- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue aujourd'hui dans l'émission qui n'a toujours pas de nom parce qu'en fait on s'est pas encore mis d'accord sur comment est-ce qu'on allait l'appeler. Mais je suis en compagnie de quatre acolytes et pas des moindres. Et tout d'abord, les livres de Jeanne. Évidemment, Jeanne, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, je suis ravie d'être avec vous tous.
- Speaker #0
Ça me fait plaisir que tu sois ravie d'être là. Malheureusement, tu te retrouves en face d'un sacré spécimen qui est Ramsès Parent. Ramsès, comment ça va ?
- Speaker #2
Moi, ça va très bien. Merci pour l'invitation. En tout cas, ça fait plaisir de voir autant des gens passionnés par la littérature.
- Speaker #3
C'est magnifique. C'est beau.
- Speaker #0
À ma droite, Martin, l'aide de la nuit sera mot. Comment vas-tu ?
- Speaker #3
Ça va très bien, je suis très content d'être ici aussi et ravi de parler littérature ensemble.
- Speaker #0
Une voix de radio assez incroyable. Et enfin, à ma gauche, la bibliothèque de poche avec Lola. Comment ça va ?
- Speaker #4
Ça va et toi ?
- Speaker #0
Magnifique. Et donc, on attaque aujourd'hui avec trois livres. Le principe est le suivant de l'émission. On a choisi trois livres qu'on a sélectionnés, qu'on a tous lus. On va vous donner notre avis sur ces livres-là. Du coup, des avis qui sont le plus francs possible, même s'il y a beaucoup de menteurs autour de cette table. On va essayer d'être le plus proche de la réalité. On commence par le premier livre qui est le Frédéric Beigbeder. Ibiza a beaucoup changé aux éditions Albain Michel et je vais laisser la parole à M. Ramsès de nous expliquer tout ça.
- Speaker #2
Alors oui, c'est un Frédéric Becbédé, c'est son nouveau, on va dire, son nouveau livre. Ce n'est pas vraiment un roman, c'est plutôt... plusieurs nouvelles qui ont été rassemblées pour former un recueil justement et le recueil nous est présenté par l'éditeur comme une exploration de la décennie dorée donc de 1989 à 2001 et bon, on va dire que c'est une bonne lancée pour l'auteur mais pour moi ça ne m'a pas du tout touché, on a plutôt un problème structurel dedans j'ai envie de dire parce qu'on retrouve pour les gens qui ont lu 1999 francs le personnage de Octaire Parango qui est le double justement Merci. de Frédéric Becbedé, mais le problème étant que c'est, Octave Parango c'est quand même un dandy cynique, un séducteur compulsif, un critique du système depuis l'intérieur du système. Ça avait passé depuis 2000, mais là on est en 2026, donc il y a vraiment un problème. Et puis on nous dit déjà que ces articles ont déjà été publiés depuis très très longtemps, et là on retrouve des nouveaux articles, etc. Donc ces plusieurs articles rassemblés pour former un recueil, bien évidemment on retrouve la posture de Becbedé qui est toujours assez provoquante, mais... Pour moi, ce n'est pas la réussite totale. Je ne sais pas ce que vous en avez pensé d'autre.
- Speaker #0
En gros, on traverse plusieurs nouvelles qui racontent quand même une histoire les unes avec les autres.
- Speaker #2
Il n'y a pas de lien assez structurel, même assez formel, entre toutes les nouvelles. Il y aura des nouvelles qui vont s'appeler « Comment écrire ONA ? » ONA, qui est aussi la feedback BD, qui est aussi un article qu'il avait déjà écrit il y a très longtemps dans un journal. On retrouve aussi à son côté un peu, on va dire, provocateur sur tout ce qui est les IA, les nouvelles technologies. Il y a aussi un article sur Center Park. Donc, en fait, on traverse un peu la vie de Beck BD, on va dire, de 89 jusqu'en 2001. Ça va, mais ce n'est pas non plus quelque chose d'énorme pour l'écriture de Beck BD, en tout cas.
- Speaker #0
Tu n'as pas été transporté, quoi.
- Speaker #2
Je n'ai pas été transporté, notamment, il y a plusieurs choses que moi, je n'ai pas du tout aimé. parce que Il y a d'abord cette idée de l'autocritique lui-même. On se retrouve avec un pacte de non-autobiographique. C'est-à-dire que c'est pour moi un des procédés le plus cynique du livre. C'est que Beck BD va se critiquer lui-même avant même que quiconque puisse le faire. Pour neutraliser justement d'avance toute critique extérieure. En disant le premier ce qu'on pourrait déjà lui dire. C'est-à-dire qu'on ne peut pas frapper un homme qui est déjà par terre. Il se critique lui-même et si tu critiques ce qu'il a déjà dit, ça ne sert certainement à rien. Mais par exemple, il dit « j'ai l'impression que le roman est mort pour moi » . Il le dit dans le livre ou encore plus loin. Le malentendu autobiographique, les gens pensent qu'on parle de soi parce qu'on s'adore, alors qu'on écrit souvent sur soi, justement pour manque de confiance. Encore plus loin, plus un écrivain de succès, moins ces livres sont intéressants. Donc en fait, on ne peut pas frapper un homme qui est déjà par terre. Il se critique lui-même. Et ça, c'est vraiment l'autocritique comme bouclier. Et c'est ça, en tout cas, le plus gros problème du livre, je trouve.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu en penses, toi, Jeanne ?
- Speaker #1
Moi, j'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre parce que je rejoins Ramsès par rapport aux différents articles et différents chapitres qu'il peut y avoir dans le livre. J'ai trouvé que c'était assez brouillon. Je ne voyais pas bien la relation entre les différentes parties. Donc déjà, ça ne m'a pas transportée. Et au-delà de ça, je n'ai pas du tout accroché avec l'écriture. Donc pour moi, ça n'a pas fonctionné.
- Speaker #0
Il y a quand même une sorte de trame narrative dans le sens où il y a ce octave qui... Au départ, frimousse un peu dans les bars, rencontre des femmes, s'éclate et au fur et à mesure va devenir aussi parent, va rencontrer quelqu'un, se poser. Il y a quand même une évolution de ce personnage-là, il n'est pas juste... posé là n'importe comment et avec des nouvelles posées n'importe comment non plus.
- Speaker #2
Oui, mais en dehors de ça, on sent que l'auteur n'a plus rien à dire. Je suis désolé, il le dit lui-même. Il dit « ne rien écrire demande du courage » . Et d'ailleurs ça, dans « Comment écrire on a » , il confesse avoir passé trois ans sans écrire entre chaque article. Donc il décrit sa stérilité créatrice comme une maladie. Il écrit lui-même « mon infertilité me conduisait à prendre parfois une drogue qui coupe le sommeil » . autant que l'appétit, c'est incroyable le nombre d'excuses qu'un écrivain vieillissant peut trouver pour ne rien foutre. Il cite ensuite Albert Cossery pour se donner une caution philosophique, ne rien écrire demande le courage, avant d'ironiser sur l'axiome de Schopenhauer, selon lequel la première condition du bon style est d'avoir quelque chose à dire. Sauf que là, il n'a rien à dire, justement, et c'est une très bonne ironie, mais le livre a quand même été publié. En fait, dans l'éternel insatisfait, il écrit Par la voix de Parango, incapable d'entamer un nouveau roman, je décide de noter en vrac tout ce qui me passe par la tête. C'est ça le roman, il dit en vrac tout ce qui se passe par la tête. Et c'est dommage. Lola, toi ?
- Speaker #4
Je pense aussi qu'il y a une question de filtre. Quand tout le monde va écrire, ce qui passe par notre tête, c'est pas possible. Après, je rejoins Eugène dans sa lecture. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on a décidé de surligner un peu toutes les phrases qui étaient problématiques. On venait à bout d'un surligneur, c'était absolument extraordinaire. Mais après, je pense qu'il y a quand même deux lectures qui se rejoignent. Une lecture qui est quand même basée sur du second degré, dans le sens où, effectivement, on prend le parti de comprendre que Big BD va jouer avec un personnage, que ce dont il parle, c'est en réalité lui, mais c'est aussi ce double, ce pseudonyme, qui lui sert depuis longtemps, en faisant le portrait d'un homme qui est médiocre, qui est écrasé par la vie et qui, en gros, est... très très lucide face à son propre échec, face à son propre vieillissement. Donc il y a cette lecture-là qui est possible, et puis il y a l'autre lecture en se disant que, sur d'autres romans, en fait, la distance entre le pseudonyme et le personnage concret et l'auteur est bien plus importante. Et donc ici, c'est assez problématique de voir que les frontières elles sont tout à fait lisses, et qu'en réalité, on voit très bien que c'est Bec BD derrière, et qu'il y a quand même une volonté de choquer, une volonté de créer la polémique, qui pour moi n'est pas agréable à lire, parce qu'on sait.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te fait dire que c'est Bec Bédé derrière, sachant qu'on sait très bien que le narrateur n'est pas forcément l'auteur ? Enfin, je veux dire, Nabokov n'est pas Humber Humber, alors il pourrait aussi se défendre comme ça, en se disant non, mais c'est pas forcément moi, mais c'est surtout...
