Speaker #0Lorsque l'on évoque une organisation terroriste, on imagine souvent un groupe homogène, parfaitement coordonné et entièrement dévoué à une même cause. La réalité est pourtant beaucoup plus complexe. Derrière chaque attentat se cache une organisation composée d'individus aux rôles différents, de structures plus ou moins hiérarchisées, de réseaux de soutien, de financeurs, de recruteurs, et parfois même d'acteurs. acteurs extérieurs qui, sans participer directement aux opérations, contribuent au fonctionnement de l'ensemble. Comprendre cette organisation est fondamental. Une organisation terroriste ne se résume pas aux individus qui commettent les attentats. Elle est un système complexe où interviennent des décideurs, des organisateurs, des exécutants, des intermédiaires, des cellules clandestines et des réseaux. transnationaux. Chaque acteur remplit une fonction précise et contribue à sa manière à la réalisation des objectifs de l'organisation. Au cours de cet épisode, nous allons donc nous intéresser à ce que certains chercheurs appellent le complexe terroriste. Nous verrons comment s'articulent les groupes et les réseaux qui ont recours au terrorisme, quelles sont leurs différentes forme d'organisation. comment ils recrutent, communiquent et coordonnent leurs actions, mais également pourquoi certaines organisations privilégient une structure fortement hiérarchisée, alors que d'autres fonctionnent selon des réseaux beaucoup plus souples et décentralisés. L'objectif n'est pas seulement de décrire ces organisations, mais de comprendre leur fonctionnement, car avant d'analyser leur stratégie ou leur mode d'action, Il est indispensable de savoir comment elles sont construites, comment elles prennent leurs décisions et comment elles parviennent à maintenir leurs activités malgré la pression constante exercée par les services de renseignement et les forces de sécurité. Entrons maintenant au cœur de l'organisation du complexe terroriste. Il est important de rappeler que le groupe terroriste, proprement dit, le constitue dans de nombreux cas que le noyau actif d'un ensemble humain beaucoup plus vaste. Ce noyau regroupe les dirigeants qui définissent les objectifs stratégiques, les responsables de la planification, les recruteurs, les spécialistes de la logistique, les propagandistes, les responsables financiers et les exécutants chargés de conduire les opérations. C'est ce cercle restreint qui assure la continuité de l'organisation et prend les décisions les plus importantes. Autour de ce noyau existe souvent une mouvance, c'est-à-dire un ensemble beaucoup plus large d'individus, de réseaux ou de groupes partageant toute une partie de l'idéologie en question, sans appartenir nécessairement à une organisation terroriste structurée. Il est essentiel de ne pas confondre cette mouvance Avec le noyau opérationnel, tous les individus qui adhèrent à une idéologie ou qui expriment une sympathie pour un groupe ne participent pas à des activités terroristes. Cette mouvance peut comprendre des sympathisants partageant toute une partie de l'idéologie de l'organisation, des collecteurs ou des fournisseurs de fonds, des soutiens logistiques, des recruteurs ou des intermédiaires, des relais de propagande, des fournisseurs de faux documents. et des membres de communautés locales apportant une assistance ponctuelle, volontairement ou sous la contrainte. Cet environnement est souvent indispensable au développement de l'organisation. Notons que d'autres formes de soutien sont indirectes. Elles peuvent consister à relayer des contenus de propagande, à diffuser un discours de légitimation de la violence, à créer un climat favorable au recrutement ou à offrir un environnement dans lequel certains individus se radicalisent progressivement. Ces personnes ne participent pas nécessairement à la préparation ou à l'exécution d'un attentat, mais elles peuvent contribuer, volontairement ou non, à la diffusion des idées sur lesquelles les organisations terroristes cherchent à s'appuyer. Les organisations se réclamant du djihadisme contemporain illustrent particulièrement bien cette distinction entre le noyau actif d'une organisation et la mouvance qui l'entoure. Mohamed Merah en constitue une bonne illustration. Les enquêtes de la Direction du renseignement intérieur français et de la police judiciaire ont établi qu'il s'était rendu dans les zones tribales pakistanaises et en Afghanistan, qu'il avait fréquenté des milieux djihadistes et qu'il revendiquait son action au nom d'Al-Qaïda. En revanche, aucun élément n'a permis de démontrer qu'il était intégré à la structure dirigeante. ou qu'il avait participé au processus décisionnel de l'organisation. Son cas illustre