- Speaker #0
Bienvenue à vous dans ce premier épisode de podcast. Je rappelle le but de ce podcast, c'est de mettre en avant des récits, des témoignages de personnes issues de l'immigration, de près ou de loin, tout ça dans la bienveillance, dans l'émotion et dans le vrai. Mon but, mettre en avant certains pays à travers de belles personnes et connaître leur histoire, leur parcours. Alors pour ce premier épisode, on va accueillir Amina, originaire du Tchad. Elle va nous raconter son histoire avec ce beau pays. On va commencer par une présentation rapide. Je te laisse te présenter Amina.
- Speaker #1
Je m'appelle Amina, je suis née au milieu des années 80, pour ne pas dire l'âge.
- Speaker #0
On va rester brève.
- Speaker #1
Voilà, je suis mère de trois enfants. Très bien. Voilà, je suis originaire de Dichade par mes deux parents. Je suis arrivée en France à l'âge de 12 ans.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et du coup, j'ai grandi à Angers. Là où j'ai fait mes études primaires, secondaires.
- Speaker #0
Ok. Donc, tu es née au Tchad. C'était ma question.
- Speaker #1
Je ne suis pas née au Tchad, je suis née au Congo. D'accord. Parce que mes parents, ils ont pas mal voyagé.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et du coup, je suis née pendant leur immigration au Congo. Je suis née au Congo. D'accord. Oui, Congo, Kinshasa.
- Speaker #0
Ok, super. Du coup, tu n'es pas fille unique, tu as plusieurs...
- Speaker #1
Oui, on est six frères. Frères et sœurs, trois filles et trois garçons. OK. C'est une grande famille. Et en fait, dans la fratrie, il y en a trois qui sont nés au Congo et trois autres au Tchad.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Voilà, parce que mes parents, en fait, ils font des allers-retours entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil.
- Speaker #0
OK. Ils restent quand même en contact avec le Congo, en fait.
- Speaker #1
Oui, en Congo, plus maintenant, en fait. Mais dans les temps, oui.
- Speaker #0
D'accord. Enrichissant. Du coup, toi, tu es à quelle place dans la fratrie ?
- Speaker #1
À quelle place dans la fratrie ? Je suis la troisième.
- Speaker #0
Ok, donc c'est les trois premiers qui sont nés au Congo.
- Speaker #1
Voilà. Et les trois autres ? Les trois derniers au Tchad.
- Speaker #0
Ok, super.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ils étaient partis pour un but ?
- Speaker #1
C'est que mon père, en fait, il était diplomate dans un premier temps. Il était au Congo.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et puis après, en fait, c'est plus dans les commerces, tu vois, de pierres précieuses. Parce qu'au Congo, c'est un pays qui est très riche, en fait, en pierres précieuses. Voilà, il s'est converti là-dedans. Et il avait fait une première vie, en fait, au Congo, où il vivait. Et après, il est rentré au Tchad, il a rencontré ma mère. Et quand ils se sont mariés, ils sont partis vivre là-bas.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Super.
- Speaker #0
Parce que j'ai lu l'histoire du Tchad, j'ai vu qu'il y avait une alliance justement entre le Congo, la Côte d'Ivoire et le Tchad pour combattre les colonies françaises. Et tu vois, c'est hyper intéressant. Parce que le Congo, ce n'est pas du côté du Tchad, c'est du côté de l'Ouest. C'est à côté de la Côte d'Ivoire, si je ne me trompe pas.
- Speaker #1
Oui, Côte d'Ivoire, plus vers Centrafrique. Centrafrique,
- Speaker #0
ok. Hyper intéressant. Super. Et du coup, toi, au fond de toi, tu te sens tchadienne ou ?
