- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans le podcast PAC ou PACAP, un podcast réalisé pour vous, mais surtout avec vous, agricultrices et agriculteurs. Que vous soyez sur votre tracteur, dans votre étable, en voiture ou même dans les champs, tendez l'oreille pour découvrir des expériences, des partages d'idées et d'approches sur l'architecture verte de la PAC.
- Speaker #1
L'élevage bovin constitue encore aujourd'hui presque 74% de l'élevage en Wallonie et permet de gérer pas moins de 41% de la superficie agricole utile. En clair, nos vaches wallonnes qui mangent de l'herbe nous permettent de façonner ces paysages qu'on aime tant. Même si notre consommation de viande est de plus en plus remise en question. Et c'est d'ailleurs pour nous en parler au plus proche du terrain que nous avons accueilli Claire Vanomyssen, Paul Bouch et Jacqueline Schmitz. tous les trois éleveurs bovins afin de discuter avec eux de l'élevage à l'herbe.
- Speaker #2
J'ai une ferme à Barvo-Condreau, sur la commune de Havlange. J'élève des vaches cimentales, donc c'est des vaches mixtes. Je suis en bio, c'est ce que j'oublie toujours de dire, et j'ai 30 hectares.
- Speaker #3
J'exploite une ferme, j'ai repris la ferme familiale en 2015, donc ça fera 10 ans cette année. C'était au départ de l'élevage blanc-bleu, et puis au fil du temps j'ai converti en limousin. Et là, ça fait maintenant deux ans que je suis passé en bio.
- Speaker #4
Moi, j'ai une exploitation viandeuse, uniquement la partie élevage en races croisées, donc croisées blancs-bleus et des races françaises. J'ai 95 hectares et je fais en temps normal à peu près 65 vélages. C'est un ici avec la langue bleue, beaucoup moins.
- Speaker #3
Et donc, c'est une ferme qui fait 81 hectares. Et je fais plus ou moins 7 ans de vélage par an.
- Speaker #1
Dans cet épisode, Claire, Jacqueline et Paul vont nous partager leur vision de l'élevage et de la gestion de leur prairie. L'occasion aussi pour eux de nous faire part de leur véritable amour du métier, avec parfois des sourires dès le début de la journée.
- Speaker #4
Moi personnellement c'est la diversité du métier et c'est le fait de travailler à l'extérieur aussi. Ça, ça peut être bien, pas bien, ça dépend du temps, mais voilà. Moi, je suis assez d'accord avec ça. C'est vraiment la polyvalence qu'on a et le lien avec les animaux aussi.
- Speaker #3
Je ne dirais pas le contraire. Le lien avec les animaux, c'est aussi quelque chose que j'ai découvert au fil du temps, qu'on pourrait vraiment créer un lien de confiance. Et dans tout ce qui est plutôt extérieur, tout le travail qu'on peut faire dans les parcelles agricoles, que ce soit en prairie ou en culture, permet aussi toute une évolution et on sent, je crois l'objet de la discussion d'aujourd'hui, qu'on peut aussi jouer un beau rôle dans tout ce qui concerne l'environnement et voir l'évolution des saisons. C'est un plaisir, là particulièrement à cette date-ci au printemps, quand la végétation revient et qu'on sent qu'on va bientôt pouvoir mettre les vaches au champ. C'est quand même le plus beau moment de l'année à mon sens.
- Speaker #1
Ça, c'était pour la bonne humeur, mais on voulait surtout parler de leur pratique. Vous allez l'entendre, tous ont un point commun. L'art de s'adapter.
- Speaker #4
Moi j'ai fait du croisement dans les races véandeuses pour la rusticité principalement. Je garde la spécésarienne, donc les vélages, ça voilà. Et d'un autre côté c'est parfois plus facile que d'attendre. Et la rusticité. J'ai voulu retravailler en race pure, sur la seringue tous les jours, ça c'est pas mon truc. C'est pour ça que je travaille en croisement.
