- Speaker #0
Il existe des naissances dont on parle peu, des naissances qui ne font pas de bruit, où le corps guide, les regards soutiennent et le silence travaille. Alors bienvenue chez nous. Nous, c'est le podcast où on parle de naissances organiques et originelles. Un espace spécialement créé pour la réunion, pour écouter ce qui se vit quand on fait confiance au corps. Un espace pour redonner une voix à la physiologie. Je suis Alicia et je suis doula. J'accompagne les femmes et les couples avant, pendant et après l'arrivée de leur enfant. Je le fais avec cette conviction simple que le corps sait. Il porte cette mémoire ancienne qui, lorsqu'elle est respectée, entourée, sécurisée, devient d'une puissance remarquable. Dans ce podcast, tu entendras des récits vrais, des histoires de souffle, de doute, de courage, des histoires où des couples ont trouvé leur place et les professionnels ont collaboré, des histoires où les mondes se rencontrent parce qu'ils sont justement réconciliés. Réconciliation entre savoir médical et intelligence du corps, réconciliation entre les générations, réconciliation des couples et de leur foyer, c'est ça la prochaine humanité. Naître autrement, ici sur notre île, c'est honorer la vie dans sa dimension la plus simple et la plus puissante, c'est permettre à chaque famille de sentir qu'elle peut choisir, comprendre, s'informer et s'engager avec confiance. Ici, à La Réunion. Je donne la voix aux mères qui ont senti leur corps agir avec justesse, aux pères qui ont trouvé leur place dans la présence et la sécurité, aux professionnels qui œuvrent dans l'alliance et le respect du vivant. Chaque épisode est un témoignage, une traversée qui racontait avec sincérité un espace où la naissance est un passage conscient, soutenu, honoré. Chaque bébé arrive avec une promesse et chaque famille qui se transforme participe à une humanité plus apaisée. Bienvenue chez nous ! Muriel, merci d'être là. Merci de nous parler de ton histoire de femme, de ton histoire de maman. Est-ce que tu pourrais déjà, en quelques mots, te présenter, dire qui tu es ?
- Speaker #1
Je m'appelle Muriel, je suis une femme entrepreneuse et maman de deux enfants. Charlie qui est parti dans les étoiles et Roby qui a trois mois maintenant.
- Speaker #0
Une histoire bien particulière, une histoire qui ne parle pas à tous et qui quand même, je pense, va pouvoir aider tous ceux qui vont écouter ton témoignage. Parce qu'elle est riche de sens, riche d'enseignement, riche d'émotion aussi. On va pouvoir développer, mais j'aimerais d'abord que tu puisses me dire un petit peu, en quelques mots, peut-être trois seulement, si tu veux décrire tes deux enfantements. Le premier pour Charlie, le deuxième pour Roby. En trois mots, tu dirais quoi pour les décrire ?
- Speaker #1
En trois mots, je dirais transformation, apprentissage et amour.
- Speaker #0
Pour les deux ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Magnifique. Je sais que ça a été une expérience plus que de transformation, de transmutation pour toi, pour la personne que tu es. Tu me l'as souvent dit à de multiples reprises, je ne suis plus la même. S'il y avait une image forte qui te reviendrait pour décrire aussi ce que tu as vécu pendant ces enfants-temps, ce serait quoi ?
- Speaker #1
L'image de la porte.
- Speaker #0
Ouais, elle est bien celle-là.
- Speaker #1
Qui te fait passer dans un autre monde.
- Speaker #0
Ok. Cette porte vers l'humanité. C'est vrai que toutes les femmes sont la porte du monde, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Aucun être humain n'est passé par autre chose qu'une femme, donc c'est quand même important de le rappeler. Je garde. Si tu avais une peur à citer que tu aurais vécue justement pendant tes enfantements, ce serait quoi ?
- Speaker #1
La peur de la mort.
- Speaker #0
Ok, on va en parler justement. Et une force que tu as découverte à propos de toi ?
- Speaker #1
Le dépassement de soi.
- Speaker #0
Est-ce que c'est quelque chose que tu gardes pour toute la vie, tu crois ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est clairement engrammé dans chacune de tes cellules, tu le sais maintenant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok. Si tu devais donner un message à d'autres parents, ce serait lequel ?
