Description
Les deux étendards est un roman dont on dit qu’il souffre d’une conspiration du silence, qu’il est un véritable chef-d’œuvre maudit. De la première assertion, on ne saurait prétendre le contraire. Il y eut en 1952, à la parution de cet épais roman théologique et amoureux de 1300 pages, assez peu de recensions dans la presse. Quelques-unes de Nimier, Blondel, Dutourd, saluant une œuvre importante et peut-être davantage, mais guère plus.
Jean-Paul Sartre refuse un article élogieux d’Étiemble pour Les Temps Modernes. Magnanime, l’auteur des Chemins de la liberté licenciera dans la foulée Étiemble. Au rugissement dévastateur des Décombres, l’un des plus grands succès de l’Occupation, répond donc le silence assourdissant d’une grande part de la critique. Peut-être n’est-ce qu’une question d’équilibre. Le pardon ne s’obtient pas si aisément.
C’est en comparant Les deux étendards (bien trop hâtivement, certes) à L’Ordre (1929) de Marcel Arland et à Augustin ou le Maître est là (1933) de Joseph Malègue, deux autres romans de formation, que je propose de montrer que celui de Lucien Rebatet n’est pas le chef-d’œuvre que certains lecteurs ont voulu voir.
A dire vrai, il pourrait même être considéré comme un roman d’une extrême vanité, un roman adolescent emphatique et paroxystique qui cache derrière de nombreuses références et une gauloiserie féroce un piétinement assez paradoxale au regard de la quantité de pages, malgré de nombreux moments d’une admirable maîtrise et d’un véritable plaisir de lecture. Rien ne change pour Michel et Régis, au contraire de Gilbert Villars dans l’Ordre et d’Augustin Méridier dans le roman de Joseph Malègue.
A bien y regarder, si la critique a souvent comparé Joseph Malègue à Marcel Proust à la parution de son superbe et émouvant roman, c’est peut-être qu’il y avait déjà là le roman français théologique du XXème siècle dont on a parfois, à tort, donné la paternité à Lucien Rebatet.
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