- Speaker #2
Je fais un élevage tout herbe. Mes vaches laitières, à la belle saison, n'ont que l'herbe du pâturage. J'ai un système de pâturage tournant dynamique pour qu'elles soient assez poussées, qu'elles aient de la bonne herbe, pour donner suffisamment de lait. En hiver, je leur mets du préfané que j'essaye de faucher assez tôt. pour avoir quand même des bonnes valeurs nutritionnelles, pour qu'elles donnent quand même du lait en hiver. Et alors je fais un système de vélage groupé. Donc tous les vélages sont normalement en avril, ce qui fait correspondre le pic de lactation avec le pic de la pousse de l'herbe. Et donc je mets les vaches au champ au moment où l'herbe est présente. Et ça me permet de leur donner juste un tout petit peu de concentré pour les faire rentrer dans la salle de traite simplement. Mais sinon, elle se débrouille avec l'herbe. Et alors, accompagnée de ça, du coup, j'ai la monotraite. Ça, c'est plus pour avoir une vie sociale, mon confort personnel. Mais ça me permet, en fait, de ne pas pousser mes vaches. Et je vois que ce système-là, comme je respecte la physiologie de la vache, j'ai très, très peu de soucis vétérinaires. Je dois très peu, souvent, appeler mon vétérinaire.
- Speaker #3
Quand j'ai repris l'exploitation de mon père, c'était du blanc-bleu. Et comme on travaille en famine sur des sols assez pauvres et avec un climat de plus en plus capricieux sur les... Les dix dernières années, je pense qu'on a eu cinq années de sécheresse tout de même, donc le blanc-bleu est une race qui a besoin quand même de fourrage, enfin une race performante mais qui a besoin de fourrage adéquat. Et comme en plus on a toujours laissé téter les veaux, quand on tombait dans une période de sécheresse, souvent on avait de mauvais rendements, et puis des problèmes de gale, enfin tous les problèmes liés au blanc-bleu. Et je me suis dit que techniquement, une vache plus... rustique pourrait mieux me convenir dans la façon dont je travaillais parce qu'on n'a jamais voulu non plus doper les prairies en engrais acheter des concentrés pour soigner le bétail et donc c'est pour ça que j'ai fait le choix de la limousine et j'en suis très heureux depuis quelques années. J'ai modifier tout le troupeau, donc ça a quand même été un gros changement et c'est vraiment pas évident de constituer un nouveau troupeau. Mais alors, depuis lors, oui, j'ai un troupeau beaucoup plus résistant et j'en tire plus de satisfaction, ça c'est certain. Au final, on y arrive toujours, c'est comme vous dites, on s'adapte et on a une capacité d'adaptation, je pense, dans l'agriculture en général, qui est assez forte. Donc, on retombe toujours sur nos pattes, il y a des coups de stress et tout, mais au fil du temps, ça donne quand même assez bien de confiance parce que quand je vois là sur 10 ans, les épisodes notamment de sécheresse qu'il a fallu traverser et c'est que c'est des réelles épreuves parce que ça provoque un stress vraiment important on s'interroge sur l'avenir du métier sur notre revenu sur même le l'avenir du climat en général on regarde nos enfants se demandant dans quel monde ils vont grandir donc il ya vraiment et puis on se rend compte qu'en s'adaptant et en bassin ça demande beaucoup de réflexion ça se fait pas comme ça mais en fait on y arrive et ça je trouve que c'est vraiment porteur parce que on se sent capable de faire face à pas mal de situation difficile quoi et Et puis il faut laisser du temps aussi pour justement apprendre et évoluer. Mais au final, je suis assez optimiste.
- Speaker #1
Alors ça, c'est pour l'essentiel évidemment. Mais à côté de ces pratiques, il y a d'autres éléments qui leur ont permis d'évoluer ou de faciliter leur quotidien. Comme le type de production agricole ou la manière d'organiser son pâturage, comme nous l'explique Paul Eclair.
- Speaker #3
Alors une fois arrivé avec un nouveau troupeau de limousins, finalement je me rapprochais du cahier. des charges bio et alors du coup j'ai fait les changements qui est resté à faire pour pouvoir passer en bio et mais techniquement j'étais j'étais près quoi et alors c'est chouette parce que c'est tout un petit nid un itinéraire technique à suivre en fait c'est une adaptation dans les cultures dans la façon de gérer les prairies et tu parlais du pâturage tournant ça c'est aussi quelque chose que j'expérimente c'est pas si simple à mettre en place mais mais c'est très très intéressant parce que ça permet d'avoir du rendement Avec une façon de travailler qui est différente, mais pas seulement avec des intrants extérieurs, des engrais notamment.