- Speaker #1
De bien s'entourer, parce que ça permet de cultiver tous les éléments que j'ai donnés. Tout seul, dans cette aventure de maternité, il y a beaucoup de solitude, il y a beaucoup d'événements, il y a beaucoup d'inconnus. Et le partage. avec les autres, avec une équipe solide qui correspond à ce qu'on veut vivre, pour moi, c'est primordial.
- Speaker #0
Muriel, tu nous expliquais que tu étais maman entrepreneuse, maman de deux enfants, et que tu avais ta petite Charlie qui est partie dans les étoiles et Roby qui vit aujourd'hui avec toi, qui a maintenant, à l'heure où on enregistre cet épisode...
- Speaker #1
Il a trois mois.
- Speaker #0
Trois mois. Est-ce qu'on peut revenir un petit peu sur ton histoire ? Qu'est-ce que tu aurais envie d'en dire pour qu'on comprenne quel a été ton parcours qui a fait que tu as donné ces mots-là ?
- Speaker #1
Bien sûr. Déjà, en étant une femme très active professionnellement, j'ai eu le désir d'avoir un enfant assez tard, parce que j'ai rencontré mon conjoint tardivement aussi. Ce projet-là était évident entre nous, mais pas matérialisé. Alors, on a pris le temps de vivre. Et puis... un moment, moi j'en avais envie et lui aussi et alors on a décidé de mettre ce projet là dans notre vie et moi je pensais pouvoir tout vivre en même temps à la fois les activités professionnelles qui étaient assez denses et une grossesse et naïvement je me suis rendu compte que c'était plus difficile que ça oui oui tout à fait donc mener plusieurs projets à la fois d'ailleurs Alors...
- Speaker #0
Gérer une entreprise et concevoir un enfant, on retrouve des choses qui sont assez proches dans le fait d'entreprendre et dans le fait de créer. Tu m'as souvent dit, c'est marrant, la maternité, ça me fait penser aussi à ce que je vis quand je suis entrepreneur. Et à la fois, c'est tellement différent, t'as basculé dans l'inconnu et dans une aventure tout à fait inédite, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Oui, c'est un univers qui était complètement nouveau pour moi. Je ne m'étais jamais vraiment intéressée. Et on découvre énormément de choses quand on apprend qu'on est enceinte. Et même avant, puisque moi, j'avais envie de vivre le projet à 100% et en conscience.
- Speaker #0
Tu t'es interrogée avant même de concevoir cet enfant, en fait.
- Speaker #1
Oui. Je ne savais même pas vraiment comment ça allait se passer. Voilà, je me disais, je vais faire l'amour avec mon amoureux et ça marche. Oui, et ça ne marche pas toujours. Ça m'existe, moi, quand même.
- Speaker #0
Oui, alors c'est bien que tu le précises parce qu'il y a plein de questions qui viennent par rapport à ça. On a l'impression que mettre au monde un enfant, c'est la chose la plus simple. qu'ils soient, et en fait ça remue tellement de sujets à la fois dans notre existence. Je me rappelle d'une phrase que tu m'as dite, j'aurais jamais pensé que mettre au monde un bébé, ça faisait bouger autant de domaines dans ma vie en fait, tant personnel que professionnel.
- Speaker #1
Et ça prend du temps, à la fois dans la conception, et ces neuf mois qui semblent à la fois rapides, sont chargés d'étapes, de questionnements, de doutes. d'apprentissage. Et c'est vrai que c'est une année, une année complète pour concevoir un enfant.
- Speaker #0
Donc de ton côté, ça a été quasiment deux années de grossesse pour finalement vivre dans ton corps des transformations énormes. Parle-nous un petit peu de ça. Comment tu as vécu, je précise bien, presque deux ans avec un corps qui est enceinte ?
- Speaker #1
C'était joyeux. En tout cas, la grossesse pour moi, c'était un super moment. J'ai beaucoup aimé être enceinte. Ce n'était pas forcément un choix, évidemment, de le vivre aussi rapproché. Mais voilà, c'est la vie qui a fait. Et la première fois, comme une première fois en réalité, parce que c'était le premier.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Donc, tu as tout découvert, la surprise des premiers mouvements, la surprise du corps qui change, la surprise de ce que tu pouvais ressentir aussi hormonalement parlant, dans tous les aspects finalement, j'ai envie de te dire, de ta vie. Tout était nouveau. À la deuxième grossesse, j'ai l'impression que c'était aussi quand même assez nouveau finalement dans ce que tu as vécu, puisque tu es allée jusqu'au bout cette fois-ci.