- Speaker #1
Je me sens tchadienne. Ok. Je me sens tchadienne parce que du coup, ma mère immigrée au Congo, elle est restée toujours tchadienne. Oui, c'est ça. Si bien qu'elle nous parle, elle disait lors d'un de ses voyages au Tchad, ses enfants, ils ne parlaient pas la langue tchadienne. En fait, la langue tchadienne, c'est l'arabe d'abord et ma mère, en fait, il y a plusieurs. peuples, il y a des peuples arabes, il y a d'autres ethnies aussi. Et ma mère, elle est issue de l'ethnie arabe. Et du coup, quand elle est rentrée, ses enfants ne parlaient pas arabe et tout. Elle s'est sentie hyper mal. Et depuis ce jour-là, elle a décidé de nous parler en arabe tout le temps à la maison.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et du coup, à la maison, avec la mère, voilà sa langue et tout. Et à la maison, on parle arabe. Avec ma mère, mes parents, on parle la langue du pays.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et la langue congolaise, oui. Puis moi, j'étais petite, en fait. Du coup, après, en fait, je suis née au Congo. Et puis deux ans après, on est rentrée au Tchad. Donc, en fait...
- Speaker #0
Tu n'as pas le temps de t'habituer. Voilà,
- Speaker #1
je n'ai pas le temps de m'habituer. La culture, je connais, en fait, par des gens, des amis, des proches. Mais, ouais, on est plus... Voilà,
- Speaker #0
ouais. OK. Super. Et du coup, tu es rentrée au Tchad. Vous, les trois premiers ?
- Speaker #1
Voilà. Et puis après, ma mère, elle a eu trois autres enfants. OK. Et puis après, mes parents, en fait, les Ausha issus de la colonie française, c'est qu'en fait, mes grands-parents, moi, ils n'étaient pas au Tchad au moment de l'indépendance du Tchad. OK. Du coup, ils ont décidé de garder la nationalité française. D'accord. Parce qu'avant, le Tchad était en français.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et… C'est comme ça qu'après, mes parents ont décidé de venir vivre en France.
- Speaker #0
Ok, ça marche. C'est riche parce que du coup, on ne se rend pas compte que quand c'est un pays décolonisé, tout le monde a la nationalité du pays. Oui, voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Sauf si on décide au moment de l'indépendance de ne plus l'avoir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et quand on ne vit pas dans le pays, en fait, quand on n'est pas au pays au moment de l'indépendance, on garde la nationalité d'office. D'avant, oui. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
C'est incroyable.
- Speaker #1
Oui. Il faut juste prouver qu'on n'était pas sur place quand il y a eu... C'est comme si on n'a pas décidé nous-mêmes d'émanciper, en fait. Oui, voilà, oui.
- Speaker #0
OK. D'accord. Eh bien, super. Et du coup, au Tchad, vous avez grandi jusqu'à l'âge de 12 ans, tu m'as dit, pour toi. Oui,
- Speaker #1
pour moi.
- Speaker #0
Et du coup, vous avez vécu dans la culture tchadienne. Oui, c'est ça. Donc en vrai, vraiment, tu n'as connu que ça.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que pendant cette période-là, vous retourniez des fois au Congo ou pas du tout ?
- Speaker #1
Non. Depuis, on n'est jamais retourné. Mon père, oui, parce qu'il avait des terres là-bas. Il continuait ses affaires. Mais ma mère, elle n'est pas retournée non plus. Donc, on n'a plus. plus aucun lien avec le Congo si c'est né par des amis. Oui, l'histoire, quelques affaires. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Ok, super. Et du coup, à l'âge de 12 ans, t'es venue en France. Qu'est-ce qui t'a marquée quand t'es venue ? Parce que 12 ans, c'est grand quand même.
- Speaker #1
Ouais, c'est grand. Bah c'est...
- Speaker #0
T'avais déjà fait d'ailleurs des voyages avant 12 ans en France ? En France, non. Non, jamais ? Non,
- Speaker #1
non, c'était la première fois et tout. Et quand je suis arrivée, en plus, moi, je ne suis pas arrivée avec mes parents, en fait, en même temps. Je suis arrivée avec mes deux autres frères et sœurs. Non, les trois derniers. Donc, on était quatre arrivées. Donc, les deux grands étant restés là-bas avec ma mère, étant de venir par les formalités et tout. Donc, je me retrouve, en fait, l'aînée dans tout ça, gérée des autres, sans ma mère.
- Speaker #0
OK, tu étais la maman.
