- Speaker #0
Nos cheveux ont longtemps été commentés, regardés, jugés.
- Speaker #1
Mais derrière chaque boucle, chaque frisure, chaque texture, il y a bien plus.
- Speaker #0
Il y a des histoires, des cultures, des souvenirs et parfois des blessures.
- Speaker #1
Souvent une fierté qu'il a fallu apprendre à construire.
- Speaker #0
C'est une question d'identité, de racines et de récits.
- Speaker #1
Ce qu'on nous a appris à aimer, à taire ou à transmettre.
- Speaker #0
Nous, c'est Marc et Mélissa, afro-descendants, français,
- Speaker #1
enfants d'histoires croisées comme beaucoup d'entre vous.
- Speaker #0
Nous avons créé Fichu, une marque dédiée au bien-être des cheveux mixés et texturés.
- Speaker #1
Et très vite, on a compris qu'il fallait aussi prendre soin de ce qu'ils racontent.
- Speaker #0
À travers ces conversations, nous cherchons à démêler ce qui se joue derrière les cheveux.
- Speaker #1
Ce qu'ils disent de nous, de nos héritages et de notre manière d'habiter le monde.
- Speaker #0
Bienvenue dans Ornée.
- Speaker #2
Alors, juste une question. On regarde les caméras ou pas du tout ? Non, pas du tout. Ok, c'était bon, ça va. Je vais laisser au moment, mais je ne savais pas si on voulait des fois qu'il y ait des petits... Mais voilà, du coup c'est bon.
- Speaker #3
Bonjour Anna.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #3
Je suis ravie de t'accueillir pour ce nouvel épisode d'Ornée. Merci d'avoir accepté notre invitation. Avant de commencer, est-ce que je peux te demander de te présenter pour les personnes qui ne te connaîtraient pas ? Et nous expliquer aussi un petit peu ce que tu fais.
- Speaker #2
Je m'appelle Anna, j'ai 26 ans, officiellement 25. Et moi, je suis créatrice de contenu depuis à peu près 3-4 ans maintenant, je dirais. Je suis axée beaucoup de beauté, j'aime un peu le lifestyle, la mode, assez classique on va dire. Et j'aime réinventer.
- Speaker #3
Ok, super, merci beaucoup. Tu as un concept que, enfin en tout cas que moi je trouve assez novateur. Moi je fais partie d'une génération qui n'a absolument rien à voir avec la tienne. Donc je découvre un peu une nouvelle façon de raconter. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce concept, comme ça les auditeurs vont pouvoir suivre un petit peu ?
- Speaker #2
Je pense que tu parles du sujet en tort.
- Speaker #3
Ouais.
- Speaker #2
Et en fait c'est un concept, je n'ai pas spécialement inventé, les Américains font tout avant nous, mais... C'est vrai qu'en France, il n'y en avait pas beaucoup quand j'ai commencé. Et c'est le principe de reprendre des histoires d'abonnés et de les raconter à la première personne en faisant une activité pour le côté un peu satisfaisant. Et du coup, de poser un peu une thématique. Et donc, du coup, moi, c'était le suis-je en tort de... Et à chaque fois, il y a une question. Et j'aime bien parce que ça apporte du débat dans les commentaires. Il y a aussi des gens qui commencent, ils disent, bah, mais j'ai mis la même situation. Voilà comment moi, j'ai réagi. Est-ce que j'ai raison, pas de tort ? Enfin, voilà, c'est amené au débat. Il n'y a pas forcément de bonne réponse.
- Speaker #3
mais moi je donne mon avis parfois et c'est juste le fait d'amener un peu comme un forum mais avec une voix et donc pour être sûre que je comprenne bien ce sont tes abonnés qui t'envoient leur situation et donc toi tu racontes un peu à la première personne donc tu incarnes un petit peu ton abonné et
- Speaker #2
donc tu racontes à la première personne son histoire et donc c'est comme ça que se fait l'échange et en fait comme en général je les prépare un peu en amont et du coup j'échange avec la personne je pose des questions, j'essaie d'imaginer un peu les questions boum qu'on va me poser en commentaire. Et je me dis, ok, donc, est-ce que je peux avoir un plus de détails sur ça ? C'est quoi le passif avec cette personne ? Parce que quand tu me racontes ton histoire, on n'a que ton point de vue. J'aimerais bien en savoir un peu plus. Et ça me permet aussi un peu de cerner les gens, voir un peu leur personnalité, etc. Et du coup, de vraiment l'incarner à la première personne. Parce que si c'est juste une personne qui me dit que je suis en colère parce qu'il m'est arrivé ça, je suis en mode, d'accord, mais est-ce qu'on peut avoir un peu plus ? Et après, moi, j'ai toute la situation et là, je suis vraiment en colère. Donc, moi, je l'incarne, c'est mieux. Donc, je trouve ça plus intéressant.
- Speaker #3
Oui, je comprends. Et qu'est-ce qui t'a donné envie de faire ça ? Comment ça t'est venu ?
- Speaker #2
J'ai toujours été une grande pipelette. Mais vraiment, d'ailleurs, à l'école, c'était toujours ça dans mon carnet. Je n'avais pas de mauvais commentaires à part ça. Bavardage tout le temps. Et du coup, c'est un peu mon copain qui m'a encouragée. Du coup, Mimi. On vivait ensemble dans un 18 mètres carrés, je crois, dans Paris, quand on a emménagé. Et du coup, notre pièce principale nous servait de littéralement tout. Et j'ai commencé le maquillage artistique à cette époque-là parce que j'ai toujours aimé ça et j'avais envie d'en faire quelque chose. Excuse-moi. Pas spécialement en tant qu'influenceuse. Mais j'ai commencé comme ça. Et un jour, je faisais un long médicament. Je pense que ça faisait 5-6 heures que j'étais dessus. Et Mimi, je lui racontais encore une histoire d'une de mes copines. On rigole, etc. Elle me dit, tu devrais trop te filmer en racontant des histoires. Franchement, je ne vois pas qui ça va intéresser. Et il m'a dit une phrase que je répète encore toujours. Je l'ai même dit à ma petite sœur hier soir. Et je lui ai dit, en vrai, si ça floppe, personne ne le verra. Donc autant tester. Et c'est ce que j'ai fait. Et au final, du premier coup, pour le coup, ce concept-là, il est parti de ouf. Et voilà. Et une chose en entrant dans une autre, j'ai commencé à raconter une histoire.
- Speaker #3
Super intéressant. Et ça t'est déjà arrivé de raconter des histoires personnelles par ce biais-là, de t'en servir pour avoir un petit peu des avis ?
- Speaker #2
Et tout le monde me le demande tout le temps. Et alors, je n'ai jamais fait ça. Mais c'est vrai qu'après, à force de discuter, parce que là, je pense que je suis à mon 300e histoire. On arrive à des grosses quantités. Il y a des fois où je m'identifie quand même un petit peu. Je me dis que c'est un truc qui m'est un peu arrivé à la même chose. Je me sens un peu concernée, etc. Donc quand ces histoires-là sont publiées, je regarde un peu plus les commentaires. Je me dis que j'ai envie de savoir un peu l'avis des gens sur ça, parce que je me sens un peu concernée. Mais non, je n'ai jamais fait ça. J'y ai pensé des fois. Et après, je me suis dit, non,
- Speaker #3
je vais pas le faire. Mais qu'est-ce qui t'empêche de le faire ? Parce qu'en vrai,
- Speaker #2
personne ne le saurait. Oui, c'est vrai. Mais je sais pas, psychologiquement. Et en vrai, typiquement, le fait de me dire que peut-être mes proches vont le reconnaître. Et il y a pas longtemps, on a eu une histoire par rapport à une fille avec son père, etc. Parce que moi, j'ai une très mauvaise relation avec mon père. Et du coup, je me sentais tellement impliquée dans l'histoire que les gens m'ont envoyé des messages et m'ont dit, ah, mais c'est sur ton père que t'avais une histoire. Je dis, ah non, pas du tout. C'est hyper drôle. Donc tu vois, comme quoi, des fois... Les gens font aussi un peu le rapprochement, etc. Mais du coup, j'ai un peu ce blocage. Et à vrai dire, c'est assez récent, le fait que je parle de ma vie privée, etc. Tu vois, avant, je ne filmais jamais de vidéo avec mon copain. Je ne parlais pas spécialement de ma vie privée, etc. Je faisais vraiment du contenu pour du contenu.
- Speaker #3
Oui, je comprends. Et comment tu sélectionnes tes histoires ? Parce que tu dois en recevoir plein.
