, Legalis NC, Legalis avec un Y. Mathilde est aussi dans Business Lab, qui est une structure dont je fais moi-même partie, qui propose des accompagnements pour les personnes qui souhaitent se lancer. On a aussi Célie qui est sur la partie digitale, moi sur le coaching, et Mathilde sur la partie juridique, donc gain à la création, etc. Donc, je vous invite à la suivre. et puis si toi aussi tu doutes que tu as des questionnements par rapport à cet équilibre mais que tu as un projet de coeur qui tourne en boucle et que tu souhaites lancer je t'invite à me contacter en message privé, on pourra en parler en attendant je te dis au mois prochain, nouvelle invitée nouvelle interview, nouvelle histoire prends soin de toi et on se dit à très vite merci Aurélie Maty, merci beaucoup à bientôt Et si toi aussi tu hésites encore, si tu te reconnais dans ce que tu as entendu aujourd'hui et que tu ne sais pas trop par où commencer, je t'invite à réserver dès maintenant ton créneau de 30 minutes avec moi pour faire le point. Le lien est dans les notes du podcast. Psst, je te l'offre !