- Speaker #0
C'est la question que vous vous êtes tous déjà posée un jour. Un chat peut-il être à l'origine d'un label de pop indépendante ? La réponse, c'est oui. Et ça se passe à Bruxelles, avec la création de Cléo Records, une jolie petite maison de disques où l'on trouve des artistes comme Oberbaum, Villain Tigre ou encore Lemon Felix. Dans ce code musical, chacun a sa chambre et pour le reste de l'histoire, on vous laisse ouvrir la porte de ce nouvel épisode d'Off The Record.
- Speaker #1
Donc, je m'appelle Fanny. Van Amé, de mon nom de famille, avec comme nom d'artiste actuellement Lémon Félix.
- Speaker #2
Lucérie Joasi, et mon projet s'appelle Oberbaum.
- Speaker #0
Tantôt on en a déjà parlé, et tu es l'une des voix de cette émission, que tu rythmes régulièrement sans même le savoir.
- Speaker #2
Je m'entends, si si je le sais, si si je le sais.
- Speaker #0
Alors on est aujourd'hui ensemble pour parler de Cléo Records. Est-ce qu'on pourrait commencer par expliquer ce que c'est ? On a bien compris que c'était une maison de disques et un label.
- Speaker #2
Alors c'est un label, on l'a appelé Concept Label comme un concept store, à savoir plusieurs entités qui se mettent ensemble et on rentre dedans et on se sert en fonction des affinités. Mais en gros c'est un collectif, c'est un label collectif, c'est-à-dire qu'on est toutes des artistes autoproduites qui mettons ensemble nos ressources, nos forces et nos faiblesses pour sortir nos disques, nos singles, faire parfois une com' aussi groupée. Une des grandes qualités du groupe, et tu me dis si je me trompe, mais qui a été un peu une surprise aussi, et qui est celle qui a le plus de succès quand je raconte avec le Record en dehors, c'est que c'est vraiment un groupe de soutien, où on se fait un call régulièrement pour raconter, voilà où j'en suis dans mon projet, voilà ce que j'ai fait, voilà les réponses que j'ai eues, voilà les aspects négatifs, positifs que j'ai vécu. Et en fait, on se sent vraiment moins seul. Et ça, ça n'a pas de prix.
- Speaker #0
Donc c'est quand même un positionnement assez original, parce que ce n'était pas vraiment une coopérative.
- Speaker #2
Non.
- Speaker #0
Oui, c'est un label collectif. Voilà,
- Speaker #2
c'est un collectif en gros, mais on ne fait qu'entre guillemets sortir des disques, on ne fait pas de booking. Et en fait, c'est un collectif en ce sens que chaque artiste reste autoproduite. Pour l'instant, en tout cas, il n'y a pas de ressources financières mises en commun. Mais oui, c'est un groupe de soutien, je dirais. mais par exemple Quand on a besoin d'avoir des contacts ou autres pour la com ou quand on voit par exemple des offres, des tremplins pour un certain territoire ou pour tout ce qui est institutionnel, on se file les tips en fait parce que peut-être qu'il y en a une qui n'aura pas vu passer et voilà on s'encourage mutuellement.
- Speaker #0
C'est une question de mec, une question biaisée on va dire mais je pense que vous ne la posez pas forcément en ces termes, vous allez voir où je veux en venir, il n'y a pas de chef dans ce label. Et ça, c'est une vraie logique de mec où il faut un chef. Ce qui ne marche jamais. Ah, il y a peut-être un chef. Je crois qu'il y a un nouveau chef en ville.
- Speaker #1
En fait, je trouve que pour répondre à cette question, j'irais dans l'historique. C'est à ça que ça me fait penser, Lucie, quand tu racontes.
- Speaker #2
L'élu pour les intimes.
- Speaker #1
En fait, la pièce maîtresse, on va dire, c'est justement Lucie, avec qui je pense on avait toutes... Des discussions en fait en one-to-one depuis toujours sur l'échange, sur les projets, sur les difficultés, sur des demandes de conseils et tout, se donner de la force et il y a un petit peu, donc c'est venu assez naturellement parce qu'en fait il y avait déjà ces connexions un peu partout et c'est quand même ton initiative à la base de dire en fait est-ce qu'on ne mettrait pas tout ça en commun ? Et dans le label, il y a des artistes que je ne connaissais pas spécialement personnellement, mais c'est une alchimie qui a pris, qui est assez jeune encore.