- Speaker #2
Ouais, franchement, c'est super dur. Parce qu'il y en a que je ne peux pas raconter juste dû à l'algorithme. Parce qu'il y a des termes que je ne peux pas employer. Il y a des thématiques qui sont un peu dures, etc. Quand c'est comme ça, je préfère juste échanger avec la personne en privé et à la limite la rediriger, je ne sais pas, typiquement, vers une asso s'il y a besoin, lui donner peut-être des conseils un peu de grande sœur, des trucs comme ça. Il y en a d'autres, je ne les raconte pas dans le sens où... Comment expliquer ça sans que ce soit cru ? Je sais que c'est un peu des histoires sans lendemain, dans le sens où c'est « oui, ma cousine, elle a dit ça sur mon machin » . Je réponds quand même parce qu'elle a pris le temps d'écrire. Mais je dis que ce n'est pas une histoire qui est racontable. Et après, moi, c'est typiquement les histoires qui vont me faire dire... Avant le petit « oh ! » Ou je vais dire « oh, Mimi, attends, tu sais ce qu'on m'a raconté ? » Et ça, typiquement, je sais que je vais raconter. Parce que si j'y réagis, il y a plein de gens qui vont réagir.
- Speaker #3
Oui, je comprends. OK, merci. Très intéressant, mais on y reviendra. Comme tu le sais, Ornée, c'est aussi un podcast où on aime bien parler cheveux. C'est toujours la première question que je... En tout cas, l'une des premières questions que je pose. Et forcément, je vais te poser la fameuse question. Quel est le rapport que tu entretiens, toi, avec tes cheveux ?
- Speaker #2
Franchement, il est très bon. Et il a toujours plus ou moins été très bon. J'ai eu une phase au lycée où j'ai lissé tout le temps, brushing, etc. Mais ce n'était pas tant parce que je n'aimais pas mes cheveux bouclés ou autre. C'était vraiment une question de praticité. Je voulais que ce soit pratique le matin, me lever le plus tard possible. C'était vraiment une question comme ça. Et en fait, j'ai eu la chance aussi d'avoir une maman. Donc, maman est blanche. Mais elle a toujours mis un point d'honneur à apprendre vraiment à s'occuper de nos cheveux, pas choisir la facilité entre très gros guillemets. Et du coup, elle nous a toujours mis en valeur et vraiment toujours répété à quel point nos cheveux étaient beaux, etc. Quand je l'ai lissé au lycée, littéralement, elle était en mode, pourquoi tu fais ça ? Arrête, c'est pas beau, ça va te casser tes cheveux et tout. Bon, elle n'avait pas tort, j'ai dû tout couper après. Et en fait, du coup, on a toujours grandi dans un cadre où vraiment, pour le coup, on n'a jamais eu honte. Comme beaucoup de gens peuvent le ressentir, ils ont pris la parole dessus. Un espèce de mal-être avec nos cheveux ou quoi que ce soit. Et du coup, j'ai toujours eu un très très bon rapport. Juste que je suis quelqu'un de changeant très souvent. Et j'adore faire plein de trucs sur mes cheveux tout le temps. Donc c'est plus ça qui va les abîmer plutôt qu'une maltraitance entre guillemets. Mais sinon, j'adore faire plein de choses. J'adore tester des trucs, faire des couleurs, faire des tresses, mettre des perruques. J'adore changer tous les jours en fait. Mais j'adore mes cheveux.
- Speaker #3
Très bien. On adore que tu adores tes cheveux. J'avais une question, du coup, parce que tu parlais de ta maman. Alors, si tu n'es pas du tout à l'aise avec cette question, sens-toi libre de me dire, là, ce n'est pas OK. Mais tu parlais de ta maman et justement du fait que ta maman soit blanche et qu'elle t'ait aidée, tu vois, dans le fait d'aimer tes cheveux et de t'assumer. Je trouve que c'est un discours qu'on entend de plus en plus ces dernières années, qui n'était pas forcément le cas, en tout cas, de ma génération. C'était plus quand tu étais métisse, mais plus issue d'une maman noire où là, tu avais une éducation. Et encore, ça, c'était si ta maman avait le temps, etc. Donc, c'était encore autre chose. Mais c'est vrai que j'ai moins eu l'occasion d'échanger avec des personnes métisses dont la maman était blanche et qui les avaient accompagnées à travers ce chemin. Est-ce que tu peux m'en dire un petit peu plus sur la manière dont elle t'a accompagnée ? Est-ce qu'elle a regardé des tutos ? Comment elle s'est renseignée ? Comment ça s'est fait ? Je pense que ça peut aider aussi peut-être d'autres.
- Speaker #2
Je ne sais pas exactement comment elle a abordé la thématique quand j'étais petite. Moi, je suis la première. On est trois filles. Je ne sais pas exactement comment ça s'est passé. Mais en tout cas, je sais qu'à partir du moment où elle a été avec mon père, elle a vraiment cherché à en connaître plus sur sa culture, apprendre, etc. Ils savaient qu'ils voulaient les enfants ensemble. Donc, à un moment, le sujet arriverait, je pense. Et elle a tout de suite sympathisé avec des cousines, des sœurs, etc. Et je pense qu'elle a plus appris peut-être comme ça. Et donc moi, j'ai une partie de ma famille qui est aux Etats-Unis. Et du coup, dans les années 2000, début 2000, les produits en France, c'était vraiment pas quelque chose de hyper commun. Ou du moins, il fallait être à Paris parce que c'était très compliqué. Mais j'avoue qu'au fin fond de la Normandie, les produits spécialisés cheveux bouclés, il n'y avait rien du tout. Donc ce que ma mère faisait très souvent, c'est qu'elle demandait à ma tante du coup qu'aux Etats-Unis de lui faire des colis. Donc elle testait souvent des nouvelles gammes. Elle cherchait toujours vraiment les meilleurs produits, le plus naturel possible, le plus sain, etc. Elle ne voulait pas entendre parler de défrisage. Parce qu'elle avait aussi d'autres copines qui avaient des enfants métissés. Et c'était un peu la solution de facilité. Surtout à l'époque, c'était un peu normalisé. C'était censé juste détendre les boucles. Alors qu'en fait, ça cramait les cheveux au possible. Mais je pense que tu le sais très bien. Et du coup, ma mère, vraiment, c'était un non catégorique pour elle. Et elle a toujours cherché à faire des petits trucs. coiffure, des machins. Elle a appris à tresser. Je pense qu'elle s'est vachement impliquée dans le sens où elle s'est dit c'est aussi de ma responsabilité de bien faire les choses. Et donc, voilà. Je pense que c'est ce qu'elle a fait. Franchement, je serai toujours reconnaissante pour ça parce que je le vois. Et même mes autres sœurs, elles sont hyper fières, on peut le dire, de qui elles sont. Il n'y a jamais eu cette thématique de j'aime pas mes cheveux, j'aimerais tellement avoir les cheveux lisses. Enfin, moi, je voulais être blonde aux yeux bleus, mais juste parce que maman est blonde aux yeux bleus, ça n'a rien à voir avec le fait que... Voilà, c'est tout. Je voulais juste être blonde aux yeux bleus. Mais sinon, je n'ai jamais eu cette thématique de c'est horrible si seulement j'avais les cheveux lisses, etc. Et oui, je pense que comme tout le monde, des fois, tu en as marre de tes cheveux, mais juste parce que tu en as marre de tes cheveux. Je suis assez reconnaissante de ce point-là, le fait qu'elle ait toujours mis un point d'honneur à être en rire,
- Speaker #3
comme c'est joli et comme c'est beau. Oui, je trouve ça chouette. Et puis, je pense que ça aide aussi à se construire et à s'accepter. Surtout, tu vois, tu disais que vous avez grandi en Normandie.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #3
Alors bon, je ne vais pas m'avancer, mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait énormément de personnes qui te ressemblent en Normandie. Comment tu l'as vécu d'ailleurs de vivre dans la présentation ? Alors,
- Speaker #2
quand j'étais petite, on habitait à la Madeleine, du coup, qui est un quartier de Hévreux. Et pour le coup, c'est très... Toute la diaspora sénégalaise, mais on n'est pas resté super longtemps. Après, on a été plus en campagne, parce que mon père voulait vivre en campagne. Et du coup, là, pour le coup, on était vraiment genre la famille de noirs du village. En tout cas, je n'ai jamais vraiment ressenti du racisme à proprement parler ou quoi que ce soit. Je savais qu'il y avait un petit peu des regards extérieurs, mais j'étais trop petite pour vraiment le comprendre. Je suis juste en mode, bon, c'est un peu bizarre, mais ce n'est pas grave. Je n'ai jamais eu le truc. Et après, autre chose, on en a discuté parce que ma soeur, ma deuxième soeur, est passionnée de sciences politiques et sciences sociales en général. D'ailleurs, c'est ce qu'elle fait comme études. Et du coup, on a beaucoup discuté sur le sujet et elle voulait me prendre comme sujet de master. Parce qu'elle avait le... Elle a fait l'étonnant constat que j'ai jamais eu de crise identitaire. J'ai jamais eu... Parce qu'on dit souvent les enfants métis, ou même juste noirs qui sont issus et qui ont grandi, par exemple, en France, dans un pays majoritairement blanc, etc. Ils ont souvent une crise identitaire, ils cherchent un peu leurs sources, etc. Et moi, j'ai jamais eu du tout cette thématique-là. Ça a toujours été très clair dans ma tête. Enfin, j'étais moi. J'avais pas ce truc de... Est-ce que je suis noire ? Est-ce que je suis blanche ? J'ai toujours eu ce truc de... Je suis moi, et voilà. Là où mes sœurs ont... Du coup, ma sœur, je pense que c'est ça aussi qui fait qu'elle est passionnée de sciences sociales. C'est qu'elle a eu aussi ce questionnement. Elle a beaucoup recherché ce retour aux racines, entre gros guillemets. Le fait qu'on n'ait pas spécialement de relation avec notre père aussi fait que c'est plus compliqué d'avoir accès à ces racines en question. Et du coup, on a beaucoup discuté. Et moi, personnellement, quand j'étais fille, je le vivais assez bien. Alors, j'ai été dans un collège privé catholique, donc avec un mode de pensée quand même très conservateur. assez fermée, sachant que je ne suis pas du tout religion. J'étais l'opposé de ce qui était un peu la norme là-bas. Pour autant, ça s'est assez bien passé, parce que j'avais des copines super. Du coup, je n'ai pas ressenti vraiment ce décalage. Mais en grandissant, j'ai quand même vu qu'il y avait une différence. J'étais consciente de la différence, mais pour autant, je la vivais pas mal. J'avais ma personnalité, mon cadre. Je n'ai jamais eu vraiment ce truc-là.
