Description
Catherine Guérard (1929-2010) n’a écrit que deux romans sous ce pseudonyme. Le premier, Ces princes, publié en 1955 aux Éditions de la Table Ronde et le second, Renata n’importe quoi, publié en 1967 chez Gallimard. Après cela c’est une disparition totale de la littérature. Elle ne parviendra plus véritablement à écrire.
Renata n’importe quoi concourut à l’époque pour le prix Goncourt qu’il manqua. Il faut dire que l’audace formelle et même thématique du roman est surprenante : une seule phrase qui dure trois jours et deux cents pages environ. Une quête de liberté qui ne cesse jamais dans une sorte d’odyssée qui n’est pas sans rappeler celle de James Joyce et de son Ulysse, l’humilité et la naïveté en plus.
Si dans cet épisode j’étudie Renata n’importe quoi pour en exhumer une partie du sous-texte, de l’ambivalence et de la complexité cachée, je n’ai rien à voir avec la découverte de Catherine Guérard. En effet, ce sont deux éditeurs qui sont à l’origine de la réédition en 2021 : François Grosso et Renaud Buénerd des Éditions du Chemin de fer. Cet épisode est donc aussi l’occasion de raconter en partie la redécouverte de cette romancière et le processus qui a conduit à sa réédition. Qu’il me soit donc permis de remercier François Grosso et Renaud Buénerd pour les informations qu’ils m’ont transmises.
Si Renata n'importe quoi est le roman du présent pur, s’il est celui qui a sans doute lancé un renouveau de ces textes constitués d’une seule phrase à la fin des années 60 et au début des années 70, il est aussi un texte de l'errance dans la cité qui a commencé dans les années 20 avant de muer au lendemain de la seconde guerre mondiale avant d'évoluer encore vers cette forme moins désespérée. C'est aussi un texte qui anticipe les préoccupations sociales de l’année suivante et celui d’une icône qui, étrangement n’est pas encore advenue. Difficile de dire pourquoi Renata n’est pas devenue un avatar de diverses luttes politiques ou sociales tant son caractère naïf et déterminé, libre et sensible, pourrait être un modèle.
Catherine Guérard du moins a ressuscité. Ainsi en va-t-il de ces auteurs rares et chanceux qui rencontrent tardivement de probes démiurges. Espérons que d’autres ressurgissent avec la même détermination aveugle…
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