- Stéphanie Vincendeau
Aujourd'hui, nous allons plonger dans un genre littéraire qui divise autant qu'il passionne, la dark romance. Apparu dans les années 2010 aux Etats-Unis, il est d'abord inspiré par la dark romance érotique et la littérature gothique. C'est près de dix ans plus tard qu'il arrive en France, notamment grâce à la saga captive de Sarah Rivens. Il s'impose alors comme l'un des genres les plus explosifs de la littérature sentimentale. Adoré par ses lectrices, ce genre est par ailleurs souvent accusé par ses détracteurs de glorifier les relations toxiques, La violence et les figures masculines problématiques. Mais que trouve-t-on véritablement dans ces romans ? Pourquoi divisent-ils autant ? Et que disent-ils de nos rapports au désir, au pouvoir et aux normes sociales ? Dans cet épisode, nous allons explorer l'univers de la dark romance et peut-être comprendre pourquoi ce genre littéraire est devenu un véritable phénomène culturel.
- Alix Putavy
Bonjour à toutes et tous. Vous écoutez On vous livre, le podcast d'Editez-nous qui explore les mondes de l'édition et de l'écriture. Nous sommes Stéphanie et Alix, bienvenue dans ce nouvel épisode.
- Stéphanie Vincendeau
Pour nous accompagner dans cette exploration, nous avons la chance de recevoir aujourd'hui Fleur Hopkins-Loféron, autrice notamment de Dark romance, le guide amoureux. Fleur, bienvenue.
- Fleur Hopkins-Loféron
Bonjour.
- Stéphanie Vincendeau
Et un grand merci à vous d'avoir accepté cette invitation, puisque on vous disait en vous accueillant ce matin, on avait très envie de faire... un épisode sur le genre et c'est possible grâce à vous. Donc merci infiniment d'être parmi nous ce matin.
- Alix Putavy
Peut-être pour nos auditeurs qui nous écoutent, auditeurs et auditrices, vous pouvez commencer par vous présenter, dire quelques mots sur vous et justement sur ce livre.
- Fleur Hopkins-Loféron
Oui, bien sûr. Moi, je suis chercheuse indépendante, j'ai fait une thèse, j'ai fait un post-doctorat et maintenant je suis essayiste et j'écris dans la presse culturelle. Et mes champs de spécialité, ce sont les marges culturelles. Donc tous les sujets... mal aimés, déconsidérés, mis très loin de la culture des élites parce que mal regardés par les gens bien pensants. Ce sont des sujets qui, moi, me passionnent parce que je pense qu'ils racontent beaucoup sur notre histoire socioculturelle. Je pense qu'on a tout intérêt à se pencher dessus, à les revaloriser et à essayer de mieux les comprendre. Que ce soit l'horreur, la science-fiction ou la dark romance, moi, j'en ai fait certaines de mes marottes. C'est aussi le cas avec la Dark romance. Petite confidence, moi, je ne suis pas, à l'origine, une lectrice dark romance. pas du tout et je dirais même que j'avais quelques a priori contre le genre moi j'ai grandi avec mon arrière-grand-mère qui lisait nous deux, des romans photo dans lesquels on avait un homme et une femme enlacés devant un soleil couchant elle regardait les feux de l'amour et elle lisait surtout les romans harlequins et je pense que de fait j'avais beaucoup d'a priori, je la voyais comme une vieille femme esselée je pense, qui voilà comblait un manque affectif avec ces romans que je considérais mal écrits et stupides et voyais comme quoi j'étais mon propre chemin pour en fait découvrir que la dark romance n'était pas du tout Merci. Un genre ni mal écrit, ni machiste, ni patriarcal. Au contraire, j'ai découvert à l'occasion de ce travail-là un genre qui m'a étonnée et même qui m'a fait prendre du plaisir de lecture, il faut bien l'avouer.
- Alix Putavy
Et puis de toute façon, on y reviendra, mais il y a de tout dans tous les genres.
- Fleur Hopkins-Loféron
Absolument.
- Alix Putavy
Dans les genres qui sont considérés comme les genres dédites, la blanche, ce genre de choses.
- Fleur Hopkins-Loféron
Tout à fait.
- Alix Putavy
Il y a des choses vraiment pas très bien. Alors après, c'est subjectif, etc. Mais il y a des choses qui peuvent être considérées comme pas très bien et d'autres qui sont... excellentes et puis dans la littérature de genre il y a des choses qui sont pas très bien et d'autres qui sont excellentes il n'y a pas d'uniformisation dans les genres que maintenant en tant que chercheuse spécialiste dans les marges culturelles je n'irais même plus utiliser ce critère discriminant du bien,
- Fleur Hopkins-Loféron
du pas bien, de la qualité, pas de la qualité c'est très subjectif c'est toujours faire jouer la curiosité la curiosité vers ce qu'on ne connait pas mais en tant qu'enfant c'était logique j'arrivais tous les week-ends chez ma mamie qui regardait les Feux de l'amour et je me disais mais qu'est-ce que c'est que ça, je ne comprenais même pas les épisodes en plus les uns après les autres, l'intrigue était Merci. complètement détricotée. Donc voilà, j'ai eu un jugement à la hâtive.
- Alix Putavy
C'est très générationnel aussi, parce que ma grand-mère regardait aussi Les Feux de l'Amour, donc je perçois ce que vous deviez percevoir.
- Stéphanie Vincendeau
Oui, et puis même sur la dark romance, c'est quelque chose qui dure depuis très longtemps. Moi, c'est pareil. Quand j'étais plus jeune, il était hors de question de lire ce genre de littérature, que j'ai par ailleurs découvert très jeune, en fait, tout à fait fortuitement. Et j'étais beaucoup trop jeune pour lire ça, mais comme je dévorais tous les livres qui me passaient à la faveur de balades avec ma grand-mère, justement dans des rayons de supermarché, mais il y a très très très longtemps, il y avait des tourniquets avec des harlequins. Et donc du coup, j'étais là... Qu'est-ce que c'est ? Et donc voilà, j'avais commencé à les lire dans les rayons, etc. Et je m'étais fait, je me souviens, bien réprimandée parce que j'étais beaucoup trop jeune pour lire ce genre de choses. Bon bref, petit aparté. Voilà, mais après, effectivement, c'était très ostracisé. Il n'était pas question de lire ça. Ce n'était pas de la littérature, en fait. Donc c'est pareil, en vieillissant, j'ai pu le découvrir autrement et me faire ma propre idée. Et du coup, justement, qu'est-ce qui vous a donné spécifiquement envie d'écrire sur ce sous-genre, sur la dark romance ? Et à quel moment, en fait, qu'elle a été un peu le déclencheur ?
- Fleur Hopkins-Loféron
Le déclic. Ça a été le fait de voir de très nombreux articles à charge. Et en fait, moi, ça a attisé ma curiosité au sens où je me suis dit, c'est curieux, moi, j'en ai jamais lu. Moi, j'aime la littérature ténébreuse, torturée, horrifique, d'épouvante, étrange. Et je me demandais, en fait, ce que cachait ce terme de dark romance qu'il faut bien le dire et tout de même très séduisant, la dark romance sombre, qu'est-ce que ça cache ? et surtout, voir autant d'hommes, généralement blancs, de plus de 60 ans, s'exprimer sur un genre qui, a priori, ne les concerne pas, j'ai eu envie de comprendre. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée à en lire 2, 3, 4. Il n'était pas du tout question, à l'origine, d'écrire dessus. C'était vraiment ma propre curiosité, puisque moi, je lis énormément, j'écoute aussi beaucoup d'audiobooks, et je milite aussi pour le fait de considérer que l'audiobook, c'est une lecture comme une autre, ça participe de l'inclusivité de la lecture, parce qu'on entend beaucoup de bêtises sur le fait que les audiobooks ne seraient pas de la lecture ou pas de la lecture légitime, bref. Et donc, je me suis un peu retrouvée, par hasard, à lire de la Dark romance, à aimer certains titres, à en aimer moins, et surtout à continuer d'entendre cette espèce de bruit de fond, de « Oh là là, c'est terrible, une littérature toxique qui dark romance la violence, qui pervertit les jeunes filles. » Et plus j'en lisais, et plus je me disais « Fichtre, il faut que j'écrive dessus. Il faut que je dise quelque chose. » Et il s'agissait de s'impliquer aussi, je pense, politiquement et de manière militante, parce que j'ai toujours... Moi, considérer que les objets sur lesquels je travaillais étaient bien plus que des objets de recherche. C'était une manière de les valoriser, d'avoir un propos, une discussion, un dialogue autour de ces objets souvent mal aimés. Et avec la Dark romance, ça s'est imposé, je ne dirais pas comme une vocation religieuse, mais vous voyez bien, il y a quelque chose qui s'est imposé à moi. Parce que surtout, beaucoup de lectrices ne sont ni guère écoutées, ni guère représentées dans ces fameuses interviews et ces papiers sulfureux sur la Dark romance. Et je me suis dit, écoutez, il est temps de... d'aller leur parler, de comprendre ce qu'il en est, et moi de continuer à en lire une brouette pour faire un état des lieux qui dépasse simplement Captive de Sarah Ravens, puisque c'était aussi ça le problème selon moi, c'est que nombre de ces journalistes sautaient sur l'occasion effectivement de faire un papier un peu sulfureux qui capitalise sur le fait que ce genre inquiétait beaucoup les parents notamment et puis les adultes en général, et en fait ils ne lisaient que Captive, et quand ils lisaient Captive, ils ne lisaient guère qu'une scène, celle de la main placée sur un objet chaud pour punir l'héroïne. Donc, il y avait une vision extrêmement déformée. Vous voyez, ce serait comme résumé la poésie à Ronsard, le film d'horreur à Guillermo del Toro ou que sais-je. C'était une vision tronquée et donc très, très cliché et très pauvre, en fait. Et voilà, je me suis dit, j'ai envie d'écrire dessus. Et c'est comme ça que je me suis lancée dans une écoute très chronophage. J'ai dû en écouter et en lire entre 300 et 400. J'ai un peu perdu le fil au bout du temps. Mais je vous en parlerai plein de coups de cœur, plein de belles rencontres avec des textes, avec des plumes. de la fascination aussi pour le milieu de l'auto-édition. Enfin, tout ça, on en reparlera. Mais sur le plan sociologique, ça dépasse en fait le scope du roman. Il y a des choses passionnantes qui se passent en termes de communauté de lectrices, d'écriture. Comme tout objet culturel. Tout à fait.
- Alix Putavy
Ça dépasse ce que c'est initialement pour raconter une époque, pour raconter des besoins, pour raconter une société. Et en fait, est-ce que vous aviez des objectifs précis avec ce texte, justement avec le livre que vous avez écrit sur la dark romance ? Est-ce que c'était justement faire un état des lieux ? pour montrer qu'il y a plus que ce qu'on connaît ? Est-ce que c'était donner la parole aux lectrices ? Est-ce que vous aviez aussi un public cible pour ce livre ? Est-ce que c'est destiné aux lecteurs et lectrices de dark romance ? Ou est-ce que c'est aussi destiné à toutes celles et ceux qui en parlent sans potentiellement savoir, qui veulent découvrir ?
