- Speaker #0
Les climato-sceptiques nous traitent de Cassandre, alarmiste et pessimiste. Mais ils oublient que Cassandre avait raison. Si elle était maudite, c'est parce que personne ne la croyait. Si j'ai choisi cette citation de Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, parmi les très nombreux extraits que j'aurais pu mettre en avant, c'est que nous, les militants écologistes, devons nous battre au quotidien pour faire comprendre une réalité qui ne veut ou ne peut être entendue. Qu'est-ce qui guide la main et le cœur d'un activiste de l'environnement ? Qui sont ces humains qui dédient leur temps, leur énergie ? et parfois leur vie au service du vivant. Damien Ladoux est l'un de ces militants qui m'ont dit sans aucune hésitation « Oui, je pourrais vivre une guerre d'avus » , comme j'ai entendu Paul Watson dire « Oui, je pourrais mourir pour cette cause » . Coordinateur du groupe Sea Shepherd France de La Rochelle, Damien encadre les équipes, part en mer, parfois plusieurs mois, pour défendre la cause du monde marin et sa faune délicate et en grand danger. Il photographie les missions, effectue de la médiation à terre et participe à la prise de conscience globale que l'océan est l'une des clés de voûte de l'équilibre du vivant. Militant de terrain, n'hésitant pas à aller directement au contact des acteurs de la destruction des océans, il a accepté de se confier sur sa vie et son combat au micro de Murmuration, le podcast qui donne la parole aux activistes du vivant. Je m'appelle Hélène Roch, allons découvrir ensemble ce qui fait le cœur d'un militant. Salut Damien !
- Speaker #1
Salut Hélène !
- Speaker #0
Bon, je suis super contente de te recevoir aujourd'hui à mon micro, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Merci déjà beaucoup pour l'invitation et ça va très bien. Ça va très chargé aussi. On sort tout juste des 20 ans de Sea Shepherd. Plein de bonnes vibes, on va dire.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai. C'était l'anniversaire de l'association. Qu'est-ce que vous avez fait pendant ces 20 ans ? Non, pas pendant ces 20 ans. Qu'est-ce que vous avez fait pendant la célébration de ces 20 ans ?
- Speaker #1
On avait des conférences, des ateliers pour les enfants, des stands de vente de produits. On avait le JPD, le John Paul Dejoria, notre bateau de 72 mètres, qui était aussi hacké à Bordeaux, qu'on a fait visiter. Des tombeaux, là. des concerts aussi, on s'est bien occupés.
- Speaker #0
Ok, super. Alors pour commencer notre entretien, je vais te poser la question finalement devenue traditionnelle dans Murmuration. Damien, est-ce que tu te considères comme militant ?
- Speaker #1
Oui, à partir du moment où j'ai commencé à m'investir, à donner de mon énergie, de mon temps et surtout à aller sur le terrain, je me suis considéré non plus comme juste avec une âme d'écolo mais bien militant.
- Speaker #0
Donc tu dirais globalement que tu es plutôt un militant de terrain ?
- Speaker #1
Alors ça pourrait être participé autrement, mais c'est vrai que le terrain ça reste quand même un signe assez important pour moi.
- Speaker #0
Alors tu es actuellement coordinateur Damien du groupe La Rochelle de l'association Sea Shepherd, groupe La Rochelle qui en fait englobe 7 départements, donc c'est quand même un gros secteur. Est-ce que tu peux nous dire, pour vraiment se mettre dans le bain, qu'est-ce que tu fais finalement en tant que coordinateur, quel est ton rôle ? Quelles sont tes différentes fonctions au sein de l'association ?
- Speaker #1
Bien sûr. Sea Shepherd France, en tout cas, a 20 ans tout juste. Notre rôle, ça va être de protéger toute la vie marine, que ce soit les océans en général ou ses habitants. On va avoir des missions vraiment très variées en fonction de ce qui se passe sur le terrain, encore une fois. On va avoir des missions sur tout ce qui est problématique de l'in-offshore, sur les prises de dauphins dans les filets de pêche, sur les remontées ou échouages de dauphins, de cetacés, mammifères marins en général. On va être sur de l'anti-braconnage de tortues, maillotes. Et je m'arrête ici parce que je ne vais pas faire la liste exhaustive.
- Speaker #0
Oh tu peux, on est là pour ça !
- Speaker #1
Je peux aussi rajouter dans ce cas-là une mission depuis trois ans maintenant vers Gibraltar avec les orques qui ont eu la mauvaise réputation d'avoir coulé quelques bateaux. On a aussi le centre de soins qu'on a ouvert pour un peu correspondre à une mission puisque les bénévoles ont le droit d'y aller. C'est une super expérience d'ailleurs. Une mission SENA qui correspond à tous les échouages justement et toutes les remontées de cet AC.
- Speaker #0
Il me semble que vous faites aussi de la médiation, non ?
- Speaker #1
C'est ça, que ce soit par des conférences ou par nos stands, des fois avec ou sans vente de produits. Au sein des groupes locaux, on peut aussi retrouver des sections dive avec des plongeurs qui vont faire des nettoyages, que ce soit dans les lacs, les fleuves ou en mer. On a la section kids où on va faire de la sensibilisation dans les écoles aussi. C'est assez large.
- Speaker #0
Et est-ce que tu peux nous donner le nombre d'adhérents de l'association Sea Shepherd en France ?
- Speaker #1
Alors, on n'a pas vraiment d'adhérents. On va avoir des bénévoles, on va avoir des donateurs. mais on n'a pas notre carte d'adhérent contre une somme annuelle. Au niveau du nombre de bénévoles, on va être à peu près 400 bénévoles groupes locaux. Je ne connais pas les chiffres des bénévoles qui viennent uniquement en mission, mais ça existe aussi. Et une équipe de salariés qui est très restreinte parce que le but de l'association, c'est de fonctionner avec un minimum de fonds de fonctionnement et un maximum d'argent qui partent sur les actions terrain.
- Speaker #0
De ce que j'entends, il y a quand même une grosse confiance qui est placée en les bénévoles.
- Speaker #1
Oui, après c'est une confiance qui est entre guillemets, j'aime pas dire surveillée, mais on a un process de recrutement, on fait attention au comportement de nos bénévoles, sachant que tout le monde représente l'association, surtout quand on a des stands de sensibilisation par exemple. La personne qui vient nous voir ne sait pas si on est coordinateur, simple bénévole tout fraîchement arrivé ou salarié par exemple. Il faut vraiment faire attention à ce que les personnes représentent bien l'association et ses valeurs.
- Speaker #0
D'accord. Donc toi en tant que coordinateur, Damien, quelles sont tes actions spécifiques ?
- Speaker #1
Spécifiquement, je vais m'occuper de gérer un peu comme un RH, on va dire, le groupe de bénévoles local. Donc ça va être les recruter, les former, faire vivre le groupe. Ça va aussi être le relais local de Sea Shepherd. S'il y a des actions ou des problématiques qui se passent au sein du territoire, on va dire, potentiellement je vais être appelé directement pour pouvoir agir dessus. Et on va avoir toute la partie sensibilisation, soit d'AEF Kids, etc. Et aussi une grosse partie de présence sur des festivals, sur des événements, avec souvent ce temps de sensibilisation et de vente de produits.
- Speaker #0
Ok. Alors tu m'as confié aussi au moment de la préparation de l'épisode que tu étais photographe et que tu documentais les sorties de terrain, les actions de terrain de Sea Shepherd. Comment ça s'est imposé à toi ? Tu es arrivé en disant, voilà, j'ai cette compétence et je la mets à votre service ? ou au fur et à mesure du temps, tu as décidé de prendre l'appareil photo, de documenter et puis finalement, ça s'est imposé ?