davantage celui d'un individu inspiré par l'idéologie et ayant bénéficié de certains contacts sans appartenir au noyau central d'Al-Qaïda. La filière d'Artiga, dans le sud-ouest de la France, constitue un autre exemple particulièrement intéressant. Autour d'Olivier Correl, s'est développé un réseau de personnes partageant une même vision idéologique. Ce groupe n'était pas une organisation terroriste au sens strict, mais un environnement dans lequel plusieurs individus se sont radicalisés avant de rejoindre des organisations djihadistes. Parmi eux figurent notamment des personnes qui partiront combattre en Irak après 2003, puis plus tard en Syrie après 2011. La filière agit alors comme un espace de socialisation, de diffusion idéologique et de mise en relation avec des réseaux plus structurés. Cette observation montre qu'une organisation terroriste dépend rarement de son seul noyau opérationnel. Sa pérennité repose généralement sur un environnement social, logistique et financier beaucoup plus large. Elle fonctionne comme un écosystème. composé d'un noyau actif relativement restreint, entouré de réseaux de soutien et d'une mouvance idéologique plus large. Sa survie dépend de ressources financières, de lieux de refuge, de moyens de communication, des réseaux d'approvisionnement et d'un environnement social au sein duquel elle peut recruter ou obtenir différentes formes d'assistance. et c'est d'ailleurs dans ce contexte que le 28 septembre En septembre 2001, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 1373, quelques semaines seulement après les attentats contre les États-Unis. Cette résolution constitue une étape fondamentale dans l'histoire de la lutte contre le terrorisme, car elle fait du financement du terrorisme une question de sécurité internationale et impose par ailleurs des obligations juridiquement contraignantes à l'ensemble des États membres des Nations Unies. La résolution repose sur plusieurs principes essentiels. En premier lieu, elle demande aux États de prévenir et de réprimer le financement du terrorisme. Deuxièmement, de faire de ce financement une infraction pénale. Troisièmement, elle demande de geler sans délai les avoirs financiers des personnes ou organisations impliquées dans des activités terroristes, puis elle demande d'empêcher que des fonds, des biens ou des services financiers puissent être mis à la disposition, directement ou indirectement, à des organisations terroristes. Elle prévoit également une coopération renforcée entre les États afin d'échanger des renseignements financiers, de contrôler les flux internationaux de capitaux et d'améliorer les enquêtes sur les réseaux de financement. Les travaux les plus récents montrent également que le financement du terrorisme est particulièrement diversifié. Les organisations peuvent mobiliser des dons privés, des contributions de sympathisants, des particuliers partageant l'idéologie de l'organisation, des activités économiques légales également. Les organisations terroristes peuvent également tirer des ressources d'activités illégales ou de leurs relations avec des acteurs criminels. Ces interactions présentent toutefois plusieurs risques. Elles peuvent exposer l'organisation à l'infiltration, accroître sa dépendance à l'égard d'intermédiaires motivés principalement par le profit et créer des tensions entre ces objectifs idéologiques et les intérêts économiques de ses partenaires. ses activités. peuvent notamment comprendre les enlèvements contre-renson, les extorsions et les prélèvements forcés, la contrebande, le trafic d'armes, l'exploitation de la violence, les enlèvements contre-renson, les extorsions et les prélèvements forcés, la contrebande, le trafic d'armes, l'exploitation de la violence, la taxation des ressources naturelles. Pour certaines organisations, la participation directe ou indirecte au trafic de stupéfiants, notamment lorsqu'elles contrôlent un territoire, ce qui peut constituer une source importante de financement. Certaines organisations participent directement à la production, au transport ou à la protection des filières de stupéfiants. D'autres ? se limite à prélever des taxes sur les trafiquants opérant dans les territoires qu'ils contrôlent. Notons que les organisations contrôlant un territoire développent même une véritable économie parallèle en prélevant des impôts, des taxes et des droits de passage sur les populations locales. Les montants sont souvent modestes individuellement, mais peuvent représenter des sommes importantes lorsqu'elles sont collectées. auprès d'un grand nombre de soutiens. Et pour finir, certaines organisations bénéficient également d'un soutien extérieur. Au cours de la guerre froide, plusieurs