- Fleur Hopkins-Loféron
Je dirais qu'il y a eu plusieurs étapes de prise de conscience un peu de ce cheminement d'écriture. Tout d'abord, c'était un guide. Il ne s'appelait même pas guide amoureux. Ce qui dit aussi quelque chose de la démarche, c'était plutôt un guide. ce qu'on appellerait pompeusement en recherche, un état de l'art, un état des lieux sur les connaissances. C'était censé être un état à l'instant T de ce qu'on sait de la Dark romance, de ce qu'on peut comprendre. Et ça allait se présenter plutôt comme un essai sérieux. Et c'est vrai que plus je travaillais dessus, plus je me suis dit non, non, non, il faut que je m'inclue, que vraiment ça devienne un geste politique. Ce qui normalement n'est pas le cas en tant que chercheur. Un chercheur, on garde une distance lointaine avec notre objet, ce qui n'empêche pas d'être passionné par ce qu'on fait. Et c'est vrai que là, ça a été pour moi un questionnement très intéressant parce que réflexif sur... Est-ce qu'il n'est pas temps justement de prendre ce risque, évidemment je mets des pincettes, mais de s'impliquer et d'oser défendre un genre plus que de faire simplement un état des lieux ? Et ça on en reparlera, c'est vrai que j'ai eu parfois des critiques négatives portant sur le fait que je défends le genre, mais oui je n'ai pas peur de dire que je... Je défends le genre parce que j'ai fait ce travail de vraiment plonger à corps perdu dans des centaines et des centaines de textes, ce qui me permet d'avoir tout de même une vision un peu panoramique à travers aussi les nombreux entretiens avec les autrices, les lectrices, les éditeurs. Et donc oui, je le dis et je l'assume, je défends le genre parce que je pense qu'il mérite qu'on le défende contre l'anathème qui est jeté sur lui. Il est mis au bûcher, il est vilipendé, les lectrices sont humiliées, insultées. Ce n'est pas anodin. Et pour moi, c'est vrai qu'au fil des mois, s'est imposée à moi la nécessité de transformer ce guide. scientifique, peut-être un peu chiant, en un guide amoureux que j'espère un petit peu plus amusant, mais qui était vraiment là pour servir aussi d'arme. Et j'ai été très touchée lors de certaines signatures d'avoir des lectrices qui sont venues à moi avec beaucoup d'émotion en me disant « ça me fait du bien parce que quand je suis en repas de famille, je ne sais pas quoi dire, ou j'ai du mal à exprimer mon intérêt pour ce genre, et là je peux enfin leur dire « regardez, je ne suis pas seule, moi aussi je défends le genre » . Et donc je pense qu'en ce sens-là, il remplit son office. J'avais, en termes de communauté de lecteurs, tout un tas d'objectifs. Je pense que, initialement, c'était destiné aux médiathécaires, aux bibliothécaires, aux professionnels du livre, et aussi, je dirais, aux médias qui ont mal compris le genre parce qu'ils sont passés beaucoup trop vite dessus. Et plus je faisais mes entretiens avec les lectrices, et plus je me disais, j'ai aussi envie que ce soit un espèce d'ouvrage safe place, où elles vont à la fois avoir un miroir assez fidèle, ou en tout cas je l'espère, de leur pratique de lecture, et aussi trouver des recommandations, puisque l'ouvrage a été conçu aussi avec des fiches de lecture qui viennent rythmer. Alors en termes de mise en page, je suis un peu déçue. J'aurais préféré que ce soit mis à la fin parce que ça coupe un peu la lecture. Mais effectivement, il y a une centaine de fiches de lecture qui sont à la fois des recommandations, de futures lectures en fonction des goûts. J'ai aussi fait attention à noter l'érotisme et la noirceur pour que chacun y trouve à boire et à manger. Et puis aussi montrer, et ça on en reparlera, l'antériorité du genre. Ce n'est pas né en 2010, ça date de bien avant. Et l'idée, c'était donc d'ouvrir aussi les lectrices qui aiment déjà le genre à d'autres formes aussi de médias. La BD, le manga, le jeu vidéo. Leur montrer que cet imaginaire de la Dark romance, elle colonise. depuis bien longtemps la pop culture.
- Alix Putavy
Et juste avant qu'on revienne sur ce qu'est la dark romance, est-ce qu'il y avait déjà, à votre connaissance, des livres, des essais, des livres plus théoriques qui abordaient la dark romance, ou votre livre est un des premiers, voire le premier du genre ?
- Fleur Hopkins-Loféron
Alors en France, oui. Pour autant, je n'ai pas été la première à travailler sur la dark romance. Magali Bigey, elle aussi spécialiste de la théorie de la réception de la dark romance, s'est intéressée fortement, et à juste titre, à la dark romance, puisqu'elle, elle a travaillé... dans sa thèse et dans ses travaux de recherche sur la mauvaise presse qu'on fait à la dark romance. Très naturellement, elle a consacré des interviews et des formations à la Dark romance. Elle m'a précédée là-dessus. C'était un grand bonheur aussi de l'interviewer et de faire ce cercle de sororité. Et ça, j'insiste un peu dessus parce que j'ai eu le plaisir, à travers ce livre, de rencontrer d'autres autrices et d'autres chercheuses. Je pense évidemment à Christine Van Geyn aussi, qui a écrit une déclaration d'amour à la dark romance en général. Et en fait, nous toutes, de s'allier aussi, peu importe nos goûts en dark romance, parce que Christine Van Geyn elle est beaucoup plus amoureuse de la littérature britannique et des sœurs Bronté. Et c'était satisfaisant et vivifiant, je trouve, en tant que chercheuse femme aussi, de s'unir sur un même objet, d'en apporter différentes pièces de puzzle et ensemble, en fait, de construire un objet avec sérieux, avec expertise et aussi dans une joie communicative. Parce que moi, étant chercheuse d'origine, on est très souvent en silo, solitaire, en rivalité, si j'ose dire. Et là, ça faisait du bien au cœur de voir que... on avait tout le projet commun de défendre la dark romance, peu importe que ce soit la romantésie, la dark romance plus traditionnelle, la dark romance, on avait toute envie de donner de la visibilité aux gens. Donc ce serait très présomptueux de dire que je suis pionnière avec ce guide-là, ce n'était pas tellement l'idée, c'était surtout d'apporter ma petite pierre à cet édifice auquel on participe toutes, en fait, collectivement, nous autres, autrices, essayistes, journalistes, en essayant de défendre justement la dark romance au sens très large.
- Stéphanie Vincendeau
Justement, on le disait juste avant... Pour préciser tout cela, on va parler de Dark romance et nous on sait à quoi on a affaire. Mais est-ce que vous pourriez justement donner votre définition pour nos auditeurs et vraiment circonscrire le genre là ?
- Fleur Hopkins-Loféron
Bien sûr et je pense que c'est d'autant plus nécessaire qu'il y a beaucoup de fantasmes, beaucoup d'inquiétudes autour de ce terme là. C'est vrai que Dark romance ça cristallise. Donc dark romance qui seraient sombres. Et c'est pour ça qu'un certain nombre de commentateurs, pas forcément familiers du genre, la résument à des relations toxiques. Alors moi, je suis complètement opposée à cette Éditions La Meute, puisque, je le précise dans les fiches de lecture, dans les résumés, on a souvent des relations toxiques, mais rarement entre les protagonistes. Et quand elles sont toxiques, elles sont aussi doublement toxiques, c'est-à-dire que la femme peut être aussi un objet de violence, un objet de vengeance. Et contrairement à ce qu'on croit, ce n'est pas forcément le renforcement du patriarcat. Donc j'ai tendance, pour ma part, mais c'est évidemment une définition... je dirais militante, que je porte sur la Dark romance, c'est de définir qu'il s'agit d'histoire, d'amour avant tout. S'il n'y a pas d'amour, il n'y a pas dark romance. Et vous avez sans doute, vous autres auditeurs et auditrices, entendu parler du scandale de Coracker, de Jesse Orian, et je ne le dirai jamais assez, ce n'est pas une Dark romance. Et c'est là où le babelais... Il y a eu un effet de panique morale autour de cet ouvrage à juste titre, puisqu'il y a des scènes de pédophilie qui sont romantisées, évidemment qui posent question et qui posent problème, mais ce n'est pas de la dark romance, puisqu'encore une fois, s'il n'y a pas d'amour, il n'y a pas dark romance et il n'y a pas de dark romance. Donc pour le résumer très brièvement, je dirais qu'une dark romance, c'est une histoire d'amour souvent passionnée et passionnelle entre deux individus. Aux Etats-Unis, beaucoup dark romance homosexuelles, en France un peu moins. On est un petit peu en retard, même si on a Okéano Cess, on a différentes autrices qui nous proposent des schémas plus déconstruits et plus avant-gardistes. Il va y avoir du tabou, de la passion, de l'interdit. Et ce qui va se jouer dans ces romans, c'est souvent l'idée de repousser les lignes de l'amour, de la sexualité, pour explorer surtout du vécu féminin. Et c'est là, je dirais, la grande nouveauté de cette dark romance. C'est qu'elle est écrite majoritairement par des femmes, pour des femmes. Là où certains romans harlequins étaient aussi écrits par des hommes. Et cultivaient un regard fétichiste sur la sexualité féminine. et où le vécu, effectivement, était, je dirais... dans une forme de reproduction sociale où on s'attendait à ce que la femme tombe amoureuse, elle ait des enfants, elle devienne femme au foyer. En tout cas, son épanouissement à elle était tout de même secondaire. Et là, avec la Dark romance, on a pour une fois quelque chose de ce que, et je reprends l'expression d'Azélie Fayol, qui est une chercheuse qui a beaucoup écrit sur le style féminin et féministe. Elle qualifie de féministe gaze. Pas mal de romans et d'essais dans lesquels on a une vraie plume féminine et féministe. Et pour moi, la Dark romance participe du féministe gaze. Pour la première fois, on peut parler de vagin, de clitoris, on a ses règles, on vieillit, on n'a pas de désir, on a du désir, on est en colère, on agit, on n'est plus un corps désiré, on peut être un corps désirant. Et c'est là pour moi, même si je me doute qu'on va en reparler de la nature féministe du genre, c'est là pour moi vraiment un élément définitoire très important de la dark romance. C'est une littérature politique, c'est une littérature qui bouge les lignes et qui nous parle d'amour, de sexualité et non, ce n'est pas du porno. Contrairement à ce que certains hommes veulent vous faire croire, il y a de la sexualité dedans, oui. est très bien, je pense que la sexualité...
- Alix Putavy
Le porno n'est pas un gros mot. Tout à fait. Quand eux l'utilisent dans leur bouche, c'est une manière...
- Fleur Hopkins-Loféron
C'est une manière de le ramener à un objet de consommation, alors même que toutes les modifications du monde de la pornographie, avec des studios comme Bélaïssa, avec des militants de Comovid, il y a eu heureusement beaucoup de chemin fait qui fait que le porno féminin, il existe, il peut être politique, il peut être militant, mais voilà, on est face à des livres qui nous parlent d'histoires d'amour qui, selon moi, bougent les lignes. bouger les lignes de la sexualité, de l'amour et qui nous amène à politiser le discours et ça fait du bien d'avoir une littérature comme ça qui revisite des tropes,
- Alix Putavy
revisite des grandes histoires pour les remettre au goût du jour en fin de compte et ce qui est intéressant aussi ce dont vous parlez dans votre livre c'est que comme pour la dark romance et même l'imaginaire il y a plein de sous-genre et donc en fait la dark romance ne se limite pas à justement une relation avec un homme un homme toxique ou qu'est-ce que ce soit, il y a plein d'autres choses qui sont dans la Dark romance et par exemple moi ce que j'ignorais complètement mais alors je vais sûrement pas dire les bons termes donc vous me reprendrez mais le fait que les personnages soient des personnages monstrueux, le côté c'est un de mes gens chouchous le côté en fait monstre dans l'amour et pas monstre forcément psychologiquement mais même physiquement, ça ça fait partie de la Dark romance parce que la Dark romance c'est aussi le principe d'une d'une ambiance et d'une esthétique aussi gothique, etc. Et je trouve ça hyper intéressant de le rappeler qu'il y a des choses... Même au sein de la dark romance, on peut bien aimer et ne pas aimer certains sous-genre parce que ça englobe beaucoup plus qu'une relation. Comme vous l'avez dit, une relation toxique, mais même dans les schémas narratifs, etc., ça peut prendre plein de formes différentes.