- Speaker #1
Ça s'est fait un peu au fur et à mesure. Ça faisait quelques années que je m'étais mis un peu à la photo, mais surtout pour documenter mes voyages persos et un peu de sortie nature. Et quand j'ai rempli mon formulaire de candidature pour Sea Shepherd, j'ai mis le matériel que j'avais dessus. Puis j'ai été contacté par le responsable média de l'époque. qui m'a proposé de faire partie de l'équipe Media Photo. J'ai adoré, j'ai monté en compétences et en matériel suite à ça. Je me suis un peu plus professionnalisé dans cette optique-là aussi. Effectivement, ça va être en grande partie sur des missions. On embarque toujours une équipe média. C'est vraiment la base d'une équipe. Ça peut être aussi s'il y a une conférence dans le coin, de venir prendre les images de la conférence. Quoique, si j'ai peur de face, en général... On essaie d'associer des photos, voire des vidéos aussi, pour pouvoir communiquer.
- Speaker #0
D'accord. D'ailleurs, on peut observer, quand on va un petit peu sur les réseaux de Sea Shepherd, que ça fait vraiment partie de votre angle de communiquer énormément avec le grand public et de documenter ce que vous faites au jour le jour.
- Speaker #1
Ce qu'on fait, c'est comme si on ne le faisait pas. Il faut que les messages passent, que ce soit pour les personnes du grand public ou le gouvernement, ou aussi envoyer des messages. aux pêcheurs, aux industriels qui posent problème. Donc oui, c'est montrer ce qu'on fait, sinon c'est comme si on ne le faisait pas presque.
- Speaker #0
C'est super intéressant comme réflexion. Alors si on remonte à l'origine de ton engagement à toi, Damien, tu m'as confié que tu n'étais pas forcément originaire du monde de la mer initialement. Comment ça t'est venu dans cette envie finalement de protéger les océans et cette affinité avec le peuple marin ?
- Speaker #1
Je sais toujours y mettre dans l'eau, mais ça c'est... C'est sûrement le cas de beaucoup de personnes. Par contre, je me suis mis à découvrir la voile enfant avec des stages sur le bord de mer pendant les vacances. plus jeune, sachant que je n'étais pas du tout du bord de mer. J'ai vraiment beaucoup accroché jusqu'à devenir moniteur de voile, ensuite à me former à faire de l'habitable, pouvoir prendre des voiliers en autonomie. Côté de ça, j'avais quand même cette fibre, on va dire écolo, et un peu cette intimidation sur tout ce qui se passe de mal. Et naturellement, je me suis rapproché de plus en plus de Sea Shepherd jusqu'à me décider à postuler. Vraiment en alliant la mère que j'aime, qui me fait vibrer, qui me fait peur, que je trouve impressionnante, et à défendre, et côté Sea Shepherd qui correspondait bien à mon idéal de militantisme et de lutte.
- Speaker #0
Ok, qu'est-ce qui te plaît tant dans les valeurs de Sea Shepherd en termes de militantisme ?
- Speaker #1
Son indépendance déjà, on ne rendait compte à personne. On ne fait pas de langue de bois, c'est de l'action et on assume ce qu'on fait. Et il y a ce côté action, justement, toujours dans la légalité, mais on est sur le terrain et quand c'est possible, on va faire des remontées de filets, on va potentiellement ramponner un bateau. Ça arrive rarement, mais ça peut arriver. Donc, ce côté vraiment action et pas juste observation aussi.
- Speaker #0
Quand tu dis on dépend de personne, ça veut dire on n'a pas de financement public, on n'a pas de financement privé ?
- Speaker #1
C'est ça, aucune subvention, on dépend uniquement des dons et des ventes de produits.
- Speaker #0
Oui, ce qui garantit finalement une liberté d'action un peu différente.
- Speaker #1
C'est ça, on ne rend des comptes à personne.
- Speaker #0
Ok, et tout simplement, au moment où tu as postulé pour l'association, comment tu avais entendu parler de Sea Shepherd ?
- Speaker #1
J'ai toujours un petit doute. Je pense que j'avais vu quelques vidéos, notamment à l'époque de Whale Wars. Mais la série qui était sortie sur les actions antarctiques, sur la chasse balénière japonaise. Et à côté de ça, j'avais croisé dans des festivals des équipes Sea Shepherd sur des stands. J'avais dû acheter un livre, un t-shirt. Et puis j'ai commencé à suivre de plus en plus jusqu'à ce que je me dise « Ok, là c'est le bon moment, j'ai le temps et je peux m'impliquer. »
- Speaker #0
Oui, donc tu ne viens pas forcément du milieu de la mer où tu n'es pas biologiste marin. Tu as appris un petit peu tout ça sur l'OTA.
- Speaker #1
C'est ça. Moi, à la base, je viens du monde de l'industrie, ingénieur industrialisation, donc on est vraiment à l'opposé de ce qui pourrait se rapprocher de la mer. Donc là, c'est vraiment connaissance sur le tas et apporter des connaissances qui ne sont pas relatives à la connaissance marine. Par exemple, apporter ses capacités de photographe ou de pilote de bateau, ça ne nous demande pas de connaître les espèces marines directement. En général, on va s'y mettre de plus en plus parce que ça nous intéresse c'est parce que Ça a aussi un intérêt pour les missions, mais on n'a pas besoin de partir en étant biologiste marin sur une mission.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que toute personne qui a une compétence finalement et qui a envie de s'investir peut venir toquer à la porte et dire voilà j'ai envie de m'impliquer.
- Speaker #1
Alors il y a des compétences qui vont être plus recherchées que d'autres. En général, les équipes médias, pilotes de drones, vidéastes, photographes, les compétences type pilote aussi quand on part en bateau ou les cooks qui sont des postes assez importants sur les missions aussi. pour préparer la cuisine aux équipes. Effectivement, là, on a quand même plus de chances d'être pris, on va dire. Mais notamment sur les missions à terre, ou sur certaines missions en mer où on a besoin de matelots, on peut venir sans avoir de compétences particulières.
- Speaker #0
Ok. Alors, quelles sont les causes défendues par Sea Shepherd et qui sont les plus importantes pour toi, qui te mobilisent le plus ?
- Speaker #1
C'est un peu dur de trier. Je pense que... La mission Dolphin by Catch, sur les prises de dauphins par milliers dans le golfe de Gascogne, donc vraiment sur nos côtes, ça me touche pas mal. A la fois parce que ça fait trois ans que je suis dessus, que ce soit sur les missions à mer ou en terre, mais aussi parce que je trouve que c'est un exemple du travail abyssal à mener pour protéger les océans, même juste sous nos yeux en métropole. On a pu voir sur des expositions par exemple qu'on fait de dauphins morts sur des centres-villes, notamment celui de la Rochelle où on va souvent. On a encore des réflexions de Rochelet qui sont surpris de savoir qu'il y a des dauphins à côté de chez nous et pourtant on en tue. Alors les derniers chiffres c'était entre 3 et 7-8 000 par an, vraiment juste sur nos côtés.
- Speaker #0
Waouh, ah oui c'est énorme. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que ces dauphins sont pêchés comme ça et qu'ils se retrouvent dans les filets ?
- Speaker #1
Alors ce qui se passe, c'est qu'il y a eu je pense des mouvements de dauphins par rapport à des années avant. Typiquement les énormes chalutiers, les super trollers ont pillé tout ce qui était offshore, toute la Manche et les eaux un peu plus lointaines. Donc probablement un rapprochement des dauphins sur nos côtes où il reste encore un peu de poissons. Et maintenant on se retrouve avec les pêcheurs dits artisanaux qui remontent énormément de dauphins dans leurs filets, que ce soit les filetilleurs ou les chaluts. Donc il faut savoir que... Un pêcheur artisanal, quand je dis artisanal, en général c'est des bateaux d'une quinzaine de mètres avec 3, 4, 5 pêcheurs à bord, donc c'est pas des énormes bateaux. Mais un filet-yeur par exemple va poser à peu près 30 km de filets tous les jours, fois leur nombre, on a un maillage énorme de filets, avec de la concurrence entre le dauphin et le pêcheur sur la même ressource qui s'épuise aussi sur nos côtes. Donc une proximité très importante entre les dauphins et les filets. Sachant qu'un dauphin doit remonter à la surface toutes les 5 minutes, tous les dauphins qui sont remontés sont déjà morts.