- Speaker #2
Ça prend juste du temps en clôture et en manitose. Oui,
- Speaker #3
et bien calculer la taille des parcelles, ce n'est pas simple. C'est en fonction de la saison, du climat. Mais par contre, il y a beaucoup de bénéfices à en tirer.
- Speaker #2
Et moi, c'est vrai que mes vaches, je les rentre tous les jours d'office pour la traite aussi. Donc, j'ai plus facile d'adapter. Je peux faire des demi-journées sur une parcelle ou quoi. Ah oui, oui. facilement.
- Speaker #3
C'est intensif du coup parce que c'est...
- Speaker #2
Oui. Et alors j'alterne le pâturage et la fauche. Donc je commence avec un bloc qui sera mon pâturage de première saison, qui sera après, la partie que j'ai fauchée va passer en pâturage tournant dynamique et je vais faucher la partie qui avait été...
- Speaker #3
Tout tient d'un bloc ?
- Speaker #2
Oui, j'ai cette chance-là.
- Speaker #1
Vous l'avez entendu, gérer une prairie est un défi. Mais la question reste la même. Et si ces prairies devenaient des alliés dans la production de viande bovine ? En effet, à l'heure où l'on cherche à réduire au maximum les coûts de production, il est bon de se rappeler que l'herbe, et surtout celle des prairies permanentes pâturées, est l'aliment le mieux adapté et le plus économique pour nourrir les bovins. Bien gérée, la prairie permanente permet l'étalement des frais d'installation sur le long terme. De plus, en prairie pâturée, c'est l'animal lui-même qui réalise la récolte de l'herbe et l'avantage des prairies diversifiées en espèces, c'est que les vaches peuvent choisir ce qu'elles préfèrent manger ou ce qu'elles ont besoin de manger. Lorsque celle-ci est disponible en qualité et en quantité, le pâturage peut couvrir 100% des besoins du bétail à l'étang. ou permettre la production de 20 kg de lait par vache laitière, selon une étude du Centre Wallon de Recherche Agronomique. Un constat clairement partagé par deux de nos témoins.
- Speaker #2
C'est vrai que moi je n'ai pas précisé, mais la race que j'ai, la cimentale, c'est aussi une race qui valorise super bien les fourrages grossiers et c'est une race qui ne va pas maigrir si jamais elle est un peu limite au niveau de la nourriture ou quoi, si l'herbe est moins riche ou si justement on est en sécheresse. elle va prioriser sa condition à elle plutôt que de mettre tout dans le lait. Donc mes vaches restent quand même en condition. Après, je suis quand même bien au niveau de la pousse de l'herbe et de leur offrir ce qu'elles ont besoin, mais elles vont avoir une bonne production sans maigrir avec tous les fourrages grossiers. Et alors ce que j'ai oublié de dire aussi, c'est que je laisse les veaux au pi pendant deux... à trois mois et donc ça et donc je ne prends que le lait qui que le veau me laisse en fait et ça me permet d'avoir des supers croissance au niveau des veaux donc ça me permet de bien gagner ma vie niveau des colis de viande niveau de la rentrée viandeuse et en même temps d'avoir des belles croissances au niveau de mes génisses et donc mes génisses veulent à 24 mois voire même un peu plus tôt pour certaines Ce qui me permet d'avoir besoin de moins de surface. J'ai beaucoup d'hectares comparé à ce que j'ai besoin pour le moment, mais c'est un peu un calcul aussi de me dire qu'on va enchaîner sécheresse sur sécheresse et que je suis sûre d'avoir toujours assez de fourrage même dans les années à venir.
- Speaker #3
J'ai un peu la même réflexion, j'ai diminué un peu le troupeau pour cette question d'autonomie, de ne pas devoir acheter des fourrages.