- Speaker #3
Super intéressant. Et tant mieux que justement, tu aies eu... Une bonne expérience, c'est que tu ne te sois pas sentie à part ou que tu cherches ta... Enfin, je trouve que c'est plutôt chouette. Et en plus, c'est un discours que, en tout cas, moi, je n'entends pas beaucoup. J'entends justement ce que tu disais. Voilà, cette idée de recherche identitaire, on ne sait pas trop. En fonction du milieu, on est perçu comme noir ou comme blanc. Et je trouve que c'est intéressant d'entendre aussi un discours différent de... OK, merci pour ça. Pour revenir un petit peu à tes contenus, à tes vidéos, donc il y a vraiment ce côté face cam. que tu lis à l'esthétique parce qu'on te voit te maquiller et je me demande est-ce que d'après toi ça dit quelque chose de notre époque actuelle, ce nouveau mode de création ?
- Speaker #2
Oui clairement. Je pense qu'il y a un développement de l'image qu'on n'avait pas avant. Avant on était nous-mêmes, enfin on est toujours nous-mêmes mais ce que je veux dire c'est que avant c'était une image qu'on offrait à nos proches, aux gens qui nous entourent. C'était un peu comme on était perçus par notre cercle social. Maintenant, c'est tellement mondial, entre guillemets, qu'il y a tout ce décuple, on a le besoin de tout montrer, etc. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Moi, personnellement, je ne suis pas du tout de la team c'est une catastrophe, on vit dans un monde qui est de pire en pire. pour certains aspects, mais je trouve que les réseaux, ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Je trouve que tout montrer, ce n'est pas forcément mauvais parce que je pars du principe que là où toi, tu as vécu des choses, il y en a plein d'autres qui ont vécu la même chose et qui auraient peut-être aimé avoir justement cette parole, qui auraient aimé savoir qu'ils ne sont pas tout seuls, qui auraient juste des témoignages. Et je pense que c'est là aussi que le sujet en tort, ça m'a autant plu. C'est le fait de se dire, en fait, j'aide à ma manière. Ce n'est pas une énorme prise de parole, ce n'est pas un militantisme énorme, mais... Ça peut aider des gens. Moi, je me suis toujours dit, à l'époque où j'étais au lycée et au collège, j'aurais trop aimé avoir des personnes que je peux regarder le soir, qui ont vécu ça, et aller voir les commentaires et me dire « Ah ok, en fait, c'est pas si dramatique, ça va. » Ou au contraire, « C'est grave et je devrais en parler. » Plutôt que de se renfermer et de juste internaliser plein de choses et arriver par exemple à 25-30 ans et devoir faire énormément de séances chez le psy parce qu'on a un mal-être qui s'est accumulé au bout des années. Donc moi, je le vois plus comme ça. Alors évidemment, il y a des dérives, il y a des choses... hyper négatives qui en découlent. Et j'ai envie de dire, c'est un peu la balance. Il y a toujours un côté très positif et un côté très négatif. Donc, c'est comme ça que je le vois.
- Speaker #3
Oui, je trouve ça hyper intéressant. Et puis, je pense que tu incarnes aussi, sans doute, sans le savoir, une jeunesse qui est très actuelle. Je pense que tu représentes aussi quelque chose et que tu dois permettre aussi à d'autres personnes, je vais réutiliser le même mot parce que c'est le seul qui me vient, mais de se... De se voir aussi à travers toi. Donc, il y a vraiment ce truc, je pense, de représentation qui est hyper important, dont d'autres générations n'ont pas bénéficié. Et je trouve que c'est bien qu'on voit plus de personnes métisses, racistes, en tout cas qu'on puisse voir tout type de profil. Oui, c'est de la diversité. Oui, complètement. Je trouve ça intéressant. Et je me demandais aussi quel est ton rapport à l'esthétique, du coup, étant donné que c'est quand même ton secteur privilégié.
- Speaker #2
Comment le dire ? Moi, depuis toute petite, j'ai toujours aimé ça. Mais vraiment, depuis... toute petite, je fais un peu le cliché de la petite fille qu'on attend entre guillemets de la petite fille, c'est vraiment depuis que je suis toute petite, je piquais les talons de ma mère je piquais son maquillage je voulais faire comme elle, ça a toujours été et du fait qu'on soit très fusionnel aussi parce que dans ma famille c'est très matriarche il y a très peu d'hommes, on est beaucoup beaucoup de femmes beaucoup de filles et je pense que du coup ça a aussi construit ce cercle très sûr, fier épanoui Non pas que quand il y a des hommes, on n'est pas une panouille, attention. Mais c'est plus le fait que du coup, d'avoir comme modèle une femme forte, tu as envie de devenir une femme forte et de donner un peu cette force aussi aux autres femmes autour de toi. Et du coup, j'ai toujours eu un peu un rapport à l'esthétique très féminin, mais pour autant affirmé dans le sens où ce n'est pas parce que je me fais une full face à 7h du matin, que j'adore les talons, les faux ongles, les cheveux bien coiffés, etc. que pour autant, à côté, je ne vais pas assurer ma journée, je ne vais pas avoir ma carrière, je ne vais pas... faire tout plein de choses et profiter de la vie. Donc j'ai un rapport à l'esthétique qui est très très présent, et j'adore ça, et je le revendique tout le temps. Mais pour autant, je trouve que ça ne me définit pas en tant que personne. C'est ce que je dis tout le temps, ce n'est pas parce que par exemple tu es influenceuse beauté qu'à côté tu ne prends pas la parole sur plein de choses, tu n'as pas de passion, tu ne développes pas des projets, tu n'as pas des envies. Je trouve que c'est un peu la partie immergée de l'iceberg qui est plus facile à montrer parce que c'est visuel, mais pour autant il y a plein d'autres choses à côté.
- Speaker #3
Oui, bien sûr. Et est-ce que, parce que forcément, comme tu es confrontée au regard, tu as énormément d'abonnés, je crois pas loin d'un million, quelque chose comme ça, ce qui n'est pas mal.
- Speaker #2
C'est pas mal, c'est le vieux monde.
- Speaker #3
Tu es vraiment très confrontée au jugement, au regard des autres. Comment est-ce que tu gères ça ?
- Speaker #2
Encore une fois, le monde n'est pas tout rose, parce que là, je parle, on dirait que c'est Barbie, le monde. Mais honnêtement, j'ai une communauté qui est super, super saine. Et ça, c'est une grande chance, puisque je le vois avec plein de copines d'un mois qui sont aussi créatrices. Pas toujours simple. Mais honnêtement, globalement, les gens qui me suivent sont quand même... Après, je pense que depuis le début, j'ai évolué, mais je n'ai jamais changé. C'est-à-dire que j'ai toujours été moi depuis le début. Les gens savent à quoi s'attendre quand ils viennent sur mon compte. Donc je pense que peut-être aussi ça aide. Du coup, les gens qui sont abonnés savent qui je suis et ce n'est pas choquant. Après, oui, évidemment, j'ai des commentaires négatifs, ça m'arrive. Mais honnêtement, ça ne m'atteint pas. Et j'ai aussi peut-être la chance, entre guillemets, de me dire que je n'ai pas commencé les réseaux très jeune. J'avais déjà quand même 22-23 ans, là où tu commences quand même à te construire en tant qu'adulte, à être plus sûre de toi, de ta personnalité. Et du coup, je n'ai pas été façonnée par les réseaux.
- Speaker #3
D'accord.