- Speaker #1
Oui. La première fois, c'était de l'inattendu. Et la deuxième fois, c'était un nouvel enfant, un nouveau bébé et une nouvelle aventure. Mais comme je pense toutes les mamans qui font un deuxième enfant, qui choisissent d'avoir plusieurs grossesses.
- Speaker #0
Oui, chaque grossesse est unique. grossesse à... Sa proposition, on va dire, d'expérience, de prise de conscience, de doute et d'épreuve également. Charlie est reparti vers les étoiles.
- Speaker #1
La différence, c'est que j'avais beaucoup de tristesse pour Charlie, sans forcément savoir évidemment ce qui allait se passer. Mais oui, dès le début, je sentais une tristesse. Mais évidemment, je mettais ça sur le coup des hormones parce que je ne savais pas forcément d'où ça venait. Et finalement, la deuxième, j'ai senti que le bébé était accroché, que ça serait un garçon très tôt. La communication avec le bébé était aussi très forte.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a du coup fait ? on va dire le choix de vivre une grossesse physiologique et de décider de faire un enfantement physiologique, qu'est-ce qui t'a conduit à cela et comment t'as préparé tout ton être à vivre cette expérience-là ?
- Speaker #1
Pour les deux grossesses, je savais déjà dès le départ que je voulais un enfantement physiologique. C'était inscrit en moi. Et puis j'ai découvert qu'il y avait une maison de naissance à Saint-Paul. Et déjà pour Charlie, j'avais fait la démarche de me renseigner pour savoir comment ça se passait. Et finalement, ça a pu se faire pour
- Speaker #0
Roby. Parce que c'était ton deuxième enfant.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Ouais. Se préparer. En conscience, donc dès le départ, avant la conception, une fois qu'on est enceinte et jusqu'à l'enfantement, qu'est-ce que ça change concrètement pour que le jour J, on soit prêt ?
- Speaker #1
Je pense que pour moi, ça a tout changé. J'avais toutes les informations dont j'avais besoin pour arriver le jour J prête, sans avoir le stress et la peur qui gouvernent le moment. Et au contraire... toute l'énergie positive et la mienne et celle de l'équipe et celle de mon conjoint aussi pour mettre en œuvre le projet de naissance qu'on avait préparé.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment un shift qui se produit, c'est que même si tu vas vers l'inconnu, il y a cette espèce de zone de sécurité à l'intérieur de toi, cette safe place qu'on a cultivée suffisamment pour que tu puisses arriver sereine le jour J, c'est ça ?
- Speaker #1
Tout à fait, il y a beaucoup de visualisation. Beaucoup de méditation pendant la grossesse, beaucoup de préparation mentale et physique. Et ça aide, bien sûr.
- Speaker #0
Bien sûr. Est-ce que ton conjoint était dans la même démarche ? Est-ce que ça a été difficile ou facile, je dirais, de l'embarquer avec toi dans cette aventure ?
- Speaker #1
Je dirais que ça a été facile, puisqu'il me fait confiance. Et de lui-même, il n'aurait peut-être pas envisagé d'aller dans cette démarche. Mais finalement, il est resté ouvert. Et il m'a suivie dans tout le processus.
- Speaker #0
Ouais. Donc, tu as la sensation que tu n'as pas eu besoin de forcer, juste de créer cet espace de confiance dont tu parles et que finalement, après, il s'est laissé porter, quoi.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
Et est-ce que ça a changé quelque chose sur le regard que tu portes sur lui ? Je sais que c'est quand même assez nouveau pour les hommes de pouvoir vivre ça.
- Speaker #1
Je ne sais pas s'il a adhéré à toutes les étapes. en tout cas il était présent et ce qui était important pour moi est devenu important pour lui donc en ça je pense que c'est le projet de vie en commun qui fait qu'on est devenu une vraie équipe à ce moment là oui c'est ça vous étiez en mode vraiment partenaire le jour J évidemment on sait à quel point le conjoint est précieux
- Speaker #0
surtout quand il a été préparé à prendre cette place-là, ce rôle-là. Si tu devais décrire le jour de la naissance de Roby, est-ce que tu as tous les souvenirs déjà qui te reviennent ? Est-ce que tu as des sensations particulières qui sont précises ? Est-ce que tu as des images que tu pourrais nous offrir pour qu'on comprenne ce que tu as vécu ? Puis qu'on voit un petit peu justement comment le partenaire t'a aidé à cela.