- Speaker #2
Ça ne fait même pas un an.
- Speaker #1
Donc on continue quand même encore à se découvrir et à se rencontrer. On est vraiment au tout début, mais en tout cas tout ce qui est en train de se passer jusqu'ici, c'est vraiment chouette. Le nom a officialisé quelque chose qui existait déjà. Et voilà, en fait, il y a eu vraiment une plus-value aussi, parce qu'on s'est rendu compte, finalement, que ça donnait du poids à nos entités personnelles et en créant une entité commune.
- Speaker #0
C'est vraiment la traduction littérale de l'union fait la force. Oui,
- Speaker #2
c'est vrai.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #2
Quand tu dis que je suis le point de départ, mais ce n'est pas moi qui vais insuffler, enfin, je coordonne pas mal, j'aime bien, je fais les PV de réunion et des choses comme ça, mais... On a tous des hauts et des bas. Moi, je sens bien quand j'ai un peu moins de force, je sens qu'il y en a une qui prend le relais pour « Hey, on serait bien une réunion, da da da » ou par exemple pour remplir des dossiers où je n'ai pas tout fait. Pour l'instant, on touche du bois, mais pour l'instant, il y a à chaque fois quelqu'un qui prend le relais aussi. Oui,
- Speaker #1
ça s'équilibre de manière organique.
- Speaker #0
Si on revient sur la création du label, une toute petite année pour résumer, ça part d'un constat uniquement négatif de En tout seul c'est la merde, à plusieurs c'est mieux ? Ou est-ce qu'il y a aussi un élan positif de j'ai rencontré des belles personnes avec qui je respecte en tant qu'artiste et on va faire un truc ensemble ? Est-ce que c'est un mélange de sentiments à la fois de frustration et d'allégresse ou j'ai juste de la haine ?
- Speaker #2
Non, il y a de l'excitation aussi parce que moi je suis fan de toutes les musiques de mes copines. Et donc, en fait, de m'associer avec elle, j'en suis hyper fière, tu vois.
- Speaker #3
Moi aussi. On se verra peut-être, on se verra peut-être dans des heures d'une fin d'été On ne s'est pas cherché mais on s'est trouvé, on s'est séparé sans Ça va encore Comment faire pour ne pas t'attendre ? Je devrais tourner la page, mais c'est plus fort, plus fort que moi. Comment faire pour ne pas t'attendre ? Je sais, je devrais t'oublier, mais c'est plus fort, plus fort que moi. Tu me manques. Mais c'est peut-être ça, ce que je ne nommerai pas Baigner dans un soleil turquoise Tes beaux yeux clignotent dans... Comment faire pour ne pas t'attendre Je devrais tourner la page Mais c'est plus fort, plus fort que moi Tu me manques Comment faire pour ne pas t'attendre Je sais, je devrais t'oublier Merci. Mais c'est plus fort, plus fort que moi. Comment faire pour ne pas t'attendre ? Mais c'est plus fort, plus fort que moi. Comment faire pour ne pas t'attendre ? Je sais, je devrais t'oublier Tu es un peu la doyenne du groupe,
- Speaker #0
c'est ça qu'il faut comprendre ?
- Speaker #2
Pas du tout, je ne suis pas la doyenne du groupe.
- Speaker #0
La doyenne en termes d'expérience, je veux dire.
- Speaker #2
Non, pas du tout, justement. Écoute, Aurélie Muller, elle a plus de 20-30 ans d'expérience sur la scène de la FWB. Gilles Dequideau, elle existe depuis bien avant la pandémie. Lémoine Félix, c'est né depuis peu, mais tu avais plein de projets avant.