- Speaker #1
Les chocs des cultures, oui, j'étais la maman. Et bien, ce n'est pas facile au début. Oui,
- Speaker #0
c'est sûr. Déjà, tu es déjà au pays et tu prends en charge ta famille. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Ce que je n'avais pas l'habitude de faire là-bas, parce qu'en fait, on vivait bien. En fait, on avait des gens qui s'équipaient des enfants à la maison et tout. Donc là, je me retrouve ici sans aide, sans ces aides. là, sans ma mère pour m'aider parce que je n'avais pas l'habitude de m'occuper comme ça de mes frères et soeurs. Et puis, le climat aussi. Ça, c'est sûr. Il faisait froid. On est arrivés au Malmé, mais pour nous, il fait froid. De l'autre côté, il fait
- Speaker #0
42°C. C'est déjà le plein été pour nous.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Les changements, ça n'a pas été facile au début. La culture, ça climatise. Et puis, à l'époque, on ne voit pas beaucoup de Noir. Le regard des autres. Oui, c'est sûr.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Et tout. Puis après, on s'y fait.
- Speaker #0
Oui, après, c'est venu.
- Speaker #1
Oui, c'est venu. T'as fait ta place. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
OK. Du coup, ta maman, elle est venue combien de temps après ?
- Speaker #1
Un an. Un an quand même ? Oui.
- Speaker #0
OK. Ça fait long ?
- Speaker #1
Oui. Ah oui, oui. Ça paraît très long. Mais en fait, on a l'impression... Ça fait plus que ça, mais quand on compte, oui, ça fait qu'il y a un an.
- Speaker #0
Et pendant cette année, toi, tu es repartie quand même faire des allers-retours ? Non,
- Speaker #1
je suis restée là. Par contre, il y avait mon père avec nous qui est resté là le temps que ma mère arrive. Je n'étais pas toute seule avec... Oui,
- Speaker #0
c'est sûr. Mais la maman, c'est le repère. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Surtout que mon père, il faisait pas mal de voyages. Il n'était pas tout le temps là avec nous. Il était souvent en déplacement. Voilà. Notre maman, c'était notre...
- Speaker #0
Ok. Et pourquoi Angers ?
- Speaker #1
Pourquoi Angers ? Parce qu'on connaissait des personnes, en fait, qui sont issues du Tchad, qui étaient mes parents, qui étaient à Angers, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est souvent le cas. Parce que pour mes grands-parents, c'est pareil. Oui. Je leur ai toujours dit pourquoi Orléans. Donc, il y a une partie paternelle qui sont venues sur Orléans parce qu'on les a appelées pour travailler. Mais mon grand-père a fait plein de boulots, Paris, Nantes, il a fait la côte Brest, etc. Il a fait plein de villes, mais il a fini à Orléans. C'était son dernier job, le plus intéressant, le plus cool. C'est là qu'il a atterri. Mais de l'autre côté, côté maternel, là, mes grands-parents sont venus parce qu'ils avaient déjà un monsieur qui leur a dit, venez, la ville est bien, j'ai un logement pour vous.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
On voit où on connaît de monde, ça permet aussi de se repérer. Au début, dans un pays qu'on ne connaît pas, une ville qu'on ne connaît pas, ce n'est pas facile.
- Speaker #0
Je pense qu'on n'adhérit pas, rarement à part s'il y a des gens aujourd'hui, dans notre quotidien d'aujourd'hui, notre génération, on va dire, les gens qui viennent immigrer en France, je pense qu'ils choisissent des grandes villes, voire la capitale directement, ils ne cherchent pas à comprendre. Ils savent que c'est très cosmopolitan en France. Ils vont retrouver au moins quelqu'un de leur communauté. Surtout Paris, on connaît, il y a des quartiers chinois, des quartiers africains. On sait qu'on va retrouver quelqu'un, on va avoir un repère même si on ne connaît personne.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et puis même en province, maintenant, c'est ça. Même les gens qui arrivent au début à Paris, ils changent de ville parce qu'ils connaissent des personnes.
- Speaker #0
Ils connaissent vraiment de la famille, du coup, ou des amis très proches. Et ils partent ailleurs. C'est fou. Parce que moi, je m'imagine, en fait, parce que moi, je suis née ici. Mais mon père, à lui, il a immigré à 5 ans.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, j'imagine toujours son point de vue à lui. Et c'est toujours un peu... C'est pour ça que je fais aussi ce podcast. C'est pour donner de la parole. Parce que des fois, on ne sait pas. Et puis souvent, les générations de mes grands-parents, moi, j'ai les... Quatre grands-parents qui ont immigré en France. J'ai mon père qui a immigré en France, mais ma mère est née en France. C'est la dernière de sa patrie, elle est née en France. Et du coup, je me dis toujours, c'est quoi le... Qu'est-ce qui se passe en fait ?