- Speaker #1
Je me souviens de tout, encore, ça ne fait que trois mois. Je me suis sentie comme un animal.
- Speaker #0
Un petit animal.
- Speaker #1
Un gros mammifère.
- Speaker #0
C'est d'ailleurs une des visualisations que je t'avais données. Imagine que tu es une femelle ours. Oui.
- Speaker #1
Et là, comme j'ai accouché dans l'eau, c'était plus une baleine. J'ai senti que j'avais la puissance d'un animal qui fait ça tout seul, j'ai envie de dire, de manière naturelle.
- Speaker #0
Donc, tu avais la puissance d'un animal beaucoup plus grand que toi, parce que je rappelle que tu fais... En dessous d'un mètre soixante ? Oui. Donc, tu es loin de la taille d'une banane. Mais au-delà de cela, est-ce que tu pourrais nous décrire un petit peu tout le processus ? Comment ça s'est déroulé du moment où tu as senti que ton bébé était déjà en train de toquer à la porte ?
- Speaker #1
J'ai senti qu'il toquait à la porte déjà depuis quelques semaines. J'avais des contractions qui n'étaient pas douloureuses. J'ai eu la chance d'avoir une belle grossesse. Quelques petits épisodes d'alerte, mais rien de grave. Mais en soi, je n'ai pas été malade. Tout s'est très bien passé. Et une semaine avant, j'ai commencé à avoir des contractions et je sentais qu'ils descendaient déjà au niveau du bassin. Les premières vraies contractions intenses, je les ai ressenties vraiment que le jour même, à 3h30 du matin.
- Speaker #0
Donc, c'est comme si ton col d'utérus avait déjà travaillé gratuitement, j'ai envie de dire, les semaines d'avant, juste déjà pour te... t'embarquer dans cette idée que la naissance était en route et que bébé avait décidé d'arriver dans pas longtemps. Tu savais presque déjà un petit peu quel allait être le créneau. Mais seulement le jour J, là, t'as vécu de l'intensité.
- Speaker #1
Oui. Et je pense d'avoir eu tout l'accompagnement avec les sages-femmes de Manao et avec toi, j'ai pu détecter en fait les phases.
- Speaker #0
Et 3h30 du matin, tu te retrouves donc à te lever. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
- Speaker #1
Eh bien, à ce moment-là, je savais que ça pouvait durer longtemps. Alors, simplement, je me suis levée, j'ai fait la vaisselle, j'ai préparé. Des choses comme je l'aurais fait n'importe quel jour sans contraction. Et puis, j'ai eu envie d'aller faire pipi et j'ai perdu les os aux toilettes. Et là, les contractions se sont intensifiées. Donc, j'ai réveillé mon compagnon. Très vite, ça s'est enchaîné. J'ai pu prendre ma douche. On a appelé la sage-femme. On t'a appelé toi. J'avais téléchargé l'application pour compter les contractions. Et je n'avais même plus la force d'appuyer sur le bouton. pour savoir si on était prêts à partir ou quoi. Je voulais m'allonger par terre tellement j'étais... Les contractions, elles étaient intenses.
- Speaker #0
T'étais pas à coucher dans ta salle de bain même.
- Speaker #1
Complètement. J'avais regardé tellement de vidéos, j'étais tellement prête que je me suis dit, c'est bon, on peut le faire ici. Mais bon, le projet, c'était quand même bien préparé et de le faire dans l'eau, à Manao, avec toutes les conditions qu'on avait prévues. Alors, on a vite, tout était déjà quasiment prêt, il fallait charger la voiture et partir. Et on a de justesse traversé les embouteillages de 6h du matin pour arriver à Manao. Et Joël nous attendait, la sage-femme, et puis toi qui es arrivé très rapidement.