- Speaker #1
Oui, ça fait plus ou moins dix ans que j'ai mis le pied un petit peu dans la scène Fédération Wallonie-Bruxelles, avec un projet qui s'appelait Fanfan, et qui m'a permis de découvrir toute la scène, les possibilités. parfois aussi mais j'ai l'impression que c'est constamment en renouvellement aussi et je pense que en tout cas moi j'ai pas du tout envie d'avoir cette stature de me dire je sais quoi, ok je connais maintenant le move je sais comment il faut faire surtout dans la musique qui est vraiment je trouve en front vraiment en avant-garde c'est un des domaines dans lesquels ça bouge le plus vite je trouve donc en fait Merci. Non, on ne peut jamais dire je sais, etc. Donc, on a des expériences, on a surtout beaucoup de feeling et on a envie de mettre en commun peut-être notre intelligence émotionnelle, etc. qui, en fait, finalement, est une grosse base des choses, je pense, plus que ce qu'on pense. Et voilà, moi, je sais que j'ai besoin de structure, j'ai besoin d'avoir un peu de cadre. et oui Franchement, ça donne de la distance et du recul. On vient de vivre une situation un peu compliquée au niveau pro, genre on a contacté quelqu'un et puis ça ne se passe pas bien ou quoi, on en parle avec les copines et tout d'un coup, on prend une distance incroyable sur le truc, on en rigole. Et ça, ça nous fait gagner du temps. Ça fait vraiment gagner un grand temps de métaboliser la chose, de se dire, tiens, qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que je pourrais faire de mieux ? Et nanana. En fait, tu sais quoi, nous on avance, on verra, il y aura d'office une place pour toi quelque part, on verra, on va la trouver.
- Speaker #0
On parlait tout à l'heure de la création de Cléo, d'où vient le nom ? Qui a trouvé ce nom et pourquoi ?
- Speaker #2
C'est le nom de mon chat, c'est Cléo, c'est elle la boss en fait, c'est elle qui nous dit quoi faire, et donc le logo c'est des petites moustaches.
- Speaker #0
D'accord, oui, donc c'est aussi simple que ça. Oui, oui, voilà. Tu parlais d'entraide à l'instant, il y a donc un effet un peu sas de décompression, j'ai l'impression, en interne, sur éviter la solitude qu'on a en tant qu'artiste indépendant d'être seul face au reste du monde, grosso modo. Est-ce que c'est un aspect méconnu pour le grand public, selon vous, cette traversée du désir qu'on peut avoir dans la composition d'être déjà seul face à son clavier, qui est un instrument qui est quand même assez présent chez Cléo ? Et après, une fois que le disque est sorti, on est encore une fois seul devant l'immensité des musiques générées en IA. Et c'est les médias qui ne foutent rien. Est-ce que pour vous, il y a aussi cet aspect un peu solitude qui est intéressant à médiatiser ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors, en fait, être seul devant son clavier, pour moi, c'est la meilleure partie et c'est le luxe. Et souvent, même dans ma famille proche. Quand je dis, ouais, parfois c'est compliqué de faire avancer un projet et on me dit, ah oui, je comprends, ça doit être dur d'être devant un clavier, devant la page blanche, et t'es là, oh là non, ça c'est vraiment le meilleur moment en fait, c'est la meilleure partie. Ce qui est compliqué, c'est les 90% de ce qu'il faut faire à côté de ça et autour de ça. Et donc c'est plutôt dans tous ces moments-là, je trouve que c'est important de s'entourer. Et en fait, le grand truc pour moi, c'est de dire qu'en fait tout est subjectif. Et c'est comme si parfois on attendait une espèce de validation. Ah oui, c'est bien ce que tu fais, de trucs hyper concrets, alors qu'on est sur un domaine complètement... C'est une rivière, ça coule, ça va dans tous les sens. Et voilà, parfois il y a des... Non, je vais arrêter sur la métaphore de la rivière. Je veux partir sur les poissons, ok. Mais vous voyez l'idée. Donc c'est garder ce flow, cette subjectivité, et se dire que de toute façon...
- Speaker #0
T'es en train de continuer là ?
- Speaker #1
j'allais partir sur les brassards le paddle, les poissons, le kayak je trouve que c'est vraiment le meilleur moment pour passer ton morceau on va l'écouter tout de suite
- Speaker #4
Je suis, je suis doux, qu'elle s'est pendue à mon cou, soir, je n'ai pas le temps de me faire croire. La solitude est sans pareil Rien ne sert de projeter Toutes tes craintes sur moi On ne raconte pas assez Que c'est une chanson Loin de cet épais brouillard Enfin je vois La solitude est sans pareil Prends un café au soleil La solitude est sans pareil On ne raconte pas un fait Que c'est une chance
- Speaker #0
C'était Solitude d'Auberbaum.