- Speaker #2
Parce qu'avant ça, je suivais les réseaux comme tout le monde, mais je n'étais pas omnibulée, je suivais très peu d'influenceurs, donc je n'avais pas ce truc d'être vraiment matrixée par les réseaux sociaux. Et donc, peut-être que ça m'atteint moins, parce que maintenant, je ne suis même pas... En fait, c'est des avis de gens que je ne connais pas. Donc en fait, je ne vois pas l'intérêt. Si mes proches, par contre, venaient me dire « Ouais, là, qu'est-ce que tu fais ? » Là, j'aurais peut-être une remise en question un peu plus profonde. Mais pour l'instant, c'est juste un profil pseudo 0650 qui me dit « ta jupe, elle est trop courte » ou « t'habilles vraiment trop mal » . Je suis en mode « bah, c'est ton avis, en fait » . Je vais me coucher ce soir et je t'aurai oublié.
- Speaker #3
Je comprends.
- Speaker #2
OK. Après, je ne peux pas dire que ça ne m'impacte pas non plus. J'ai quand même des fois... Si c'est un commentaire qui est construit ou sur un projet qui me plaît vraiment, qu'on me dit que c'est trop nul, je suis en mode... OK. Ça me vexe un peu, mais ce n'est pas grave. Mais ça me reste trop dans un petit coin de la tête.
- Speaker #3
Oui, après, je reste un être humain aussi. Donc, je pense que c'est normal que certaines choses...
- Speaker #2
Mais pour autant, ça m'impacte très peu. Très, très peu, franchement.
- Speaker #3
OK, je comprends. Donc une estime de soi aujourd'hui qui est quand même positive.
- Speaker #2
Oui, après, j'ai mes petits complexes comme tout le monde. J'ai mes petits moments de down dans le sens où des fois, tu te dis, mais est-ce que je vais y arriver ? Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que ça a du sens ? J'en parle souvent autour de moi. Je me dis, qu'est-ce que je fais des fois ? Des fois, typiquement, l'autre jour, j'ai fait un maquillage et tout. Et ça m'a pris énormément de temps. Je me dis, est-ce que je n'aurais pas mieux fait de faire autre chose de plus sensé, qui apporte vraiment quelque chose ? Je me dis, mais est-ce que ça te plaît à toi ? c'est le principal, alors continue donc j'aime à dire que les réseaux ça m'a permis d'être plus sûre de moi au fil des années, au contraire là où au contraire des gens ça les diminue entre guillemets moi perso ça m'a vraiment endurci, peut-être vivre à Paris aussi ça m'endurci pas mal il faut être confronté au monde à Paris mais honnêtement ça m'a permis d'être plus sûre de moi plus heureuse et je pense que sur le long terme ça a été plus bénéfique que négatif ok,
- Speaker #3
super intéressant,
- Speaker #2
merci beaucoup je vous en prie
- Speaker #3
je parle beaucoup c'est le but moi j'adore j'adore t'écouter je trouve que c'est hyper intéressant d'échanger avec toi je te dis moi j'apprends à travers toi c'est vraiment un regard qui est neuf qui est jeune et surtout c'est des si tu veux c'est un mode d'utilisation des réseaux sociaux que je ne pratique pas et que je vois un petit peu à distance mais que je voilà c'est des codes moi qui me sont toi tu regardes pas du tout les réseaux alors si je regarde les réseaux mais je suis pas du tout familiarisée avec que... ce côté vraiment très narratif avec le maquillage, l'esthétique, etc. Un peu plus ma fille. Mais en fait, moi, ce qui m'intéresse, c'est d'observer vraiment ce que vous en faites, ce que ça dit de vous, comment ça vous aide aussi. Parce que comme tu le disais, j'ai l'impression que c'est quand même quelque chose qui vous accompagne et qui peut, quand c'est bien utilisé, et auprès d'une communauté, d'une communauté, je vais y arriver, qui est bienveillante. avoir dans une certaine mesure des vertus aussi thérapeutiques. C'est ce que j'entends. J'observe sans jugement, les yeux grands ouverts, et je prends les infos. J'apprends aussi, d'ailleurs.
- Speaker #2
C'est super chouette.
- Speaker #3
Je trouve ça hyper intéressant. C'est aussi pour ça que je voulais qu'on échange aujourd'hui pour en apprendre davantage. On apprend à tout âge.
- Speaker #2
Mais carrément. D'ailleurs, c'est super drôle que tu me parles d'âge parce que tu me disais que tu avais un regard jeune. Mais moi, typiquement, le fait d'être sur les réseaux, je me rends compte que je ne suis plus si jeune que ça. J'ai vraiment l'impression d'être vieille. Le fait d'être constamment sur les réseaux sociaux et de tout le regard, parce que ça fait partie de mon travail, je fais énormément de veille, je regarde tous les trends, les nouveautés, les machins. Je me dis, en fait, je deviens super vieille. Mais par rapport à la chronologie des réseaux, pas dans la vie de tous les jours. Typiquement, j'ai des soeurs et frères plus jeunes que moi. Le dernier, il a 12 ans, donc il est vraiment Gen Alpha à fond, iPad Kids 2. ouf, là où moi j'avais pas le droit de regarder les écrans le soir et tout, lui il est avec son tel tout le temps, machin, et en fait je me rends compte que, du coup je fais un peu du benchmark sur mes frères et soeurs, parce que ma soeur du coup elle a 17 ans l'autre il a 16 ans il y en a une qui a 20 ans donc tu vois c'est vraiment des âges un peu charnières et en fait leur façon de consommer les réseaux sociaux, de créer du contenu, parce qu'ils en créent aussi mais ils postent pas, c'est plus pour le plaisir, on a toujours aimé tout filmer dans la famille, prendre des photos etc et en fait je me dis mais c'est pas du tout la même... Et des fois, ils me donnent des idées, ils m'en parlent bien. Mais tu devrais faire ça, tu devrais faire ça. Je suis en mode, ah ouais, ils sont en mode, oui, oui,
- Speaker #3
je t'assure.
- Speaker #2
Tu vois, à contraire, des fois, ils vont me dire, là, c'est cringe. Évite de faire ça. Je suis en mode, ah, OK. Et du coup, en fait, je me dis, mais je ne suis pas si jeune que ça.
- Speaker #3
Ah, c'est, wow, OK.
- Speaker #2
Mais ça va très vite après. Je trouve que l'âge sur les réseaux sociaux, il va très vite par rapport à dans la vraie vie. Oui, bien sûr. Ou à 26 ans, tu as toute l'âge devant toi. À 26 ans, sur les réseaux, tu es en mode, ah, t'es presque une daronne. Oh, wow.
- Speaker #3
Ouais,
- Speaker #2
ouais, ouais.
- Speaker #3
Mon Dieu, OK.
- Speaker #2
C'est ça qui est drôle. Et le pire, c'est que quand je dis, parce que des fois, je parle de mon âge, je dis, ah, je fais un make-up pour mes 27 ans, on va me dire, t'as 27 ans ! Genre, comme, dans 3 ans, t'as 30 ans ! Bah oui, on dirait que t'as genre 18. Mais si t'as pas l'air jeune, on te considère vraiment comme une daronne. Et c'est ça qui est super drôle.
- Speaker #3
Wow, fascinant. Mais tu vois, tu disais un truc intéressant, tu parlais de faire de la veille. Ça m'a amené une autre question. Du coup... Je trouve que c'est un milieu qui est très concurrentiel, le milieu de l'influence.
- Speaker #2
Et de plus en plus.
- Speaker #3
Oui, vraiment, il y a quelque chose. Et tu parlais aussi de ton estime de son. On en a parlé tout à l'heure. Est-ce que... Comment t'impactes cette concurrence ? Est-ce que c'est quelque chose que tu ressens ? Comment on gère ça ?