- Speaker #1
Parce que souvent ces personnes-là,
- Speaker #0
ils n'en parlent pas souvent. On n'en parle pas. Mon père, c'est assez tabou, mes grands-parents, j'en parle pas, c'est vraiment tabou. Ils font très souvent style d'avoir oublié le passé. Mais peut-être qu'il y a des blessures Quelque chose Bien sûr,
- Speaker #1
je pense qu'il y a des blessures Moi je vois ma mère, les cas de ma mère Qui était au Congo, donc en fait ma mère Elle était mariée très jeune Et du coup elle se retrouve au Congo, elle ne parlait pas la langue Bon après c'est un pays francophone Oui, Chad aussi La première langue, c'est le français et l'arabe. Comme elle a été à l'école, elle parlait et tout. Se faire accueillir, même si c'est des pays d'Afrique, ce n'est pas si facile que ça,
- Speaker #0
en fait. Il peut partir,
- Speaker #1
laisser sa famille dans le temps, c'est encore moins facile. Après, s'il est fait, mais oui, ce n'est pas anodin de partir, en fait.
- Speaker #0
Oui, même dans un pays voisin, on va dire. Parce que je vois beaucoup de gens de ma génération, par exemple, qui aujourd'hui vont immigrer au Portugal. Ils sont comme moi, nés ici, mais ils immigrent au Portugal.
- Speaker #1
Parce qu'ils sont originels de là-bas. C'est ça. C'est différent quand on est originaire de là-bas. Oui,
- Speaker #0
on retourne dans son pays.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça, c'est différent parce qu'on connaît, on sait où on va. Quand on a déjà été en vacances.
- Speaker #0
Mais souvent, ce que j'entends dans les récits, justement sur les réseaux sociaux, on voit plein de personnes qui racontent leur histoire. Et souvent, c'est... Ce pays que je pensais connaître, on ne le connaît pas vraiment. Quand on va y vivre,
- Speaker #1
c'est clair. Ce n'est pas la même réalité.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. On se croit appartenir à ce pays et au final,
- Speaker #1
pas tant que ça. En parlant de ça, même nous, quand on retourne au Tchad et tout, on est considérés comme des étrangers. On se retrouve ici à être considérés comme des étrangers. Et là-bas aussi. Du coup, on est nulle part. Pour nous, c'est chez nous. La France, c'est aussi chez nous. Mais voilà, et quand on est en France, peut-être qu'on se sent plus tchadien que français.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Mais quand on va au Tchad, on nous rappelle qu'on est plus français. On nous rappelle parce qu'au fond, nous, on est toujours... Voilà, c'est ça. Et puis même ici, on nous rappelle parce que finalement, on est intégrés. On a nos enfants, les travails, la vie ici, mais voilà, on va nous rappeler que par demander nos origines, des fois c'est pas méchant en fait, c'est bienveillant, mais par ces petites choses-là, on nous rappelle qu'on vient d'ailleurs.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Ouais, c'est triste. C'est triste parce que, tu vois, moi j'ai aussi ce sentiment-là et pourtant je suis née ici.
- Speaker #1
Oui, bah oui.
- Speaker #0
Et je me dis peut-être que toi c'est deux fois plus. parce que tu es née là-bas. C'est deux fois plus du coup ?
- Speaker #1
Deux fois plus, oui. Oui et non, parce qu'il fit un temps, en fait. Parce que les gens, ils ne savent pas si tu es née là-bas ou tu es née ici. Des fois, ils disent, toi, tu es née ici parce que tu es bien intégrée et tout. Non, je ne suis pas née là-bas. Ils ne connaissent pas l'histoire. Voilà, ça dépend en fait de milliers, de où tu vas, qui tu fréquentes et tout. Et puis, des fois, les gens, c'est pour savoir tout simplement. En fait, ce sont bien, ce n'est pas forcément méchant, mais ça nous rappelle quand même. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et toi, ça te dérange dans certains cas, mais est-ce que parfois tu es fière de le dire ?