- Speaker #0
Tu te retrouves dans un cocon vraiment de douceur, on peut vraiment donner ça comme contexte pour l'endroit où tu as enfanté de Roby. Les lumières sont tamisées, les couleurs sont... pastel, tout est confortable, les odeurs sont agréables, c'est vraiment comme à la maison. Est-ce que tu te rappelles justement de toutes ces conditions-là dans la chambre ou est-ce que c'est flou dans ton...
- Speaker #1
C'est très clair. Déjà, dans la préparation de l'accouchement, on nous fait vivre ces moments-là, on peut s'installer, se projeter, utiliser les outils, les ballons, les tapis, le lit, tout ce qui est à notre disposition pour le jour J. Donc, après le jour J, on se sent dans un environnement très familier où tout ce qui peut parasiter le cerveau est complètement écarté.
- Speaker #0
Y compris la lumière du jour.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Lumière tamisée, on le disait. Plusieurs choses étaient à ta disposition pour pouvoir gérer le mouvement de ton corps et puis faire progresser ton enfant dans ton bassin. Qu'est-ce que tu as vécu, toi ? Tu as pu repérer les différentes phases, j'imagine. assez facilement parce que tu les connaissais, mais qu'est-ce que tu as vécu pour celles qui nous écoutent, par exemple, qui n'ont encore jamais mis au monde un bébé ? Qu'est-ce que tu as ressenti dans ton corps pendant cet enfantement physiologique ? D'abord physiquement, mais peut-être aussi dans les pensées qui t'ont traversé, puis surtout dans toutes les émotions qu'on traverse quand on est en train de vivre ça.
- Speaker #1
C'est d'abord la connexion avec le bébé. C'est lui qui guide, en fait, toute la communication qui s'est passée avec lui. pendant toute la grossesse, fait qu'il accompagne finalement l'intensité des contractions et tout le travail qui se met en place. C'est un travail qui se fait à deux à ce moment-là. Alors, les contractions pour moi, c'est ce qui a été les premières en tout cas. Les contractions depuis la maison et puis jusqu'à l'arrivée à Manao. Là, c'était vraiment intense, mais finalement c'est passé très vite puisque j'ai accouché en cinq heures. C'est vraiment le moment où je rentre dans l'eau, où je sens vraiment qu'il arrive. Avant, c'est de l'intensité. C'est de l'intensité et c'est atténué par justement l'environnement et le papa et toi qui étiez là et la sage-femme qui apporte la sécurité aussi. On sait qu'on est bien entouré et ça apaise et ça soulage l'intensité des contractions.
- Speaker #0
Et puis on sait surtout que tout est normal. et qu'à partir du moment où on a l'information que cette intensité est normale, le corps fait son job. Comme tu l'as si bien dit, si la sécurité est présente dans ton mental, le reste se fait tout seul. Enfin tout seul, tu as bien compris ce que je veux dire, le reste se fait en tout cas. Tu as pas mal vocalisé pendant cet enfantement-là et tu précises que quand tu rentres dans le bain, tu as senti un shift, quelque chose de différent. Alors le shift en fait il avait un petit peu lieu avant mais tu l'as perçu en tout cas de manière très significative quand tu es rentré dans l'eau. À quoi ça ressemble ce shift dont on parle là ?
- Speaker #1
Ça ressemble à... Un mouvement dans le corps. Le bébé qui descend, clairement, et tu sens qu'il est proche, qu'il arrive. C'est vraiment... Comme s'il glissait un peu. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Comme s'il glissait, donc il n'y a plus ce poids qui pèse, mais il y a vraiment ce mouvement, comme tu dis, de descente. Et puis surtout, cette sensation de porte qui s'ouvre, tu disais.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça, c'est quand même dingue.
- Speaker #1
C'est hallucinant. Il faut le vivre. pour savoir de quoi on parle. Ça, c'est vraiment l'ouverture du corps et le bébé qui arrive, c'est un phénomène assez spectaculaire. Quand je suis dans le bain, en tout cas pour moi, j'ai senti que ça estompait un peu l'intensité et je sentais que le bébé arrivait. Donc maintenant, c'est ça. Ça reste intense et on ne sait pas comment se positionner, comment ça va être plus facile pour lui et pour nous. Et voilà, ça se fait à l'instinct, je vais dire.
- Speaker #0
C'est ça qui fait que tu t'es pris pour un petit animal ou un gros mammifère, je ne sais pas.
- Speaker #1
Avec des grognements comme jamais.