- Speaker #1
Cependant, produire toute à l'herbe va également de... perd avec le fait d'accepter de produire un petit peu moins, mais avec nettement moins de charge et une plus grande autonomie par rapport au prix du marché.
- Speaker #2
Il faut accepter d'avoir moins de lait. Mes vaches sont quand même moins... Elles ne vont pas donner 10 000 litres de lait par an. Voilà, mais c'est... Comparé à tout ce que je gagne à côté... Je pense que le jeu vaut largement la chance d'aller.
- Speaker #3
C'est le rapport entre le coût de revient et le prix de vente qu'il faut faire. Parce qu'on voit parfois des fermes avec des productions monumentales, mais il y a tous les frais qui vont avec. Et donc, je constate au fil du temps qu'en élevage, extensif doit rester productif bien sûr mais ce qui est intéressant c'est la diminution des charges beaucoup moins d'intrants à wii frédéric un frais vétérinaire et autres enfin je veux dire c'est c'est le calcul sur l'année qu'il faut faire donc dépenser moins dépendre moins oui de l'extérieur oui c'est vraiment le principe voilà
- Speaker #4
et au moins un peu plus tranquille de ce côté là quoi un gros stress si jamais voilà on est déjà en train d'y va faire sec bon bah y'a pas de Bon, moi, ça me gêne, enfin, bien sûr, il faut qu'il pleuve, mais je veux dire, on a de la marge au niveau des fourrages, au niveau des bêtes plus rustiques, donc qui s'adaptent aussi mieux.
- Speaker #3
Et puis quand on achète beaucoup, que ce soit des aliments pour le bétail ou... des engrais, on est aussi dépendant des fluctuations des prix. Et donc si on se trouve dans une conjoncture où le prix du bétail est moyen et que le prix des engrais et de l'alimentation sont chers, il y a un déséquilibre qui se crée, alors que la situation inverse est bien. Mais en actuel... Actuellement, tout évolue, c'est plutôt le prix du bétail qui est à la hausse, mais les charges ont beaucoup évolué aussi à la hausse ces dernières années, donc en fait les choses se rééquilibrent, mais c'est une situation plus tendue, j'ai l'impression que pour nous, quand on a des frais maîtrisés, finalement on souffre moins d'une hausse du prix du pétrole, du prix des engrais et autres.
- Speaker #1
Il ne s'agit donc pas de calculer ce qu'on gagne sur la production, mais de prendre aussi en compte la diminution des charges et la dépendance au marché, très fluctuant, notamment du prix des aliments pour le bétail. Les écoregimes de la PAC jouent aujourd'hui un rôle clé par rapport à cette dépendance au marché. A travers les écoregimes, la Wallonie a fait le choix d'encourager le développement de cultures fourragères locales comme les légumineuses, avec un objectif clair, réduire notre dépendance aux importations de protéines, en particulier aux Ausha venues de l'étranger. Produire davantage de protéines ici, c'est diminuer l'impact de nos élevages bovins sur l'environnement mondial, mais aussi renforcer l'autonomie de nos filières agricoles. Mais que penser de cette diminution de consommation de viande ? Nous avons posé la question à nos éleveurs.
- Speaker #2
Moi, je suis assez d'accord avec le fait de manger moins de viande. Moi, personnellement, on essaye à la maison de manger moins de viande, mais pas l'arrêter complètement non plus. Voir d'où provient la viande. Bon, ici c'est facile, je produis de la viande à mon exploitation, donc forcément j'ai un accès direct. Mais je sais comment la viande a été produite. Mais par contre, l'arrêter totalement, je trouve que ça n'a pas de sens. Mais en manger moins, oui. Parce que l'animal fait partie de l'écosystème, de la biodiversité. L'animal a complètement sa place. S'il n'y a plus d'animaux, il n'y a plus de prairies, puisqu'on n'a plus d'intérêt à avoir des prairies. Il n'y a plus d'engrais organiques. Et donc l'animal a tout à fait sa place dans le système, même s'il ne faut peut-être pas autant que ce qu'on consomme pour le moment.