États ont financé, entraîné ou armé des groupes terroristes afin de défendre leurs intérêts stratégiques sans intervenir directement. Ce phénomène n'a pas disparu, même s'il est aujourd'hui plus discret et souvent plus difficile à démontrer. Dans certains cas, des services de renseignement ou des États apportent un soutien logistique, financier ou militaire, à des groupes armés poursuivant des objectifs compatibles avec leurs intérêts géopolitiques. En résumé, quatre grandes catégories de ressources peuvent être distinguées. Les ressources légales, issues des dons, de cotisations, d'entreprises ou d'activités économiques déclarées. Les ressources criminelles, tirées notamment de l'extorsion, des enlèvements, des trafics ou de la contrebande. Les ressources territoriales, obtenues par la taxation des populations, des échanges, des entreprises ou des ressources naturelles. Et les soutiens extérieurs, apportés par des sympathisants, des diasporas, des organisations partenaires ou dans certains cas, des États. Cependant... Les ressources humaines et les ressources financières ne suffisent pas à elles seules à expliquer la capacité d'une organisation terroriste à survivre dans le temps. Une organisation peut disposer de financements importants, recruter de nouveaux membres et pourtant disparaître rapidement si elle ne parvient pas à s'adapter à son environnement. L'un des éléments les plus importants du complexe terroriste réside dans sa capacité. d'apprentissage. Les chercheurs mobilisent souvent le concept d'apprentissage pour expliquer la capacité d'adaptation des groupes terroristes. Cet apprentissage peut porter sur trois dimensions principales. L'apprentissage organisationnel qui concerne les structures, la répartition des responsabilités et les mécanismes de communication. L'apprentissage opérationnel qui porte sur la préparation, l'exécution. et l'évaluation des actions et l'apprentissage stratégique qui concerne le choix des objectifs, des cibles, des publics et des effets politiques recherchés. Concernant l'apprentissage organisationnel, celui-ci ne consiste plus à améliorer les techniques d'un attentat ou les modes opératoires, mais à apprendre comment organiser le groupe afin d'assurer sa survie dans un environnement de plus en plus... hostiles. Il consiste donc à modifier la manière dont les responsabilités sont réparties, dont les décisions sont prises et dont les membres communiquent entre eux. L'objectif est de trouver un équilibre entre l'efficacité opérationnelle et la sécurité organisationnelle. Plus une organisation est efficace pour coordonner ses actions, plus elle risque d'être vulnérable à une arrestation de ses dirigeants. A l'inverse, plus elle est clandestine et décentralisée, plus il devient difficile de coordonner des opérations complexes. A des fins analytiques, plusieurs modèles idéaux peuvent être distingués. Ces catégories ne reproduisent jamais parfaitement la réalité, mais elles permettent de comparer les avantages et les vulnérabilités des différentes structures clandestines. Le premier est le modèle hiérarchique, également appelé organisation pyramidale. Il s'agit de la forme classique que l'on retrouve dans de nombreuses organisations révolutionnaires. du XXe siècle. Les décisions sont prises par une direction centrale qui fixe la stratégie, répartit les missions et contrôle les différentes cellules. Ce type d'organisation présente plusieurs avantages. La discipline est forte, les responsabilités sont clairement définies, les opérations peuvent être coordonnées avec précision. En revanche, cette structure possède une faiblesse majeure. Les dirigeants constituent des cibles privilégiées pour les services de renseignement. L'arrestation ou l'élimination de quelques responsables peut désorganiser l'ensemble de l'organisation et parfois provoquer son effondrement. Le deuxième modèle est celui de l'organisation en réseau. Dans cette configuration, les cellules disposent d'une autonomie beaucoup plus importante. tout en restant reliés par des liens de coopération. Certaines organisations adoptent une structure en étoile, dans laquelle plusieurs cellules communiquent avec un centre unique chargé de coordonner les activités. D'autres fonctionnent selon un modèle pluricentrique, où plusieurs centres de commandement partagent les responsabilités. Cette organisation rend le groupe beaucoup plus résistant à la répression. La disparition d'un centre de commandement ne signifie pas nécessairement la disparition de l'ensemble du réseau, les autres pôles pouvant poursuivre leurs activités de manière autonome. Enfin, Daniel Dory évoque le modèle le plus décentralisé, la nébuleuse, souvent associée au concept de « leaderless