- Speaker #2
Voilà, merci Fanny pour la suggestion. Non mais en fait on est dans une ère d'autoproduction, on le sait, il y a plein d'artistes autoproduits. Et je pense aussi que Cléo Record c'était... parce que tu parles de visibiliser cette solitude et en fait... Le fait de poser le nom Cléo Records, j'avais envie de visibiliser tout le travail d'autoproduction qui est pris pour acquis chez tous ces artistes, alors que comme tu disais, c'est 90% du taf. Et donc c'était ok, je vais autoproduire mes trucs, mais ce travail-là, je vais l'appeler Cléo Records. Et puis alors, j'ai dit à mes copines, est-ce que vous voulez aussi appeler ça Cléo Records ? En gros, est-ce que vous voulez faire partie du truc ? Et c'est comme ça que ça s'est fait. Parce que c'est vraiment injuste, surtout dans cette ère aujourd'hui où les artistes sont vraiment vus comme des clampins ou des glandeurs ou quoi, mais c'est tellement de travail, c'est tellement dur émotionnellement, on est tellement dans un... C'est devenu tellement un marché basé sur des chiffres, etc. C'est aussi des débats, des considérations qu'on a pendant nos réunions, c'est de savoir, ok, jouer le jeu des réseaux sociaux par exemple, jusqu'où on va, lesquels on fait, Parce qu'en fait, on a tous un rapport d'amour et haine aux réseaux sociaux. Et voilà jusqu'où nous, personnellement, on met... le curseur. Voilà.
- Speaker #0
On parlait de médiatisation, il se trouve que Villain Tigre, Aurélie Muller, qui est l'un des projets signés, bénéficie là ces derniers jours d'un beau soutien de FIP. Oui. Quel impact ça a d'avoir le soutien d'un média comme FIP, par exemple, pour le label ? Qu'est-ce que ça impacte ?
- Speaker #2
Je ne sais pas trop. Moi, je vois en tout cas les abonnés qui augmentent petit à petit. pour le clin d'oeil, Overboom aussi est passé sur FIP mais pas en tant que vraiment album du mois, c'est vraiment génial après c'est Aurélie qui a aussi fait des démarches pour avoir un promoteur français etc et j'ai pas encore vu d'impact direct sur Clé Records mais j'ai assez confiance dans le fait que petit à petit le nom va s'imposer on reste un petit label indépendant Oui. Et c'est surtout pour son projet à elle que ça va lui ouvrir des portes. J'espère qu'elle va pouvoir aller jouer en France, etc. C'est vraiment un collectif où on se réjouit du succès de chacune.
- Speaker #0
Pour le coup, c'est un très très bel album.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #0
Vraiment très très beau. Alors, j'enchaîne là-dessus. Elle est contre Spotify. Parce qu'au départ, comme tout le monde, je me suis dit que j'allais sur Spotify, puisque j'allais contre Spotify. Elle n'est pas dessus. Et ce qui n'est pas une décision collective. Certaines d'entre vous sont sur Spotify, d'autres pas.
- Speaker #2
C'est vrai qu'en tant que label, on aurait pu prendre une décision collective, mais de nouveau, on est des artistes... Enfin, on veut rester maîtresse de chacune de nos projets.
- Speaker #1
On pourrait le mettre à l'ordre du jour, de la prochaine réunion. Oui,
- Speaker #2
c'est vrai. Vous reviendrez pour nous faire une lecture de la salle de gémir. En fait, c'est vraiment la politique du choix. Je veux dire, elle a le choix d'y aller ou pas.
- Speaker #0
Non, mais je me demandais si c'était quelque chose dont vous discutiez ensemble.
- Speaker #2
Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Et moi, quand je vois les chiffres de Bourboum sur Spotify, je me dis... que ce soit dessus ou pas, je m'en fous. Mais je n'ai pas eu de proactivité politique par rapport à ça. Et franchement, je salue Aurélie qu'il le fasse.
- Speaker #1
Oui, à fond. J'avoue, ce n'est vraiment pas bien, mais c'est un peu de la paresse. C'est tellement devenu le canal de diffusion évident. Mais c'est sûr que ça commence à faire des petites dissonances cognitives internes assez fortes. Donc, on le mettra à l'ordre du jour de la prochaine réunion. C'est vrai.
- Speaker #0
Et puisqu'on parle d'algorithmes, Spotify, qui comme sur d'autres plateformes, génère un nombre grandissant de musiques composées de façon artificielle. Je me rendis sur le concept d'intelligence émotionnelle, que j'aime bien. Est-ce que vous avez l'impression d'œuvrer sur un segment musical qui n'est pas encore totalement ravagé par l'IA, qui est ce qu'on pourrait appeler de la pop émotionnelle ? Je trouve qu'on ne peut pas faire des points communs entre toutes deux musiques qui sont assez différentes. Mais je trouve qu'il y a quand même ce sentiment de douceur pop et de refuser la facilité tout en étant grand public. Il y a un truc qui est très très beau, très évanescent je trouve dans ce que vous faites. Est-ce que c'est un peu ça aussi qui vous unit musicalement ? Il n'y a pas un gros de thrash metal quoi ?
- Speaker #2
Non, on est de la pop indé toute, mais avec des styles quand même un peu différents.
- Speaker #0
Je suis contente que tu relèves ça, parce que je trouve que c'est bien ça l'unité artistique du label, parce qu'en fait on pourrait croire qu'on est toutes différentes, mais je trouve qu'on est toutes pareilles dans notre démarche. On est toutes sincères avec nos influences, nos goûts, etc. Et ça, en fait, c'est la richesse de la pop indé, en gros.
- Speaker #1
Oui, moi j'ai envie de croire aussi, parce que franchement, c'est vrai que l'IA, c'est un peu la folie. Parler de l'IA, parce que c'est vraiment le sujet qu'il y a partout, tout le temps. Mais moi, j'ai envie de croire... Je me dis, qu'est-ce qui reste en fait en dehors de ça ? Il reste de l'émotion, de la chair, du trac, de la peur, etc.
- Speaker #0
Du corps.
- Speaker #1
Du corps, du charnel. Il ne nous reste pas grand-chose.
- Speaker #2
Il reste de l'humain et de la fragilité,
- Speaker #1
c'est quand même pas mal. Et du coup, je pense que... Je rêve en fait que... je sais que c'est pas du tout ça qui se passe pour le moment, mais j'ai envie qu'on revienne à des envies de live et de petites scènes locales où en fait, il y a tellement d'artistes, il y a tellement de propositions musicales que chaque petit territoire a sa petite scène et je rêve que les gens à un moment se disent ok, il faut que j'en prenne soin, comme on va à chercher... ses légumes chez le maraîcher bio du coin, parce qu'on connaît le cousin de l'oncle de machin qui a cultivé. Et d'avoir sa petite scène locale qui transpire pour soi.
- Speaker #3
Un beau dimanche, un bain de manche l'après-midi, je fais la planche et je faim. Cruelle mélodie, un grand voyage Des gribouillages sur un carnet Je tourne la page et je touche Sans en avoir l'air, loin des fleurs Dans le cœur serré, une larve J'ai tout essayé pour les fleurs Dans le cœur serré, une larme J'ai tout essuyé pour t'oublier Une foule immense Dans... Dans le cœur serré, une lame J'ai tout essayé, loin des flammes Dans le cœur serré, une lame J'ai tout essuyé, pour t'oublier Loin des flammes, loin des flammes, loin des flammes Je brûle loin des flammes, loin des flammes Je brûle loin des flammes, loin des flammes
- Speaker #2
Plan de développement du label. Quand je dis plan de développement, c'est volontairement stupide, mais c'est quoi la finalité ? C'est embarquer avec vous d'autres projets ? Vous restez dans une logique de petit collectif, parce qu'on sait tous en fait que passer un nom de personne, c'est un peu la théorie de la pizza de Jeff Bezos, le gros con d'Amazon. Quand on met trop de gens autour d'une table, il faut plus de pizzas, et donc du coup les avis deviennent plus compliqués à partager. Trouver un consensus, c'est relou. Donc c'est quoi la limite en fait, en termes de...
- Speaker #0
On ne sait pas encore. En fait, on a eu des demandes, etc. On n'a pas pris de nouveaux ou nouvelles artistes, parce qu'on se dit qu'il faut d'abord qu'on arrive déjà à fonctionner à cinq. que pour l'instant c'est des décisions collégiales et on verra. Franchement on verra et on nous demande souvent, parce qu'on fait partie du parcours France Découverte maintenant qui a été organisé par OEBM, et on nous demande souvent justement comment on va se structurer, comment on se planifie d'ici un an, cinq ans, et moi je n'ai pas trop la réponse.
- Speaker #1
Dans nos réunions on s'est dit aussi, parce que la question s'est posée évidemment, et on s'est dit on se laisse un an, voire un peu plus, pour un peu poser les bases aussi. Parce qu'on a d'autres projets. Il y a une idée de fanzine aussi que Vilain Tigre, Aurélie va mettre en page, etc. Ça y est, je le dis. Il existe, on va devoir le faire. En fait, on est en train de poser aussi l'identité du label et de découvrir nous-mêmes. Aujourd'hui, on va pouvoir mettre le mot émotionnel, pop émotionnel aussi. C'est un peu trop tôt d'intégrer d'autres personnes, tant que je trouve que l'identité du label est peut-être encore en construction.
- Speaker #2
C'est une de mes dernières questions. Tu parlais de mots émotionnels. Il y en a un autre qu'on pourrait rajouter, vous allez me dire si ça vaut le coup ou pas, qui est sororité, qui est un mot que le monde a découvert il y a 5-6 ans. On ne va pas expliquer ce que c'est, les gens qui ne savent pas qu'ils aillent mourir. Est-ce que ce mot pour vous a un sens ? Et la question qui se cache derrière ça, c'est est-ce que pour vous, Cléo est un label ? Qui a vocation à n'accueillir que des projets féminins par exemple ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
On s'est posé la question aussi.
- Speaker #0
C'est un peu... On a cherché des hommes mais on les a pas trouvés.
- Speaker #1
On a laissé faire foutre.
- Speaker #0
On est des potes, on s'est mis ensemble exactement comme d'autres labels de mecs se mettent ensemble. On n'a pas une inversion. C'est juste qu'organiquement ça se fait comme ça. Et puis c'est cool. En fait ce qu'on s'est rendu compte c'est que ah putain en fait on est que des meufs du coup ça fait vraiment un truc comme ça. Moi, je voudrais rajouter aussi quand même le facteur âge, qui n'est pas non plus neutre. On a toutes entre 30 et 40 ans, et on n'est pas des nouvelles sur la scène, etc. Et en fait, c'est aussi une discussion qu'on a entre nous.
- Speaker #1
La gîme, non. Oui,
- Speaker #0
les gîmes, le jeunisme, quand est-ce qu'on devient obsolète, etc. Et je trouve qu'il y a un truc hyper fort de se dire, en fait, on est encore là, on va encore le faire. Et l'autre jour, Aurélie m'a envoyé une vidéo d'une DJ grand-mère et j'ai adoré. Je trouve ça tellement fort. C'est comme voir des équipes de foot avec des femmes avec des cheveux gris qui jouent au foot. Je trouve ça tellement fort. Oui,
- Speaker #1
c'est hyper cool. Après, le truc dans lequel il ne faut pas tomber, c'est ça. En fait, j'ai l'impression que là, le monde des réseaux sociaux, etc., de la musique, a besoin que les artistes se soient… Ah, ça, c'est l'artiste qui a une troisième oreille sur le front. Ah oui, super. Enfin, tu vois ce que je veux dire ? Il y a un truc, il faut vraiment une identité. Et donc, par exemple, moi, je me dis, en fait, je devrais être... Ah oui, ça, c'est la vieille qui est maman et qui fait encore de la musique. En fait, pour moi, c'est beaucoup plus large que ça. Et je trouve ça horrible d'être brandée comme ça et de devoir être brandée comme ça. Et donc, l'autre fois, j'entendais une émission, même sur la première, où cet artiste féminine qui a percé à 30 ans, mon Dieu, qu'est-ce qu'elle est vieille. C'était compliqué. Elle a vraiment galéré et tout ça. Et j'étais là, mais c'est pas possible, quoi. Enfin, c'est quand même tellement réducteur, en fait, de parler de ça comme quelque chose de négatif. On sait bien que les parcours, c'est hyper compliqué. On a des... En fait, c'est des moments, il y a des petites victoires, puis il y a des défaites, puis des victoires et tout ça. Oui, il y a l'espèce de tremplin, tunnel, et puis il y a des Angèle Estroma, etc. On va plus... Voilà, ça, c'est des trucs de fous, mais sinon... On a tous des petits moments cools, puis des moments moins cools, et d'ailleurs nos réunions on les commence comme ça, genre chacune on passe un espèce de petit tour de table, ça fait très météo de Montessori, mais c'est voilà, deux trucs cools, deux trucs moins cools quoi.
- Speaker #2
Vous parliez d'agisme, je me rappelle d'une interview que j'ai eue avec Ile de Garde, qui est un groupe de jeunes rockeuses, mais pas si jeunes que ça justement, signées chez Bonne Banne, le bel français. et qui me parlait spontanément d'être une femme dans un groupe de rock, même un groupe de musique, parce que c'est la trentaine, et à qui je demandais du coup comment elle se voyait sur les prochaines années. Et elle me disait, on s'en fout, on continuera. Si on a des gosses, les mecs les garderont. Et ce sera très bien comme ça. Est-ce que quelque part, cette phrase en 2026 ou en 2027, ce n'est pas un peu la victoire de se dire que fuck l'âgisme, fuck les gosses, la vie continue en tant que musicienne aussi ?
- Speaker #0
Complètement, mais oui.
- Speaker #1
Je crois qu'il faut... juste le faire. pas trop se poser la question. Enfin,
- Speaker #0
tu vois,
- Speaker #1
à un moment, il faut faire exister les choses en le faisant, quoi. Simplement, je pense à Catherine de Biagio, par exemple, qui a des enfants et qui gère sa carrière super bien, tout en étant maman présente. Et voilà, donc j'ai l'impression qu'il ne faut pas, limite, il n'y a pas besoin de trop théoriser, il faut juste le faire, arranger les choses. De toute façon... Maintenant, par exemple, moi personnellement, ma vie, ce n'est qu'un puzzle d'organisation entre la famille, le boulot, la musique, d'autres projets musicaux aussi. Donc, c'est comme ça. Et puis, tout d'un coup, on fait,
- Speaker #0
oh non, j'ai deux rendez-vous le même moment à deux endroits différents, que faire ?
- Speaker #1
Et voilà, mais c'est comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Et puis, parce qu'on a tous aussi des statuts différents. Il y en a qui sont statuts d'artistes, il y en a qui travaillent temps plein ou temps parcelle, etc. Avec ou sans famille. Et moi, il y a un truc que je me suis dit dernièrement aussi, c'est de remettre les choses en perspective. C'est de ne pas se dire tous les X ans, tous les X années, je fais un album ou quoi. En fait, c'est d'avancer à rythme humain. Et justement, le fait de se dire, comme Hildegard disait, on s'en fout. En fait, j'ai tout le temps, je ne dois pas. Je viens de sortir un album en septembre. Je ne dois pas en faire un dans deux ans. En fait, si je le fais dans quelques années, on s'en fout. Et limite, ce sera encore d'autant plus fort. Enfin, je n'en sais rien. On n'a pas la chance. Voilà.
- Speaker #2
L'émission s'appelle, comme tu pourrais nous le dire,
- Speaker #0
Off the Record.
- Speaker #2
Superbe TH. Et donc du coup, littéralement, ça veut dire, c'est la question rituelle, une confession sur l'oreiller. Y a-t-il quelque chose que vous ne riez jamais dit à personne sur Cléo ou sur vos carrières musicales ? Personnellement, ça ne m'intéresse pas, mais quelque chose qu'on veut de marrant ou d'étonnant ou même de dramatique que les gens ne savent pas sur Cléo. J'en ai deux.
- Speaker #1
T'en veux deux ?
- Speaker #2
J'en mange pas en tout.
- Speaker #0
Vas-y, parce qu'il y en a un qui me vient.
- Speaker #1
Mais alors ? Ça, c'est une anecdote personnelle que quand même, en fait, pas mal de monde autour de moi connaissent finalement. Mais donc, je suis d'accord de la partager, pas en image, mais je vous laisse faire l'image tout seul, comme des grands. Un jour, à Forêt Nationale, je suis tombée sur la scène.
- Speaker #0
Ah oui, j'ai même vu le gif.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #2
Il y a un gif.