- Speaker #1
Ah bah oui, je suis fière. Tu es fière de tes origines ? Je suis fière parce que mes origines, c'est tout en fait pour moi. Même mes enfants qui sont nés ici, qui ont grandi ici, comme toi en fait, avec tes parents, on leur implique ces origines-là, ces valeurs-là et tout. Donc non, pour moi, ce n'est pas du tout un handicap. Au contraire, c'est une richesse.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Je voulais justement te demander si tes enfants, tu les orientais dans les traditions. Oui,
- Speaker #1
dans les traditions et tout. Je ne leur parle pas en langue, dans ma langue maternelle comme fait ma mère. Mais ils comprennent parce que quand on se retrouve en famille et tout, on parle. Donc, ils comprennent. Mais je ne leur parle pas. Je ne leur parle pas déjà parce que moi, je n'ai pas l'habitude. On parle le français à la maison. Oui, c'est bon, tu as intégré le français. Voilà, c'est ça. Mais ouais, sinon ils sont complètement dans la culture, dans le respect, les règles et tout. Et des fois, je leur rappelle que nous, c'est comme ça, on a des valeurs qu'il faut respecter. C'est important. Ouais, c'est important, le respect. Il n'y a pas le père. Oui, il y a beaucoup de choses. Puis on est, oui, on est chadiens, puis on est issus d'une famille musulmane. On a des valeurs religieuses, culturelles, ouais, ouais, qu'on respecte. ça. Même si ça fait un petit moment que j'ai mis en France, j'ai des rechevats là-dessus. Pour moi, c'est important.
- Speaker #0
C'est important, exactement. Est-ce que là, tu dis que tes enfants ne parlent pas ta langue ? Ils le comprennent de par la famille ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Moi, mes enfants non plus. En plus, nous, on est triple culture. Oui, c'est ça. À la maison, il peut y avoir deux langues étrangères différentes en plus du français. C'est déjà compliqué de l'instaurer à la maison par ces critères. Quand je sais qu'on va au Portugal ou en Algérie ou même ne serait-ce que chez nos parents, on entend la langue, les enfants ils entendent.
- Speaker #1
Oui, ils entendent.
- Speaker #0
Mais ils ne parlent pas du tout, ils ne comprennent pas toujours. Après ça fait beaucoup d'informations, là il y en a trois, il y a trois langues. Mais dans tout ça, moi ce que j'ai peur, on ne leur apprend pas la langue, c'est qu'eux derrière, vu qu'eux ne le parleront pas, nos parents vont partir, nous on va partir. Qui va transmettre la langue ? Est-ce que toi, c'est quelque chose que tu as pensé ? Tu as eu peur ? Tu as une peur ? Ou tu n'y as pas du tout pensé ?
- Speaker #1
Je n'y ai pas du tout pensé parce que je me dis là, ils comprennent en fait. Parce que des fois, avec mes sœurs ou même des amis, on parle justement dans la langue tchadienne pour ne pas qu'ils comprennent. Et quand ils sont là, quand ils sont là, ah ben non, j'ai compris ce que tu as dit. Je me dis forcément, ils comprennent. Même les tiens en fait. Même s'il y a trois langues, Ils comprennent. Il y a des mots qui retiennent.
- Speaker #0
Ils comprennent, mais...
- Speaker #1
Après, ils ne vont pas parler comme nos parents ou nos grands-parents. Ça, c'est normal.
- Speaker #0
C'est ça. En fait, ça s'est déjà sauté, par exemple, dans mon cas, une génération, parce que moi, mes parents...
- Speaker #1
Déjà, ils ne parlaient pas à la maison.
- Speaker #0
Ils ne parlaient pas portugais à la maison. Et pourtant, mon père, il est immigré, tu vois. Il est 5 ans. À 5 ans, il est venu et il a tout de suite appris le français, mais il parle parfaitement le portugais.
- Speaker #1
Mais oui.
- Speaker #0
Mais à la maison, avec ma mère, ils ont parlé. Pourtant, ma mère aussi le parle aussi, de par ses parents. Mais entre eux, ils ont parlé français. Ils nous ont parlé français. Du coup, c'est resté comme ça. Et aujourd'hui ?