resistance » ou « résistance sans chef » , popularisé dans les années 1980 par Louis Bim. Ce modèle repose sur l'idée qu'il est préférable de ne pas disposer d'un commandement central identifiable. Les individus ou les petites cellules agissent de manière largement autonome, en partageant une même idéologie mais sans recevoir d'ordre direct d'une autorité supérieure. Cette organisation réduit considérablement les possibilités d'infiltration et de démantèlement, car l'arrestation d'un individu compromet rarement l'ensemble du mouvement. En contrepartie, elle rend beaucoup plus difficile la planification d'opérations complexes nécessitant une coordination importante. Il est cependant important de souligner que ces trois modèles ne sont pas exclusifs. Dans la pratique, de nombreuses organisations combinent plusieurs formes d'organisation. Elles peuvent conserver une direction stratégique, relativement centralisés, tout en laissant une grande autonomie aux cellules locales pour préparer et exécuter leurs opérations. Cette combinaison permet de concilier cohérence stratégique et résilience organisationnelle. Toute organisation clandestine est confrontée à un dilemme entre coordination et sécurité. La centralisation facilite la planification et la discipline, mais concentrent les vulnérabilités. La décentralisation renforce la résilience, mais rend plus difficile la communication, le contrôle et la réalisation d'opérations complexes. Quelles que soient leurs structures, les organisations terroristes ne demeurent pas figées. Elles accumulent de l'expérience, capitalisent des connaissances et développent des mécanismes de transmission destinés à améliorer leur fonctionnement et leur... performances opérationnelles. Cet apprentissage s'effectue à plusieurs niveaux. Les membres expérimentés transmettent leurs connaissances aux nouvelles recrues. Les organisations analysent les opérations qu'elles ont menées afin d'identifier les erreurs commises et d'améliorer leurs procédures. Elles observent également les autres groupes, étudient leurs tactiques, leurs innovations technologiques et leurs modes d'organisation afin de s'en inspirer. ou au contraire d'éviter de reproduire leurs erreurs. Cette circulation des connaissances est particulièrement importante dans les conflits contemporains. Les techniques de fabrication d'engins explosifs, les méthodes de recrutement, les stratégies de propagande, les mécanismes de financement ou encore l'utilisation d'armes rudimentaires et de moyens disponibles dans le commerce peuvent circuler d'une organisation à une autre. et d'une génération militante à la suivante. Le terrorisme est donc aussi un phénomène d'apprentissage collectif. Il permet de conserver la vie, et perfectionner des modes opératoires à la fois efficaces et susceptibles de déjouer, par effet de surprise, les dispositifs antiterroristes ou de simple sécurité protégeant les cibles potentielles. Autrement dit, une organisation terroriste ne répète pas mécaniquement les mêmes actions. Elle fonctionne comme une organisation capable d'apprendre de son expérience. après chaque opération. Qu'elles soient considérées comme un succès ou un échec, les responsables cherchent à comprendre ce qui a fonctionné, ce qui a échoué et quelles améliorations peuvent être apportées. Cette capacité d'adaptation constitue un élément central de leur efficacité et pourquoi certaines organisations parviennent à survivre pendant plusieurs décennies malgré la pression constante des services de renseignement et des forces de sécurité. Elles ne se contentent pas de reproduire les mêmes méthodes, elles innovent, expérimentent, s'adaptent et intègrent progressivement leurs enseignements issus de leurs propres expériences comme celles d'autres organisations. L'apprentissage, les ressources humaines et les capacités financières permettent donc de comprendre comment une organisation terroriste fonctionne et parvient à s'adapter dans le temps. Lorsque l'on étudie le terrorisme, Il est essentiel de ne pas limiter l'analyse aux seules organisations clandestines. En effet, les organisations terroristes n'évoluent pas toujours de manière totalement autonome. Elles s'inscrivent dans un environnement politique, stratégique et géopolitique beaucoup plus large, au sein duquel interviennent parfois des acteurs étatiques. Comme le souligne Daniel Dory, et selon les périodes et les contextes internationaux, Certains États peuvent jouer un rôle direct ou indirect dans le développement, le soutien ou l'utilisation de certaines organisations terroristes. Il convient tout d'abord de préciser ce que l'on entend ici par « État » . Dans cette perspective, l'État désigne l'ensemble des institutions