- Speaker #0
Je suppose qu'hors de la rente de la pêche, on retrouve aussi plein d'espèces qui n'ont rien à faire dans les filets.
- Speaker #1
On retrouve aussi beaucoup d'autres espèces. Et là, ce qu'on commence à documenter de plus en plus, c'est même toutes les espèces d'oiseaux qui vont se retrouver dans les filets, parce qu'ils vont s'approcher, ils vont plonger, ils vont se prendre dans les filets. On a aussi vu notamment... Cette année, le nombre impressionnant de macareux a échoué. Là aussi, on peut mettre un lien de cause à effet avec la pêche. On est sur des animaux qui, par des temps de tempête, vont s'épuiser plus facilement. Ils vont avoir plus de mal à trouver de la nourriture, déjà parce que le poisson va avoir tendance à davantage aller en profondeur dans ces conditions météo. Et en plus, avec une rare affection assez énorme de la ressource, même si je n'aime pas dire ressource du tout, de poisson. qui amène à des échouages de masse. Macareux cette année, il y a deux ans c'était les guillemots de Troyes qu'on retrouvait aussi par milliers sur les plages. On voit que c'est vraiment tout un écosystème qui est touché. Nous on parle notamment des dauphins, même si c'est en train de changer et qu'on communique davantage sur les oiseaux aussi maintenant. Mais c'est tout un milieu qui est déstabilisé.
- Speaker #0
Quelle est la position de Sea Shepherd sur l'action même de pêcher ?
- Speaker #1
Pour nous, si c'est vivrier et qu'on dépend de la pêche pour survivre, c'est normal, acceptable. Si on prend le cas actuel en métropole, qu'on ait ou qu'on n'ait pas de poissons dans notre assiette, ça ne changera absolument rien. Il faut laisser l'océan tranquille, l'océan se refaire et on ne peut pas se permettre de continuer comme ça. On ne pourra pas défendre autrement. On sait qu'il y a des méthodes de pêche qui sont plus ou moins destructives, ça c'est clair. Mais dans l'idéal, laisser l'océan se refaire est pour leur bien et pour notre bien aussi parce qu'on dépend intimement de l'océan.
- Speaker #0
Ok, alors c'est vrai que le monde marin c'est quelque chose qui est un petit peu ambivalent, parce qu'on peut se rendre compte chez le grand public que finalement les grands mammifères marins suscitent beaucoup d'admiration, sont beaucoup utilisés au niveau de l'apaisement, d'une image comme ça de sérénité, il y a une fascination finalement à la fois des enfants et même des adultes sur les grands mammifères marins, tandis que tout un autre pan du monde marin, qu'il s'agisse des poissons, du plancton, du krill, est complètement mis à côté. Comment t'expliques ça ? C'est une question de charisme ? C'est un capital sympathie ?
- Speaker #1
Alors oui, clairement, il y a un gros capital sympathie pour ces espèces-là. Et même pour avoir discuté avec des pêcheurs, je n'ai pas rencontré beaucoup de pêcheurs qui m'ont dit qu'ils étaient heureux de prendre un dauphin dans leur filet. C'est même plutôt l'inverse. Après, pour moi, c'est un peu le spécisme. Et une bonne couche de déni aussi. C'est un peu pourquoi on mange une vache et pas un chien. ça revient au même, on fait vraiment des choix qui nous arrangent dans notre conscience pour justifier certains choix même si les poissons aussi sont sentients ils n'ont pas un niveau de sympathie suffisant pour qu'on leur admette ce niveau de sentience dans l'esprit public je pense et je pense que le déni est quand même très important et lié à, derrière, si j'accepte ça ça veut dire que je remets en cause ma façon de consommer et je ne suis pas forcément prêt à ça un peu ce que j'ai en tête euh... en discutant avec des personnes en tout cas.
- Speaker #0
Et oui, parce qu'en faisant un raccourci, en métropole, on mange a priori ni dauphins ni baleines, donc l'esprit est tranquille.
- Speaker #1
Sauf qu'on se rend compte que le poisson qu'on mange, dû à sa méthode de pêche, va tuer des milliers de dauphins en parallèle. C'est là où on va arriver sur est-ce que le déni va se rompre et on va pouvoir assimiler le fait que le poisson peu sentient qu'on a dans notre assiette correspond au mammifère très sentient dans son esprit qui meurt. de cette pêche. Le lien, même s'il est évident à faire, quand on le documente, il y a du chemin à faire dans l'esprit collectif.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, j'en profite pour te poser la question. Est-ce que, Damien, tu peux nous rappeler en quoi la vie marine, d'un point de vue même macroscopique, au niveau du krill ou du plancton, en quoi c'est aussi important, d'un point de vue biologique, en quoi, finalement, nous dépendons de cette vie marine ?
- Speaker #1
Ce qu'on dit en général, c'est qu'une respiration sur deux qu'on va avoir, elle est due à l'océan. On parle beaucoup de l'Amazonie par exemple, ou des forêts pour la respiration, mais l'océan joue au moins pour la moitié sur l'oxygène qu'on va respirer. et ça C'est pas juste l'océan, c'est tout l'écosystème qui va avec, du simple plancton jusqu'à la baleine. Et même aux oiseaux qui vont migrer au-dessus et apporter de la nourriture en même temps. Donc c'est vraiment un écosystème très complexe et très fragile aussi.
- Speaker #0
Oui, sans oublier toute la botanique marine qui absorbe une énorme partie de notre CO2.
- Speaker #1
En plus. Et qui subit déjà des pressions énormes de toutes parts, sans parler de la pêche. Le réchauffement des océans, l'acidification... Nuisance sonore, l'océan n'est pas gâté au niveau de nuisance.
- Speaker #0
Oui, il y a un énorme boulot à faire au niveau des océans. Heureusement qu'il y a des associations comme Sea Shepherd qui sont là pour s'intéresser à ça. Et d'ailleurs, Sea Shepherd ne s'intéresse pas uniquement à ce qui se passe dans la mer, mais aussi à ce qui se passe dans d'autres types de contextes. Je pense notamment aux grands mammifères marins qui sont détenus captifs dans des eaux, des parcs aquatiques. Est-ce que tu peux nous dire, Damien ? nous éclairer sur ce que vivent ces animaux et ce que ressentent ces animaux au sein de la captivité.
- Speaker #1
On a fait une expérience immersive pour essayer de représenter ça au public. C'est ça le Tilicum Tank. Tilicum c'est le nom d'une orque assez connue au destin tragique. En gros, on avait habillé l'intérieur d'un camion de miroir et en mettant un système sonore avec écho pour essayer de représenter un petit peu comment se voyait un cétacé, une orque dans un... Dans un bassin. On a aussi dupliqué ça pour les ateliers kids, avec quelque chose qu'on peut mettre sur la tête des enfants, pareil avec un jeu de miroir et du bruit. Donc ça permet déjà de se rendre compte un petit peu de l'oppression que c'est. Et après si on parle juste en chiffres, une orque c'est 150 à 200 kilomètres parcourus par jour en milieu naturel. Et là on les restreint dans des bassins d'une centaine de mètres, donc je pense que l'échelle est assez parlante. Je pense que là-dessus, il y a quand même pas mal d'avancées. D'ailleurs, avec la fermeture du Marine Land, quand on regarde d'un peu plus près, ils ont précipité leur fermeture parce que leur rentabilité s'était cassée la gueule. Les gens sont de plus en plus au courant, ils comprennent davantage les problématiques. Le gouvernement a aussi suivi sur l'interdiction, même si on se rend compte que le gouvernement a interdit, mais n'a pas du tout prévu l'après. Donc là, c'est un peu la lutte qu'on a vécue en ce moment sur comment mettre en place des sanctuaires et gérer toutes ces... Tous ces dauphins et tous ces orques qui vont devoir sortir de ces delphinariums.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on peut supposer qu'ils ne sont absolument pas relâchables.