- Speaker #2
On la ressent forcément. Franchement, on ne peut pas faire genre. On la ressent de ouf. Et là où un jour, j'ai eu une petite frustration, c'est plus de discuter avec une copine à moi qui fait du contenu. Et elle, elle est plus basée vraiment sur la vie de tous les jours. Elle partage sa vie. Et comme elle est naturelle, elle est drôle, elle est solaire, ça passe super. Et je lui disais, mais c'est drôle parce que du coup... Je ne dis pas que son contenu fonctionne que grâce à ça. Évidemment, elle a un contenu qui est super cool. Moi, je suis la première à le regarder. Mais comme elle est énormément dans les codes de beauté des réseaux sociaux qu'on a l'habitude de voir, en fait, c'est facile, entre guillemets, de faire du contenu d'elle-même parce que c'est ce que les gens attendent. Là où ce que j'expliquais, c'est que moi, je ne suis pas dans les codes de beauté qu'on attend des réseaux sociaux. Et pour autant, j'arrive quand même à faire du contenu. Mais par contre, il doit être un peu plus travaillé. Il doit y avoir des concepts, il doit y avoir des choses. Je dois toujours donner une énergie assez puissante. Je dois... Je dois en faire plus, entre très gros guillemets. Il y a des vidéos très simples de moi qui fonctionnent. Mais ce que je veux dire, c'est que dans la vie de tous les jours, si je fais juste, par exemple, mon unboxing des courses, je sais que ça ne va pas fonctionner. Ce n'est pas un truc que les gens attendent de moi. Et du coup, d'avoir ce truc-là, des fois, c'est un peu frustrant parce que tu te dis mais pourquoi avec elle, ça fonctionne et avec moi, ça ne fonctionne pas ? Tu vois, tu as ce truc de... C'est un peu... C'est un peu fourbe parce que c'est ma copine, je suis reconnaissante pour elle, c'est trop bien et tout, elle a plein de projets. Et à côté, tu es en mode, moi aussi, j'aimerais bien faire ça. est-ce que tu crois que ça marcherait avec moi ? et tu testes et ça marche pas du tout mais parce qu'il y a aussi à prendre en compte que il y a l'algorithme et l'algorithme il aime pas te voir changer il aime que tu fasses ce qui fonctionne parce qu'il sait que ça fonctionne et que c'est comme ça donc t'as aussi cette double part de est-ce que c'est à cause de moi ou est-ce que c'est l'algorithme ? est-ce que c'est parce que c'est les codes sociaux ? et en fait t'as un questionnement qui est constant, mais pour tout vraiment, c'est du choix des mots typiquement la caption, tu vois, ça va être un mot pour moi c'est... C'est le pire moment. Je déteste ça. Je ne sais jamais quoi écrire. Et pourtant, c'est hyper important. Parce que ça peut changer toute une vidéo. Mais vraiment, pour te donner un petit exemple chiffré, je pense que ce sera plus parlant. Je poste une vidéo avec mon copain. On fait un jeu des couleurs avec des produits et tout. On s'amuse et machin. La vidéo est fun. Je pense qu'elle va fonctionner. Je la poste. Au bout d'une heure, on a genre 10 000 vues. C'est vraiment très peu par rapport à d'habitude. Donc je me dis, elle ne va pas partir. Dommage. Et le soir, je me dis, je vais changer la caption. En vrai, elle est un peu nulle. je la change et tout, je vais me coucher. Le lendemain, elle était à 300 000 vues. Je me dis, ah, elle a bien fonctionné au final. Et en fait, la caption a impacté le changement. Parce que de base, j'ai rien changé sur la vidéo, je l'ai pas repost, je l'ai pas supprimé. J'ai juste changé la caption. Donc tu vois, tu sais que t'as ce truc-là qui a changé. Donc le lendemain, je suis en mode, donc là, il faut que je choisisse bien ma caption cette fois-ci. Et tu vois, et en fait, c'est un questionnement constant. Il y a la lumière, il y a le fond, il y a, est-ce que le vêtement, il fait bien ressortir ma peau, j'ai pas l'air terne ? Enfin, tu vois. Et c'est plein de petits trucs comme ça que les gens ne voient pas. Et du coup, ils se disent, je fais une vidéo, c'est tartiné dans le visage. Tout le monde peut le faire. Oui, tout le monde peut le faire. Mais par contre, il y a tout le questionnement en amont. Il y a tout ça, tu vois. Donc, c'est de la concurrence. Mais des fois, tu te concurrences toute seule. Vraiment, la vidéo de la veille va concurrencer la vidéo du lendemain.
- Speaker #3
Oui, mais ce que j'entends quand même, dans ce que tu dis quand tu parlais de ton amie qui est aussi créatrice de contenu, qui semble, de ce que j'entends, correspondra à... Notre norme, c'est quand même que la distinction se fait aussi du fait que tu ne rentres pas dans certaines cases, donc tu ne peux pas faire certains types de contenus. Je trouve ça quand même complètement fou. Et que du coup, ce à quoi tu ressembles, ce que tu es finalement, te cantonne à une certaine catégorie et donc à une case.
- Speaker #2
Oui, il y a ce truc-là, tu vois, il y a le concept de la hit girl. Tu vois ce que c'est ?
- Speaker #3
Ouais, clairement.
- Speaker #2
Et un jour, en fait, c'est super drôle, et je me suis reprise après moi-même, parce que j'avais réfléchi à ce que j'avais dit, et je me suis dit, en fait, c'est hyper bizarre de penser comme ça. En gros, j'ai discuté et tout, et ma sœur, elle me dit, « Ah, elle, c'est vraiment, genre, en ce moment, c'est la hit girl du moment et tout. » Je me dis, « Putain, c'est stylé, j'aimerais trop. » Et elle me dit, « Pourquoi tu le fais pas ? » Je lui dis, « Bah, en vrai, une hit girl, c'est souvent... » Enfin, c'est pas moi, genre... On la voit plutôt blanche, on va parler français. Ouais, c'est genre Ellie Bieber, quoi. Et elle me dit... Bah pourquoi tu fais pas pareil Je suis en mode Bah je suis pas Ellie Bieber Et tu sais après J'étais en mode Ah ok En fait c'est super bizarre De dire ça Parce que oui Je suis pas Ellie Bieber Dans les faits Mais en soi Rien m'empêche de le faire D'être en mode Voilà Et je trouve qu'il y a une personne Qui l'incarne super bien C'est so charmante
- Speaker #0
C'est une Sénégalaise, pareil, elle est très clean girl. Pour moi, elle incarne de la girl, tu vois. Et pourtant, elle est noire et pourtant, elle n'a pas les traits de visage qu'on attend, entre guillemets, de la girl blanche qu'on connaît très bien, etc. Et pourtant, elle incarne ça. Elle incarne l'élégance, elle est hyper belle, elle est douce. Elle a un esthétique qui est très léchée, très beau, tout est cadré, tu vois. Et elle fait un... Tu vois,
- Speaker #1
même les termes que tu as employés pour la définir, douce.
- Speaker #0
élégante tu vois à quel point c'est et en fait du coup ça m'a fait beaucoup réfléchir et je me suis dit en fait faut que j'arrête de penser comme ça et en fait c'est vraiment internalisé de fou parce que tu grandis dans ça et tu vois je te le disais moi j'ai jamais eu ce problème de remise en question, de pas aimer ma couleur de peau ou de vouloir être quelqu'un d'autre mais pour autant comme tu grandis dans un cadre qui est tel que t'internalises des choses sans forcément te rendre compte sans penser à mal mais elles sont quand même là et du coup ça je me suis dit faut que j'arrête de faire ça et c'est pour ça que depuis quelques temps J'essaie de plus partager ce que j'aime. Je fais de la mode. Je fais du tout, en fait. Je fais ce qui me plaît. Là où avant, je ne parlais pas de mes patients. Je ne parlais pas de tout ça. Et maintenant, j'essaie de plus le faire.
- Speaker #1
C'est bien, ça va nous permettre de faire la liaison sur la question suivante.
- Speaker #0
On adore les petits ponts comme ça.
- Speaker #1
Oui, donc j'aimerais bien qu'on parle de ton héritage culturel, du fait que tu sois une enfant métisse et de savoir quel était le rapport que tu entretenais avec cet héritage.
- Speaker #0
En fait, c'est super drôle. Je ne sais pas, mais en tout cas, c'est un fait. Moi, j'ai appris la plupart des... Alors, du coup, j'ai la double culture, évidemment. J'ai majoritairement la culture française parce que j'ai grandi dedans. J'ai connu majoritairement ma famille du côté de ma mère. Et la famille du côté de mon père, celle que je connais, c'est celle qu'aux Etats-Unis. Donc, eux, ils ont la culture américaine. Donc, ce n'est pas vraiment un rapport. Non, ils ont la culture afro-américaine, ce qui est encore différent. Donc, c'est un peu un melting pot de culture dans ma famille. Et donc, j'ai majoritairement la culture française. et on ne m'a pas reproché mais on me l'a quand même pas mal dit c'est tu ne connais rien à ta culture du coup sénégalaise et je leur ai dit c'est pas ma faute dans le sens où je n'ai jamais été vraiment approchée à la culture et tout ce dont on me parlait c'était les côtés négatifs donc forcément ça ne t'attire pas spécialement tu te dis mais pourquoi j'irais voir là-bas alors que ça a l'air horrible et en fait plus tard j'ai compris qu'il y avait culture et religion que ça n'a rien à voir et donc j'ai commencé un peu plus à me questionner, à rechercher Et ma mère était super contente que je fasse enfin la démarche, parce qu'elle ne m'a jamais forcée à quoi que ce soit. Mais du coup, j'ai appris à partir d'elle. Parce que du coup, comme j'ai dit, j'ai une très mauvaise relation avec mon père, donc on n'a jamais pris le temps de vraiment discuter de ce genre de choses. Et ma mère, elle, pour le coup, a quand même vécu très longtemps avec lui avant de nous avoir. Donc elle a eu un peu toute l'initiation à la culture. Et c'est à travers elle, du coup, que j'ai appris. Et parce que du coup, moi, je suis partie au Sénégal depuis mes 3 ans, je crois, ou 4 ans. Mes sœurs se sont retournées avec mon père il y a deux ou trois ans et elles ont adoré. Elles m'ont parlé du pays, de la culture, de plein de choses. Je me suis dit que ce serait peut-être pas mal que je m'intéresse un peu plus et que j'apprenne. C'est ce que j'ai commencé à faire. Mais je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas que je passe par ma famille, juste par le pays en lui-même, un peu en mode touriste. Du coup, je découvre les choses cool du pays, sans avoir peut-être un avis biaisé de gens qui y sont et qui ont déjà leurs avis construits. Et c'est ce que j'ai fait. Et j'aimerais beaucoup y retourner, d'ailleurs, cette année. Et en fait, je me dis, mais c'est peut-être la solution, c'est de peut-être découvrir par moi-même, sans aucun avis biaisé, aucun rien. Donc en fait, je ne peux pas dire que j'ai un gros lien avec ma culture sénégalaise, ce serait mentir. Mais pour autant, j'ai arrêté de l'occulter. Et j'ai plus envie de la découvrir, mais de la découvrir petit à petit, sans être en mode crise existentielle, vouloir tout lâcher et partir vivre là-bas pendant 5 ans. Je me dis que je découvre petit à petit des choses. Je pose des questions à ma mère, je pose des questions à mes tantes, j'en apprends un peu par-ci, par-là. Je suis un peu aussi des activités. Du coup, il y a un gros lien. Mais aussi, il y a ce côté « mine de rien, je ne peux pas le nier » . J'ai quand même une vision très occidentale du pays. C'est un truc qu'il y a à déconstruire avant même de vouloir comprendre le pays. Ce n'est pas que tu as des a priori. Je dirais pas que j'en ai, mais c'est plus le côté je vais comparer tout le temps. Je vais être en mode, ah bah en France on fait ça. Ah bah au Sénégal, c'est pas comme en France. Bah oui, me belle. C'est le Sénégal, tu vois. Et du coup, il y a beaucoup ce truc-là sur lequel j'ai travaillé. Et du coup, je commence à apprécier une culture que je ne connaissais juste pas avant. Donc voilà.