- Speaker #3
Moi je suis d'accord avec ça, et les choses évoluent finalement d'elles-mêmes, dans le sens où il y a une diminution du cheptel bovin vraiment très importante sur les dernières décennies, c'est ce qui fait d'ailleurs monter le prix actuellement, c'est qu'il y a un déficit d'offres, et si à l'avenir... On peut avoir une consommation de viande qui est raisonnable, mais qui est de qualité, avec un cahier des charges exigeant au niveau de la production, de l'environnement, mais je pense que tout le monde y gagnera au final. Voilà, moi évidemment en tant qu'éleveur, mais même si je n'étais pas éleveur, je pense que la viande a sa place dans notre régime alimentaire. Mais bon, ça c'est tout un débat, je ne suis pas médecin, ni biologiste, ni diététicien, donc c'est mon avis de... de citoyens. Souvent les régions herbagères sont des régions où les sols sont pauvres et ne conviennent pour rien d'autre en fait que de la prairie. Et souvent quand on a des bonnes terres, on cultive. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé dans toutes les régions, comme l'ASB, la bétail a disparu depuis bien longtemps, mais dans des régions comme la Famène, et peut-être l'Ardenne aussi, enfin je parlais pour la Famène, c'est le mode d'exploitation le plus efficace, je vais dire. Donc les vaches valorisent très bien ce que la terre permet de produire, donc de l'herbe.
- Speaker #1
Donc, relier la production de viande bovine aux capacités fourragères des prairies wallonnes permet de renforcer l'autonomie alimentaire des élevages et de valoriser des systèmes moins dépendants des protéines importées. Ces systèmes permettent aussi de préserver nos prairies, dont le rôle dépasse largement la seule production fourragère et inclut de nombreux bénéfices écologiques. Les prairies permanentes ne subissent aucun travail de sol. Pour ces raisons, elles savent très bien valoriser des apports d'azote sans trop de risques pour les phénomènes de lessivage de nitrate vers les nappes fraîches. phréatiques. En couvrant le sol de façon permanente, elles contribuent à éliminer le risque d'érosion. Elles présentent des teneurs en humus très élevés et constituent de ce fait un stock de carbone presque deux fois plus élevé qu'une terre de culture. Elles sont source de vie pour de nombreuses espèces animales et végétales. Selon leur mode de gestion, les prairies sont généralement très peu gourmandes en produits phyto, comparé aux cultures. Et finalement, elles jouent un rôle d'éponge en cas d'inondation. Et les vaches dans tout ça ? Est-ce que ça les arrange de pâturer des prairies avec plus de biodiversité ?
- Speaker #3
Les vaches aiment quand même bien avoir une herbe de qualité. Et si vous le mettez dans un vieux foin qui n'a pas été fauché, alors il y aura peut-être de la biodiversité dans la prairie. Mais c'est une question d'équilibre, ça, vraiment. Donc la flore, on veille quand même à avoir un équilibre. Si vous avez une prairie remplie de joncs et de chardons, vous allez peut-être avoir beaucoup d'insectes et ça va être très bien. Mais par contre, niveau nutritionnel, c'est rien du tout. Donc il faut... C'est quand même une gestion les prairies, c'est pas toujours simple.
- Speaker #2
Moi mes vaches elles aiment la petite terre de tentre qu'elles ont, à chaque fois que j'ouvre une nouvelle parcelle c'est la fête. Il faut que je suive bien derrière mais elles n'aiment pas quand je les mets dans du foin, effectivement ça marche pas.
- Speaker #4
Et moi je dirais la diversité des plantes, je dirais quand même si on vous donne une tartine à la confiture tous les matins, tous les jours. Je pense que c'est bien d'avoir une fois un petit peu autre chose. Et on est parfois étonnés quand on les met dans des parcelles plus humides où on ne peut mettre que de temps en temps. On dit ces herbes-là, elles n'ont jamais mangé. C'est la première qu'elles rognent jusqu'à la racine presque.
- Speaker #3
Elles mangent parfois les haies aussi. Oui, à certaines périodes. Ça, ça apporte de la... On aurait dit que ça leur apporte des... Il y a des moments où elles ont besoin,
- Speaker #4
où il y a quelque chose dedans qu'elles... Oui, ça c'est vrai. Pas tout le temps. Pas tout le temps, hein ?