- Speaker #1
C'est ça, on n'est pas capable, ils vont avoir besoin d'être nourris et d'avoir un suivi jusqu'à la fin de leur vie. Donc l'idée c'est d'avoir des sanctuaires bien plus grands et en milieu naturel, mais avec un suivi et des équipes qui devront, entre guillemets, les aider et les nourrir pendant ce temps-là.
- Speaker #0
Oui, du coup il y a une question qui me vient, c'est... Par rapport au fait que ces animaux vont devoir finir leur vie dans un sanctuaire, combien de temps, tout basiquement, ça vit une orque ? Je suppose que ça vit beaucoup plus longtemps en captivité qu'en milieu naturel ?
- Speaker #1
C'est assez variable. La tranche, c'est 50 à 90 ans en milieu naturel. Après, je pense qu'on n'a pas beaucoup de recul sur la durée de vie d'une orque qui a passé autant de temps en milieu fermé, en delphinarium. Donc je pense qu'on va beaucoup apprendre dans les années à venir.
- Speaker #0
Ok. Et du coup, ma deuxième question concerne plutôt des mammifères qui sont semi-terrestres, comme les otaries, et que là, on peut trouver un peu dans le moindre zoo. A ton avis, est-ce que leur adaptation est légèrement meilleure du fait qu'elles ne sont pas totalement aquatiques, ou ça ne change rien et ça reste un milieu extrêmement pénible ?
- Speaker #1
Alors là, je n'ai pas de données chiffrées, je n'ai pas d'études scientifiques là-dessus. Ils m'ont ressenti, je dirais, potentiellement moins, vu qu'ils ont moins de... Ils ont plus de place par rapport à ce qu'ils auraient en liberté, enfin, dont ils auraient besoin en liberté, mais c'est clairement de la souffrance aussi d'être sollicité en permanence avec du public qui les acclame. Ça ne reste pas une vie pour n'importe quel animal.
- Speaker #0
Pour en revenir un petit peu à toi, Damien, tu nous as dit que tu étais plutôt un activiste de terrain, tu fais beaucoup de sorties en mer. D'ailleurs, tu m'as confié être également pilote de bateau, faire un petit peu de voile. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment ça se passe lorsque vous faites une mission ? Qui fait quoi ? Comment sont répartis les rôles ? Si tu as envie de prendre une mission en particulier pour nous raconter un petit peu comment ça se passe, l'organisation de la journée, raconte-nous comment c'est de faire une sortie comme ça, dirigée vers le militantisme mais sur la mer.
- Speaker #1
Alors je vais peut-être élargir si ça te va, à mission terre également. Dans un cas de mission à terre, c'est souvent des missions avec des patrouilleurs, que ce soit pour contrer les braconniers à Mayotte sur les tortues, ou que ce soit en Vendée pour Dolphine by Catch, pour sillonner les plages, repérer les échouages, les documenter, potentiellement récupérer les dauphins pour faire des expositions derrière, et relever des filets illégaux quand on en trouve. Là, on va avoir dans ce cas-là une quinzaine de personnes qui vivent dans une maison et qui vont faire une quinzaine de kilomètres par jour de patrouille. Et en gardant toujours l'idée de base, il faut des photographes, des vidéastes et des cooks pour nourrir toute l'équipe. Ensuite, pour les missions en mer, on va avoir deux types de missions. On va avoir des missions comme avec le Walrus, notre bateau de 46 pieds, donc à peu près 15 mètres. Là-dessus, on n'est plus limité en nombre de couchages. La règle générale, c'est trois pilotes et un photographe, un vidéaste. Donc vraiment... le minimum pour pouvoir faire tourner une mission, avoir les images et être capable de rester en mer. Là, on est sur un bateau qui nous permet d'avoir une autonomie de quelques jours seulement en mer. On va être sur des missions côtières, typiquement, ça va être Dolphin Bike Hatch dans le coffre de Gascogne ou Save Iberian Orcas vers Gibraltar, et on va avoir des rotations de bénévoles à peu près toutes les deux semaines. Et le dernier exemple, ça va être par exemple sur le jeune Paul Dejoria où j'étais... pour la mission papillon en Guyane française en début d'année. Bateaux de 72 mètres, une vingtaine d'équipiers en général. Des demandes de dispo autour de deux mois. On n'est pas sur les mêmes tranches horaires et les mêmes besoins. Et là-dessus, on va avoir une équipe d'officiers qui vont se répartir les navigations, une équipe de cook, en général deux, des médias, là on va inclure un pilote de drone, une équipe de mécanos pour toute la partie machine, un médecin, et une équipe de matelots, on appelle ça les deckhands en anglais, qui vont gérer tout l'entretien du bateau, les manœuvres, que ce soit de mise à l'eau des zodiacs, que ce soit les manœuvres où on a besoin de jeter l'encre ou d'accoster. Et c'est des frais quand même très importants, que ce soit en maintenance ou que ce soit rien pour le carburant. Sachant qu'on est quasiment tous des bénévoles. Sur médecins, bénévoles, en général, les postes qui ne sont pas bénévoles, ça va être le capitaine, peut-être le premier officier, et les ingés, les mécaniciens.
- Speaker #0
Ah oui, donc même les médecins et les cuisiniers donnent de leur temps bénévolement.
- Speaker #1
C'est ça. On se base beaucoup sur le bénévolat et jusqu'à maintenant ça marche très bien. Et au moins on sait que les personnes qu'on a viennent pour la bonne cause, avec les bonnes raisons. Toujours dans cette idée d'avoir un minimum de frais de fonctionnement pour avoir un maximum de temps en mer, c'est la stratégie. Il y a un bon exemple que Lamia ressort de temps en temps en conférence, quand elle était en Antarctique. pour pouvoir continuer à suivre les balainiers. Et ils ont coupé le chauffage à bord pour économiser un petit peu de carburant et continuer un maximum la mission. Vraiment l'état d'esprit quand on part en mission.
- Speaker #0
Waouh, oui, c'est vraiment ce qu'on appelle de la dévotion.
- Speaker #1
Clairement, oui.
- Speaker #0
Il y a quelque chose, moi, qui me fascine dans l'association Sea Shepherd, c'est la capacité à rentrer dans le tas. On a pu voir par relais de presse ou simplement par les... La communication directe que fait l'association, que vous n'hésitez pas, alors vous ne vous en prenez jamais aux personnes physiquement, par contre vous n'hésitez pas à cibler les biens matériaux des différents acteurs, surtout illégaux, des causes que vous défendez. Qu'est-ce que tu penses du coup de ces façons de faire ?
- Speaker #1
C'est aussi ce qui m'attire avec Sea Shepherd, on est vraiment sur de l'action directe, on va les pénaliser. Que ce soit en les empêchant de travailler, que ce soit en confisquant du matériel, donc en engendrant des coûts supplémentaires pour eux, en stoppant leur période de pêche pour une plus ou moins longue période. Par contre, on fait ça effectivement toujours en étant irréprochable sur le légal et sur l'humain, soit éthiquement ou pour maintenir une légitimité, être entre guillemets non poursuivable. C'est important si on veut continuer. Sachant qu'en gros, si la pratique sur laquelle on est est légale, la pratique qu'on suit je veux dire on va faire de la documentation, de la médiatisation c'est ce qui se passe typiquement avec les dauphins dans le golfe de Gascogne là on est sur de la pêche légale, on n'a jamais fait de destruction de matériel, on ne s'interpose pas on fait vraiment de la documentation et de la sensibilisation publique pour amener à changer les règles, par contre si on tombe sur des braconniers ou autres, là si les moyens techniques le permettent, on vient s'interposer sur cette pêche ou ce braconnage
- Speaker #0
Ah oui, adrénaline garantie, je suppose.