exerçant l'autorité publique et détenant le monopole légitime de la contrainte sur un territoire donné. Pour mettre en œuvre ces politiques, il s'appuie notamment sur des institutions régaliennes telles que les forces de police, les forces armées et les services de renseignement. Ces institutions sont chargées d'assurer la sécurité intérieure et extérieure, de maintenir l'ordre public et de mettre en œuvre les politiques décidées par les autorités politiques, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Toutefois... L'action de l'État ne peut être comprise indépendamment des acteurs qui influencent ou exercent le pouvoir politique. Selon les contextes historiques et les régimes politiques, celui-ci peut être détenu ou fortement influencé par un parti dominant, des groupes ethniques ou confessionnels, des clans familiaux, des élites politiques, administratives ou économiques. Ces acteurs peuvent alors orienter l'appareil d'État afin de poursuivre leurs propres objectifs politiques, idéologiques ou stratégiques. Précision faite, cette implication peut prendre des formes très différentes, allant du soutien discret à une participation beaucoup plus directe. La première forme est celle du soutien indirect, souvent qualifié dans la littérature de terrorisme soutenu par un État. dans cette configuration. Un gouvernement ne commet pas lui-même les attentats, mais apporte une aide à une organisation qui les réalise. Cette aide peut prendre de nombreuses formes. Un financement, la fourniture d'armes ou d'équipements, un entraînement militaire, un partage de renseignements, la mise à disposition de bases d'entraînement, l'octroi de documents administratifs, ou encore la possibilité pour l'organisation de trouver refuge sur le territoire de l'État. Dans certains cas, le soutien est également diplomatique. Lorsqu'un gouvernement protège une organisation sur la scène internationale ou refuse de coopérer avec les demandes d'extradition formulées par d'autres États, alors pourquoi un État agirait-il de cette manière ? Les chercheurs en relations internationales expliquent généralement ce comportement par une logique. stratégiques. Soutenir un groupe armé permet parfois d'affaiblir un adversaire sans engager directement ses propres forces armées. Cette stratégie offre une certaine marge de dénégation. Tant que le lien entre l'État et l'organisation n'est pas clairement établi, le gouvernement peut nier toute implication et limiter les conséquences diplomatiques de ses actions. Cette logique est particulièrement présente durant la guerre froide, période au cours de laquelle plusieurs puissances ont soutenu des groupes armés afin d'étendre leur influence. ou de fragiliser leurs adversaires. Daniel Dory distingue ensuite une seconde forme d'implication beaucoup plus directe. Dans cette configuration, l'État ne soutient plus une organisation extérieure, il mobilise directement ses propres services, notamment les services de renseignement ou des unités spécialisées, afin de conduire des opérations clandestines. Ces actions peuvent prendre la forme d'attentats non revendiqués d'opérations sous faux drapeau destinées à faire porter la responsabilité à un autre acteur ou encore d'assassinats politiques réalisés hors du territoire national. L'objectif est souvent de conserver une négation plausible, c'est-à-dire de rendre difficile l'attribution officielle de l'opération à l'État commanditaire. Enfin, Daniel Dory attire l'attention sur un troisième aspect fondamental. Le rôle des États faillis. Un État est généralement qualifié de failli lorsqu'il n'est plus capable d'exercer ses fonctions essentielles, notamment d'assurer la sécurité de la population, faire appliquer le droit, contrôler ses frontières ou conserver le monopole de la violence légitime sur toute une partie de son territoire. Dans ces espaces, l'absence d'autorité publique crée un environnement plus... particulièrement favorables au développement des organisations terroristes. Les groupes armés peuvent y établir des camps d'entraînement, stocker des armes, recruter de nouveaux membres, organiser leurs activités financières ou préparer des opérations sans subir une pression constante des autorités. Les territoires échappant au contrôle de l'État deviennent alors des sanctuaires, c'est-à-dire des zones dans lesquelles les organisations terroristes dispose d'une liberté d'action beaucoup plus importante. Il est néanmoins important de distinguer un État commanditaire d'un État failli. Dans le premier cas, les autorités utilisent ou soutiennent volontairement une organisation afin de défendre leurs intérêts stratégiques. Dans le second, l'État ne contrôle plus suffisamment son territoire