- Fleur Hopkins-Loféron
C'est tout à fait juste. Je rappellerai même, en guise de petits mots d'introduction, que la dark romance en elle-même... se distingue par des niveaux d'intensité différents. On peut avoir dark romance très classiques, ce qu'on appelle la dark romance sombre. C'est un peu un faux ami parce qu'en France, niveau 1, ce sera dark romance sombre. Je pense par exemple aux Devil's Sons de Chloé Wallerand, aux Sons of Death de Laura Ezrena, c'est-à-dire plutôt dark romance de bikers. Vous pensez à la série Sons of Anarchy, des beaux gosses musclés qui généralement sont dans du trafic d'armes, mais ils ne tuent pas de gens innocents. s'ils vont trafiquer de la drogue, c'est uniquement du LSD, pas de drogue dure. Si jamais ils sont dans des maisons closes, c'est des femmes qui sont des travailleuses du sexe émancipé. Ce ne sont pas des femmes qui sont mises dans des circuits et manipulées. Donc c'est généralement des garçons qui ont quand même un bon cœur, qui se cachent sous leur poitrine musclée. L'histoire d'amour finit bien et souvent pour les héroïnes, c'est un chemin d'émancipation au travers duquel elles s'affirment comme femmes badass, comme femmes désirantes, comme femmes en colère. Et elles vont donc rejoindre le gang et parfois même le diriger. Ça c'est tout de même très intéressant. Donc ça c'est vraiment le niveau 1, je dirais, la dark romance sombre. Donc c'est une dark romance traditionnelle dans laquelle on va avoir plutôt l'environnement qui va participer de ce caractère sombre. Ça va être dans des bars, ça va être dans des gangs, ça va être dans des clubs de striptease, dans des environnements qui cultivent en fait ce petit frisson de l'interdit. On va avoir... Ensuite, des textes qui se situent plutôt à l'entremise, qui vont être des romans sombres qui n'ont pas vraiment de nom, on appellerait ça des dark romance peut-être, dans lesquels on va avoir là des relations un petit peu plus tendues et psychologiques entre les personnages, c'est-à-dire que l'amour est moins inévident, il peut y avoir des tensions, des tractations. Ça peut commencer parfois par une situation qui paraît un peu surréaliste, parce qu'illégale, c'est-à-dire, je pense à You Belong To Me de Noémie Conte, sa tante et son oncle, qui sont des ordures accomplies, la vente, en fait... à l'usurier auquel ils doivent de l'argent, un usurier particulièrement sexy qui collectionne les serpents et qui, ne sachant pas quoi faire de cette jeune fille, et je m'excuse, souvent j'oublie les prénoms des personnages masculins et féminins parce qu'ils se ressemblent un peu tous, eh bien, on va la mettre dans une pièce à part en se disant « je ne sais pas quoi en faire » . Et évidemment, tout le monde se prend d'amitié pour elle. Found family, elle va trouver une famille choisie au contact de cette nouvelle famille trouvée. Elle tombe amoureuse et tout est bien qui finit bien. Donc ça, c'est un peu le niveau moyen, je dirais. et puis tout en bout de chaîne, on a un troisième niveau qui est la dark romance pitch black. Ce sont des autrices comme Cynthia Havendean, souvent aussi H.D. Carlton, on la classe dans cette catégorie-là. Là, c'est plutôt réservé à un public très averti, parce qu'en matière de sexualité et en matière d'intensité de noirceur, on va aller beaucoup plus loin. Je pense à un roman que j'adore, que je recommande toujours, mais attention, vraiment public averti, c'est Tragic and Darker de Cynthia Havendean, dans lequel on a un personnage qui s'appelle Roman, qui est un adolescent très perturbé. qui a subi des violences sexuelles dans l'enfance, qui a eu une relation oedipienne avec sa mère et qui tombe amoureux de sa prof, fou amoureux. Et puis, il va se passer plein de péripéties. Peut-être qu'il est plus perturbé qu'on ne le croit. Je ne veux pas révéler la fin du roman. Mais là, on est dans du pitch black. Donc, ça demande souvent une préparation, une maturité différente de la part de la lectrice. Et souvent, ce qu'elles m'ont confié ces lectrices quand on parlait, c'est qu'elles utilisent le niveau 1, le niveau 3 comme des manières de moduler leur lecture. Elles ne vont pas exclusivement lire du pitch black. Elles vont parfois lire une dark romance. traditionnelles, parfois même aller du côté de la romantésie et puis ensuite lire quelque chose de plus sombre. Et concernant votre question qui parlait des sous-genre, tout à fait. La dark romance, c'est bien plus qu'une relation entre un bad boy et une femme en détresse. On a de la monster romance, on a du dark academia, de la bully dark romance, on a énormément de choses et chacun y trouvera vraiment à boire et à manger, puisque vous voyez, on peut moduler. On peut se dire, moi j'adore la romantésie, mais j'aimerais bien que ce soit un bad boy un peu ténébreux. Je vais peut-être... aller lire, je ne sais pas, Quicksilver de Callie Hart, c'est niveau 1. Le sexe est très très discret. Ou alors peut-être Hadès et Perséphone de Scarlett Sinclair. Puisque là aussi, le sexe c'est plutôt du missionnaire derrière porte fermée. Donc niveau 1. Mais il est un peu méchant au début. On se dit qu'il refoule ses sentiments. Donc il y a quand même ce côté un peu ténébreux. Et puis surtout c'est Hadès. Il règne quand même sur les enfers. Donc en fait, chacun peut vraiment trouver ce qu'il a envie de lire. Et comme les lectrices partagent énormément sur des sites comme Storygraph, comme GoodNotes, comme Babelio, leurs fiches de lecture, eh bien, en fin de compte, on peut se faire confiance les unes les autres pour recevoir des conseils de lecture et trouver chaussure à son pied. C'est pour ça que je souris toujours quand on me dit « Mais moi, je déteste la Dark romance . Mais qu'est-ce que vous avez lu ? Si c'est juste Captive de Sarivet, je peux comprendre. Peut-être que ce dark romance n'est pas fait pour vous. Mais c'est comme les thrillers, c'est comme la fantasy, c'est comme la science-fiction. En fait, on a tous des goûts très différents les uns des autres. Et surtout, rappelons qu'on a tout à fait le droit de prendre un livre et de le refermer. Donc je conseille toujours de commencer une lecture et si ça ne prend pas, on laisse le livre de côté. Les bibliothèques sont quand même là pour ça, pour nous permettre des incartates par rapport à nos genres de prédilection.
- Alix Putavy
Et donc rappelez qu'on peut se retrouver entre les personnes qui aiment la dark romance et ne pas du tout avoir les mêmes goûts que les autres personnes parce que justement il y a plein de sous-genre et donc il y a certains sous-genre qui peuvent... nous révulser pour nos propres raisons et d'autres dont on peut être fan.
- Stéphanie Vincendeau
C'est comme la dark romance d'ailleurs, parce qu'au sein de la dark romance, il y a plein de choses différentes. Mais comme la science-fiction, comme les primeurs, comme la fantaisie. En fait, c'est l'éclectisme des genres, des différentes littératures qui font que être lecteur, ce n'est pas une espèce de profil très strict, c'est de pouvoir s'adapter à plein de lectures différentes. Et je dirais que d'ailleurs, plus on est capable de passer d'un genre à un autre, plus on est un vrai... Alors j'aime pas dire ça parce que du coup c'est dire l'inverse de ce que je viens de dire mais bon bref l'éclectisme c'est vraiment important en littérature je trouve ça nourrit à chaque fois nos réflexions et notre chemin.
- Fleur Hopkins-Loféron
Et par exemple on parlait un peu plus tôt de la Monster romance jamais j'aurais supposé qu'un jour j'aimerais bien les histoires d'amour avec des gargouilles avec des kraken et avec des minotaures et ça a été un coup de coeur absolu. Si je pouvais faire une recommandation en ce sens c'est toute la littérature de C. M. Nascosta alors qui est Une autrice américaine, pas encore arrivée en France, qui a notamment publié sur Kindle Unlimited. En France, on a quelques textes publiés chez HEA Éditions, d'autres Monster romance qui sont vraiment de qualité. Mais la Monster romance, j'ai eu un coup de foudre absolu, parce qu'en fait, c'est une littérature qu'on ignore être super politique, parce que quand on nous parle de monstres, en fait, on nous parle de différence, on nous parle d'inclusion, on nous parle de tout un tas de manières différentes de... s'aimer, de faire l'amour, d'exister en société. Et j'ai trouvé ça super adorable, super mignon, et je lis tout ce qu'elle fait. Et je n'ai pas honte, je ne me cache pas quand je lis dans le métro, j'assume totalement, c'est une littérature qui fait du bien, c'est une littérature qui fait rire, qui est bien écrite, et qui en plus de ça, en fait, est hyper qualitative en termes de world building. Donc j'ai eu un coup de foudre pour ce genre. Il ne faut pas avoir peur d'aller en dehors, d'explorer. Exactement, et on peut avoir parfois des surprises qu'on ne soupçonnait pas en termes de goût littéraire. jamais, je vous aurais dit il y a deux ans
- Stéphanie Vincendeau
je vais vous recommander de la Monster romance parce que peut-être que vous ne saviez même pas que ce que c'était précisément tout à fait je ne connaissais pas non plus en fait pas sous le terme Monster romance et on parlait dans
- Alix Putavy
ce que vous venez de dire du côté important de mettre en avant aussi la société dans les livres selon vous pourquoi est-ce que ça a pris autant de place ces derniers temps la Dark romance Merci beaucoup. Comme vous le dites dans votre livre, et vous l'avez déjà dit depuis le début de cet épisode, ça ne date pas d'hier, la dark romance, c'était là sous d'autres formes. Oui, on peut remonter au Sor Bronte, il y avait des formes prototypiques, tout à fait. Mais ces derniers temps, ça a pris beaucoup de place, comme en fait beaucoup de littérature de genre. Est-ce que vous sauriez vous donner une explication à cette importance-là ?
- Fleur Hopkins-Loféron
Oui, ça tient à plein de choses. Je pense que ça tient déjà en partie au fait que c'est une littérature libérée. C'est une littérature, comme je le disais plus tôt, qui met des mots. sur le corps féminin, sur la sensualité, et surtout qui nous donne enfin à lire, en dark romance tout du moins, des personnages féminins qui ont du caractère et qui sont profonds, qui ont une complexité qu'on ne leur donnait pas toujours dans la dark romance traditionnelle. Et donc je pense qu'il y a quelque chose de très satisfaisant en tant que lectrice, à trouver enfin des personnages qui nous ressemblent, qui sont étudiantes, et c'est le cas notamment aux Etats-Unis qui sont trentenaires, quadragénaires, enfin voilà, c'est pas uniquement une jeune femme en fleurs de 18 ans qui découvre sa sexualité et sa vie amoureuse. On a vraiment de tout dans cette dark romance. Et surtout, comme je le disais, on va avoir à la fois en termes de sexualité des mots qui sont posés. On peut avoir de l'endométriose, on peut avoir du vaginisme, on peut être asexuel. Et ça, c'est quand même très nouveau en termes dark romance qu'on n'ait pas simplement soit du missionnaire ou de l'amour procréatif. Là, on a le droit de ne pas avoir envie de faire des enfants dans le champ de la dark romance. Mais la sensualité n'est évidemment pas le seul argument. Je pense que ça tient aussi au fait que c'est sacrément bien ficelé, c'est des péripéties, et tout à la fois, c'est un... pacte de confiance avec l'électrice. On pourra en reparler du dispositif paratextuel qui fait que ces dark romance sont des romans qui sont bien pensés, bien construits et faits pour accompagner dans l'émotion l'électrice. Mais surtout, c'est un pacte de confiance au sens où c'est un happy end. À quelques rares exceptions près dans la dark romance pitch black où ça peut finir mal, dans la dark romance, ça finit toujours bien. Et donc, on va vivre tout un tas d'aventures avec ces héroïnes qui vont être à moto, vont tirer ou au fusil, vont s'affirmer dans des scènes qui rappellent Buffy contre les vampires, alias Dark Angel. Enfin, voilà aussi une époque qu'on croyait révolue avec des personnages féminins extrêmement forts et qui, en fin de compte, permettent par procuration aussi de vivre des émotions fortes. Et là-dessus, je pense qu'on peut faire un lien anachronique mais pertinent avec d'autres dispositifs théâtraux. Je pense par exemple au Grand Guignol. On pourrait se demander pourquoi le Grand Guignol, à l'époque, dans les années 20, faisait déplacer masse alors qu'on coupait des têtes sur scène et puis les femmes se faisaient agresser au vitriol parce que... on allait vraiment toucher les émotions fortes on avait ce qu'on appelait le principe de la douche écossaise on rigole, on est ému, on a très peur et ainsi de suite, et la Dark romance de la même manière moi j'ai pu pleurer devant certaines Dark romance, je pense à Under Your Scars d'Ariel Anderson , magnifique Dark romance qui finit mal pour le coup j'ai été très émue, je l'ai trouvé fantastique les livres de Cynthia Havendean aussi me prennent vraiment à la gorge j'attends les péripéties et je pense qu'il y a quelque chose de la lecture émotive de la Dark romance où on se projette on est on est On prend d'amitié les personnages et tout à la fois on est saisi par dark romance qui souvent sont bien écrites, parce qu'en fait elles héritent du roman feuilleton. Elles ont souvent été écrites sur Wattpad, donc chapitre par chapitre, et en fait elles ont cette maîtrise du cliffhanger. Et donc généralement on ne s'arrête pas un chapitre, on lit très tard dans la nuit. Et je pense que ça tient à plein de phénomènes comme ça, qui tiennent déjà à la qualité du texte, mais aussi, il ne faut pas oublier, à cette lecture en collectif. Je pense que la Dark romance l'a permis à travers, alors aux Etats-Unis... des forums comme Reddit, mais en France aussi des groupes Facebook, à des communautés qui sont formées un petit peu partout sur Internet.