- Speaker #1
Et toi, tu parles, du coup ?
- Speaker #0
Alors, je parle. Oui. Mais j'ai honte de parler.
- Speaker #1
Oui. Parce que je le parle mal. Je ne le parle pas quotidiennement. C'est comme mon aîné, en fait. Je pense qu'il n'ose pas parler. Parce qu'il a l'impression qu'il se trompe dans les mots et tout. Il a un accent. Oui, voilà, c'est ça. Mais voilà. Après, il ne faut pas avoir honte. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Oui, mais non, je m'en fiche. Je vais là-bas, je me débrouille. Oui, voilà, c'est ça. Il n'y a pas de mal.
- Speaker #1
C'est comme les gens qui apprennent une autre langue.
- Speaker #0
Dans le cas inverse, ceux qui viennent et qui apprennent le français, c'est pareil. C'est pareil. Ils vont faire des fautes. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Et puis après, si on a l'occasion de retourner là-bas et tout, ils vont perfectionner. Oui, c'est ça. Je me dis, en fait, ça ne m'inquiète pas qu'il y ait la langue sépare. Après, le plus important, c'est les valeurs, la culture et tout. Parce que la langue, malheureusement, quand on ne la pratique pas, on finit par la perdre. Si on comprend, si on sait déjà d'où on vient et où on va, c'est le plus important. On ne peut pas leur demander de vivre ici, avec la culture ici, avec la langue française à l'école, partout. D'intégrer forcément cette langue-là. Voilà, ça va se perdre plus ou moins. Et puis, voilà, c'est comme ça. C'est la vie aussi qui fait que... Parce qu'on vit ici.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
On n'est pas là-bas. On ne peut pas tout avoir de là-bas, même si on a beaucoup. Si on aimerait beaucoup plus. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Ce n'est pas évident. Ce n'est pas évident, puisque même, je dis ça, mais... Mon conjoint, chez lui, ils n'ont parlé que l'arabe. Et pour autant, aujourd'hui, ce n'est pas qu'il a honte, mais il sait qu'il a un accent de français.
- Speaker #1
Oui, mais les accents, c'est une richesse aussi. Oui, c'est ça, ça montre. Après, oui, des fois, de par notre accent, on nous rappelle qu'on vient d'ailleurs, mais c'est ça qui fait notre identité, notre richesse et tout. Et une fois qu'on est plus jeune, on peut avoir honte. on peut être gêné, mais quand on est adulte, équilibré dans sa tête, dans sa vie et tout, on se dit finalement, c'est moi en fait. C'est ce qui fait de moi ce que je suis. J'ai un accent bâtonnier, ça veut dire que j'ai maîtrise aussi d'autres langues. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Clairement. Il faut avoir confiance en soi.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Ce n'est pas un handicap.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas un handicap, c'est une richesse. Oui, c'est un parcours différent. Il y a beaucoup de fois. français, ils parlent le quai français et ils n'ont pas, même en France, avant, il y avait des dialectes et tout, qu'ils ont perdu.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Qu'ils ont perdu et tout, que nous, on a cette chance-là en fait de se parler. Moi,
- Speaker #0
quand j'avais une copine en primaire, elle voulait absolument s'inventer des origines et de pouvoir parler une autre langue. Alors qu'elle est française. Et moi, du coup, c'est ce que j'avais dit dans ma présentation, c'est que Merci. J'étais la seule étrangère. Il n'y avait pas d'autres...
- Speaker #1
Entre guillemets.
- Speaker #0
Oui, je n'étais pas étrangère, j'étais française. Bah oui, tu vois, tu me le rappelles. Mais je me sentais étrangère parce que j'avais un nom de famille différent. J'avais un quotidien différent à la maison, des loisirs différents, des vacances différentes. J'avais plein de choses différentes qui me ramenaient à une différence.
- Speaker #1
À ton pays d'origine.
- Speaker #0
C'est ça. Mais ça me ramenait à me dire que j'étais différente de mes copines. Et c'était marrant parce que j'avais une très bonne copine qui voulait absolument avoir un teint plus foncé, d'avoir des origines. C'est fou parce que je me dis, moi je l'avais, pour moi c'était pas un handicap mais c'était une différence. Et pour elle, elle voulait être différente.