- Speaker #0
Oui, les sons qui sortent de toi à ce moment-là sont totalement efficaces pour le processus qui est en cours et à la fois pas du tout mentalisés.
- Speaker #1
Non, et jamais j'ai prononcé ces sons de ma vie. Donc je ne savais même pas que j'allais vocaliser de cette façon-là.
- Speaker #0
Oui, un petit côté chromagnon un peu quand on vit ça. Mais qui aide en fait à l'ouverture. Tout est prévu pour que ça fonctionne aussi comme ça. Quand on se laisse traverser, finalement, l'ouverture se fait aussi grâce à ces sons.
- Speaker #1
Et à la fois, il y a le travail d'équipe, puisque la descente dans la position GT n'était pas encore optimale pour que le bébé arrive correctement. et c'est la sage-femme et toi je crois qui m'avait guidée après pour que je puisse me verticaliser pour aider le bébé à descendre plus facilement et après ça s'est fait très très vite et puis le papa qui était là aussi et qui soutenait et qui massait et
- Speaker #0
qui était vraiment en présence finalement avec toute l'intensité que tu vivais, je pense qu'elle était c'était pas la même mais elle était tout aussi intense pour lui aussi quand bébé arrive pour toi je crois que l'émergence a duré un peu quand même Il est resté un petit moment avant de vraiment pointer le bout de son nez, comme on dit. Oui. Roby, il a été taquin. Il s'est fait un petit peu désirer. Mais une fois qu'on te l'a mise sur le ventre et que tu as pu le rencontrer, qu'est-ce que tu dirais de ce premier moment, de ce premier regard, de cet instant irremplaçable quelque part de la rencontre avec votre bébé ?
- Speaker #1
La première chose que j'ai ressentie, c'était de la fierté. Pour lui et pour moi, d'avoir été au bout du processus, c'était quelque chose qui était puissant, puisque je n'avais pas vécu le premier enfantement pour Charlie, évidemment, de la même façon. Et pourtant, je l'ai eu sur moi, voilà. Et donc là, c'était la fierté d'avoir été au bout, d'avoir réussi à tenir si longtemps, puisqu'il est né à 40 semaines.
- Speaker #0
Ouais, pour toi c'était comme... Te sentir capable, te sentir autonome, te sentir souveraine dans tes choix. J'imagine que tout ça a dû se mélanger en même temps. Et puis, te dire que tu avais un bébé en bonne santé, qui a choisi son jour. Tout ça, c'est précieux, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Oui, et c'est la joie aussi que j'ai ressentie. J'avais beaucoup d'émotions fortes, mais je n'ai pas eu de larmes. Je n'ai pas eu de larmes, c'était que de la joie en fait. Je l'ai félicité, j'ai trouvé qu'il était magnifique. Il est ! Toutes ces émotions étaient couronnées par la joie de l'accueillir.
- Speaker #0
Avec le papa, évidemment, il y a eu aussi ce premier regard. À un moment donné, vous étiez tous les trois dans ce bain ensemble. Parce que l'avantage de cette naissance, c'est qu'elle est respectée dans votre timing, quelque part. Est-ce que tu as la notion un peu du temps qui est passé, de cet espace finalement qui vous a été offert à tous les trois ?
- Speaker #1
Non, la notion du temps, pas du tout. C'est après qu'on se dit « Oh purée, tout ça en cinq heures, c'est passé tellement vite. » Une fois que le bébé est là, il n'y a plus d'espace-temps. C'est vraiment l'instant présent, juste la magie du moment. Lui aussi, il a changé de regard. Son regard a changé sur moi. sur son enfant et sur la famille.
- Speaker #0
Oui, votre foyer est né ce jour-là quelque part, même s'il était né déjà le jour où Charlie est arrivé, mais quelque part, c'est un foyer que vous allez construire dans le temps et que vous allez continuer à tisser ensemble, jour après jour, toute votre vie, quelque part. Quand tu dis que son regard a changé sur toi et sur son bébé, qu'est-ce que ça pourrait représenter pour un papa qui n'a encore pas vécu ça, par exemple ?