- Speaker #1
Ouais, tu sais, c'est toute une vie.
- Speaker #0
Ah oui, non mais je pense que je pourrais en apprendre toute ma vie parce que je ne connaîtrais toujours pas tout. Mais du coup, je trouve ça intéressant de faire la démarche et de commencer. à m'intéresser un peu plus et à suivre le... Et en plus, c'est super drôle parce que du coup, vu qu'il y a une diaspora énorme sénégalaise en France, au final, la culture, elle est autour de nous tout le temps. Il n'y a pas besoin d'aller au Sénégal pour la voir. Il y a vraiment... Il y a tellement d'influence qu'au final, il suffit juste un peu de s'ouvrir et de faire ses petites recherches.
- Speaker #1
Je sais aussi que tu aimes l'architecture africaine.
- Speaker #0
Tu as soufflé ça à l'oreille.
- Speaker #1
Est-ce que c'est aussi un moyen peut-être de faire un lien avec ton héritage culturel ? Comment ça te vient cette passion ?
- Speaker #0
Ça a surtout fait partie de ma déconstruction de tous ces préjugés, de toutes ces choses que je ne savais juste... C'est un peu de mon imaginaire en vrai. Personne ne m'a jamais insufflé ça, mais je l'avais dans la tête. J'ai découvert un monde de matière hyper noble, de travail, mais raffiné au possible, de choses magnifiques et qu'on ne verrait jamais en Europe parce que ce n'est pas le style, c'est normal. Je me suis dit, il y a tout un monde que je ne connaissais pas. J'adore les années 70, années 80 en termes de déco d'intérieur, d'architecture, parce que je trouve que c'était hyper réfléchi. c'était à une époque où les meubles c'était des meubles que tu gardais toute ta vie donc les gens ils voyaient pas d'inconvénient à mettre un prix monstrueux dans un buffet mais le buffet ils pouvaient se tourner dans tous les sens faire des trucs de ouf et tout, cacher des trucs secrets j'adore ce genre de mécanisme j'ai eu la passion et du coup tous ces trucs là c'est un truc que j'adore et en fait je veux reprendre les études en architecture et je me suis renseignée parce que je me dis y'a pas que l'architecture à la haussmannienne y'a pas que l'architecture classique qu'on connait qu'on connaît ici en tout cas, je me suis dit, je vais chercher. J'ai cherché un peu tout ce qui est asiatique aussi, parce qu'ils ont une architecture folle. J'ai cherché l'Amérique latine, etc. Sans pour autant penser à dire, va plus bas, va voir déjà d'où tu viens, est-ce que tu connais. Et un jour, j'ai une tante qui est assez aisée au Sénégal, etc. Et elle a une maison incroyable. Vraiment, je pense sincèrement que je n'ai jamais vu une maison aussi grande de ma vie déjà. Et aussi belle. Genre, elle est sublime, elle est décorée avec goût. Et pour autant, elle est hyper diverse. Tu passes d'une pièce à l'autre. C'est un univers complètement différent. Et ça m'a fait un peu un choc et je me suis dit, ah ouais, en fait, c'est ça. Et j'ai commencé à me renseigner, à voir, etc. Et le design actuel me plaît un peu moins, mais en vrai, comme en Occident. Le design actuel m'est égal. Je ne me ressens pas spécialement connectée. Du coup, je suis remontée dans les archives un peu et j'ai commencé à voir et je me suis dit, ah ouais. Et c'est comme la mode, en fait. La mode sénégalaise dans les années 70, elle est folle. Elle est incroyable, c'est magnifique. Et je me suis dit, je vais chercher un peu plus là-bas, je vais regarder. Et en fait, je me suis renseignée, je me suis dit, ah ouais. Il y a vraiment un truc à creuser, il y a vraiment quelque chose. Et du coup, maintenant, quand je travaille sur des meubles, je réfléchis à des meubles, à des designs, etc. J'ai vraiment ce mix parfait. Le métissage, littéralement, des meubles sont trop bien. Et j'adore ça.
- Speaker #1
Et quand tu dis que tu travailles sur des meubles, c'est-à-dire que c'est une autre activité que tu développes à côté ?
- Speaker #0
Oui, moi, dans... C'est-à-dire que je suis plus grande, mais j'ai 26 ans. C'est-à-dire que je serai plus vieille. J'aimerais bien... J'aimerais beaucoup lancer ma marque de design d'intérieur, mais avec un take un peu spécial, dans le sens où des designers, il y en a plein. Des très talentueux, il y en a plein aussi. Mais le problème, c'est que là, je me rends compte maintenant, parce que je gagne mon argent d'adulte et je gagne bien ma vie. Mais quand j'étais étudiante, franchement, j'avais trop le seum de devoir aller à Ikea pour m'acheter un meuble. Tout est simple, tout est fade, tout est... Enfin, c'est abordable, quoi. Donc, t'avais pas le choix. Et je trouve ça dommage de devoir choisir entre le abordable et le stylé. Donc, à terme, j'aimerais beaucoup faire des meubles. Alors, évidemment, ce sera pas une table en manguier, parce que forcément, les coûts de production sont trop élevés. Mais quand même, faire une table quand même assez robuste. pour tenir et que tu sois content de l'avoir et que ce soit un peu un meuble d'une vie mais pour autant qu'il soit assez abordable pour par exemple une petite étudiante qui n'a pas trop les moyens mais qui vient d'emménager, je veux quand même avoir une vibe dans mon appart, un truc sympa et qu'elle puisse se référer à la marque. Du coup je dessine des meubles, j'ai mon petit iPad et tout, j'affronte la 3D, etc. Et du coup j'ai envie de reprendre les études pour... façonner et travailler les espaces, etc. C'est trop bien.
- Speaker #1
Apprendre un peu les bases, tu vois. Félicitations.
- Speaker #0
Merci beaucoup, j'ai hâte.
- Speaker #1
Moi aussi, j'ai hâte pour toi. Et pour moi aussi, j'adore les meubles des années 70. Ah bah parfait. Vraiment. Et je voudrais juste revenir un petit peu en arrière, parce que tu as dit quelque chose qui m'a interpellée et qui m'a surtout fait du bien. Quand tu parlais de ta tante et de sa grande maison au Sénégal, trop stylée et tout, j'aime bien entendre cette histoire, parce que j'en ai marre d'entendre justement l'histoire de l'Afrique, c'est la pauvreté.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Il n'y a que des petits-enfants avec la morvonnais. Tu vois ce truc ? Oui, mais clairement. Et j'ai eu aussi un autre invité qui parlait justement de toutes ces richesses qu'il y a en Afrique. Et donc, je trouve que ça fait du bien aussi d'entendre des discours qui sont... très différent. En fait, on se porte très bien sans l'Occident, en tout cas en Afrique, il se porte très bien sans l'Occident. Et qui a aussi toute une richesse. Et que voilà, on est en 2026 partout, en fait.
- Speaker #0
Mais c'est ça !
- Speaker #1
C'était juste pour rebondir là-dessus où j'étais là. Ah ouais, mais oui, c'est vrai. Merci de parler de cette vie. D'ailleurs,
- Speaker #0
je sais pas si tu connais, il y a ce streamer américain... Je me rappelle plus son nom.