- Speaker #1
Il y a beaucoup d'adrénaline. En Guyane française, on était en train de remonter des filets de pêche de pêcheurs illégaux.
- Speaker #0
C'est beaucoup d'adrénaline, beaucoup de dépenses physiques aussi, et ça fait des souvenirs assez énormes. Surtout avec le côté équipe entière qui se dédie à ça et qui attend que ça.
- Speaker #1
Du coup, je suppose que vous êtes une équipe assez soudée. Est-ce qu'à la fin de la journée, après des missions comme ça, qui sont quand même un peu lourdes, vous ressentez le besoin de débriefer, de vous raconter ?
- Speaker #0
Il y a des missions où c'est plus ou moins évident de le faire. Mais effectivement, c'est... Déjà, ça crée beaucoup de liens. Déjà, de vivre en communauté, en général, ça crée des liens. Mais en plus, avec une action commune et de l'adrénaline, et des choses qu'on voit qui ne sont pas forcément toujours faciles à voir. Y'en a des plages pour trouver des dauphins morts, ou remonter des requins dans un filet de pêche illégale. Ça fait jamais plaisir. Mais on reste soudés, on en parle, on est là les uns pour les autres. Et ça démultiplie aussi l'expérience, on va dire, humaine. C'est souvent dur de se lâcher à la fin d'une mission. En général, on revoit pendant longtemps les personnes à qui on a fait ce genre d'émission.
- Speaker #1
Oui, alors j'ai du mal à penser Sea Shepherd sans penser Paul Watson, son fondateur, qui aujourd'hui a rejoint l'entité française de Sea Shepherd. Il décrit très bien dans son livre toutes ses actions, mais aussi ce collectif qui réunit les bénévoles. Alors l'association, à cause, grâce, je ne sais pas, à l'image de Paul Watson, a pu être... taxée d'agressive ou en tout cas de radicale. Qu'est-ce que tu penses, toi, de cette notion de radicalité de Sea Shepherd et puis comment est-ce que tu vis l'accueil du grand public vis-à-vis de l'assaut au quotidien ?
- Speaker #0
Déjà, sur le volet agressif, comme Paul l'aime bien l'amener, c'est de la non-violence agressive. C'est-à-dire, comme on disait tout à l'heure, on ne ciblera pas les humains. Par contre, on sera bien agressif sur les moyens Est-ce que c'est radical ? Je pense que la radicalité, elle est plutôt de l'autre côté, des personnes qui vont piller l'océan et faire autant de mal. Moi, j'ai l'impression que ce qu'on fait, c'est juste et heureusement qu'on est là pour le faire. Donc j'ai plus de mal avec cette radicalité-là. Je pense que c'est vraiment du terrain, du militantisme, mais justifié. Surtout qu'on fait très attention à ce que... à ce qu'on fait, à la légalité, et on s'attaque aux pratiques qui sont interdites, même s'il y a d'autres pratiques qu'on aimerait faire interdire.
- Speaker #1
Oui, c'est très clair. Alors, moi, en lisant Paul Watson et puis en le voyant en conférence, aux côtés de Lamia Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, j'ai eu vraiment l'impression de voir quelqu'un qui avait dédié sa vie à l'océan, qui avait dédié sa vie à sa cause. Est-ce que c'est aussi l'impression que tu en as ?
- Speaker #0
C'est aussi l'impression que j'ai eue en le lisant ou en le côtoyant aussi de temps en temps. Ça inspire beaucoup de respect, de réussir à dédier sa vie à ça. Mais ce n'est pas uniquement le fait qu'il ait réussi à dédier sa vie à ça, c'est tout ce qu'il a réussi à amener derrière, le mouvement qu'il a créé, tout ce que ça a engendré, toutes les actions qui ont pu être menées, les résultats qui sont là, même s'il reste beaucoup à faire, on voit que ça avance. Et comme il dit souvent, il faudrait que je trouve les bons mots, c'est agir au présent parce qu'on ne sait pas de quoi sera fait le futur, mais en étant là... en faisant ce qu'on peut au présent, ça changera le futur.
- Speaker #1
Alors tu m'as dit tout à l'heure qu'au niveau de l'association, vous sélectionniez, entre guillemets, un petit peu vos bénévoles. Est-ce que vous imposez aussi une charte de bénévolat ? Et il me semble que l'association se veut aussi cohérente que possible dans ses actions, et notamment ne sert pas de viande et de poisson sur ses missions, si je ne me trompe pas.
- Speaker #0
C'est ça. Alors on a plusieurs chartes. À chaque fois qu'on va postuler, que ce soit sur un groupe local ou pour ensuite repartir sur une mission, on a Toute la charte a signé. Donc effectivement, la plus grosse partie, on va dire, c'est d'engager à ne pas se droguer, ne pas boire d'alcool et respecter le côté végétalien à bord. Ou même d'ailleurs, pendant les représentations qu'on a, si je ne sais pas, quand on est en stand, on demande à tous nos bénévoles d'être sans alcool pendant la durée de l'événement et de manger végétalien aussi. C'est pour qu'on ait vraiment une cohérence. Pour éviter les débordements, tout simplement. Surtout sur un bateau où ça peut... ça peut vite monter. On reste sur de l'humain.
- Speaker #1
Et sur un espace très restreint.
- Speaker #0
Sur un espace restreint, oui. Mais même sur des événements où on va être en extérieur, en représentation par exemple en stand de sensibilisation et de vente, tant que le stand est ouvert, il faut que nos bénévoles soient sobres. Il faut réussir à gérer. On est là aussi pour montrer l'image de Sea Shepherd. Donc si on se retrouve face à des personnes alcoolisées en face, ça ne correspond pas à l'image de l'association. Et à côté de ça, le reste de la charte, ça va surtout être sur le comportement. On demande beaucoup de respect envers les autres. Et aussi sur le fait de suivre les consignes des responsables de mission, du capitaine. Il y a besoin quand même d'assez de rigueur quand on est sur l'action directe.
- Speaker #1
Alors si on fait un petit pas de côté vis-à-vis de l'association, et qu'on en revient à toi, Damien, à ton avis, quel est ton moteur central ? Qu'est-ce qui t'anime le plus ? Dans ses actions, dans cette recherche de défense ?
- Speaker #0
Ce n'est pas forcément simple à répondre à un moteur, on va dire, mais ce qui m'anime le plus, c'est mon indignation et le sentiment d'injustice qui ressort de tout ce qui se passe en mer. Je n'arrive clairement pas à rester les bras croisés par rapport à tout ce que je vois et tout ce que j'entends. Je pense que je fais ça parce que je ne vois pas quoi faire d'autre et que je sais que comme ça, je n'aurai pas de regrets sur plus tard ou même maintenant, sur le fait de ne rien avoir fait. Et puis les personnes incroyables qu'on rencontre, les liens souvent très forts qu'on peut nouer, ça aide aussi à garder un engagement fort.
- Speaker #1
Oui, et je suppose à t'entendre qu'il n'y a pas que la mer qui te concerne ?
- Speaker #0
Non, clairement pas. Il y a beaucoup de causes qui me touchent. Je n'ai pas pu balancer dans tout en même temps. Donc on va dire que mon amour de l'océan et ma reconnaissance, c'est peut-être un peu d'égo, mais... Le fait d'aimer être dessus et de le comprendre un minimum, ça m'a bien orienté sur le monde marin. Mais ce que j'entretiens avec le vivant, c'est déjà une certaine culpabilité d'appartenir à l'espèce qui détruit tout. Et je trouve que la notion de biocentrisme, à l'opposé de l'anthropocentrisme, est assez intéressante et à mettre entre toutes les mains. D'ailleurs, il y a un livre de Paul qui est sorti récemment, qui s'appelle tout simplement Biocentrisme, permet de bien se repositionner par rapport à la planète et la place qu'on devrait y avoir.