- Speaker #1
Je pense que pendant la grossesse, il y a quelque chose qui leur échappe à ces papas, puisqu'ils n'ont pas les sensations, ils n'ont pas la transformation du corps, ils n'ont que la participation de l'extérieur. Et une fois que l'enfant arrive, et d'autant plus... dans l'accouchement physiologique, ils assistent à l'exploit qu'on arrive à faire de faire venir cet enfant qu'on a si longtemps gardé en nous. Et je pense que ça, c'est quelque chose qui leur permet de voir à quel point ils ont choisi la bonne maman aussi pour leur enfant.
- Speaker #0
Oui. C'est très précieux ce que tu dis là parce qu'effectivement, je pense que pour beaucoup de papas, comprendre ce qui se joue n'est pas si évident. Et le jour de l'enfantement, tout s'éclaire. Et il y a comme une reprogrammation complète finalement de qui ils sont, de la place qu'ils ont dans leur foyer, du rôle qu'ils vont pouvoir jouer. Et je crois qu'il a joué ce rôle-là à merveille ce jour-là, parce qu'il a été vraiment gardien à fond de ta sécurité, de ton bien-être, de ce dont tu avais besoin. Finalement, c'est ça le rôle aussi du papa et du masculin dans cette danse. Dans l'après-naissance, est-ce que ça se remarque, ce changement-là ? Est-ce que le foyer que vous vivez aujourd'hui est vraiment différent de ce que vous viviez à deux avant ? Au-delà du fait qu'il y ait un bébé au milieu, mais dans la perception de la vie, dans la compréhension de l'un et l'autre, dans les actions qu'on pose en tant que père ou en tant que mère ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'on n'a plus autant de disponibilité pour le couple. pour soi, pour l'autre toute notre attention de maman est tournée vers notre enfant pour être la meilleure maman en fait pour notre enfant mais si lui alors il est pas assez mature je vais dire pour rester un peu à l'écart c'est difficile et moi je crois qu'il a eu cette maturité là à ce moment là il a compris ce qu'il se vivait pour toi il t'a vu faire et de...
- Speaker #0
Il t'a accompagné depuis le début, donc c'est aussi cette connaissance qui probablement l'a aidé à passer outre un certain nombre de détails que peut-être d'autres hommes n'arriveraient pas à passer.
- Speaker #1
Oui, et finalement, il y a la grossesse, neuf mois, il y a l'accouchement et il y a l'après aussi. Ce temps-là où on n'est disponible que pour notre enfant, le reste, ça n'existe plus non plus. Donc, mais ça revient. Pardon ?
- Speaker #0
Il n'y a pas le temps pour des bêtises. Non, non, non,
- Speaker #1
il n'y a pas le temps. Il n'y a pas le temps et c'est très bien comme ça. Mais ça revient. Les choses se remettent en place avec le temps qui passe, l'enfant qui grandit. C'est d'autres étapes.
- Speaker #0
Oui, c'est important de préciser qu'il n'y a pas juste je tombe enceinte, je vis une grossesse, j'enfante et ensuite on fait ce qu'on peut avec notre bébé. Il y a plein de petites étapes subtiles à l'intérieur de ces phases-là qu'il est intéressant d'aller rencontrer pour être... prêt à les vivre avec beaucoup plus de fluidité que quand on n'est pas prêt tout simplement et qu'on n'a pas et qu'on n'a pas eu cette connaissance toi ton regard sur lui est ce qu'il a changé forcément aussi bien je pense que c'est réciproque on
- Speaker #1
est oui une équipe maintenant c'est plus facile c'est facile c'est plus facile de faire équipe parce qu'on oeuvre pour la même chose, mettre de l'amour dans notre vie, faire élever cet enfant qui est génial et avancer ensemble.
- Speaker #0
Donc vous êtes devenu partenaire au sens de la réconciliation de vos principes masculins et féminins. C'est comme ça que je l'entends dans ce que tu dis, non ?
- Speaker #1
Oui, ça nous remet d'accord sur nos valeurs, ce pourquoi on s'était choisi au départ.
- Speaker #0
Si tu devais donner maintenant un... Une ouverture à ce que tu as vécu dans cette double expérience de maternité et d'enfantement. Qu'est-ce que tu aurais envie de livrer comme message à ceux qui écoutent ?
- Speaker #1
De ne jamais rester sur ces pensées limitantes, parce qu'on ne sait rien en fait tant qu'on ne l'a pas vécu, et qu'il y a tellement plus que faire un bébé. Juste cette phrase-là, on n'est pas prêt à vivre tout ce qu'il y a derrière tant que ça ne s'est pas concrétisé.
