Description
Robert Margerit (1910-1988) est sans doute celui qui explora le mieux le désir au vingtième siècle. C’est tout un dédale mental que l’auteur couronné par le Renaudot de 1951 pour son roman (étrangement ?) le moins abouti, Le dieu nu, explora livre après livre. Son œuvre est celle de l’absolue tension du désir, celle de l’érotisme comme « vestibule de la mort (Mandiargues) ».
C’est Julien Gracq qui, le premier, évoqua Margerit dans son pamphlet La littérature à l’estomac en 1950. Avec Sur les falaises de marbre d’Ernst Jünger, voilà les deux seuls romans qu’il sauve de la décennie qui vient de s’écouler même s’il n’est pas tendre avec l’œuvre de Margerit. Qu’importe, leurs romans discutent, se ressemblent.
Ce sont deux stylistes avant tout. Mais ce sont deux proches parents aussi. Dans Mont-Dragon, comme dans Au château d’Argol, on retrouve ce château retiré, cette nature impérieuse, cette solitude lointaine, ce personnage trouble et cette tension, cette tentation qui ne peut mener qu’au néant.
Car tel est l’enseignement de l’œuvre de Margerit, avant même les études de Georges Bataille à propos de l’érotisme ou de celles de Claude Elsen dans l’Homo eroticus. Le désir, une fois assouvi, jette l’individu vers une angoisse qu’il ne peut étrangler. Ce sont à la fois les portes de l’amour et du néant pour reprendre le titre de l’essai de Roger Nimier. Réaliser un fantasme c’est comprendre que dieu n’existe pas, que le monde n’a plus de valeur et que nous sommes et n’avons jamais été que seul.
Ainsi vont les romans psychologiques de Margerit, de la banalité du désir vers les grimaces métaphysiques.
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