- Stéphanie Vincendeau
refaire émerger le club de lecture et le club de lecture aussi en non-mixité choisie. Et ça, je trouve que pour ces jeunes filles, c'était très vivifiant. Beaucoup m'en ont parlé. Elles ont eu des amitiés qui sont nées à travers les lectures de l'Einderkommens. Et c'est devenu, ces clubs de lecture, des espaces où questionner, parfois, des sujets qui leur posaient questions, leur posaient problèmes. Les amours qui, parfois, elles disent, je n'ai pas du tout envie d'avoir un copain comme ça. Et donc, elles en parlaient entre elles. Je pense que ça tient à plein de choses différentes. Le pass culture, évidemment, qui a aussi libéralisé en termes d'achat, et je trouve ça très bien, qui a permis à certaines communautés tenues éloignées de la pratique de l'écriture et de la lecture, leur a permis justement de se réconcilier avec l'objet livre. Donc ça tient à plein de choses, à la sociologie du livre, à la manière aussi dont les réseaux sociaux, Instagram ont permis aussi, je dirais, de ne plus être dans une relation verticale à la maison d'édition, mais beaucoup plus horizontale, et que les lecteurs deviennent eux-mêmes prescripteurs, et qu'ils forment eux-mêmes des communautés. Enfin, tout ça fait que La Dark romance, c'est bien, elle a trouvé la capacité de germer. Parce que c'est vrai que c'est tout à fait intéressant. Ça ne date pas d'hier, on peut le faire remonter très loin. Mais 2010, déjà, il y avait les textes d'Anna Zier, de Pepper Winters. Il y avait différents textes qui étaient vraiment captives de Sarah Raven. C'était vraiment exactement ces histoires-là. Des jeunes femmes qui se retrouvent kidnappées, mises dans des réseaux de prostitution. Et un riche millionnaire les prend sous leurs ailes et sous son aile. Et jamais il ne va lui porter ombrage. Au contraire, il la protège et elle se rend compte à la fin que... C'était un espèce d'agent double qui était là pour détruire de l'intérieur le système. Donc un homme, somme toute, bien sous tout rapport. Et il y a eu un moment de passage à vide où on n'a plus vraiment eu la Der Dark romance. Et puis c'est effectivement Sarah Evans qui a remis le coup de projecteur sur ce sous-genre et qui a permis à tout un tas d'autrices de s'affirmer. Donc je dirais qu'elle est arrivée au bon moment, mais elle répond aussi à un besoin. On en reparlera quand on reparlera de féminisme. Mais on est aussi dans ce moment podcast où malheureusement, on voit bien que... de part en avant à part en arrière. Je prends souvent cet exemple du procès Amber Heard contre Johnny Depp, je pense qu'il est symptomatique de ça. On avait le sentiment, ou parlons de Patrick Bruel, parlons de Gérard Depardieu, on avait le sentiment qu'on avait... On pensait qu'on avait fait beaucoup de pas en avant, et en fin de compte on se rend compte qu'encore une fois, la parole des femmes peut être bafouée, mise en doute, et que on va avoir une double victimisation où finalement on va dire à cette personne victime, peut-être que tu étais consentante, peut-être que tu n'étais pas la vraie victime de cette Éditions La Meute. Donc en fin de compte, on a aussi, avec la Dark romance, une littérature refuge. qui va dire aux femmes, on vous croit, on vous accepte, et vous avez surtout, et je pense que c'est là un élément très important, le droit de vous venger. Dans une société dans laquelle on vous abandonne, dans laquelle vous n'avez que difficilement la possibilité de porter plainte quand vous subissez une agression sexuelle, vous n'êtes pas nécessairement cru, on va vous culpabiliser. Je pense que ça fait du bien aussi aux lectrices d'avoir une littérature de la réparation, dans laquelle c'est une fiction, on n'incite pas du tout les femmes à aller dézinguer les hommes ou à se venger, mais dans cette littérature-là, on a le droit, on est cru, on est soutenu. Et donc je pense que c'est exutoire, mais c'est aussi quelque chose de la réparation émotionnelle. Et j'ai eu des lectrices qui, en toute confidence, et ça m'a beaucoup émue, m'ont dit qu'elles avaient subi des agressions sexuelles, et lire de la Dark romance, ça leur faisait du bien, puisqu'enfin elles pouvaient consentir par rapport à ce qui se passait. Et elles étaient en maîtrise de refermer le roman si elles le décidaient, et elles savaient que ça allait pour une fois bien se finir. Donc qui sommes-nous, et quand je dis nous, c'est les autres aussi, pour en fait dire aux lectrices qu'elles devraient lire ou ne pas lire, sous couvert que ce serait soi-disant de la littérature perverse, ce qui évidemment n'est pas le cas. Justement, Les détracteurs, en tout cas tous ceux qui sont justement qui s'emparent du genre pour le juger, etc. parlent beaucoup de cette maîtrise du bien-penser, du bien-faire, du bien-aimer, du bien-faire l'amour, etc. Et souvent on dit en fait les lectrices à partir du moment où on lit ce genre c'est dangereux pour elles, ça va les pousser à faire des choses, etc. Évidemment, enfin on sait que non mais... Est-ce que vous pouvez en dire plus, justement, sur cette communauté, sur ces liens ? Moi, j'ai trouvé ça passionnant, d'ailleurs. J'aime beaucoup cette réflexion sur cet espace, justement, cette safe place où on peut aller loin, mais en sécurité et en communauté. Et ça, c'est vraiment, je trouve, quelque chose de très important.
- Fleur Hopkins-Loféron
Oui, tout à fait. Je pense déjà que le grief qu'ont les détracteurs tient souvent au fait qu'ils n'ont lu qu'un ou deux romans. Et je pense qu'il faut vraiment le rappeler. Je le vois dans les dossiers, je le vois dans les interviews. c'est toujours... Haunting Adeline d'H. D. Carlton et Sarah Rivens avec Captive qui sont des romans qui ne sont pas forcément représentatifs de la richesse de la Dark romance puisque rappelons encore une fois que Dark romance qui est un site américain de référence pour la dark romance recense plus de 30 000 romans à cette date. Donc je doute que les tracteurs de la Dark romance aient tout lu et là aussi ils oublient qu'ils ont le droit de ne pas aimer. Ça ne veut pas pour autant dire interdire aux autres le droit de lire cette littérature-là. Ce phénomène de dépréciation du genre porte un nom en sociologie, c'est ce qu'on appelle la panique morale. Moi, je suis née dans les années 90, j'écoutais Marilyn Manson, je jouais aux jeux vidéo. J'ai subi de la panique morale à l'époque, puisque écouter Marilyn Manson, c'était être sataniste. Jouer aux jeux vidéo, c'était peut-être soi-même aller prendre un fusil et abattre ses camarades. On a en fait très régulièrement dans l'histoire socioculturelle des moments comme ça de panique qui vont se cristalliser sur des objets généralement appréciés des jeunes et des minorités. Et là, vous voyez bien que la dark romance, c'est double peine. Ce sont des femmes et en grande partie des jeunes femmes. Et donc, évidemment, on a des individus qui estiment mieux penser, mieux savoir et donc être prescripteurs de ce qu'elles devraient lire ou non. Donc, on voit qu'on est là dans un régime, je pense, pour moi, très patriarcal, en fait, de ce que les femmes devraient lire ou ne pas lire. Je le dis souvent, mais je suis persuadée que si les dark romance étaient en partie écrites par des hommes pour des hommes, on ne serait pas du tout ici, toutes les trois, à discuter de cette littérature-là. Ça aurait été beaucoup mieux admis et ça aurait même été... un non-problème. Donc je pense que ça tient en partie à ça. Et c'est ce que je défends, l'idée que la Dark romance est en grande partie pour ses lectrices une safe place, un exutoire, une échappatoire, un lieu qui fait du bien, un lieu qui fait rêver. Et elles sont toutes parfaitement conscientes que c'est une fiction. Et je le dis toujours de manière caricaturelle, mais je n'ai jamais entendu quelqu'un dire d'un homme qui aimerait les films d'espions ou les films de voitures, qu'il va aller faire des courses-poursuites, qu'il va aller... aller faire un casse, un braquage, devenir agent secret, pas du tout. Et je trouve ça très révélateur que quand ce sont des femmes qui lisent, on les soupçonne forcément d'être naïves, d'être stupides et de prendre pour argent comptant la fiction. Absolument pas, elles sont parfaitement conscientes que c'est de la fiction et plus encore, elles ont une réflexion, je dirais, très méta sur leur pratique de la littérature. Puisque la Dark romance, si vous n'en avez jamais ouvert... Et la curiosité de le faire, voilà, dans une librairie, on a à chaque fois des trigger warnings. Les trigger warnings, donc ce sont des avertissements qui vont vraiment décrire comme un menu au restaurant tous les ingrédients qui composent le roman qu'on s'apprête à lire. Ils sont là pour protéger les lectrices, puisque si vous avez vécu un épisode de deuil, du harcèlement moral, violence sexuelle, des choses qui ont pu vous faire du mal dans votre vie, vous n'avez pas forcément envie de les retrouver dans un roman, et donc on vous prévient pour que vous puissiez avoir la possibilité de refermer. Mais là où ça devient tout à fait intéressant et là où ça participe, ça ne se substitue pas, mais ça participe d'un chemin thérapeutique, c'est que ces lectrices vont parfois volontairement choisir un roman en fonction de ce qui s'est passé. Je pense par exemple à Souffle contre Souffle d'Oly T. L., dans lequel il y a le deuil du frère qu'elle a fait dans l'enfance. C'est un sujet qui est rarement abordé dans la dark romance et donc certaines lectrices vont choisir spécifiquement ce dark romance. Je pense à un autre roman tout à fait magnifique qui est Troublemaker de Laura Swan. Moi, dans ma vie passée, je suis beaucoup de maltraitance de mes parents. Je ne m'attendais pas à être émue comme ça par un roman. Je n'ai jamais vu un roman qui, avec autant de justesse, a parlé de violence intrafamiliale, qui est un sujet encore très tabou dans notre société judéo-chrétienne, où on persiste à croire que les parents sont forcément des éléments positifs dans une vie, qu'ils ne vont pas faillir à leur rôle d'adulte référent. Et je me suis retrouvée à me dire, c'est incroyable, la dark romance ne m'intéresse pas du tout dans ce dark romance. Mais en termes d'émotion et en termes de sujet, il y a une intensité que je n'ai jamais rencontrée. Parce qu'on dit les mots justes. Et là-dessus, la Dark romance, effectivement, safe place, puisqu'on va parfois pouvoir... J'aime beaucoup cette image qu'utilise Pénélope Douglas dans toute sa saga... J'oublie le nom, je ne sais pas pourquoi. Ça va me revenir. En anglais, ça doit être Devil's Night, où c'est le premier tome ou le nom de la saga. Et en français, c'est Dark romance. Le premier tome s'appelle Dark romance. C'est un drôle de titre. Elle parle du fait d'être au bord de la falaise, puisqu'au moment où elle est... Ils sont dans une voiture, ils roulent très vite et ils disent « Ah, tu aimes avoir peur ? » Elle dit « Oui, j'aime bien être au bord de la falaise, mais en sécurité. » Et c'est exactement ça. La Dark romance nous permet d'être vraiment les pieds dans le vide, assis au bord de la falaise, et on regarde le vide qui est à nos pieds sans risquer d'y basculer, puisqu'on est en sécurité. Et je pense qu'au-delà du frisson, au-delà du fait d'être diverti, au-delà du fait de vivre par procuration l'amour et la sensualité, il y a vraiment l'idée que la Dark romance, c'est une littérature du caire, je ne le dirai jamais assez, qui permet de réexpérimenter parfois des épisodes de sa vie douloureux, ou alors d'entrée aussi. en empathie avec... La Monster Woman, c'est un très bon exemple, puisqu'elle nous parle de différence, d'inclusivité, de polyamour, et donc de vivre par procuration des sujets politiques qu'on ne pourrait pas de première main vivre. Et il y a une métaphore qu'utilise Katie Roberts, une autrice qui est un peu traduite en France, mais pas assez à mon goût, qui, elle, fait des réécritures des univers Disney. Et elle fait aussi des réécritures du Panthéon grec, elle mêle dans des univers mafieux. Et Katie Roberts, elle a le bon goût de comparer la Dark romance à une scène BDSM. Yael m'avait dit, puisque c'était un... Un une auteurice non binaire m'avait dit en interview, la Dark romance comme une scène BDSM, on a un safe word, on peut à tout moment s'en extraire, mais on découvre dans un cadre sécurité des pratiques, voilà, qui ne sont pas forcément les siennes, en confiance avec ici l'autrice et on peut à tout moment s'en abstraire. Et j'avais trouvé que c'était fichtrement bien trouvé, la Dark romance effectivement une scène BDSM qui nous permet d'éprouver en sécurité, en confiance, puisque le roman est bardé d'avertissements et d'éléments paratextuels. des aventures que sans ça on n'expérimenterait pas
- Alix Putavy
Très intéressant donc là on aborde toutes les raisons enfin tous les arguments qui pourraient donner envie aux gens de découvrir ou de comprendre ce qu'est la Dark romance est-ce que malgré tout il y a certains reproches qui sont faits aux genres qui vous semblent légitimes ?
