Speaker #0Aujourd'hui, je vais répondre à une question qui revient souvent quand on parle de vide existentiel, à savoir pourquoi le vide fait-il si peur alors qu'il ne contient rien. Nous allons parler de vide, parler de silence. Allez, je vous emmène avec moi. Vous écoutez une étincelle du podcast Où est le sens ? Ici, une flamme s'allume, une pensée, un repère. Je suis Stéphanie Morand,conférencière et formatrice, et je vous invite à écouter ce qui se réveille en vous, puis à avancer, ensemble, vers ce qui fait sens. Alors, pourquoi ce vide nous fait-il si peur, alors qu'il ne contient rien ? C'est quand même étrange quand on y pense. Le vide, par définition, il ne contient rien. Pas de menaces, pas de dangers concrets, pas d'événements dramatiques. Et pourtant, il peut nous angoisser, mais alors profondément. Comment, c'est quand même fou, comment est-ce possible que quelque chose d'absent peut-il produire autant d'inconfort et puis autant de fuite, ni plus ni moins, parce que ce vide, on cherche à le fuir. Alors, peut-être que le vide, il ne nous fait pas peur en réalité pour ce qu'il est. Peut-être qu'il nous fait peur pour ce qui nous enlève en réalité. Le vide Il enlève le bruit, il enlève tout ce qu'on connaît dans nos quotidiens, les notifications, les urgences, les objectifs, les rendez-vous, et surtout les rôles à tenir. Il enlève quelque part ce mouvement permanent dans lequel on se sent exister. Parce que oui, tant que nous sommes occupés, nous pensons savoir bien tout simplement qui nous sommes. On se définit beaucoup dans notre société par ce que l'on fait. Je suis celle qui travaille, je suis celui qui organise, je suis celui qui réussit, je suis celle dont on a besoin. Mais quelque part, quand tout ça se suspend, s'arrête, quand l'agenda se calme, par exemple pendant les vacances, quand l'enthousiasme retombe suite à un projet, une expérience vécue, quand ce fameux projet ne fait plus vibrer, alors il nous reste quoi ? Eh bien en réalité, il reste un espace. Et dans cet espace, il n'y a plus de définition évidente de soi. Et c'est ça, souvent, qui est aussi inconfortable. Le vide ne contient rien, certes, mais en plus de ça, il nous retire des béquilles. Des béquilles identitaires, ni plus ni moins. Et sans lesquelles, malheureusement, on va avoir tendance à vaciller. Mais il y a autre chose quand même aussi, qui me semble important. C'est que le vide, il nous... confronte quand même à notre liberté. Parce que tant que quelque chose nous oblige, nous pousse, une ambition, une attente sociale, une urgence, nous avançons presque mécaniquement dans nos quotidiens. Ça, je trouve qu'il y a une illustration dans nos vies qui le montre très bien, c'est les transports en commun. Surtout le matin, en semaine, quand ils sont bien remplis. On est là, tous ensemble, justement presque un petit peu de manière mécanique, sans se regarder, le regard dans le vide, en train de scroller ou d'écouter quelque chose mécaniquement. Nous suivons quelque part un chemin bien tracé. Mais quand plus rien justement s'impose dans le vide, qu'aucun sens préfabriqué ne tient plus, et bien c'est là qu'une question apparaît. Et maintenant ? Et maintenant, qui je suis ? Et maintenant, qu'est-ce que je choisis de faire et de vivre ? Et ça, clairement, c'est vertigineux. Parce que si rien ne nous contraint, si rien ne nous définit, quelque part, l'entière responsabilité de qui l'on est nous revient intégralement. Le vide, oui, il ne contient rien. Mais par contre, il ouvre toutes les possibilités. Ce que je crois, c'est que c'est cet infini qui peut nous faire peur. Nous préférons bien souvent une direction très imparfaite à l'absence totale de direction. Et ça, comme je le disais, c'est vertigineux. Il y a aussi quelque chose dans le vide, autre chose dans le vide. Il y a quelque part une façon de nous raconter des histoires. Je m'explique. On vit en réalité dans des histoires. L'histoire de qui l'on est. de notre parcours, de nos blessures, de nos traumatismes, de nos projets, de ce que nous sommes en train de construire. Et quelque part, ce vide, il nous enlève ces histoires-là. Il