- Speaker #1
On fera des recherches.
- Speaker #0
Du coup, il a fait tout un... Alors lui, il est tout le temps en live. Mais tout le temps en live. et en gros il a fait tout un live où il part du coup mais vraiment en Afrique parce qu'il part en Afrique il fait un gros tour et tout il a été dans plein de pays et tout et en fait les gens les américains étaient en mode mais waouh mais c'est incroyable mais attends mais il y a des buildings et tout parce qu'en fait ils y connaissent tellement rien et c'est tellement peu discuté qu'ils étaient en mode mais attends mais c'est « Incroyable, l'Afrique et tout, on nous avait caché ça. » Non. Vous avez dit vraiment juste à faire comme on a toujours fait, voyager. Et je le vois beaucoup aussi, parce qu'il y a beaucoup de vidéos sur les réseaux en mode « On fait un tour du monde. » Le tour du monde, c'est vraiment l'Amérique latine, l'Amérique du Nord, l'Europe, Australie. C'est pas un tour du monde, ça.
- Speaker #1
Il manque peut-être...
- Speaker #0
Il manque une grosse partie du monde, d'ailleurs. Et ça commence à être beaucoup soulevé là-dedans. Il y a beaucoup de gens qui en font du contenu, qui en parlent, etc. Et je trouve qu'on commence à avoir la vision un peu plus sur une Afrique réaliste plutôt qu'une Afrique un peu imaginaire ou du moins qui a pu exister, mais comme en Europe, il y a des centaines d'années. Et moi, j'en parle souvent. Après, je ne peux pas parler pour tout le monde non plus parce que typiquement, au Sénégal, moi, ma famille, je ne vais pas mentir, ils sont très, très aisés. Mais en fait, c'est comme partout. Il y a des familles aisées, il y a la classe moyenne et évidemment, il y a des gens qui sont démunis, etc. Mais pour autant, ce n'est pas parce que c'est une minorité que c'est la généralité. Oui, il y a des grandes maisons, il y a des designs de fous et il y a même des gens qui ont des modes de vie qu'on ne pourrait même pas avoir en Europe au vu des ressources qu'il y a en Europe. Je trouve ça important de quand même le dire et d'arrêter de...
- Speaker #1
Merci pour ça.
- Speaker #0
Merci de le souligner, on adore. C'est la vérité.
- Speaker #1
On a pratiquement fini, mais j'ai quand même quelques questions pour toi. Est-ce que toi, tu as des questions ?
- Speaker #0
Non ?
- Speaker #1
Mais comme on a un petit peu de temps, je vais en profiter. Dis-moi. J'avais une question. J'en ai plein. Déjà, pour revenir un petit peu sur ce côté drama lié à ton concept, est-ce que tu penses qu'on peut être une bonne personne et aimer le drama ?
- Speaker #0
Ça va être un peu biaisé, mais je lui ai dit oui. Non, en vrai, oui. Un grand oui. Parce qu'il y a drama et drama. Moi, je dis vraiment toujours ça. Il y a drama et drama.
- Speaker #1
Je veux d'abord ta définition.
- Speaker #0
Pour moi, il y a le drama dans le sens où tu vas chercher à, entre guillemets, excusez-moi du terme, foutre la merde. Volontairement pour avoir du croustillant. Pour moi, ça, c'est plus les paparazzis, tous les journaux un peu à sensation, machin, qui veulent... Je reprends à l'ancienne, parce que c'est ce que je regardais quand j'accompagnais ma mère, genre chercher... C'est clopeux. Tu sais, en mode Johnny Hallyday, trompeux, machin, avec nanana. Tu vois, genre, t'es en mode... Flemme, on souffle. Et il y a le drama en mode... Meuf, tu sais pas ce qui m'est arrivé, machin ? Ah ouais ? Bah ouais, mais tu sais que c'est super grave, faudrait que t'en parles. Ah bon ? Tu vois ? Et t'as ce truc de... C'est dramatique, ce qui se passe. Mais pour autant, c'est important d'en parler parce qu'on prend la parole sur des choses et ça évite de taire des sujets qui ont été tabous pendant trop longtemps. Tu vois, pour moi, c'est ça, le drama et drama. Après, évidemment, des fois, il y a des petites histoires un peu croustantes, en mode... Tu sais pas ce que machin elle m'a dit, elle a vu le truc. Mais non, c'est pas vrai. Mais ça, pour moi, c'est l'être humain, c'est du petit comérage. Ça blesse vraiment personne, entre guillemets. Ça reste entre nous, ses copines et machin. Et il y a le drama qui est en mode... En fait, c'est pas OK de dire ça. Franchement, ça n'apporte rien. Et moi, j'en ai eu dans des trucs comme ça. Des fois, j'ai des abonnés qui me croisent et qui me disent « J'ai croisé cette influenceuse-là, elle est enceinte, elle l'a dit à personne. Tu devrais en parler. » Ben non, non. Je ne veux pas faire ça. Si on n'a pas parlé, c'est qu'il y a une bonne raison. Ça ne me regarde absolument pas. Il y a des trucs, je pense que c'est important de savoir faire le tri entre est-ce que je dépasse la ligne du sensationnalisme et du vu pour du vu et est-ce que j'aborde des thématiques. Après, oui, dans mes sujets entiers, par exemple, j'ai déjà abordé des thématiques qui ne sont pas hyper deep et profondes. J'ai déjà eu le cas de... J'ai appris que mon ex me trompait depuis plus de deux ans avec ma meilleure amie. Donc, en mode, au... J'ai rayé sa caisse, j'ai presque failli foutre le feu à sa maison. J'étais en mode, oula, là, ça devient du pénal, il faut arrêter de me le raconter. Parce que des fois, ils avouent des trucs, je suis en mode, ça, c'est au tribunal que ça se règle, par contre, tu vois. Mais pour autant... Ça n'a pas fait de mal dans le sens où je ne donne pas de nom, les gens ne me font pas se reconnaître, je change toujours là où ça se passe, je ne parle jamais des pays. Et du coup, je pense que ça, c'est OK. Mais qu'il ne faut pas non plus dépasser les bandes. Il y a des thématiques qui sont trop graves. J'avais trigger warning V. J'avais eu le cas d'une petite fille, enfin une petite fille, elle avait 10 ans. Tu vois, qui habitait dans un autre pays et qui m'expliquait que malheureusement, elle avait été victime du coup. d'une agression, et qu'elle ne voulait pas en parler parce que dans sa famille, c'est tabou, qu'on ne peut pas parler de ça, etc., qu'ils vont rejeter la faute sur elle. Mais que tous les jours, elle doit passer pour aller à l'école devant la maison de la personne, et qu'elle me disait qu'elle n'en pouvait plus, machin, machin. Et du coup, là, je suis en mode, non, ça, ce n'est pas un sujet en tort, ce n'est pas un truc où tu parles légèrement, on te met dans du blush, ce n'est pas ce genre de truc. Et du coup, à contrario, par contre, on s'est appelé à plusieurs reprises, j'ai mis en relation avec une association. et au final ça a été réglé donc je sais pas si la personne a été inquiétée ou pas mais en tout cas elle m'avait envoyé un petit message pour me dire bah ça va beaucoup mieux maintenant finalement ma mère elle voulait bien en parler c'était pas monté la tête mais elle avait peur et elle osait pas et au final sa maman a été hyper compréhensive elle l'a accompagnée et du coup ça va mieux donc après évidemment ça se règle pas comme ça en deux secondes mais rien que le fait d'avoir un soutien de sa famille j'ai senti qu'il y avait quand même un changement donc ça c'est chouette elle a pas gardé tout ça pour elle donc voilà donc tu vois c'est du drama Oui. Mais pour autant...
- Speaker #1
Tu ne l'as pas utilisé en tout cas. Non, en fait, l'important, c'est de faire du tri.
- Speaker #0
C'est de faire du tri dans le drama. Je dis toujours, il y a drama et drama. Il y a même drama, drama, drama et drama.
- Speaker #1
Je trouve qu'il y a une certaine éthique quand même dans ta manière de...
- Speaker #0
En tout cas, j'essaye. Après, il y a peut-être des fois, il y a des gens, ils n'aiment pas, par exemple, quand je parle de religion, parce que c'est un truc qui est quand même touchy. En fonction des communautés, il y a des gens qui n'aiment pas du tout quand j'en parle. Parce que des fois, je mets l'accent sur des choses qui ne vont pas et ça ne plaît pas. Des fois, je mets l'accent sur des choses qui vont. et ça plaît pas non plus parce qu'il y a des gens qui sont très réfractaires aussi à la religion et après on peut pas plaire à tout le monde et voilà tant que tu restes dans le respect moi je le dis toujours je suis pas croyante mais je pars du principe que du moment que tu ne blesses personne ta croyance c'est ok tu vois et j'avais eu le cas avec une fille qui est héléniste et du coup je leur avais parlé et je suis en mode c'est n'importe quoi et je suis en mode bah en vrai tout le monde peut avoir cette take là sur toutes les religions donc soyons respectueux, elle blesse personne elle a ses croyances, elle l'aide dans la vie je vois pas où est le mal je pars de ce principe là Après, que tu crois, que tu crois pas, ça c'est...