- Stéphanie Vincendeau
Alors je ne suis pas forcément en accord avec les reproches qui sont faits aux gens puisque souvent ils résument la Dark romance à une histoire d'amour toxique Merci. dans laquelle on contreviendrait au droit de la femme et dans lequel on humilierait les femmes. Moi, je n'y crois absolument pas. Au contraire, les rares espaces où cela se passe, la femme se venge, elle tue. Elle va reprendre la main sur la situation des déséquilibres qu'on lui a posés. Donc, au contraire, elle dynamite le plafond de verre, elle s'affirme comme une femme désirante, une femme violente. Pour autant, moi, je ne me suis pas empêchée de formuler des critiques envers le genre. Et je pense qu'il y en a parfois, notamment sur la peinture du consentement. en fait la dark romance aujourd'hui contemporaine notamment revivifiée par la fanfiction donc c'est-à-dire tous ces récits qui sont publiés sur Archive of Our Own sur Wattpad, elle va développer différents types de consentement donc le fait de consentir à un rapport sexuel, à un rapport amoureux à un contact sensuel et on va avoir alors le non-con qui est le fait non-consensual on ne veut absolument pas de ce rapport et donc c'est un viol caractérisé on a le con-non-con, c'est-à-dire je dis oui Au début, je dis non pendant, mais en fait, ça veut dire oui, et à tout moment, je peux m'en extraire parce que j'ai mon safe word. Donc, c'est une fameuse scène BDSM. On fait du jeu de rôle, en fait, on fait du cosplay. Et puis, on a le dubcon, qui est le dubious consent, ce qu'on appellerait le consentement gris dans la lignée des travaux d'Alexandra Bouchery, qui a beaucoup écrit sur le trouble dans le consentement, le consentement gris. Et là, effectivement, ça demande, je dirais, plus de finesse d'écriture. Parce que le consentement gris, il est très difficilement mesurable. Ce sont des moments, et je pense notamment à Haunting Adeline de H.G. Carlton, à l'occasion duquel, et je suis toujours très embêtée pour le décrire parce qu'il faut vraiment lire l'extrait pour le comprendre, on va avoir une héroïne qui va refuser des avances sexuelles par ses mots, mais qui par son corps va consentir. Évidemment que dans la réalité, c'est un viol. Puisque là, on en vient à enlever le pouvoir de retrait de l'acte sexuel de la part du personnage féminin. Notamment, pourquoi est-ce que Haunting Adeline a fait couler beaucoup d'angles ? C'est parce que cette écriture est extrêmement maladroite. Il y a une scène de pénétration avec un fusil qui, évidemment, se substitue à un phallus. Il la menace de tirer, il ne tire pas. Et dans l'écriture, soi-même, on se retrouve à douter de se dire « Ouais, mais est-ce qu'elle en avait vraiment envie ? » Et là où c'est intéressant, c'est que le « The Best Consent » , on peut l'écrire. Il n'y a pas de problème. Mais les éditeurs sont très conscients que s'ils écrivent du « The Best Consent » , j'avais eu cette conversation notamment avec les éditions Corrigan, il y a un moment où il faut en reparler. Dans le roman, on n'a pas le droit de mettre une scène de « The Best Consent » et de ne plus en reparler. S'il y a un doute, il faut que, par le truchement d'une conversation, de je sais pas, de... d'une conversation de l'autrice à un moment, on comprenne qu'elle était vraiment consentante ou pas. Et dans ce cas-là, elle va agir en conséquence. Donc c'est là, je pense, où il y a une critique qu'on peut porter qui tient à l'écriture et je dirais au travail éditorial en fait. Mais c'est aussi lié au fait que beaucoup de ces romans sont en auto-édition et parfois il n'y a pas toujours eu de bêta lectrice, il n'y a pas toujours eu un travail éditorial par la suite. Et donc oui, il y aurait, je pense, une critique à porter sur la peinture du consentement qui parfois peut porter à confusion et peut donc légitimement alimenter l'idée... que la femme n'aurait pas son mot à dire dans le rapport sexuel et qu'elle pourrait être violée en ayant sa parole bafouée et en étant soumise à une situation qui est de l'ordre de l'intolérable et surtout du criminel et de l'illégalité tout à fait. Il y a un autre proche que je fais de temps en temps, mais là aussi ça tient au fait qu'on attendrait de la Dark romance qu'elle révolutionne la dark romance dans son intégralité je pense qu'elle fait déjà beaucoup pour la dark romance, mais c'est vrai que moi parfois j'ai été un peu déçue, je dirais, je ne vais pas citer les romans parce que sinon ça veut dire que je spoil, déçue de voir qu'elle n'avait jamais parlé d'enfant Et à la fin du roman, elle est enceinte. Et c'est inévident, elle accouche. Il n'y a même pas de conversation de est-ce qu'on garde l'enfant ou pas. Mais ça, je me suis dit, c'est un peu dommage. Parce que c'est quand même une littérature qui souvent repousse ses limites, redéfinit les codes, notamment de la féminité et du féminisme. Si elle n'avait pas parlé d'enfant, pourquoi mettre un enfant dans l'intrigue ? C'est quand même ramené à quelque chose de l'ordre du conte de fées, de « Il vécu heureux et eure beaucoup d'enfants » . Donc ça, j'ai été assez déçue. Et une autre critique que j'ai faite parfois pour certains romans, c'est qu'il y a un équilibre très genré, notamment du capital. Parfois, moi, ça me fatigue de voir que forcément, c'est elle la serveuse qui travaille dans un diner, qui veut devenir actrice. Et heureusement, il est là avec son gang et elle va le servir. Elle va, je ne sais pas, renverser par accident son café sur lui. Et en fait, ça va être le coup de foudre instantané. Ça repose certains points. Parfois, je me dis que c'est un peu ringard. Je pense que c'est plutôt de l'ordre du ringard, cette critique. Mais voilà, je trouve que la dark romance fait déjà beaucoup pour réinventer les codes. On ne peut pas tout attendre d'elle. Et je ne pense pas que l'amour fou soit si problématique. que ça. Encore une fois, c'est de l'ordre de la fiction et elle-même, la Dark romance, elle questionne cet amour fou, elle questionne ses formes et elle questionne ses manifestations. Donc elle fait déjà beaucoup pour questionner les contes de fées avec lesquels on a grandi. Donc des critiques, il y en a. Moi, je ne me gêne pas pour les formuler, mais je pense qu'il faut toujours se préserver de formuler des critiques contre un genre dans son intégralité puisqu'encore une fois, il y a un foisonnement tel de romans, de sous-genre et surtout de degrés de lecture qui font que il y aura des romans qui vont parfois nous gêner. Par exemple, j'avais eu un rapport très problématique avec le premier tome d'Azel Diaz, de Chiara, qui m'avait beaucoup énervée au début de la lecture parce que cette héroïne se retrouve à être régulièrement humiliée, houspillée, battue même par l'homme qui la courtise. Et je me disais non, j'ai pas envie de ça, j'ai envie qu'elle soit badass, j'ai envie qu'elle s'affirme. Et j'avais relativisé ma colère quand j'ai discuté avec Emma Bardio de sa saga Russian Mafia et Italian Mafia. dans lesquelles elle me rappelait que, déjà elle n'aime pas trop l'idée de mafia romaine, donc je m'excuse, elle parle plutôt de mafia book, mais elle me disait, en fait, ces héroïnes qui sont parfois humiliées, etc., dans des scènes où elles sont fouettées, des choses comme ça, ce n'est pas du tout l'esthétisation du féminicide. C'est qu'en fait, elles font partie de ces gang-là. Et donc c'est tout à fait normal qu'elles subissent les mêmes outrages que subissent les autres hommes qui font partie de la bande. Et donc, ça m'a amenée à relativiser certains griefs que j'avais contre certains romans, ce qui n'empêche pas que parfois, certains romans m'énervent. Mais en tout cas, ça m'avait intéressée de me dire, ah oui, en fait, moi-même, je me suis retrouvée à avoir une espèce d'argument préconçu, d'énervement, qui était lié à une fausse idée que, ah oui, là, ça participe à l'esthétisation du féminicide, ça m'énerve, etc. alors qu'en fait ça participait aussi de la vraisemblance puisque dans la réalité je suppose que ces femmes dans les groupes mafieux et bien elles font leur fait d'armes exactement comme les hommes et j'en profite aussi peut-être puisqu'on parle de culture du féminicide pour rappeler que je suis en désaccord complet, total et intégral avec l'analyse d'Yvon Jablonka qui lui s'est empressé quand il a fait son roman justement sur la culture du féminicide moi j'avais lu ses travaux et j'avais pris ses clés d'analyse sur la contre-culture du féminicide et je m'étais dit fichtre c'est parfait la dark romance colle tout à fait à ses codes et qu'elle n'a pas été ma surprise quand j'ai découvert qu'il avait fait un article dans la vie des idées en disant que la dark romance était terrible, dangereuse et abominable et je me suis dit bah zut un homme qui a quand même pavé la voie pour définir ce que c'est la culture du féminicide qui en fait se retrouve dans le même délire de boomer pro-patriarcat je suis désolée de dire les choses comme elles sont mais j'ai été extrêmement déçue et extrêmement embêtée de me dire voilà un homme qui entend porter un regard panoramique sur un genre et qui le fait avec violence et au détriment d'électrice mais qu'est-ce qui s'est passé en fait ? Je pense que pour le coup... ça me semble assez simple en tout cas pour moi je pense que c'est juste une méconnaissance il est incapable de savoir ce que c'est que la dark romance et qui plus est la dark romance moi ce qui m'embête c'est il ne faut pas lui donner la parole sur ce sujet là c'est là aussi où il y a un biais c'est là aussi où pour moi il y a un biais dans la presse donc en plus comme justement il est ultra légitime puisque il a écrit ce qu'il a écrit et... Et il se revendique d'ailleurs, et qu'on aime bien, quand même, aujourd'hui, donner la parole aux hommes sur ces sujets-là. On leur donne la parole sur tout. Oui, alors, on leur donne la parole sur tout, mais là-dessus, évidemment. Donc, du coup, en fait, c'est juste, il ne sait pas de quoi il parle. Et comme, en plus, personne ne sait, enfin, en tout cas, dans cette population de sachants, de journalistes, de gens qui vont, voilà, etc. Pour eux, la dark romance, et qui plus est la dark romance, c'est un champ totalement inconnu.
- Fleur Hopkins-Loféron
Mais d'où le fait d'admettre... Moi, je ne dirais pas parler d'un sujet que je ne maîtrise pas, ou alors je me renseignerais énormément en amont et j'en lirais énormément. Et quand je vois qu'ils ne citent que Captive de Saint-Riven, je vais dire, il faut revoir ses méthodes de chercheur, si je peux me permettre. Et je dis ça en connaissance de cause.
- Alix Putavy
Mais je trouve qu'il y a deux choses très importantes dans ce que vous venez de dire. Déjà, comme on l'a dit, ne pas réduire la dark romance à un texte. Tout à fait. parce qu'il y a plein d'autres choses et garder en tête que mais c'est ce qu'on dit depuis le début il y a certains textes qui peuvent être problématiques pour plein de raisons et les lectrices sont les premières à les critiquer c'est ça qu'il ne faut pas oublier,
- Fleur Hopkins-Loféron
c'est qu'elles ont un pouvoir prescripteur et chaque fois qu'il y a eu des romans qui les ont embêtés elles en débattent sur les groupes Facebook c'est ça qui est formidable, c'est qu'on a l'impression que tout se passe en surface où ce serait des parents inquiets la radio les envoyés spéciaux. Mais non, en fait, elles-mêmes, elles font un travail bottom-up, pour une expression un peu startupeuse, où elles vont dire « mais ce bouquin-là, il nous embête » . Et qui a tiré la sonnette d'alarme par rapport à corps à cœur ? Ce sont les lectrices. C'est absolument pas les journalistes. C'est d'abord elles qui ont dit « on a envie d'ostraciser ce texte, le terme n'est pas trop fort parce qu'en fait, ce n'est pas de la dark romance et sur le plan légal, il est problématique » . Et en fait, elles ont vraiment une acuité, surtout, je dirais, une connaissance encyclopédique telle du genre, puisqu'elle maîtrise les tropes, elle maîtrise le langage, elle maîtrise... les schémas narratifs qui font qu'en fait, elles sont parfaitement consciences du genre et de ses règles tacites. Puisqu'en fait, ce sous-genre se construit, je disais, avec des tropes et des mécanismes narratifs qui sont communs et compris, mais aussi avec des espèces de règles de confiance, encore une fois. Ce n'est pas du tout une littérature qui va aller dans la morale. On peut aller dans l'immoral, on flirte avec l'interdit, le tabou, mais il n'y a pas une absence de moralité. on ne va pas glorifier des personnages... de serial killer sans jamais se poser sur la raison pour laquelle on le met en scène il y en a dans la Dark Commons des personnages de serial killer il y en a des personnages qui sont extrêmement ambigus mais il va y avoir un travail tel d'écriture que, et je pense à Cynthia Vennin qui est très forte là-dessus, il y a aussi Sloane Morningstar, Elodie Federer des autrices beaucoup plus de pitch black qui vont, et c'est là l'intelligence de leur écriture nous pousser à nous questionner sur l'empathie qu'on est en train de construire avec le personnage et on se dit il est quand même abominable Merci. Comment ça se fait qu'il me plaise tant ce personnage-là ? Et là, il y a quelque chose qui se construit. Je pense de même à la série You, qui avait eu beaucoup de succès sur Netflix, avec Joe Goldberg, qui est quand même un psychopathe en puissance, qui suit les femmes et qui finit, là, ce n'est pas un spoil, par tuer sa petite amie à la fin de la saison 1, parce qu'en fait, il ne peut pas la voir. Et de saison en saison, il tombe amoureuse, voilà, de manière absolument irraisonnée de femmes, qu'il va stocker, observer, maîtriser et dominer. Il y a plein de spectatrices qui l'ont trouvé... séduisant et romantique, mais tout en se disant oui, il a quand même une boîte dans sa salle de bain avec des dents. D'ailleurs,
- Alix Putavy
il me semble que l'acteur avait lui-même pris la parole pour rappeler justement que son personnage n'avait pas vocation à être séduisant. Absolument. Il est ambigu, mais l'ambiguïté est posée et elle est cultivée. Il n'était pas là pour romantiser, et c'est important aussi de le rappeler. la parole en disant mon personnage n'est pas un personnage romantique et donc il faut pas aspirer à rencontrer quelqu'un comme ça, vu comment les femmes finissent quand elles le rencontrent.