- Speaker #1
Oui, la notion de biocentrisme qui a été théorisée à la base par le philosophe norvégien Arne Ness, alors je suis désolée si je le prononce mal, à ne pas confondre avec l'homme d'affaires du même nom d'ailleurs, et qui a longtemps travaillé sur la notion de deep écologie, montrant que l'homme fait partie d'un tout biologique et écologique et n'est pas au sommet de la chaîne ou au sommet d'un quelconque maillon. qui soit intellectuelle, culturelle ou sociale.
- Speaker #0
C'est ça, et on a vite tendance à l'oublier et à penser que si c'est dans nos intérêts, le reste c'est pas important. Après, ça étant dit, je sais que je suis loin d'être parfait, il y a plein d'axes d'amélioration, mais je pense que personne ne pourra être parfait et qu'il ne faut pas que ce soit un blocage en se disant soit je fais rien, soit je fais tout. qu'il y a un entre-deux qui permet déjà de faire énormément de choses. Il ne faut pas que ce soit une excuse pour ne pas s'engager.
- Speaker #1
Est-ce que ton militantisme, Damien, retentit aussi sur ta vie personnelle ? Et est-ce qu'il y a des aspects qui sont touchés dans tes choix de vie au quotidien ?
- Speaker #0
Oui, il y en a quand même pas mal. Le fait de rejoindre Sea Shepherd, ça a fini de me faire transitionner vers un régime végétarien. Pas loin d'être végétalien, mais pour l'instant végétarien. Le boulot aussi, je commençais à en avoir de plus en plus marre. Mais plus je m'engageais, plus je trouvais ce que je faisais futile. comparé à tout ce qui se passe autour, que le boulot que j'ai quitté aussi. L'engagement, c'est beaucoup de temps, des périodes aussi qu'on va se réserver parce qu'on sait qu'il y a une mission qui approche, qu'on ne sait pas encore exactement quand est-ce qu'on sera pris et sur quelle période. Donc des agendas qui peuvent vite se bloquer. Donc répercussions sur les proches qu'on voit un peu moins, en tout cas dans mon cas. Je pense que ça a aussi joué sur le fait d'être beaucoup plus en phase avec mes convictions et ce que je pense. Et forcément, ça joue aussi sur les rencontres que je vais faire. Mais je trouve que c'est... plutôt dans un sens positif là-dessus.
- Speaker #1
Et tes proches, ils les vivent comment, ces longues missions ?
- Speaker #0
Il y en a qui vont toujours se dire, mais comment tu vas faire pour le reste ? Mais la plupart, on va dire 90% des retours, c'est plutôt admiratif, c'est génial que tu puisses faire ça et que tu te lances dedans.
- Speaker #1
Et je vais te poser une question que je pose à tous mes invités depuis le début de Murmuration, et c'est une question qui m'a d'ailleurs justement été inspirée par le livre de Paul Watson. quand il raconte à quel point sa rencontre avec une baleine a pu changer sa vie, sa vision, sa conviction, et lui a donné le sentiment qu'il devait dédier sa vie au militantisme. Toi, est-ce qu'il y a comme ça un moment particulier dans ta carrière de militant, où tu as rencontré une situation qui a fait toute la différence ?
- Speaker #0
Il y a des situations qui m'ont davantage marqué et qui peuvent mettre un peu à fleur de peau, on va dire. Par contre, je n'ai pas eu... Une situation qui m'a marqué et qui ressortirait extrêmement fort, c'est vraiment plus une prise de conscience et un désir de défendre. Je sais que ce n'est pas souvent le cas de tout le monde. J'ai discuté avec d'autres bénévoles où, pour eux par exemple, les orques, c'est toute leur vie, ils ont toujours une admiration et c'est venu naturellement via ce biais-là. Moi, c'est vraiment plus mon côté... À mort de l'océan, naviguer dessus et pouvoir le protéger, plus la fibre écologique à côté. Mais il y a quand même eu des situations marquantes, typiquement des prises de conscience. J'avais déjà fait du cheminement sur des méthodes de pêche qui étaient destructrices, etc. Mais se rendre compte que, typiquement, la pêche dite artisanale, du petit bateau de pêcheurs qui revient au quai le soir, où ils sont 3-4 dessus, que eux arrivent à faire autant de dégâts, ça fait quand même un choc quand on le réalise pleinement. Après, en général, en mission, déjà, ça permet de se distancier un petit peu de ce qu'on voit, parce qu'on y va avec un but. Et encore plus quand j'y vais en tant que photographe, là où l'appareil est vraiment entre la scène et moi. Mais il y a des fois où ça va déborder. J'ai eu le cas notamment sur l'échoge d'une baleine à bosse juvénile. Elle faisait quand même 8 à 9 mètres. En Vendée, sur laquelle je me suis rendu avec un collègue pour documenter ça, prendre des photos. Et je pensais l'avoir bien vécu avec la distanciation, entre guillemets, classique. Et puis, quelques semaines après, tout est remonté. Et c'est encore un peu dur de la penser de temps en temps.
- Speaker #1
Oui, alors je pense que c'est d'autant plus vrai que ce type de militantisme... Alors, arrête-moi si... Je me trompe, mais qu'on est quand même au contact de cruauté terrible, de ce que l'humain peut avoir de pire. Je pense par exemple au massacre des globicéphales aux îles Ferroé, qui est appelé le Grimm, qui est documenté par Sea Shepherd et qui est une pratique qui date un petit peu, qui est assez culturelle sur les îles Ferroé. Mais on voit vraiment ces animaux qui sont très pacifiques, qui viennent sur les côtes en toute innocence se faire massacrer, que ce soit un peu Les femelles gestantes, les petits, voire même des foetus qui se font sortir du ventre de leur mère dans une ambiance bon enfant, presque de fête foraine, c'est très très très difficile. Je suppose que ça doit générer une terrible colère, une révolte très forte, non ?
- Speaker #0
Ça, il suffit de voir les lives qui sont faits pendant les grins, c'est absolument imbobinable. Et je pense que c'est... C'est potentiellement la mission la plus marquante qui serait à faire. Surtout depuis que la marine danoise nous empêche de venir avec des bateaux. Il y a quelques années, on avait pu réduire presque à néant le Grind. On se servait en fait des mêmes stratégies qu'eux. Donc eux font des murs de son avec leurs bateaux pour les ramener jusqu'à s'échouer. Nous, on essayait de spotter les pods de globicéphales avant eux pour les faire sortir et les amener plus au large. Et ça avait extrêmement bien marché, sauf que la marine danoise nous est tombée dessus. Garde à vue, confiscation des bateaux, parce que les ferroïdes dépendent du Danemark. Et les enjeux géopolitiques font qu'il y a une grosse protection de cette pratique abominable par le Danemark. Ils vivent énormément en communauté, et le fait qu'il y en ait un qui s'échoue, en général, les autres ne vont pas essayer de fuir, ils vont rester groupés, et là c'est le pod entier qui y passe. quel que soit l'âge, le nombre de De globicéphales gestants qui peuvent être tués aussi. C'est sans distinction, c'est un carnage total. Sachant même que les autorités médicales sanitaires des forêts annoncent que c'est mauvais pour la santé, que le taux de mercure est énorme, puisque forcément c'est des apex, donc des prédateurs qui ont eu le temps d'emmoganiser beaucoup de mercure. Là on reste vraiment sur du culturel très ancré. Mais quand on voit, comme tu disais, Les enfants qui sont amenés, qu'on va retrouver sur les globicéphales morts, qui jouent dans les entrailles, c'est vraiment ancré dès le plus jeune âge. Il y a vraiment un travail énorme à faire là-dessus. C'est un peuple qui quand même aime le débat. Donc là, on essaie de plus en plus de communiquer avec eux pour essayer de faire changer les mentalités, mais ça part de vraiment très loin. Et justement, l'un des intérêts à être végétalien, etc. C'est que eux, leur principal argument, c'est de dire, oui, mais vous, vous mangez de la vache ou vous tuez des poulets. Nous, c'est des globicéphales. Ils ont du respect sur le fait que nous, on n'en mange pas de viande ou de poisson. Donc on arrive à avoir quand même une discussion qui peut, lentement, mais on a une discussion qui peut s'amener avec eux.