- Speaker #4
Parce qu'il y a aussi un personnage public. C'est-à-dire que ça fait des années et des années qu'il s'affiche de cette manière sur des plateaux télé, qu'il joue justement de cette figure d'homme débauché qui fait des soirées, qui est justement cette part-là de la littérature. et cette figure-là d'auteur. Donc il s'est quand même construit une figure d'auteur qui est celle du débauché, on va dire, en littérature et qui est celui qui est là pour choquer et pour déstabiliser. Donc forcément, il y a deux lectures. Je pense que si on le prend au second degré, on se dit qu'il n'y a aucun intérêt à lire plein de nouvelles qui sont sorties déjà. Donc il n'y a pas vraiment d'acte de construction d'un roman et donc de nouveautés. Et puis si on le prend sans le second degré, c'est juste des phrases qui parfois sont très... très limite sur les femmes qui sont misogynes, qui sont homophobes. Il y a beaucoup de propos qui sont problématiques. Je comprends qu'on veuille jouer justement cette carte-là du double et de la volonté de choquer, mais il y a peut-être des phrases qu'on ne peut pas écrire en littérature. Ça pose question. Est-ce qu'on a droit de tout écrire en littérature et tout ce qui nous passe par la tête ?
- Speaker #0
Martin, j'ai pu comprendre que tu avais adoré le livre.
- Speaker #3
Non, je n'ai pas adoré le livre. Je vais vraiment me rendre à César ce qui est à César. Il y avait quand même certaines scènes d'humour qui n'étaient pas inintéressantes. J'ai trouvé la réflexion sur la télé, même si elle est un peu datée à certains moments. Je pense que c'est des vérités qu'on aurait pu aussi balancer il y a 20 ans et c'était tout aussi valable. Après, j'ai bien aimé aussi la partie sur Center Park, parce que j'étais à Center Park une fois quand j'étais petit et je me suis complètement retrouvé. Donc là, c'est déjà bien fait. On voit qu'il y est allé. Après, je trouve qu'il y a eu beaucoup de répétitions quand même. Et ce n'est même pas tant une question de si c'est l'auteur, si c'est le narrateur. Pour moi, c'est juste que toutes ces banalités sur les femmes, on peut les écrire, on peut tout écrire en littérature, pour moi. C'est juste qu'au bout d'un moment, ça fait très lourd. Et quand c'est encore, et encore, et encore, et encore, limite, ça va. Enfin, ça va plus. Je trouve qu'on est vraiment... Il y a une répétition qui m'a un peu assommé, en fait, au bout d'un moment. Et je pense que, limite, c'était des commentaires provocateurs qu'on pouvait faire il y a 10 ans. Et là, c'était vraiment très provocateur. Maintenant, ça devient juste complètement dépassé. C'est même plus drôle, ça ne choque même plus. C'est juste... C'est déjà entendu, quoi. Et moi, j'ai vraiment eu l'impression, en fait, avec ce livre, d'une paresse, en fait. Si on prend, je crois que tu dois avoir 22 textes dans le recueil, il y en a 13 qui étaient déjà publiés, qui ont été republiés tels quels. J'ai trouvé ça un peu bateau. Et aussi, il y a pas mal des fois des utilisations un peu de mots pour faire jeune. Par exemple, j'avais lu quelque part « Muriel est en bad » . Personne dit ça. J'ai jamais entendu ça. J'ai un peu l'impression d'avoir un peu... Après, peut-être que Muriel est vraiment en bad aussi. Ouais, mais tu vois, il y a des trucs comme ça. Et puis des fois, il y a des trucs un peu choqués pour choquer. Tu vois, par exemple, Londres n'avait peut-être pas autant scintillé depuis l'arrêt des bombardements de la Luftwaffe en mai 1941. Je ne sais pas si Londres n'en a pas autant senti depuis, je pense quand même. Il y avait des métaphores et des images comme ça, qui étaient juste un peu nulles.
- Speaker #4
Sargent, l'idée du titre, Ibiza a changé, c'est cette volonté justement de montrer à la fois dans cette figure de boomer, qu'il assume, quand il fait des plateaux télé aujourd'hui, il assume totalement qu'il s'inscrit dans une figure de boomer. Et en plus, c'est une espèce de réactif. Il est hyper déplacé dans sa manière de dire « Oh, ça a changé, c'était mieux avant » , etc.
- Speaker #3
Pour rebondir là-dessus, notamment la nouvelle Ibiza, c'est quoi en fait ? Ibiza a beaucoup changé. C'est Ibiza en fait avec le masque parce qu'il y a le Covid. Ça aussi, c'est bon. Ça fait trois ans qu'il n'y a plus le Covid. Là, c'est bon. Moi, j'en ai marre de lire des récits Covid. Donc, publier ça à ce moment-là, c'est un peu... Voilà, ça m'a...
- Speaker #0
On sent aussi quand même une certaine nostalgie dans ce qu'a pu être la drague et de ce que ça n'est plus aujourd'hui. J'ai un passage devant que j'avais envie de lire parce que je trouve ça assez... particulier, Ramsès tu me diras ce que t'en penses, avec sa robe échancrée, elle avait l'innocence des putains et la sensualité des vierges, je me suis dit, puisque c'est la plus belle fille de la soirée, autant la draguer tout de suite, comme ça on sera débarrassé. En cas de râteau, j'avais tout le temps de me rabattre sur une moins bien, j'ai fait ça toute ma vie, les filles moins bien. C'est ma spécialité, je tombe amoureux des canons et ensuite j'embrasse sa copine moche. Après, je fais l'amour avec la moins bien. Je pense à la mieux, c'est si simple un homme. Est-ce que c'est si simple, Ramsès, un homme ?
- Speaker #2
Je ne pense pas que ce soit si simple un homme, mais je pense surtout que derrière cette posture de Octave Parango, il y a une forme de la déresponsabilisation. C'est qu'en utilisant ce personnage-là, on peut tout dire. C'est Parango et moi un alter ego, c'est plutôt un fusible pour moi, Parango, dans ce recueil de plusieurs nouvelles. Et puis c'est une posture de double bénéfice. On profite du scandale pour la visibilité médiatique, on nie la responsabilité intellectuelle si le scandale va trop loin. Même il y a « il dit, je cite mot pour mot, pour qu'une femme me plaise, il suffit qu'elle me repousse » . Il y a quelque chose de problématique dans ses propos, mais ce n'est pas lui, entre guillemets, c'est pas Rongo qui dit ça. Et puis, ce double projet littéraire revendiqué comme l'exploration du Dessonnie doré, la critique du pasquillement numérique, en fait, se cache quelque chose de beaucoup plus simple et beaucoup moins noble. Un homme de 56 ans qui regrette l'époque où il pouvait justement utiliser toutes les manières possibles pour aller vers les filles. Et je pense que c'est là où est le problème d'Ibiza. C'est que selon Beck BD, ceux qui ont autorisé les pistes de danse, mais interdit le flirt. On autorisait les pistes de danse, mais on interdit le flirt. C'est ça pour lui, Ibiza a changé. Il n'y a rien de philosophique dedans. Encore si ça avait été quelque chose de dramatique, j'aurais pu comprendre. Mais là, il n'y a rien. C'est quelqu'un qui n'a plus rien à dire.
- Speaker #1
Moi, je suis totalement d'accord et je trouve qu'il se cache beaucoup, je rejoins Lola complètement, derrière ce second degré, derrière ce personnage, et ça manque presque d'honnêteté parce qu'on sent complètement que c'est lui qui est derrière. Et je trouve qu'en plus de desservir évidemment les femmes, parce que notamment à un moment, il va comparer la femme à un bambi, c'est assez invisible et je trouve que ça dessert aussi les hommes. parce qu'il fait vraiment passer les hommes pour ce qu'ils ne sont pas, pour moi, c'est-à-dire juste des êtres de pulsions, des êtres qui ne peuvent pas se contrôler. Pas du tout. Tous les hommes ne sont pas comme ça. Et je trouve que ça dessert autant les femmes, ce qu'il a écrit, que les hommes. Et donc ça, ça m'a vraiment dérangée aussi.
