Speaker #0Tu sais, ce qui m'inquiétait le plus à l'approche de l'accouchement, c'était pas de ne pas savoir quoi faire, c'était pas l'écrit ou l'intensité du moment. Non, ce qui me faisait vraiment peur, c'était de pas être à la hauteur, quand elle aurait le plus besoin de moi. De me sentir dépassé, inutile ou pire, de flancher au moment où je devais être son rock. Et je me suis rendu compte que cette peur, en fait, elle est partagée par quasiment tous les futurs papas. Toi aussi, tu t'es déjà demandé si tu allais tenir le coup quand les choses vont s'intensifier. Alors aujourd'hui, je te propose de parler comment rester présent, comment être ancré et vraiment utile pendant l'accouchement. Pas pour devenir un héros, juste pour être toi au bon moment. La première chose à savoir, c'est que l'accouchement, c'est long. Beaucoup plus long que dans les films. Pour un premier enfant, il faut compter entre 12 et 20 heures en moyenne. Ouais, je sais, moi aussi j'avais plutôt imaginé 3-4 heures top chrono. Mais cette durée, c'est aussi une chance. Ça veut dire que t'as bien le temps de t'installer dans le rythme, de t'ajuster et de trouver ta place. Alors, ce que tu vas vivre, on peut le lister. Évidemment, il va y avoir des moments d'intensité, des moments plus calmes. Il y aura aussi des cris, des silences, des rires parfois. Tu vas voir ta compagne se transformer sous tes yeux, devenir puissante. Vous allez sans doute avoir peur aussi, ce moment tant attendu qui arrive là, bientôt. Et puis, tu vas avoir du sang, sentir des odeurs étranges, entendre des sons intenses. Et c'est beau. Parce que c'est la vie qui arrive. Tu n'as pas besoin d'être préparé à tout. Tu as juste besoin de rester connecté à elle et aussi à toi. Est-ce que toi aussi, tu as déjà eu cette impression que personne ne t'expliquait vraiment à quoi ça ressemblait un accouchement ? Soyons honnêtes, il y a des moments où ça peut te remuer. Mais je te rassure, environ un papa sur sept ressent un malaise à un moment donné. Tu n'es ni faible ni défaillant, t'es juste humain. Il y a trois moments particulièrement intenses. Les premiers sont tous les gestes médicaux. Péridurale, épisiotomie, voir du matériel médical sur la personne que tu aimes, ça peut te retourner. Le deuxième moment très intense, c'est évidemment l'apparition de bébé. Cette petite tête qui sort, couverte de sang, de liquide, c'est assez bouleversant. Et puis évidemment, il y a l'épuisement. Pendant 15-20 heures, debout, en stress, la drédaline, ton corps a ses limites aussi. Alors, sois attentif à tes signaux d'alerte. La vision qui se trouble, un peu de nausée, des sueurs, les jambes qui deviennent faibles. Assieds-toi immédiatement. Et tu dis à l'équipe, à ta compagne, j'ai besoin d'une minute. Ils ont l'habitude, tu ne seras pas jugé. Prends ce moment pour toi et reprends tes forces. La manière de te préparer aussi pour ce moment, c'est de manger quelque chose toutes les 2-3 heures. Tu te mets un petit rappel dans ton téléphone, un petit truc rapide, un snack, une banane, peu importe. Bois régulièrement. N'oublie pas que tu vas être en stress, tu vas vivre des émotions très fortes. Change de position, bouge, ne reste pas figé. Et puis... Ça paraît anecdotique, mais porte des chaussures confortables. Tu vas être debout, tu vas marcher, tu vas faire les 100 pas. Vise le confort. Ce n'est pas de la faiblesse de prendre soin de toi. C'est être responsable pour rester là. Alors évidemment, tu ne vas pas accoucher à sa place. Mais tu peux être son ancrage émotionnel. À ce moment-là, tu vas avoir des super pouvoirs. Le premier, c'est ta voix. Parle-lui, même si elle semble ailleurs, même si elle ne semble pas t'écouter. Elle t'entend. Cette contraction fait descendre notre bébé. Tu es incroyable. On y est presque. Ce sont des mots qui vont la toucher. Tes mains vont aussi être ton super pouvoir. Masse ses épaules, tiens sa main, caresse ses cheveux. Le contact physique va la rassurer, elle va vous connecter. Elle va renforcer ton troisième pouvoir, ta présence. Parce que parfois, il n'y aura rien à dire. Juste être là, respirer avec elle, la regarder. Si elle a mal au rein, ce qui arrive dans environ 30% des accouchements, appuie fermement avec tes paumes sur le bas de son dos pendant les contractions. Ça va vraiment la soulager et ça va te donner une action concrète. Tu ne sais pas quoi faire. Moi, pendant l'accouchement d'Achille, je répétais à Noémie, je le vois arriver notre fils. Tu le fais venir, tu fais ça super bien. C'est simple, c'est vrai, c'est à la portée. Toi aussi, t'as parfois l'impression de ne pas savoir quoi dire dans les moments intenses. Ne cherche pas à sortir une phrase qu'on va accrocher au mur ou imprimer sur un t-shirt. Rappelle-toi, ta présence vaut plus que tes mots. Alors évidemment, pendant un accouchement, il peut y avoir des imprévus. Une césarienne d'urgence, une complication. Et dans ces moments-là, ton rôle change, mais il reste essentiel. Si une césarienne est nécessaire, tu restes avec elle, près de sa tête. Tu es son lien avec ce qui se passe. Elle sera derrière un champ stérile, elle ne verra pas. Toi, tu pourras voir. Tu pourras lui décrire, lui raconter ce qui se passe pour que vous soyez ensemble et que tu puisses la rassurer. Il y a évidemment des moments précieux qu'on oublie souvent. Pendant que le placenta sort, c'est souvent toi qui tiens bébé dans un pot à pot. Il y a aussi des moments précieux qu'on oublie souvent et qui sont magiques. Pendant que le placenta sortira, ta compagne sera encore... Pris en charge par le personnel médical. Et alors, c'est souvent toi qui tiendras bébé contre toi. Et je t'invite vraiment à le faire en pot à pot. C'est un premier contact prolongé dont on profite et un moment magique. Ce qu'il faut retenir, c'est évidemment que l'accouchement moderne est remarquablement sûr. Même quand il y a des imprévus, les équipes médicales sont formées. Ton job, ce n'est pas de tout contrôler, de tout anticiper. Ton job, c'est d'être là. Pour elle, pour vous. Elle n'a pas besoin d'un coach parfait. Elle a besoin de toi, son amoureux. De manière calme, authentique, ancrée, là. Tu peux évidemment te préparer à ce moment, dans les jours qui précèdent, prendre quelques minutes pour respirer profondément, te reconnecter à toi-même, faire un peu de pleine conscience. Visualise-toi dans la salle, posé, utile, présent, anticipe. Le jour J, rappelle-toi pourquoi tu es là, quel est ton rôle. Tu es là pour accueillir votre enfant ensemble. Ce moment, il vous appartient. Tu vas assister à l'un des moments les plus puissants de votre vie. Tu n'as pas besoin de performer. Tu as juste besoin d'être témoin et d'aimer. Tu la sens cette différence entre survivre à l'accouchement et accompagner l'accouchement ? L'accouchement, ce n'est pas un test de courage, c'est un moment de naissance. La sienne, la vôtre, la tienne aussi en quelque sorte, comme papa. Dans le prochain épisode, on parlera de ces moments où tout ne se déroule pas vraiment comme dans les livres, et de comment garder le cap ensemble, même dans l'imprévu. Si cet épisode t'aide à te préparer en douceur, partage-le à un futur papa. Dis-lui, écoute ça et fais-toi confiance. En attendant, rappelle-toi, tu n'as pas besoin d'être parfait, tu dois juste être toi, présent, entier, et ça, ben, t'en es déjà capable. A très bientôt, papa.