Speaker #0Bienvenue sur Nama Podcast, le podcast qui fait briller les entrepreneurs musulmanes. Ici, tu feras le plein d'inspiration à travers des conseils business et mindset, ainsi que les histoires de femmes qui te ressemblent. Je suis Emeline, entrepreneur depuis plus de 12 ans et créatrice de Nama Community. Nama Community, c'est la communauté des entrepreneurs musulmanes qui veulent booster leur business entre bienveillance et ambition. Ici, chaque épisode est une dose de motivation pour te rappeler que toi aussi, tu peux briller à ta façon. Bonne écoute ! Assalamu alaikum, j'espère que vous allez bien. Aujourd'hui, j'inaugure ce podcast avec un épisode qui en fait ne devait pas exister. Alors pour la petite histoire, lorsque j'ai décidé de créer Nama Community, je savais que je voulais créer ce podcast et interviewer des femmes... entrepreneurs musulmanes au parcours atypique et inspirant. C'était vraiment ma vision du podcast. Et l'objectif, en fait, c'était de, un, les mettre en avant, et de, deux, montrer à toutes celles qui ont envie d'entreprendre ou qui sont déjà en train d'entreprendre, mais qui veulent passer à la vitesse supérieure, que oui, c'est possible de leur montrer des exemples concrets de femmes qui ont réussi à créer leur business et... à en vivre. Ça, c'était la vision de base et puis le temps a fait son travail et je me suis rendue compte que j'avais beaucoup de choses à dire sur l'entrepreneuriat et que finalement, 12 ans quand même dans le secteur, ça donnait quand même une petite légitimité. Donc j'ai décidé d'assumer mon rôle. Alors c'est un sujet sur lequel on reviendra très certainement parce que moi-même, j'ai encore beaucoup de travail à faire là-dessus. Mais voilà. Aujourd'hui, je voulais... vous présenter un petit peu mon parcours et surtout vous expliquer pourquoi j'ai décidé de créer Nama Community. Nama Community qui est le premier réseau 100% en ligne pour femmes entrepreneurs musulmanes. Alors je m'appelle Emeline, pour ceux qui ne me connaissent pas encore. Je suis d'origine belge, j'ai vécu, enfin je suis née en Belgique, j'ai grandi en Belgique, une enfance, tout ce qu'il y a de plus banal. J'ai grandi à la campagne, dans la partie francophone de la Belgique, pour ceux qui connaissent en Wallonie. Je suis enfant unique, et en fait on peut pas faire plus belge que moi, parce qu'après avoir fait des recherches sur mes ancêtres, ma généalogie et tout ça, je me suis rendu compte que j'étais 50% wallonne, 50% flamande. Voilà, ça vous pose un peu le cadre. Alors en fait, quand j'étais ado, j'ai développé un intérêt assez prononcé pour les langues étrangères, et surtout l'anglais. C'est arrivé, et je me rappelle très très bien ce qui a déclenché cet intérêt, c'est qu'en fait, notre prof d'anglais est tombée malade. On a eu une remplaçante pendant tout le reste de l'année, donc pendant plusieurs mois. Et cette remplaçante, en fait, elle m'a fait découvrir un monde que je ne connaissais pas. J'avais 11, 12, j'avais 13 ans à l'époque. Et elle a partagé avec nous plein d'expériences qu'elle a pu vivre grâce... à sa connaissance de la langue anglaise. Donc je pense qu'en fait, à l'époque, elle avait participé à des échanges à l'étranger, etc. Elle avait participé à des spectacles à l'étranger, etc. Je crois qu'elle avait rejoint une troupe. Ce n'est plus très clair dans mes souvenirs, mais ça m'avait marquée, ça m'avait vraiment fait très très forte impression parce que je me suis dit « Ah ouais, en fait, il y a autre chose que la Belgique. » Et c'est là que l'idée de sortir du cadre, partir à l'étranger, s'est un peu implantée dans mon cerveau. Bref, je continue à faire mon petit bonhomme de chemin. Je termine mes études secondaires, donc pour celles qui sont françaises et qui m'écoutent en ce moment. J'ai décroché mon bac et puis après, tout simplement, j'ai décidé d'entamer un bachelier en langue et littérature moderne. à l'université la plus proche de chez moi. Et pendant ces études, j'ai eu l'occasion d'avoir une première expérience à l'étranger, vraiment vivre à l'étranger, dans le cadre des échanges Erasmus. Et moi, j'ai fait le choix de partir au Royaume-Uni et ça a été une vraie découverte. La découverte de l'autonomie, la découverte d'une autre société, de se gérer soi-même aussi, parce qu'à l'époque, j'avais 19 ans. et c'était la première fois que je quittais le cocon familial. Et j'ai adoré cette expérience. J'ai vraiment adoré cette expérience. Et puis à mon retour en Belgique. Une année plus tard, il y a une série d'événements qui s'est mise à s'enclencher. Cette série d'événements a complètement bousculé toute ma vie, telle que je la connaissais. C'est-à-dire que le premier événement, c'est que je me suis convertie à l'islam. Je ne vais pas trop m'attarder sur le sujet parce que ce n'est pas le sujet de l'épisode, mais Voilà, je pourrais peut-être revenir dessus lors d'un autre épisode. Le deuxième événement, c'est que j'ai rencontré mon mari. Et le troisième, c'est que je suis tombée enceinte pendant ma toute dernière année d'études. Donc oui, vous l'aurez compris, je ne fais jamais les choses à moitié. Et ça, je pense que c'est quelque chose qui est ancré dans ma personnalité, où je fais les choses à fond, où je ne les fais pas. Avec le recul, je me rends compte que c'est quelque chose qui m'est propre. Je n'ai pas peur de me lancer. Alhamdoulilah Je réfléchis quand même avant d'y aller, mais une fois que j'ai décidé d'y aller, j'y vais. Et donc, vu que je m'étais convertie à l'islam, très vite, j'ai décidé de commencer à porter le hijab. Surtout, à l'époque, c'était vraiment pour marquer une différence avec ma vie d'avant, parce que je trouvais que de l'extérieur, ça ne se voyait pas, et moi, ça me dérangeait. Personnellement, ça me dérangeait. Je sais que ce n'est pas le cas de toutes les filles qui décident de le porter. D'ailleurs, on commence à le porter pour... Une multitude de raisons différentes et c'est totalement ok. Pour moi, en tout cas, au-delà de vouloir me réformer, etc., j'avais envie que ça se voit pour avoir une démarcation et pour un peu annoncer la couleur aux personnes que j'allais croiser sur mon chemin et avec lesquelles j'allais avoir des interactions. Comme ça, c'était clair d'avance. Un peu comme quand vous envoyez un CV et que vous collez votre photo. Au moins, les gens ne sont pas surpris. et dans ma tête ça allait réduire le risque de devoir me justifier sur mes choix. Ça, c'est quelque chose avec lequel j'avais énormément de mal à l'époque. Parce que c'est quelque chose de personnel et je n'avais pas forcément envie de m'étendre sur mes choix de vie, en fait. Par contre, le revers de la médaille, c'est que c'est là que j'ai connu mes toutes premières discriminations. Donc, il faut bien se remettre en tête que moi, je suis belge, de parents belges, de grands-parents belges. J'ai grandi. dans la campagne belge. Donc, évidemment, j'ai eu une enfance ultra privilégiée. Et quand j'entends le parcours d'amis, etc., d'origine marocaine, algérienne, etc., je me rends compte à quel point j'ai été privilégiée et préservée jusqu'à ce moment-là. Donc, ces premières discriminations, comment est-ce qu'elles vont se manifester ? En fait, il y a des choses très insidieuses. Comme par exemple quelqu'un au guichet qui me demande si je parle français. Alors à l'époque, je suivais un master en français langue étrangère, je peux vous dire que je l'ai très très mal pris. Mais ça m'a renvoyée en fait à mon image et aussi à la perception que les gens avaient de moi à cet instant-là. C'est-à-dire que moi, je ne me sentais pas forcément différente, mais les gens me voyaient différemment. Et en fait, la première fois que ça m'est arrivé, ça m'a fait un électrochoc. Vous allez me dire, ah ben t'as appris la vie. Oui, je pense qu'on peut le dire. J'ai vraiment eu une prise de conscience du fait que jusqu'à ce moment-là, j'avais été ultra privilégiée. Parce qu'on ne remettait pas en question mon identité, mes choix, etc. Je faisais partie de la norme. Ça s'est manifesté aussi par des échanges ou des remarques, plutôt des remarques, assez brèves, mais dans des contextes où j'étais pas prête, en fait. Par exemple, je fais la file, je suis dans mon monde, je ne demanderai à personne. Je ne parle à personne, je suis dans mes pensées. Et là, il y a une dame qui vient commencer à me donner son avis sur mon shijab. Et je suis certaine que vous avez toutes vécu ça à un moment donné. Et on est d'accord, c'est pas super agréable. Ça, c'est des situations de discrimination quotidienne, de discrimination banalisée en fait. Mais il y a eu quelque chose de beaucoup plus important qui s'est déroulé. J'étais en dernière année de master. Et pour valider mon master, je devais effectuer un stage. Moi, naïve que j'étais, j'ai choisi de le faire dans une institution publique, donc une institution de Bruxelles officielle, dans le service de la langue française. J'ai postulé là-bas. Ma maître de stage m'a reçue de manière extrêmement positive. Elle ne m'a jamais laissé sentir que ça pouvait être un problème. Et d'ailleurs, dans sa tête, j'ai su par après que ça n'en était pas un. Donc, je commence, j'arrive, je prends mes repères. On me présente à tout le personnel du département. Je récupère mon ordinateur, mon équipement, mes identifiants, etc. Et puis... Il y a quelqu'un qui vient me chercher et qui me dit « Oui, il y a le chef du département qui aimerait te voir dans son bureau. » Moi, toujours ultra naïve, j'y vais. Je ne me doute absolument de rien. Et là, je pense que le ciel m'est tombé sur la tête parce qu'en gros, il m'a fait comprendre que mon apparence physique lui posait un problème personnellement et allait poser un problème dans les activités qui avaient été convenues. pour mon stage, c'est-à-dire que je devais coordonner une journée spéciale dédiée à la langue française. Et dans ce cadre, j'allais être amenée à échanger avec des entités externes, etc. et représenter le service dans lequel je faisais mon stage. Et ça, ça allait poser problème parce que qui dit établissement public dit neutralité, dit voilà. Et là, il m'a laissé avec deux choix. Ou je l'enlève et j'effectue mon stage comme on avait convenu. avec les modalités qui avaient été fixées, etc. Ou je décide de ne pas l'enlever, et du coup, il faut me trouver quelque chose d'autre, me garder dans les coulisses, me cacher, et quelqu'un d'autre aller effectuer toutes les tâches et tout le travail qui m'avait été assigné. J'ai essayé de garder la face devant lui, j'ai réussi dans mes souvenirs. Je ne sais plus trop ce que je lui ai répondu, je pense que j'ai bafouillé. Par contre, ce dont je me souviens très clairement, c'est que je ne suis pas retournée dans mon bureau tout de suite, j'ai fait un détour. d'au moins 30 minutes dans les toilettes pour m'effondrer. De choc, de rage, je pense que j'étais vraiment très très en colère. J'ai essayé de me calmer, tant bien que mal, j'ai regagné mon bureau. Dans mes souvenirs, je n'ai pas pris de décision directement. Par contre, le lendemain, j'y suis retournée et rebelote. Cette fois, une dame me convoque dans son bureau. De mémoire, c'était un peu le bras droit du chef du département. Et elle, ce dont je me souviens, c'est qu'elle m'a posé plein de questions. Pourquoi est-ce que vous le portez ? Oui, mais en fait, il y a plein de femmes qui ne le portent pas. Ça ne fait pas d'elles des mauvaises musulmanes, etc. Je crois que je me suis débatouillée avec le peu d'armes que j'avais à ce moment-là. Et puis, en sortant de son bureau, je suis directement allée trouver ma maître de stage pour lui expliquer la situation. Et là, dans ma tête, c'était très clair. Ça n'allait être ni la première proposition, ni la deuxième. J'allais partir. avec les conséquences que ça allait avoir, c'est-à-dire que j'allais devoir changer d'orientation, intégrer un nouveau groupe, suivre de nouveaux cours qui avaient déjà commencé à l'époque, donc me remettre en ordre par rapport aux premières semaines, etc. Et finalement, avoir une mention que je n'avais pas forcément cherchée sur mon diplôme. Mais là, à ce stade-là, je voulais juste en avoir terminé. Je ne voulais plus avoir à négocier ma présence ou ma participation à telle ou telle chose. Ça a été, pour moi, ça a été un énorme traumatisme, clairement. Et je suis très, très, très consciente du fait que, par rapport à ce que d'autres personnes ont subi, c'est très peu. Parce qu'au final, ça s'est déroulé sur quelques jours. Mais l'impact que ça a eu, en fait, tout le reste de ma vie découle de ce moment. J'ai un peu l'impression. Et en fait, à ce moment-là, je me suis promise une chose, c'était de ne plus jamais avoir à revivre ça. C'était très, très clair dans ma tête. j'allais me donner tous les moyens possibles et inimaginables pour ne pas dépendre de quelqu'un pour travailler plus tard. Ça, c'était clair et net. En parallèle de ça, j'avais mon mémoire de fin d'études à rédiger. Et moi, j'ai trop, trop, trop kiffé cette période. Et je me suis rendue compte, en fait, que j'adorais travailler seule. J'adorais pouvoir organiser mes journées comme je le voulais. Que j'arrivais à me discipliner. Tout ça, c'est autant de soft skills. que j'ai pu mettre à profit directement après mes études que quand j'ai décidé de me lancer en freelance. Et donc parallèlement à la rédaction de mon mémoire, j'ai commencé à me renseigner, etc. sur ce que je pouvais faire, sur les métiers que je pouvais exercer. Et en fait, ça s'auto-éliminait à chaque fois parce que je me disais non, je ne veux plus postuler. Je ne veux pas avoir à me justifier. Je n'ai plus envie d'avoir. à subir des discriminations comme celle-là. Et du coup, il y a quelque chose qui m'est apparu très, très clairement. C'est la possibilité de créer mon entreprise, de devenir indépendante, en tout cas à l'époque, et de revenir à une profession. Et ça, c'est très drôle, en fait, de se rendre compte avec le recul. C'était une profession que j'avais envisagée pendant mes secondaires, mais que j'avais laissée tomber parce que j'avais été très, très mal conseillée à l'époque. Et c'est le métier de traductrice. Donc en fait, en résumé, en juillet 2013, j'ai accouché de ma fille aînée. En septembre 2013, je me suis mise à mon compte et j'ai lancé mon activité de traduction, qui est devenue plus tard une agence de traduction, etc. Peut-être que je ferai un épisode aussi là-dessus, par rapport à la façon dont mon business a évolué au fil des années. En tout cas, je ne vais pas m'étaler là-dessus aujourd'hui. Ce qui nous intéresse ici, c'est du coup la transition entre mes études. Et mon tout premier business. Donc voilà, septembre 2013, je suis avec mon bébé à la maison, qui est encore tout petit, qui dort encore beaucoup. J'ai profité de cette période pour me lancer. Et toujours un peu traumatisée du traitement que j'avais reçu, j'ai décidé de tout miser sur ma présence en ligne. Pour remettre les choses en contexte, en 2013, quand je me suis lancée, quand j'ai débarqué sur LinkedIn, personne, et je dis bien absolument personne, ne me ressemblaient. Il n'y avait pas une seule autre entrepreneur musulmane, en tout cas à ma connaissance et dans mon entourage, qui était active et qui était en train de promouvoir son business, etc., créer du contenu. À l'époque, Instagram n'existait pas encore, c'était les prémices de LinkedIn, il y avait Facebook et il y avait Twitter. Et donc, je me rappelle, j'avais des questions qui tournaient en boucle dans ma tête. Est-ce qu'on allait me donner ma place ? Qu'est-ce qu'on allait penser de moi ? Et en fait, j'ai beaucoup tergiversé là-dessus, jusqu'au moment où je me suis dit, tu sais quoi ? Au final, t'as rien à perdre, ta place, tu vas la prendre. Tu ne vas pas attendre que quelqu'un te la donne, parce qu'au final, les gens ne savent pas ce que tu vis dans ta tête. Les gens ne savent pas par quoi tu es passé. Donc à un moment, c'est à toi de te sentir légitime dans ton offre et dans