- Speaker #3
Ah non, non, non, malheureusement. Ah oui, c'est très top ça. Mais parfois, je vois que c'est bien tombé.
- Speaker #2
Moi, j'ai pas encore beaucoup de haies. Elles sont en train de pousser, parce que je viens seulement de les planter. Quand il n'y a pas beaucoup de haies, elles sont rasées. Moi, c'est les vaches qui taillent les haies, parce qu'elles n'ont pas accès à beaucoup de haies. Et donc, celles auxquelles elles ont accès, ben, oui, c'est taillé.
- Speaker #1
On entend donc que les vaches... aiment la diversité, mais qu'elles sont aussi très exigeantes en termes de qualité de l'herbe. Ce qu'on a parfois tendance à oublier, c'est que c'est aussi parce que les ruminants valorisent remarquablement bien l'herbe de nos prairies wallonnes, que celles-ci façonnent aujourd'hui aussi bien nos paysages.
- Speaker #3
Et souvent... Typiquement au printemps, c'est des endroits qui sont très agréables. On voit les oiseaux migrateurs qui reviennent. Et c'est vraiment des images de carte postale dans certains cas. Au petit matin, que l'on a la lumière, le moment du jour, parfois on s'arrête et on regarde le paysage. Je dis mais c'est quand même un beau bureau pour travailler.
- Speaker #4
En dehors des villages, tu fais le paysage. Enfin, c'est quoi ? C'est les agriculteurs. C'est ce qu'on fait, c'est ce qu'on taille, c'est ce qu'on plante, c'est ce qu'on entretient au final.
- Speaker #3
En effet, je pense que c'est un indicateur. Le tourisme, par exemple, est beaucoup plus présent dans des régions comme les régions herbagères, des régions d'élevage que dans les régions de grande culture. Donc ça, c'est un signe que pour le bien-être, parce qu'on parle d'alimentation, l'alimentation essentielle pour le bien-être des populations, leur maintien, je veux dire. Mais le bonheur qu'on vit est lié aussi au milieu. Donc l'élevage, quelque part, joue un rôle là-dedans puisqu'il entretient. quand on dit entretenir, c'est comme si on se forçait à entretenir un jardin, mais non, il crée il maintient un paysage semi-ouvert. Je veux dire, voilà, il y a une alternance de forêts, de prairies,
- Speaker #2
de bocages. Nous-mêmes, on est tout le temps dedans. Donc on a un avantage à ce que ce soit beau. Et à ce que quand on travaille, tu l'as dit tantôt, quand on regarde et on s'arrête et on voit... On peut s'arrêter deux secondes et juste admirer le paysage et tout ce qui vit. Donc oui, c'est très important.
- Speaker #3
Moi je considère ce rôle-là presque comme aussi important que le rôle de producteur. Et au fil du temps, plus j'avance et plus j'y accorde de l'importance. Il y a des programmes qui ont été mis en place notamment pour favoriser la plantation de haies, le creusement des mares. J'ai pas mal souscrit à ces choses-là parce que en effet j'ai beaucoup de plaisir à voir des plantations qui se développent et voir qu'au fil du temps je vais rendre le paysage plus joli et puis on on a des retours aussi des riverains ou des promeneurs, des touristes et donc là on se dit qu'on ne joue pas qu'un rôle, l'agriculteur a un rôle essentiel dans la société dans le sens où il nourrit la population mais l'autre rôle qu'on joue au niveau du maintien de la biodiversité est des paysages et moi je pense Je pense que pour le bien-être de toute la société, c'est important de prendre ça à cœur. Et c'est vrai que c'est du boulot. Et c'est pour ça qu'aussi la politique agricole rémunère ces choses-là. Certains critiquent justement toutes ces aides qui sont attribuées, mais pour moi elles le sont parce que c'est un service rendu à la société dans son ensemble. Et donc ça mérite rétribution parce que ça demande du boulot. Mais l'objectif paysager environnemental, moi je le prends très à cœur et j'aime beaucoup ça. Ça m'apporte de la satisfaction de mon boulot.
- Speaker #1
On entend que ces pratiques sont soutenues par des... primes. Mais quel est vraiment le poids de ces subventions par rapport à la charge de travail occasionnée ?