- Speaker #1
Oui, oui. Et j'aimerais vraiment rendre hommage aux bénévoles de ces missions. Parce que pour être moi sur des missions où il y a de la destruction d'espèces, et où ça peut être très difficile pendant plusieurs jours, voire parfois pendant plusieurs semaines, et occasionner une certaine forme de découragement assez profonde, de me dire qu'on peut être là sur ces massacres, les documenter et être des semaines imprégnées par ça, ça demande quand même sacrément de courage. Je suis quand même très admirative et psychologiquement, c'est vraiment pas évident.
- Speaker #0
Typiquement sur du Dolphin by Catch, où on va tenir une pancarte. Avec un dauphin mort pendant deux heures sous nos yeux, ce n'est pas évident. Mais encore une fois, je pense que le côté mission, savoir qu'on fait ça pour faire changer les mentalités, et le côté groupe aussi, c'est typiquement une mission. On parle beaucoup entre nous avec des débriefs tous les soirs pour échanger, pour ne pas que ça reste à l'intérieur. Ça aide aussi beaucoup. Et je pense que c'est aussi ce qui fait que ça ressort beaucoup. Typiquement, il y a un ou deux ans, je ne sais plus, quand j'ai fait une exposition pour la première fois, quand on est rentrés à la maison ensuite, On a vu qu'il y a eu le avant-après-exposition au niveau du groupe.
- Speaker #1
Alors ces expositions de dauphins qui sont pêchées devant le grand public, comme ça, sur des quais, des trottoirs, comment c'est reçu de la part du public ? Dans mon imaginaire, je ne sais pas, les gens sont horrifiés, les autorités viennent vous demander gentiment d'arrêter de terroriser la population. Ça, c'est l'image que moi j'en ai. Qu'est-ce qu'il en est de la réalité ?
- Speaker #0
Alors déjà, on a eu l'accueil par les autorités qui a beaucoup évolué. Là, cette année, c'était la deuxième édition de l'émission. Sur les premières, c'était garde à vue, etc. Maintenant, les autorités ne viennent même pas nous voir ou viennent juste nous dire bonjour. On voit qu'il y a une évolution de la mentalité là-dessus quand même. Après, on a un peu de tout. Rarement des mauvais retours. encore pas mal de personnes qui s'étonnent qu'il y ait des dauphins chez nous. C'est assez étrange. La plupart sont quand même assez choqués et prennent du coup un peu plus la mesure de ce qui se passe. Après, est-ce qu'il y a des changements derrière de leur côté ? On n'est pas là pour suivre ce qui se passe, mais en général, oui, ça regroupe du monde, il y a des échanges, c'est des messages qui sont quand même assez forts.
- Speaker #1
Tu as déjà été arrêté sur cette mission ?
- Speaker #0
Non, je suis arrivé quand la mission était déjà un peu plus ancrée. Et les tensions un peu apaisées avec les autorités là-dessus.
- Speaker #1
Ok. Et pure curiosité, est-ce que tu serais prêt à faire de la garde à vue ?
- Speaker #0
Oui. Il n'y a pas de souci.
- Speaker #1
Ok. C'est entendu. Alors Damien, est-ce qu'il y a des personnes qui t'ont inspiré au cours de ta vie, des activistes qui sont des figures pour toi, ou des personnes dans ton entourage qui t'ont vraiment inspiré l'envie de faire ?
- Speaker #0
Pas spécialement de figure. Je ne suis clairement pas du genre à mettre quelqu'un sur un piédestal et à faire de l'admiration, on va dire. C'est plus des courants ou des associations qui vont m'inspirer, comme l'anarchisme, le féminisme, les soulèvements de la terre, et beaucoup de rencontres individuelles, avec les parcours de chacun, des personnes lambda qui s'investissent énormément et qui font tout ce qu'ils peuvent. Et je trouve que c'est ça qui est aussi assez beau dans l'associatif et le militantisme.
- Speaker #1
Alors on arrive tranquillement à la fin de notre entretien, je vais te poser une question qui va être tout à fait naïve de ma part. Est-ce qu'on va dans le bon sens sur les causes défendues par Sea Shepherd, sur la défense de l'océan, ou est-ce qu'il y a encore beaucoup de montagnes à déplacer ?
- Speaker #0
Il y a encore énormément de montagnes à déplacer. Là on n'est pas en train de chercher sur quel sujet on peut aller, on est en train de choisir entre quel ou quel sujet il va falloir aller en suivant. Il y a encore énormément à faire. Ça demande énormément d'équipe, énormément de logistique, énormément d'argent aussi. Donc là, on est plus limité qu'à chercher la prochaine lutte à mener.
- Speaker #1
Ok, et qu'est-ce qu'il en est finalement, un petit peu de ce qu'on entend, que la mer va mieux, qu'on crée des aires protégées, que de plus en plus d'acteurs du terrain font des efforts ? Qu'est-ce que t'en penses ? Et qu'est-ce que t'observes surtout ?
- Speaker #0
Ça, c'est du greenwashing gouvernemental. Les aires marines, elles ne sont pas du tout... On voit des super-trawlers qui ont l'autorisation d'aller dedans. On se rend compte que des labels type MSC certifient des pêches destructives. Donc c'est aussi compliqué parce que si on reprend un peu notre déni et qu'on ne se renseigne pas davantage, on a l'impression que globalement ça se passe mieux, que ça se passe bien. Donc ça c'est un jeu politique assez fort.
- Speaker #1
Donc pour sortir de ce déni politique, qu'est-ce que tu conseilles aux gens ?
- Speaker #0
De vraiment s'enseigner, de ne pas hésiter à changer sa façon de consommer. Ce n'est peut-être pas évident de faire du jour au lendemain, au moins réduire, quitte à stopper les consommations de produits qui viennent de la mer déjà. Mais au moins vraiment s'enseigner, à prendre le temps et à comprendre ce qui se cache derrière.
- Speaker #1
Est-ce que tu crois au vote pour changer les choses ?
- Speaker #0
Je pense que c'est nécessaire, mais ce n'est potentiellement pas ça qui fera tout changer.
- Speaker #1
Quand Paul Watson a été emprisonné au Greenland, on a... senti un petit peu les lignes politiques bouger en France, un espèce de soutien en demi-teinte de Emmanuel Macron. Je suppose que, bon, comme ça touchait à la liberté des droits de l'homme et puis que Paul Watson fait partie de Sea Shepherd France, il fallait forcément y mettre un petit brin d'opinion. Mais on sent quand même que la défense des océans, c'est pas une priorité gouvernementale, comme l'écologie en général d'ailleurs.
- Speaker #0
Je pense que Sea Shepherd a une sympathie du public qui fait que ça nous a aidés sur ce sujet-là. C'était une action politique assez gratuite et qui permettait de faire un peu de greenwashing dessus aussi. Mais après, c'est vraiment du cas par cas. On a pu le voir par exemple sur Dolphin by Catch. Là, on a le préfet maritime qui nous met des patons dans les roues. C'est de la lutte contre eux et contre la pêche. A contrario, là, on revient de la mission papillon sur la pêche illégale. en Guyane française, et là on a eu un accueil, mais on ne s'y attendait pas. Que ce soit par les pêcheurs locaux, que ce soit par le gouvernement en place là-bas, on a été accueillis à bras ouverts. Donc ça dépend des personnes, ça dépend des situations, ça dépend des combats qu'on mène. Et ça peut vite changer aussi, parce que les personnes en charge vont tourner, est-ce que la prochaine sera ouverte au discours, sensible à la cause ou pas du tout. Donc le vote effectivement est important. On voit que ça fait pas tout, mais ça reste... C'est bon, on s'appuie aussi.