les services que tu veux proposer. Alors bien sûr, ça ne s'est pas fait en un jour. Je me posais toujours beaucoup, beaucoup de questions quand j'étais en contact avec une nouvelle personne. Et c'est dire à quel point j'avais intériorisé le fait que je n'avais pas ma place dans le paysage professionnel. Mais heureusement, dans mon secteur, j'avais la chance de travailler avec beaucoup d'anglophones, beaucoup de Hollandais aussi, qui sont généralement beaucoup plus ouverts sur la diversité que les francophones. En tout cas, ça a été mon expérience. Et au final, je n'ai reçu que très très peu de remarques. C'est vraiment très très anecdotique. Par contre, quand j'ai voulu commencer à réseauter en présentiel à Bruxelles, parce que j'avais la chance à cette époque de vivre dans la capitale de l'Europe, avec son lot d'expats et son lot d'entreprises internationales, etc. C'était un cadre assez privilégié, assez porteur pour les services que je proposais à l'époque. Et bien dans ce cadre-là, je me suis confrontée à un décalage. De nouveaux personnes qui me ressemblaient. Et pour l'introvertie que j'étais, c'était un énorme effort de me rendre à des événements ou même de rejoindre des réseaux créés pour les entrepreneurs, que ce soit des réseaux mixtes ou uniquement pour femmes. J'avais l'impression qu'on ne voyait que moi. J'avais énormément de mal à pitcher mes services parce que j'étais persuadée qu'on n'allait pas me prendre. au sérieux. Alors c'est des choses que j'ai pu débloquer au fur et à mesure, etc. Voilà, c'est en forgeant qu'on apprend à devenir forgeron, etc. Il faut passer par là, il faut se casser la figure, pouvoir améliorer la façon dont on explique ce qu'on fait, etc. Il y a des techniques pour devenir plus à l'aise. Ça, c'est sûr que je veux en faire un épisode. Donc voilà, malgré tout, j'ai continué à essayer de me pousser et de sortir un peu de ma zone de confort. Et j'ai pu me faire des contacts, créer des liens, trouver des amis, etc. Mais ça ne m'a pas empêchée de vivre mon lot de situations cocasses. C'est-à-dire que, par exemple, un jour, j'étais en train de visiter un nouvel espace de coworking sur ma ville. Et on m'a tout simplement prise pour la femme de ménage. En fait, sur le moment même, j'ai été tellement surprise que je n'ai même pas su quoi rétorquer. J'ai fait comme si de rien n'était. Par contre, ça m'a vachement, vachement travaillée par la suite. Et je me suis flagellée en me disant, mais pourquoi t'as pas rétorqué ? En plus, la dame qui m'a prise pour la femme de ménage, c'était une dame qui était clairement d'origine maghrébine. Donc ça a rajouté une couche. Bref, d'autres fois, dans les rares situations où je me retrouvais avec une autre fille voilée, on arrivait à nous confondre. Tout ça, je l'ai intériorisé, j'ai réussi à passer au-dessus. à améliorer mon assertivité aussi, une façon de se défendre. Parallèlement à ça, mon activité a grandi de manière organique, etc. J'avais de plus en plus de clients. J'ai fait le choix, à un moment, financièrement parlant, c'était plus intéressant de passer en société. Donc j'ai laissé de côté le statut de freelance. Ce moment, ça a quand même été un moment charnière où je me suis dit, OK, t'as réussi à bâtir quelque chose de solide. Maintenant, Il ne faut plus que ça repose uniquement sur tes épaules. Et c'est autour de cette période-là que, pour la première fois, j'ai atteint un chiffre annuel à 6 chiffres, alhamdoulilah. Alors, qui dit une activité qui tourne, dit emploi du temps surchargé, trop de travail. Du coup, je me suis dit que la suite logique, c'était de recruter. Parce que voilà, je me suis dit, maintenant tu es en société, etc. Tu ne peux plus travailler toute seule. Et c'est ce que j'ai fait. C'est ce que j'ai fait. J'ai eu une employée. que j'ai gardé six mois. Six mois. où je me suis rendue compte que c'était pas pour moi. Que c'était une charge en plus, parce que forcément, quand on a une employée, on est responsable de sa charge de travail, de