- Speaker #4
Puis c'est quelque chose qui peut être dangereux, honnêtement. Enfin, je le dis sur la littérature. La littérature, aujourd'hui, elle a une portée qui est plus vaste que la simple publication. Il y a des gens qui vont lire ça. aussi des jeunes qui vont lire ça, des jeunes filles, des jeunes hommes, avoir ce discours-là sur MeToo en écrivant le secret de la séduction et la résistance au rejet en disant mais c'était bien mieux avant MeToo parce qu'on avait le droit, quand on nous disait non, de forcer quand même. Je trouve ça absolument fou, je trouve ça très très dangereux parce que si des jeunes hommes se servent justement de ça en disant, bah si il l'a dit, c'est hyper drôle ce qu'il dit, c'est très ironique, j'aime bien ce personnage-là, en fait ça vient donner une légitimité à ce comportement-là et à cette manière de penser.
- Speaker #2
Et justement pour revenir sur le MeToo, c'est dans la nouvelle Le Dernier Homme où le narrateur Jésus Parango Jr. en 2050 explique l'extinction masculine. par un catalogue de causes parmi lesquelles l'impuissance sexuelle généralisée par la trouille de MeToo. C'est pour lui la cause de l'extinction masculine. Et justement pour lui, MeToo n'aurait pas libéré des victimes, mais terrorisé des hommes au point de les rendre biologiquement impuissants. Et c'est là où est le problème, parce que le mouvement féministe ici agit comme un agent d'extinction de l'espèce. Et ça, c'est tout un problème. On ne peut pas dire ça.
- Speaker #0
Est-ce que, Martin, tu penses qu'on peut se cacher derrière un narrateur, lui permettre de dire tout ce qu'on a envie de dire au p... ou pas, en utilisant le bouclier du narrateur ? Parce qu'en fait, le sujet qu'on retrouve là, c'est vraiment l'idée selon laquelle on retrouve Beck BD derrière ce texte, mais en même temps, c'est pas vraiment Beck BD parce qu'il s'auto-critique lui-même et du coup, c'est difficile de critiquer quelqu'un qui est à terre. Qu'est-ce que tu penses de ça, toi, Martin ?
- Speaker #3
Je pense qu'on peut toujours faire toujours tout dire à nos personnages, peu importe. Là où ça devient un problème, c'est quand il y a une telle confusion entre le personnage et l'auteur. qu'on peut faire passer sous couvert que c'est un personnage toutes nos opinions, qu'elles soient bien, enfin bonnes, mauvaises, populaires ou non. Et je pense qu'en fait toute la finesse d'un auteur c'est, même s'il a envie de faire ça, de le faire avec finesse, de le faire de manière cachée, et d'apporter un peu plus de nuance à son personnage. Là où je pense que c'était un peu plus le cas, j'ai l'impression en tout cas dans mes souvenirs de lecture de L'amour dure trois ans, de 99 francs, où il y avait quand même plus d'humanité, là c'est vraiment plutôt, pour moi c'était vraiment plus une espèce de cours. masculiniste un petit peu, où en fait le gars va lui se balancer ses idées sous couvert que c'est un personnage et en fait ça manque de nuances. Je trouve qu'en fait dans ces différentes nouvelles Oscar Parango n'avait plus en fait cette épaisseur d'un être humain avec des peurs, avec des aspirations, avec des des envies, enfin tout ce qui fait un personnage de roman. Là on était vraiment sur quelqu'un qui nous donne des vérités générales sur le monde, sur MeToo, sur où on en est maintenant et sur ce qui va se passer après. Donc pour moi... on a perdu la dimension d'histoire dans ce roman, dans sa recueille de nouvelles, pardon. Et c'est là tout le problème du livre, je pense. Peu importe encore les opinions et les avis qu'il y a dedans, il n'y a plus d'histoire et il n'y a plus de narration. Et c'est ça qui m'a dérangé.
- Speaker #0
Ramzes, pour terminer.
- Speaker #2
Alors, Ibiza a beaucoup changé. Justement, il est un livre construit sur trois pliés, également fragiles. Je dirais l'autocritique comme un bouclier, le personnage écran comme fusible, la nostalgie comme idéologie. Le monde était meilleur quand personne ne demandait de compte. aux hommes d'après ce recueil.
- Speaker #0
Bon, très bien. Je pense qu'on en a assez dit sur ce livre. Ibiza a beaucoup changé. Ramsès aussi a beaucoup changé. Il y a beaucoup de choses qui ont beaucoup changé. On va passer au deuxième livre de Yasmina Kadra, le prieur de Bethléem. Alors, il faut savoir que je me fais reprendre et reprendre tous les jours. On ne dit pas Kadra, Ramsès. Qu'est-ce qu'on dit ?
- Speaker #2
On dit Hadra.
- Speaker #0
Ok, on dit Hadra, voilà. Donc maintenant, vous le savez, la véritable prononciation. Alors, ce livre de Yasmina Hadra est du titre Le Prieur de Bethléem chez Flammarion. Moi, franchement, j'ai bien aimé. J'ai trouvé ça extrêmement original. L'idée selon laquelle le narrateur va être, bon, un narrateur évidemment omnipotent, mais c'est un éditeur qui se fait prendre en otage. parce qu'il a refusé un manuscrit, et donc l'auteur en question le retrouve et le prend en otage. Et en fait, le livre, ce n'est ni plus ni moins que le manuscrit. Et qu'on se rend compte que la prise d'otage est surtout un prétexte, et ne prend pas vraiment en otage le personnage, mais nous prend en otage nous, en tant que lecteur. On est obligé de lire avec lui ce manuscrit, et je trouve que du coup, c'est vraiment un prétexte pour dire aussi, regardez, on va parler de ce qui se passe en Palestine, On va parler de... de ce conflit entre Isaël et Palestine, de ce que vit vraiment le peuple, de toutes ces difficultés avec aussi les mouvements révolutionnaires à l'intérieur. C'est évidemment très très bien écrit. Yasmina Khadra a vraiment une plume qui nous embarque dans son univers assez facilement. Il y a des belles fulgurances. Moi, j'ai trouvé que c'était très très bien réalisé. Même dans la structure narrative, tout n'est pas donné tout de suite. On découvre au fur et à mesure l'identité de certains personnages. Le pourquoi du comment, il y a beaucoup d'aspects prophétiques, dans le sens où on a des informations, on ne sait pas pourquoi ces informations sont présentes, on les découvre au fur et à mesure du manuscrit. Et en fait, on se dit presque, mais il a été complètement idiot de refuser ce manuscrit, parce que moi, si j'avais été éditeur, je l'aurais complètement publié. Évidemment, ça peut paraître un peu délicat par rapport au contexte politique actuel. On se dit, est-ce qu'on va vraiment se manger un livre sur Palestine-Israël ? Moi, au départ, je me suis dit, OK, j'ai vraiment envie de rentrer là-dedans et de manger ça. Et au final, ça y va tout seul. Ça fonctionne vraiment très bien parce qu'on est proche des humains. On est proche de cette société. On est proche même de certains Israéliens qui ne sont pas du tout en accord avec ce qui se passe en Palestine. Chaque personnage est assez compliqué. On ne reste pas sur des archétypes. Le méchant, le gentil, celui qui attaque, celui qui se défend. On n'est pas du tout là-dedans. Et donc, j'ai été pris en otage, mais j'étais content d'être pris en otage. Après, j'ai trouvé ça un peu facile. Le truc de se dire, ok, je prends en otage parce que personne ne va voir ce qui se passe vraiment réellement là-bas, donc du coup je suis obligé d'utiliser le prétexte de la prise d'otage pour faire lire aux gens un livre sur un manuscrit et qu'en fait en quatrième de couverture on te dit pas vraiment que c'est l'histoire du manuscrit, mais plutôt l'histoire d'une prise d'otage. Donc on se fait encore une fois prendre en otage par l'éditeur de cette dite, bah en fait mec, moi je m'attendais juste à une prise d'otage et à des discussions et à des dialogues, mais en fait pas du tout, on n'est pas du tout là-dedans, Donc j'ai l'impression de m'être fait... un peu à voir et au final ça marche très bien. Qu'est-ce que vous en avez pensé Lola ?
- Speaker #4
Je trouvais ça très intéressant parce qu'il y a quand même plusieurs livres qui sont sortis qui parlaient de la situation, du conflit évidemment entre Israël et Palestine et j'ai trouvé que c'était pas toujours bien fait dans les livres qui sont sortis notamment j'étais un peu déçue j'ai bien aimé cette plume quand même mais un peu déçue du livre de Rachid Benzin qui était sorti, qui parlait justement de ce conflit mais j'ai trouvé que Et justement, là, il y avait quelque chose qui amenait et qui était légitime dans cette parole, un sens où cette prise d'otage, en fait, c'est un beau cadeau qui nous est fait dans ce texte-là. Ce n'était pas un prétexte en disant « je vais raconter l'histoire d'un homme et du coup, je parle de toutes ces personnes qui ont les yeux fermés sur ce conflit, sur cette situation » . Et justement, c'était hyper intéressant de, non seulement de découvrir une histoire qui est humaine, et en plus de découvrir quelque chose qui narrativement se tient, qui est vraiment un joli roman. J'ai beaucoup aimé cette capacité, mais j'aime beaucoup aussi Esmina Khedra, cette capacité à conter quelque chose. Ça s'inscrit dans une tradition de contes qui est assez ancienne, mais il arrive à conter des histoires d'une telle manière, on est plongé dedans et c'est assez difficile d'en sortir, et on se laisse bercer, c'est une espèce de quelque chose d'envoûtant, c'est presque magique de lire son écriture. C'est un joli livre qui s'éloignait du prétexte pour parler de ce conflit israélo-palestinien. mais justement qui était dans une belle histoire, qui vient porter cette terre et qui l'inscrit un peu dans une mémoire de cette terre.
- Speaker #2
Alors moi, j'ai vraiment trouvé ça incroyable, surtout sur la structure, puisqu'en fait, on se balade entre la France et le désert du Sahara. Et c'est tout ce qui est magnifique dans l'écriture de Yasmina Radra, c'est qu'on passe d'un narrateur externe, où on est en France, avec un narrateur qui est encore externe quand on le retrouve au Sahara. Et quand on rentre dans le manuscrit du roman, on se retrouve avec un narrateur... Un narrateur qui est intradigétique, c'est-à-dire que c'est l'écrivain qui parle avec un point de vue du jeu, c'est ça qui est magnifique, alors que quand on est en dehors du manuscrit, on est avec un point de vue de « il » , etc. Donc c'est ça aussi qui est magnifique dans ce roman, mais je trouve que même dans l'écriture, on a des phrases qui sont assez simples, mais qui nous poussent à poursuivre la lecture. Et moi j'ai adoré en tout cas Yasmina Rabra.
- Speaker #3
Oui, moi j'ai beaucoup aimé aussi ces brochettes de personnages qui marchaient, ça fonctionnait très bien j'ai trouvé. à la fois le personnage principal, à la fois sa famille, à la fois toutes les personnes qu'il va croiser. J'ai trouvé qu'ils étaient tous très différents, ils en étaient tous beaucoup quelque chose. Après, le seul élément, moi, qui m'a un peu dérangé, peut-être, pour faire un peu la vacaille du diable, enfin, la vacaille du bon diable, bref, ce serait qu'il y a eu quand même beaucoup de malheur sur ce gars. Et j'ai l'impression qu'en fait, à chaque fois qu'il y a quelque chose qui marche un peu pour lui, ça s'écroule deux semaines plus tard, quoi. Et j'ai trouvé que c'était peut-être un peu exagéré et un peu forcé le trait, Même si moi, j'ai... beaucoup aimé ce côté texte dans le texte. C'était très fort. Et surtout, on va comprendre par la suite, je ne sais pas à quel point on peut dévoiler, à quel point on spoil tout, mais j'ai trouvé qu'il y a un remboursement de situation à la fin quand même qui va expliquer pourquoi c'est éditeur. Que je ne dévoilerai pas, donc. Mais je pense que il y a toute une dimension qui est ajoutée et un petit wow effect qu'on a à la fin du livre qui, moi, me plaît toujours beaucoup.
- Speaker #1
Oui, moi je rebondis sur ce que tu as dit au début, cette impression d'être pris en otage. Moi, je ne me suis pas du tout sentie prise en otage, pour le coup. Au contraire, je trouve que, comme disait Lola tout à l'heure, c'est un conflit qui est très compliqué, c'est très difficile d'en parler. On nous demande en plus souvent de prendre position, et c'est très très très difficile, je trouve, de se faire un avis. Et là, j'avais plutôt l'impression qu'on me prenait par la main, et qu'on me montrait une certaine réalité, mais toujours avec des personnages qui ne sont pas manichéens. à aucun moment on nous dit ça c'est bien, ça c'est mal et ça j'ai bien aimé parce que j'avais pas du tout envie de lire un livre qui était moralisateur idem quand on a choisi ce livre parmi les livres à lire pour ce podcast, je me suis dit un livre sur ce thème c'est vrai que on en entend toujours parler aux informations etc et c'est un sujet qui est assez anxiogène et là j'ai trouvé qu'il faisait d'un sujet anxiogène et d'un sujet de société compliqué quelque chose de vraiment très bien fait et je me suis beaucoup accrochée au personnage. On commence en plus le livre avec un peu des morceaux de réalisme magique, avec notamment un homme qui recouvre la vue. J'ai beaucoup aimé tous ces parallèles. Il y a de la vraie poésie.
- Speaker #0
On a vraiment compris cette histoire d'homme qui retrouve la vue. On le retrouve trois fois dans le livre. Il y a trois ou quatre chapitres au total. avec une espèce de roi ou de prince qui se rebelle un peu contre ça, qui ne comprend pas. Je me suis demandé si la métaphore de la vue n'était pas aussi celle pour le lecteur, de se dire, ah bah tiens, en lui offrant ce manuscrit, on lui réoffre la vue de ce qu'ils se sont toujours cachés, de ce que les médias ont caché, de la réalité telle qu'elle est. Parce que la réalité, parfois, c'est un ensemble de malheurs, malheureusement. Mais en fait, on ne sait pas trop ce que ça fout.
- Speaker #4
C'est peut-être une fenêtre d'ouverture sur la fin du roman et sur l'idée principale du roman, qui est cette idée de miracle en fait, en se disant peut-être que c'est un message qui est adressé justement au sein de cette situation, le conflit israélo-palestinien. Peut-être que c'est une manière de dire, peut-être qu'il reste un miracle à accomplir et peut-être qu'il y a un espoir encore. Donc c'est peut-être évidemment ce message un peu plus global du roman qui dit que les miracles existent encore tant qu'on a la foi et tant qu'on a encore la liberté d'y croire.
- Speaker #2
Mais c'est ça qui est justement assez ambivalent, c'est qu'en dehors du manuscrit de cet auteur, c'est qu'il y a un miracle, mais à l'intérieur, il n'y a pas de miracle. À l'intérieur, tout est morbide, tout est sombre, tout est dans la dépression. On voit justement tout le passage de ce jeune homme qui, dès son plus jeune âge, perd toute la vie, en tout cas. Et c'est ça qui est assez ambivalent, c'est que dans le roman de cet auteur, dans le manuscrit de cet auteur, il n'y a pas d'espoir. Et en dehors du roman, on nous présente quelque chose. où il y a de l'espoir, et c'est ça qui est magnifique.
- Speaker #0
D'ailleurs, il écrit « En Palestine, le veuvage précoce était dans la logique des choses. De nombreux jeunes mariés sortaient le matin de chez eux pour être ramenés le soir enmitouflés de blancs. Mon père était carreleur plâtrier sur un chantier. Il s'était trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. » Est-ce que c'est ça aussi, le malheur, se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ?
- Speaker #1
Oui, je pense, et pour revenir à ce dont on parlait au début, de cet homme qui recouvre la vue de cette... enchaînement de miracles, moi je l'ai aussi vu comme quelle est la place de Dieu dans tout ça. À quel moment, quelle position prend-il ? J'ai trouvé que c'était intéressant de ce point de vue là, de montrer sa place comme quoi oui il peut y avoir des malheurs absolument terribles et innommables, mais il y a aussi ces pointes de lumière, voilà cet homme qui recouvre la vue alors qu'il a été aveugle depuis son plus jeune âge. Donc moi je l'ai vu comme ça, comme un peu des... des rayons de lumière pour venir mettre un peu plus de complexité dans le récit et dans ce côté bien mal qu'on a l'habitude de voir quand on traite de ce conflit-là.