- Speaker #0
D'aller au-delà de ces pensées limitantes, de vivre ce qu'il y a à vivre et de dépasser chaque étape, y compris les peurs qu'on pourrait avoir tout au long du processus. C'est la leçon que les enfants nous enseignent quand ils arrivent au monde. Ils font de nous des parents, c'est vrai. Et c'est bien le seul métier qu'on n'aura pas appris à l'école. Et qu'on apprendra avec le temps, en effet. Écoute, en tout cas, Muriel, merci pour tous ces détails, pour tout ce que tu nous as offert à propos de ta propre expérience. Est-ce que tu aurais envie de donner quand même un petit message sur les parents qui ont vécu comme toi un deuil prénatal ? Parce que c'est des choses qui arrivent. La mort et la vie dansent ensemble tout le temps. On oublie, mais ce sont des processus... qui fonctionnent aussi ensemble. Et je me dis que ton expérience, puisque tu l'as vécue, que tu l'as dépassée, que tu l'as transcendée, pourrait, en tout cas dans les mots que tu auras envie de livrer, aider certains parents qui l'ont ou vécu, ou qui vont le vivre, et qui pourraient trouver de la résonance dans ton message.
- Speaker #1
Moi, je dirais qu'il faut... pas rester seule. Il faut s'écouter aussi. Il n'y a pas de règles dans cette épreuve-là. De pouvoir en parler, je pense que c'est très important. Ne pas en faire un sujet tabou ni dans le couple, ni avec ses proches. Et exprimer vraiment ce qu'on ressent et ce qu'on veut. Parce que ce n'est pas évident. On n'est pas préparé à ça. Personne ne peut savoir et chaque personne va vivre ces événements-là à sa façon. Moi, j'ai eu la chance de rencontrer une personne, d'ailleurs je la salue, qui a vécu la même chose que moi, ça m'a beaucoup aidée. Je pense qu'il faut être bien entourée aussi et de faire ce que le cœur nous dicte parce que tu dis toujours qu'il faut un village pour élever un enfant.
- Speaker #0
Oui, quelque part, notre société, ce n'est pas toujours évident d'avoir ce village pour élever les enfants qu'on met au monde et pour nous accompagner dans ce que l'on perd. Tu parles effectivement de bien s'entourer et de s'écouter, d'arrêter de penser qu'il y a des règles pour tout le monde et qu'en fait, chacun a son propre rythme pour vivre aussi cette expérience-là. S'il y avait une leçon en particulier que Charlie t'a apprise et qui te permet aujourd'hui d'être la maman formidable que tu es pour Roby, la leçon qu'elle t'a transmise, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Ça me fait toujours un pincement au cœur, mais elle m'a appris qu'on peut aimer dans l'absence. Ça, c'est la grande leçon.
- Speaker #0
On peut aimer dans l'absence parce qu'on est justement très présent à soi et aux autres. et à ce qui se passe dans notre présent. Merci Muriel.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode de nous. Merci d'avoir ouvert cet espace en toi pour accueillir ce récit. Parce que chaque histoire partagée est une empreinte vivante. Une trace de ce qui se traverse, de ce qui se révèle et de ce qui grandit au moment d'une naissance. Je donne la voix à ces récits pour qu'ils circulent, pour que la physiologie... retrouve sa place dans nos foyers et dans nos conversations. Ce que je souhaite, c'est que ces paroles t'accompagnent, qu'elles nourrissent ta réflexion, ton couple, ta confiance et qu'elles ouvrent un dialogue simple et vrai autour de la naissance, ici, à La Réunion. Ce que je choisis, c'est de tisser des ponts entre les familles et les professionnels, entre l'expérience intime et le collectif, entre la mémoire du corps et les savoirs contemporains. Alors, si cet épisode a résonné pour toi, Eh bien, partage-le, fais circuler ses voix, permets à d'autres familles réunionnaises d'entendre que d'autres chemins existent et que la confiance peut prendre racine. Si ton histoire demande à être racontée, alors écris-moi. Nous continuons de grandir à travers chaque récit, parce que chaque naissance façonne le monde et chaque voix compte. À très bientôt pour un nouvel épisode de Nous.