pour empêcher ces organisations de s'y développer. dans un cas. Il existe une intention politique, dans l'autre, il s'agit principalement d'une incapacité institutionnelle. Pour conclure cet épisode, intéressons-nous à l'histoire et, plus précisément, au rôle que les États ont pu jouer dans leur recours au terrorisme. Pour comprendre cette relation, il faut remonter à l'origine du mot terrorisme, et donc remonter à la Révolution française et, plus précisément, à la période connue sous le nom de la Terreur, qui s'étend approximativement de septembre 1793 à juillet 1794. C'est dans un contexte d'instabilité politique, de guerre extérieure et de conflit intérieur que les institutions révolutionnaires mettent en place une politique de répression dirigée contre les ennemis réels ou supposés de la Révolution. Le comité de salut public, auquel appartient notamment Maximilien Robespierre, joue un rôle central dans ce dispositif, aux côtés de la Convention nationale, du comité de sûreté générale, du tribunal révolutionnaire et des représentants en mission. Les tribunaux révolutionnaires voient leur pouvoir renforcé, les procédures judiciaires et administratives sont simplifiées. et des milliers de personnes sont arrêtées, emprisonnées ou exécutées principalement par la guillotine. Le terme terrorisme apparaît précisément pour désigner cette politique de gouvernement. Les acteurs de l'époque parlent de système de la terreur pour décrire une stratégie consistant à utiliser la peur comme un instrument de gouvernement. L'objectif est de décourager toute opposition. en montrant que l'État est prêt à punir rapidement et sévèrement ceux qui menacent le régime révolutionnaire. Le terme terrorisme ne désignait donc pas à l'origine l'action de groupes clandestins contre l'État, il renvoyait au contraire à une politique conduite par un gouvernement utilisant la violence et l'intimidation comme instrument de pouvoir. Ce n'est qu'au cours du XIXe siècle que le terme évoluera progressivement pour qualifier des acteurs non étatiques recourant à la violence politique contre les autorités établies. Nous arrivons maintenant au terme de cet épisode consacré à l'organisation du complexe terroriste. Au fil de cette analyse, nous avons vu qu'une organisation terroriste ne se résume pas aux individus qui commettent un attentat. Derrière chaque opération se trouve un ensemble beaucoup plus complexe, susceptible de jouer un rôle direct ou indirect. Nous avons également montré que ces organisations sont capables d'apprendre, d'adapter leurs structures, de perfectionner leur mode de fonctionnement et de développer des stratégies leur permettant de survivre dans un environnement marqué par une forte pression sécuritaire. Cependant, comprendre une organisation ne permet pas encore de comprendre pleinement le terrorisme. Une question essentielle demeure. comment un attentat est-il conçu, préparé, exécuté et exploité sur les plans politiques, médiatiques et stratégiques ? C'est précisément ce que nous étudierons dans le prochain épisode. Nous analyserons l'acte terroriste selon trois séquences. Avant l'attentat, avec la définition de l'objectif politique, le choix des cibles, la préparation matérielle, la sélection du mode opératoire et la planification. Pendant l'attentat, avec l'exécution de l'action, l'interaction avec les victimes et les forces de sécurité, ainsi que la recherche d'effets immédiats. Puis, après l'attentat, avec la revendication, la production de messages, la propagande, les menaces et l'exploitation politique et médiatique de la violence. Nous poursuivrons ensuite cette réflexion en abordant l'autre versant de cette confrontation. L'antiterrorisme. Nous verrons comment les États tentent de prévenir, de détecter et de neutraliser la menace terroriste. Quelles sont les différences entre l'antiterrorisme et le contre-terrorisme ? Quels sont les dispositifs et quelles méthodes sont mises en œuvre par les services de renseignement, les forces de sécurité et les autorités publiques ? Mais également, comment mesurer leur efficacité à travers leur succès ? leurs limites, leurs effets tactiques et leurs conséquences stratégiques. Car étudier le terrorisme ne consiste pas uniquement à comprendre ce qui recourt à la violence, c'est aussi analyser les réponses qui leur sont apportées, leurs résultats, leurs effets parfois inattendus et les transformations qu'elles produisent sur les sociétés contemporaines. Merci d'avoir suivi cet épisode. Si ce contenu vous a intéressé, N'hésitez pas à le partager et à suivre Naritas afin de ne manquer aucun des prochains épisodes. Je vous souhaite une excellente journée et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode.