Speaker #0Mon enfance a été un cauchemar, mais un cauchemar à un point où à plusieurs reprises j'avais juste envie de mourir. Je m'étais dit que le suicide, partir, était peut-être finalement la seule solution. Et ça m'a pris 40 années, ça m'a pris 40 années pour comprendre que toute cette souffrance... que j'ai vécu avec mes parents et surtout avec ma mère, qui pour moi était l'équivalent d'un viol psychologique qui se perpétuait et se renouvelait tous les jours, sans cesse. Et ça pendant des années, pendant presque une dizaine, une quinzaine d'années. Tous les jours. C'était un calvaire sans cesse. Et ça m'a pris 40 ans. Pour comprendre... que toute cette souffrance, que tout ce cauchemar était en fin de compte un cadeau. Alors certes un cadeau extrêmement mal emballé depuis la perspective que j'avais, depuis le point de vue que j'avais en regardant cette expérience de vie là, avec ce regard très limité jusqu'à présent, mais cette enfance cauchemardesque s'est avérée être le chemin vers ma plus grande libération intérieure. Mes parents se sont rencontrés, et je pense que c'était deux personnes assez simples. Ma mère était très belle, elle était magnifique. Pour moi, c'était Brigitte Bardot, à l'époque où elle était sensationnellement magnifique. Et mon père, je pense qu'il avait un peu mon look. Il était un peu dans mon genre physiquement quand il était jeune, très fin, assez élancé, et mes parents étaient un beau couple. Et mon père, qui a continué dans l'entreprise familiale de mes grands-parents, a fait exploser la société, mais exploser dans le sens où ils ont gagné beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent. Manque de bol, c'était une société d'alcool. de boisson, de restauration. Et mes parents ont commencé à boire, ma mère a commencé à boire. Le couple s'est fissuré, mon père s'est éloigné, ma mère en a souffert. Et ma mère s'est lancée dans une procédure de divorce qui aura duré, je pense, presque 15 années. Bah elle en est morte. Mais sa procédure de divorce a duré, je crois, 15 années. Elle a changé 5 fois de juge, 6 fois d'avocat. Parce qu'aucun n'arrivait à gérer le dossier tellement il était compliqué, tellement il y avait d'affaires à traiter. Elle dormait pas la nuit. Enfin, elle picolait la nuit pour oublier sa souffrance. Elle criait toutes les nuits, elle dansait en bas dans la maison. Et moi j'étais tout petit, j'arrivais pas à dormir. Je l'entendais hurler. Toutes les nuits. Enfin pas toutes les nuits, mais ça arrivait au moins une fois par semaine. Quand je rentrais de l'école... La première chose que je faisais, je me souviens, c'était devant la porte de la maison, je collais mon nez contre la porte et j'arrivais à sentir si ça sentait l'alcool dans la maison. Et direct, je savais si j'allais passer une nuit qui allait être horrible ou bien si ça allait être normal. Mais ça a été un cauchemar. Ma mère a vécu ce divorce comme une tragédie colossale. Et j'ai été prisonnier et témoin de son malheur pendant toutes ces années. Et ça a été un cauchemar. À un point où je pense que ma sexualité a changé à un moment donné. Tellement mon identité a pris un coup violent en fait. Et le jour où ma mère est morte, je m'en souviendrai toujours, c'était à l'hôpital de Strasbourg. Elle est morte, et je me souviens... Donc j'étais avec elle la nuit à l'hôpital quand elle est partie. Les infirmières m'ont réveillé et m'ont dit Olivier, ta maman est partie. Bref, ils l'ont nettoyée, ils l'ont lavée et tout. Et... Et moi j'ai quitté l'hôpital, et je me souviens, quand je suis arrivé sur le parking de l'hôpital civil de Strasbourg, pour aller chercher la voiture de ma mère et rentrer à la maison, j'étais sur le parking et il commençait à neiger, les flocons de neige tombaient du ciel, et je m'en souviendrai toujours, je me suis dit
Speaker #0Parce que quand elle se sentait trahie, cette trahison, elle la vomissait émotionnellement. Et moi, j'étais tout petit. Moi, je l'avalais, en fait, cette misère-là. Et donc, dans ce courrier-là, j'ai mentionné toutes les personnes. Elle y compris. Et tout d'un coup, j'ai eu une espèce de révélation. Mais je me suis dit, mais en fait, maman, si tu m'avais pas brisé de l'intérieur. mais brisé en mille morceaux, si tu ne m'avais pas complètement déconstruit, si ce monde extérieur ne t'avait pas rejeté comme il l'a fait, si ce monde extérieur, nos amis, notre famille, l'abondance financière de papa, si tout ça ne nous avait pas rejeté à tel point, à ce point-là, Mais moi, Olivier, jamais je ne me serais tourné vers l'intérieur. Jamais je ne me serais tourné vers mon monde intérieur. Le monde extérieur m'a rejeté pour que le monde intérieur puisse m'ouvrir ses bras. Pour moi, au jour d'aujourd'hui, c'est l'univers lui-même, c'est Dieu lui-même. C'est la vie elle-même qui m'a ouvert ses bras, sous sa dimension la plus puissante et la plus pure, grâce à cette expérience de vie. Jamais je ne me serais tourné vers ce monde intérieur avec une telle volonté, une telle force, une telle puissance, si cette enfance n'avait pas été aussi cauchemardesque. Excluante, si je n'avais pas été à ce point exclu de la vie dans mon enfance, jamais je ne me serais tourné vers ce monde intérieur. Combien de fois m'a-t-on dit, mais Olivier, mais comment as-tu fait pour vivre en Inde aussi longtemps, dans un endroit qui est aussi reculé, un endroit qui n'avait jamais vu de blanc de leur vie, la plus grande ville du village où moi j'habitais était à plus de 600 km, Hyderabad. Comment t'as fait pour rester là-bas ? Et je dis toujours, mais je peux pas l'expliquer comment j'ai fait. L'envie était là, c'était tellement facile. L'envie était là. L'envie en moi était tellement puissante de rencontrer ces mystiques, de vivre avec eux, de comprendre le mystère de la vie et de les percer, mais pas intellectuellement, en termes d'expérience. Et cette envie était tellement puissante que je pouvais pas m'en passer que d'être là-bas. Je serais mort physiquement pour ça. Et à combien de reprises je pensais que j'allais mourir. Parce que j'ai fait des treks dans le Népal qui étaient complètement dingues, j'ai traversé des villages, des stations de train, des gares ferroviaires. mais qui aurait pu être dangereux, mais à un point pour le commun des mortels. Combien de fois je me suis dit, ça y est, je suis prêt. Ce soir, cette nuit, maintenant, je suis prêt, je pense qu'il va se passer un truc et je vais mourir. Et à chaque fois, le chemin a continué, jusqu'au jour, et c'est une aventure assez folle comme on s'est arrivé, mais jusqu'au jour où je suis arrivé dans le monastère de ce mystique avec qui je suis resté plusieurs années. Et ça a été une épopée pour arriver dans cet endroit-là, une épopée. J'ai dû prendre mais je sais pas combien de trains, combien de bus, combien de rickshaws, dormir dans des gares ferroviaires, la nuit parce que les connexions étaient ratées, prendre d'autres bus. Et tout d'un coup je suis arrivé dans ce village, et je me souviens je sors du bus. Les gens m'ont regardé, mais comme si une navette spatiale avait atterri au milieu de leur village, et tout le monde me regardait. Je me souviens encore de ce sac de bananes énorme en sortant du bus. Et ils savaient que j'allais au monastère. Ils le savaient, ils se sont dit un blanc qui est ici ça peut... S'il est ici, c'est que pour aller là-bas. Et donc ils m'ont regardé, personne ne parlait anglais. Et du doigt, ils m'ont montré, va là-bas. J'ai pris mon sac, je suis sorti du bus. Je suis arrivé dans ce monastère, c'était un grand ashram. Enfin, c'est un grand ashram. Tout le monde travaillait dans les champs, des champs à perte de vue. Et tout le monde était... Tu sais, c'est un peu comme si tu travailles dans des champs de blé. Les gens, tu les vois pas parce qu'ils sont à même le sol. Mais là, c'est pareil, mais avec les champs de lentilles, avec les rizières. Et quand je suis arrivé, j'ai vu les têtes qui sont sorties, ils m'ont regardé. Et au bout de quelques heures, je me souviens, j'ai dit Mais c'est marrant, vous avez pas l'air d'être surpris par ma visite ici. Ils m'ont dit que c'était la première fois qu'on reçoit un blanc. Jamais. Jamais personne d'autre avant toi n'est venu. Mais ils ont dit par contre que le mystique, le maître de l'ashram, nous a dit il y a trois mois qu'un blanc allait venir et qu'il allait rester vivre avec nous. C'est pour ça qu'on n'est pas surpris que tu sois là. Et tout ça, toutes ces expériences de vie, mais des expériences comme ça, je peux en raconter des dizaines et des dizaines et des dizaines. Tout ça ne serait jamais arrivé. Si je n'avais pas vécu ce cauchemar avec ma mère. Un cauchemar mais... Il n'en est plus un aujourd'hui. Et au jour d'aujourd'hui, ce que je me dis, c'est Maman, mais merci. Merci d'avoir sacrifié ta vie pour moi. Parce qu'en fait, j'ai l'impression que tous les deux, avant ta naissance à toi et avant ma naissance à moi, c'est comme si on avait fait un pacte pour que toi, tu sacrifies le bonheur de ta vie. Et que grâce à ce malheur que tu allais vivre, j'allais le vivre moi aussi. Ce malheur t'a tué, toi. Mais moi, il m'a ouvert les portes de l'infini. Ces maîtres-là, ces grandes guérisseuses-là, se sont présentées sur mon chemin. Grâce à cette envie intérieure colossale que j'ai de vouloir percer ce secret de la vie. C'est grâce à toi. Tu as sacrifié une vie de bonheur au détriment d'un malheur que tu m'as transmis, malheur sans lequel jamais je ne serais tombé sur ce chemin-là. En tout cas, ce chemin, c'est le mien. Et la gratitude que j'ai aujourd'hui à l'égard de cette enfance cauchemardesque, la gratitude que j'ai, elle est colossale. Elle est vraiment colossale. Et au bout de quelques années, dans le monastère du silence en Inde, les guérisseuses m'ont dit, Olivier, ça suffit maintenant. On veut que tu partes. Et j'ai dit, mais moi, je pense que je vais mourir là-bas, je suis heureux ici. Et elles sont venues me voir en Inde. Je ne sais pas si vous imaginez des Indonésiennes venir en Inde. Il y en a une qui est venue, et elle est venue voir le maître. Et du jour au lendemain... Le message qui m'a été donné, c'est la raison pour laquelle tu es venu est terminée. Tu dois continuer ton chemin dans la vie extérieure. Et j'ai dit, mais c'est une blague. Tous ceux qui sont ici, ils sont en train de méditer dans des caves. Ils méditent 24 heures sur 24. Moi, c'est ça que je veux faire. Ils m'ont dit, oui, ça, c'est leur chemin. Mais toi, la raison pour laquelle tu es venu, elle est terminée. Maintenant, tu retournes dans le monde normal. Et la vie que tu as ici... intérieurement, tu la continues à l'extérieur. Et c'est dans ce monde-là que tu vas atteindre cet objectif que tu es venu chercher ici. Et confiance. Et juste confiance. Tout ce qui arrive est juste. Tout ce qui arrive est parfait. Et tout ce qui arrive est bien. Voilà. C'est terminé pour aujourd'hui. Je te remercie pour ton écoute et je t'envoie plein d'amour. A bientôt.