- Fleur Hopkins-Loféron
Et surtout voyons bien que là autour de ces objets culturels il y a du débat, il y a de la discussion, il y a la mise en perspective. Moi j'ai grandi avec la belle et la bête de Disney, je me rappelle pas qu'il y a eu débat à la maison sur la belle et la bête de Disney, est-ce que c'est un modèle un peu problématique ? Parce que rappelons quand même que cette petite belle qui chantait quand même des chansons, elle aspirait à une grande vie, elle voulait plus que la campagne. elle finit captive d'un monstre et finalement, juste parce qu'il est poli et il se comporte bien, elle finit par tomber amoureuse de lui. Je résume très grossièrement, mais il y a eu beaucoup d'articles scientifiques très sérieux sur le motif de la captive amoureuse et la manière dont les adjuvants que sont, je ne me rappelle plus les noms français, mais on a Lumière, on a La Théière, Madame Potte, etc. Toutes les chansons qu'ils chantent, vous regarderez La Bête et la Bête en pensant à moi, ils chantent des chansons en disant oui, mais ils se sont juste mal compris, la bête n'est pas si méchante. Ils excusent le comportement ultra toxique de La Bête et la Bête. Donc j'ai envie de dire qu'en grandissant, peut-être que j'aurais pu terminer avec un mec toxique à cause de la Béla Bête et pas à cause d'une Dark romance. Et c'est là, je pense, le biais qui est un peu oublié, c'est qu'on a eu plein d'œuvres dans la pop culture qui ont cultivé des modèles problématiques. Sur les questions de consentement et tout ça. Exactement. Et c'est là où moi, je suis en désaccord. Je suis tout à fait... Je vise les mêmes conclusions que Chloé Thibaud, qui a écrivit justement « Désirer la violence » , dans lequel elle nous montre que la pop culture a cultivé... des hommes violents et toxiques. Je pense que Ross, par exemple, de Friends, en est un très bon exemple. Rachel abandonne toute sa carrière à Paris, qui est une carrière dont elle rêvait, pour se remettre en couple avec un tocard, quand même, il faut bien le dire, qui n'a pas hésité à la tromper à plusieurs reprises. Mais là où Chloé Thiebaud, quand elle utilise ses clés de lecture pour les porter sur la Dark romance, j'ai tendance à dire attention. Là, on est vraiment dans une littérature, la Dark romance, qui est consciente de ses propres faiblesses, consciente de ce qu'elle propose et qui ne cesse, justement, de questionner le rôle d'homme toxique, badass, puisque très souvent, nos héroïnes, elles disent mais là, qu'est-ce que t'es en train de faire ? T'es complètement à la ramasse. Et elles vont contester, s'énerver. Et il ne s'agit pas du tout de guérir le personnage masculin. C'est que le personnage masculin, souvent, va faire un chemin thérapeutique qui lui appartient. En parlant en collectivité, en parlant avec d'autres hommes, en entrant en thérapie, en quelque sorte, pour se poser des questions sur son comportement. Et il ne s'agit en aucun cas de réformer un individu violent. Vous voyez bien qu'il ne s'agit pas d'un homme qui tabasse sa partenaire. Il ne s'agit pas d'un homme toxique. Il ne s'agit pas d'un homme violent. Il s'agit d'un homme qui, généralement, ne sait pas y faire. Et est lourdingue, et est un petit peu obsolète dans ses modèles dark romance et d'amour. Si ça avait été une littérature qui, d'une quelconque manière, banalisait les violences faites aux femmes, jamais, jamais je l'aurais lue et jamais je l'aurais défendue. Donc évidemment qu'aux Etats-Unis... Et dans quelques romans en France, vous trouverez des modèles de Dark romance qui sont problématiques, évidemment. Mais c'est ce que j'appelle, moi, des pommes pourries. On ne va pas contaminer le verger à partir d'une petite pomme. Les éditeurs, les autrices, les lectrices font un travail formidable d'autorégulation qui, en fait, grâce à elle, continue à questionner le genre. Mais malheureusement, dès qu'il y a une pomme pourrie comme ça, ça invisibilise complètement le genre et ça le ramène à une seule œuvre. Mais en fait, il y a une telle abondance et un tel foisonnement que, bien heureusement, c'est grief qu'on peut avoir. ils ne sont pas du tout à transposer aux gens dans son intégralité. Absolument.
- Stéphanie Vincendeau
C'est là où on parle de la responsabilité des auteurs et des éditeurs, au-delà des lectrices, qui sont quand même des sacrées gardiennes depuis toujours, parce qu'en roman, ça a toujours été le cas aussi. D'ailleurs, même parfois un peu trop. Elles connaissent tellement le sujet que parfois elles exigent des choses. C'est assez amusant. Mais ils doivent avoir effectivement cette responsabilité. face à ce qui est publié. C'est une double réflexion, parce que parmi tout ça, on parlait beaucoup des lectrices, de ce que ça peut comporter, etc. Mais il y a aussi tout un lectorat plus jeune. C'est un peu ça la question qui est la plus touchy, parce que justement, sur le consentement gris, et on se pose, moi-même en tant que mère, avec une mère d'une fille, d'une jeune fille, par rapport à tout ça, on voit bien évidemment, et même on se souvient de soi dans notre accession à une forme de maturité, d'exploration, et voilà ce que ça peut poser. C'est-à-dire qu'effectivement, l'accès de toute jeune fille dans un moment où elles peuvent être fragiles, justement en recherche d'émotions fortes, on l'a tout été aussi, ça peut être effectivement... une zone un peu... délicate ? délicate,
- Fleur Hopkins-Loféron
vraiment la question est très juste je pense que la différence que je ferais néanmoins avant d'évoquer cette question là c'est que moi par exemple j'ai grandi avec Buffy contre les vampires on préférait Spike à Angel on a toujours eu des modèles dans la pop culture où le personnage ténébreux et somme toute toxique nous attirait beaucoup plus et il n'y avait pas de mise en perspective il n'y avait pas de conversation, il n'y avait pas de mise en débat alors que la Dark romance notamment les lectrices en parlent entre elles, elles décortiquent Merci. je le vois très bien parce que je suis une petite souris cachée sur les différents forums, elle-même disait à ce personnage-là, je n'ai pas du tout aimé quand il a fait ça. Donc elle questionne elle-même les formes qui leur sont présentées. Pour autant, je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'il y a une espèce de chemin à faire. Généralement, quand je fais des recommandations, je ne dis pas du tout de commencer par de la pitch black, parce qu'effectivement, c'est des scènes, mais comme l'extrême horreur, comme certains thrillers qui peuvent être difficiles. Et tout de même, je rappellerai que... Que ce soit l'extrême horreur ou les polars ou le thriller, il n'y a pas souvent les avertissements. Il n'y a pas de signalétique en quatrième de couverture. Il n'y a pas d'adresse de la part de l'autrice. Il n'y a pas non plus tous ces clubs de lecture dans lesquels ils discutent.
- Stéphanie Vincendeau
Oui, mais là, on dit la dark. Mais il n'en reste que c'est un livre. On peut aussi l'esthétiser énormément avec des formes, une esthétique qui nous attire et qui attire aussi les jeunes filles. ce que ne feront peut-être pas l'horreur ou les thrillers où là on vous dit d'emblée alors effectivement il n'y a pas de trigger il n'y a pas de conversation en revanche le sang et même comme ça elles y vont parce qu'on a envie d'aller explorer des choses et après on s'en veut mais peu importe alors que là il y a un esthétisme et il y a l'histoire d'amour et si on a commencé par un genre qui est la dark romance justement Donc... Voilà, c'est plus ça qui fait qu'il faut être...
- Fleur Hopkins-Loféron
Absolument, et j'ai fait beaucoup de formations pour les médiathécaires, les bibliothécaires, c'est vrai que généralement je leur fais une espèce de trousse de secours, c'est-à-dire une liste par niveau 1, niveau 2, niveau 3, et en le recommandant justement aussi les libraires et les médiathécaires et les professionnels du livre d'avoir aussi un système de gommettes par exemple, de gommettes, d'affichage explicite ou la dark romance, alors c'est pas toujours évident en bibliothèque, et notamment moi je recommandais de ne pas le ranger en young adult, par exemple de le mettre en adulte. sauf peut-être la romantésie, mais voilà, d'être un peu conscient en tout cas des romans qui sont présents. Et par exemple, les Cynthia Avendine, on les range en adultes et on fait une petite signalétique réservée aux plus de 18 ans. Je leur disais aussi de reposer en toute confiance sur la signalétique qui est celle de la quatrième de couverture, puisque les éditeurs, vraiment, là, font un travail qui est admirable, en fait, parce qu'ils ne prennent pas du tout leur lectrice pour des imbéciles. Ils vont vraiment estimer l'âge. Je suis toujours embêtée par rapport à ce degré de maturité, parce qu'on vit tous différemment. Mais en tout cas, je pense que c'est une sécurité. Évidemment, ce n'est pas prescriptif au sens où, contrairement au jeu d'argent, contrairement aux cigarettes, il n'y a pas d'interdiction à vendre un livre au moins de 18 ans. Roncière, à un moment, avait essayé de mettre l'ombre d'Adeline sous blister et Cultura avait, de manière très arbitraire, décidé de ne donner le livre que... Sur présentation de la carte d'identité, ce qui n'est pas applicable, légalement on n'a pas eu le droit d'interdire la vente d'un livre. Pour autant, je pense qu'il y a une responsabilité, et je dis ça sans être Solenn parce qu'elles en sont toutes et tous parfaitement conscients, il y a effectivement une responsabilité des professionnels du livre. Les médiathécaires, les éditeurs, mes éditeurs font déjà très bien le job, les libraires, voilà tout simplement je pense déjà dans le rangement, dans la signalétique qui peut simplement être un système de gommettes, un système de cartes, un système de panneaux, puisque moi souvent je me suis cachée à la FNAC et... à Cultura pour voir en fait qui venait et effectivement je voyais souvent des mamans avec leurs filles et des mamans qui ne sont que trop contente de voir que leurs filles lisent et qui ne se rendent pas nécessairement compte parce qu'en plus de ça oui les livres sont des très beaux objets il y a aussi ce rapport à la collection puisque par la suite les jeunes filles vont souvent constituer leur collection les mettre en avant il y a ce rapport du collectionneur et du sachant aussi elles vont avoir leur propre petite encyclopédie à portée de main pour autant moi je suis toujours très précautionneuse par rapport aux enfers littéraires Je fais attention de moraliser la littérature. J'ai pu lire très tôt les chants de Maldoror, j'ai pu lire des BD comme Drouna, Lolita. Je n'en suis pas sortie traumatisée, mais je suis d'accord sur le fait qu'il faut en débattre, en parler. Et puis tout n'est pas tout public, c'est un fait. Tout à fait. C'est important que les livres ne tombent pas dans les mains de n'importe qui. Tout à fait, mais c'est là où il faut des espaces. Et puis surtout, ça nous amène aussi ce que ça de M. Jabuca. La connaissance, c'est-à-dire qu'en fait, il y a un moment donné, il faut aussi un peu, et les parents sont aussi responsables, c'est pas juste les auteurs, les éditeurs, il faut un tout petit peu quand même se réveiller et se dire, bon ben voilà, ok, mon enfant... Et les documentalistes, moi j'ai été très agréablement surprise de voir qu'elles... Il y a peu de documentation, alors là, on est sur ce genre de guide...