- Speaker #1
Bon, Damien, disons qu'on se projette dans un auditeur qui aurait envie de s'investir chez Sea Shepherd. C'est pas facile à dire, chez Sea Shepherd. Et qui serait comme moi, vivant dans la ruralité, en pleine Auvergne, en pleine montagne, loin de toute côte. Est-ce que cet auditeur pourrait s'investir quand même ?
- Speaker #0
Dans tous les cas, oui. Pour toi, je pense que ce serait le groupe local de Lyon. plus proche, mais comme pour La Rochelle qui s'étend un peu plus que juste Lyon, où il y a beaucoup de stands de sensibilisation sur des concerts, des festivals, des salons. Ils ont aussi, je pense, l'antenne dive la plus active, avec énormément de nettoyage de fleuves et de lacs. Donc ça pour une implication, on va dire, à l'année. Et ensuite, les missions. En mer, à terre ou autre, où on a des dispos de deux semaines ou deux mois, dans tous les cas, si on est prêt à se déplacer sur le lieu de la mission, que ce soit en Vendée, à Mayotte ou en Guyane, on n'est pas forcément plus avancé de partir du fin fond de l'Augagne que de Paris. Ou de Marseille, oui.
- Speaker #1
Au point où tu en es actuellement dans ta carrière de militant, est-ce que tu as des conclusions sur le fait de rejoindre comme ça une cause ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faut venir avec les bonnes motivations, en étant prêt à s'engager à ce moment-là. Il y a, je pense, une histoire de timing personnel et vraiment avoir envie de faire une différence.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu entends par timing personnel ?
- Speaker #0
Dans mon cas, je pense que c'est la trentaine qui m'a un peu popé, où je commençais à davantage me poser, moins sortir, à dégager du temps pour faire d'autres choses. Le travail aussi qui me prenait un peu moins de temps. J'ai senti que c'était le bon moment et que j'étais prêt à m'engager. Sachant que je ne voulais pas m'engager pour faire une action tous les six mois. À partir du moment où je décidais d'envoyer mon formulaire, c'était pour pouvoir le faire de façon plus importante.
- Speaker #1
Oui, je suppose qu'on est vite happé.
- Speaker #0
Clairement, oui. Ça nous happe, que ce soit par les relations humaines qu'on va avoir au sein de l'association, que ce soit sur l'envie de faire changer les choses. C'est quand même des bonnes doses d'adrénaline, tout ce qu'on fait. donc il y a aussi toujours le côté monter puis redescendre ensuite donc c'est vraiment quelque chose de vivant d'assez fort et où je pense aussi d'ailleurs il faut réussir à trouver le bon équilibre pour pouvoir continuer dans la durée
- Speaker #1
Et quel est ton plus grand souhait pour l'avenir de l'océan ? Damien ?
- Speaker #0
Qu'on ait plus besoin d'envoyer nos bateaux dessus et que je puisse aller naviguer dessus sans me soucier de ce qui se passe je pense que je le vivrai pas mais vraiment qu'on le laisse en paix qu'on prenne conscience de... de l'importance de l'océan et de ce qu'on y fait.
- Speaker #1
Je partage très très fort ce souhait avec toi. Alors est-ce que tu as un mot de la fin pour nous ?
- Speaker #0
Du coup, peut-être un peu de pub, de ne pas hésiter à venir nous rencontrer sur des événements pour échanger avec nous, ou à envoyer son formulaire de candidature sur notre site internet, que ce soit pour rejoindre un groupe local ou pour participer à des missions. Et pourquoi pas des dons aussi, parce que, comme je disais, on engage des frais énormes pour maintenir nos bateaux sur l'eau. Et sans les donations, on ne peut plus rien faire.
- Speaker #1
Et les photos que tu fais dans le cadre de la mission, tu en fais quelque chose, toi ?
- Speaker #0
Toutes les photos qu'on prend dans le cadre de Sea Shepherd appartiennent à Sea Shepherd. Donc on les voit passer sur des postes régulièrement de Sea Shepherd, mais ce n'est pas utilisé personnellement. Ça aussi, c'est du bénévolat.
- Speaker #1
Ok, alors il y a juste un petit détail qu'on a oublié de préciser dans cet entretien. C'est la différence entre Sea Shepherd Global et Sea Shepherd Origins, qui sont deux entités différentes. Si les auditeurs ont envie de faire un don, il faudrait peut-être qu'on clarifie ça pour que leur argent aille à l'endroit où ils ont envie qu'il soit.
- Speaker #0
Donc il y a Sea Shepherd Global, Sea Shepherd Conservation Society, qui était l'association qui regroupait les différentes antennes nationales. et dont Lamia Isselamie, la présidente de Sea Shepherd France, et Paul Watson étaient membres du comité de direction, qui ont décidé d'évincer Paul Watson. Lamia, tant qu'entre, elle a aussi été évincée. Maintenant, il y a deux antennes Sea Shepherd. Il y a Sea Shepherd Brésil, UK et France qui sont restés fidèles à Paul et qui se sont séparés de ce mouvement-là. Il faut bien aller sur le site de Sea Shepherd France.
- Speaker #1
Et pour ce qui est de Sea Shepherd global, il me semble qu'il y a eu un peu des fonds douteux, dis-moi si je me trompe.
- Speaker #0
Il y a eu des fonds douteux, il y a eu des partenariats douteux avec certains pays, avec certaines organisations aussi. Et ils se sont quand même éloignés de la fibre de Sea Shepherd qui était l'action directe. Maintenant ils sont beaucoup plus sur du politiquement correct, sur de l'observation et ils ne vont pas à la confrontation quand c'est nécessaire. comme était pourtant l'adène de ces chaperons. D'ailleurs, dans les liens, on a une pétition en cours sur le site du gouvernement pour redemander la fermeture des zones de pêche dans le globe de Gascogne. Puisque la mesure qu'on avait actuellement eue a duré que trois ans, avec un mois de fermeture. Et là, pas de reconduction pour l'instant. Et on fait pression sur le gouvernement pour que ce soit reconduit. Donc, pétition importante à signer en ce moment.
- Speaker #1
Ça marche, du coup je mettrai le lien. pour cette pétition dans la description de l'épisode. Merci beaucoup Damien d'avoir répondu à mes questions et de nous avoir éclairé sur tout ça. C'était vraiment passionnant. A bientôt.
- Speaker #0
Merci à toi. A bientôt.
- Speaker #1
Cet épisode de murmuration a été enregistré au micro d'Hélène Roch. Un immense merci à Damien Ladoux pour son témoignage et à l'équipe média de Sea Shepherd qui m'a recommandé de le contacter. Vous pouvez retrouver le site de Sea Shepherd France sur seashepherd.fr. Attention, Sea Shepherd France est désolidarisé pour des raisons éthiques de Sea Shepherd Global. Tapez bien .fr dans vos recherches. Et sur les réseaux sociaux. Vous pouvez effectuer un don à l'association qui en est dépendante pour ses actions, acheter un de leurs jolis produits dans la boutique pour porter fièrement la cause sur vous, et pourquoi pas, envoyer votre candidature pour devenir bénévole. Si vous avez apprécié votre écoute, notez cet épisode sur vos plateformes et partagez-le autour de vous et sur vos réseaux sociaux. Je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode, et d'ici là, souvenons-nous. que chacun de nos engagements compte.