- Speaker #3
Martin, pour rebondir sur la présence de Dieu, j'ai trouvé ça aussi assez intéressant, notamment ce miracle. Bon, après, j'espère que ce n'est pas une métaphore pour nous dire que ça va nous ouvrir les yeux, puis que ce sera un peu prétentieux au début d'un livre. Mais peut-être que c'est ça. J'ai bien aimé, en tout cas, ton interprétation de Lola aussi. Un truc qui m'a un peu dérangé, moi, cela dit, c'est que cet homme qui a traversé tout ça, arrive à avoir la générosité et la bonté de pardonner et d'expliquer, de mettre en lumière, de montrer son histoire sans haine, sans véhémence, sans volonté de se venger. Mais en même temps, il y a une chose qui était un peu moins bien faite, j'ai trouvé, c'était sa transition vers ça. Donc en fait, on a vraiment quelqu'un qui a tous les malheurs du monde, qui est en colère pour qui rien ne fonctionne. Et en fait, il va devenir prêtre et j'ai trouvé que... Cette conversion en fait vers la foi n'a pas été assez bien menée, assez bien expliquée. J'aurais bien aimé qu'il y ait un ou deux chapitres en plus qui détaillent cette transformation et qui nous montrent en fait son évolution morale et comment en fait est-ce que tu peux passer de la douleur au pardon. Et ça pour moi c'était un petit peu manquant dans l'histoire.
- Speaker #0
On est quand même sur un prêtre qui prend en otage un éditeur. Enfin je veux dire on n'est pas non plus au summum de la non-vengeance ou du moins... Voilà, de la compassion constante. Je veux dire, ce personnage-là est aussi complexe en soi.
- Speaker #2
C'est justement ça. Je pense que c'est très spinosien comme livre. Spinoza qui disait que Dieu n'attend rien de nous. Et le même, le personnage est musulman au début. Et à la fin, il devient prêtre. Et même lui, il n'est pas croyant, entre guillemets. Il dit, on a tous le même Dieu. À un moment donné du livre, c'est ça. Il y a ce personnage qui l'aide à chaque fois. Il lui dit, mais tu changes de Dieu. Mais il dit, ce n'est pas grave, on a le même Dieu. Et c'est vraiment ça. À l'intérieur du livre, on nous dit que Dieu n'attend rien de nous. Et à l'extérieur du livre, on ne dit que Dieu est le miracle. Et c'est ça qui est magnifique dans ce livre.
- Speaker #0
Écoutez, c'est un livre en tout cas qu'on a tous plus ou moins bien aimé, qui a été très très bien réalisé je trouve. Donc c'était Yasmina Kadra, le Radra pardon, manquez plus que je passe mal après pour moi. Le Prieur de Bethléem aux éditions Flammarion. Et enfin le troisième livre avant de parler de nos coups de cœur, c'est le Marie Vareille, nous qui avons connu Solange aux éditions aussi Flammarion. Et je vais laisser à Jeanne le plaisir de nous le présenter.
- Speaker #1
Oui. Alors, je vais vous dire quelques mots déjà, présentation sur le livre. Tout s'ouvre avec une vieille femme du nom de Célestine qui décide d'écrire une lettre à sa biquette. Alors, on apprendra par la suite qui est cette fameuse jeune fille. Une amie, une petite fille, on le saura par la suite. Pour raconter son histoire, mais d'abord et avant tout, lui révéler de lourds secrets de famille et notamment tout le mystère qui entoure sa sœur Solange. Tout ce qu'on sait au début, c'est que Solange a détesté viscéralement sa sœur, donc Célestine, et toute l'intrigue du livre, c'est de comprendre pourquoi. Que s'est-il passé entre elles, et plus largement dans leur famille, qu'est-ce qui s'est passé pour en arriver là ? Célestine se qualifie elle-même d'ailleurs de meurtrière, donc on se demande qu'est-ce qui se cache derrière cette appellation, quelle violence, quelles histoires, quel traumatisme. Et tout le livre se construit à partir de cette lettre, et donc des lettres de Célestine, mais aussi celles de Solange. depuis une école de redressement pour jeunes filles en perdition, où elle a été placée. Et l'histoire va débuter au début du XXe siècle jusqu'à nos jours à travers quatre générations de femmes. Et c'est une vraie traversée que nous propose Marie Varie. Vous le savez, on en a déjà parlé entre nous. Moi, c'est un livre qui a très bien fonctionné pour moi. J'avais envie de tourner les pages, de découvrir la suite, les secrets de cette famille. J'ai trouvé qu'il y avait un bon nombre de révélations, un bon nombre de plot twists qui fonctionnaient particulièrement bien et que je n'ai absolument pas vu venir. On a aussi des personnages féminins très forts, bien travaillés dans ce qu'elles éprouvent, dans les combats qu'elles mènent, que ce soit contre elles-mêmes ou contre les autres. J'ai trouvé que ce format épistolaire se prêtait très très bien à l'introspection et à cette immersion totale. dans leur façon de traverser les années. Et j'aime bien dire que c'est un livre que je n'ai pas lu avec ma tête, que je n'ai pas analysé, mais c'est vraiment un livre que j'ai lu avec mes tripes. Il m'a remué, il est vraiment venu toucher à des sujets qui sont hyper importants pour moi. On y parle de droits des femmes, on y parle aussi de ce qu'on transmet inconsciemment de génération en génération, alors même que rien n'est dit. Et j'ai trouvé que c'était très bien exécuté. J'ai aimé l'écriture qui est simple, et quand je dis simple, je n'entends pas... pauvre, mais j'entends une écriture très fluide. Et le fait que ce soit épistolaire, c'est vrai, ramène parfois quelques longueurs, mais après réflexion, je trouvais que ça matchait très bien avec le fait qu'on traverse des siècles entiers, des générations entières. On parle aussi d'une personne à un moment qui est enfermée, donc dans cette école de redressement, et le fait que le rythme soit un peu lent corroborait parfaitement, je trouve, avec le récit. Donc si vous aimez les récits familiaux, les fresques familiales et les secrets qui se transmettent de génération en génération, je trouve que c'est un livre qui est très bien réussi sur ce sujet-là.
- Speaker #0
Est-ce qu'il n'y a pas que ça en ce moment, des fresques familiales ? Enfin, je vais dire, il sort que des fresques familiales tout le temps. J'ai l'impression que c'est les mêmes histoires qui se répètent. Ramsès ?
- Speaker #2
Je pense qu'on est arrivé à un moment, en tout cas de la rentrée littéraire entre 2025 et 2026, où on se retrouve justement dans ces fresques familiales, où on se retrouve... avec un personnage principal qui découvre quelque chose de sa famille et qui va en faire une histoire. Et on a l'impression que c'est répétitif. Sauf que, à l'encontre de tout ça, en tout cas pour Marie Varay, c'est qu'on a une fresque familiale qui est où elle nous présente est-ce que la maladie est héréditaire ? Est-ce que le fait d'être « folle » ce qui est dit dans le livre, est-ce que c'est héréditaire de mère en fille ou pas ? Et c'est là où elle dit « ce jour de la mort de Solange, ce jour où j'ai tué... » ce jour où je suis devenu une meurtrière, j'ai arrêté d'aimer les Mirabelles. Et je trouve cette phrase magnifique parce que la phrase résume tout le livre. Le point commun entre les Mirabelles, Solange, Célestine et toute la famille, où on se retrouve avec une génération quasiment 100 ans dans le livre, c'est magnifique. On se pose tranquillement pour lire le livre. Donc oui, on se retrouve avec des fresques familiaux un peu partout, etc. Mais on peut quand même prendre le plaisir de déguster les Mirabelles.