- Speaker #3
Le poids est important.
- Speaker #4
Oui, mais moi je dirais que pour la nature et l'environnement, je trouve personnellement pas tellement. Ça demande beaucoup de travail et je ne trouve pas qu'on est tellement rémunérés, entre guillemets, pour ça.
- Speaker #3
Oui, en fait, ça dépend. Parce que c'est très varié, les primes. Il y a vraiment un catalogue très, complet.
- Speaker #4
Je trouve que les haies, planter les arbres, les arbres isolés, etc., Parce que quand vous plantez un arbre, dites-vous bien que chaque année, vous êtes autour.
- Speaker #1
Les primes ont donc un poids important dans leur exploitation, ce qui engendre plusieurs types de réactions.
- Speaker #2
En tout cas, moi, avec la nouvelle PAC, j'y gagne beaucoup plus qu'avec l'ancienne PAC. Donc, c'est clairement mieux rémunéré. Maintenant, pour moi, ce sera toujours un poids trop important parce que, enfin, moi, je suis complètement dépendante aux primes. Et... Personnellement, je n'aime pas d'avoir cette dépendance et de savoir qu'on peut me dicter ce qu'on va devoir faire pour, à l'avenir, que si la PAC change complètement d'orientation, j'espère sincèrement que mon système tiendra, même si la PAC change pour une raison X ou Y complètement de direction. Mais pour le moment, en tout cas, en début de... je ne pourrais pas m'en passer.
- Speaker #4
Mais je pense, pour rebondir sur ce que vous dites, c'est que vous n'êtes commencé. Et si ça change, vous... Vous évoluerez avec, enfin moi ça fait quelques années, et chaque année, à chaque Pâques, on sait qu'on change un peu, on adapte, on adapte et les aides je pense que ce sera peut-être un peu modifié, mais moi au début de ma carrière, les aides c'était pas... C'était un petit plus, mais c'était pas comme maintenant. Et je pense qu'on s'adapte, c'est aussi ça notre métier, c'est qu'on travaille, comme je disais au début, on travaille pas en ligne droite. Ça sera peut-être un peu à gauche, peut-être un peu à droite. Et voilà. Mais c'est vrai que le fait d'être, quand on est vraiment dépendant, ça c'est un peu stressant quand même.
- Speaker #2
Oui, si c'est un peu à gauche, un peu à droite, ça va. Mais s'il y a un changement radical... J'espère que non, puisque, disons que les derniers changements vont pour moi dans le bon sens. Mais, voilà.
- Speaker #3
Tout dépend de l'évolution politique, en vérité. C'est quand même ça, les priorités actuelles. Ça dépend.
- Speaker #4
Mais quand on voit sur le long terme, j'ai quand même l'impression qu'on se dit, par rapport à il y a 20 ans, on a peut-être quand même fait le bon choix.
- Speaker #3
Oui, oui. Il faudra toujours maintenir une... des objectifs environnementaux dans le secteur agricole. Alors moi je souhaiterais aussi que ça s'étende aux autres secteurs, parce que l'agriculture est subventionnée pour ses actions en faveur de l'environnement, mais on devrait faire pareil avec l'industrie, avec le logement, avec tous les autres secteurs d'activité, parce que parfois on a l'impression pression tant qu'agriculteur, de porter tout le poids de la gestion environnementale. Et quelque part, c'est logique puisqu'on exploite la plus grande surface du territoire, mais c'est parfois... Pour prendre un exemple, on est limité dans les dates au niveau de la taille des haies. Mais le particulier lui peut tailler sa haie toutes les semaines s'il le souhaite. Et donc la biodiversité c'est comme si on la cantonnait finalement au secteur agricole. Alors que toutes ces mesures devraient aussi inspirer la gestion urbanistique dans son ensemble. Ce serait un souhait d'aller plus loin plutôt que d'éventuellement... aller en arrière dans le secteur agricole sur le plan de l'environnement.