- Speaker #1
C'est fou,
- Speaker #0
c'est fou.
- Speaker #1
De part en fait quand on vit en France et tout, on nous renvoie à cette différence là. Mais c'est que de par l'histoire de France, la France, elle n'est pas toute blanche, en fait. Et j'ai l'impression que les gens, même les vrais Français, ils ne connaissent pas la vraie histoire de la France. En fait, ils voient que la France, c'est pas la Bretagne, la Normandie. Voilà, la France, c'est plus vaste que ça. Et ils ont des colonies partout dans le monde et tout. Et de par ces colonies-là, du coup, la France, elle est colorée. À l'image de l'équipe de France, en fait, qu'on voit. Et ces gens-là, ils n'ont pas choisi la France par hasard. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
On n'est pas venus là parce que la porte était ouverte. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Voilà, c'est qu'on a quelque chose aussi à voir avec la France. Ça, il faut que les gens comprennent et qu'ils arrêtent de stigmatiser les gens, entre guillemets.
- Speaker #0
Les étrangers.
- Speaker #1
Les étrangers. Et puis, quand ils passent de mauvaises choses. C'est pas forcément les étrangers en fait. Et quand on parle des aides et tout ça, ils ont l'impression que c'est pour les étrangers. Regarde, toi comme moi, on travaille, on est propriétaire, on a notre vie, on paye les impôts.
- Speaker #0
On a la même vie qu'eux finalement.
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ça. Ou même mieux qu'eux. C'est ça. Sans vouloir me vanter. Mais voilà, qu'on est français, qu'on est comé. Il faut qu'on apprenne à vivre ensemble, qu'on accepte en fait cette histoire, cette partie de la France là qu'on ne veut pas accepter. Et maintenant avec les élections et tout ça, on voit en fait, on voit cette, on le rappelle cette différence sans cesse en fait.
- Speaker #0
Ça ne s'arrête pas.
- Speaker #1
On ne sentait pas. Moi quand je suis arrivée en France, je n'avais pas, je n'entendais pas ce genre de choses, de remarques racistes ou racisées. Quand il y avait des élections, quand c'était Chirac contre Jean-Marie Le Pen, les gens étaient outrés parce que c'est la première fois où le Front National arrive aux portes du pouvoir. Ça choquait tout le monde. Aujourd'hui, ça ne choque personne. Les gens disent leur intention de vote. C'est bien. Mais voilà, dans le respect de l'autre, en fait. Parce que les étrangers, ce n'est pas forcément un poids, ce n'est pas forcément une charge, c'est une richesse. Il faut que tout le monde le voit comme ça, en fait.
- Speaker #0
C'est ça, c'est un beau message. Il faudrait, comme tu dis. Mais je pense que c'est une généralité aussi qu'on nous montre à la télévision et sur les réseaux. Je pense qu'il y a pas mal de personnes qui pensent autrement.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
j'ai espoir.
- Speaker #1
Moi, j'ai espoir aussi. Parce que la France, c'est belle. Il n'y a pas que ces personnes-là. Mais c'est vrai que peut-être avec les réseaux, les médias, certains médias, pas tous, on voit. On voit ça, on voit ça de plus en plus. Et le répète,
- Speaker #0
et le répète, et le répète. Ça rentre dans le cerveau des gens.
- Speaker #1
C'est fatigant d'entendre ça, surtout pour nos enfants qui sont là, qui n'ont pas beaucoup de liens avec leur pays d'origine, leur rappeler sans cesse qu'ils sont d'ailleurs. OK, oui, ils sont d'ailleurs. Voilà, on accepte ça. Nous, on n'est pas du tout complexés par nos origines. Au contraire, c'est une richesse. Mais leur rappeler ça sans... sans cesse, mais dans le côté négatif des choses, c'est pas toujours agréable en fait, parce qu'on contribue à l'économie du pays.
- Speaker #0
Et moi j'ai peur, tu vois, mes enfants en entendant ça, et en étant rejetés par des remarques du racisme au quotidien, parce que ça existe, j'ai peur que du coup ils rejettent.