- Speaker #0
Moi, j'ai bien aimé le livre, mais il m'a fallu du... temps quand même, il m'a fallu du temps parce que j'ai trouvé que c'était un peu long au début le roman choral avec beaucoup de voix différentes, j'ai trouvé que chaque voix n'était pas assez incarnée après, voilà encore une fois c'est mon avis j'aurais bien aimé avoir un peu plus de style pour chaque voix plutôt que chaque voix se ressemble énormément enfin je pense que personne autour de cette table ne s'exprime de la même manière Donc pourquoi est-ce que tout le monde devrait écrire de la même manière ? Effectivement, après, quand on rentre dans l'histoire, on est dedans. Moi, j'ai trouvé ça aussi très bien fait dans l'ensemble. C'est une histoire qui se déroule tout seul. C'est très agréable à lire. Et puis, à partir du moment donné où on est embarqué, on y va tout seul. Après, j'ai eu l'impression qu'on reprenait mon vrai nom, Elisabeth, de Adèle Lyon, sur la lobotomie, sur ses histoires de famille, mais sous forme de roman. Là où Adèle Lyon avait fait vraiment une enquête personnelle. Là, j'ai l'impression qu'elle en a fait un roman, parce que même la question de la lobotomie à l'intérieur est abordée. Et on voit que les décisions de cette femme, qui est en fait folle, Solange, qu'on définit comme étant folle parce qu'en fait, il n'y a rien à dire. On ne sait pas quelle maladie est-ce qu'elle a. En tout cas, la seule chose qu'on sait, c'est qu'elle est un peu barrée. Et que c'est son père qui prend les décisions pour elle. Donc on retrouve vraiment quelque chose de très proche de Adèle Lyon. Qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #3
Je trouve que ce qui peut être sympa, c'est le temps long dans des récits familiaux. Ça fait plusieurs récits que je lis sur des fresques familiales. Et je trouve ça agréable justement d'avoir des livres où on peut se permettre de prendre beaucoup de temps pour le lire et où l'immersion n'est pas immédiate, comme beaucoup de livres qu'on a lus et qu'on présente ici. Donc je pense que le temps long était agréable quand même parce qu'on a l'impression de s'immerger petit à petit dans l'histoire, de progresser dedans et puis... tout ne nous est pas donné, du coup en fait c'est une progression qui est lente et qui est intéressante à avoir parce qu'on prend le temps d'apprécier
- Speaker #4
Très d'accord avec toi pour cette idée de lenteur, c'est vrai qu'on parle d'une histoire qui fait 100 ans donc forcément il faut mettre un peu de temps à lire si on le lisait en deux heures ça serait pas du tout les faits seraient complètement ratés et j'aime bien ces fresques familiales parce que ce que j'aime pas moi en fait dans les autofictions c'est quand ça parle d'une seule personne genre un livre sur son papa, c'est bon le livre sur la maman, c'est bon aussi Là on a vraiment une histoire qui est complète avec plein de personnages auxquels on s'attache. Je sais, mais c'est comme toi Chris, j'ai pas accroché au tout début. Je trouvais qu'il y avait beaucoup de moments où en fait, il y avait des phrases qui étaient très longues, il y avait des passages qui étaient très longs, il y avait des moments où elle disait ce qui se passait au lieu de nous le montrer. Il y avait des phrases qui étaient trop longues, par exemple, c'était un homme qui ne perdait jamais de temps à douter de ce qu'il pensait. C'était un homme, certains de ses convictions, ça avait bien aussi. Il y avait pas mal de phrases qui auraient pu être réduites de moitié. Après, j'ai vraiment été cueilli dans l'histoire au bout d'un moment, et je me suis pris vraiment à détester certains personnages, à compatir pour d'autres. Et il y a vraiment, encore une fois, comme le livre d'avant, une ou deux révélations qui m'ont bien secoué. Je me souviens, il y a une page précisément à peu près au milieu. Page 200. Tu dis... Page 200. Je suis le 100. C'était la page 200, ok ? Oui, page 200. Page 200, je me suis dit, ah ouais...
- Speaker #0
En fait je crois que c'est de là que je suis rentré dans le livre Je crois que je suis rentré dans le livre
- Speaker #4
Exactement En plus moi je suis arrivé avec des a priori là-dessus Parce que pour moi Marie Varaye c'est de la théorie très populaire C'est un roman un peu plus de gare Et c'est pas du tout le style que je lis En tout cas c'est comme ça que je l'identifiais Et je me suis dit bon vas-y C'est l'occasion de découvrir ça et de ne pas juger sans avoir lu Et en fait j'ai vraiment été pris dedans Et je dois l'avouer que j'ai beaucoup aimé D'ailleurs j'ai même pris le temps de lui écrire Pour lui dire que c'était super Parce que voilà faut rendre à César ce qui est à César C'était très bien j'ai passé un bon moment Même si Merci. Je vous l'avoue que sur la fin, j'ai un peu lu en diagonale parce que c'était un peu long. Mais j'ai passé mon moment.
- Speaker #1
Tu parlais tout à l'heure de la prolifération des récits familiaux, des fresques familiales. Et je suis totalement d'accord. C'est vrai qu'on en a vu énormément depuis quelques mois, voire années maintenant. Mais je pense que ça vient appuyer quelque chose de notre société. Dans le sens où depuis quelques années maintenant, on est sur la libération de la parole. Et quand on parle de libération de la parole, on pense à la libération de la parole pour les femmes qui sont victimes de violences, d'agressions. Et je pense que ce n'est pas seulement ça. Il y a aussi une libération de la parole dans les cercles familiaux. Les gens ont besoin de savoir ce qui s'est passé au sein de leur famille, quels sont les secrets qui pèsent sur elles. Et pour moi, la littérature est vraiment le reflet de ce qui se passe dans notre société, ou l'inverse. Il faudra débattre là-dessus. Mais à mon avis, c'est pour ça qu'on voit naître de plus en plus de récits comme ça, parce que les gens ont besoin de comprendre. et d'avoir tous les tenants, les aboutissants de leur traumatisme. D'ailleurs, c'est ce qu'on voit dans ce livre. Il y a des personnages, à un moment, qui ressentent un poids, qui ont un peu le cerveau brouillé, sans savoir exactement d'où ça vient. Et on se rend compte que, finalement, c'est cette histoire de transmission, de traumatisme, d'histoire vécue. Et ça, moi, c'est quelque chose qui me passionne vraiment.
- Speaker #0
C'est vrai que... Moi, c'est pareil. Je veux dire, dans l'ensemble, un livre que j'ai vraiment apprécié, il y a quelques petites incohérences à l'intérieur. Je pense que c'est plutôt du travail d'édition que je voulais quand même relever parce que ça m'a fait tilt. On est en 1950, entre 30 et 50, et elle dit sur l'émotion qu'Edouard suscitait en moi, je peux apposer le mot désir. Les scientifiques parlent de phéromones, de chimie et de la nécessité biologique pour l'espèce humaine de se reproduire. Or, La découverte de ce qu'étaient les phéromones et de tous ces composants chimiques sont arrivés bien plus tard. Je trouvais ça dommage en fait de me dire, ah c'est dingue parce qu'elle utilise un cadre qui est complètement réel, elle est à côté de Bordeaux, moi je suis bordelais. Elle parle de la maison de redressons de Cadiran, au sud de Bordeaux. Moi j'ai jamais entendu parler de Cadiran, il n'y a pas de Cadiran, c'est Cadillac qu'il y a à Bordeaux. Et à la fin du livre, dans les explications qu'elle donne, ou du moins dans les remerciements, parle justement du fait que c'était une maison de cadillac et pas de cadire ans et ça j'avoue que j'ai pas trop compris pourquoi ne pas avoir mis directement le lieu sachant qu'elle veut quelque chose de très réaliste parce qu'en fait le livre est profondément réaliste dénonce des choses de la société elle utilise des des lieux précis et là on a une ville comme ça qui se débarque qui n'existe pas cadire ans et c'est ou codé rangs ou cadillac Il y a un moment donné, il faut choisir. Et j'ai trouvé ça parfois un peu déroutant. C'est des petites maladresses, je pense, éditoriales, moins que chez l'autrice en soi. Mais c'est vrai que c'est un livre qui nous embarque vraiment facilement. Ramsès ?
- Speaker #2
Oui, je te rejoins totalement sur ces petits couacs, en tout cas de la part de l'édition. Et je pense que l'autrice soit n'a pas fait attention, soit justement voulu... Je pense aussi romantiser cette histoire. Parce que comme Martin l'a dit, on a des phrases où tu te dis, il n'y a personne qui dit ça, il n'y a personne qui parle comme ça. Et je pense que c'est aussi le propre du roman. C'est essayer de rendre ça, de faire du style dans le roman et de rendre ça plus lisible, en tout cas pour les lecteurs et lectrices. En tout cas, sur le problème de Cadirand, Cadillac, je ne pense pas qu'il y a un gros problème sur ça, mais sur le truc de Fébrile. Moi,
- Speaker #0
je suis bordelais. Pour moi, c'était un vrai problème. Le sud de Bordeaux, Cadirand,
- Speaker #2
je n'avais jamais lu. Je pense que ça pose... Pas tant que ça problème, parce que le vrai sujet du livre, on parle plutôt de la condition des femmes. On parle plutôt de cette condition et on est en train de se dire à quel moment les femmes vont pouvoir faire ce qu'elles veulent. Et même ça parle de l'avortement, ça parle aussi des études. Et c'est ça qui est important, je trouve, dans ce livre, même s'il y a quelques couacs. Je pense que ce n'est pas ça le sujet.