n'y a plus de chapitre clair, plus de... Ben voilà, ça, je suis comme ça, voilà qui je suis, voilà où je vais. Et sans cette histoire, qui je suis ? Donc, on vient de le voir. ce n'est pas le rien qui nous effraie en réalité. C'est l'absence de ce que l'on se raconte pour exister. Nous, en tant qu'êtres humains, on est quand même profondément attachés à la continuité, à l'idée que notre vie, elle va quelque part. On l'a décidé presque depuis tout petit, quand on nous a demandé pour la première fois qu'est-ce que tu as envie de faire plus tard. Donc on a, comme ça, un chemin absolument presque tout tracé. Or, le vide, il suspend ce mouvement-là. Il crée une parenthèse. Et quand même, il faut être honnête, nous ne savons plus très bien de nos jours habiter les parenthèses. Mais il y a encore quelque chose de beaucoup plus subtil. Le vide, il nous met donc face à nous-mêmes, mais sans distraction, sans performance, sans validation. Et ça, j'en ai parlé, nous sommes devenus très très sensibles à la validation extérieure. Il nous met face à nous-mêmes aussi sans comparaison. Non, il n'y a plus que nous et juste nous. Et malheureusement, nous ne sommes pas toujours très à l'aise avec cette rencontre-là. Parce que malheureusement, dans le silence, ou plutôt même heureusement, dans le silence remontent parfois des questions que nous évitons. Des doutes, des fragilités que nous avons, une fatigue profonde. Ou simplement même un... une absence d'élan, quelque chose qui nous a quittés. Le vide, eh bien oui, il ne contient rien, mais il révèle. Il révèle ce qui ne tient plus. Il révèle aussi ce qui était porté par l'habitude plutôt que par le désir. Il révèle aussi ce qui était rempli pour éviter de ressentir. Alors peut-être que le vide, il n'est pas effrayant en lui-même. Peut-être qu'il l'est parce que c'est un espace de dépouillement. C'est un endroit où l'on cesse momentanément d'être quelqu'un de défini. Et cela, ça peut ressembler à une disparition. Mais clairement, ce n'est pas une disparition. C'est une suspension, un seuil. Un moment où les anciennes certitudes se retirent. Sauf que, malheureusement, les nouvelles, elles ne sont pas encore apparues. Et c'est cet entre-deux-là qui est très inconfortable. Nous adorerions que le vide soit immédiatement remplacé par un nouveau projet, un nouvel amour, une nouvelle idée, une nouvelle direction. Mais parfois, le vide, il demande simplement à être habité, pas rempli, habité. Je l'ai dit, nous ne sommes pas à l'aise avec la rencontre de nous-mêmes. On ne nous a pas appris tout simplement à juste nous aimer pour le simple fait d'exister. Notre société nous fait croire que nous avons de la valeur parce que nous performons. Performons dans nos familles, dans nos métiers bien évidemment. Donc nous avons la croyance que notre valeur est associée justement à ce que nous produisons, à ce que nous faisons. Et donc nous n'avons pas pris cette habitude-là de nous rencontrer et juste nous célébrer ou nous vivre sans le faire justement. C'est pourquoi peut-être que le vide nous fait peur. Parce qu'il nous apprend une chose que nous n'avons pas apprise. Rester. Rester là, sans solution immédiate, sans réponse claire. Et ni même sans mouvement spectaculaire. Sans faire, donc, comme je viens de le dire. Et découvrir que oui, nous existons quand même. Peut-être que le vide, il ne nous menace pas. Peut-être qu'en réalité, il nous dénude. Et on est bien d'accord, c'est pas confortable. Mais peut-être que derrière la peur, il y a une invitation. Celle de se rencontrer sans rôle, sans bruit, sans récit, prêt à l'emploi et à servir aux autres. Le vide, oui, il ne contient rien. Mais dans ce rien, il y a tout un espace possible. Et parfois, justement, c'est là que quelque chose de plus juste peut naître. Pas dans l'agitation, mais bel et bien dans le vide. Allez, maintenant, je vous laisse reprendre votre chemin. A bientôt ! Vous venez d'écouter une étincelle du podcast « Où est le sens ? » . Si cela vous parle, les épisodes longs du podcast prolongent la réflexion. Venez m'y retrouver pour continuer à avancer, ensemble, vers ce qui fait sens.