- Stéphanie Vincendeau
Mais elles font le job de se renseigner, j'ai même été contactée par une documentaliste qui lançait un club de lecture dark romance, et ça, je trouve ça formidable parce que... Elle disait, j'en ai beaucoup qui en lisent, je n'ai pas envie de rester en dehors du phénomène, j'ai envie de leur donner un espace où en parler. Et je pense que c'est aussi ça, en fait, c'est de créer des espaces où on ne déconsidère pas la parole jeune sur le principe qu'elle serait jeune, et donc inaudible et stupide et naïve, mais de leur dire, d'accord, vous aimez Linda Dark romance, pourquoi est-ce que vous ne feriez pas une fiche de lecture sur un roman que vous avez aimé ? Expliquez pourquoi. Et du coup, on en parle, de ces... Est-ce qu'il y a une scène qui t'a embêtée ? Pourquoi ? Et je... Voilà, c'est peut-être un peu idéaliste de ma part, mais... Je vois aussi très bien la manière dont la dark romance peut être aussi greffée à des cours d'éducation à la vie sexuelle, émotive et émotionnelle. Puisqu'en fait, c'est aussi un prétexte pour parler de sensualité, d'émotion féminine et aussi du droit au fantasme. Puisqu'encore une fois, ce n'est qu'un terrain de fiction. Mais je suis tout à fait d'accord avec vos analyses. Moi, je pense qu'il faut responsabiliser les adultes référents, sans qu'eux-mêmes soient dans l'interdit ou dans la moralisation. Mais en tout cas, de pouvoir eux-mêmes peut-être être en quête d'interlocuteurs, d'espaces bienveillants pour échanger. Et surtout que ça ne devienne pas un objet tabou. Parce qu'à partir du moment où cette littérature-là se lit en secret, en tabou, ça veut dire qu'on n'a plus le droit d'aller en parler, de poser des questions. Au contraire, si on dit, qu'est-ce que tu lis ? Je ne savais pas que tu lisais ça, pourquoi tu lis ça ? S'intéresser, poser des questions. Et voilà, encore une fois, les lectrices sont bien moins naïves qu'on le croit, bien moins bêtes qu'on le croit. J'en ai eu beaucoup plus jeunes qui me disaient, ah non, mais moi, je n'aime pas du tout les scènes de sexe, je les saute, par exemple. Je ne lis pas ces pages-là. Donc voilà, elles font un travail autorégulateur à leur échelle, entre copines. Je ne pense pas qu'il faille interdire ces On vous livre, mais je pense qu'il faut continuer en tout cas à développer cet appareil paratextuel. Et c'est là où moi j'aurais adoré, mais en tout cas les conversations que j'ai eues avec les éditeurs ne vont pas en ce sens-là, qu'il y ait par exemple une signalétique à peu près uniforme entre les éditeurs. Ça aurait été chouette qu'il y ait quelque chose niveau 1, niveau 2, niveau 3. Parce que par exemple, il y en a certains qui mettent public averti, pour moi ça ne veut rien dire. Public averti, ça peut être à partir de 12 ans. Enfin pour moi, ça ne veut pas dire interdit aux moins de 18 ans. Et il y en a d'autres, très explicitement, c'est moins de 18. Ça c'est pas mal, c'est beaucoup plus explicite. Donc j'aurais adoré, moi, qu'à un moment, il y ait une espèce de consensus où on est. Par exemple, moi, je trouve ça très bien. C'est le système que j'ai adopté parce qu'il est pratiqué aux Etats-Unis. Tête de mort et flamme, ou peu importe, on peut mettre piment, peu importe le symbole qu'on choisit, mais qui a à la fois la noirceur et l'érotisme. Parce que ça, je ne le dirais jamais assez. Il peut y avoir des romans dans lesquels il n'y a pas de sexe. Mais par contre, les thèmes développés sont tellement sombres. Je pense à Pénélope Douglas, à T.M. Frazier, qui très souvent nous parlent d'abus familiaux, nous parlent d'addiction, nous parlent de drogue. de dépression, ça peut être de troubles du comportement alimentaire. Ça peut être très difficile à lire quand on a 12 ans et beaucoup plus qu'une scène de rapport sexuel. C'est là-dessus où j'aurais beaucoup aimé qu'il y ait une signalétique qui distingue la noirceur de la sensualité et vraiment quelque chose de beaucoup plus clair en termes de moins 18, public averti. Mais en tout cas, il y a déjà en termes de paratextuel un beau travail qui est fait en termes de trigger warning, en termes de numéro d'écoute parce que ça aussi c'est quelque chose qu'on ignore souvent. Il y a des numéros d'écoute, enfin numéro, il y a des adresses. C'est-à-dire des moments où les autrices prennent la parole. Et il y a même, j'ai vu ça dans le Legstone 2 tout récemment, c'est beaucoup pratiqué aux Etats-Unis, très peu en France. Parfois même, avant un chapitre difficile, on réintègre un trigger warning en disant ce chapitre est une scène de torture, tu as le droit de le sauter. Donc voilà, il faut vraiment se dire que les dark romance aussi pensés comme des objets paratextuels, lus en communauté et lus dans un rapport de confiance. Jamais les autrices ne cherchent à traumatiser leur lectrice ou à leur faire du mal. Et elles disent très bien ce qu'il en est en début de roman. Donc... Moi, j'invite à chaque fois les adultes, je leur dis, mais Solenn un par curiosité. Lisez un des romans que votre fille a lu et entrez en conversation avec elle. Il ne s'agit ni de l'humilier, ni de la juger, ni de la mettre mal à l'aise, mais déjà de lui montrer que vous vous intéressez à sa pratique sans la juger, sans qu'elle soit ostracisée ou pratiquée en cachette. Je pense qu'il faut des safe places pour en parler. Et l'école peut en être un, la bibliothèque peut en être un, les clubs de lecture entre copines peuvent en être un. Mais en tout cas, elles ont déjà ressenti ce besoin-là. C'est pour ça que sur Facebook, il y a énormément de groupes, sur TikTok, dans les commentaires, elles ont déjà. identifié qu'elles ne pouvaient pas rester en vase clos avec leur lecture. Donc elles en parlent déjà entre elles et notamment les scènes qui les choquent, elles en parlent. Elles en parlent abondamment. Pas d'enfer littéraire, c'est un peu ça mon résumé. Je suis contre le fait de moraliser la littérature parce que c'est la porte ouverte à la bien-pensance, à censurer des œuvres qui ne devraient pas l'être. Mais effectivement, je crois fort dans le fait de responsabiliser les adultes référents et surtout les inviter à en lire, à ne pas... tout simplement reposer sur une émission un peu putatière qui va leur dire c'est dangereux, ça va pervertir votre enfant, Solenn et voyez et pensez à ce que vous vous avez lu quand vous étiez plus jeune, qu'est-ce que ça vous renvoie et ça peut être surtout un moment, dans un âge clé de formation d'entrer en conversation avec son enfant et de lui montrer de l'intérêt,
- Alix Putavy
c'est aussi ça c'est lui montrer de l'intérêt il y a quelque chose d'hyper intéressant dans ce que vous venez de dire, c'est que en fait il y a différents type de sujets qui sont abordés dans les textes et en fait ça n'est pas et ça même ça ne doit pas être la sexualité qui doit être la chose la plus choquante c'est même parfois très rare dans la Dark romance, la Dark romance ça aborde plein de sujets et plein d'ambiances qui peuvent être très sombres donc déjà il y a une responsabilité de la part des auteurs, autrices et des éditeurs et éditrices de bien accompagner ces sujets parce que quand on traite d'un sujet lourd il faut s'assurer de bien le traiter mais surtout en fait en tant que lecteur, on ne doit pas être choqué par la sexualité libre, ça à la limite, ça nous intéresse, ça ne nous intéresse pas, mais c'est plus sur les sujets à côté, comment est-ce qu'on les accompagne, est-ce qu'on les accepte ou non, parce que je pense que juste critiquer la dark romance parce que c'est une émancipation de la sexualité, c'est évidemment ridicule, parce que je châte ça, tant que ça est en plus dans la légalité, chacun fait ce qu'il veut, on peut aimer ou ne pas aimer, mais... Il y a plein de sujets en fait annexes et c'est surtout ces sujets annexes je pense que se cristallisent peut-être les angoisses etc. Mais effectivement il y a la responsabilité des autrices et des éditeurs et éditrices qui doivent faire en sorte que le travail soit bien fait par rapport à ça et des adultes accompagnant les enfants, les jeunes si c'est des jeunes qui lisent ou après... Les parents et même les profs. Oui voilà, tous les adultes accompagnant de se questionner l'action.
- Stéphanie Vincendeau
La connaissance de ce genre... en littérature et même de tous les gens. Je pense qu'aujourd'hui, ça c'était aussi très utopique de ma part, mais je me suis toujours interrogée pourquoi il n'y avait pas plus de travail entre les profs de français et les éditeurs de littérature jeunesse et dark romance en particulier. Parce que justement, le récit, on voit bien, l'imaginaire, le rapport à l'histoire, il est en train de complètement évoluer. Voilà. Et que sans abandonner la littérature classique, les grands auteurs, etc., il n'empêche que la réalité narrative, elle est là. Et justement, ça permettrait de débattre et ça permettrait aussi à eux de rentrer dans des zones d'échange qui sont quand même importantes.
- Fleur Hopkins-Loféron
C'est au-delà d'eux. Ça tient aussi au programme. Et n'oublions pas que côté gouvernemental, il y a quand même eu le rapport de la haute commission à l'égalité entre les hommes et les femmes. qui a dénoncé l'Anarch Romans en lisant Captive the Stéphanie Vincendeau. Dans un des rapports, il y a une phrase en disant c'est de la dark romance toxique, ils ont feuilleté Captive the Stéphanie Vincendeau.
- Alix Putavy
C'est malvenu du gouvernement de nous parler des rapports entre les hommes et les femmes, si je peux me permettre.
- Stéphanie Vincendeau
Qu'il dit de vous.
- Alix Putavy
Sans rentrer dans des débats politiques, c'est peut-être malvenu qu'il nous donne des consignes, ou en tout cas des conseils. Mais, voilà. Passons. On a parlé en fait de plein de choses et vous avez anticipé plein de questions dans cet épisode, mais peut-être pour faire une première conclusion, qu'est-ce que vous aimeriez que les gens retiennent, soit après avoir lu votre texte ou après avoir écouté l'épisode, parce qu'évidemment vous pouvez écouter l'épisode sans forcément avoir lu le texte, c'est quoi le ou les messages principaux, même si on s'en doute un peu, mais peut-être pour résumer un peu tout ce qu'on vient de se dire.
- Fleur Hopkins-Loféron
Je pense déjà fondamentalement le droit de lire ce qu'on veut lire. Je pense que ce guide amoureux de la Dark Remains, il était aussi là pour défendre un genre mal aimé, un genre marginalisé. Et c'était ça mon point de départ, tout comme le travail que j'ai pu faire sur le body horror et sur l'horreur en général. C'était surtout rappeler que ce ne sont pas des formes pauvres. Ce n'est pas parce que ce sont des formes marginalisées et occultées qu'elles n'ont pas le droit d'être défendues et surtout analysées de manière sérieuse. Je pense déjà ça, il y avait cet Alix Putavy de liser ce que vous aimez et de la même manière, vous avez tout à fait le droit de ne pas aimer. mais ayez la curiosité, en tout cas de lire, ne serait-ce qu'un exemplaire, de vous intéresser un peu à ces phénomènes-là avant de les juger. Je trouve ça toujours extrêmement dommageable pour l'esprit critique de laisser un article qui va être très négatif sur un genre, sur un phénomène culturel, penser à votre place, et pour moi c'est vraiment un appauvrissement de l'esprit critique. Donc ce serait déjà ça, je pense, le message global. Soyez curieux, si vous n'aimez pas, il n'y a pas de problème, allez voir un peu ce qui se dit sur les forums. Allez voir de première main pourquoi l'électrice se passionne pour ce sous-genre. Restez curieux, ne laissez pas certains individus de tout poil dire ce que vous devriez aimer et penser. Après, concernant la Dark romance, je pense que c'était aussi ça le fond du propos, celui de rappeler qu'il y a une très grande diversité dans ce sous-genre, que ce n'est pas que captif de ça à Ravens. Il y a une abondance de textes, il y a une abondance de sous-genre, de degrés aussi de noirceur et de sensualité. Rappelez aussi que la dark romance, contrairement à ce qu'on a pu croire, Ce n'est pas forcément le renforcement de l'hétéropatriarcat, c'est aussi une littérature qui peut être militante, qui peut être politique, ce qui ne veut pas dire que tous les romans de Dark romance le sont, ni toutes les dark romance, évidemment. Il ne s'agit pas d'être parfaitement aveugle à la grande diversité de ces dark romance. Évidemment qu'il y a du bon et du moins bon, évidemment qu'il y a du bien écrit et du moins bien écrit, mais je pense que sur le terme sociologique, en fait, ça nous raconte quelque chose de passionnant sur un territoire de conquête. Cette idée que la dark romance qui a été longtemps, été... méprisées, et Magali Biget, que je citais plus tôt, a longtemps travaillé sur ce sujet, ça devient un espace de lutte et de conquête pour les femmes. Et rien que pour ça, moi je trouve ça formidable, et ça devient presque une zone à défendre, en quelque sorte. Moi, je militerais toujours que j'aime ou pas la dark romance, c'est même pas la question, pour que les femmes aient des territoires dans lesquels elles s'expriment aussi en non-mixité choisie. Et la Dark romance a, voilà, cette primauté, cette primeur d'être un lieu dans lequel les femmes parlent de leurs sentiments, de leur sensualité, mettent... Les mots sur le corps, je disais plus tôt, on peut parler de clitoris, de vaginisme, on peut parler de deuil, on peut parler de solitude, on peut parler d'expériences féminines qui ne passent pas par le truchement de la fétichisation masculine. Et je pense qu'en termes d'expérience de lecture, ça fait du bien aux femmes de lire des textes qui leur ressemblent. Et aux Etats-Unis, en plus, on a aussi de la dark romance non-binaire, queer, asexuelle. Donc il y a vraiment cette idée que la littérature est devenue un champ politique et un champ qui est aussi un miroir déformant des enjeux contemporains. Donc en fait, ça répond à un besoin. Et dès lors qu'on voit que la littérature participe d'un besoin, d'un appel, d'un désir qui n'est pas que sexuel, mais qui est aussi une envie d'être représentée, de voir ses propres sentiments, son propre vécu mis en page, mais qui sommes-nous les uns et les autres pour interdire à certaines communautés d'être représentées, de se sentir concernées par une littérature ? Je pense que la conclusion, ce serait vraiment de dire... La Dark romance, ce ne sont pas des histoires d'amour toxique par pitié. C'est beaucoup plus complexe que cela. Ce sont plutôt des histoires d'amour qui repoussent les tabous et les interdits et qui nous-mêmes nous mettent face à notre propre pudibonderie, en fin de compte. On a de la Dark Rom-Com qui peut être très drôle. On a du pitch black qui peut être beaucoup plus sombre. Soyez curieux, feuilletez, Solenn. Ayez la curiosité aussi de repenser à des films que vous avez pu... voir dans votre jeunesse, qui en fait étaient déjà des prototypes de Dark romance, des BD que vous avez pu lire, The Crow par exemple, la BD de James O'Barr adaptée par Alex Proyas, c'est de la Dark romance, la Belle et la Bête c'est une forme prototypique de Dark romance, la Belle et le Clochard c'est quand même une jeune femme, jeune femme chien mais qui tombe amoureuse d'un bad boy, on a consommé en fait de la Dark romance à nos corps défendants, donc voilà l'idée c'est plutôt je dirais de ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus et et d'avoir la curiosité de s'intéresser à des formes que, légitimement, on n'aurait pas forcément lues et qui, en fait, sont aussi au diapason de notre société contemporaine.