son bien-être, de la qualité qu'elle délivre. Mais en fait, cette position de « boss » , entre gros guillemets, et j'utilise les guillemets parce qu'à l'époque, c'est comme ça que je le voyais, de 1 personne ne m'y avait préparée. Et du coup, j'ai détesté l'expérience. D'habitude, je suis quelqu'un qui aime... qui aime expérimenter, qui est OK avec le fait de lancer quelque chose, de tâter le terrain et puis d'adapter, etc. Mais là, je ne me sentais plus à ma place. Je me suis retrouvée avec des responsabilités que je n'avais pas forcément anticipées. Et du coup, je me suis perdue. Ou j'ai dû surtout déléguer à mon employé des choses que j'aimais faire. Et du coup, j'ai perdu beaucoup de sens. Je suis aussi tombée dans un cercle vicieux. C'est-à-dire que... C'est à cette époque-là que je me suis mis une pression immense sur les épaules et à chercher à faire toujours plus en termes de chiffre d'affaires. Donc si en un mois je faisais 12 cas, il fallait absolument que j'en fasse 13 le mois d'après. Et ainsi de suite. Et du coup j'ai perdu le pourquoi je faisais ça à la base. Et donc au bout de 6 mois, j'ai décidé de ne pas renouveler son contrat et de revenir à un modèle plus simple, plus modéré, qui était plus en accord avec ma vision des choses. Et de rectifier un peu le tir dans le sens où au lieu d'engager en interne, j'ai essayé de m'entourer avec des freelances qui pouvaient m'aider sur certains aspects. Par exemple, l'admin, le marketing et tous les projets que je ne pouvais pas prendre moi-même. Et à l'époque, je me souviens quand je l'ai annoncé sur LinkedIn. D'ailleurs, je pense que c'est le post qui a eu le plus d'engagement, qui a eu le plus de likes, le plus de commentaires, etc. Parce que les gens trouvaient ça courageux. et je pense que j'étais un peu... que j'allais un peu à contre-courant de la tendance de l'époque. Cela, si mes souvenirs sont bons, on était juste avant le Covid. Et voilà, la tendance était clairement à scaler, à croître. Elle l'est toujours. Et aujourd'hui, je remercie Allah de m'avoir donné le courage de prendre cette décision à l'époque. C'était quand même pas facile parce qu'il y avait quand même un contrat en jeu. Je n'étais pas toute seule. Parce que j'ai pu me retrouver au sein de mon business. et j'ai pu continuer à faire mon petit bonhomme de chemin, etc. Le Covid n'a eu aucune conséquence sur mon business, alhamdoulilah. Et je peux dire que ça a été une facilité immense quand on a décidé de quitter la Belgique et de s'expatrier. Pour celles qui ne le savent pas encore, j'habite depuis un an aux Émirats Arabes Unis, dans l'Émirat de Sharjah, et je me suis dit un nombre incalculable de fois que si j'avais été salariée, ça n'aurait pas été aussi facile. où ça aurait pris en tout cas beaucoup plus de temps. Sachant que quand on est parti, ma fille née avait déjà 11 ans, etc. On savait qu'on avait quand même une certaine date butoir pour partir. Parce qu'on ne voulait pas qu'elle soit trop trop grande. Et du coup, les modalités que j'avais en Belgique, c'est-à-dire que mes clients, ils étaient déjà un petit peu partout dans le monde. Je travaillais déjà à distance. On me donne une connexion internet et yalla, c'est parti. J'ai pu la transposer. J'ai envie de dire en un claquement de doigts, mais ça s'est pas passé comme ça. Et tous celles qui ont entrepris une expatriation le savent. Mais alhamdoulilah, je peux le dire aujourd'hui, c'est ça qui nous a permis de partir, de quitter la Belgique, de trouver un mode de vie qui est plus en accord avec nos valeurs, de trouver une société où on est accepté tel qu'on est, et de ne plus avoir à subir de discrimination par rapport à notre religion, à notre identité. Et ça, je pense que ça n'a... Pas de prix, alhamdoulilah, et qu'Allah aide toutes celles parmi vous qui ont envie de partir, qui ont un projet d'expatriation, amin. Dans cet épisode, je ne vais pas énormément m'attarder sur cette expatriation, ça a été un projet de longue haleine qui mérite