- Speaker #1
Ah aussi, leur pays, leurs origines. Après, si c'est bien à emmener à la maison et tout, je pense pas. pas qu'ils rejetteront après la génération. Elle a changé aussi, tu vois. Nous, on avait peut-être des bases un peu plus solides que nos enfants. Maintenant, c'est des réseaux.
- Speaker #0
C'est pour ça qu'il faut avoir un bon noyau à la maison. Garder ça.
- Speaker #1
Exactement. Pour justement ne pas laisser se disperser et ne pas prendre ça comme un handicap.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Qu'ils en soient fiers. Qu'ils en soient fiers. Oui,
- Speaker #1
voilà. C'est ça. bien de l'origine. On est tous différents, mais complémentaires.
- Speaker #0
C'est ça. Une question que je ne t'ai pas posée. Est-ce qu'un jour, tu te verrais revivre au Tchad ? Oui. C'est un projet ? Non,
- Speaker #1
ce n'est pas un projet, mais je me dis si jamais ça se présente, oui, pourquoi pas ? Franchement, non. Au contraire, en fait... Peut-être que là-bas, on me rappellera aussi mon côté français. Mais non, au contraire, parce que là-bas, les gens sont plus accueillants. Ce n'est pas la même mentalité qui nous fatigue ici, aujourd'hui. Vivre autre chose et montrer aux enfants autre chose aussi. Une autre réalité de la vie. Ce n'est pas la réalité d'ici où la vie est lisse. On prend beaucoup sur nos épaules pour leur offrir le meilleur, voire une autre réalité.
- Speaker #0
Oui, j'aimerais bien vivre. Après, il faut le moyen. Il faut préparer ça.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et puis,
- Speaker #0
il faut une raison. On ne change pas aussi.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Ce n'est pas sur un coup de tête qu'on peut faire ça.
- Speaker #0
Mais moi, je me vois complètement vivre là-bas.
- Speaker #1
Tu ne te sentirais pas étrangère ?
- Speaker #0
Ah non, Pas du tout.
- Speaker #1
C'est bien.
- Speaker #0
En gardant les liens avec la France. Oui,
- Speaker #1
toujours. Parce qu'on a créé des choses ici.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
On a nos affaires.
- Speaker #0
c'est ça les boules d'envêtement et les enfants ils sont déjà repartis ils sont pas repartis mais j'aimerais bien faire un voyage pas une seule fois ? non mais c'est bien parce qu'ils ont connu ça dans leur esprit parce qu'on vit avec ça du coup ils intègrent je pense que la génération nos parents,
- Speaker #1
nos grands-parents permettent ça aussi oui Merci.
- Speaker #0
Et comme tu dis, là on a de la chance, ils sont encore là. Moi, je ne vais pas à mes grands-parents, mais tu vois, mes parents, c'est déjà un noyau solide. Je me rappelle, quand j'étais avec mon fils aîné et tout, des fois, il me dit, oh là là, si mamie entendait ça et tout, voilà, ça lui rappelle, mamie, c'est la matriarche, c'est les règles et tout. Moi, pour me remettre, pas dans le droit schéma, mais pour me dire, attention, tu dis ça, mais si mamie t'entendait... Voilà,
- Speaker #1
c'est le repère en fait.
- Speaker #0
Mais dans quelques années, j'espère bien que ça va se faire pitié.
- Speaker #1
Il n'y a pas de raison tant que nous, si c'est ce qu'on veut et qu'on le fait. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Et puis les enfants, ils grandissent avec ça.
- Speaker #1
On est leur repère.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Il faut qu'on transmette ces messages-là. Ce n'est pas du tout un handicap, c'est nos origines, c'est ce qu'on est. Il y en a, ça se voit par leur accent, leur courbe. couleur de peau ou autre, mais il y a d'autres personnes où ça ne se voit pas du tout et qui ont des origines et il faut transmettre ça aux enfants, c'est très important, les origines.
- Speaker #1
C'est ça, c'est notre richesse.
- Speaker #0
C'est notre richesse, c'est ce qui fait de nous ce qu'on est.
- Speaker #1
Je vais conclure avec une phrase, c'est la phrase de ma présentation. Parce qu'ici ou ailleurs, nos mondes sont mêlés.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
On va clôturer sur ça. Merci beaucoup Amina.
- Speaker #2
Merci à toi.