- Speaker #0
Complètement, surtout qu'on revient aussi sur des aspects réels, les contemps des femmes qui sont arrivées bien tard, les propres décisions sur leur état de santé. C'est profondément un roman féministe, Lola.
- Speaker #3
Bien sûr. Et puis, il y a peut-être aussi un côté intemporel qui est recherché. L'idée de parler, il y a beaucoup de romans en ce moment qui parlent de la condition des femmes, qui remettent l'histoire des femmes comme elle a vraiment été, qui parlent des conditions. Je pense que c'est hyper intéressant justement de pouvoir faire des ponts, c'est aussi le travail du lecteur et de la lectrice, de faire des ponts entre la situation actuelle, la situation qui était celle des femmes à l'époque. Et donc peut-être que ces petits moments, ces petits couacs, ça vient nous emporter dans une période qui est finalement la nôtre aujourd'hui et qui vient faire des ponts entre une histoire passée, une histoire qui est toujours là et une situation qui avance mais qui a déprogrèché encore.
- Speaker #2
Et je reviens sur ce que Chris a dit, je ne pense pas que ce soit un roman féministe. d'ailleurs même Je pense que c'est un roman universel, je dirais, parce que décrire ça comme un roman féministe, ça voudrait dire qu'il n'y a que des femmes qui doivent le lire et que le gros... Mais là, tu joues, c'est... Définition du féminisme. Attends, attends, attends. Ça voudrait donc dire qu'il y a du roman masculine, etc. Et je pense que c'est plutôt un pro... Enfin, je pense plutôt que c'est un roman universel que tout le monde devrait lire, justement, et que ne pas le catégoriser directement dans un genre de féministe, etc. Tout le monde devrait être féministe. Tout le monde devrait être féministe, mais je pense que...
- Speaker #0
Féministe ne veut pas dire pour les...
- Speaker #2
Non, non, attends. Féministe, ça voudrait dire que... ça traite d'un sujet qui concerne les femmes, alors que là, c'est un sujet qui concerne l'universel.
- Speaker #0
Mais non, être féministe, c'est pas être... n'être concerné que parce qu'on est une femme. Non, non. Par exemple, moi, je me considère comme quelqu'un de féministe. En fait, quand je lis le livre et je suis touché, c'est en pression, non ?
- Speaker #2
C'est ça. C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça, c'est chris. C'est-à-dire que, non, non, mais se battre, se battre pour les droits égalitaires... entre les hommes et les femmes ne portent pas un genre comme costume.
- Speaker #3
Et le féminisme touche à l'universel.
- Speaker #2
Exact. Non, mais en fait, catégoriser directement plein de livres en disant que c'est féministe, ça voudrait dire que ça traite deux sujets qui questionnent la femme, alors que ce sont des sujets universels, justement. Et je pense qu'il n'y a même pas de littérature féministe, il y a de la littérature universelle. Parce que quand on dit qu'il y a de la littérature féministe, ça voudrait dire aussi qu'il y a de la littérature masculine. Alors que...
- Speaker #0
Mais il y a des littératures masculinistes, je veux dire, à un moment donné...
- Speaker #3
Babylique aussi !
- Speaker #2
Non mais en fait, le problème étant la définition même du genre d'un livre en catégorie en tant que féministe ou pas, parce que ça voudrait dire que... Tous les livres qu'on catégorise pas comme féministes, ça voudrait dire que ce sont des livres universels.
- Speaker #3
Mais il y a aussi une émergence là des livres féministes en ce moment, mais dans le sens où il y a beaucoup beaucoup d'histoires de femmes qui se libèrent. Mais des histoires de femmes qui sont liées à plein plein plein d'histoires, qui touchent pas que des femmes évidemment, mais qui touchent des lignées familiales, qui touchent des époques, qui touchent des territoires. Je pense qu'il y a quand même beaucoup beaucoup de livres et de récits qui sont féministes, mais du coup, qui en étant féministes sont tout à fait universels.
- Speaker #2
et dans le mot même de la littérature.
- Speaker #0
Pas le mot féministe.
- Speaker #2
Je ne dirais pas que je n'aime pas les mots féministes, je dirais que toute littérature est universelle. C'est comme le mot francophone, ça voudrait dire qu'il y a de la littérature écrite par des francophones, il y a de la littérature écrite par des français. Je pense qu'il faudrait juste parler de la littérature universelle. Oui, donc ça veut dire que Maznev est tout aussi universel que Marie-Varaye. Tout le monde dit Maznev.
- Speaker #0
Non mais c'est vrai, à un moment donné... C'est pas le même sujet, je pense. Ça doit toucher à tout le monde.
- Speaker #2
Maznev quand il écrit,
- Speaker #4
enfin je ne l'ai pas du Maznev du coup je m'en fous en testé d'écrit donc en vrai en tout cas je trouve qu'on voit vraiment ce rap on voit cette évolution, il fait des droits de la femme et de ce qu'elle peut faire en fait, de ces femmes qui il y en a une première qui va tirer on va retirer la corde dans l'autre sens, la prochaine elle va appeler sa fille à tirer aussi sur la corde et en fait à chaque fois la corde arrive plus en musée du côté des femmes, même si je trouve que sur la fin c'était un peu trop forcé le côté la femme dans l'espace c'est bon Ça faisait trop scolaire, je dis pas que les femmes ne peuvent pas être astronautes, je trouve ça super, mais ça faisait trop un exemple un peu tiré par les cheveux, un peu très scolaire. J'avais rien le droit de faire, je pouvais pas décider de ma santé, maintenant je suis astronaute.
- Speaker #1
Oui, d'une démonstration.
- Speaker #4
Bon, ouais, ça faisait trop démonstratif, un peu trop exagéré pour y croire, ça rend le récit vrai. Jeanne ?
- Speaker #1
Ouais, je rebondis sur ce que tu disais tout à l'heure, tu parlais du livre d'Adélion, qui moi était un de mes livres coup de cœur favoris de 2025. Et j'ai lu récemment, et je voulais vraiment en parler parce que ça s'imbrique parfaitement avec le roman de Marie Varie, c'est un essai qui a été écrit par Pauline Chanu aux éditions La Découverte, et qui s'appelle Sortir de la maison hantée, comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes. Et en fait, dans ce livre, elle traite exactement de ça, c'est-à-dire comment ça se passait à l'époque, les femmes qui étaient un peu différentes ou qui avaient des troubles mentaux, parce que parfois elles avaient des troubles mentaux, parfois elles n'en avaient pas, parfois elles en avaient, Mais c'était cette... ce désert médical et qu'est-ce qu'on fait de ces femmes qui sortent du cadre, dont on ne sait pas quoi faire. L'homme qui est effectivement, que ce soit le père, le mari, les frères, avait la possibilité de signer une décharge et de mettre la femme en question dans soit une école de redressement, soit un hôpital psychiatrique. Et c'est absolument passionnant. Je trouve que c'est un sujet qu'on voit de plus en plus apparaître, que ce soit dans les essais ou dans les romans. Et c'est passionnant. Voilà.
- Speaker #0
C'était Marie Varay et nous qui avons connu Solange de l'édition Flammarion. On va passer pour terminer au coup de cœur. On a chacun un coup de cœur à proposer et donc on y va assez rapidement. Jeanne, je te laisse commencer. Quel est ton coup de cœur ? Le livre qu'il faut lire cette semaine absolument.
- Speaker #1
Oui, alors moi, c'est un livre que j'ai lu il y a quelques semaines, mais qui a vraiment été un... C'est un livre que j'ai lu il y a quelques semaines, mais qui a vraiment été un coup de cœur parce que j'ai trouvé que c'était d'une beauté absolue. C'est Le chat du jardinier de Thomas Schlesser. Alors Louis, c'est un jardinier qui est très...