- Speaker #1
Il y a carrément un gif, mais voilà. Et donc, voilà, c'était la première partie de Peggy. à Forêt Nationale avec Fanfan et je me suis pris un retour. Je suis tombée par terre et j'ai du coup expérimenté l'élasticité du temps. Le truc où vraiment, quand je vois l'image, ça a vraiment pris une seconde et je me suis relevé. Et moi, j'aurais pu écrire un roman sur tout le moment où je dis « Ah non, je tombe, je suis en train de tomber, c'est pas possible » . Mais les gens sont sur leur téléphone, c'est pas grave. Il n'y a pas 5 000 personnes qui sont en train de regarder la scène. Non, pas du tout. Et puis, je vais me relever. Est-ce que je rentre chez moi tout de suite ou est-ce que je reste et j'assume ? Tu vois, vraiment, toute cette discussion.
- Speaker #2
Et donc, ça s'est fini comment ? Tu as enchaîné comment ? Parce que c'est un peu comme une fausse note. Ce qui compte, c'est l'instant d'après.
- Speaker #1
Oui, voilà. En fait, show must go on. Et surtout, ça m'a donné une force incroyable. Je me suis dit, il ne peut plus rien m'arriver de pire. Super, anecdote ! Il n'y a pas de personne qui a le trac au début, tu fais un truc comme ça et puis voilà. Un petit symptôme du monde dans lequel on vit, j'ai commandé des vinyles. Et en fait, ça c'est le truc de toutes les vies là, tu vois, qui se télescope. J'ai eu... Deux appels d'un numéro allemand et je me suis dit, bon ça c'est du phishing, on va pas m'avoir ici, on va pas m'arnaquer ici, hop, y'en a marre, moi je décroche pas. Et puis, un jour plus tard, j'ai un message de The Girls Factory qui me dit, y'avait le livreur avec tous vos disques devant chez vous et vous n'avez pas répondu au téléphone, est-ce bien votre bon numéro ? Et donc, ils sont repartis en Allemagne.
- Speaker #2
Et donc c'était tes disques à toi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je ne savais pas Fanny !
- Speaker #1
Mais oui voilà, tu la prends maintenant.
- Speaker #2
Ils sont revenus depuis quand même !
- Speaker #1
Non, là ils sont en train de repartir et puis j'espère... Là je vais décrocher tous les numéros. Arnaquez-moi s'il vous plaît !
- Speaker #0
Tu vas devoir payer une livraison non ?
- Speaker #1
Je suis en déni là-dessus, j'ai pas encore réfléchi à tout.
- Speaker #2
Merci à vous deux pour ce beau moment ensemble, un petit mot à rajouter peut-être ?
- Speaker #0
Oui, on va vous dire, comme les artistes Cléorécor sont les 5 pour le moment. Belle Initiative, le projet de Julie Massera qui a sorti son premier EP à l'automne dernier dans les flammes et on peut acheter les vinyles, tous les vinyles sont sur Bandcamp. Judith Kiddo qui va sortir son album prochain, son deuxième album à l'automne.
- Speaker #1
Lemon Felix
- Speaker #0
Ça, tu peux dire ton propre acte.
- Speaker #1
Alors, un album aussi qui est prêt, avec des vinyles qui vont bientôt revenir. Et l'idée, c'est de sortir ça à l'automne aussi.
- Speaker #0
Et puis,
- Speaker #1
Oberbaum.
- Speaker #0
Oberbaum, aka Lucie Réjouazie, qui a sorti son deuxième album en septembre dernier.
- Speaker #1
Et Vilain Tigre.
- Speaker #0
Aurélie Muller, qui a sorti son album, le film imaginaire d'Aurélie Muller. Nous avons la bande originale du film imaginaire d'Aurélie Muller.
- Speaker #2
On va refaire la dernière.
- Speaker #1
Et Vilain Tigre.
- Speaker #0
Vilain Tigre a cas Aurélie Muller qui a sorti son album début mai qui s'appelle la bande originale du film imaginaire d'Aurélie Muller. Donc en gros c'est une BO pour un film et c'est vous qui vous faites le film dans votre tête. Album FIP du mois. Comme je disais, tous les vinyles sont disponibles sur les bandcams respectifs des artistes.
- Speaker #2
Merci à vous et longuement à Cléo.
- Speaker #1
Merci.