- Alix Putavy
Et puis, vous avez le droit de ne pas aimer certains livres et de même de critiquer ou de porter un regard critique sur le texte en disant, ça, je ne cautionne pas parce que ça ne me plaît pas. Et puis, d'en lire un autre. C'est tellement riche, la Dark Commons. C'est un truc que vous pouvez... porter des critiques légitimes sur certains textes sans que ça veuille dire que toute la dark romance est à mettre dans le même panier. Et c'est ça aussi sûrement qui fait évoluer le genre comme n'importe quoi. Accepter de faire des critiques constructives sur certains textes pour que potentiellement ça soit mieux traité, mieux géré dans un forum.
- Fleur Hopkins-Loféron
C'est le cas sur les forums. C'est le cas sur les forums. Il y a beaucoup de lectrices qui disent, par exemple, je n'ai jamais vu de roman qui parlerait d'une femme infertile qui cherchait à avoir un enfant. Est-ce que vous pouvez écrire une fanfiction Dark romance dans laquelle il y a ce sujet-là ? Donc au contraire, ça devient un reflet des vécus, et chacun sera à même ou pas de s'identifier au héros. Et ce n'est pas grave de ne pas aimer la Dark romance. En tout cas, c'est ce que j'aimerais aussi dire aux lectrices qui aiment déjà la dark romance, on a tout à fait le droit d'aimer la dark romance et de ne pas aimer la Dark romance. On a toutes et tous des sensibilités différentes, et il y a des choses qui vont nous parler, d'autres qui vont moins nous parler. Dans l'abondance de romans que j'ai lus, il y en a que je n'ai pas aimé. Et ce n'est pas grave. Pour moi, ça prenait la température d'un phénomène et ça montrait aussi la très grande diversité. Heureusement que ce n'est pas toujours la même histoire d'amour qu'on nous raconte. Heureusement qu'on a des sentiments et des émotions très diverses qui nous sont proposées dans ces textes. Mais en tout cas, ne laissez jamais quelqu'un prescrire ce que vous devriez lire ou ne pas lire, aimer ou ne pas aimer. Je pense que là, c'est le début de la fin de notre expérience de lecteur. Il faut être vigilant par rapport à ça, de ne pas laisser s'imposer. certains phénomènes culturels et de rester critique dans tous les sens du terme par rapport à ses propres mots. Accepter de bien aimer certaines choses et de ne pas en aimer d'autres. Il n'y a pas de honte à aimer la dark romance, je pense que c'est aussi ça. Encore une fois, je vous ai dit que moi, j'ai fait ce chemin de croix où je détestais la dark romance et finalement, il y a plein de trucs très chouettes en dark romance et même si j'ai fini d'écrire ce bouquin-là, je continue d'en lire. Parce qu'il y a des autrices dont j'ai adoré la plume et je suis curieuse de voir ce qu'elles font à présent.
- Alix Putavy
Ça peut être un bon moment pour passer au reco du jour. Donc on va laisser d'abord Solenn. Nous faire sa reco du jour.
- Stéphanie Vincendeau
C'est la reco d'Édith
- Speaker #3
Aujourd'hui, je vais vous parler du roman The Will of the Many de James Islington. C'est le tome 1 d'une biologie. Dans ce roman, on suit l'histoire de Vis Telimus, un orphelin qui vit dans un monde où l'élite exploite la volonté, c'est-à-dire l'énergie mentale podcast inférieures pour alimenter leurs forces et maintenir leur supériorité. Vis va être adopté par un sénateur reconnu qui va lui faire intégrer l'Académie, l'école qui forme les futurs dirigeants de la société. Mais en réalité, cette adoption n'est qu'une façade. Son père adoptif lui demande d'intégrer cette école pour tenter de résoudre un meurtre qu'il n'a jamais réussi à élucider. Viz va devoir faire semblant de s'intégrer à l'Académie, où la rivalité et les coups bas sont de mise, et gravir les échelons pour devenir le meilleur, et donc avoir accès aux informations tant convoitées par son père adoptif. L'intrigue de ce livre est... tellement complexe que je ne peux pas pleinement la résumer ici, mais ce qui est certain c'est que cela faisait longtemps que je n'avais pas lu une dystopie aussi bien menée et prenante. L'auteur réussit à nous tenir en haleine tout au long de notre lecture et j'ai très hâte de découvrir la suite dans le tome 2.
- Stéphanie Vincendeau
C'est la reco d'Édith. Écoutez, peut-être que vous pourriez nous faire une dernière recommandation, soit d'art dark romance pour rester dans ce que vous venez de nous dire ou alors complètement autre chose, le but c'est vraiment... de proposer un ou des textes à nos auditeurs et auditrices.
- Fleur Hopkins-Loféron
Non, mais je vais recommander. J'aurais pu recommander plein de choses, mais je vais recommander une Dark romance, comme ça, on va être d'accord. Je recommande souvent la même, mais parce que moi, ça a été une très belle lecture et qui, je pense, est très représentative de la dimension politique, amoureuse de cette littérature-là. C'est Memento Mori, de Lily Degaine et Annie Ellie, qui est une histoire d'une jeune femme qui a une jumelle qui a disparu suite à une agression par l'oncle qui était un producteur de cinéma. Lui-même, cet oncle terrible, veut retrouver où se trouve cette jumelle-là et où se trouve leur enfant, un enfant qui a été caché. Et donc, il va s'en prendre à la jumelle qui reste, qui s'appelle Bélone, je crois, si ma mémoire est bonne. Il va donc payer un tuer à gage qui est là pour faire semblant d'être son protecteur. Mais en fait, il est là pour l'éliminer une fois qu'il aura eu l'information. Et vous vous en doutez bien, il tombe amoureux. Et ce que j'ai beaucoup aimé dans ce roman, déjà, c'est très bien écrit. C'est deux très belles plumes, Lili de Gagne et Enielli. Mais en plus de ça, ça nous parle vraiment de Me Too. On est vraiment dans une situation dans laquelle notre héroïne, elle n'ose pas au début entrer en sororité et soutenir la parole des victimes d'agressions sexuelles. Et en fait, elle va faire son chemin et devenir une femme en colère triomphante. Et c'est une très belle proposition en fait que nous fait ce texte-là. Je dirais que c'est plutôt niveau 2 ou niveau 3. Il n'est pas tout à fait pitch black, mais ce n'est pas non plus tout public, mais très beau, très poétique. Voilà, c'est une très belle rencontre avec ce texte. Et là-dessus, j'invite vraiment aussi les auditeurs à chercher les plumes qu'ils aiment. Parce que ces autrices vraiment développent des plumes très singulières qui leur appartiennent. Laura Ezrena, par exemple, quand elle avait fait « Douce folie meurtrière » , c'est vraiment une plume très décadente, très loteriamont. Donc vraiment, vous allez aussi entrer en rencontre avec des textes où les plumes ne sont pas du tout uniformes. Donc Memento Mori, je pense que c'est une bonne recommandation, un beau coup de cœur et qui convaincra, je pense, une partie des auditeurs et des auditrices que ces textes sont profondément politiques.
- Alix Putavy
Merci beaucoup. Moi, un texte qui n'a rien à voir, mais qui rebondit sur le principe politique de la parole des femmes, c'est un autre essai de la maison Éditions La Meute. J'ai commencé à vous en parler à la fin de la saison 1 avec ma découverte de cette maison d'édition qui va devenir mon obsession si je ne me calme pas. Et donc, ce texte-là en particulier, c'est "Pas tous les hommes quand même ! " de Giulia Foïs. Le but de la meute, c'est de faire des textes sur le patriarcat, sur la société, sur le féminisme. Chaque texte est un micro-angle de vue. Enfin, micro, non, parce que tout est important. Mais ça prend les questions sociétales et patriarcales selon un angle de vue en particulier. Et donc là, le fameux "Pas tous les hommes quand même ! " . Le but, c'est de répondre à ces remarques qui sont faites. de la part de celles et ceux qui continuent à défendre ce système. Et donc, à chaque fois, je trouve que les livres nous donnent des arguments, justement, pour répondre à toutes les personnes qui, quand on parle des hommes, disent quand même pas tous les hommes.
- Fleur Hopkins-Loféron
Il ne faut pas répondre à tous les hommes, mais toujours les hommes.
- Alix Putavy
Voilà. Et puis, ça donne aussi du contexte, ça donne des chiffres, ça donne une explication à chaque fois à cette remarque en quoi c'est dangereux aussi de continuer à dire ce genre de choses. donc je vous recommande celui-là parce que c'est un de ceux que j'ai lu cet été mais vraiment je pense que vous pourriez lire tous les livres de la meute les yeux fermés parce que tout est vraiment passionnant et voilà ça vous donne des armes si vous vous sentez justement un petit peu désarmé face à des arguments qui n'en sont en plus même pas de "Pas tous les hommes quand même ! " ça ne veut rien dire, ça vous donne les arguments ça contextualise et si vous le pensez vous-même "Pas tous les hommes quand même ! ", lisez aussi ce livre pour savoir ce qui se cache en fait derrière cette phrase ce que politiquement et socialement ça continue de véhiculer le fait de défendre ce genre de choses donc voilà, lisez ce livre et lisez la meute d'une manière générale
- Stéphanie Vincendeau
Merci Alix Moi je vais parler d'un livre que je lis en ce moment un livre de la rentrée et que je trouve j'ai quasiment terminé que je trouve absolument génial d'une autrice qui s'appelle Lucie Rico chez POL elle avait écrit son précédent roman GPS dont on avait pas mal parlé Et le titre là c'est Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? Et donc Jennifer c'est la narratrice et l'héroïne du roman. C'est assez difficile de résumer parce qu'en fait il y a tellement un travail fait sur la langue pour mettre en situation la société justement et l'état dans lequel elle est. Mais pour résumer, j'aime pas faire ça, c'est l'histoire de Jennifer qui travaille en freelance chez elle. qui notamment rédige un peu à la chaîne des rapports pour des DRH, des rapports de comité, enfin voilà, donc des textes finalement assez violents. Et donc le roman commence où en fait son ordinateur est en train de la lâcher, mais quand vous verrez, quand vous découvrirez Lucie Rico, tout ce qu'elle dit et tout ce qu'elle écrit a un sens, et c'est ça qui est absolument génial. Et donc son ordinateur va la lâcher, donc elle va se retrouver un peu démunie, et puis une phrase va surgir en fait dans son esprit. Une phrase qui va, comme ça, occuper toute la place qui reste de manière presque obsessionnelle. Et une phrase où ça s'arrête, en fait, ça s'arrête sur le « et » . Il n'y a pas de suite et elle ne comprend pas, en fait. Elle se dit « mais qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que c'est que cette phrase comme ça qui m'obsède ? Ça a visiblement un lien avec mon enfance. » Enfin, c'est vraiment quelque chose de très obsédant. Donc elle va d'abord interroger sa famille et on va se rendre compte aussi de la violence intrafamiliale, de la mémoire. Enfin, voilà. et puis elle va, d'ailleurs c'est dit en quatrième de couverture je crois que c'est assez dingue elle me dit pour me reconstituer moi-même je vais choisir la méthode de reconstitution criminelle donc en fait elle va pour aller convoquer cette mémoire refaire l'appartement dans lequel la scène s'est passée et être comme ça et s'être entrecoupée de plein de choses, vous verrez de son quotidien, de ses liens donc encore une fois à sa famille c'est brillantissime On est quand même dans une société qui a tendance à trop souvent nous éteindre le cerveau. Et là, en l'occurrence, cette lecture, on a l'impression qu'elle recrée des... Enfin, en tout cas, moi, c'est l'effet que ça m'a fait. Et d'ailleurs, j'ai trouvé ça cool parce qu'une amie éditrice disait absolument la même chose. C'est vraiment... J'avais l'impression que les connexions se faisaient à plein de niveaux et c'était absolument génial. Donc, lisez ce texte de Lucie Rico. Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? ?
- Alix Putavy
Je pense que ça donne très envie. Merci beaucoup Fleur pour cet épisode Merci beaucoup
- Stéphanie Vincendeau
C'était passionnant évidemment J'espère surtout que ça va contribuer justement à ce qu'on disait à la connaissance une meilleure connaissance de ce qu'est la dark romance de ses enjeux
- Fleur Hopkins-Loféron
C'est tout ce qu'on peut souhaiter
- Alix Putavy
Merci infiniment Merci pour votre écoute Vous pouvez retrouver tous les épisodes de On vous livre sur toutes les plateformes et on vous dit à très vite