- Speaker #0
Qui avait les yeux de Mona, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement, c'est ça. Et donc les yeux de Mona, il l'avait fait avec l'art, les tableaux, etc. Je ne l'ai pas lu, mais d'après ce que j'en ai entendu, c'est ça. Et là, il passe sur une autre forme d'art qui est la poésie. Donc avec la figure de Louis, qui est un jardinier très taiseux, très renfermé sur lui. Et sa vie va basculer quand une professeure de lettres va venir habiter à côté de chez lui avec son compagnon. Et elle va lui faire découvrir le monde de la poésie. Et j'ai adoré parce que c'est un ouvrage dans l'ouvrage. J'ai appris énormément de références poétiques que je ne connaissais pas, d'auteurs et d'autrices de poésie que je ne connaissais pas. Et j'ai adoré. C'est vraiment un voyage, c'est doux, c'est positif. Et c'est rempli de références culturelles et poétiques, donc j'ai adoré.
- Speaker #4
Moi c'est une relecture d'un livre que j'avais lu il y a quelques années de cela, ça s'appelle Le coup du fou de Alessandro Barbaglia aux éditions Iana Levy. C'est l'histoire folle de la grande rencontre entre Bobby Fischer et Boris Palsky en 62 pendant les championnats du monde d'échecs. Et c'est plus qu'un match d'échecs, c'est vraiment une... c'est en guerre froide en fait, donc en fait c'est la Russie contre les Etats-Unis et c'est 21 chapitres pour les 21 parties qu'ils vont jouer. Tout ça... est mis en abîme, est mis en rapport avec le mythe de l'Iliade, où Bobby Fischer est Achille, le guerrier qui peut venir à bout tout seul d'une armée entière, et Boris Pasky est Ulysse, le stratège, le gars qui arrive à tout contourner en réfléchissant plus que les autres. C'est un livre qui va vous emporter, et Daniel Penak a écrit le blob qui est dessus,
- Speaker #0
et il dit que c'est le livre qui le ruine le plus, tellement il l'offre à ses amis. Très très beau, c'est très intéressant. Moi en plus j'adore la mythologie grecque. Donc là, ça va encore faire dépenser des sous. Lola, quel est ton coup de cœur ?
- Speaker #3
Mon dernier coup de cœur, c'est un livre de Jamy, qui va vous plaire je pense. Jamy, il est absolument extraordinaire. On l'a suivi avec C'est pas sorcier, avec le monde de Jamy, avec les épis curieux. Bref, c'est un peu un monument. Et j'avais assez peur en lisant son livre, parce que quand on admire autant quelqu'un... On se dit qu'un saut comme ça dans la littérature et écrire un roman, c'est pas forcément facile. Et ici, ça a été un vrai, vrai coup de cœur. Ça s'appelle « Les ailes de la forêt » aux éditions Albain Michel. Et on va suivre l'histoire dans les années 1920. Il y a un portrait qui est fabuleux des années 1920 à Paris, avec tout un univers mondain qui adore les sciences, qui vient visiter ses cabinets de curiosité avec plein de papillons et plein d'espèces. Et on va suivre l'histoire d'Emile Le Guillot, qui est un chasseur de papillons. Et bon, sans mauvais jeu de mots, mais son cabinet bat de l'aile. au bout d'un moment dans ces années 1920. Et pour redresser son cabinet, son couple, pour sauver son fils qui est malade, il décide de partir en Guyane pour aller chasser des papillons et trouver le Saint Graal des papillons. Et donc on le suit dans cette aventure, mais c'est une aventure qui est humaine, c'est une aventure qui est scientifique parce que vraiment c'est un vrai travail de documentation sur les papillons, sur la Guyane, sur la forêt, sur plein de choses. Et c'est une super belle aventure poétique de Jamy Gourmaud.
- Speaker #2
Alors moi, mon coup de cœur que j'ai vu le mois dernier, c'était... Une réédition chez les éditions Gallimard d'Agné Daniette, une Irlandaise. En fait, on se retrouve, c'est le soldat remémoré justement. On se retrouve en 1922, un homme, après la guerre, justement la Première Guerre mondiale. Un homme a perdu la mémoire, il se retrouve dans un asile. Et là, on va se demander qu'est-ce qui va se passer pour lui. Et en fait, il y a une femme qui vient le chercher. Elle dit, c'est mon mari. Au bout de cinq ans, elle dit, c'est mon mari. Donc, elle retrouve son mari qui s'appelle Armand. Et elle va le ramener chez elle. Et en fait, on se demande si c'est vraiment son mari, parce que lui, il a perdu la mémoire. Il ne sait pas. Et est-ce que ce n'est pas elle qui va un peu façonner cette mémoire ? Est-ce que ce n'est pas elle qui va un peu fabriquer cette mémoire pour lui ? Et dans le livre, ce qui est assez passionnant, c'est qu'en fait, les deux amants, cette femme et Armand, tenaient un studio photo. Et donc, dedans, ils photographiaient des veuves. Et Armand se posait à la place du mari qui est mort avec la femme. Et donc, à la fin, sa femme d'Armand, entre guillemets, retouchait la photo pour faire comme si c'était l'homme de la veuve. Et quand ils partaient, ils avaient vraiment une photo avec leur mari. Et on se demande, en fait, est-ce qu'elle ne fait pas ça avec Armand ? Est-ce qu'elle ne prend pas quelqu'un qui a perdu la mémoire et elle refabrique une mémoire qui est assez... Tout ça pourrait, parce que pendant cinq ans, elle a attendu. Et on se demande, tous les romans suivent un peu ça. Est-ce que Armand va retrouver la mémoire ? Est-ce que Armand va croire à cette femme ? Parce que lui, il n'a plus rien. Et je trouve ça magnifique, vraiment. Il faut le lire chez Gallimard, le soldat rémémoré.
- Speaker #4
On va faire un petit tour en librairie ensemble.
- Speaker #2
Oui, je crois. On va perdre beaucoup d'argent.
- Speaker #0
Et pour terminer, je vais vous parler d'une nouvelle en particulier. Ce n'est pas un livre en soi, c'est vraiment une nouvelle. La nouvelle s'appelle « Aura » de Carlos Fuentes. C'est une nouvelle qui n'est pas évidente à trouver, mais qu'on peut retrouver dans certains recueils. Et qui a un caractère un peu métaphysique. ou fantastique. En fait, si vous voulez, c'est un homme qui... Carlos Fuentes est un écrivain mexicain. Il décide de mettre en action un homme qui va aller voir une vieille femme. Il n'a plus de boulot et il fait de la traduction. Et il va voir une vieille femme et cette femme lui dit, écoutez, vous parlez espagnol et français et donc vous allez pouvoir traduire les mémoires de mon mari en français puisque vous parlez évidemment espagnol. Alors, il découvre les mémoires et elle lui montre tout sauf qu'il tombe amoureux d'une petite fille à l'intérieur. On ne connaît pas vraiment le nom. Alors une petite fille, elle est quand même majeure, attention.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #0
Voilà, elle a un certain physique, il nous le décrit, tout ça. Et au fur et à mesure de la nouvelle, on est en train de se poser la question si cette petite fille, c'est peut-être pas la grand-mère qui est allongée, mais qui est en fait jeune, et que lui qui est en train de traduire des mémoires serait peut-être ses propres mémoires. Et on rend une espèce de bulle métaphysique comme ça absolument passionnante. Et pour tous les gens qui ont aimé des films comme Inception ou autre, où on tourne en boucle, ou même Fight Club, c'est vraiment dans cet univers-là métaphysique. Et moi, j'ai vraiment adoré. En tout cas, merci à tous, les amis. On a passé un bon moment à parler de ces livres et de vos coups de cœur. N'hésitez pas, évidemment, à partager cet épisode un maximum, à nous dire ce que vous en pensez, et surtout, à nous aider à trouver un titre à ce podcast, parce qu'on n'arrive pas à trouver pour l'instant.
- Speaker #2
On n'a pas de nom.
- Speaker #0
On n'a pas de nom, s'il vous plaît. Donc, dites-le en commentaire, envoyez-nous des messages, aidez-nous, parce qu'il faut qu'on arrive à trouver un nom. Évidemment, à ce podcast, n'hésitez pas à partager, n'hésitez pas à regarder aussi en description, vous allez avoir tous les titres qu'on a abordés aussi dans cet épisode-là, ainsi que tous les comptes pour suivre chacune des personnes respectives de l'émission. Et évidemment, à très bientôt. Merci, les amis, on se retrouve bientôt.
- Speaker #2
À très vite. Ciao, ciao.