- Speaker #1
Je suis assez d'accord. Je respecte aussi ça. Tu vois, tu disais que t'es pas croyante. Est-ce qu'il y a quand même une forme de spiritualité chez toi ? Ou en fait, non ?
- Speaker #0
Je sais pas si on peut appeler ça de la spiritualité. Tu vas me dire d'ailleurs ce que t'en penses. Mais moi, j'aime à croire que tant que tu peux te regarder dans un miroir entre guillemets de spirituellement parlant, que tu ne fais mal à personne et qu'au contraire, tu en tout cas essayes de faire le bien et que t'es ok dans tes bottes par rapport à ce que toi tu fais, je me... Je pars toujours du principe que si je peux en parler autour de moi aux gens que j'aime, c'est que c'est quelque chose que je considère comme bien. Parce qu'en général, tu n'as pas envie d'exposer tes parties qui sont sombres, qui ne sont pas très ouf. Donc moi, je pars de ce principe-là. J'essaye de rester correcte. Après, j'essaie aussi qu'on soit dans un monde où c'est difficile de faire que le bien, de faire tout le temps bien. Moi, j'ai fait des heures dans ma vie, j'en ferai encore. C'est un truc que je pense que tout le monde le fera toujours. Mais pour autant... Est-ce que je crois à une force supérieure ? Franchement, j'ai envie de te dire non, parce que du coup, ça me ferait perdre encore plus la foi, parce que je me dis, avec tout ce qui se passe, avec tout ça... Il y a le libre-arbitre, il y a tout ça, mais je me dis, franchement, s'il y avait vraiment quelque chose de supérieur, j'ose espérer que ça interviendrait à un moment, parce que tu vois tout ce qui se passe, c'est horrible. Donc je préfère me dire qu'en tant qu'humain, on a une spiritualité, on est à même de faire le bien de nous, et d'agir, et que tu peux pas juste rejeter la faute sur quelque chose de supérieur. J'ai toujours du mal quand il y a quelqu'un... Par exemple, c'est horrible, mais j'ai quelqu'un de ma famille qui a perdu son enfant d'un cancer. La petite avait 3 ans. Quelqu'un qui va lui dire que c'était le plan de Dieu. Non. Tu ne peux pas dire ça. Juste présenter condoléances et arrête-toi.
- Speaker #1
Je ne t'ai rien demandé de plus.
- Speaker #0
Il y a ce truc-là. Après, oui, je pense qu'il y a quand même... En fait, je pense qu'on... Là où il y a un humain, il y a quand même une spiritualité. Il y aura toujours un peu une... C'est tout bête, mais... J'ai été à l'école coranique quand j'étais petite, parce que je suis d'une famille musulmane pratiquante. J'ai fait le catéchisme, j'ai des amis juifs. J'ai toujours été dans un milieu où il y a beaucoup de religions, où il y a beaucoup de cultures. Et du coup, ça n'a pas matché. Je me suis un peu fait virer de l'école. C'est un peu différent. Mais pour dire que... pour avoir du coup eu un enseignement religieux, avoir connu tout ça même si j'adhère pas forcément au concept j'adhère pas au mode de vie ou à toutes les idées je conçois qu'on a envie de croire des fois qu'on a besoin de se rappeler peut-être aussi de se confier à quelque chose plus grand que nous, ça nous rassure, et je comprends tout à fait. Et tu vois, typiquement, moi, des fois, ça m'arrive de prendre l'avion, tu sais, il y a des petites secousses, et t'es en mode, s'il y a quelqu'un qui m'entend, moi, j'ai encore envie de vivre ! Enfin, tu vois, t'as ce petit truc, c'est inconscient, mais c'est un peu le côté petite fille en moi, je pense, qui restera toujours, et qui était très croyante, et qui avait ce truc-là, et qui fait que, du coup, tu gardes toujours un peu cette idée, en mode, des fois, ça fait du bien de dire qu'il y a quand même quelque chose de plus grand. Après, dans les termes et dans les faits, je peux pas dire que j'appartiens à un... à vraiment une croyance en particulier ou que j'ai quelque chose de vraiment... Mais voilà, quoi.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Je t'en prie.
- Speaker #1
Je crois qu'on a terminé.
- Speaker #0
OK, j'espère que j'ai pas trop...
- Speaker #1
Est-ce que c'est bon pour toi, Marc ? T'as pas de questions qui te viennent spontanément ? C'est OK ? Ah, bah si, on t'écoute. Il reste 4 minutes. OK, première question. Si Internet disparaissait demain,
- Speaker #0
est-ce que tu penses que ton concept y survivrait ailleurs ? Franchement, 100% oui. Peut-être pas du coup avec une telle portée, mais je pense que oui, parce que depuis la nuit des temps, on raconte des histoires, les gens se réunissent pour écouter, aiment les ragots, lisent le journal, etc. Donc je pense que oui, il serait juste différent, mais je pense sincèrement que 100%. Ce serait d'ailleurs le seul concept, je pense, qui resterait, parce que les histoires, c'est un truc qui se transmet tout le temps. Rien que l'histoire en elle-même de notre monde, c'est des transmissions, c'est tout ça. Que ce soit à travers la musique, à travers les livres, il y a toujours un truc à raconter. Je pense que oui.
- Speaker #1
Ok, intéressant. Merci.
- Speaker #0
Je t'en prie.
- Speaker #1
La deuxième, j'ai déjà assez lu. Je m'égare. Ah oui, l'histoire que... Ah oui, oui, oui, pardon. Je bouge comme ça. Quelle est l'histoire que tu n'as jamais osé raconter ? En dehors des trigger warnings, etc. Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Tu sais que quand j'ai lu la question, au début, j'ai pensé à ces trucs-là de trigger warnings, histoire grave et tout. Ça a plombé un peu l'ambiance. Mais je me suis dit, non, en vrai, la vraie histoire que j'aimerais raconter, c'est la mienne. Ça fait un peu phrase de téléfilm au téléphone, mais pour le coup, c'est vraiment la mienne. Parce que comme je l'ai dit, je suis quand même assez pudique. Je parle énormément, mais pas forcément de moi. Et j'ai une histoire qui est assez... En vrai, je pense que tout le monde peut dire ça, mais... assez profondes, j'ai passé par pas mal de choses dans ma vie en fait j'ai été opposée à plein de choses par rapport à ma famille, par rapport à mes choix de vie par rapport à plein de choses et du coup c'est une grosse thématique qu'on est tous en train encore de guérir dans ma famille on discute beaucoup on consulte etc par rapport à ça et je pense que ouais c'est mon histoire en vrai c'est un truc je sais pas si un jour je pourrais le raconter peut-être un jour quand tu seras plus derrière moi plutôt qu'en cours je pense que ça peut être un sujet intéressant et qui en plus pourrait parler à beaucoup de monde parce que je pense que je ne suis pas la seule à avoir vécu ça et ça concerne aussi cette double culture ces doubles échanges mais comme je t'ai dit avoir le côté que négatif de la double culture et pas le côté positif et hyper enrichissant je
- Speaker #1
pense que ce serait ça merci de nous avoir confié ça je vous en prie de toute façon c'est à ton rythme Et ce n'est pas obligatoire non plus. Oui, c'est vrai. En fait, tu te rends compte qu'en vrai, c'est un truc que tu as envie de garder pour toi.
- Speaker #0
Mais ça peut aussi être un partage, un peu un acte de générosité, de pouvoir le gérer et d'en parler. Donc peut-être un jour. Oui, je comprends.
- Speaker #1
Mais je pense que des fois, il faut aussi se laisser tranquille.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En tout cas, ne pas se mettre de pression non plus. Oui, carrément. Avec un devoir de responsabilité qui parfois nous emmène dans des coins où on n'a pas forcément envie d'explorer. Oui, c'est vrai. Si tu le sens, c'est génial. Et effectivement, ça aidera peut-être plein de gens. Mais en fait, si tu ne le sens pas et que ce n'est pas aligné avec vraiment tes émotions, etc., c'est... Tu vois ?
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
C'est aussi OK. C'est un bon conseil. Peu importe, la bonne réponse sera la tienne.
- Speaker #0
En chaque cas.
- Speaker #1
En tous les cas.
- Speaker #0
C'est trop bien.
- Speaker #1
Voilà. Merci pour tout.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
J'ai appris énormément. Je me sens plus jeune, là. Non, mais trop bien. Et j'espère qu'on te reverra quand on aura créé...
- Speaker #0
j'aimerais trop imaginer j'adore je vous fais le set ça serait trop bien mais oui non bonjour ce serait trop trop chouette et merci pour tes questions elles étaient hyper intéressantes merci à toi et j'étais trop contente de sortir un peu de mon scope habituel et pas juste de parler de maquillage ou autre c'était cool bon bah merci beaucoup merci à toi