d'être traité séparément. Le pourquoi, le comment, le où, et surtout l'impact et le lien avec le Tawakkul, ça ferait une parenthèse de deux heures je pense. Mais par contre, ce que je vais évoquer dans cet épisode c'est... la prise de conscience que j'ai eue quand je suis arrivée ici, au fur et à mesure des semaines, je me suis rendue compte à quel point le hijab, la pratique religieuse intégrée au quotidien, c'est un non-sujet ici. Alors, évidemment, on vit dans un pays musulman, donc c'est normal. Mais quand on a vécu dans un pays dit laïc, où c'est très très difficile de prendre sa place au quotidien et dans la sphère professionnelle, ça travaille quand même un petit peu notre esprit. Il y a un événement clé, en fait, qui m'a poussée à créer ce qu'est Nama aujourd'hui. C'est une discussion que j'ai eue avec une amie en Belgique, qui se reconnaîtra. Et dans cette discussion, elle partageait avec moi le fait qu'elle avait été à une... à un entretien d'embauche, que tout se passait bien, jusqu'à la dernière minute où le recruteur lui a demandé si ça posait problème d'enlever son hijab pour venir travailler. Et je peux vous dire que ça m'a renvoyée à tout ce que j'avais vécu auparavant. Et c'est là que je me suis dit, non mais c'est pas possible en fait. Que ça arrive en 2012, c'est une chose. Mais en 2025, on en est encore là. Et c'est là que je me suis dit, c'est pas possible, je dois faire ma part. Parce que je sais. qu'aujourd'hui, il y a plein de sœurs qui rêvent de pouvoir vivre de leur passion, qui rêvent de développer leur business, qui rêvent de pouvoir allier vie de famille et leur passion, qui rêvent de pouvoir partir, que ce soit aux Émirats ou au Maroc, etc., de pouvoir vivre dans un pays où on les laisse juste tranquilles, en fait. Et c'est là que je me suis dit, toi, ça fait 12 ans que tu es entrepreneur, t'as acquis un certain bagage, et chose que je n'ai pas dite avant, J'ai été amenée à organiser des journées de coworking, à organiser des conférences, etc. dans mon secteur. Et j'ai toujours aimé ça. C'est quelque chose que, malgré le fait que c'était dur, j'ai directement compris l'importance d'avoir un réseau, la puissance d'avoir un réseau. Les relations humaines de nos jours, encore plus à l'ère de l'intelligence artificielle, c'est quelque chose d'extrêmement précieux. C'est des petites graines qu'on plante et on ne sait jamais quand on va en récolter les fruits. mais une chose est sûre, on va les récolter. Et donc toute cette expérience, ma propre expérience, et aussi toutes les activités que j'ai pu mettre en place, etc., j'avais envie de les mettre à profit pour les femmes musulmanes qui ont envie de se lancer ou qui se sont déjà lancées et qui ont envie d'aller plus loin. C'est comme ça que j'ai créé Nama. C'est pour ça que j'ai créé cette communauté. Pour aider les entrepreneurs musulmanes à oser prendre leur place, à briller de tous leurs talents, à développer un business en accord. Avec leur valeur, avec leur rêve, tout simplement. Et les aider à voir grand. Parce qu'au final, tout est possible, mais ils n'y l'ont pas. Parce que si elles ont ce talent, c'est pas pour rien. C'est pas pour rien qu'Allah leur a donné ce talent. C'est qu'elles ont quelque chose à faire avec. Bref, c'est une safe place entre bienveillance et ambition. Parce que les deux me tiennent à cœur. Où le terme sororité va prendre tout son sens. C'est la fin de cet épisode. Je te remercie de l'avoir écouté jusqu'au bout. Alors je t'invite à t'abonner à ce podcast pour découvrir d'autres portraits d'entrepreneurs musulmans au parcours atypique et inspirant. Et à suivre Nama sur les réseaux, tu retrouveras toutes les infos utiles dans la description de cet épisode. On se retrouve dans deux semaines pour le tout premier épisode à deux, dans lequel je vais interviewer une entrepreneur au parcours très atypique. Pour le coup, j'ai hâte que tu puisses écouter tout ça. En attendant, prends soin de toi. A très bientôt, Inch'Allah. et Assalamualaikum