- Speaker #1
Voilà, avec ça on peut déduire que les prairies permanentes ont un grand nombre d'avantages, qu'elles façonnent notre paysage wallon, qu'elles permettent de maintenir la biodiversité, mais surtout que pour les entretenir l'élevage bovin est essentiel. Mais alors, quels seraient les conseils de Jacqueline Paul-Éclair pour de futurs éleveurs en Wallonie ?
- Speaker #4
Moi je n'aurais pas vraiment de conseils, mais je dirais un jeune qui veut reprendre, parce qu'on entend beaucoup « oh et... » On les décourage un peu. Si vous aimez, faites-le. Moi, en tout cas, mes parents n'étaient pas trop chauds pour que je fasse la ferme. Mais c'est quelque chose que j'aime. Mais il faut le faire en aimant et pas besoin d'avoir des gros trucs. C'est surtout ça aussi, pas besoin d'avoir des usines. Je ne pense pas. Il y a moyen en dire, c'est trop gros à reprendre, prenez un petit truc. Moi, c'est ça que j'aurais à dire. Reprenez un petit truc et n'ayez pas peur. Mais il faut être sûr d'aimer. Il ne faut pas avoir peur de ses heures. Mais quand on aime, les heures, elles sont là, mais ce n'est pas vraiment du travail. Si, il y a des parties contraignantes. On ne peut pas quand même dire que c'est pour oser.
- Speaker #1
Comme dans tout le travail, en fait.
- Speaker #4
Mais je veux dire, si vous aimez votre job, c'est comme partout.
- Speaker #1
Mais oui.
- Speaker #4
Les heures, elles filent. Et je dirais, voilà, moi c'est ce que je dis aux jeunes, allez-y quoi. Mais c'est vrai que quand on voit parfois des choses qu'il faut reprendre à des millions d'euros, ben là évidemment c'est... Peut-être parfois un peu difficile. Moi, c'est ce que je dirais.
- Speaker #3
Tout à fait d'accord. La taille, en tout cas, comment c'est petit. Oui, et puis on évolue. On trouve l'équilibre en fonction de... Parce qu'aussi, il y a les heures, comme vous dites. Alors, on travaille beaucoup, mais il ne faut pas devenir esclave non plus de son métier. Moi, j'apprécie quand même le fait d'avoir une vie sociale, de pouvoir partir en vacances une fois par an. Alors, c'est sûr que si on se compare à d'autres, aujourd'hui, on vit dans une société de loisirs. Donc, les gens aiment beaucoup partir, se divertir. On est parfois un peu à côté de ça mais il c'est de nouveau une question d'équilibré à trouver avec la vie de famille la vie sociale il faut pas non plus tout mettre dans son boulot quoi et c'est vraiment une question de taille d'exploitation et d'investissement parce que parfois quand on surinvestit il ya plus le choix moi
- Speaker #2
je dirais allez voir un peu quand on a le temps et l'occasion avant de démarrer d'aller voir d'autres d'autres fermes et comment ça marche Il y a toujours des bonnes choses à prendre chez tout le monde. Même dans des systèmes qui sont parfois complètement différents, on peut aussi trouver des choses qui sont super intéressantes et qu'on va vouloir mettre en place. Tant qu'on a le temps, avant de démarrer, aller voir un maximum de choses.
- Speaker #1
Des témoignages inspirants, qui offrent une vision claire de l'élevage bovin. Nourrir son bétail à l'herbe peut paraître moins productif, mais en écoutant leurs témoignages, on se rend compte assez rapidement que finalement Même si la production est diminuée, les éleveurs sont moins dépendants des marchés et surtout ont moins de coûts car nettement moins besoin d'un tranc. Un modèle qui satisfait nos invités, qui prône la résilience malgré une certaine dépendance aux primes. Elles sont pas belles nos prairies wallonnes ?
- Speaker #0
Pâques ou Pâques Yaps, c'est le podcast pour vous et avec vous, agricultrices et agriculteurs, qui ramène directement à vos oreilles les pratiques de vos pères pour y voir encore plus clair. Parce que pour demain, tout est possible. Pour plus de contenu et de témoignages sur l'architecture verte de la Pâques, N'hésitez pas à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Ce podcast est produit par le réseau WallonPAC et financé par la région Wallonne et l'Union Européenne.