Description
Peu avant sa mort, Marcelle Sauvageot (1900-1934), laissa le soin à ses amis et admirateurs de publier son unique texte, texte sans nom, sans titre, sobrement intitulé Commentaire (et renommé Laissez-moi pour les rééditions récentes), texte sans genre bien défini : lettre sans destinataire, pages de journal intime, récit…
Dans ce court texte de soixante-dix pages, Marcel Sauvageot analyse ce que fut pour elle l’amour. L’amour qu’elle éprouva pour Bébé, l’amour que Bébé éprouva pour elle avant, sans doute lassé par une énième cure en sanatorium, de lui envoyer cette missive cinglante autant que salvatrice : « Je me marie… notre amitié demeure… »
Le podcast dure quarante minutes pourtant il ne défendra jamais mieux le texte qu’il ne le fait lui-même tant l’acuité des réflexions, la justesse du ton et la probité de l’auteure semblent sans faille. Ces pages de désillusion et de renaissance sont admirables et peut-être exceptionnelles. Lecture courte mais obsédante, lecture qu’on sait pouvoir recommencer des dizaines de fois.
Cependant, si le texte est une longue réponse au compagnon en fuite il est aussi une tentative d’apprivoisement de l’état d’esprit du malade. La tuberculose, à cette époque sans antidote, est avant tout une ruine du corps. Toux, fatigue, maigreur… Bientôt, ne reste rien, ni de l’environnement, ni de l’organisme de Marcelle Sauvageot. Le texte devient conscience pure et maladie pure.
C’est pourquoi j’ai décidé de le rapprocher du non moins admirable roman Les heures silencieuses (1934) du plus oublié encore Robert de Traz (1884-1951), roman qui tente de comprendre la maladie et l’aspiration à n’être plus qu’une âme pour les malades, condamnés ou non, ce qui semble devenir la véritable vie. Sans oublier, en filigrane, Siloé de Paul Gadenne, La montagne magique de Thomas Mann, Les captifs de Joseph Kessel, Les allongés de Jeanne Galzy, Etes-vous fous ? de René Crevel… tous ces romans qui forment, selon l’expression (dépréciative) d’Emmanuel Berl : la littérature de sanatorium.
En hommage ému à tous ces disparus de la mort blanche…
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